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AccueilDroit européen62023TJ0497
Jurisprudence CJUE62023TJ0497

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 18 septembre 2024.#Fidia farmaceutici SpA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale HYALERA – Marque nationale verbale antérieure HYAL – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-497/23.

CELEX62023TJ0497
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 18 septembre 2024

Résumé IA

Cet arrêt concerne une opposition à l'enregistrement de la marque européenne HYALERA, fondée sur une marque nationale antérieure HYAL. Le Tribunal a confirmé l'existence d'un risque de confusion entre les deux signes, en raison de leur similarité phonétique et visuelle élevée et de la complémentarité des produits pharmaceutiques visés.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

18 septembre 2024 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale HYALERA – Marque nationale verbale antérieure HYAL – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑497/23,

Fidia farmaceutici SpA, établie à Abano Terme (Italie), représentée par Me R. Kunz-Hallstein, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme E. Śliwińska et M. D. Hanf, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Vorwarts Pharma sp. z o.o., établie à Białystok (Pologne), représentée par Me J. Aftyka, avocate,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de Mme A. Marcoulli, présidente, MM. J. Schwarcz (rapporteur) et R. Norkus, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Fidia farmaceutici SpA, demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 17 mai 2023 (affaire R 230/2023‑5) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 11 février 2020, l’intervenante, Vorwarts Pharma sp. z o.o., a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’EUIPO, en vertu du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

3 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe verbal HYALERA.

4 Les produits pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent de la classe 5 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante : « Préparations pharmaceutiques, y compris en particulier : remèdes pour la médecine humaine ; préparations diététiques à usage médical ; produits nutritifs fortifiants utilisés en prophylaxie et pour les convalescents à des usages médicaux ; compléments de régime adjuvants du traitement ; préparations fournissant à l’organisme les vitamines et les oligo-éléments indispensables ; aliments diététiques à usage médical ; aliments diététiques à usage médical ».

5 Le 28 juin 2020, la requérante a formé opposition, au titre de l’article 46 du règlement 2017/1001, à l’enregistrement de la marque demandée pour l’ensemble des produits visés au point 4 ci-dessus.

6 L’opposition était fondée, notamment, sur la marque verbale italienne HYAL enregistrée le 26 octobre 2018 sous le numéro 2018000005882, désignant, notamment, les produits relevant de la classe 5 et correspondant à la description suivante : « Seringues préremplies à usage médical ; préparations médicales ; substances médicales ; substances pharmaceutiques dermatologiques ; seringues préremplies à usage médical (contenant des préparations pharmaceutiques) ».

7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

8 Le 28 novembre 2022, la division d’opposition a accueilli l’opposition dans son intégralité pour autant qu’elle était fondée sur la marque antérieure italienne HYAL.

9 Le 27 janvier 2023, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 66 à 71 du règlement 2017/1001, contre la décision de la division d’opposition.

10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a annulé la décision de la division d’opposition et a renvoyé l’affaire devant cette dernière afin qu’elle poursuive l’examen de l’opposition sur le fondement des autres droits antérieurs invoqués par la requérante. En substance, la chambre de recours a considéré que, eu égard au faible degré de similitude des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, au fait que lesdits signes partageaient l’élément faiblement distinctif et non dominant « hyal », au faible caractère distinctif de la marque antérieure et au niveau d’attention élevé du public pertinent, tout risque de confusion pouvait être exclu, même pour des produits identiques. Enfin, la chambre de recours a considéré qu’il n’existait pas de risque de confusion même au regard de la famille de marques formée à partir du terme faiblement distinctif « hyal ».

Conclusion des parties

11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.

12 L’EUIPO et l’intervenante concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

13 Au soutien du recours, la requérante invoque, en substance, deux moyens. Le premier est tiré de la violation des principes d’égalité de traitement et de bonne administration en ce que la chambre de recours aurait examiné, pour la première fois, sa revendication fondée sur l’existence d’une famille de marques en la privant ainsi du droit à ce que l’opposition soit examinée par deux instances de l’EUIPO. Le second est tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 en ce que la chambre aurait exclu, à tort, l’existence d’un risque de confusion en l’espèce. À cet égard, la requérante soutient, d’une part, que la chambre de recours n’a pas correctement apprécié le caractère distinctif de la marque antérieure ni celui de l’élément « hyal », commun aux signes en conflit, et, d’autre part, qu’elle a procédé à une appréciation erronée de l’incidence de la famille de marques composée à partir de l’élément commun « hyal » dont elle est titulaire.

14 L’EUIPO et l’intervenante rejettent les arguments de la requérante.

15 Le Tribunal estime opportun d’examiner, d’abord, le second moyen.

16 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

17 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

18 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

Sur le territoire et le public pertinents

19 Selon la jurisprudence, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

20 Aux points 33 et 34 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que, eu égard aux produits en cause, le public pertinent était composé à la fois de professionnels et du grand public. La chambre de recours a considéré que le public composé de professionnels était doté d’un niveau d’attention élevé et que, eu égard à la finalité médicale des produits en cause et à leur impact sur la santé et le corps humain, le grand public faisait également preuve d’un niveau d’attention plus élevé que la moyenne.

21 En outre, il ressort des points 35 à 37 de la décision attaquée que, dans la mesure où l’opposition a été examinée sur le fondement de la marque antérieure verbale italienne HYAL, le territoire pertinent aux fins de l’examen du risque de confusion était l’Italie.

22 Il n’y a pas lieu de remettre en cause ces appréciations qui, au demeurant, ne sont pas contestées par la requérante.

Sur la comparaison des produits en cause

23 Selon une jurisprudence constante, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 11 juillet 2007, El Corte Inglés/OHMI – Bolaños Sabri (PiraÑAM diseño original Juan Bolaños), T‑443/05, EU:T:2007:219, point 37 et jurisprudence citée].

