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AccueilDroit européen62023TJ0465
Jurisprudence CJUE62023TJ0465

Arrêt du Tribunal (cinquième chambre) du 23 octobre 2024.#Crescenzio Rivellini contre Parlement européen.#Droit institutionnel – Réglementation concernant les frais et indemnités des députés au Parlement – Indemnité d’assistance parlementaire – Recouvrement par voie de compensation des sommes indûment versées – Charge de la preuve – Prescription.#Affaire T-465/23.

CELEX62023TJ0465
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 23 octobre 2024

Résumé IA

L'arrêt traite des conditions de recouvrement par le Parlement européen d'indemnités d'assistance parlementaire indûment versées à un député. Il précise les règles de preuve et les délais de prescription applicables à une telle procédure de recouvrement par voie de compensation. La décision délimite ainsi les obligations des députés et les pouvoirs de contrôle de l'administration parlementaire en cette matière.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)

23 octobre 2024 (*)

« Droit institutionnel – Réglementation concernant les frais et indemnités des députés au Parlement – Indemnité d’assistance parlementaire – Recouvrement par voie de compensation des sommes indûment versées – Charge de la preuve – Prescription »

Dans l’affaire T‑465/23,

Crescenzio Rivellini, demeurant à Naples (Italie), représenté par Me G. Oliviero, avocat,

partie requérante,

contre

Parlement européen, représenté par Mmes M. Ecker, S. Alves et M. R. Schiano, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre),

composé de MM. J. Svenningsen, président, C. Mac Eochaidh (rapporteur) et J. Laitenberger, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, M. Crescenzio Rivellini, demande l’annulation de la décision du bureau du Parlement européen du 17 avril 2023 (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le requérant a été membre du Parlement entre le 14 juillet 2009 et le 30 juin 2014.

3 Le 24 juillet 2009, sur proposition du requérant, le Parlement a recruté X en tant qu’assistante parlementaire accréditée (ci-après « APA ») pour assister le requérant en exerçant des fonctions de rédaction et de conseil ainsi que, éventuellement, des fonctions de soutien administratif et de secrétariat. X est entrée en fonction le 27 juillet 2009 et a résilié le contrat le 31 décembre 2009. Le Parlement a pris en charge, au titre de l’indemnité d’assistance parlementaire, tous les frais exposés par le requérant au titre de l’engagement de X en tant qu’APA pour un montant total de 32 314,34 euros.

4 Les 29 septembre 2009, 10 juin 2010 et 25 juillet 2011, le requérant a signé des contrats de prestation de services (ci-après les « contrats litigieux ») avec la société unipersonnelle à responsabilité limitée Y (ci-après la « société Y »). X était la seule associée de la société Y depuis le 6 février 2003. Le Parlement a pris en charge, au titre de l’indemnité d’assistance parlementaire, tous les frais exposés par le requérant au titre des contrats litigieux pour un montant total de 220 007,04 euros.

5 Le 19 décembre 2017, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) a informé le requérant de l’ouverture d’une enquête administrative concernant les indemnités d’assistance parlementaire payées par le Parlement pour le contrat d’APA de X et les contrats litigieux conclus avec la société Y.

6 Le 8 août 2019, l’OLAF a transmis au Parlement son rapport final (ci-après le « rapport final »). Dans les conclusions de celui-ci, l’OLAF a indiqué, notamment, que l’emploi de X auprès du requérant était fictif, car elle n’avait pas déménagé à Bruxelles (Belgique) ni fourni la preuve d’un quelconque travail en tant qu’APA. L’OLAF a relevé également que, alors qu’elle était encore APA, X a omis de déclarer, en tant qu’activité extérieure, les services fournis par sa propre société, à savoir la société Y. Selon l’OLAF, le requérant était en situation de conflit d’intérêts lorsqu’il a conclu les contrats litigieux avec la société Y. Enfin, toujours selon l’OLAF, les preuves étaient insuffisantes pour confirmer que cette société avait fourni des services au requérant.

7 Par lettre du 20 avril 2021, le secrétaire général du Parlement a informé le requérant de l’ouverture d’une procédure de recouvrement d’un montant de 252 321,38 euros. Ce montant correspond aux frais exposés par le requérant, respectivement, au titre de l’engagement de X en tant qu’APA pour un montant total de 32 314,34 euros et au titre des contrats litigieux pour un montant total de 220 007,04 euros (voir points 3 et 4 ci-dessus). Dans cette même lettre, le secrétaire général du Parlement a invité le requérant à présenter ses observations et à fournir la preuve du travail fourni par X en tant qu’APA et des services fournis par la société Y. Le requérant n’a jamais répondu à cette lettre. Selon le requérant, le Parlement a envoyé cette lettre à une adresse erronée. Le Parlement soutient, quant à lui, que cette lettre a été réceptionnée par X.

8 Le 15 octobre 2021, compte tenu de l’absence de réponse du requérant à sa lettre du 20 avril 2021, le secrétaire général du Parlement a décidé que le montant de 252 321,38 euros avait été versé indûment et devait être recouvré (ci-après la « décision de recouvrement »).

9 Le 31 mars 2022, après plusieurs tentatives d’envoi par courrier, par lettre recommandée et par courrier électronique, un huissier de justice requis par le Parlement a signifié au requérant la décision de recouvrement, la note de débit no 7020000091 du 19 janvier 2022 (ci-après la « note de débit ») et une lettre d’accompagnement du directeur général des finances du Parlement du 20 janvier 2022.

10 Le 13 mai 2022, le requérant a introduit une réclamation auprès des questeurs du Parlement afin de demander l’annulation et le retrait de la décision de recouvrement et de la note de débit. Le requérant a joint à sa réclamation 40 pièces visant à établir la réalité du travail réalisé par X et des prestations fournies par la société Y.

