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CELEX62023TJ0221
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 13 novembre 2024

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (dixième chambre)

13 novembre 2024 (*)

« Fonction publique – Agents temporaires – Recrutement – Procédure de sélection EXT/22/08/AD 6/DTD – Business Analyst – Décision de ne pas admettre le requérant à l’étape suivante de la procédure – Recours en annulation – Règle de concordance – Article 91, paragraphe 2, du statut – Recevabilité – Erreur manifeste d’appréciation – Responsabilité »

Dans l’affaire T‑221/23,

WS, représenté par Me H. Tettenborn, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mmes A. Lukošiūtė et E. Lekan, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (dixième chambre),

composé de Mme O. Porchia, présidente, MM. P. Nihoul et S. Verschuur (rapporteur), juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, le requérant, [confidentiel] (1), demande, d’une part, l’annulation de la décision du comité de sélection de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 30 juin 2022, prise dans le cadre de la procédure EXT/22/08/AD 6/DTD–Business Analyst, de ne pas l’admettre à la phase suivante de ladite procédure (ci-après la « décision attaquée ») et, d’autre part, la réparation du préjudice moral et immatériel qu’il aurait subi de ce fait.

Antécédents du litige

2 Le requérant est ingénieur en informatique. Le 14 février 2022, il s’est porté candidat à la procédure de sélection EXT/22/08/AD 6/DTD–Business Analyst (ci-après la « procédure de sélection en cause »). Le même jour, le requérant a reçu un accusé de réception de la part de l’EUIPO lui confirmant que sa candidature avait bien été reçue. Le requérant a toutefois retiré cette candidature, puis l’a déposée à nouveau le 14 février 2022. Enfin, le 16 février 2022, le requérant a soumis une dernière candidature, laquelle a également été suivie par un accusé de réception à la même date.

3 Le processus de candidature a été géré par le logiciel SAP SuccessFactors (ci-après « SuccessFactors »), utilisé par l’EUIPO depuis 2016 pour la gestion des processus de ressources humaines, tels que le recrutement, la sélection et l’intégration.

4 Conformément à l’avis de vacance, la procédure de sélection en cause comportait, en substance, trois phases, à savoir, premièrement, une présélection des candidats sur la base de leur dossier de candidature ainsi que de l’évaluation par un comité de sélection des réponses données aux questions dans le cadre de l’étape de l’évaluateur de talent, deuxièmement, la participation à des entretiens pour les candidats sélectionnés afin d’évaluer leur aptitude à travailler dans un environnement international ainsi que leurs compétences techniques et, troisièmement, la réalisation de tests à l’issue des deux premières phases.

5 Le 22 juin 2022, c’est-à-dire avant que le requérant ne reçoive une réponse à sa candidature, ce dernier a présenté une première demande au délégué à la protection des données de l’EUIPO (ci-après le « DPD ») en vertu de l’article 17 du règlement (UE) 2018/1725 du Parlement européen et du Conseil, du 23 octobre 2018, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les institutions, organes et organismes de l’Union et à la libre circulation de ces données, et abrogeant le règlement (CE) no 45/2001 et la décision no 1247/2002/CE (JO 2018, L 295, p. 39), tendant à l’accès à ses données à caractère personnel et aux données agrégées relatives au recrutement des candidats figurant sur les listes dans trois autres procédures de sélection, auxquelles il était aussi candidat.

6 Le 30 juin 2022, le département des ressources humaines de l’EUIPO (ci-après le « DRH ») a adopté la décision attaquée informant le requérant de sa non-admission à la deuxième phase de la procédure de sélection en cause.

7 Le 14 juillet 2022, le requérant a demandé au DRH si l’EUIPO utilisait un quelconque type de présélection ou de profilage automatisé dans ses processus de recrutement en ligne.

8 Le 19 juillet 2022, le DRH a répondu au requérant que l’EUIPO n’avait pas recours à la prise de décision automatisée lors de l’examen des candidatures reçues en réponse à un poste vacant publié et que cela valait également pour la procédure de sélection en cause. Le requérant a réitéré la même question dans son courriel du 2 août 2022 auquel l’EUIPO a répondu dans le même sens le 5 août 2022.

9 Le 19 juillet 2022, le requérant a demandé des données agrégées sur les candidats qui avaient participé à la phase d’entretien ainsi qu’un retour d’information concernant l’évaluation de sa candidature dans le cadre de la procédure de sélection en cause.

10 Le 22 juillet 2022, le DPD a répondu à la demande du 22 juin 2022 du requérant en lui fournissant, conformément à l’article 17 du règlement 2018/1725, des documents relatifs à ses données à caractère personnel accompagnés de versions de ses candidatures dans des procédures de sélection plus anciennes auxquelles il avait participé. Par ailleurs, le DPD a également rejeté certaines demandes du requérant, tout en l’informant que l’EUIPO n’utilisait pas un quelconque type de profilage automatisé dans ses processus de recrutement en ligne.