24 Au point 41 de la décision attaquée, la chambre de recours a conclu que les produits en cause étaient en partie identiques et en partie similaires.

25 Il n’y a pas lieu de remettre en cause ces appréciations qui, au demeurant, ne sont pas contestées par la requérante.

Sur la comparaison des signes

26 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

27 En l’espèce, il y a lieu de comparer, d’une part, la marque verbale antérieure HYAL et, d’autre part, la marque verbale demandée HYALERA.

Sur les éléments distinctifs de la marque demandée

28 Aux fins d’apprécier le caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’examiner l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée, et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 3 septembre 2010, Companhia Muller de Bebidas/OHMI – Missiato Industria e Comercio (61 A NOSSA ALEGRIA), T‑472/08, EU:T:2010:347, point 47 et jurisprudence citée].

29 Lorsque certains éléments d’une marque revêtent un caractère descriptif des produits et des services pour lesquels la marque est protégée ou des produits et des services désignés par la demande d’enregistrement, ces éléments ne se voient reconnaître qu’un caractère distinctif faible, voire très faible. Ce caractère distinctif ne pourra, le plus souvent, leur être reconnu qu’en raison de la combinaison qu’ils forment avec les autres éléments de la marque (voir arrêt du 3 septembre 2010, 61 A NOSSA ALEGRIA, T‑472/08, EU:T:2010:347, point 49 et jurisprudence citée).

30 En l’espèce, la chambre de recours a considéré que la majorité du public pertinent percevait le terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique, de telle sorte que la marque demandée serait décomposée en deux éléments verbaux, à savoir « hyal » et « era ». Selon la chambre de recours, le terme « hyal », présent dans chacun des signes en conflit, était immédiatement compris par le public pertinent comme faisant référence à l’acide hyaluronique, lequel pouvait constituer la substance, le composant ou la destination des produits en cause compris dans la classe 5. Ainsi, la majorité ou une partie conséquente du grand public et du public professionnel en Italie, dotés d’un niveau d’attention élevé, percevrait le terme « hyal » comme faiblement distinctif, voire comme descriptif, par rapport aux produits en cause. Par ailleurs, la chambre de recours a estimé qu’il était peu probable que le public pertinent associe le terme « era », au sens d’âge, d’époque, de période historique ou de longue période, aux produits en cause. Dès lors, pour la chambre de recours, le terme « era » possédait un caractère distinctif plus élevé que le terme « hyal ». En conclusion, la chambre de recours a considéré que la présence du terme « era » dans la partie finale de la marque demandée ne créait pas d’obstacle à ce qu’une grande partie du public pertinent puisse faire le rapprochement entre les signes en conflit et l’acide hyaluronique (voir points 54, 55, 57, 58, 60, 61 et 64 de la décision attaquée).

31 La requérante prétend que la chambre de recours n’a pas correctement apprécié le caractère distinctif de l’élément « hyal » et lui reproche, à cet égard, de s’être fondée sur des faits, des éléments de preuve, des arrêts du Tribunal et des décisions antérieures des chambres de recours dénués de pertinence et, partant, inappropriés.

32 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

33 L’EUIPO prétend que la conclusion de la chambre de recours est fondée sur une appréciation globale et complète des preuves produites dans le cadre de la présente procédure ainsi que des faits et des conclusions notoirement connus et déjà établis dans des décisions antérieures des chambres de recours et dans des arrêts du Tribunal. En particulier, les éléments de preuve produits en l’espèce démontreraient l’existence d’une large gamme de produits contenant de l’acide hyaluronique sur le marché italien, en particulier des produits cosmétiques, sur lesquels l’élément « hyal » est généralement visible sur l’emballage, ce qui attesterait l’exposition du grand public italien à ce terme.

34 L’intervenante ajoute que, en vertu du droit de l’Union, les produits cosmétiques ne peuvent être mis sur le marché que si leur récipient et leur emballage mentionnent la liste des ingrédients établie à l’aide de la dénomination commune des ingrédients qui figure dans le glossaire des dénominations communes des ingrédients à utiliser dans l’étiquetage des produits cosmétiques établi par le droit de l’Union, lequel inclut l’acide hyaluronique et la hyaluronidase. Cela confirmerait, en substance, que le public italien est familiarisé avec l’emploi du terme « hyal » pour les produits cosmétiques. Or, selon l’intervenante, il est notoire que les industries cosmétique et pharmaceutique sont liées. Partant, les consommateurs connaissant le terme « hyal » du fait de l’usage qui en est fait sur le marché pharmaceutique le connaîtraient également s’agissant de produits cosmétiques, et réciproquement.

– Remarques liminaires

35 En l’espèce, le public pertinent comprend le grand public et le public professionnel situés en Italie.

36 La requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le terme « hyal » sera considéré comme faiblement distinctif, voire descriptif, au regard des produits en cause, en ce qu’il sera reconnu, par le public pertinent, comme une référence à l’acide hyaluronique, soit un composant desdits produits.

37 Il ressort de la requête que la requérante conteste plus particulièrement l’appréciation susmentionnée pour autant qu’elle concerne le grand public italien.