11 Le 1er juillet 2022, le Parlement a informé le requérant que, en raison de l’absence de paiement de la note de débit dans le délai imparti, il avait l’intention de procéder au recouvrement de la somme litigieuse par le biais d’une compensation sur sa pension d’ancienneté. Cette lettre indiquait que la retenue correspondrait à la totalité de ladite pension d’ancienneté, à savoir 1 615,22 euros par mois. Les 13 octobre 2022 et 26 janvier 2023, à la demande du requérant et par une application par analogie de l’article 545, paragraphe 7, du code de procédure civile italien, le montant de cette retenue a été modifié afin d’octroyer un montant minimal de subsistance au requérant, lequel est actuellement fixé à 1 000 euros par mois.

12 Le 4 octobre 2022, les questeurs ont rejeté la réclamation du requérant comme étant non fondée (ci-après la « décision des questeurs »). Cette décision lui a été notifiée le 27 octobre 2022.

13 Le 23 décembre 2022, le requérant a introduit une réclamation auprès du bureau du Parlement à l’encontre de la décision des questeurs.

14 Le 17 avril 2023, le bureau du Parlement a adopté la décision attaquée et rejeté la réclamation introduite par le requérant contre la décision des questeurs. Cette décision lui a été notifiée le 26 mai 2023.

Conclusions des parties

15 Le requérant conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée et tout acte préalable produisant des effets juridiques à son égard ;

– à titre subsidiaire, déclarer prescrit tout grief soulevé contre lui concernant les sommes litigieuses antérieures au 19 décembre 2012 ;

– également à titre subsidiaire, déclarer non fondée toute créance au titre des remboursements relatifs à la société Y pour les services qui lui ont été fournis entre le 16 juin 2010 et le 30 juin 2014 ;

– à titre encore plus subsidiaire, déclarer illicite la retenue opérée par le Parlement sur sa pension d’ancienneté ;

– condamner le Parlement aux dépens.

16 Le Parlement conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

Sur le premier chef de conclusions

17 À l’appui de son premier chef de conclusions, le requérant avance cinq moyens.

Sur le premier moyen, pris du caractère illogique et non fondé de la motivation en ce qui concerne les indemnités d’assistance parlementaire payées par le Parlement pour le contrat d’APA de X, de l’absence de preuve des griefs formulés contre le requérant et de l’omission d’évaluation des preuves fournies par ce dernier, du rejet implicite illicite de demandes légitimes d’accès aux documents formulées par le requérant ainsi que de la prescription de tout grief soulevé concernant X

18 Par son premier moyen, le requérant soutient que, contrairement à ce qu’a considéré le bureau du Parlement, il était notoire que X avait travaillé en tant qu’APA et qu’elle résidait à Bruxelles. Ces éléments pourraient être confirmés par la consultation des données enregistrées du badge d’accès de X, mais le Parlement aurait toujours refusé de transmettre ces enregistrements au requérant. Par ailleurs, ni le secrétaire général ni le bureau du Parlement n’auraient fourni des preuves concrètes au soutien de leurs allégations. Au contraire, les services du Parlement auraient renversé la charge de la preuve en exigeant du requérant qu’il soumette des preuves de l’activité de X en tant qu’APA. De telles preuves auraient d’ailleurs été impossibles à rapporter plus de dix ans après la cessation des fonctions de X en tant qu’APA. En tout état de cause, tout grief concernant le contrat d’APA de X serait prescrit.

19 Le Parlement conteste cette argumentation.

– Sur la réalité du travail de X en tant qu’APA

20 Selon une jurisprudence constante, la définition de la notion d’« assistance parlementaire » ne relevant pas de la discrétion des députés, ces derniers ne sont pas libres de demander le remboursement des dépenses sans rapport avec l’engagement ou l’utilisation des services fournis par de tels assistants (voir arrêt du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, point 39 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 7 juin 2023, TC/Parlement, T‑309/21, sous pourvoi, EU:T:2023:315, point 49 et jurisprudence citée).

21 Il s’ensuit que la réalité des prestations fournies par les assistants au profit du Parlement doit être démontrée par le député concerné (voir, en ce sens, arrêts du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, point 40 et jurisprudence citée, et du 7 juin 2023, TC/Parlement, T‑309/21, sous pourvoi, EU:T:2023:315, point 50 et jurisprudence citée).

22 Dans l’hypothèse d’un contrôle ayant trait à l’utilisation des frais d’assistance parlementaire, le député concerné doit donc être en mesure de prouver que les montants perçus ont été utilisés afin de couvrir les dépenses effectivement engagées et résultant entièrement et exclusivement de l’engagement d’un ou de plusieurs assistants, comme le prévoit l’article 33 de la décision du bureau du Parlement européen des 19 mai et 9 juillet 2008 portant mesures d’application du statut des députés au Parlement européen (JO 2009, C 159, p. 1, ci-après les « MAS ») (voir, en ce sens, arrêts du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, point 41 et jurisprudence citée, et du 7 juin 2023, TC/Parlement, T‑309/21, sous pourvoi, EU:T:2023:315, point 51 et jurisprudence citée).

23 Dans ce cadre, le député doit notamment produire les pièces justificatives qui sont afférentes aux activités de l’APA et, partant, les conserver, et ce même en l’absence d’obligation explicite en ce sens découlant du droit de l’Union européenne (voir, en ce sens, arrêts du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, point 41 et jurisprudence citée, et du 7 juin 2023, TC/Parlement, T‑309/21, sous pourvoi, EU:T:2023:315, point 52 et jurisprudence citée).

24 Dès lors, dans une telle situation, c’est sur la partie requérante, et non sur le Parlement, que repose la charge de la preuve de la réalité, de la nécessité et du lien direct des frais d’assistance parlementaire avec l’exercice de son mandat (voir arrêt du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, point 42 et jurisprudence citée).

25 Compte tenu de la jurisprudence rappelée aux points 20 à 24 ci-dessus, c’est à tort que le requérant fait valoir que le Parlement a illégalement renversé la charge de la preuve en constatant, aux points 109 et 110 de la décision attaquée, qu’il n’avait produit aucune preuve établissant la réalité du travail de X en tant qu’APA. En effet, il appartenait au requérant de prouver la réalité du travail de X, laquelle pouvait être démontrée, comme l’a relevé le bureau du Parlement, par de nombreux éléments de preuve concrets, tels que des agendas, attestant de rendez-vous ou de l’activité de X, des courriers électroniques rédigés par cette dernière et échangés, notamment, avec le requérant ainsi que des documents, y compris sous forme électronique, émanant de X (voir, en ce sens, arrêts du 24 mars 2021, Bennahmias/Parlement, T‑798/19, non publié, EU:T:2021:158, point 69 et jurisprudence citée, et du 14 juillet 2021, Rochefort/Parlement, T‑172/20, non publié, EU:T:2021:439, point 47 et jurisprudence citée).

