| CELEX | 62023TJ1134 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 20 novembre 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (septième chambre)
20 novembre 2024 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative Carmen says – Marque nationale figurative antérieure del Carmen – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Remboursement des frais de représentation – Article 109 du règlement 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑1134/23,
Enrique Pich-Aguilera Molins, demeurant à Olesa de Montserrat (Espagne), représenté par Me E. Zamora Martínez, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. M. Eberl, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été
María del Carmen de Puig Arbolí, demeurant à Barcelone (Espagne),
LE TRIBUNAL (septième chambre),
composé de Mme K. Kowalik‑Bańczyk, présidente, M. I. Dimitrakopoulos (rapporteur) et Mme B. Ricziová, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, M. Enrique Pich-Aguilera Molins, demande l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 25 septembre 2023 (affaire R 2185/2022-2) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 24 mars 2021, le requérant a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :
3 La marque demandée désignait les produits et services relevant des classes 24, 25 et 35 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, notamment, pour les classes 25 et 35, à la description suivante :
– classe 25 : « Semelles intérieures ; visières ; vêtements ; vêtements confectionnés ; vêtements tissés ; articles chaussants ; chapellerie » ;
– classe 35 : « Services de commande en ligne ; services de vente au détail concernant produits textiles et substituts de produits textiles ; services de vente au détail concernant tissus ; services de vente en gros concernant produits textiles et substituts de produits textiles ; services de vente en gros concernant tissus ; services de vente au détail par catalogue concernant produits textiles et substituts de produits textiles ; services de vente au détail par catalogue concernant tissus ; services de vente au détail en ligne concernant produits textiles et substituts de produits textiles ; services de vente au détail en ligne concernant tissus ; services de vente au détail par correspondance concernant produits textiles et substituts de produits textiles ; services de vente au détail par correspondance concernant tissus ; services d’importation et d’exportation ».
4 Le 21 juin 2021, Mme María del Carmen de Puig Arbolí a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour, notamment, les produits et services visés au point 3 ci‑dessus.
5 L’opposition était fondée sur la marque espagnole figurative antérieure représentée ci-après :
6 Les produits et services désignés par la marque antérieure relevaient des classes 25 et 35 et correspondaient, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 25 : « Vêtements, articles chaussants, chapellerie » ;
– classe 35 : « Vente en gros, vente au détail ou à travers des réseaux informatiques mondiaux, ainsi qu’importation et exportation de vêtements, d’articles chaussants et de chapellerie ».
7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
8 Le 15 septembre 2022, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition, pour les produits et services visées au point 3 ci-dessus.
9 Le 10 novembre 2022, le requérant a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.
10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours, au motif que c’était à juste titre que la division d’opposition avait conclu à l’existence d’un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 en ce qui concerne les produits et services en cause.
Conclusions des parties
11 Le requérant conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et rejeter l’opposition ;
– déclarer qu’il y a lieu de procéder à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits et services en cause ;
– condamner l’EUIPO et l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO aux dépens afférents aux trois procédures relatives à l’affaire R 2185/2022‑2, ce qui comprend l’ensemble des dépens afférents à la procédure d’opposition B003149182, à la procédure devant la chambre de recours R 2185/2022‑2 ainsi qu’à la procédure devant le Tribunal.
12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner le requérant aux dépens si une audience est organisée.
En droit
Sur la compétence du Tribunal
13 En ce qui concerne le deuxième chef de conclusions du requérant, il y a lieu de relever que celui-ci tend, en substance, à ce que le Tribunal déclare qu’il y a lieu de procéder à l’enregistrement de la marque demandée pour toutes les classes demandées. À cet égard, il suffit de rappeler que, dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, le Tribunal n’a pas compétence pour prononcer des jugements déclaratoires (voir, en ce sens, ordonnance du 9 décembre 2003, Italie/Commission, C‑224/03, non publiée, EU:C:2003:658, points 20 et 21, et arrêt du 4 février 2009, Omya/Commission, T‑145/06, EU:T:2009:27, point 23). Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter la deuxième branche du deuxième chef de conclusions du requérant pour cause d’incompétence.
Sur le fond
14 À l’appui du recours, le requérant invoque trois moyens, tirés, le premier, de l’existence d’une « erreur manifeste d’appréciation » quant à la comparaison sur le plan conceptuel des deux marques en conflit, le deuxième, de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et, le troisième, de la violation de l’article 109, dudit règlement.