38 À cet égard, il ressort d’une jurisprudence constante que, afin de conclure à l’existence d’un risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, il n’est pas nécessaire de constater que ce risque existe pour la totalité du public visé [arrêts du 19 décembre 2019, Japan Tobacco/EUIPO – I.J. Tobacco Industry (I.J. TOBACCO INDUSTRY), T‑743/18, non publié, EU:T:2019:872, point 35, et du 5 mai 2021, Capella/EUIPO – Cobi.bike (GOBI), T‑286/20, non publié, EU:T:2021:239, point 38]. En effet, le constat d’un risque de confusion pour une partie non négligeable du public pertinent est suffisant pour accueillir une opposition formée contre une demande d’enregistrement de marque [voir arrêt du 20 novembre 2017, Stada Arzneimittel/EUIPO – Urgo recherche innovation et développement (Immunostad), T‑403/16, non publié, EU:T:2017:824, point 50 et jurisprudence citée ; arrêt du 5 mai 2021, GOBI, T‑286/20, non publié, EU:T:2021:239, point 38].

39 Dès lors, en l’espèce, il y a d’abord lieu d’examiner si l’appréciation de la chambre de recours concernant la compréhension du terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique est entachée d’une erreur d’appréciation, à tout le moins, en ce qui concerne une partie non négligeable du grand public italien.

– Sur la compréhension du terme « hyal » par le grand public italien

40 Selon la jurisprudence, la compréhension d’un élément verbal d’un signe peut être présumée si la langue du signe est la langue maternelle du public pertinent. Cependant, elle doit être prouvée sur les territoires sur lesquels la langue pertinente n’est pas la langue maternelle dudit public, à moins qu’une connaissance suffisante de la langue du signe par le public pertinent sur ces territoires soit un fait notoire [arrêt du 26 novembre 2008, New Look/OHMI (NEW LOOK), T‑435/07, non publié, EU:T:2008:534, point 22]. Il ressort notamment de la jurisprudence qu’il ne saurait être présumé que des termes anglais sont largement connus par le public non anglophone de l’Union, à l’exception de certains termes appartenant au vocabulaire élémentaire de cette langue [arrêt du 29 avril 2020, Kerry Luxembourg/EUIPO – Döhler (TasteSense), T‑109/19, non publié, EU:T:2020:162, point 65]. Toutefois, lorsque des termes anglais ont un équivalent dans la langue du public non anglophone et qu’un lien peut être établi par ledit public entre ces termes et leur traduction dans la langue concernée, il est considéré que ledit public comprend leur signification (arrêt du 29 avril 2020, TasteSense, T‑109/19, non publié, EU:T:2020:162, point 68).

41 D’emblée, il y a lieu de relever, à l’instar de la requérante, que la lettre « y » ne fait pas partie de l’alphabet italien et que la lettre « h » est très peu utilisée en italien. Partant, le terme « hyal » sera perçu par le grand public italien comme formant un mot d’origine étrangère.

42 Par ailleurs, puisqu’il n’est pas allégué que le terme « hyal » relèverait du vocabulaire élémentaire de la langue anglaise ou de toute autre langue de l’Union, sa compréhension par le grand public italien ne pouvait pas être présumée (voir point 40 ci-dessus).

43 Partant, il y a lieu de vérifier si l’appréciation de la chambre de recours concernant la compréhension du terme « hyal » par le grand public italien en tant que référence à l’acide hyaluronique (voir point 30 ci-dessus) est correctement fondée au regard, notamment, de la jurisprudence du Tribunal, des décisions des chambres de recours, des éléments de preuve versés au dossier administratif et des faits notoires évoqués dans la décision attaquée.

44 En premier lieu, au point 55 de la décision attaquée, la chambre de recours invoque les arrêts du 16 juin 2021, Fidia farmaceutici/EUIPO – Ioulia and Irene Tseti Pharmaceutical Laboratories (HYAL) (T‑215/20, non publié, EU:T:2021:371), et du 2 mars 2022, Fidia farmaceutici/EUIPO – Giuliani (IALO TSP) (T‑333/20, non publié, EU:T:2022:113), dans lesquels le Tribunal aurait confirmé la compréhension du terme « hyal » en tant qu’abréviation du terme hyaluronidase ou en tant que référence à l’acide hyaluronique.

45 Premièrement, il y a lieu de relever que, dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 16 juin 2021, HYAL (T‑215/20, non publié, EU:T:2021:371), qui concernait une procédure de nullité fondée sur le motif absolu de refus visé à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, la chambre de recours, puis le Tribunal, ont concentré leur examen sur la compréhension du terme « hyal » par le public professionnel anglophone auquel s’adressent les produits de la classe 5, doté d’un niveau d’attention supérieur à la moyenne.

46 Dès lors, l’arrêt du 16 juin 2021, HYAL (T‑215/20, non publié, EU:T:2021:371), ne saurait être utilement invoqué aux fins d’établir la compréhension dudit terme par le grand public italien.

47 Deuxièmement, dans l’arrêt du 2 mars 2022, IALO TSP (T‑333/20, non publié, EU:T:2022:113, point 62), la chambre de recours avait fondé son appréciation uniquement sur la partie du grand public de l’Union exposée à l’usage intensif et répandu du terme « hyal » et qui, partant, comprenait ledit terme.

48 Dès lors, s’il se déduit de l’arrêt du 2 mars 2022, IALO TSP (T‑333/20, non publié, EU:T:2022:113), que la compréhension du terme « hyal » par une partie du grand public de l’Union découle de son exposition à un usage intensif de ce terme, il ne ressort pas dudit arrêt que tel serait le cas s’agissant du grand public italien.

49 En deuxième lieu, au point 56 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que la compréhension du terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique était également confirmée par trois décisions antérieures des chambres de recours, à savoir, la décision du 5 mai 2014, HYALU-STEM/HYAL (affaire R 1316/2013‑5), la décision du 11 juillet 2014, HYALU.SPOT/HYALU-VITAL (affaire R 1289/2013‑4), et la décision du 18 octobre 2021, HYALURON REPAIR (affaire R 384/2021‑5).