26 Certes, le requérant affirme que le bureau du Parlement a omis d’apprécier les preuves qu’il avait fournies.

27 Toutefois, dans ses écritures, le requérant n’a pas identifié quelles preuves n’auraient pas été prises en compte par le bureau du Parlement. En tout état de cause, le Tribunal constate que le bureau du Parlement a examiné les pièces que le requérant avait soumises en annexe à sa réclamation. En effet, au point 143 de la décision attaquée, le bureau du Parlement indique que ces pièces ne contenaient aucun élément nouveau par rapport aux pièces qu’il avait déjà transmises aux questeurs. Or, les questeurs avaient considéré, sans que cette conclusion ne soit contestée par le requérant dans sa réclamation, que ces pièces ne démontraient pas l’existence d’une activité de X au bénéfice du requérant (voir points 35 et 144 de la décision attaquée).

28 Le requérant soutient également que la réalité du travail de X en tant qu’APA aurait pu être établie s’il avait pu obtenir une copie de l’enregistrement des données du badge d’accès de X, ce que le Parlement lui aurait refusé.

29 À supposer que le requérant ait formulé une telle demande auprès du Parlement, ce que le requérant n’a pas prouvé et ce que le Parlement conteste, et qu’il était techniquement possible d’octroyer une copie des données du badge d’accès de X, alors que le Parlement affirme que ce type de données ne sont conservées que pendant une période de quatre mois, ces données n’auraient pas pu établir, à elles seules, la réalité du travail de X en tant qu’APA. En effet, selon la jurisprudence, la seule présence physique de l’assistant parlementaire dans les locaux du Parlement durant les jours concernés, même dûment établie et quelle que soit sa fréquence, ne peut suffire pour établir la réalité de l’exécution de tâches conformes à l’article 33 des MAS. Il est requis d’établir en outre que, à l’occasion de ces déplacements, des tâches liées à l’exercice du mandat parlementaire ont effectivement été réalisées (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 2021, Arnautu/Parlement, T‑740/20, non publié, EU:T:2021:444, point 98 et jurisprudence citée).

30 Enfin, le Tribunal constate que, même dans le cadre de la présente procédure, le requérant reste en défaut de démontrer la réalité du travail de X. Tout au plus, le requérant affirme qu’il était « notoire » que X avait effectivement travaillé en tant qu’APA. Toutefois, cette affirmation très générale n’est étayée par aucun élément concret ni aucune preuve.

31 Il ressort de l’ensemble des éléments qui précèdent que, comme l’a conclu le bureau du Parlement, le requérant n’a pas prouvé la réalité du travail de X en tant qu’APA.

32 Cette conclusion n’est pas remise en cause par l’argument du requérant selon lequel, le secrétaire général et le bureau du Parlement n’ayant pas indiqué quelle règle du droit de l’Union définissait spécifiquement l’activité qu’un APA était tenu d’effectuer, il était impossible pour lui de fournir les éléments de preuve pertinents. À cet égard, le Tribunal rappelle que les MAS ont été publiées au Journal officiel de l’Union européenne, de sorte qu’elles constituent, à dater de cette publication, le seul droit positif en la matière, droit que nul n’est censé ignorer (voir, en ce sens, arrêt du 19 juin 2015, Italie/Commission, T‑358/11, EU:T:2015:394, point 129 et jurisprudence citée). En tout état de cause, le Tribunal constate que le libellé des articles 33 et 62 des MAS a été reproduit à la page 2 de la lettre du secrétaire général du 20 avril 2021, aux points 13 et 15 de la décision de recouvrement ainsi qu’aux points 22 et 23 de la décision attaquée. Or, les articles 33 et 62 des MAS prévoient, en substance, que l’assistance en question est directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés. En outre, le contrat d’APA conclu entre le Parlement et X prévoyait expressément que cette dernière était engagée pour assister le requérant dans des fonctions de rédaction et de conseil ainsi que, éventuellement, des fonctions de soutien administratif et de secrétariat (voir point 3 ci-dessus). Dans ces conditions, le requérant ne saurait valablement soutenir qu’il ignorait quelle activité spécifique X était tenue d’exercer en tant qu’APA et, partant, quel type de preuve il était censé soumettre au Parlement afin d’établir la réalité du travail de X en tant qu’APA.

33 Cette conclusion n’est pas davantage remise en cause par les arguments du requérant relatifs à la notion de « résidence ». En effet, il ressort des points 35 et 36 de la décision attaquée que le requérant n’a pas contesté, dans sa réclamation auprès du bureau du Parlement, le constat des questeurs selon lequel X ne résidait pas à Bruxelles lorsqu’elle était APA et que ce constat était, partant, devenu définitif. Dès lors que le bureau du Parlement ne s’est pas prononcé sur ce point, les arguments du requérant relatifs à la résidence de X sont inopérants pour remettre en cause la décision attaquée. À titre surabondant, et ainsi que les questeurs l’ont relevé au point 62 de leur décision, le secrétaire général du Parlement a conclu au caractère fictif du contrat d’APA conclu par X uniquement en raison de l’absence de preuve relative à la réalité de son travail (voir point 25 de la décision de recouvrement), et non en raison de l’absence de preuve d’une résidence à Bruxelles. En effet, le secrétaire général du Parlement s’est limité à relever, sans en tirer la moindre conséquence, que X ne résidait pas à Bruxelles, contrairement à ce que prévoyaient les règles statutaires (voir point 26 de la décision de recouvrement).