15 Dans la mesure où les deux premiers moyens se recoupent largement, il y a lieu de les examiner conjointement.
Sur les premier et deuxième moyens, tirés, respectivement, de l’existence d’une « erreur manifeste d’appréciation » et de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001
16 Le requérant fait valoir, en substance, qu’il n’existe pas de risque de confusion dans l’esprit du public pertinent pour les produits et les services en cause, au sens l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
17 L’EUIPO conteste les arguments du requérant.
18 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec la marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.
19 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des marques et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].
20 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].
Sur le public pertinent
21 En l’espèce, la chambre de recours a considéré, aux points 16 à 20 de la décision attaquée, que, la marque antérieure étant une marque espagnole, aux fins de l’appréciation du risque de confusion, devaient être pris en considération le grand public et le public professionnel d’Espagne auxquels s’adressaient les produits et les services en cause, ce que, au demeurant, le requérant ne conteste pas. Le niveau d’attention du public pertinent, variant de moyen à élevé, n’est pas non plus contesté par le requérant.
Sur la comparaison des produits et des services en cause
22 Le requérant ne conteste pas la conclusion de la chambre de recours, formulée au point 15 de la décision attaquée, selon laquelle les produits et les services couverts par les deux marques en conflit sont identiques ou similaires à des degrés divers.
Sur la comparaison des signes en conflit
23 Ainsi que le Tribunal l’a jugé à maintes reprises, l’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
24 Le requérant reproche à la chambre de recours d’avoir, à tort, considéré que les signes en conflit présentaient une certaine similitude sur le plan conceptuel, qu’ils avaient un degré moyen de similitude visuelle et qu’ils étaient très similaires sur le plan phonétique, de par la seule présence commune de l’élément verbal « carmen ».
25 En l’espèce, avant de traiter la question de la similitude des marques en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, il y a lieu d’examiner l’appréciation des éléments distinctifs et dominants des marques en conflit effectuée par la chambre de recours.
– Sur les éléments distinctifs et dominants des signes en conflit
26 Il ressort notamment des points 27 à 28 et 31 à 32 de la décision attaquée que la chambre de recours a apprécié la similitude des signes en conflit en considérant, en substance, qu’ils comportaient tous les deux le même élément dominant, à savoir l’élément verbal « carmen », ce dernier possédant un degré moyen de caractère distinctif.
27 Plus précisément, s’agissant de la marque antérieure, la chambre de recours a constaté, au point 27 de la décision attaquée, que, en premier lieu, son élément figuratif représentant une goutte d’eau, qui ressemble à un motif cachemire noir, à savoir un motif en forme de goutte d’eau dont l’extrémité supérieure est incurvée, n’est pas dominant, en raison de sa stylisation commune, de sa position non alignée et isolée et de sa taille. De surcroît, la chambre de recours a considéré, au point 31 de la décision attaquée, que ledit élément figuratif revêtait un caractère distinctif très faible, voire inexistant, puisqu’il était largement utilisé dans le secteur de textile et de la mode. En second lieu, en ce qui concerne les éléments verbaux, elle a constaté que, même si l’élément « del » n’était pas négligeable, l’élément verbal « carmen » apparaissait comme l’élément le plus accrocheur sur le plan visuel en raison de sa plus grande taille et de sa position centrale.
28 S’agissant de la marque demandée, la chambre de recours a constaté, au point 28 de la décision attaquée, que son élément « carmen » était dominant, dans la mesure où il était écrit en caractères gras, relativement standard, avec la première lettre en majuscule et il était de plus grande taille, alors que le second élément verbal « says » était moins visible et apparaissait dans une police de caractères manuscrites stylisées, dans des traits fins et en plus petit. Par ailleurs, la chambre de recours a remarqué, au point 32 de la décision attaquée, que cet élément verbal possédait une place secondaire en termes de caractère distinctif par rapport à l’élément « carmen », faisant référence à la simple description factuelle d’une action commune réalisée par une personne dénommée Carmen.
29 S’agissant, dès lors, des marques en conflit, la chambre de recours a conclu que le terme « carmen » constituait leur élément dominant et le plus distinctif. Elle a réaffirmé, par ailleurs, la position de la division d’opposition selon laquelle, n’étant pas lié de manière significative aux produits et aux services en cause, le terme « carmen » possédait en l’espèce un degré moyen de caractère distinctif.
