| CELEX | 62023TO1138 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | lundi 14 octobre 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (dixième chambre)
14 octobre 2024
(*) Recours en annulation et en indemnité – Droit institutionnel – Protection des données à caractère personnel – Règlement (UE) 2018/1725 – Méconnaissance des exigences de forme – Article 76, sous d), du règlement de procédure – Irrecevabilité »
Dans l’affaire T‑1138/23,
WS, représenté par Me H. Tettenborn, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mmes E. Lekan et A. Ketels-Salet, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (dixième chambre),
composé de Mme O. Porchia, présidente, MM. P. Nihoul et S. Verschuur (rapporteur), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, WS, demande en premier lieu, l’annulation de la décision de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 22 septembre 2023 portant notamment rejet de sa demande du 25 juillet 2023, présentée en application de l’article 65 du règlement (UE) 2018/1725 du Parlement européen et du Conseil, du 23 octobre 2018, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les institutions, organes et organismes de l’Union et à la libre circulation de ses données, et abrogeant le règlement (CE) no 45/2001 et la décision no 1247/2002/CE (JO 2018, L 295, p. 39), tendant à obtenir réparation des préjudices matériel et moral qu’il aurait subis du fait du comportement de l’EUIPO à son égard (ci-après la « décision attaquée »), et, en second lieu, la condamnation de l’EUIPO au versement d’une indemnité d’au moins 500 000 euros à titre de réparation desdits préjudices.
Antécédents du litige
2 Entre 2006 et 2022, le requérant a participé à un certain nombre de procédures de sélection organisées par l’EUIPO.
3 Entre le 22 mars 2022 et le 16 août 2023, le requérant a présenté, en vertu de l’article 17 du règlement 2018/1725, 26 demandes d’accès à ses données à caractère personnel au bureau du délégué à la protection des données de l’EUIPO concernant les candidatures qu’il avait soumises dans le cadre desdites procédures de sélection.
4 Le 25 juillet 2023, le requérant a adressé à l’EUIPO un courrier, dans lequel, d’une part, il soutenait que, depuis 2008 au moins, l’EUIPO n’avait pas respecté les règles en matière de protection des données, violant ainsi le règlement 2018/1725, et, d’autre part, demandait, au titre de l’article 65 du règlement 2018/1725, réparation du préjudice qu’il aurait prétendument subi du fait dudit comportement de l’EUIPO. Ledit courrier faisait référence à des demandes antérieures d’accès à ses données à caractère personnel adressées par le requérant aux différents départements de l’EUIPO ainsi qu’à leurs réponses.
5 Le 27 juillet 2023, le bureau du délégué à la protection des données de l’EUIPO a accusé réception dudit courrier.
6 Le 18 septembre 2023, le requérant a envoyé un courriel de suivi à son courrier du 25 juillet 2023, ajoutant aux destinataires le directeur exécutif de l’EUIPO.
7 Par la décision attaquée, l’EUIPO a répondu aux demandes et communications du requérant reçues depuis juin 2023 ainsi qu’aux rappels ultérieurs. L’EUIPO a également rejeté la demande en réparation du requérant basée sur l’article 65 du règlement 2018/1725 et a informé ce dernier que, à la suite d’une vérification approfondie de toutes les procédures de sélection auxquelles il a participé, l’EUIPO a conclu qu’il n’y avait pas eu de violation de données à caractère personnel, ni d’accès non autorisé à ses profils dans les systèmes utilisés par l’EUIPO dans le cadre des procédures de sélection, et que toutes ses données à caractère personnel avaient été correctement traitées. Dans le même courrier, l’EUIPO a indiqué qu’il considère les demandes, les réclamations, et les communications du requérant comme étant manifestement infondées, excessives et répétitives, et qu’elles vont au-delà de l’utilisation de droits pour lesquels la protection est accordée par le législateur. Dès lors, sur la base du point 4 du code de bonne conduite administrative de l’EUIPO et de l’article 14, paragraphe 4, du règlement 2018/1725, l’EUIPO a décidé de mettre fin à tout échange concernant les demandes et communications du requérant portant sur le même objet.