– Sur la prescription de la créance du Parlement

34 Le requérant soutient que, en tout état de cause, la créance du Parlement est prescrite. En effet, les créances détenues par l’Union sur des tiers seraient soumises à un délai de prescription de cinq ans. Or, le contrat d’APA de X aurait pris fin le 31 décembre 2009. Partant, lorsque, le 19 décembre 2017, l’OLAF l’a informé de l’ouverture d’une enquête, la somme en cause aurait déjà été prescrite et, a fortiori, l’aurait également été à la date d’adoption de la décision attaquée.

35 À titre liminaire, le Tribunal relève que, à la date de la signification de la décision de recouvrement et de la note de débit au requérant, les règles de prescription des créances détenues par l’Union sur les tiers étaient fixées par le règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1, ci-après le « règlement financier »), conformément aux articles 281 et 282 de ce règlement (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 71).

36 Aux termes de l’article 98, paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement financier, l’ordonnateur envoie la note de débit immédiatement après la constatation de la créance et au plus tard dans un délai de cinq ans à compter du moment où l’institution de l’Union était, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance.

37 Le libellé de cet article indique donc clairement que le délai de prescription commence à courir à compter du moment où l’institution de l’Union était, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance. Or, une institution de l’Union est normalement en mesure de faire valoir sa créance à partir de la date à laquelle elle dispose des pièces justificatives permettant d’identifier une créance donnée comme certaine, liquide et exigible ou aurait pu disposer de telles pièces justificatives si elle avait agi avec la diligence requise (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 103).

38 Dans ces conditions, ce n’est que le 8 août 2019, date de la transmission du rapport final au Parlement (voir point 6 ci-dessus), que cette institution a pris connaissance du caractère fictif du contrat d’APA de X et que, partant, elle était en droit de faire valoir sa créance (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 107). Le requérant n’a d’ailleurs pas soutenu, et aucun élément du dossier ne l’atteste, que le Parlement avait eu connaissance de ces éléments avant la réception du rapport final.

39 Dans ces conditions, c’est à compter du 8 août 2019 qu’a commencé à courir le délai de prescription quinquennal fixé par l’article 98, paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement financier. Or, ce délai de prescription n’était pas encore échu lorsque, le 31 mars 2022, le Parlement a fait signifier la décision de recouvrement et la note de débit au requérant (voir point 9 ci-dessus).

40 Partant, la créance de 32 314,34 euros, relative à l’indemnité d’assistance parlementaire pour le contrat d’APA de X, n’était pas prescrite au 31 mars 2022.

41 Par conséquent, le premier moyen doit être rejeté.

Sur le deuxième moyen, pris d’erreurs de motivation en ce qui concerne les remboursements relatifs aux contrats de services avec la société Y, de la licéité, de la régularité et de la conformité du comportement tenu au regard des dispositions du droit de l’Union et de la prescription totale ou partielle des griefs formulés

42 Par son deuxième moyen, le requérant conteste les appréciations du bureau du Parlement relatives aux contrats litigieux qu’il a conclus avec la société Y (voir point 4 ci-dessus). Concernant le contrat conclu le 29 septembre 2009 (ci-après le « premier contrat litigieux »), le requérant affirme que le grief selon lequel X était en même temps une APA et la représentante légale de la société Y est prescrit. Par ailleurs, contrairement à ce qui ressort de la décision attaquée, le bureau du Parlement n’aurait pas prouvé que le requérant et X auraient été des partenaires stables non matrimoniaux. Or, le requérant et X n’auraient jamais été de tels partenaires, cohabité ou eu la même résidence officielle. De toute manière, à supposer qu’un tel partenariat soit prouvé en l’espèce, le bureau du Parlement n’aurait pas indiqué quelle norme du droit de l’Union aurait été violée. S’agissant du contrat conclu le 10 juin 2010 (ci-après le « deuxième contrat litigieux ») et du contrat conclu le 25 juillet 2011 (ci-après le « troisième contrat litigieux »), le requérant affirme que X n’était plus l’administratrice de la société Y à ces dates. De plus, les services du Parlement auraient confirmé chaque année la régularité des paiements effectués dans le cadre des contrats litigieux au regard de l’article 41 des MAS. La motivation de la décision attaquée remettant en cause ces appréciations passées des services du Parlement serait d’ailleurs assez faible. En outre, conformément à l’article 132, paragraphe 1, du règlement financier, le requérant n’aurait pas été tenu de conserver les pièces pertinentes concernant les contrats litigieux plus de trois ans. Le Parlement ne saurait donc reprocher au requérant de ne pas avoir prouvé la réalité des services que lui aurait fournis la société Y en exécution des contrats litigieux. En tout état de cause, tout grief lié aux deux premiers contrats litigieux serait prescrit. Il en irait de même en ce qui concerne les griefs tirés de l’exécution du troisième contrat litigieux jusqu’au 19 décembre 2012, à savoir cinq ans avant la notification au requérant de l’ouverture d’une enquête par l’OLAF.

43 Le Parlement conteste cette argumentation.

– Sur l’absence de conflit d’intérêts

44 L’article 43, sous c), premier et deuxième tirets, des MAS prévoit que « [l]es sommes versées […] ne peuvent servir directement ou indirectement […] à couvrir les frais engagés dans le cadre d’un contrat de prestation de services pouvant donner lieu à un conflit d’intérêts, en particulier dans les cas où le député ou une des personnes mentionnées [sous] d) […] détient tout ou partie d’une société […] agissant comme son prestataire de services [ou] fait partie du conseil d’administration ou d’autres instances ou organes exécutifs d’une société […] agissant comme son prestataire de services ».

45 L’article 43, sous d), des MAS dispose que « [l]es sommes versées […] ne peuvent servir directement ou indirectement […] à financer les contrats permettant l’emploi ou l’utilisation des services des […] partenaires stables non matrimoniaux [des députés] tels que définis à l’article 58, paragraphe 2 ».

46 Il ressort ainsi de l’article 43, sous c), des MAS qu’un député européen n’est pas en droit d’utiliser les indemnités d’assistance parlementaire pour couvrir les frais engagés dans le cadre d’un contrat de prestation de services pouvant donner lieu à un conflit d’intérêts, en particulier lorsque son partenaire stable non matrimonial détient tout ou partie de la société fournissant lesdits services ou fait partie de ses organes dirigeants.