11 Le 2 août 2022, l’EUIPO a répondu à la demande du requérant du 19 juillet 2022 et lui a communiqué l’évaluation de ses réponses dans le cadre de l’étape de l’évaluateur de talent effectuée par le comité de sélection, à savoir une note de 7 points sur 14. Le requérant a été informé à cette occasion que la note attribuée était insuffisante, étant donné que les candidats, invités à l’entretien et à la phase de tests écrits, avaient obtenu au moins 10 points sur 14.

12 Le 7 août 2022, le requérant a introduit auprès du DRH une demande de réexamen de la décision du comité de sélection de ne pas l’admettre à la phase d’entretien en alléguant plusieurs erreurs manifestes d’appréciation.

13 Le 9 août 2022, le requérant a envoyé un courrier au DPD alléguant une violation des données à caractère personnel en ce que le comité de sélection se serait montré partial du fait des réclamations qu’il avait déposées par le passé, à savoir l’une à l’encontre de la directrice des ressources humaines de l’EUIPO et l’autre devant le DPD. En outre, il a demandé au DPD de notifier la violation, si elle était confirmée, au Contrôleur européen de la protection des données (CEPD).

14 Le 11 août 2022, le requérant a envoyé une demande de suivi en réaction à la réponse du DPD du 22 juillet 2022, réclamant des données prétendument manquantes, telles que ses curriculums vitae ainsi que les questions figurant sous l’onglet « Évaluateur de talent » de sa candidature.

15 Le 18 août 2022, la directrice du DRH a répondu au requérant en lui indiquant qu’il avait déjà reçu les notes détaillées le 2 août 2022 ainsi que des informations relatives aux données agrégées sur les candidats invités à l’entretien et à la phase des épreuves écrites qui satisfaisaient aux exigences linguistiques prévues par les critères fixés dans l’avis de vacance.

16 Le 31 août 2022, le requérant a présenté une nouvelle demande au DRH par laquelle il cherchait à obtenir les résultats agrégés pour l’évaluation linguistique de chacune des quatre compétences des candidats.

17 Le 6 septembre 2022, le requérant a été informé par le DRH, qui s’est référé aux réponses de l’EUIPO datées des 2, 5 et 18 août 2022, que lesdits résultats agrégés n’étaient pas disponibles et que les informations concernant sa candidature lui avaient été précédemment communiquées. En outre, le DRH lui a précisé que, conformément au point 4 du code de bonne conduite administrative, l’EUIPO se réservait le droit de mettre fin à tout échange de correspondance qui pouvait raisonnablement être considéré comme inadéquat parce que répétitif et abusif.

18 Le 8 septembre 2022, le DPD a répondu aux courriels du requérant en date des 9 et 11 août 2022, en lui rappelant que les délibérations du comité de sélection étaient secrètes et que les décisions prises par ledit comité sur l’attribution des différents points au cours du processus de sélection ne pouvaient être contestées que par la voie d’une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »). En outre, selon le DPD, il n’existait aucune preuve de violation des données à caractère personnel lors du traitement de celles-ci.

19 Le 8 septembre 2022, le DPD a répondu à la demande du requérant du 11 août 2022 et lui a fourni des documents supplémentaires. Il l’a également informé de son droit d’introduire une réclamation auprès du CEPD, conformément à l’article 63, paragraphe 1, du règlement 2018/1725.

20 Le 28 septembre 2022, le requérant a présenté une nouvelle demande auprès du DPD en raison de l’absence de communication de certaines données, en particulier les statuts de profils, complétée par une demande supplémentaire le 5 octobre 2022.

21 Le 28 septembre 2022, le requérant a également introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut dans laquelle il demandait, en substance, l’annulation de la procédure de sélection en cause et contestait l’évaluation de ses réponses à l’étape de l’évaluateur de talent

22 Le 2 novembre 2022, la directrice du DRH a rejeté la demande d’accès du requérant à ses données à caractère personnel formulée le 28 septembre 2022, en l’informant, conformément à l’article 14, paragraphe 5, du règlement 2018/1725, de la nature excessive et répétitive de ses demandes.

23 Le 22 novembre 2022, le requérant a adressé une demande au DPD par laquelle il sollicitait la communication des journaux d’audit de SuccessFactors et du journal d’accès brut au site Internet SuccessFactors.

24 Le 27 novembre 2022, le requérant a envoyé une demande au DPD tendant à ce qu’il notifie au CEPD une violation des données à caractère personnel résultant du refus de l’EUIPO de lui fournir l’accès à ses données à caractère personnel.

25 Le 13 décembre 2022, le DPD a répondu à la fois à la demande du requérant du 22 novembre et à celle du 27 novembre 2022 concernant la notification au CEPD d’une violation de données.

26 Le 16 janvier 2023, l’EUIPO a adopté une décision rejetant la réclamation du requérant du 28 septembre 2022, qui lui a été notifiée le 17 janvier 2023 (ci-après la « décision de rejet de la réclamation »).

Conclusions des parties

27 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la procédure de sélection en cause ;

– à titre subsidiaire, annuler la décision attaquée et la décision de rejet de la réclamation ;

– condamner l’EUIPO à l’indemniser adéquatement, à hauteur d’un montant défini par le Tribunal, du préjudice moral et immatériel qu’il a subi en conséquence de la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens.