30 Dans ses écritures devant le Tribunal, le requérant conteste, en substance, ces constats de la chambre de recours. À cet égard, d’une part, il fait valoir que le mot « carmen » constitue un terme très largement répandu dans tous les aspects de la société, de l’économie et de la culture espagnoles, de sorte qu’il ne présente qu’un faible degré de caractère distinctif. D’autre part, il avance que les autres éléments des deux marques en conflit, à savoir l’élément « del », l’élément figuratif de la marque antérieure représentant une goutte d’eau et l’élément « says », ne sont pas négligeables dans l’appréciation d’ensemble des celles-ci.
31 À cet égard, il convient de rappeler que, ainsi qu’il ressort d’une jurisprudence constante, le caractère distinctif d’un élément composant une marque dépend de l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 11 octobre 2023, Flowbird/EUIPO – APCOA Parking Holdings (FLOWBIRD), T‑296/22, non publié, EU:T:2023:613, point 79 et jurisprudence citée].
32 En outre, le caractère dominant d’un élément composant une marque implique de s’interroger sur la question de savoir si l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par cette marque est dominée ou non par un ou plusieurs des éléments la composant. Ce n’est que si tous les autres éléments composant la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude des signes en conflit pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant [voir arrêt du 21 décembre 2022, Tradición CZ/EUIPO – Rivero Argudo (TRADICIÓN CZ, S.L.), T‑250/19, non publié, EU:T:2022:838, point 51 et jurisprudence citée].
33 Il ressort également de la jurisprudence du Tribunal que, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers sont, en principe, considérés comme plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence au produit ou au service en cause en citant le nom de cette marque qu’en en décrivant l’élément figuratif (voir arrêt du 11 octobre 2023, FLOWBIRD, T‑296/22, non publié, EU:T:2023:613, point 80 et jurisprudence citée).
34 En l’espèce, il convient d’observer que, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, le mot « carmen » est l’élément dominant des deux marques en conflit. Il occupe, dans celles-ci, une position centrale et a une taille plus importante que l’élément « del », l’élément figuratif de la marque antérieure représentant une goutte d’eau et l’élément « says », qui jouent un rôle secondaire en raison de leur taille et leur position respectives dans les marques en conflit. En outre, s’agissant du caractère distinctif de l’élément « carmen », le requérant n’a ni invoqué de manière concrète ni démontré un lien significatif entre le mot « carmen » et les produits et services en cause. Ainsi, il n’a pas établi que la constatation de la chambre de recours selon laquelle ce terme possédait un degré moyen de caractère distinctif est erronée.
35 Au vu de ce précède, il n’est pas établi que les appréciations de la chambre de recours concernant le caractère dominant et distinctif des éléments des deux marques en conflit sont erronées.
– Sur la comparaison visuelle
36 La chambre de recours a considéré, au point 33 de la décision attaquée que, sur le plan visuel, les deux marques coïncidaient eu égard l’élément verbal « carmen », qui était l’élément le plus distinctif et le plus dominant sur le plan visuel dans les deux signes en conflit et qui, dans les deux cas, était écrit en gras, avec des caractères plutôt standards et avec la première lettre en majuscule. Selon la chambre de recours, les signes en conflit différaient, en premier lieu, eu égard à l’élément verbal « del » de la marque antérieure et à son élément figuratif représentant une goutte d’eau et, en second lieu, eu égard à la présence de l’élément verbal « says » dans la marque demandée, qui, toutefois, jouerait un rôle secondaire. Eu égard à ces considérations, la chambre de recours a entériné l’appréciation de la division d’opposition, en concluant que les deux marques en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur le plan visuel.
37 Le requérant considère que les deux signes en conflit diffèrent sur le plan visuel ou, à tout le moins, ne présentent qu’un faible degré de similitude sur ce plan. En ce sens, il fait valoir que, d’une part, l’élément « says » de la marque demandée est loin de jouer un rôle secondaire, étant donné que sa taille est similaire à celle de l’élément « carmen », nonobstant leur typographie différente. D’autre part, l’élément figuratif de la marque antérieure représentant une goutte d’eau aurait une influence sur la sémantique du signe en renvoyant à de l’eau, à savoir à l’expression « agua del carmen » en espagnol. Le requérant conclut, par voie de conséquence, que ces deux éléments ont une incidence notable sur la perception des signes en conflit par le public pertinent, puisque celui-ci ne prêtera pas tant attention à l’élément « carmen », qui constitue un terme très courant en espagnol.