47 Le requérant affirme, tout d’abord, que ni le secrétaire général ni le bureau du Parlement n’ont indiqué quelle norme du droit de l’Union aurait été enfreinte.

48 Cette argumentation doit être rejetée. En effet, le requérant ne saurait se prévaloir de son ignorance des MAS, dès lors que celles-ci ont été publiées au Journal officiel (voir point 32 ci-dessus). En tout état de cause, le libellé de l’article 43, sous c) et d), des MAS a été partiellement reproduit à la page 2 de la lettre du secrétaire général du 20 avril 2021 ainsi qu’au point 14 de la décision de recouvrement. Par ailleurs, la circonstance que la décision attaquée ne contient aucune mention audit article 43 des MAS s’explique par la portée limitée de la réclamation que le requérant avait adressée au bureau du Parlement (voir point 50 ci-après).

49 Ensuite, le requérant conteste, en substance, l’existence de tout conflit d’intérêts lorsqu’il a conclu, les 29 septembre 2009, 10 juin 2010 et 25 juillet 2011, les contrats litigieux. En particulier, le requérant dément avoir été le partenaire stable non patrimonial de X lors de la conclusion du premier contrat litigieux.

50 Cette argumentation doit être rejetée. En effet, selon le point 35 de la décision attaquée, le requérant n’a pas réfuté, dans sa réclamation, le constat des questeurs selon lequel il entretenait une relation sentimentale et stable avec X depuis 1999, comme l’attestait son livre intitulé Non faccio nomi… solo cognomi ! (ci-après le « livre »), publié sur son propre site Internet. De plus, selon le même point 35 de la décision attaquée, le requérant n’a pas réfuté, dans sa réclamation, le constat des questeurs selon lequel il était en situation de conflit d’intérêts, en raison de l’existence de cette relation sentimentale, lorsqu’il a conclu les contrats litigieux avec la société Y. Dès lors que ces deux constats n’ont pas été critiqués par le requérant, le bureau du Parlement les a considérés comme étant définitifs (voir point 36 de la décision attaquée). Dans ces conditions, les arguments du requérant sont inopérants pour remettre en cause la décision attaquée, puisque celle-ci n’a pas réexaminé ces éléments.

51 À titre surabondant, le Tribunal constate que, ainsi que l’ont relevé les questeurs au point 84 de leur décision, le requérant affirme expressément dans son livre que, durant l’année 2009, X « était la compagne de [sa] vie depuis dix ans ». Devant le Tribunal, le requérant n’a contesté ni la matérialité de ce livre ni l’exactitude de cette citation. De plus, le Tribunal observe que, au moment de la parution de ce livre en 2020, X était toujours présentée par le requérant, notamment dans la dédicace, comme « la femme de [sa] vie ». En outre, lors de son audition par l’OLAF le 25 janvier 2018, et en réponse à une question portant sur un article publié le 1er mars 2010 dans le journal italien La Repubblica, le requérant a admis l’existence d’une relation sentimentale avec X « depuis environ sept ou huit ans » et indiqué que cette relation était « publique ». Ces éléments sont suffisants pour établir l’existence d’une relation sentimentale entre le requérant et X, du moins pendant la période allant de 1999 à 2020, et par conséquent, a fortiori, lors de la conclusion des contrats litigieux les 29 septembre 2009, 10 juin 2010 et 25 juillet 2011.

52 Cette conclusion n’est pas remise en cause par le fait que, selon le requérant, il n’a jamais cohabité avec X ni partagé avec elle la même résidence officielle. À supposer même que X et le requérant n’aient jamais vécu ensemble, bien que cette allégation ne soit étayée par aucune preuve dans la requête, il suffit de constater que cette circonstance ne s’oppose pas à l’existence d’une relation sentimentale entre eux.

53 Cette conclusion n’est pas davantage remise en cause par l’article 58, paragraphe 2, des MAS. En effet, contrairement à ce que fait valoir le requérant, cette disposition ne conditionne pas l’existence d’un partenariat stable non matrimonial à la délivrance d’une attestation officielle par les autorités d’un État membre. Selon la lettre de cette disposition, ladite attestation officielle est uniquement exigée pour permettre au partenaire stable non matrimonial d’un député européen de bénéficier du même traitement dans le domaine des pensions de survie que celui qui est réservé aux conjoints des députés européens.

54 Par ailleurs, le requérant ne conteste pas que X a signé, en tant que représentante légale de la société Y, le premier contrat litigieux, alors que, à cette période, elle était encore son APA. Quant aux deuxième et troisième contrats litigieux, le requérant affirme que X n’était plus l’administratrice de la société Y. Pour autant, les questeurs ont relevé, sans que cet élément ne soit contredit par le requérant, que c’est bien X qui a signé, en se présentant elle-même comme la représentante légale de la société Y, le deuxième contrat litigieux (voir point 86 de la décision des questeurs). Ces éléments sont d’ailleurs corroborés par la copie du deuxième contrat litigieux figurant en annexe du rapport final. En outre, le requérant n’a pas non plus démenti le fait que X détenait une participation dans la société Y lorsque les contrats litigieux ont été signés, que ce soit par X ou, s’agissant du troisième contrat litigieux, par la sœur de cette dernière. Loin d’être dénuée de toute pertinence comme l’affirme le requérant, la circonstance que X détenait une participation dans la société Y lors de la conclusion des contrats litigieux empêchait que les indemnités d’assistance parlementaire puissent couvrir les frais engagés dans le cadre desdits contrats (voir point 46 ci-dessus).

55 Ainsi que les questeurs l’ont indiqué aux points 87 et 88 de leur décision et sans que cette conclusion ne soit remise en cause dans la réclamation (voir point 35 de la décision attaquée), il résulte donc des éléments figurant aux points 51 à 54 ci-dessus que le requérant était dans une situation de conflit d’intérêts contraire à l’article 43, sous c), des MAS lorsqu’il a conclu les contrats litigieux avec la société Y.