28 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme irrecevable ou, à titre subsidiaire, comme non fondé ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

Sur l’objet du recours

29 Il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, des conclusions en annulation formellement dirigées contre la décision de rejet d’une réclamation ont, dans le cas où cette décision est dépourvue de contenu autonome, pour effet de saisir le Tribunal de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée (voir arrêt du 5 juin 2019, Bernaldo de Quirós/Commission, T‑273/18, non publié, EU:T:2019:371, point 20 et jurisprudence citée).

30 En l’espèce, il importe de noter que la décision de rejet de la réclamation confirme le refus d’admettre la candidature du requérant à la deuxième étape de la procédure de sélection en cause, tout en explicitant les raisons et en étoffant ce refus. En effet, si la décision attaquée se limite à informer le requérant de son échec à la phase de présélection, la décision de rejet de la réclamation repose, en revanche, sur plusieurs motifs non contenus dans la décision attaquée.

31 Dès lors, il y a lieu de considérer que le présent recours a pour effet de saisir le Tribunal des conclusions aux fins d’annulation de la décision attaquée, dont la légalité doit être examinée en prenant en considération la motivation figurant dans la décision de rejet de la réclamation.

Sur le caractère prétendument obscuri libelli du recours

32 L’EUIPO conteste la recevabilité du recours, en raison notamment du caractère obscuri libelli de la requête aux termes de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal.

33 À cet égard, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la requête doit, notamment, contenir l’objet du litige et un exposé sommaire des moyens invoqués. Il ressort de la jurisprudence que cet exposé doit être suffisamment clair et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal d’exercer son contrôle. Il en découle que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels un recours est fondé doivent ressortir d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même. La requête doit, de ce fait, expliciter en quoi consiste le moyen sur lequel le recours est fondé, de sorte que sa seule énonciation abstraite ne répond pas aux exigences du règlement de procédure (voir, en ce sens, ordonnance du 9 février 2023, Aziz/Commission, T‑266/22, non publiée, EU:T:2023:81, point 12 et jurisprudence citée).

34 Par ailleurs, il y a lieu de relever que le requérant n’a soulevé aucun argument dans sa requête au soutien de son premier chef de conclusions tendant à l’annulation de la procédure de sélection en cause. En effet, s’il invoque des arguments tendant à démontrer la prétendue illégalité de la décision attaquée, il n’explique pas dans quelle mesure cette illégalité serait susceptible de vicier la procédure de sélection en cause. Partant, ce chef de conclusions doit être rejeté comme étant irrecevable.

35 En revanche, s’agissant du deuxième chef de conclusions tendant à l’annulation de la décision attaquée, il ressort de manière suffisamment explicite de la requête que le requérant soulève, dans un premier moyen, la méconnaissance par l’EUIPO de plusieurs dispositions du règlement 2018/1725 ainsi que de l’avis de vacance. Par ailleurs, dans un second moyen, le requérant soutient que l’EUIPO a commis des erreurs manifestes d’appréciation en ce qu’il a évalué de manière erronée les réponses qu’il avait fournies aux questions posées dans le cadre de l’étape de l’évaluateur de talent. À cet égard, le requérant a repris l’intitulé desdites questions, puis a procédé à un raisonnement distinct pour chacune d’elles.

36 En outre, par son troisième chef de conclusions, le requérant tend à obtenir réparation de son préjudice résultant de l’irrégularité de la décision attaquée et du comportement de l’EUIPO à son égard qui l’ont placé dans une situation d’insécurité permanente et de pression très difficile en ce qui concerne ses candidatures.

37 Ainsi qu’il ressort du mémoire en défense et de la duplique, l’EUIPO a été en mesure de répondre aux arguments soulevés par le requérant dans le cadre des premier et second moyens.

38 Il s’ensuit que les conclusions du requérant visant, à titre subsidiaire, à l’annulation de la décision attaquée et tendant à la réparation du préjudice prétendument subi répondent aux exigences minimales prévues à l’article 76, sous d), du règlement de procédure, telles qu’interprétées par la jurisprudence rappelée au point 33 ci-dessus. Partant, la fin de non-recevoir opposée par l’EUIPO doit être rejetée.

Sur la recevabilité des documents annexés à la réplique

39 L’EUIPO fait valoir que les documents fournis aux annexes C.1 à C.4 de la réplique sont irrecevables étant donné qu’ils n’ont pas été produits avec la requête, que le retard dans leur présentation avec la réplique n’est pas justifié et que, en tout état de cause, ils n’ont pas de lien avec la décision attaquée. Il en irait de même en ce qui concerne les annexes C.5 à C.13, lesquelles ne présenteraient aucun lien avec le présent litige. Par conséquent, les annexes jointes à la réplique ne seraient pas conformes à l’article 85, paragraphes 1 et 2, du règlement de procédure étant donné qu’elles n’étayent aucun des arguments du requérant.