38 L’EUIPO conteste cette argumentation.
39 À cet égard, il convient d’observer, en premier lieu, que les marques en conflit coïncident eu égard à l’élément verbal « carmen », écrit, dans les deux cas, en gras et dans une police plus grande. Comme constaté au point 34 ci-dessus, il est l’élément dominant sur le plan visuel dans ces deux marques.
40 En deuxième lieu, ainsi que le relève à juste titre l’EUIPO et comme rappelé au point 33 ci-dessus, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers sont, en principe, plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence au produit ou service en cause en citant le nom de cette marque qu’en en décrivant l’élément figuratif. Dès lors, il y a lieu de constater que l’élément figuratif de la marque antérieure aura moins d’incidence sur les consommateurs que les éléments verbaux des deux marques en conflit.
41 En troisième lieu, en raison de sa position, de sa taille et de sa police, l’élément verbal « says » de la marque demandée est moins lisible et constitue donc un élément secondaire sur le plan visuel.
42 Compte tenu de ce qui précède, c’est à juste titre que la chambre de recours a constaté un degré moyen de similitude sur le plan visuel entre les signes en conflit.
– Sur la comparaison phonétique
43 La chambre de recours a considéré, au point 34 de la décision attaquée, que, sur le plan phonétique, les deux marques coïncidaient par la prononciation identique du mot commun dissyllabique, soit « karmèn », qui était l’élément verbal le plus long des deux signes en conflit. En revanche, elles différaient légèrement par la prononciation de l’élément verbal court « del » de la marque antérieure et, pour la partie du public qui pourrait le lire et qui le prononcerait, par le mot « says » de la marque demandée, bien que, sur le plan phonétique, ces éléments monosyllabiques partageaient le son « ei », présent dans les éléments phonétiques « del » et « seiz ». En outre, la chambre de recours a entériné l’appréciation de la division d’opposition selon laquelle les consommateurs avaient une tendance naturelle à abréger les marques longues pour les réduire aux éléments qui étaient perçus comme plus faciles à citer et à mémoriser et selon laquelle, en l’espèce, il était raisonnable d’affirmer qu’une partie du public concentrerait son attention sur l’élément « carmen » de la marque demandée, qu’elle reconnaîtrait et prononcerait plus facilement, parce qu’elle connaîtrait la langue du territoire.
44 Le requérant fait valoir que les deux marques en conflit diffèrent sur le plan phonétique ou, tout au plus, ne présentent que très peu de similitudes. En ce sens, les deux marques ne seraient pas raccourcies par les consommateurs, étant donné qu’elles ne seraient pas longues. De surcroît, vu que la marque demandée aurait un sens uniforme, elle serait lue dans son ensemble, à savoir comme correspondant à l’expression « carmen says ». Par ailleurs, le requérant estime que les éléments « del » et « says » des deux signes en conflit présentent très peu, voire pas du tout, de similitudes.
45 L’EUIPO conteste les arguments du requérant.
46 À cet égard, il convient de constater tout d’abord que les deux marques en conflit coïncident par la prononciation identique de leur élément verbal commun dissyllabique « carmen » (qui se prononce « karmèn »), et que les autres éléments verbaux dans les deux marques, à savoir les mots « del » et « says », tous les deux monosyllabiques et plus courts, partagent, au moins, le son « è ».
47 En outre, le requérant n’a pas établi qu’il serait déraisonnable de supposer qu’une partie significative du public pertinent raccourcirait les deux marques en conflit, et en particulier la marque demandée, en ne prononçant pas l’élément « says », en tenant compte notamment du fait que, en tant que mot étranger pour le public hispanophone, il serait moins facile à désigner et à mémoriser.
48 Par conséquent, il n’y a pas lieu de remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle, en substance, les marques en conflit sont « très similaires » sur le plan phonétique.
– Sur la comparaison conceptuelle
49 La chambre de recours a considéré, au point 35 de la décision attaquée, que, sur le plan conceptuel, à tout le moins pour une partie significative du public pertinent, le mot « carmen », qui est présent dans les deux marques en conflit et qui représente leur élément le plus distinctif, serait directement perçu comme un prénom féminin espagnol. Selon la chambre de recours, les autres éléments des deux marques ne joueraient pas un rôle assez influent pour détourner sémantiquement l’attention du public pertinent de l’élément commun « carmen ». Sur ce fondement, la chambre de recours a conclu que, étant donné que chaque maque véhiculait le même concept associé au prénom « Carmen », les deux marques présentaient une « certaine similitude » sur le plan conceptuel.