50 Tout d’abord, dans la décision du 5 mai 2014, HYALU-STEM/HYAL, était en cause la perception du public professionnel de l’industrie chimique auquel s’adressent les produits de la classe 1 et celle du grand public auquel s’adressent les produits de la classe 3. Or, force est de constater que, au point 36 de ladite décision, la chambre de recours a considéré que le consommateur moyen des produits de la classe 3 percevait le terme « hyal » comme fantaisiste et non comme une référence à l’acide hyaluronique.

51 Ensuite, dans la décision du 11 juillet 2014, HYALU.SPOT/HYALU-VITAL, était en cause la perception du grand public germanophone à l’égard des produits relevant de la classe 3.

52 Enfin, dans la décision du 18 octobre 2021, HYALURON REPAIR, confirmant le refus d’enregistrement du signe HYALURON REPAIR sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, la chambre de recours a examiné ledit motif absolu de refus au regard du grand public et du public professionnel anglophones et germanophones auxquels s’adressaient les produits de la classe 3 et a considéré que le terme « hyaluron » était compris par une proportion suffisamment importante dudit public comme un synonyme ou une référence à l’acide hyaluronique.

53 Il découle des constats opérés aux points 50 à 52 ci-dessus que les décisions susmentionnées ne concernent ni les produits en cause relevant de la classe 5, ni la perception du terme « hyal » par le grand public italien. Partant, ces décisions ne sont pas susceptibles de fonder l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le public pertinent comprendrait le terme « hyal », en relation avec les produits de la classe 5, comme une référence à l’acide hyaluronique, pour autant que le grand public italien est concerné.

54 Cela étant, il y a lieu de déduire de ces décisions, ainsi que de l’arrêt du 2 mars 2022, IALO TSP (T‑333/20, non publié, EU:T:2022:113), que le grand public, y compris italien, est en mesure de comprendre le terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique s’il est exposé à un usage intensif dudit terme.

55 En troisième lieu, au point 57 de la décision attaquée, la chambre de recours évoque les « éléments de preuve versés au dossier », à savoir des captures d’écran de produits vendus sur des sites Internet polonais et italiens sur lesquels est apposé le terme « hyal » ou le terme « hyaluronique », des articles scientifiques sur l’utilisation de l’acide hyaluronique en médecine, des informations sur les marchés italiens des produits pharmaceutiques et des produits cosmétiques ainsi que sur la maîtrise de l’anglais par le public italien.

56 Premièrement, il convient de relever, à l’instar de la requérante, que les preuves soumises par l’intervenante devant la division d’opposition qui concernent l’usage du terme « hyal » pour des produits vendus sur des sites Internet polonais ne sont pas pertinentes pour apprécier l’étendue de l’exposition du grand public italien au terme « hyal ».

57 Deuxièmement, l’intervenante a produit des captures d’écran de sites Internet italiens proposant à la vente des produits cosmétiques compris dans la classe 3 contenant de l’acide hyaluronique et sur lesquels figure le terme « hyal » (environ 70 produits différents sur lesquels figurent les termes « hyal » ou « hyaluronic »), ainsi que quelques produits pharmaceutiques, tels qu’une boîte de compléments alimentaires, une boîte de gouttes pour les yeux et une solution stérile pour inhalation et administration nasale sur lesquels figure le terme « hyal ».

58 Il y a lieu de constater, à l’instar de la requérante, que les captures d’écran produites par l’intervenante ne fournissent aucune indication quant à l’étendue de l’exposition du grand public italien à des produits sur lesquels est apposé le terme « hyal » et, partant, quant à la connaissance de ce terme qui peut être déduite de ces exemples. En particulier, en l’absence de données chiffrées concernant le nombre de visiteurs de ces sites Internet ou les volumes des ventes en Italie de produits cosmétiques ou pharmaceutiques contenant de l’acide hyaluronique, lesdites captures d’écran ne permettent pas d’exclure qu’une partie non négligeable du grand public italien ne sera pas exposée au terme « hyal » en tant que référence à l’acide hyaluronique et, partant, qu’elle percevra le terme « hyal » comme distinctif au regard des produits en cause.

59 Pour ce motif, il y a également lieu de rejeter l’allégation de l’EUIPO selon laquelle le terme « hyal » est visible sur l’emballage des produits, laquelle ne fournit aucune indication quant à l’intensité de l’exposition du grand public italien audit terme.

60 Troisièmement, l’intervenante a produit des articles scientifiques relatifs à l’utilisation de l’acide hyaluronique en médecine, rédigés en anglais, dont il y a lieu de considérer qu’ils s’adressent à un public professionnel et à la partie du grand public italien ayant une bonne connaissance de l’anglais ainsi qu’un intérêt pour l’utilisation de l’acide hyaluronique en médecine.

61 Or, le Tribunal a déjà jugé qu’il était notoire qu’une partie des consommateurs italiens ne dispose pas de connaissances approfondies de l’anglais et que cette partie n’est pas négligeable [voir, en ce sens, arrêt du 5 février 2016, Kicktipp/OHMI – Italiana Calzature (kicktipp), T‑135/14, EU:T:2016:69, point 114 (non publié)].

62 De plus, les éléments de preuve versés au dossier administratif n’établissent pas que la partie du grand public italien qui ne s’intéresse pas à l’utilisation de l’acide hyaluronique en médecine serait négligeable.

63 Dès lors, les articles scientifiques produits par l’intervenante devant la chambre de recours ne corroborent pas l’existence d’une large exposition du grand public italien au terme « hyal ».

64 Quatrièmement, l’intervenante a produit des informations sur les caractéristiques des marchés italiens des produits pharmaceutiques et des produits cosmétiques, des statistiques concernant lesdits marchés, ainsi que des informations sur la maîtrise de l’anglais par le grand public italien.