40 À cet égard, il convient de relever que, aux termes de l’article 85, paragraphe 1, du règlement de procédure, les preuves et les offres de preuve sont présentées dans le cadre du premier échange de mémoires. L’article 85, paragraphe 2, du règlement de procédure précise que les parties principales peuvent encore produire des preuves ou faire des offres de preuve dans la réplique et la duplique à l’appui de leur argumentation, à condition que le retard dans la présentation de celles-ci soit justifié.

41 En l’espèce, les annexes C.1 à C.4 de la réplique comportent des accusés de réception des candidatures du requérant à la procédure de sélection en cause ainsi que des documents reprenant les réponses qu’il avait données dans le cadre de l’étape de l’évaluateur de talent. Les annexes C.8 à C.10 contiennent des documents portant sur le droit d’accès du requérant à ses données à caractère personnel. Enfin, les annexes C.11 et C.12 comportent des preuves de la prétendue manipulation du profil du requérant.

42 Or, force est de constater que les éléments de preuve figurant à ces annexes portent une date antérieure à celle du dépôt de la requête et que, par conséquent, rien ne s’opposait à ce qu’ils soient produits dans le cadre du premier échange de mémoires au sens de l’article 85, paragraphe 1, du règlement de procédure. Le requérant n’ayant pas justifié la présentation tardive de ses preuves, il convient de les écarter comme irrecevables en vertu de l’article 85, paragraphe 2, du règlement de procédure et de juger qu’elles ne seront pas prises en compte par le Tribunal dans l’examen du présent recours.

43 S’agissant des autres éléments de preuve joints à la réplique, il convient de constater qu’ils sont postérieurs au dépôt de la requête et que le requérant n’était donc pas en mesure de les produire antérieurement. Il y a lieu, dans ces circonstances, de considérer lesdites preuves comme étant recevables, sans préjudice de l’examen de leur pertinence dans le cadre du présent recours.

Sur la demande en annulation de la décision attaquée

44 Au soutien de sa demande, le requérant invoque deux moyens, tirés, en substance, le premier, de la violation de l’article 4, paragraphe 1, sous a), d) et f), et paragraphe 2, de l’article 17, paragraphe 3, et de l’article 33, paragraphe 1, sous b), du règlement 2018/1725 ainsi que de l’avis de vacance, eu égard au fait que l’EUIPO a incorrectement évalué son aptitude à occuper le poste de consultant en affaires (business analyst) en n’utilisant pas les dernières versions des documents de candidature qu’il avait fournis et, le second, d’erreurs manifestes d’appréciation commises par le comité de sélection dans l’attribution des notes à l’étape de l’évaluateur de talent au regard des fonctions, des critères de sélection et des compétences énoncés dans l’avis de vacance.

Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 4, paragraphe 1, sous a), d) et f), et paragraphe 2, de l’article 17, paragraphe 3, et de l’article 33, paragraphe 1, sous b), du règlement 2018/1725 et de l’avis de vacance de la procédure de sélection en cause

45 Par son premier moyen, le requérant invoque la méconnaissance par l’EUIPO de plusieurs dispositions du règlement 2018/1725 ainsi que de l’avis de vacance, en ce qu’il n’a pas utilisé les informations correctes de sa candidature, n’a pas procédé à un traitement licite, loyal et transparent de ses données et, enfin, lui a refusé l’accès à celles-ci.

46 L’EUIPO fait valoir que le premier moyen, n’ayant pas été soulevé au stade de la réclamation administrative, est irrecevable en application de la règle de concordance, telle qu’elle résulte de l’article 91, paragraphe 2, du statut et d’une jurisprudence constante.

47 À cet égard, il convient de rappeler que la règle de concordance entre la réclamation, au sens de l’article 91, paragraphe 2, du statut, et la requête subséquente exige, sous peine d’irrecevabilité, qu’un moyen soulevé devant le juge de l’Union européenne l’ait déjà été dans le cadre de la procédure précontentieuse, afin que l’administration ait été en mesure de connaître les critiques que l’intéressé formule à l’encontre de la décision contestée (voir arrêt du 4 juillet 2014, Kimman/Commission, T‑644/11 P, EU:T:2014:613, point 43 et jurisprudence citée).

48 Ainsi, dans les recours en matière de fonction publique, les conclusions présentées devant le juge de l’Union ne peuvent contenir que des chefs de contestation reposant sur la même cause que celle sur laquelle reposent les chefs de contestation invoqués dans la réclamation, étant précisé que ces chefs de contestation peuvent être développés, devant le juge de l’Union, par la présentation de moyens et d’arguments ne figurant pas nécessairement dans la réclamation, mais s’y rattachant étroitement (voir arrêt du 25 octobre 2013, Commission/Moschonaki, T‑476/11 P, EU:T:2013:557, point 73 et jurisprudence citée).

49 En outre, il importe certes de souligner, d’une part, que, puisque la procédure précontentieuse a un caractère informel et que les intéressés agissent en général à ce stade sans le concours d’un avocat, l’administration ne doit pas interpréter les réclamations de façon restrictive, mais doit, au contraire, les examiner dans un esprit d’ouverture et, d’autre part, que l’article 91 du statut n’a pas pour objet de lier, de façon rigoureuse et définitive, la phase contentieuse éventuelle (voir, en ce sens, arrêt du 25 octobre 2013, Commission/Moschonaki, T‑476/11 P, EU:T:2013:557, point 76 et jurisprudence citée).