50 Le requérant estime, à la différence des constatations de la chambre de recours, que chaque marque est distincte sur le plan conceptuel. À cet égard, il fait valoir que la chambre de recours a commis une erreur sur les plans grammatical et sémantique, en ce que l’expression « del carmen » serait inéluctablement comprise par les locuteurs hispanophones comme visant exclusivement un lieu géographique, tandis que le terme « carmen », suivi par le verbe « says », ne pourrait renvoyer qu’à une personne. En ce sens, le requérant indique que, selon le dictionnaire de la Real Academia Española (académie royale espagnole), la définition du mot « carmen » est « jardin » ou « composition poétique ou en vers ». En outre, il fait valoir que, parmi d’autres significations, le terme « carmen » constitue un prénom féminin courant en Espagne. De surcroît, il affirme qu’il existe de nombreux noms de lieux, dans des pays qui ne sont pas seulement hispanophones, contenant l’expression « del carmen », comme « Puerto del Carmen », « El Carmen », « Playa del Carmen », « Agua del Carmen » et « Las Salinas del Carmen ». Dans ce cadre, il ajoute que, à l’origine, le prénom féminin « Carmen » renvoyait en effet à Notre-Dame du Mont Carmel et que le Mont Carmel est une montagne située sur le territoire de l’ancienne Palestine et que donc ce prénom renvoie à un lieu. En revanche, le requérant soutient que, selon les règles grammaticales espagnoles, la préposition « del » (qui serait la contraction de la phrase « de el », à savoir « du de » en français), ne précède jamais de noms désignant une personne et d’autant plus de noms désignant des personnes de genre féminin. Le requérant considère, dès lors, que l’expression « del carmen », renvoyant à un lieu, et la marque « carmen says », renvoyant à une personne, véhiculent des concepts différents dans l’esprit du public hispanophone pertinent. Enfin, le requérant affirme que le fait que la marque antérieure comporte un élément graphique consistant en une goutte d’eau influe sur la sémantique de ladite marque.
51 L’EUIPO conteste les arguments du requérant.
52 Il convient de rappeler, tout d’abord, qu’il est constant entre les parties que, parmi d’autres significations, le terme « carmen » constitue un prénom féminin courant en Espagne. En outre, comme indiqué au point 34 ci-dessus, le mot « carmen » est l’élément distinctif et dominant des deux marques en conflit, tandis que l’élément verbal « del » joue un rôle secondaire dans la marque antérieure. C’est donc à juste titre que la chambre de recours a entériné la considération de la division d’opposition selon laquelle, au moins pour une partie significative du public pertinent, la première signification qui lui viendrait à l’esprit lorsqu’il rencontrerait ces marques, serait celle d’un prénom féminin espagnol.
53 Les arguments du requérant ne sont pas de nature à remettre en cause cette conclusion.
54 En premier lieu, hormis une brève référence aux définitions formelles données par le dictionnaire de l’académie royale espagnole, le requérant n’a présenté aucune argumentation précise et étayée afin d’établir que le public pertinent comprendrait et utiliserait le mot « carmen » comme faisant référence aux notions de « jardin » ou de « composition poétique ou en vers » ou qu’il associerait la marque antérieure à l’eau de Carmen.
55 En deuxième lieu, en ce qui concerne l’argument du requérant selon lequel la contraction « del » précède toujours des noms masculins et, par conséquent, en l’espèce, fait forcément référence à un lieu, il convient d’observer que, comme le relève à juste titre l’EUIPO, selon les règles grammaticales espagnoles, les lieux commencent toujours par une lettre majuscule. Ceci est confirmé par les exemples de lieux cités par le requérant, qui commencent tous par une lettre majuscule. Étant donné que, en l’espèce, dans la marque antérieure, la lettre « d » n’est pas écrite en majuscule, mais avec une lettre minuscule, il n’est pas raisonnable de supposer que « del Carmen » fasse nécessairement référence à un lieu pour le public hispanophone. En outre, ainsi que le fait valoir à juste titre la chambre de recours au point 31 de la décision attaquée, il existe en effet des noms, tels que « María del Carmen », qui font référence à une personne, et non à un lieu ou à une origine.
