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Jurisprudence CJUE — 62024CJ0096

CELEX62024CJ0096
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 16 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (quatrième chambre)

16 juillet 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – État de droit – Indépendance des juges – Article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE – Article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Réglementation nationale permettant de vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un juge en poste au sein du Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne) – Composition de la formation de jugement appelée à contrôler le respect de ces exigences – Irrégularité des conditions de nomination d’un membre d’une telle formation – Conséquences à tirer de cette irrégularité – Impartialité – Primauté du droit de l’Union »

Dans les affaires jointes C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24,

ayant pour objet trois demandes de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduites par le Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne), par décisions du 11 janvier 2024, parvenues à la Cour respectivement les 6, 7 et 12 février 2024, dans les procédures

X. Y. (C‑96/24),

X. Y. (C‑103/24),

L. S. (C‑112/24)

en présence de :

Prokuratura Krajowa,

Rzecznik Dyscyplinarny Sądu Najwyższego,

Zastępca Rzecznika Dyscyplinarnego przy Sądzie Okręgowym w Piotrkowie Trybunalskim,

LA COUR (quatrième chambre),

composée de M. I. Jarukaitis (rapporteur), président de chambre, M. K. Lenaerts, président de la Cour, faisant fonction de juge de la quatrième chambre, MM. M. Condinanzi, N. Jääskinen et Mme R. Frendo, juges,

avocat général : M. N. Emiliou,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

– pour le gouvernement polonais, par M. B. Majczyna et Mme S. Żyrek, en qualité d’agents,

– pour la Commission européenne, par Mme K. Herrmann et M. P. J. O. Van Nuffel, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1 Les demandes de décision préjudicielle portent sur l’interprétation de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).

2 Ces demandes ont été présentées dans le cadre d’une procédure concernant X. Y., juge au Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne) (affaire C‑96/24), devant l’Izba Odpowiedzialności Zawodowej (chambre de responsabilité professionnelle), chambre relevant de cette juridiction, à la suite d’une demande du parquet visant à obtenir l’autorisation d’engager une procédure pénale contre ce juge, ainsi que dans le cadre de procédures disciplinaires engagées contre X. Y. et L. S., juges au Sąd Rejonowy w P. (tribunal d’arrondissement de P., Pologne) (affaires C‑103/24 et C‑112/24), devant la chambre de responsabilité professionnelle.

Le cadre juridique

La loi sur la Cour suprême

3 L’article 29 de l’ustawa o Sądzie Najwyższym (loi sur la Cour suprême), du 8 décembre 2017 (Dz. U. de 2018, position 5), telle que modifiée par l’ustawa o zmianie ustawy o Sądzie Najwyższym oraz niektórych innych ustaw (loi modifiant la loi sur la Cour suprême et certaines autres lois), du 9 juin 2022 (Dz. U. de 2022, position 1259) (ci-après la « loi sur la Cour suprême »), prévoit :

« [...]

2. Dans le cadre des activités du [Sąd Najwyższy (Cour suprême, Pologne)] ou de ses organes, il n’est pas permis de remettre en cause la légitimité des [juridictions], des organes constitutionnels de l’État ou des organes de contrôle et de protection du droit.

3. Le [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] ou un autre organe du pouvoir ne peut constater ni apprécier la légalité de la nomination d’un juge ou du pouvoir d’exercer des missions en matière d’administration de la justice qui découle de cette nomination.

4. Les circonstances entourant la nomination d’un juge du [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] ne peuvent pas constituer un motif exclusif pour contester une décision prise avec la participation de ce juge ou pour mettre en doute son indépendance et son impartialité.

5. Il est permis d’examiner le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité par un juge du [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] ou un juge délégué à [cette] cour, en tenant compte des circonstances entourant sa nomination et de son comportement après sa nomination, à la demande du justiciable visé au paragraphe 7, si, dans les circonstances d’une affaire donnée, cela peut conduire à une violation du principe d’indépendance ou d’impartialité affectant l’issue de l’affaire, en tenant compte de la situation du justiciable et de la nature de l’affaire.