65 D’une part, force est de constater que les éléments de preuve susmentionnés traitent des marchés italiens des produits pharmaceutiques et des produits cosmétiques en général et ne comportent aucune indication sur la part que représentent, dans ces marchés, les produits à base d’acide hyaluronique. D’autre part, il a déjà été indiqué que la partie des consommateurs italiens qui ne dispose pas de connaissances approfondies de l’anglais n’est pas négligeable (voir point 61 ci-dessus).

66 Il s’ensuit que les éléments de preuve mentionnés au point 64 ci-dessus ne sauraient corroborer l’existence d’une large exposition du grand public italien au terme « hyal ».

67 En quatrième lieu, au point 62 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que le territoire de l’Union formait un marché unique dans lequel les produits et les services circulent librement, de sorte que les consommateurs seraient quotidiennement exposés à des marques et à des termes descriptifs en langue étrangère avec lesquels ils se familiariseraient progressivement et que, dès lors, il serait inconcevable qu’un consommateur italien achète un produit contenant de l’acide hyaluronique sans qu’il comprenne la signification du terme « hyal ».

68 À cet égard, il suffit de constater que, si le fait que les consommateurs européens sont habituellement exposés à des marques composées de termes anglais, le cas échéant descriptifs, avec lesquels ils se familiarisent peut être considéré comme notoire, cette considération à caractère général ne suffit pas à démontrer que tel serait le cas, en Italie, pour le terme « hyal ».

69 En cinquième lieu, au point 63 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que les dénominations des substances hyaluronidase et hyalosidase étaient enregistrées en tant que dénominations communes internationales et en a déduit, en substance, que tous les milieux professionnels ciblés ainsi que les « consommateurs moyens possédant quelques connaissances pertinentes » allaient percevoir immédiatement le terme « hyal », notoirement connu, comme une indication de la présence des composants actifs hyaluronidase et hyalosidase.

70 À cet égard, il suffit de constater que l’enregistrement des substances hyaluronidase et hyalosidase comme dénominations communes internationales, tout au plus, est susceptible de corroborer la compréhension du terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique pour la partie du public pertinent composée de professionnels italiens. Cette circonstance n’est donc pas de nature à établir le caractère faiblement distinctif du terme « hyal » pour le grand public italien. Au surplus, le constat de la chambre de recours tiré du caractère notoirement connu du terme « hyal », qui est fondé sur l’arrêt du 16 juin 2021, HYAL (T‑215/20, non publié, EU:T:2021:371, point 55), auquel un renvoi est opéré au point 63 de la décision attaquée, doit être rejeté pour les motifs exposés aux points 45 et 46 ci-dessus.

71 À la lumière de tout ce qui précède, il y a lieu de considérer que l’appréciation de la chambre de recours tirée d’une large exposition du public pertinent au terme « hyal » manque en fait s’agissant du grand public italien et que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’il existait un emploi généralisé du terme « hyal » en Italie pour désigner, notamment, des produits pharmaceutiques et médicaux et que ce terme était immédiatement compris par le public pertinent – y compris donc par le grand public italien – comme désignant l’acide hyaluronique et, partant, comme une substance ou un composant de tous les produits en cause.

72 Cette conclusion n’est pas infirmée par l’argument de l’intervenante tiré de l’existence de règles communes fixées au niveau de l’Union régissant la mise sur le marché des produits pharmaceutiques et cosmétiques, tel le règlement (CE) no 1223/2009, du Parlement européen et du Conseil, du 30 novembre 2009, relatif aux produits cosmétiques (JO 2009, L 342, p. 59), dont l’article 19, paragraphe 1, sous g), prévoit que leur mise sur le marché n’est possible que si l’emballage desdits produits et, le cas échéant, leur récipient portent en caractères indélébiles, facilement lisibles et visibles, notamment la liste des ingrédients, laquelle est dressée à l’aide de la dénomination commune de l’ingrédient qui est mentionnée dans le glossaire établi par la Commission européenne et faisant l’objet de l’annexe de la décision d’exécution (UE) 2022/677 de la Commission, du 31 mars 2022, portant modalités d’application du règlement no 1223/2009 (JO 2022, L 127, p. 1), lequel mentionne l’acide hyaluronique.

73 En effet, en l’absence de toute information au dossier concernant les volumes de produits cosmétiques contenant de l’acide hyaluronique vendus en Italie, l’existence d’une règlementation commune concernant l’étiquetage de ces produits ne permet pas d’établir la prétendue large exposition du grand public italien au terme « hyal ».

74 Il résulte de tout ce qui précède que la conclusion de la chambre de recours selon laquelle la majorité du public pertinent comprend le terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique est entachée d’une erreur d’appréciation, ledit terme n’ayant pas de signification pour une partie non négligeable du grand public italien.

– Sur la compréhension du terme « era » par le grand public italien

75 La chambre de recours a également estimé que le terme « era », qui signifie en italien « âge », « époque » ou « période historique ou longue période », présentait un caractère distinctif plus élevé que le terme « hyal » par rapport aux produits en cause (voir points 60 et 61 de la décision attaquée).

76 Il n’y a pas lieu de remettre en cause la signification du terme « era » retenue par la chambre de recours ni son appréciation selon laquelle ce terme serait, en substance, distinctif par rapport aux produits en cause, lesquelles ne sont pas contestées par la requérante. Cependant, il y a lieu de reconnaître au terme « era » le même degré de caractère distinctif qu’au terme « hyal », à tout le moins pour autant qu’une partie non négligeable du grand public italien est concernée.