56 En troisième lieu, en ce qui concerne l’argument du requérant selon lequel, à l’origine, le prénom féminin « Carmen » renvoyait en effet à Notre-Dame du Mont Carmel, il n’est pas de nature à étayer sa thèse selon laquelle le mot « carmen » renverrait à un lieu dans l’esprit du public pertinent. D’une part, les mots « carmel » et « carmen » diffèrent en ce qui concerne leur dernière lettre et il n’est donc pas évident qu’une personne hispanophone fasse le lien entre les deux. D’autre part, le Mont Carmel est situé en Israël, à savoir loin de l’Espagne, et il n’est donc pas non plus évident qu’il soit connu d’un public hispanophone.
57 Enfin, le requérant n’a pas non plus présenté d’arguments, ni d’éléments de preuve démontrant que l’eau de Carmen (Agua del Carmen) serait connue du public hispanophone et, par conséquent, que l’élément figuratif de la marque antérieure amènerait le public pertinent à penser immédiatement et sans autre réflexion à une goutte d’eau, qui, à son tour, serait associée à l’eau de Carmen, et pas simplement à un nom féminin.
58 Par conséquent, il n’y a pas lieu de remettre en question l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle les marques en conflit présentent une « certaine similitude » sur le plan conceptuel.
Sur le caractère distinctif de la marque antérieure
59 Au point 36 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que la marque antérieure, prise dans son ensemble, possédait un degré de caractère distinctif intrinsèque normal, étant donné qu’elle était dépourvue de signification apparente en rapport avec les produits et services visés par elle, ce que, en substance, le requérant ne conteste pas.
Sur l’appréciation globale du risque de confusion
60 Il résulte des points 36 à 44 de la décision attaquée que, après avoir pris en compte tous les facteurs pertinents, la chambre de recours a entériné la conclusion de la division d’opposition selon laquelle il existait un risque de confusion entre les deux marques en conflit. Plus particulièrement, la chambre de recours a considéré, au point 39 de la décision attaquée, que, malgré le fait que le public pertinent fît preuve d’un niveau d’attention moyen à élevé lors de l’achat des produits et de l’utilisation des services en cause, la similitude des signes sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, liée à la présence de l’élément commun « carmen », qui était le plus distinctif et le plus dominant, ne serait pas compensée par les différences constatées entre les signes en conflit en raison des autres éléments qui les composaient. Selon la chambre de recours, les légères différences visuelles et phonétiques entre les marques en conflit ne seraient pas suffisantes pour exclure un risque de confusion, y compris un risque d’association de l’origine commerciale des signes, même pour les services jugés similaires à un faible degré, malgré le niveau d’attention accru du consommateur lors de l’achat de la plupart des services en cause. Dans ce cadre, la chambre de recours a constaté qu’il était concevable que les consommateurs pertinents, même s’ils remarquaient la différence entre les signes en conflit, perçoivent la marque demandée comme une variante de la marque antérieure.
61 Le requérant reproche à la chambre de recours de ne pas avoir procédé à une appréciation globale de manière conforme à la jurisprudence constante du Tribunal. Plus particulièrement, il avance que le public pertinent ne considérera pas la marque demandée comme une variante du signe antérieur. En effet, selon le requérant, l’élément « carmen » constitue un terme utilisé actuellement en Espagne pour désigner de nombreux lieux et personnes. Le requérant réaffirme que, en tout état de cause, la différence des deux signes sur le plan conceptuel exclut un tel lien dans l’esprit du public. Par ailleurs, il fait également valoir que la chambre de recours n’a tenu compte que d’un seul élément des deux marques complexes et, en revanche, n’a pas dûment tenu compte des autres éléments non négligeables desdites marques, à savoir des éléments verbaux « del » et « says » ainsi que de l’élément figuratif de la marque antérieure représentant une goutte d’eau.
62 L’EUIPO conteste cette argumentation.
63 Il convient de rappeler, tout d’abord que, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence, l’appréciation globale du risque de confusion implique également une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [voir arrêt du 3 mai 2023, FFI Female Financial Invest/EUIPO – MLP Finanzberatung (Financery), T‑7/22, non publié, EU:T:2023:234, point 81 et jurisprudence citée].
64 L’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants. Ce n’est que si tous les autres composants de la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant (arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, points 41 et 42). Tel pourrait notamment être le cas lorsque ce composant est susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque sont négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci (voir arrêt du 11 octobre 2023, FLOWBIRD, T‑296/22, non publié, EU:T:2023:613, point 69 et jurisprudence citée).
65 En l’espèce, en premier lieu, s’agissant des arguments du requérant concernant les différences prétendues des deux marques sur les plans visuel, phonétique et conceptuel eu égard à l’élément « del », à l’élément figuratif de la marque antérieure représentant une goutte d’eau et à l’élément « says », il convient d’observer qu’ils ont été examinés et rejetés aux points 36 à 58 ci-dessus.