6. Une demande de constatation du respect des exigences visées au paragraphe 5 [(ci-après le “test d’indépendance et d’impartialité”)] peut être déposée contre un juge du [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] ou un juge délégué à cette cour affecté à une formation de jugement examinant :

1) un recours ;

[...]

7. Toute partie à la procédure devant le [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] dans les cas visés au paragraphe 6 a le droit de déposer une telle demande.

[...]

9. La demande doit satisfaire aux exigences prévues pour un acte de procédure et, en outre, contenir :

1) une demande de constatation du respect, en l’espèce, des conditions visées au paragraphe 5 ;

2) les circonstances justifiant la demande, ainsi que les éléments de preuve à l’appui de celles-ci.

10. Une demande qui ne remplit pas les conditions visées à l’article 29, paragraphe 9, de la loi sur la Cour suprême est rejetée comme irrecevable sans demande de régularisation des vices de forme. Une demande déposée hors délai ou irrecevable pour un autre motif est également rejetée comme irrecevable.

[...]

15. Le [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] examine la demande à huis‑clos dans une formation à cinq juges tirés au sort parmi l’ensemble des membres du [Sąd Najwyższy (Cour suprême)], après avoir entendu le juge visé par la demande, à moins qu’une audition ne soit impossible ou très difficile. Le juge peut présenter ses observations par écrit. Le juge concerné est exclu du tirage au sort.

[...]

18. S’il accueille la demande, le Sąd Najwyższy (Cour suprême) récuse le juge dans l’affaire. Le fait de récuser un juge dans une affaire ne peut constituer un motif de récusation de ce juge dans d’autres affaires examinées avec sa participation.

[...]

21. L’ordonnance rendue à la suite de l’examen de la demande peut faire l’objet d’un recours devant le [Sąd Najwyższy (Cour suprême)] dans une formation de jugement à sept juges tirés au sort parmi l’ensemble des membres du [Sąd Najwyższy (Cour suprême)]. Le juge concerné et le juge qui a participé à l’ordonnance attaquée sont exclus du tirage au sort.

[...]

24. Dans les matières non régies par la loi, les règles relatives aux incidents de procédure qui s’appliquent à la procédure relative à la demande s’appliquent mutatis mutandis à la procédure engagée à la suite d’une demande et à la procédure de recours.

[...] »

La loi sur l’organisation des juridictions de droit commun

4 L’article 128 de l’ustawa Prawo o ustroju sądów powszechnych (loi sur l’organisation des juridictions de droit commun), du 27 juillet 2001 (Dz. U. no 98, position 1070), dans sa version applicable aux litiges au principal, prévoit :

« Les dispositions de la partie générale du code pénal et les dispositions du code de procédure pénale, à l’exception de l’article 344a et de l’article 396a, s’appliquent, mutatis mutandis, aux affaires non réglementées par le présent chapitre, en tenant compte des particularités découlant de la nature de la procédure disciplinaire. »

Le code de procédure pénale

5 Les articles 40 et 41 de l’ustawa – Kodeks postępowania karnego (loi portant code de procédure pénale), du 6 juin 1997 (Dz. U. de 1997, no 89, position 555), telle que modifiée (ci-après le « code de procédure pénale »), prévoient les cas dans lesquels un juge est, par la loi, considéré comme inapte à connaître d’une affaire (judex inhabilis, article 40 du code de procédure pénale), ainsi que les cas dans lesquels il est possible d’introduire une demande de récusation, notamment lorsqu’il existe une circonstance de nature à faire naître un doute raisonnable quant à son impartialité dans l’affaire dont il est saisi (judex suspectus, article 41 du code de procédure pénale).

Les procédures au principal et les questions préjudicielles

L’affaire C‑96/24

6 La chambre de responsabilité professionnelle du Sąd Najwyższy (Cour suprême) a été saisie d’une procédure tendant à autoriser l’engagement de poursuites pénales contre le juge X. Y., en poste au sein de cette juridiction, ce qui impliquait la levée de son immunité.

