| CELEX | 62023TJ0603 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 11 septembre 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
11 septembre 2024 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale KINGSBURY – Marque de l’Union européenne verbale antérieure FINSBURY – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑603/23,
Borco-Marken-Import Matthiesen GmbH & Co. KG, établie à Hambourg (Allemagne), représentée par Mes A. Marx et K. Wagner, avocates,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. D. Gája, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été
Belles Marks LTD, établie à Larnaca (Chypre),
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mme A. Marcoulli, présidente, MM. J. Schwarcz et R. Norkus (rapporteur), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Borco-Marken-Import Matthiesen GmbH & Co. KG, demande l’annulation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 28 juillet 2023 (affaire R 481/2023‑1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 31 mai 2021, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, Belles Marks LTD, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal KINGSBURY.
3 La marque demandée désignait les produits relevant de la classe 33 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Boissons alcoolisés (à l’exception des bières) ; préparations pour faire des boissons alcoolisées ; préparations alcooliques pour la fabrication de boisson ; cidre ».
4 Le 29 juillet 2021, la requérante, Borco-Marken-Import Matthiesen GmbH & Co. KG, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.
5 L’opposition était fondée sur la marque antérieure verbale FINSBURY, désignant les produits relevant de la classe 33 et correspondant à la description suivante : « Gin ».
6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
7 Le 17 février 2023, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition et a rejeté l’enregistrement de la marque demandée pour les produits suivants : « Boissons alcoolisés (à l’exception des bières) ; cidre ».
8 Le 3 mars 2023, Belles Marks LTD a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition en tant que cette dernière avait accueilli l’opposition.
9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a accueilli le recours au motif que, compte tenu notamment de la faible similitude sur le plan visuel et de la similitude à un degré moyen sur le plan phonétique entre les marques en conflit, et en dépit de l’identité des produits en cause, il n’existait pas de risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
Conclusions des parties
10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de tenue d’une audience.
En droit
12 À l’appui de son recours, la requérante soulève un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
13 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.
14 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].
15 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].
16 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si la chambre de recours a, à juste titre, considéré qu’il n’existait, en l’espèce, aucun risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
Sur le territoire en cause et le public pertinent
17 Selon la jurisprudence, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].
18 La chambre de recours a constaté que les produits concernés s’adressaient au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention moyen et qu’il convenait de concentrer l’examen sur la partie espagnole dudit public au sein de l’Union européenne.
19 La requérante ne conteste pas ces appréciations de la chambre de recours et, au demeurant, aucun élément du dossier ne permet de les remettre en cause.
Sur la comparaison des produits
20 La requérante fait valoir que le produit « cidre » de la marque demandée et le produit « gin » couvert par la marque antérieure sont non seulement similaires, mais très similaires, car « les deux produits sont des boissons alcoolisées et partagent donc, entre autres, le même objectif et le même point de vente ».
21 L’EUIPO fait valoir que rien ne s’opposait au constat de l’absence d’un risque de confusion, même en présence de produits identiques.
22 Selon une jurisprudence constante, pour apprécier la similitude des produits en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur finalité, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 28 avril 2021, West End Drinks/EUIPO – Pernod Ricard (The King of SOHO), T‑31/20, non publié, EU:T:2021:217, point 61 et jurisprudence citée].
23 Il ressort de la décision attaquée que la chambre de recours, en faisant siennes les appréciations de la division d’opposition, a considéré que le produit « cidre » de la marque demandée et le produit « gin » couvert par la marque antérieure étaient similaires. En particulier, la chambre de recours a estimé que, bien que leur processus de production était différent, ces produits appartenaient à la même catégorie de boissons alcooliques destinées au grand public et qu’ils partageaient le même objectif et la même méthode d’utilisation. Elle a ajouté que lesdits produits étaient interchangeables et pouvaient être consommés lors des mêmes occasions, qu’ils étaient vendus par les mêmes canaux de distribution et pouvaient provenir du même producteur.
24 La requérante ne conteste pas les éléments d’appréciation ayant conduit la chambre de recours à considérer que le cidre et le gin étaient similaires. Toutefois, en se fondant, en substance, sur ces mêmes éléments d’appréciation, elle fait valoir que la chambre de recours aurait dû constater que lesdits produits étaient « très similaires ».
25 À cet égard, premièrement, il y a lieu de constater que la requérante ne présente aucun argument spécifique visant à démontrer que le cidre et le gin sont très similaires. Deuxièmement, il convient de relever que si ces produits partagent un certain nombre de caractéristiques communes, ils ont aussi des caractéristiques qui leur sont propres et qui les distinguent. En particulier, d’une part, leurs matière première et processus de fabrication sont différents. D’autre part, le gin est un produit spiritueux à titre alcoométrique élevé, tandis que le cidre contient généralement un faible taux d’alcool.