66 En second lieu, en ce qui concerne l’argument du requérant selon lequel la constatation, faite au point 42 de la décision attaquée, que les consommateurs percevraient la marque demandée comme une variante de la marque antérieure constitue une pure conjecture de la chambre de recours, il y a lieu de souligner que le requérant reprend, en substance, son argumentation concernant la comparaison conceptuelle des deux marques, qui a été déjà examinée et rejetée aux points 49 à 58 ci-dessus. Cependant, le requérant n’a pas présenté devant le Tribunal d’arguments précis et suffisamment étayés ni d’éléments de preuve qui seraient de nature à remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours et sa conclusion selon laquelle il existait un risque de confusion par les consommateurs pertinents de l’origine commerciale des marques en conflit, eu égard à la similitude de ces deux marques sur les plans visuel, phonétique et conceptuel.
67 Eu égard aux considérations qui précèdent, la conclusion de la chambre de recours selon laquelle il existait un risque de confusion entre les deux marques en conflit est exempte d’erreur et les arguments du requérant à cet égard ne sauraient l’infirmer.
68 Partant, les premiers et deuxième moyens doivent être rejetés.
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation de l’article 109, paragraphe 1, du règlement 2017/1001
69 Aux points 46 à 48 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que, conformément à l’article 109, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et à l’article 18 du règlement d’exécution (UE) 2018/626 de la Commission, du 5 mars 2018, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du règlement 2017/1001, et abrogeant le règlement d’exécution (UE) 2017/1431 (JO 2018, L 104 p. 37), le requérant, en tant que partie perdante, devait supporter les frais exposés par l’autre partie aux fins de la procédure de recours. En ce qui concerne la procédure de recours, ces frais comprenaient les frais de représentation professionnelle de l’autre partie, qui s’élevaient à 550 euros. En ce qui concerne la procédure d’opposition, la chambre de recours a rappelé que la division d’opposition avait déjà condamné les parties à supporter leurs propres frais. Dès lors, elle a conclu que le montant total pour les deux procédures s’élevait à 550 euros.
70 Le requérant considère que la chambre de recours a violé l’article 109, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 en ce qui concerne les frais de justice exposés par l’autre partie aux fins de la procédure de recours. En effet, le requérant estime que, dans la mesure où l’autre partie à la procédure n’avait pas comparu devant la chambre de recours, constitue un cas d’enrichissement sans cause le fait qu’il supporte la somme de 550 euros au titre de frais de représentation qui n’ont pas été effectivement exposés.
71 L’EUIPO conteste l’argumentation du requérant.
72 Il convient de rappeler que l’article 109, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 dispose que « [l]a partie perdante dans une procédure d’opposition […] ou de recours supporte les taxes acquittées par l’autre partie [et] tous les frais indispensables aux fins des procédures exposés par l’autre partie, y compris […] la rémunération d’un représentant […], dans la limite des tarifs fixés pour chaque catégorie de frais dans les conditions prévues par l’acte d’exécution [adopté] en vertu [de l’article 109,] paragraphe 2 du présent [règlement] ». Selon l’article 18, paragraphe 1, sous c), i) et iii), du règlement d’exécution 2018/626, le taux maximal applicable aux frais de représentation exposés par la partie gagnante et supportés par la partie perdante est fixé à 300 euros en ce qui concerne les procédures d’opposition et à 550 euros en ce qui concerne les procédures de recours.
73 En outre, l’article 109, paragraphe 7, du règlement 2017/1001 précise, d’une part, que, lorsque les frais se limitent aux taxes payées à l’EUIPO et aux frais de représentation, la chambre de recours fixe les montants à rembourser en vertu, notamment, de l’article 109, paragraphe 1, du présent règlement et, d’autre part, que, dans un tel cas, les frais de représentation sont accordés au niveau fixé dans l’acte d’exécution adopté conformément à l’article 109, paragraphe 2, du même règlement, « qu’ils aient réellement été exposés ou non ».