Conclusions des parties
8 Le requérant conclut en substance à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO à lui verser une indemnité d’au moins 500 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
9 Dans l’exception d’irrecevabilité, l’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours comme manifestement irrecevable ;
– condamner le requérant aux dépens.
En droit
10 En vertu de l’article 130, paragraphes 1 et 7, du règlement de procédure du Tribunal, si la partie défenderesse le demande, le Tribunal peut statuer sur l’irrecevabilité ou l’incompétence sans engager le débat au fond.
11 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et décide, conformément à la demande de l’EUIPO, de statuer sans poursuivre la procédure.
Sur la demande en annulation de la décision attaquée
12 Dans son exception d’irrecevabilité, l’EUIPO excipe de l’irrecevabilité de la présente demande en annulation, en raison, en substance, du non-respect de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, en ce que la requête n’indique pas de manière cohérente et compréhensible les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels elle est fondée.
13 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, le requérant ne répond pas à l’exception d’irrecevabilité soulevée par l’EUIPO mais se limite à formuler de nouveaux arguments en lien avec la prétendue illégalité de la décision attaquée découlant de ce que l’EUIPO n’aurait pas répondu à ses demandes et en ce que celles-ci ne seraient pas répétitives. Ces arguments apparaissent également de manière éparse, disparate et confuse, sans que soient indiqués les moyens auxquels ils se rapportent.
14 À cet égard, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, ainsi que de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la requête doit contenir l’objet du litige, les moyens et arguments invoqués ainsi qu’un exposé sommaire desdits moyens. Ces éléments doivent être suffisamment clairs et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant, sans autres informations. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il est nécessaire, pour qu’un recours soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels celui-ci se fonde ressortent d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même (voir ordonnance du 23 janvier 2018, Campailla/Union européenne, T‑759/16, non publiée, EU:T:2018:26, point 23 et jurisprudence citée).
15 Il s’ensuit que la partie requérante est tenue d’exposer d’une manière suffisamment systématique les développements relatifs à chaque moyen qu’elle présente, sans que le Tribunal puisse être contraint, du fait du manque de structure de la requête ou de rigueur de cette partie, de reconstituer l’articulation juridique censée soutenir un moyen en rassemblant divers éléments épars de la requête, au risque de reconstruire ce moyen en lui donnant une portée qu’il n’avait pas dans l’esprit de ladite partie. En décider autrement serait contraire à la fois à une bonne administration de la justice, au principe dispositif ainsi qu’aux droits de la défense de la partie défenderesse (ordonnances du 13 mai 2020, Lucaccioni/Commission, T‑308/19, non publiée, EU:T:2020:207, point 35, et du 15 février 2022, eSlovensko Bratislava/Commission, T‑425/21, non publiée, EU:T:2022:79, point 13).
16 En l’espèce, force est de constater que la requête n’expose aucun moyen juridique de manière suffisamment claire, intelligible et cohérente et, partant, ne permet pas à la partie défenderesse de préparer sa défense ni au Tribunal de statuer sur le recours.
17 En effet, le contexte factuel présenté par le requérant ne contient qu’un exposé des faits non chronologique et désordonné faisant référence à de nombreuses demandes d’accès à ses données à caractère personnel sans que leur objet ne soit clairement compréhensible, ce qui a conduit, au regard de leur quantité et de leur complexité, l’EUIPO à demander une prorogation du délai initial prévu à l’article 14, paragraphe 3 du règlement 2018/1725. Par ailleurs, dans la partie « Sur le fond », comme le fait valoir à juste titre l’EUIPO, le requérant se limite, au soutien de ses neufs moyens, à énumérer les diverses violations alléguées du règlement 2018/1725 en citant simplement les dispositions légales concernées, sans qu’il ne ressorte de la requête un exposé de l’articulation juridique censée soutenir chacun de ces moyens, ni un développement suffisamment clair, intelligible et cohérent des éléments de fait et de droit qui devraient soutenir les violations alléguées.