26 Partant, contrairement à ce que soutient la requérante, le produit « cidre » de la marque demandée et le produit « gin » couvert par la marque antérieure ne sauraient être considérés comme étant très similaires.
27 Étant admis que les produits « boisson alcoolisées (à l’exception des bières) » de la marque demandée sont identiques au produit « gin » couvert par la marque antérieure, il s’ensuit que la chambre de recours a constaté à juste titre que les produits visés par les marques en conflit étaient en partie identiques et en partie similaires.
Sur la comparaison des signes
28 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
Sur les éléments distinctifs des signes en conflit
29 La chambre de recours a considéré que le public notamment espagnol distinguerait dans la marque demandée le terme « king(s) », lequel ferait partie du vocabulaire anglais de base et serait prononcé comme un mot anglais. Selon elle, ce terme est laudatif et présente un caractère distinctif réduit par rapport aux produits en cause. Quant à la terminaison « (s)bury », le public espagnol n’ayant pas une grande maîtrise de l’anglais, une partie de ce public ne lui associerait aucune signification. S’agissant de la marque antérieure, la chambre de recours a considéré que l’élément « fin » ne pouvait pas être distingué de la suite des lettres « sbury ».
30 La requérante fait valoir que la décision attaquée ne permet pas de savoir pourquoi le public pertinent devrait isoler l’élément « kings » de la marque demandée, le réduire à « king » et le percevoir comme élogieux.
31 L’EUIPO conteste l’argument de la requérante.
32 Il convient de rappeler que, si le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails, il n’en demeure pas moins que, en percevant un signe verbal, il décomposera celui-ci en des éléments verbaux, qui, pour lui, ont une signification concrète ou qui ressemblent à des mots qu’il connaît (voir arrêt du 13 février 2007, RESPICUR, T‑256/04, EU:T:2007:46, point 57 et jurisprudence citée).
33 En l’espèce, la marque demandée est constituée de l’élément verbal « kingsbury ». Les neuf lettres qui le composent ne présentent aucune séparation créée par des espaces ou par des signes de ponctuation tels que des tirets, des barres obliques ou des points. Le public pertinent sera donc amené à percevoir la marque demandée comme un tout. Néanmoins, il ne saurait être exclu qu’une partie du public pertinent puisse percevoir, dans cette marque, le terme « king », lequel appartient au vocabulaire anglais de base.
34 Or, il convient de relever que, selon la jurisprudence, le terme « king » est utilisé, dans le contexte publicitaire, dans un sens laudatif, comme signifiant « le meilleur dans son domaine », qu’il peut être ainsi compris comme un éloge de la qualité des produits en cause et qu’il revêt dès lors un caractère distinctif faible (voir arrêt du 28 avril 2021, The King of SOHO, T‑31/20, non publié, EU:T:2021:217, point 85 et jurisprudence citée).
35 C’est donc sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré que le public pertinent pourrait distinguer dans la marque demandée le terme « king » et lui attribuer un caractère laudatif quant à la qualité des produits désignés et que, de ce fait, ce terme présentait un caractère distinctif réduit.
36 En revanche, s’agissant du terme « sbury », la chambre de recours ayant considéré, à juste titre, que la partie espagnole du public pertinent ne l’associerait à aucune signification, elle a implicitement, mais nécessairement, considéré qu’il serait plus distinctif que le terme « king ».
Sur la comparaison visuelle
37 La requérante fait valoir que la chambre de recours a procédé, à tort, à un découpage de la marque antérieure en « fin » et « sbury » et de la marque demandée en « king » et « sbury », au lieu de considérer ces marques dans leur ensemble. Elle soutient, en outre, que la présence de sept lettres identiques dans les deux marques en conflit, soit la grande majorité des lettres composant chacune de ces marques, aurait dû conduire la chambre de recours à conclure à l’existence d’un degré moyen à « renforcé » de similitude visuelle.
38 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante. Il fait valoir, en substance, que même si les marques en conflit coïncident dans leur partie finale « sbury », cette similitude est compensée par une différence substantielle au niveau des éléments initiaux, à savoir « fin » pour la marque antérieure et « king » pour la marque demandée, sur lesquels les consommateurs auraient tendance à se concentrer à la fois visuellement et phonétiquement. En outre, sur tous les plans de comparaison, les similitudes seraient relativisées par le caractère laudatif du terme « king » dans l’ensemble de l’Union.