77 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de conclure que les appréciations de la chambre de recours concernant les éléments distinctifs de la marque demandée sont entachées d’erreur d’appréciation s’agissant d’une partie non négligeable du grand public italien, dont il n’est pas établi qu’elle aurait été exposée à l’usage intensif du terme « hyal ». Ainsi, pour cette partie du public pertinent, à supposer même qu’elle décompose la marque demandée en deux éléments, « hyal » et « era », ces derniers seront dépourvus de signification au regard des produits en cause relevant de la classe 5 et auront donc un caractère distinctif normal.

Sur la comparaison visuelle, phonétique et conceptuelle des signes

78 Aux points 67 à 70 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que les signes en conflit présentaient, tout au plus, une faible similitude sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, dès lors qu’ils partageaient uniquement l’élément verbal descriptif « hyal » et différaient par la présence, dans la marque demandée, du terme distinctif « era ». Ainsi, sur le plan visuel, la chambre de recours a relevé que les signes en conflit avaient en commun l’élément faiblement distinctif et non dominant « hyal », qui composait la partie initiale de la marque demandée et constituait le seul élément verbal de la marque antérieure, et différaient par la présence de l’élément distinctif « era » à la fin de la marque demandée. Sur le plan phonétique, la chambre de recours a estimé que, en raison du caractère distinctif faible du terme « hyal », le public pertinent prêtait davantage attention à la terminaison des signes en conflit et, partant, que l’élément « era » de la marque demandée produisait une différence considérable dans la prononciation desdits signes. Enfin, sur le plan conceptuel, la chambre de recours a retenu que, nonobstant le fait que les signes en conflit avaient en commun l’élément « hyal », qui renvoyait à l’acide hyaluronique et qui, en raison de son caractère faiblement distinctif, jouait un rôle limité et revêtait une incidence moindre dans l’appréciation du risque de confusion, lesdits signes différaient par la présence de l’élément distinctif « era ».

79 La requérante n’invoque pas d’arguments visant spécifiquement à remettre en cause le degré de similitude des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel retenu par la chambre de recours, et se limite à contester le caractère faiblement distinctif, voire descriptif du terme « hyal », commun auxdits signes.

80 Toutefois, il ressort de la jurisprudence que, lorsque le Tribunal est appelé à apprécier la légalité d’une décision d’une chambre de recours de l’EUIPO, ce dernier ne saurait être lié par une appréciation erronée des faits par cette chambre, dans la mesure où ladite appréciation fait partie des conclusions dont la légalité est contestée devant le Tribunal (arrêt du 18 décembre 2008, Les Éditions Albert René/OHMI, C‑16/06 P, EU:C:2008:739, point 48).

81 En l’espèce, d’une part, la requérante ayant conclu à l’annulation de la décision attaquée et ayant fondé son second moyen sur une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, l’appréciation de la similitude entre les signes en conflit fait partie des conclusions de la chambre de recours dont la légalité est contestée devant le Tribunal.

82 D’autre part, force est de constater que l’appréciation de la chambre de recours quant au faible degré de similitude sur les plans visuel, phonétique et conceptuel repose exclusivement sur l’incidence limitée du terme « hyal » dans le cadre de la comparaison des signes, compte tenu de son caractère faiblement distinctif au regard des produits en cause (voir point 78 ci-dessus), ce que l’EUIPO ne conteste au demeurant pas.

83 En effet, il convient de rappeler que les éléments faiblement distinctifs d’une marque ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important (voir, en ce sens, arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 53 et jurisprudence citée).

84 Partant, il y a lieu de considérer que l’erreur d’appréciation commise par la chambre de recours en ce qui concerne la compréhension du terme « hyal » par le grand public italien a nécessairement eu une incidence sur le degré de similitude des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel qui a été retenu dans la décision attaquée.

85 Dès lors, il ne saurait être exclu que, si la chambre de recours avait considéré que le terme « hyal » était doté d’un caractère distinctif moyen, ce terme aurait eu un poids plus important dans la comparaison des signes, à tout le moins égal à celui du terme « era » et, partant, qu’elle aurait conclu à un degré plus élevé de similitude entre les signes.

Sur le caractère distinctif de la marque antérieure

86 Il découle du considérant 11 du règlement 2017/1001 que l’appréciation du risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance qu’a le public de la marque sur le marché en cause. Comme le risque de confusion est d’autant plus étendu que le caractère distinctif de la marque s’avère important, les marques qui ont un caractère distinctif élevé, soit intrinsèquement, soit en raison de la connaissance qu’en a le public, jouissent d’une protection plus étendue que celles dont le caractère distinctif est moindre (voir, par analogie, arrêts du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24 ; du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 18, et du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 20).

87 Si le caractère distinctif de la marque antérieure doit être pris en compte pour apprécier le risque de confusion, il n’est qu’un élément parmi d’autres intervenant lors de cette appréciation. Ainsi, même en présence d’une marque antérieure à caractère distinctif faible, il peut exister un risque de confusion, notamment, en raison d’une similitude des signes et des produits ou des services visés [arrêt du 16 mars 2005, L’Oréal/OHMI – Revlon (FLEXI AIR), T‑112/03, EU:T:2005:102, point 61].

88 Au point 78 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que, pour la majorité du public pertinent, la marque antérieure était dotée d’un faible caractère distinctif.

89 La requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir considéré que la marque antérieure était descriptive, dépourvue de caractère distinctif et insusceptible de donner lieu à la constatation d’un risque de confusion. En substance, la chambre de recours aurait nié, dans la décision attaquée, la validité même de la marque antérieure et ne lui aurait pas reconnu un certain degré de caractère distinctif, contrairement à ce qu’exigerait la jurisprudence. La requérante affirme que la prétendue erreur consistant à avoir privé la marque antérieure de sa validité est, en elle-même, constitutive d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et du principe de coexistence entre les marques nationales et les marques de l’Union européenne.