18 Quant aux observations sur l’exception d’irrecevabilité, il découle du point 13 ci-dessus, ainsi que de la jurisprudence rappelée aux points 14 et 15 ci-dessus, que l’argumentation soulevée par le requérant ne répond pas davantage aux exigences de clarté et de précision découlant de l’article 76, sous d) du règlement de procédure.
19 Par conséquent, il convient de rejeter la demande en annulation comme irrecevable.
Sur la demande en réparation
20 En outre, dans son exception d’irrecevabilité, l’EUIPO estime que la demande en réparation est également irrecevable, étant donné qu’elle ne satisfait pas aux exigences de l’article 76, sous d) du règlement de procédure.
21 À cet égard, il convient de rappeler que, afin de satisfaire aux exigences de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, ainsi que de l’article 76, sous d) du règlement de procédure, une demande visant à la réparation de dommages prétendument causés par une institution doit indiquer avec suffisamment de précision de quelle façon l’ensemble des conditions pour la réparation du préjudice prétendument subi sont réunies (ordonnance du 3 décembre 1992, TAO/AFI/Commission, C‑44/92, EU:C:1992:497, points 11 et 12, et arrêt du 12 janvier 1994, White/Commission, T‑65/91, EU:T:1994:3, point 135).
22 Il s’ensuit qu’une telle demande doit contenir les éléments qui permettent d’identifier, premièrement, le comportement que la partie requérante reproche à l’institution, deuxièmement, les raisons pour lesquelles elle estime qu’un lien de causalité existe entre ce comportement et le préjudice qu’elle prétend avoir subi ainsi que, troisièmement, le caractère et l’étendue de ce préjudice. Ces trois conditions sont cumulatives, ce qui implique que, dès lors que l’une d’elles n’est pas satisfaite, la responsabilité de l’Union européenne ne peut être retenue (voir, en ce sens, arrêts du 10 juillet 1990, Automec/Commission, T‑64/89, EU:T:1990:42, point 73, et du 30 juin 2009, CPEM/Commission, T‑444/07, EU:T:2009:227, point 33 et jurisprudence citée).
23 En l’espèce, premièrement, il ressort des points 16 à 18 ci-dessus, que la requête, même considérée dans son ensemble, ne permet pas d’identifier, avec le degré de clarté et de précision requis, un comportement de l’EUIPO dont devrait découler une illégalité permettant d’engager la responsabilité de l’Union. Par ailleurs, même dans l’hypothèse où le requérant ferait référence à d’autres comportements illégaux de l’EUIPO qui ne découleraient pas directement de la décision attaquée, force est de constater qu’il n’apporte aucune précision à cet égard.
24 Deuxièmement, en ce qui concerne les préjudices prétendument subis, il ressort de la requête que le requérant fait référence sans plus de précision à un préjudice moral consistant en un état d’insécurité permanente dans lequel il se serait trouvé concernant ses compétences professionnelles et en l’absence de respect par l’EUIPO de ses obligations dans le cadre du traitement de ses données à caractère personnel obtenues par celui-ci aux fins de recrutement. Par ailleurs, le requérant mentionne également un préjudice matériel, sans préciser la nature et l’étendue de celui-ci. Enfin, il n’apporte pas non plus une explication des motifs justifiant que le montant de la réparation devrait être fixé à 500 000 euros minimum alors qu’il évalue l’ampleur du préjudice à 10 millions d’euros, ni une quelconque justification de ce montant élevé.
25 Troisièmement, il y a lieu de relever que le requérant ne fournit aucune explication d’un éventuel lien de causalité entre le comportement prétendument illégal de l’EUIPO et les préjudices qu’il a prétendument subis.
26 Par conséquent, il convient de rejeter la demande en réparation comme irrecevable.
27 Il résulte de l’ensemble de ces considérations que le présent recours doit être rejeté dans son intégralité.
Sur les dépens
28 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (dixième chambre)
ordonne :
1) Le recours est rejeté.
2) WS est condamné aux dépens.
Fait à Luxembourg, le 14 octobre 2024.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | O. Porchia |
* Langue de procédure :l’anglais.
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