| CELEX | 62023TJ0158_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 4 décembre 2024 |
Affaire T‑158/23
Jean-Marc Colombani
contre
Service européen pour l’action extérieure (SEAE)
Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 4 décembre 2024
« Fonction publique – Fonctionnaires – Notation – Rapport d’évaluation – Exercice d’évaluation 2021 – Régularité de la procédure – Principe d’impartialité »
Recours des fonctionnaires – Moyens – Moyen tiré de la violation de l’article 24 du statut – Recours ayant pour objet l’annulation d’un acte sans lien avec une demande d’assistance – Rejet
(Statut des fonctionnaires, art. 24 et 91)
(voir point 21)
Fonctionnaires – Notation – Rapport d’évaluation – Établissement – Obligation d’impartialité – Portée – Rapport établi par un supérieur hiérarchique faisant l’objet d’une plainte pour harcèlement de la part de l’évalué – Violation
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41, § 1 ; statut des fonctionnaires, art. 11, 1er al., et 43)
(voir points 30, 34, 41-44)
Fonctionnaires – Obligation d’assistance incombant à l’administration – Portée – Devoir de l’administration d’examiner les plaintes en matière de harcèlement moral et d’informer le plaignant de la suite réservée à sa plainte – Condition
(Statut des fonctionnaires, art. 24)
(voir point 38)
Résumé
Saisi d’un recours introduit par un fonctionnaire du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le Tribunal annule le rapport d’évaluation de ce dernier pour l’année 2021 (ci-après la « décision attaquée »). Dans ce contexte, le Tribunal apporte des précisions sur la portée du principe d’impartialité dans le cadre de l’exercice d’évaluation d’un fonctionnaire. Il se prononce, en particulier, sur le respect du principe d’impartialité objective dans le cas d’une enquête administrative ouverte pour des faits de harcèlement moral à l’encontre de l’évaluateur du fonctionnaire concerné et pendante au cours de cet exercice.
En février 2021, le requérant a introduit une demande d’assistance fondée sur l’article 24 du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut ») en raison de faits allégués de harcèlement moral qu’il imputait à quatre personnes, dont son supérieur hiérarchique immédiat. À la suite de cette demande, le SEAE a décidé d’ouvrir une enquête administrative, notamment à l’encontre de ce dernier. Dans ces circonstances, en février 2022, la procédure d’évaluation relative à l’année 2021 a été ouverte.
En juin 2022, à la suite d’un entretien téléphonique avec le requérant, le supérieur hiérarchique immédiat de ce dernier, agissant en qualité d’évaluateur, a signé la décision attaquée. Dans cette décision, ce supérieur a jugé les prestations du requérant satisfaisantes. Toutefois, il a souligné que le requérant n’avait pas donné suite à l’une des trois priorités professionnelles qui lui avaient été assignées.
En octobre 2022, l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement du SEAE a décidé de clore sans suite l’enquête administrative en ce qu’elle visait le supérieur hiérarchique immédiat du requérant.
C’est dans ce contexte que le requérant a saisi le Tribunal aux fins de l’annulation de la décision attaquée.
Appréciation du Tribunal
Le Tribunal rappelle que l’exigence d’impartialité couvre toutes circonstances que le fonctionnaire ou l’agent amené à se prononcer sur une affaire doit raisonnablement comprendre comme étant de nature à apparaître, aux yeux des tiers, comme susceptibles d’affecter son indépendance. En vertu, notamment, du droit à une bonne administration, consacré à l’article 41, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, il incombe aux institutions de l’Union de se conformer à l’exigence d’impartialité, en particulier à sa dimension objective. Cette dernière impose aux institutions d’offrir des garanties suffisantes pour exclure tout doute légitime quant à un éventuel préjugé de l’administration. Afin de démontrer l’absence de telles garanties, il n’est pas requis d’établir l’existence d’un manque d’impartialité. En effet, il suffit qu’un doute légitime à cet égard existe et ne puisse pas être dissipé.
À ce titre, lorsque l’administration d’une institution est saisie d’une demande d’assistance au sens de l’article 24 du statut, elle doit notamment procéder à une enquête administrative, si le fonctionnaire qui réclame la protection de son institution apporte un commencement de preuve de la réalité des attaques dont il affirme faire l’objet, afin d’établir les faits à l’origine de la plainte, en collaboration avec l’auteur de celle-ci. Il s’ensuit que, en décidant d’ouvrir une enquête administrative à l’encontre du supérieur hiérarchique immédiat du requérant, le SEAE a considéré que ce dernier avait apporté un commencement de preuve à l’encontre de son supérieur hiérarchique. Une telle situation est de nature à faire naître, aux yeux des tiers, un doute légitime concernant un éventuel préjugé de la part de ce supérieur dans le cadre de l’exercice de ses attributions en tant qu’évaluateur du requérant.
Le Tribunal constate que dans les circonstances de l’espèce, le SEAE n’a pas organisé la procédure d’évaluation relative à l’exercice 2021, de manière à offrir au requérant des garanties suffisantes quant à l’impartialité objective de l’évaluateur.
En effet, d’une part, le SEAE disposait d’une période suffisante pour adopter les mesures appropriées afin d’éviter tout risque de manque d’impartialité objective à l’égard du supérieur hiérarchique immédiat du requérant en sa capacité d’évaluateur de ce dernier. La procédure d’évaluation relative à l’année 2021 n’a été ouverte que près d’un an après l’introduction, par le requérant, de sa demande d’assistance. D’autre part, à la date de l’entretien d’évaluation et au moment de la signature par le requérant du rapport d’évaluation, le résultat de l’enquête administrative n’était pas encore connu de sorte que la clôture sans suite n’était pas connue lors de l’exercice d’évaluation.
Par conséquent, compte tenu du plus large pouvoir d’appréciation dont jouissent les évaluateurs dans les jugements portés sur le travail des personnes qu’ils ont la charge d’évaluer, il ne saurait être exclu que la procédure d’évaluation en question aurait pu aboutir à un résultat différent en l’absence de l’irrégularité constatée, à savoir le manque d’impartialité objective de la part du supérieur hiérarchique immédiat du requérant agissant en tant qu’évaluateur, notamment si les tâches d’évaluateur de ce dernier avaient été assumées par une autre personne
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