7 Dans le cadre de cette procédure, le juge X. Y. a introduit une demande fondée sur l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, visant à vérifier si la juge A. K., qui siégeait en tant que juge unique au sein de la chambre de responsabilité professionnelle, satisfaisait aux exigences d’indépendance et d’impartialité. Il a fait valoir, notamment, que cette juge avait été nommée au Sąd Najwyższy (Cour suprême) sur proposition de la Krajowa Rada Sądownictwa (Conseil national de la magistrature, Pologne) (ci-après la « KRS ») dans sa nouvelle composition et a mis en exergue une déclaration de ladite juge, relayée dans les médias, dans laquelle elle distinguait les « anciens » des « nouveaux » juges, en soulignant que les premiers « se comport[aient] de manière inculte et inélégante, [portant] atteinte à la dignité de la fonction d’un juge ».

8 Conformément à la procédure prévue à l’article 29 de la loi sur la Cour suprême, cette demande devait être examinée par une formation spéciale de cinq juges tirés au sort parmi les membres du Sąd Najwyższy (Cour suprême). En l’occurrence, cette formation comprend trois juges nommés sur proposition de l’ancienne KRS et deux juges, Z. B. et A. S., nommés sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition, selon une procédure identique à celle par laquelle la juge A. K. a été nommée.

9 Le juge X. Y. a introduit des demandes de test d’indépendance et d’impartialité, fondées sur l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, concernant les juges Z. B. et A. S. Ces demandes ont été jugées irrecevables par deux ordonnances du président du Sąd Najwyższy (Cour suprême), qui préside également la chambre de responsabilité professionnelle, au motif que la procédure d’examen du respect des exigences d’indépendance et d’impartialité ne s’appliquerait pas aux juges tirés au sort pour siéger au sein de la formation de jugement chargée de se prononcer sur ce type de demande.

10 En application de l’article 29, paragraphe 24, de la loi sur la Cour suprême et des articles 40 et suivants du code de procédure pénale, le juge rapporteur de la formation à cinq juges saisie de la demande visée au point 7 du présent arrêt, lui-même nommé sur proposition de l’ancienne KRS et qui est le juge de renvoi, a demandé la récusation des juges Z. B. et A. S., estimant que ceux-ci étaient susceptibles de ne pas satisfaire aux exigences d’indépendance et d’impartialité. Il a également souligné que cette demande de récusation ne devait pas être examinée par un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) dont la nomination est intervenue dans le cadre de la nouvelle procédure de nomination des juges impliquant la KRS dans sa nouvelle composition.

11 Ladite demande de récusation a été déclarée irrecevable par une ordonnance du 14 décembre 2023 sur le fondement de l’article 29, paragraphe 4, de la loi sur la Cour suprême, ainsi que de l’article 41, paragraphes 1 et 2, du code de procédure pénale et par analogie avec l’article 128 de la loi sur l’organisation des juridictions de droit commun, dans sa version applicable aux litiges au principal. Cette ordonnance a été rendue par un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) nommé à ce poste dans le cadre d’une procédure de nomination sur la base d’une résolution de la KRS dans sa nouvelle composition.

12 Selon la juridiction de renvoi, la possibilité, prévue à l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, d’introduire une demande de vérification de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) ne permet pas de remédier à la méconnaissance de l’exigence d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, et cela d’autant plus que cette possibilité a été considérablement restreinte par le législateur polonais. En effet, l’article 29, paragraphe 4, de cette loi interdirait de remettre en cause l’indépendance ou l’impartialité d’un juge sur la seule base des circonstances entourant sa nomination.

13 À cet égard, la juridiction de renvoi relève que la mention, dans la demande de test d’indépendance et d’impartialité, de circonstances relatives au comportement du juge concerné postérieurement à sa nomination ne saurait entraîner l’irrecevabilité de la demande. Toutefois, lorsque de telles circonstances ne permettent pas d’établir une méconnaissance des exigences d’indépendance et d’impartialité, cette demande serait susceptible d’être rejetée, y compris lorsque le juge concerné a été nommé dans le cadre d’une procédure entachée d’irrégularités graves.