50 Toutefois, il n’en demeure pas moins que, selon une jurisprudence constante, pour que la procédure précontentieuse prévue par l’article 91, paragraphe 2, du statut puisse atteindre son objectif, il faut que l’administration soit en mesure de connaître de façon suffisamment précise les critiques que les intéressés formulent à l’encontre de la décision contestée (voir arrêt du 25 octobre 2013, Commission/Moschonaki, T‑476/11 P, EU:T:2013:557, point 77 et jurisprudence citée).

51 À cet égard, comme le relève à juste titre l’EUIPO, le requérant n’a soulevé aucun argument dans sa réclamation concernant une méconnaissance par l’EUIPO des dispositions du règlement 2018/1725 ou de l’avis de vacance. En outre, dans aucune des allégations figurant dans sa réclamation, il n’a fait référence au fait que l’EUIPO n’avait pas utilisé les versions correctes de sa candidature, n’avait pas procédé à un traitement licite, loyal et transparent de ses données et, enfin, lui avait refusé l’accès à celles-ci.

52 Dès lors, les arguments soulevés dans le premier moyen ne figuraient pas dans la réclamation et ne se rattachent étroitement à aucun des chefs de contestation invoqués dans la réclamation, en violation de la règle de concordance entre la réclamation et la requête. Il convient d’ajouter, à cet égard, que la réclamation ne contient aucun élément explicite et précis permettant d’interpréter celle-ci, même dans un esprit d’ouverture, comme visant plus largement un grief tiré de la violation du règlement 2018/1725 ainsi que de l’avis de vacance.

53 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par l’argument du requérant selon lequel, le droit à la protection des données à caractère personnel étant un droit fondamental faisant partie de l’ordre public, il aurait dû être soulevé d’office par le Tribunal.

54 À cet égard, il y a lieu de rappeler que les moyens tirés de l’incompétence de l’auteur d’un acte faisant grief, de la violation des formes substantielles et de l’absence ou de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée sont des moyens d’ordre public qu’il appartient au Tribunal d’examiner d’office (voir, en ce sens, arrêts du 8 décembre 2011, Chalkor/Commission, C‑386/10 P, EU:C:2011:815, point 64, et du 8 juillet 2010, Commission/Putterie-De-Beukelaer, T‑160/08 P, EU:T:2010:294, point 61 et jurisprudence citée). En revanche, le droit fondamental à la protection des données à caractère personnel tel que protégé par le règlement 2018/1725 ne relève d’aucune de ces catégories.

55 Enfin, l’argument du requérant selon lequel l’EUIPO a commis une éventuelle violation de la règle de concordance en ne lui fournissant pas préalablement à l’introduction de sa réclamation les documents demandés ne saurait prospérer. En effet, il ressort du dossier que le requérant s’est vu communiquer de nombreuses données relatives à sa candidature à la procédure de sélection en cause par l’EUIPO et qu’il n’explique pas dans quelle mesure la prétendue absence de communication de certaines données aurait entraîné une violation de la règle de concordance. En particulier, le requérant n’a pas indiqué les informations qu’il avait reçues à la suite de l’introduction de sa réclamation et qui lui avaient permis de soulever dans la requête l’argument tiré de la prétendue utilisation par l’EUIPO des versions incorrectes de sa candidature.

56 Au vu de ce qui précède, il convient de rejeter ces allégations, ainsi que le premier moyen dans son ensemble comme étant irrecevable.

Sur le second moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation commises par le comité de sélection concernant les notes obtenues par le requérant à l’étape de l’évaluateur de talent au regard des fonctions, des critères de sélection et des compétences énoncés dans l’avis de vacance

– Sur la recevabilité

57 L’EUIPO fait valoir que, dans la mesure où le requérant fonde le second moyen sur l’hypothèse selon laquelle le comité de sélection a utilisé des versions obsolètes de ses documents de candidature, ce dernier devrait être rejeté comme étant irrecevable pour des raisons de cohérence et de méconnaissance de la règle de concordance.

58 À cet égard, il y a lieu d’observer que si le requérant réitère, au point 40 de la requête, ses allégations concernant le caractère obsolète des documents en question, l’autre argumentation avancée à l’appui du second moyen correspond, en substance, aux chefs de contestation soulevés dans sa réclamation, tirés de l’existence d’erreurs manifestes d’appréciation commises par l’EUIPO.

59 Il s’ensuit que le second moyen ne saurait être interprété comme étant fondé dans son intégralité sur l’hypothèse selon laquelle le comité de sélection a examiné une version obsolète de la candidature du requérant. Partant, le second moyen doit être déclaré recevable.

– Sur le fond

60 Le requérant affirme que la décision attaquée est entachée de plusieurs erreurs manifestes d’appréciation du fait que l’EUIPO s’est fondé sur des versions obsolètes et erronées de ses documents de candidature. Il fonde, en substance, son argumentation sur son premier moyen.