– Sur la réalité des prestations de la société Y

56 Le requérant soutient que les services du Parlement auraient certifié la régularité des paiements effectués dans le cadre des contrats litigieux au regard de l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS. De plus, le requérant aurait soumis de nombreuses preuves établissant la réalité des prestations de la société Y dans le cadre des contrats litigieux.

57 À cet égard, l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS prévoyait que :

« 3. Le tiers payant remet au service compétent, au plus tard le 30 mars suivant l’exercice financier de référence ainsi qu’à la cessation de son contrat, un rapport récapitulatif et certifié des prestations de services effectuées durant la période de référence.

Ce rapport certifie que les opérations concernées ont été effectuées conformément aux dispositions prévues par le droit national applicable.

4. Après vérification du rapport, une notification est adressée, au plus tard le 1er juin, au tiers payant, avec copie au député, constatant la régularité ou l’irrégularité des paiements effectués et indiquant, le cas échéant, les documents manquants à fournir. En cas de cessation du contrat du tiers payant, la notification est adressée au plus tard deux mois après la réception dudit rapport.

Si la notification constate l’irrégularité des paiements, les documents nécessaires pour en établir la régularité sont déposés au service compétent au plus tard le 1er juillet, ou, en cas de cessation du contrat du tiers payant, dans un délai d’un mois à compter de la notification. À défaut, le Parlement applique les articles 67 et 68. »

58 À cet égard, le Tribunal constate que le requérant ne lui a soumis aucune preuve établissant que le Parlement a, comme il le soutient, certifié la régularité des paiements effectués dans le cadre des contrats litigieux. De même, le requérant ne soutient pas, aux points 36 à 38 de la requête, avoir fourni une telle preuve au secrétaire général, aux questeurs ou au bureau du Parlement. La réalité des prétendues notifications du Parlement certifiant la régularité des paiements effectués dans le cadre des contrats litigieux n’est donc pas établie.

59 De plus, et ainsi que le précise le point 70 de la décision attaquée, l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS n’était pas applicable au troisième contrat litigieux. En effet, ce contrat a été conclu le 25 juillet 2011, à savoir postérieurement à l’abrogation, le 7 juillet 2010, desdits paragraphes [article 1er, point 15, sous b), et article 2, paragraphe 1, de la décision du bureau du Parlement européen des 11 et 23 novembre 2009, 14 décembre 2009, 19 avril 2010 et 5 juillet 2010 portant modification des [MAS] (JO 2010, C 180, p. 1)]. Le Parlement ne saurait donc avoir certifié les paiements effectués dans le cadre du troisième contrat litigieux sur le fondement de l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS.

60 Enfin, à supposer que le Parlement ait certifié la régularité des paiements effectués dans le cadre des contrats litigieux, le Tribunal rappelle néanmoins que, comme l’a relevé le bureau du Parlement aux points 72 et 73 de la décision attaquée, la procédure fixée par l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS poursuivait un objectif strictement comptable. En effet, cette procédure ne visait pas à contrôler la réalité du travail fourni par le prestataire de services et ne saurait dès lors être confondue avec la procédure de recouvrement établie par l’article 68 des MAS. Partant, l’issue positive de régularisations comptables qui auraient été réalisées dans le cadre de l’article 41 des MAS ne préjugeait en rien de l’ouverture ultérieure d’une procédure de recouvrement au titre de l’article 68 des MAS, ni de l’issue d’une telle procédure (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 8 septembre 2021, Griesbeck/Parlement, T‑10/21, non publié, EU:T:2021:542, points 73 et 74).

61 En se référant ainsi expressément à la jurisprudence du Tribunal rappelée au point 60 ci-dessus, le bureau du Parlement a, aux points 72 et 73 de la décision attaquée, motivé sa conclusion à suffisance de droit. De même, et contrairement à ce que soutient le requérant, cette conclusion ne méconnaît pas le principe de sécurité juridique, puisque, comme cela a été expliqué au point 60 ci-dessus, les procédures prévues par l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS et par l’article 68 des MAS ne se confondaient pas et ne poursuivaient pas les mêmes objectifs.

62 De toute manière, la réalité des prestations fournies au requérant par la société Y, qui auraient été la contrepartie des paiements litigieux, n’est pas démontrée.

63 Certes, le requérant a soumis aux questeurs une série de pièces visant à démontrer que la société Y lui avait fourni des services dans le cadre des contrats litigieux. Toutefois, après examen de ces pièces, les questeurs ont estimé qu’aucune d’entre elles ne prouvait une quelconque activité de la société Y liée aux contrats litigieux (voir points 89 à 92 de la décision des questeurs). Cette appréciation n’a pas été contestée par le requérant dans le cadre de sa réclamation, si bien qu’elle est devenue définitive et n’a donc pas été réexaminée par le bureau du Parlement (voir points 35, 36 et 144 de la décision attaquée).

64 De même, le requérant a soumis au bureau du Parlement des pièces visant à démontrer que la société Y lui avait fourni des services dans le cadre des contrats litigieux. Toutefois, le bureau du Parlement a estimé que ces pièces ne contenaient aucun élément nouveau par rapport aux pièces qu’il avait déjà transmises aux questeurs (voir point 143 de la décision attaquée). Sur ce point, le requérant se borne à affirmer que le bureau du Parlement n’a pas examiné ces pièces. Toutefois, le requérant n’a avancé aucun élément concret au soutien de cette allégation. De plus, et surtout, le Tribunal relève que le requérant ne conteste pas, dans ses écritures, l’appréciation du bureau du Parlement figurant au point 143 de la décision attaquée.

65 Enfin, le requérant soutient que, en tout état de cause, il ne saurait lui être reproché l’absence de preuve d’activité de la société Y. En effet, aux termes de l’article 132, paragraphe 1, du règlement financier, l’obligation de conservation de pièces liées à un financement, d’un montant inférieur ou égal à 60 000 euros, n’est que de trois ans. Il n’aurait donc pas été tenu de conserver, au-delà de cette période de trois ans, les pièces relatives aux années 2009 à 2012 et 2014.