90 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

91 L’EUIPO fait notamment valoir que, après avoir analysé le terme « hyal », la chambre de recours a apprécié son caractère distinctif, d’abord en tant qu’élément de la marque demandée, puis dans le cadre de l’examen du degré de caractère distinctif de la marque antérieure, ce qui serait conforme à la jurisprudence. En outre, pour autant que les arguments de la requérante puissent être compris comme suggérant que le respect de la validité de la marque antérieure aurait nécessairement conduit à l’existence d’un risque de confusion, il y aurait lieu de les rejeter conformément à la jurisprudence du Tribunal.

92 L’intervenante soutient que la chambre de recours a clairement estimé que la marque antérieure possédait un faible caractère distinctif intrinsèque, et non qu’elle était dépourvue de caractère distinctif. Par ailleurs, selon l’intervenante, il incombait à la requérante de prouver que l’appréciation de la chambre de recours concernant le caractère descriptif du terme « hyal » était erronée, ce qu’elle n’aurait pourtant pas fait. Enfin, l’intervenante prétend que, dès lors que les éléments de preuve recueillis établiraient que le terme « hyal » ne possède pas de caractère distinctif, la marque antérieure ne saurait avoir un caractère distinctif élevé, voire moyen.

93 Il convient de relever, à l’instar de l’EUIPO, que, dans la décision attaquée, la chambre de recours a, d’une part, examiné le caractère distinctif de l’élément « hyal » commun aux signes en conflit aux fins de leur comparaison et, d’autre part, apprécié le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure. Dans ce cadre, elle a conclu, aux points 75 à 78 de la décision attaquée, que la marque antérieure présentait un caractère distinctif faible pour la majorité du public pertinent (composé de professionnels et du grand public faisant preuve d’un niveau d’attention élevé à l’égard des produits relevant de la classe 5) qui la percevait comme une référence à l’acide hyaluronique.

94 Il s’ensuit que, contrairement à ce que prétend la requérante, la chambre de recours n’a pas nié tout caractère distinctif à la marque antérieure et, partant, n’a pas violé le principe de coexistence entre les marques nationales et les marques de l’Union européenne.

95 Par ailleurs, s’agissant du caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure, il y a lieu de rappeler que, dans le cadre d’une procédure d’opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, son appréciation constitue une question de droit nécessaire pour assurer l’application correcte de ce règlement, de telle sorte que les instances de l’EUIPO sont tenues d’examiner cette question, au besoin d’office. Cette appréciation ne supposant aucun élément de fait qu’il appartiendrait aux parties de fournir et n’étant pas subordonnée à la présentation par les parties de moyens ou d’arguments visant à établir ce caractère, l’EUIPO est à même, seul, de détecter et d’apprécier son existence au vu de la marque antérieure sur laquelle est fondée l’opposition (voir, en ce sens, arrêt du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 43).

96 En l’espèce, il y a lieu de considérer que, en contestant le faible degré de caractère distinctif retenu par la chambre de recours, la requérante, qui ne s’est pas prévalue du caractère distinctif accru par l’usage de la marque antérieure, excipe, en substance, de son caractère distinctif moyen. Dès lors, il ne saurait être requis que la requérante apporte des éléments de preuve particuliers, mais qu’elle démontre que les éléments de preuve produits par l’intervenante ne fondent pas à suffisance la conclusion de la chambre de recours relative au faible caractère distinctif de la marque antérieure, à tout le moins, au regard du grand public italien.

97 Il s’ensuit que c’est à tort que l’intervenante prétend qu’il revenait à la requérante de démontrer que le degré de caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure était autre que faible.

98 En tout état de cause, il y a lieu d’observer que le constat tiré du faible caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure découle de la conclusion de la chambre de recours relative au faible degré de caractère distinctif du terme « hyal » par rapport aux produits en cause (voir points 75 et 76 de la décision attaquée).

99 Dans la mesure où il a été considéré que cette conclusion était erronée pour autant qu’elle concerne le grand public italien ou, à tout le moins, une partie non négligeable de celui-ci, il y a également lieu de considérer erronée, à l’égard de ce même public, la conclusion relative au faible degré de caractère distinctif de la marque antérieure, qui est fondée sur les mêmes considérations et éléments de preuve.

100 Eu égard à tout ce qui précède, l’appréciation de la chambre de recours relative au faible degré de caractère distinctif de la marque antérieure est entachée d’une erreur d’appréciation, à tout le moins, au regard d’une partie non négligeable du grand public italien.

Sur le risque de confusion

101 Selon une jurisprudence constante, l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 17 avril 2008, Ferrero Deutschland/OHMI, C‑108/07 P, non publié, EU:C:2008:234, point 45).

102 En outre, comme le risque de confusion est d’autant plus étendu que le caractère distinctif de la marque s’avère important, les marques qui ont un caractère distinctif élevé, soit intrinsèquement, soit en raison de la connaissance qu’en a le public, jouissent d’une protection plus étendue que celles dont le caractère distinctif est moindre (arrêts du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24 ; du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 18, et du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 20).