14 De surcroît, l’article 29, paragraphe 6, de la loi sur la Cour suprême limiterait le champ des affaires dans lesquelles une telle demande peut être introduite et prospérer.

15 Selon la juridiction de renvoi, le législateur polonais a présumé, de manière injustifiée, que toute nomination d’un juge sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition satisfait automatiquement à l’exigence d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Ainsi, cette construction législative soulèverait non seulement des incohérences logiques, mais reposerait également sur un raisonnement circulaire.

16 Cette juridiction estime que, malgré l’apparente contradiction de l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême avec le droit de l’Union et la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la « CEDH »), il est nécessaire que la Cour se prononce sur les questions posées. En effet, le mécanisme juridique prévu à l’article 29, paragraphes 5 et suivants, de la loi sur la Cour suprême correspondrait à une solution législative hybride, dont le but serait la régularisation de facto des juges nommés au Sąd Najwyższy (Cour suprême) de manière irrégulière au regard de l’exigence d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi.

17 La juridiction de renvoi ajoute qu’il est nécessaire que la Cour indique la manière dont les demandes de test d’indépendance et d’impartialité doivent être traitées au regard du droit de l’Union, en particulier par un juge d’un État membre qui a été affecté à une formation de jugement, compétente pour en connaître, irrégulièrement composée et qui a épuisé les possibilités juridiques nationales pour obtenir une composition régulière.

18 Dans ces conditions, le Sąd Najwyższy (Cour suprême), en formation à juge unique, a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) [L]’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE], lu en combinaison avec l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens que :

a) dans le cadre d’une procédure spécifique initiée par la demande d’une partie intéressée visant à faire examiner le point de savoir si un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) – affecté à la formation de jugement saisie d’une demande d’autorisation de poursuites pénales à l’encontre d’un [autre] juge de la Cour suprême – satisfait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, la Cour suprême nationale est tenue d’examiner d’office la question de savoir si la formation de jugement dont les juges ont été désignés par tirage au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême et qui est saisie de ladite demande d’autorisation de poursuites pénales à l’encontre du juge est un tribunal “établi préalablement par la loi”, [alors que] seul l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge est prévu par le droit national [?]

b) lorsqu’une telle demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de la Cour suprême est fondée sur le grief selon lequel ce juge a été nommé à ce poste dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale), la formation de jugement [saisie de cette demande et] composée de cinq juges tirés au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême ne peut pas être composée de juges de la Cour suprême qui ont été nommés dans le cadre de cette même procédure de nomination irrégulière, dès lors qu’une telle formation de jugement de la Cour suprême ne peut pas être qualifiée de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi [?]

c) lorsque, dans une affaire portant sur l’examen de l’indépendance et l’impartialité d’un juge de la Cour suprême siégeant dans une formation de jugement saisie d’une demande d’autorisation de poursuites pénales à l’encontre d’un autre juge de la Cour suprême, il a été démontré que, en raison d’une irrégularité (de nature fondamentale) entachant la nomination du juge [saisi de la demande d’autorisation de poursuites pénales], la formation de jugement au sein de laquelle siège ce juge ne peut pas être qualifiée de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, il n’est plus nécessaire, aux fins de cet examen de l’indépendance et de l’impartialité dudit juge, d’examiner, comme l’exige le droit national, la conduite de ce juge après sa nomination ni la nature de l’affaire [dont il est saisi] (à savoir l’autorisation de poursuites pénales), de sorte que ladite demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité ne saurait être rejetée au seul motif que le demandeur n’a pas avancé d’éléments de preuve établissant que la conduite de ce juge après sa nomination porte atteinte à l’indépendance et à l’impartialité de ce dernier [ ?]