39 D’emblée, il y a lieu de rejeter comme étant non fondé l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours aurait procédé, à tort, à un découpage de la marque antérieure en « fin » et « sbury ». En effet, ainsi qu’il a été rappelé au point 29 ci-dessus, la chambre de recours a explicitement considéré que ces deux termes ne pouvaient pas être distingués l’un de l’autre par le public pertinent.
40 Par ailleurs, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, ce qui importe dans l’appréciation de la similitude visuelle de deux marques verbales c’est la présence, dans chacune d’elles, de plusieurs lettres dans le même ordre [arrêt du 25 mars 2009, Kaul/OHMI – Bayer (ARCOL), T‑402/07, EU:T:2009:85, point 83].
41 En l’espèce, les marques en conflit ont en commun sept lettres sur les huit lettres de la marque antérieure et sur les neuf lettres de la marque demandée. Plus précisément, ces marques partagent, d’une part, leurs deuxième et troisième lettres, à savoir les lettres « i » et « n », et, d’autre part, leurs cinq dernières lettres, à savoir les lettres « s », « b », « u », « r », et « y ». Lesdites marques se différencient uniquement par leurs initiales, à savoir les lettres « f » pour la marque antérieure et « k » pour la marque demandée, ainsi que par la présence dans cette dernière marque de la lettre « g » en quatrième position.
42 S’il est vrai, comme l’EUIPO le fait valoir, que la partie initiale des marques verbales peut être susceptible de retenir l’attention du consommateur davantage que les parties suivantes, cette considération ne saurait valoir dans tous les cas. Elle ne saurait, en tout état de cause, remettre en cause le principe selon lequel l’examen de la similitude des marques doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par ces marques, dès lors que le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à l’examen de ses différents détails [voir, en ce sens, arrêt du 10 octobre 2006, Armacell/OHMI – nmc (ARMAFOAM), T‑172/05, EU:T:2006:300, point 65 et jurisprudence citée].
43 Or, ni la chambre de recours dans la décision attaquée ni l’EUIPO dans son mémoire en réponse n’exposent les raisons pour lesquelles il conviendrait de considérer que, s’agissant spécifiquement des marques en conflit, l’attention du public pertinent se concentrerait plutôt sur leurs parties initiales dont l’impact serait ainsi plus important sur l’impression d’ensemble.
44 Compte tenu du nombre important de lettres communes et placées dans le même ordre dans les marques en conflit, il y a lieu de constater que ces marques, considérées dans leur ensemble, présentent un degré à tout le moins moyen de similitude visuelle, et ce en dépit du fait que le consommateur espagnol pourrait distinguer le terme « king » dans la marque demandée et lui attribuer une connotation laudative.
45 Il s’ensuit que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en considérant que les marques en conflit présentaient un faible degré de similitude visuelle.
Sur la comparaison phonétique
46 La requérante fait valoir, en substance, que la chambre de recours n’a pas tenu compte du fait que les marques en conflit ont à peu près la même longueur, sont composées de trois syllabes, dont les deux dernières se prononcent de manière identique, et que le rythme de prononciation est très similaire. Elle soutient que lesdites marques sont phonétiquement très similaires.
47 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
48 En ce qui concerne la comparaison des marques en conflit sur le plan phonétique, il convient de constater que la marque antérieure se prononce « fins-bu-ry », tandis que la marque demandée se prononce « kings-bu-ry ». Comme la requérante le fait valoir, à juste titre, chacune de ces marques comportent donc trois syllabes, dont les deux dernières sont identiques.
49 Toutefois, la marque antérieure et la marque demandée se différencient par leur consonne initiale, respectivement « f » et « k », dont la prononciation est clairement dissemblable. Quant à la lettre « g » dans la marque demandée, elle sera moins audible en raison de la prononciation caractéristique de cette lettre dans une structure verbale telle que « -ing » dans le mot anglais « king ».
50 Compte tenu de ces éléments, il convient de constater que la chambre de recours a pu conclure, à juste titre, que les marques en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur le plan phonétique.
Sur la comparaison conceptuelle
51 La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir isolé le terme « king » dans la marque demandée sans prendre en considération ni le terme « bury » ni les marques en conflit dans leur ensemble. Selon elle, ce dernier terme étant, en anglais, un suffixe habituel pour les noms des lieux, il y a une grande proximité conceptuelle entre lesdites marques, car les deux sont perçues comme des noms de lieux anglais. En outre, Finsbury étant un district de Londres, ville dans laquelle se trouve aussi le palais du roi de ce pays, une similitude conceptuelle existerait également en raison du lien que ces marques permettraient de faire avec l’Angleterre. La requérante soutient donc que la chambre de recours aurait dû conclure à l’existence d’un degré au moins moyen de similitude conceptuelle.