61 À cet égard, en premier lieu, le requérant soutient que le comité de sélection a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il n’a pas évalué correctement sa réponse à la première question de l’étape de l’évaluateur de talent, qui consistait à présenter l’expérience des candidats en matière d’analyse commerciale dans un large éventail de disciplines, y compris en matière de logiciels, de processus, de stratégie et d’amélioration opérationnelle. À cet égard, le requérant note qu’il n’a obtenu que 2,5 points alors qu’il aurait dû se voir attribuer la note maximale de 4 points. En effet, il aurait fourni plusieurs exemples d’expériences professionnelles et aurait également détaillé les résultats de son analyse, puis fourni la solution et l’aurait mise en œuvre. Par ailleurs, il mentionne une expérience qu’il a eue au sein d’une société privée dans laquelle il aurait accéléré par 300 le processus « Extract Transform and Load » (ETL), ainsi qu’une autre au sein de l’EUIPO où il aurait réduit de deux jours le temps de duplication des données à sauvegarder et aurait amélioré la performance de sauvegarde. Selon lui, il n’était pas possible d’arriver à ces résultats sans analyse préalable. En outre, le requérant aurait également fourni des exemples d’amélioration des logiciels, des processus, des stratégies et des opérations dans divers secteurs et disciplines et au sein de sociétés d’envergure, à savoir les plus grandes d’Europe.

62 En deuxième lieu, selon le requérant, le comité de sélection a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il n’a pas évalué correctement ses réponses à la deuxième question de l’étape de l’évaluateur de talent, qui invitait les candidats à présenter une expérience dans l’élaboration de spécifications des exigences logicielles. À cet égard, le requérant note qu’il n’a obtenu que 1,5 point alors qu’il aurait dû se voir attribuer la note maximale de 3 points. Ainsi, il aurait fourni trois exemples de spécifications qu’il aurait développées dans trois domaines et secteurs différents, à savoir le secteur public, le secteur des télécommunications et le secteur des énergies renouvelables. Par ailleurs, dès lors que les spécifications qu’il aurait développées en 2016 pour la solution de rapports automatiques continuaient à être utilisées, celles-ci seraient suffisamment efficaces pour produire un logiciel raisonnablement performant.

63 En troisième lieu, le requérant soutient que le comité de sélection a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il n’a pas correctement évalué ses réponses à la troisième question de l’étape de l’évaluateur de talent, qui invitait les candidats à détailler leur expérience dans l’élaboration d’analyses de rentabilité. À cet égard, le requérant fait valoir qu’il aurait dû se voir attribuer la note maximale de 1 point. En effet, il serait allé plus loin que la question ne l’exigeait en déterminant les exigences des parties prenantes et en générant des analyses de rentabilité avant de commencer le développement, puis en développant la solution et en formant les utilisateurs pour qu’ils puissent automatiser de nouveaux rapports et, enfin, en livrant la solution. En outre, la solution développée pour automatiser la génération des rapports fonctionnerait toujours, ce qui signifierait que toutes les tâches préliminaires, telles que l’élaboration des analyses de rentabilité, auraient été parfaitement exécutées.

64 En quatrième lieu, le requérant note que le comité de sélection a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il n’a pas correctement évalué ses réponses à la quatrième question de l’étape de l’évaluateur de talent, qui invitait les candidats à détailler leur expérience en matière de cartographie des processus « en l’état » dans l’identification des points faibles afin de développer de nouvelles solutions pour faire face aux défis et aux difficultés. À cet égard, le requérant n’a pas obtenu de point alors que, selon lui, il aurait dû se voir attribuer la note maximale de 2 points. En effet, la réponse qu’il aurait fournie portait bien sur un point faible cartographié (à savoir « un problème d’entrée/de sortie »), de même que sur la manière de le résoudre. À cet égard, le requérant fait valoir qu’il a effectué l’analyse et est allé encore plus loin en fournissant la solution en cinq étapes qu’il résume. Il aurait même fourni un second exemple dans lequel il avait cartographié un autre point faible et énoncé la solution aux parties prenantes. Le requérant avance que les résultats de cette nouvelle approche ont été stupéfiants, puisqu’elle a conduit à une accélération par 300, en comparaison avec la solution déjà appliquée par l’une des plus grandes sociétés de télécommunications dans le monde. De plus, il aurait également transformé un algorithme superpolynominal en un algorithme polynominal, dont la complexité serait notoirement connue.

65 En cinquième lieu, le requérant fait valoir que le comité de sélection a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’il a évalué de manière erronée ses réponses à la cinquième question de l’étape de l’évaluateur de talent, qui consistait à présenter une expérience dans la conduite de tests d’acceptation par les utilisateurs (UAT). Le requérant n’a obtenu que 1 point alors qu’il aurait dû se voir attribuer la note maximale de 2 points. À ce titre, il relève qu’il a détaillé son expérience en matière d’UAT dans une application Windows et dans une application du Web. Par ailleurs, il souligne son expérience en matière de programmation pilotée par le comportement (behaviour driven development) qui devrait être mise en place lors des UAT afin de réduire le temps de leur réalisation. Enfin, le requérant met l’accent sur son expérience professionnelle à l’international, lui ayant permis d’entrer en contact avec des clients importants, originaires en particulier d’Asie et d’Amérique latine. Il relève également sa participation dans divers pays à des projets internationaux de propriété intellectuelle financés par l’Union.