74 Dans ce cadre, le Tribunal a déjà relevé, au point 113 de l’arrêt du 1er février 2017, Gómez Echevarría/EUIPO – M and M Direct (wax by Yuli’s) (T‑19/15, non publié, EU:T:2017:46), à propos de dispositions alors en vigueur, dont le contenu se retrouvait en substance dans la réglementation applicable en l’espèce, qu’aucune de ces dispositions « ne conditionn[ait] la fixation des frais de représentation à une preuve ou à une justification préalable par les parties et notamment la partie gagnante ». Dans ces circonstances, le Tribunal a considéré que, dès lors que les frais de représentation étaient fixés dans une décision de la chambre de recours, conformément aux dispositions relatives à l’allocation des frais, nulle justification n’était requise quant à l’existence des frais de représentation ou de leur montant.
75 De surcroît, il ressort de la jurisprudence du Tribunal que, s’il est vrai que l’article 109, paragraphe 7, in fine, du règlement 2017/1001 prévoit que les frais de représentation sont accordés au niveau maximal prévu, « qu’ils aient réellement été exposés ou non », le renvoi contenu dans cette disposition à la première phrase dudit paragraphe et, dès lors, au « remboursement » des frais de représentation, limite nécessairement le champ d’application automatique et forfaitaire d’une telle disposition au cas où le titulaire, gagnant, aurait pris part à la procédure administrative, ne serait-ce que d’une manière limitée [arrêt du 27 mars 2019, Biernacka-Hoba/EUIPO – Formata Bogusław Hoba (Formata), T‑265/18, non publié, EU:T:2019:197, point 60].
76 Or, il convient de noter que, dans cette affaire, la partie gagnante n’avait déposé d’observations ni devant la division d’opposition ni devant la chambre de recours. C’était dans ces circonstances particulières que le Tribunal avait jugé que condamner la partie requérante à supporter des frais que l’autre partie n’avait pas pu, ni voulu exposer, étant donné qu’elle était restée passive pendant toute la durée de la procédure administrative, équivaudrait, en substance, à dénaturer le sens de l’article 109, paragraphes 1 et 7, du règlement 2017/1001 (voir, en ce sens, arrêt du 27 mars 2019, Formata, T‑265/18, non publié, EU:T:2019:197, points 61 et 62).
77 Toutefois, en l’espèce, force est de relever, comme le fait valoir à juste titre l’EUIPO, que, à la différence de l’affaire mentionnée au point 76 ci-dessus, l’autre partie n’est pas restée passive au cours de la procédure administrative. En effet, il ressort du dossier administratif de l’EUIPO que c’était bien le représentant légal de l’autre partie qui a initié la procédure d’opposition en formant, le 2 juillet 2021, l’opposition contre la marque demandée. Ledit représentant est également resté le même tout au long de la procédure administrative et a pu recevoir, à ce titre, toutes les pièces transmises à cet égard.
78 Dans de telles circonstances, le fait que l’autre partie n’a pas déposé d’observations devant la chambre de recours ne suffit pas pour considérer que celle-ci n’a pas à assumer des frais de représentation au titre de la procédure devant la chambre de recours, lesquels n’ont pas à être justifiés et peuvent être fixés forfaitairement par la chambre de recours en application et dans la limite de la réglementation applicable [voir, en ce sens, arrêt du 24 mai 2023, Bimbo/EUIPO – Bottari Europe (BimboBIKE), T‑509/22, non publié, EU:T:2023:281, points 66 et 67].
79 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède qu’il y a lieu d’écarter le troisième moyen.
80 Aucun des moyens soulevés par le requérant n’étant fondé, il y a donc lieu de rejeter le recours dans son ensemble.
Sur les dépens
81 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
82 Bien que le requérant ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celui-ci aux dépens qu’en cas d’organisation d’une audience. En l’absence d’organisation d’une audience, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (septième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) M. Enrique Pich-Aguilera Molins et l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supporteront chacun leurs propres dépens.
| Kowalik-Bańczyk | Dimitrakopoulos | Ricziová |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 20 novembre 2024.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Affaire C-908/24 P: Pourvoi formé le 31 décembre 2024 par Crescenzio Rivellini contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 23 octobre 2024 dans l’affaire T-465/23, Rivellini/Parlement européen
31/12/2024
Affaire T-683/24: Recours introduit le 31 décembre 2024 – Green Asset/EUIPO – Domitys (hômity)
31/12/2024
Affaire C-906/24, Sirto: Demande de décision préjudicielle présentée par le Korkein hallinto-oikeus (Finlande) le 31 décembre 2024 – A e.a.
31/12/2024
Affaire T-684/24: Recours introduit le 30 décembre 2024 – Tone Watch/EUIPO – Munich (MUNICH10A.T.M.)
30/12/2024