66 À cet égard, et sans même qu’il soit besoin de se prononcer sur l’applicabilité en l’espèce de l’article 132, paragraphe 1, du règlement financier, laquelle est contestée par le Parlement, l’argumentation du requérant doit être rejetée. En effet, comme il a été indiqué aux points 22 et 23 ci-dessus et comme le bureau du Parlement l’a rappelé avec clarté au point 130 de la décision attaquée, dans l’hypothèse d’un contrôle ayant trait à l’utilisation des frais d’assistance parlementaire, le député concerné doit notamment produire les pièces justificatives qui sont afférentes aux activités de la société avec laquelle il a conclu un contrat de prestation de services et, partant, les conserver, et ce même en l’absence d’obligation explicite en ce sens découlant du droit de l’Union (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 20 septembre 2019, LL/Parlement, T‑615/15 RENV, non publié, EU:T:2019:636, points 67 et 70 et jurisprudence citée, et du 7 juin 2023, TC/Parlement, T‑309/21, sous pourvoi, EU:T:2023:315, points 51 et 52 et jurisprudence citée).

67 Il découle de l’ensemble des considérations qui précèdent que le requérant n’a pas démontré la réalité des prestations fournies par la société Y.

– Sur la prescription de la créance du Parlement

68 Les arguments du requérant relatifs à la prescription des faits reprochés, et partant de la créance du Parlement, doivent également être rejetés. En effet, pour des motifs similaires à ceux exposés aux points 35 à 39 ci-dessus, le délai de prescription quinquennal fixé par l’article 98, paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement financier n’a commencé à courir qu’à compter du 8 août 2019. En effet, c’est uniquement à partir de cette date que le Parlement a pris connaissance du fait que le requérant était dans une situation de conflit d’intérêts lorsqu’il a conclu les contrats litigieux avec la société Y et que la réalité des services fournis par cette société n’était pas démontrée. Dans ces conditions, le délai de prescription n’était pas encore échu lorsque, le 31 mars 2022, le Parlement a fait signifier la décision de recouvrement et la note de débit au requérant (voir point 9 ci-dessus).

69 Partant, la créance de 220 007,04 euros, relative à l’indemnité d’assistance parlementaire concernant les contrats litigieux, n’était pas prescrite au 31 mars 2022.

70 Par conséquent, le deuxième moyen doit être rejeté.

Sur le troisième moyen, pris du caractère illogique de la motivation et de la violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime, et de la prescription des comportements attribués au requérant

71 Par son troisième moyen, le requérant réitère que les créances du Parlement sont prescrites.

72 Le Parlement excipe l’irrecevabilité du troisième moyen, en ce que, malgré son libellé, il ne contient aucun argument visant à établir que la décision attaquée repose sur une motivation illogique ou qu’elle viole les principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime. Quant au grief pris de la prescription des créances en cause, le Parlement conteste l’argumentation du requérant.

73 À cet égard, en vertu de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, la requête doit, notamment, contenir l’objet du litige et un exposé sommaire des moyens invoqués. Il ressort de la jurisprudence que cet exposé doit être suffisamment clair et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal d’exercer son contrôle. Il en découle que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels un recours est fondé doivent ressortir d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même. La requête doit, de ce fait, expliciter en quoi consiste le moyen sur lequel le recours est fondé, de sorte que sa seule énonciation abstraite ne répond pas aux exigences du règlement de procédure (voir, en ce sens, arrêt du 12 mars 2020, Elche Club de Fútbol/Commission, T‑901/16, EU:T:2020:97, point 79 et jurisprudence citée).

74 En l’espèce, le Tribunal constate que le requérant n’a avancé, dans le cadre du troisième moyen, aucun argument visant à établir que la décision attaquée repose sur une motivation illogique ou qu’elle viole les principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime. Dans cette mesure, le troisième moyen est manifestement irrecevable.

75 Par ailleurs, en ce qui concerne les créances du Parlement, le Tribunal a déjà conclu qu’elles n’étaient pas prescrites en l’espèce (voir points 35 à 40 ainsi que 68 et 69 ci-dessus).

76 Cette conclusion n’est pas remise en cause par les arguments du requérant tirés de l’article 73 bis du règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil, du 25 juin 2002, portant règlement financier applicable au budget général des Communautés européennes (JO 2002, L 248, p. 1), et de l’article 85 ter du règlement (CE, Euratom) no 2342/2002 de la Commission, du 23 décembre 2002, établissant les modalités d’exécution du règlement no 1605/2002 (JO 2002, L 357, p. 1).

77 En effet, outre le fait qu’ils ont été abrogés le 1er janvier 2013, l’article 73 bis du règlement no 1605/2002 et l’article 85 ter du règlement no 2342/2002 ne sont pas applicables en l’espèce. Ainsi qu’il a été relevé aux points 35 et 36 ci-dessus, conformément aux articles 281 et 282 du règlement financier, les règles de prescription relatives aux créances détenues par l’Union sur les tiers étaient fixées, à la date de la signification de la décision de recouvrement et de la note de débit au requérant, par l’article 98, paragraphe 2, du règlement financier.

78 Compte tenu de son inapplicabilité en l’espèce, le Tribunal n’examinera pas la légalité de l’article 85 ter du règlement no 2342/2002, à supposer que le point 46 de la requête doive se comprendre comme soulevant une exception d’illégalité dudit article. Par ailleurs, dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, le Tribunal est manifestement incompétent pour déférer à la Cour européenne des droits de l’homme ou à toute autre « instance » la question d’une éventuelle révision de l’article 85 ter du règlement no 2342/2002, comme l’y invite le requérant.

79 La conclusion visée au point 75 ci-dessus n’est pas davantage remise en cause par l’article 85, second alinéa, seconde phrase, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, tel qu’appliqué par le Tribunal de la fonction publique dans l’arrêt du 12 mars 2014, CR/Parlement (F‑128/12, EU:F:2014:38). En effet, exception faite de l’hypothèse où une norme contraignante pour les membres du Parlement en impose le respect, ledit statut n’est pas applicable aux députés européens, dès lors qu’ils ne sont ni fonctionnaires ni agents de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 13 juillet 2018, Curto/Parlement, T‑275/17, EU:T:2018:479, point 79 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 26 février 2015, H/Cour de justice, C‑221/14 P, non publié, EU:C:2015:126, points 32 et 34). Or, le requérant reste en défaut d’indiquer quelle norme du droit de l’Union rendrait l’article 85, second alinéa, seconde phrase, dudit statut applicable en l’espèce. De toute manière, une telle applicabilité a déjà été écartée par le Tribunal dans une situation similaire (arrêt du 3 mai 2023, SN/Parlement, T‑249/21, non publié, EU:T:2023:233, point 33).