66 Pour toutes ces raisons, le requérant estime que la décision attaquée devrait être annulée.

67 L’EUIPO conteste ces arguments.

68 À titre liminaire, pour les motifs déjà exposés aux points 50 et 51 ci-dessus, il y a lieu de rejeter comme irrecevable l’argument avancé par le requérant au point 40 de la requête selon lequel l’EUIPO s’est fondé sur des versions obsolètes de ses documents de candidature.

69 Par ailleurs, par son second moyen, le requérant invoque l’existence d’erreurs manifestes d’appréciation prétendument commises par le comité de sélection dans l’examen des réponses données dans le cadre de l’étape de l’évaluateur de talent et, plus particulièrement, les notes qui lui ont été attribuées dans ce contexte.

70 À cet égard, il convient de constater que l’EUIPO s’est limité à communiquer au requérant les seules notes obtenues, mais ne lui a pas apporté d’explications supplémentaires à cet égard.

71 Or, il résulte d’une jurisprudence constante que si, en vertu de l’article 25, deuxième alinéa, du statut, toute décision prise en application du statut qui est susceptible de faire grief à son destinataire doit être motivée, en ce qui concerne les décisions prises par le jury d’un concours, cette obligation de motivation doit être conciliée avec le respect du secret qui entoure les travaux du jury prévu à l’article 6 de l’annexe III du statut (voir arrêt du 4 juillet 1996, Parlement/Innamorati, C‑254/95 P, EU:C:1996:276, point 24 et jurisprudence citée).

72 Le secret des travaux du jury a été institué en vue de garantir l’indépendance des jurys de concours et l’objectivité de leurs travaux en les mettant à l’abri de toutes ingérences et pressions extérieures, qu’elles proviennent de l’administration elle-même, de candidats intéressés ou de tiers. Le respect de ce secret s’oppose dès lors tant à la divulgation des attitudes prises individuellement par les membres des jurys qu’à la révélation de tous les éléments ayant trait à des appréciations de caractère personnel ou comparatif concernant les candidats (voir, en ce sens, arrêt du 8 mai 2019, Stamatopoulos/ENISA, T‑99/18, non publié, EU:T:2019:305, point 24 et jurisprudence citée).

73 Ainsi, compte tenu de la nécessité de concilier l’obligation de motivation avec le respect du secret des délibérations du jury, la communication des notes du candidat, en tant qu’elles reflètent les appréciations de nature comparative portées par le jury, constitue une motivation suffisante (voir arrêt du 7 février 2019, Duym/Conseil, T‑549/17, non publié, EU:T:2019:72, point 39 et jurisprudence citée).

74 Ensuite, il convient de rappeler que, par la décision attaquée, le requérant a été informé que sa candidature n’avait pas été admise pour la phase d’entretien de la procédure de sélection en cause. En outre, il ressort du dossier que, à la suite de sa demande, le requérant a reçu ses notes obtenues à l’étape de l’évaluateur de talent pour chacune des cinq questions. L’EUIPO l’a également informé que les candidats admis à l’étape suivante de la procédure avaient obtenu au moins 10 points sur 14 et que la décision du comité de sélection de ne pas admettre sa candidature pour la phase d’entretien avait été motivée par le fait qu’il avait reçu une note globale inférieure à la note obtenue par lesdits candidats.

75 Partant, ces éléments sont suffisants pour satisfaire à l’obligation de motivation telle qu’elle résulte de la jurisprudence rappelée au point 73 ci-dessus. En effet, ils permettent de connaître l’appréciation d’ensemble du comité de sélection à l’égard des réponses fournies par le requérant à l’étape de l’évaluateur de talent.

76 En outre, concernant le grief tiré d’erreurs manifestes d’appréciation prétendument commises par le comité de sélection, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, les appréciations auxquelles se livre un jury de concours lorsqu’il évalue les connaissances et les aptitudes des candidats sont de nature comparative et que ces appréciations ainsi que les décisions par lesquelles le jury constate l’échec d’un candidat à une épreuve constituent l’expression d’un jugement de valeur quant à la prestation du candidat lors de l’épreuve. Elles s’insèrent dans le large pouvoir d’appréciation dont dispose le jury et ne sauraient être soumises au contrôle du juge de l’Union qu’en cas de violation évidente des règles qui président aux travaux du jury. Ainsi, les appréciations elles-mêmes auxquelles se livre le jury de concours lorsqu’il évalue les connaissances et les aptitudes des candidats sont soustraites au contrôle du juge (voir arrêt du 11 octobre 2023, PF/Parlement, T‑317/22, non publié, EU:T:2023:620, point 24 et jurisprudence citée).