103 Aux points 88 à 102 de la décision attaquée, la chambre de recours a exposé les facteurs qui permettaient, selon elle, de conclure dans le cadre d’une analyse globale qu’il n’existait pas de risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

104 Premièrement, la chambre de recours a rappelé que les produits en cause étaient en partie identiques et en partie similaires et qu’ils s’adressaient à la fois aux professionnels et au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention élevé (voir point 95 de la décision attaquée). Deuxièmement, elle a indiqué que le caractère faiblement distinctif du terme « hyal », le niveau d’attention élevé du public pertinent par rapport aux produits en cause et les différences en ce qui concerne la terminaison des signes en conflit jouaient un rôle de différenciation important entre ces signes. En particulier, la chambre de recours a estimé que les différences induites par la présence, dans la marque demandée, du terme « era » n’étaient pas négligeables et compensaient les similitudes résultant uniquement de la présence du terme « hyal » dans les deux signes en conflit (voir points 96 et 97 de la décision attaquée). Troisièmement, la chambre de recours a conclu que, eu égard au degré tout au plus faible de similitude visuelle, phonétique et conceptuelle, au caractère distinctif faible de la marque antérieure, à l’impression d’ensemble très différente et au niveau élevé d’attention du public pertinent, tout risque de confusion pouvait être exclu même pour des produits identiques (voir point 98 de la décision attaquée). Enfin, la chambre de recours a refusé de reconnaître l’existence d’un risque de confusion au regard de la famille de marques fondée à partir de l’élément commun « hyal », dès lors que celui-ci possédait un faible caractère distinctif (voir point 100 de la décision attaquée).

105 La requérante conteste, en substance, la conclusion de la chambre de recours relative à l’absence de risque de confusion dans le cas d’espèce, dès lors que celle-ci repose, d’une part, sur les constats erronés tirés de l’absence de caractère distinctif de la marque antérieure et du terme « hyal », commun aux signes en conflit, et, d’autre part, sur un examen incomplet de l’existence d’une famille de marques fondée sur l’élément commun « hyal » dont elle serait titulaire et sur le refus de la chambre de recours de tirer les conséquences qui s’imposaient, en l’espèce, au regard de l’existence d’une telle famille de marques.

106 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

107 L’EUIPO soutient, d’une part, que la chambre de recours s’est fondée sur l’hypothèse selon laquelle la requérante aurait établi l’existence d’une famille de marques fondée sur l’élément commun « hyal », soit une hypothèse favorable à la requérante, et a estimé peu probable que le public pertinent penserait que la marque demandée appartenait à ladite famille au motif que ledit élément commun était faiblement distinctif et largement utilisé sur le marché de manière descriptive. D’autre part, la requérante n’aurait fourni aucun argument ni élément de preuve convaincant démontrant que, nonobstant l’usage répandu du terme « hyal », le public pertinent pourrait effectivement associer la marque demandée à la famille de marques revendiquée.

108 L’intervenante fait valoir que la requérante n’a pas établi l’existence d’une famille de marques fondée sur l’élément commun « hyal ». Au demeurant, une telle famille, fondée sur le terme commun descriptif « hyal », ne saurait fonder une opposition à l’enregistrement d’autres signes composés du même terme.

109 En premier lieu, en ce qui concerne le risque de confusion, il ressort des points 44 à 71 ci-dessus que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en estimant que le grand public italien comprenait le terme « hyal » comme une référence à l’acide hyaluronique et, partant, que ce terme était faiblement distinctif au regard des produits en cause.

110 Comme indiqué aux points 82 à 85, 98 et 99 ci-dessus, cette erreur a nécessairement eu une incidence sur l’appréciation de la similitude des signes en conflit et sur l’appréciation du caractère distinctif de la marque antérieure, lesquelles sont, par conséquent, également entachées d’une erreur d’appréciation.

111 Puisque la similitude des signes et le niveau de caractère distinctif de la marque antérieure ont une incidence sur l’analyse globale du risque de confusion (voir points 101 et 102 ci-dessus), il y a lieu de considérer que ces erreurs ont nécessairement vicié le raisonnement de la chambre de recours relatif à l’appréciation du risque de confusion, dans la mesure où, notamment aux points 95, 97 et 98 de la décision attaquée, elle s’est fondée sur la faible similitude sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, ainsi que sur le faible caractère distinctif de la marque antérieure pour considérer que tout risque de confusion était exclu, même en tenant compte du niveau d’attention élevé du public pertinent.

112 En second lieu, s’agissant du grief de la requérante fondé sur la prétendue famille de marques formée à partir de l’élément « hyal », force est de constater, à l’instar de l’EUIPO, que la chambre de recours s’est fondée sur l’hypothèse selon laquelle une telle famille existait et n’a donc pas examiné si les conditions de son existence étaient effectivement remplies en l’espèce. Cela étant, la chambre de recours a considéré que tout risque d’association entre la marque demandée et la famille de marques revendiquée par la requérante était exclu compte tenu du faible caractère distinctif de l’élément commun « hyal ».

113 Comme cela ressort des points 41 à 74 ci-dessus, la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en considérant que, à l’égard du grand public italien, le terme « hyal » était faiblement distinctif par rapport aux produits en cause de la classe 5.

114 Puisque le faible caractère distinctif de cet élément est le seul motif pour lequel la chambre de recours a rejeté la revendication de la requérante tirée de l’existence d’une famille de marques fondée sur l’élément commun « hyal » (voir point 100 de la décision attaquée), l’erreur mentionnée au point 113 ci-dessus a nécessairement vicié l’appréciation de la chambre de recours relative à l’absence de risque d’association entre la marque demandée et ladite famille de marques.

115 À la lumière de tout ce qui précède, il y a lieu d’accueillir le second moyen et, partant, d’annuler la décision attaquée, sans qu’il soit besoin d’examiner le premier moyen.

Sur les dépens

116 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

117 L’EUIPO et l’intervenante ayant succombé, il y a lieu de les condamner à supporter, outre leurs propres dépens, ceux exposés par la requérante, conformément aux conclusions de celle-ci.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) La décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 17 mai 2023 (affaire R 230/2023‑5) est annulée.

2) L’EUIPO et Vorwarts Pharma sp. z o.o. sont condamnés aux dépens.

Marcoulli

Schwarcz

Norkus

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 18 septembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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