52 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
53 En ce qui concerne la comparaison des marques en conflit sur le plan conceptuel, il convient de relever que le terme « sbury », commun aux deux marques, peut constituer le suffixe de certains noms de villes anglaises et que le terme « finsbury » constituant la marque antérieure peut être compris comme le nom d’un district de Londres. En outre, il a été constaté, au point 34 ci-dessus, que le terme « king » de la marque demandée pouvait, en raison de sa signification en anglais, être compris, dans un sens laudatif, comme signifiant « le meilleur dans son domaine ».
54 Il n’en demeure pas moins que les éléments verbaux « finsbury » et « kingsbury », considérés dans leur ensemble, seront perçus comme étant dépourvus de signification par le consommateur espagnol moyen, qui constitue la partie du public pertinent sur laquelle la chambre de recours a concentré son examen.
55 Par conséquent, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu qu’une comparaison conceptuelle des marques en conflit n’était pas possible pour une grande majorité du public pertinent et que, pour la partie plus réduite de ce public qui percevait la marque antérieure comme une référence au district de Londres, ces marques étaient conceptuellement différentes.
Sur le risque de confusion
56 La chambre de recours a considéré que les similitudes entre les marques en conflit ne suffisaient pas à compenser les différences qu’elle avait constatées dans les parties initiales desdites marques. Elle a conclu qu’il n’existait pas de risque de confusion pour le public pertinent faisant preuve d’un niveau d’attention moyen, et ce en dépit du fait que la marque antérieure jouissait d’un caractère distinctif normal, que les produits en cause étaient identiques ou similaires et qu’il était impossible de procéder à une comparaison conceptuelle de ces mêmes marques pour une partie importante dudit public.
57 La requérante fait valoir qu’il existe un risque élevé de confusion et relève, en substance, que les produits en cause sont identiques ou très similaires et que les marques en conflit sont similaires, voire très similaires, sur les plans visuel, phonétique et conceptuel.
58 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante. Il soutient, notamment, que rien ne s’oppose à constater que, eu égard aux circonstances du cas d’espèce, il n’existe pas de risque de confusion même en présence de produits identiques et d’un certain degré de similitude entre les marques en conflit.
59 Il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence, l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].
60 En l’espèce, ainsi qu’il a été constaté au point 27 ci-dessus, les produits couverts par les marques en conflit sont en partie identiques et en partie similaires. Il s’ensuit que, afin d’écarter le risque de confusion entre ces marques, cette similitude et cette identité devraient être compensées par un degré élevé de différence entre lesdites marques.
61 Or, il ressort des points 44 et 45 ci-dessus que les marques en conflit, considérées dans leur ensemble, présentent un degré à tout le moins moyen de similitude sur le plan visuel, la chambre de recours ayant commis une erreur en estimant que cette similitude n’était que d’un faible degré. Il a également été constaté respectivement aux points 50 et 56 ci-dessus que lesdites marques présentent un degré moyen de similitude phonétique et que la comparaison conceptuelle est neutre pour une partie importante du public pertinent. Compte tenu de ces éléments ainsi que du caractère distinctif normal dont jouit la marque antérieure, il convient de constater qu’il existe un risque de confusion entre lesdites marques.
62 Partant, c’est à tort que la chambre de recours a conclu à l’absence d’un risque de confusion entre les marques en conflit.
63 Au vu de tout ce qui précède, il y a lieu faire droit au recours et d’annuler la décision attaquée.
Sur les dépens
64 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) La décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 28 juillet 2023 (affaire R 481/2023‑1) est annulée.
2) L’EUIPO supportera, outre ses propres dépens, ceux exposés par Borco-Marken-Import Matthiesen GmbH & Co. KG.
| Marcoulli | Schwarcz | Norkus |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 11 septembre 2024.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Affaire C-908/24 P: Pourvoi formé le 31 décembre 2024 par Crescenzio Rivellini contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 23 octobre 2024 dans l’affaire T-465/23, Rivellini/Parlement européen
31/12/2024
Affaire T-683/24: Recours introduit le 31 décembre 2024 – Green Asset/EUIPO – Domitys (hômity)
31/12/2024
Affaire C-906/24, Sirto: Demande de décision préjudicielle présentée par le Korkein hallinto-oikeus (Finlande) le 31 décembre 2024 – A e.a.
31/12/2024
Affaire T-684/24: Recours introduit le 30 décembre 2024 – Tone Watch/EUIPO – Munich (MUNICH10A.T.M.)
30/12/2024