77 À cet égard, force est de constater que le requérant n’invoque aucun élément qui, conformément à la jurisprudence mentionnée au point 76 ci-dessus, se rapporterait à une violation des règles présidant aux travaux du jury. Au contraire, il se limite, pour l’essentiel, à rappeler les expériences professionnelles qu’il a exposées dans sa candidature et les réponses qu’il a données aux questions lors de l’étape de l’évaluateur de talent pour en déduire que celles-ci n’ont pas été appréciées à leur juste valeur par le comité de sélection.

78 Par conséquent, dans la mesure où l’allégation du requérant ne se fonde sur aucun élément de preuve concret, mais repose uniquement sur sa conviction personnelle quant aux mérites de sa candidature, il convient de conclure qu’elle ne saurait être considérée comme constituant la preuve d’une erreur manifeste d’appréciation (voir, en ce sens, arrêt du 6 juillet 2022, JP/Commission, T‑179/20, non publié, EU:T:2022:423, point 72 et jurisprudence citée).

79 Il résulte de tout ce qui précède que le second moyen doit être rejeté.

Sur la demande en indemnité

80 Le requérant estime avoir subi un préjudice du fait de l’irrégularité de la décision attaquée et du comportement de l’EUIPO, qui l’ont placé dans une situation d’insécurité permanente et de pression très difficile en ce qui concerne ses candidatures. Cet état d’insécurité aurait existé, au moins, depuis juin 2022 et aurait constitué pour lui une source d’inquiétude inutile. Le requérant laisse l’étendue du préjudice moral et immatériel soumis à la libre appréciation du Tribunal.

81 L’EUIPO conteste cette argumentation.

82 Il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’engagement de la responsabilité de l’Union est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions en ce qui concerne l’illégalité du comportement reproché aux institutions, la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement de l’institution et le préjudice invoqué. Il suffit que l’une de ces conditions ne soit pas remplie pour que le recours en indemnité doive être rejeté dans son ensemble, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres conditions de cette responsabilité (voir ordonnance du 13 décembre 2018, Bowles/BCE, T‑447/17, non publiée, EU:T:2018:993, point 102 et jurisprudence citée).

83 En outre, conformément à une jurisprudence constante, si une demande en indemnité présente un lien étroit avec une demande en annulation, le rejet de cette dernière entraîne également le rejet de la demande indemnitaire (voir ordonnance du 13 décembre 2018, Bowles/BCE, T‑447/17, non publiée, EU:T:2018:993, point 103 et jurisprudence citée).

84 En l’espèce, en essayant de démontrer le comportement prétendument illégal de l’EUIPO qui donnerait lieu à une indemnisation, le requérant se réfère entièrement à ses conclusions en annulation. Ainsi, la demande en indemnité présente un lien étroit avec lesdites conclusions, en ce que le préjudice prétendument subi par le requérant trouve son origine dans la décision attaquée.

85 Dans ces circonstances, les conclusions en annulation ayant été rejetées, il y a lieu de rejeter également la demande en indemnité.

Sur les mesures sollicitées par le requérant

86 Le requérant demande au Tribunal d’enjoindre à l’EUIPO la divulgation des journaux d’audit et d’accès de SuccessFactors concernant sa candidature à la procédure de sélection en cause, dans lesquels figurent la date et l’heure de chaque destinataire ayant accédé à ses données à caractère personnel dans lesdits systèmes ainsi que toutes les données à caractère personnel qu’il a fournies et que contiennent les systèmes informatiques de l’EUIPO et les systèmes des sous-traitants des données de l’EUIPO. Il demande également la communication des fiches d’évaluation établies par le jury, des « documents distincts d’évaluation et de décision signés par les présidents au nom des comités » documentant la décision finale du jury, mis à la disposition des candidats, et, enfin, des procès-verbaux des jurys.

87 À cet égard, il convient de relever qu’il ressort de l’article 90 et de l’article 92, paragraphe 1, du règlement de procédure que l’appréciation de l’opportunité d’adopter une mesure d’organisation de la procédure ou une mesure d’instruction relève du juge et non des parties, ces dernières pouvant, le cas échéant, contester le choix opéré en première instance dans le cadre d’un pourvoi (arrêt du 12 mai 2010, Commission/Meierhofer, T‑560/08 P, EU:T:2010:192, points 61 et 62).

88 En l’espèce, dans la mesure où le présent litige peut être tranché sur le fondement des pièces versées au dossier, les mesures demandées par le requérant sont sans utilité aux fins de la solution du litige, dès lors qu’elles portent soit sur des demandes de communication de ses données à caractère personnel sans lien avec le présent litige soit sur des documents relevant du secret des travaux du jury (voir points 70 à 72 ci-dessus).

89 Partant, il y a lieu de rejeter la demande du requérant et, ainsi, le recours dans son intégralité comme étant en partie irrecevable et en partie non fondé.

Sur les dépens

90 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (dixième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) WS est condamné aux dépens.

Porchia

Nihoul

Verschuur

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 13 novembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.


1 Données confidentielles occultées

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