80 Enfin, la conclusion visée au point 75 ci-dessus n’est pas non plus remise en cause par la référence du requérant à l’article 41, paragraphes 2 à 4, des MAS. En effet, il a déjà été relevé, au point 59 ci-dessus, que l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS a été abrogé le 7 juillet 2010. De plus, et comme indiqué aux points 60 et 61 ci-dessus, les procédures prévues par l’article 41, paragraphes 3 et 4, des MAS, lorsque ceux-ci étaient encore applicables, et par l’article 68 des MAS ne se confondaient pas et ne poursuivaient pas les mêmes objectifs.

81 Par conséquent, le troisième moyen doit être rejeté.

Sur le quatrième moyen, pris de la violation du principe général en matière de répartition de la charge de la preuve, et d’une inversion illicite de cette charge

82 Par son quatrième moyen, le requérant soutient que le bureau du Parlement a renversé la charge de la preuve, en particulier au point 105 de la décision attaquée. En effet, selon le requérant, il appartenait au Parlement de prouver les griefs qui lui sont reprochés, et non l’inverse. Cette conclusion s’imposerait au regard des principes généralement admis dans l’ensemble des États membres, mais aussi, en particulier, au regard du principe de « proximité de la preuve » (« principio della vicinanza della prova »), tel que consacré en droit italien.

83 Le Parlement conteste cette argumentation.

84 À cet égard, selon une jurisprudence constante rappelée aux points 21 à 24 et 66 ci-dessus, c’est sur la partie requérante, et non sur le Parlement, que repose la charge de la preuve de la réalité, de la nécessité et du lien direct des frais d’assistance parlementaire avec l’exercice de son mandat. Partant, c’est à tort que le requérant soutient que le bureau du Parlement a illégalement renversé la charge de la preuve en l’espèce.

85 Quant à la violation du principe de « proximité de la preuve », un tel principe n’existe pas, en tant que tel, en l’état actuel du droit de l’Union concernant la preuve de la réalité, de la nécessité et du lien direct des frais d’assistance parlementaire avec l’exercice de son mandat.

86 Par conséquent, le quatrième moyen doit être rejeté.

Sur le cinquième moyen, pris de la retenue illicite de la pension du requérant et d’une violation manifeste de l’article 545, paragraphe 7, du code de procédure civile italien

87 Par son cinquième moyen, soulevé à titre subsidiaire, le requérant soutient que le Parlement a méconnu l’article 545, paragraphe 7, du code de procédure civile italien. En effet, une application correcte des dispositions dudit article aurait dû conduire à limiter la retenue sur sa pension d’ancienneté à la somme de 123,04 euros par mois, si bien que le requérant aurait été en droit de recevoir la somme de 1 492,18 euros par mois. Or, depuis le 1er janvier 2023, le Parlement retiendrait chaque mois 615,22 euros sur la pension d’ancienneté du requérant, ne laissant à ce dernier que 1 000 euros par mois.

88 Le Parlement excipe l’irrecevabilité du cinquième moyen, dès lors que sa décision de retenir chaque mois la somme de 615,22 euros a été adoptée le 26 janvier 2023 et notifiée au requérant le 24 février 2023. Or, le requérant n’aurait introduit aucun recours en annulation contre cette décision dans le délai de deux mois prévu par l’article 263 TFUE. À titre subsidiaire, le Parlement soutient que l’article 545 du code de procédure civile italien n’est pas applicable, en tant que tel, en l’espèce, et que la retenue litigieuse est fondée sur l’article 102 du règlement financier.

89 À cet égard, à supposer même que le cinquième moyen vienne effectivement à l’appui du premier chef de conclusions, l’argumentation du requérant doit être rejetée.

90 En effet, comme l’indique le requérant lui-même au point 18 de la requête, le montant actuel de la retenue litigieuse ne découle pas de la décision attaquée, laquelle constitue le seul acte expressément visé par le premier chef de conclusions, mais a été fixé par la décision du 26 janvier 2023 (voir point 11 ci-dessus).

91 Dans ces conditions, les arguments du requérant sont inopérants, car, à supposer même qu’ils soient recevables et fondés, ils ne permettraient pas de remettre en cause la légalité de la décision attaquée.

92 Par conséquent, il convient de rejeter le cinquième moyen et, partant, le premier chef de conclusions dans son intégralité, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ce dernier en ce qu’il vise « tout acte préalable » à la décision attaquée (voir, en ce sens, arrêt du 26 février 2002, Conseil/Boehringer, C‑23/00 P, EU:C:2002:118, point 52).

Sur les deuxième à quatrième chefs de conclusions

93 Par ses deuxième à quatrième chefs de conclusions, formulés à titre subsidiaire, le requérant sollicite du Tribunal qu’il prononce un arrêt déclaratoire.

94 À cet égard, il suffit de rappeler qu’il ressort d’une jurisprudence constante que le Tribunal n’est pas compétent, dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, pour prononcer des arrêts déclaratoires (voir arrêt du 13 septembre 2018, DenizBank/Conseil, T‑798/14, EU:T:2018:546, point 135 et jurisprudence citée).

95 Partant, les deuxième à quatrième chefs de conclusions doivent être rejetés en raison de l’incompétence du Tribunal à en connaître.

96 Par conséquent, le recours est rejeté dans son intégralité.

Sur les dépens

97 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

98 Le requérant ayant succombé, il convient de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions du Parlement.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) M. Crescenzio Rivellini est condamné aux dépens.

Svenningsen

Mac Eochaidh

Laitenberger

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 23 octobre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’italien.

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