En cas de réponse affirmative à la première question, sous b) :

2) [L]’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu en combinaison avec l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens que :

un juge siégeant dans la formation de jugement statuant sur la demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge (saisi d’une demande d’autorisation de poursuites pénales à l’encontre d’un [autre] juge de la Cour suprême) peut, premièrement, demander la récusation d’un ou de plusieurs autre(s) juge(s) de la formation de jugement saisie [de cette demande d’examen], tiré(s) au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême, qui a (ont) été nommé(s) au poste de juge de la Cour suprême dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale), ce qui exclut de qualifier le tribunal au sein duquel il(s) siège(nt) de tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, et, deuxièmement, demander que cette demande [d’examen] ne soit pas examinée par un juge qui a été nommé au poste de juge de la Cour suprême également dans le cadre d’une telle procédure de nomination irrégulière [?]

3) [S]’il n’est pas donné suite (par une ordonnance d’une juridiction nationale) [aux] demand[es] visée[s] [dans la deuxième question], le juge qui a introduit ce[s] demande[s] peut-il refuser de poser des actes dans l’affaire portant sur l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de la Cour suprême, ou est-il également tenu de participer au prononcé du jugement, laissant à la partie le soin de décider si elle conteste éventuellement ce jugement au motif qu’il viole son droit à ce que l’affaire soit entendue par un tribunal qui satisfait aux exigences de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE] et de l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte] ?

4) [Le] caractère irrégulier de la composition de l’ensemble de la formation de jugement – [saisie de] l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge – est-il affecté, au regard de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE] et de l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte], par la circonstance que, parmi les cinq juges de la formation de jugement [saisie de la demande d’examen d’indépendance et d’impartialité], seuls deux juges ont été nommés à un poste de juge de la Cour suprême dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale) ; autrement dit, est-il néanmoins possible, dans un tel cas, de poursuivre la procédure et de rendre un jugement dès lors que la nomination, au poste de juge de la Cour suprême, de la majorité des membres de la formation de jugement désignée n’est pas entachée d’irrégularité? »

L’affaire C‑103/24

19 Consécutivement à l’engagement d’une procédure disciplinaire contre le juge X. Y., siégeant au sein du Sąd Rejonowy w P. (tribunal d’arrondissement de P.), devant la chambre de responsabilité professionnelle du Sąd Najwyższy (Cour suprême), les juges K. B. et C. W., ainsi que M. M., juge non professionnel, ont été désignés pour composer la formation en charge de cette procédure.

20 Dans le cadre de celle-ci, le juge X. Y. poursuivi a introduit une demande, fondée sur l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, visant à vérifier si le juge K. B., membre de cette formation disciplinaire, satisfaisait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, compte tenu, notamment, du fait qu’il a été nommé au Sąd Najwyższy (Cour suprême) sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition. Le juge X. Y. a également sollicité la récusation du juge K. B. dans le cadre de cette affaire disciplinaire.

21 Pour statuer sur cette demande, une formation spéciale de cinq juges du Sąd Najwyższy (Cour suprême) a été constituée par tirage au sort. Elle comprend trois juges nommés sur proposition de l’ancienne KRS et deux juges, C. W. et B. Z., nommés sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition, selon des procédures identiques à celle par laquelle le juge K. B. a été nommé.

22 Il ressort de la décision de renvoi que, contrairement aux deux autres affaires faisant l’objet du présent arrêt, le juge rapporteur au sein de cette formation, lui-même nommé sur proposition de l’ancienne KRS et qui est le juge de renvoi, a décidé de ne pas présenter de demande de récusation des juges nommés sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition, en l’occurrence les juges C. W. et B. Z., dès lors que des demandes similaires auraient été rejetées sans examen au fond, rendant, selon lui, toute nouvelle demande en ce sens inutile.

23 Dans ces conditions, le Sąd Najwyższy (Cour suprême), en formation à juge unique, a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE], lu en combinaison avec l’article 47, premier et deuxième alinéas, de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens que :

a) dans le cadre d’une procédure spécifique initiée par la demande d’une partie visant à faire examiner le point de savoir si un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) – affecté à la formation de jugement saisie d’une affaire disciplinaire concernant un juge d’une juridiction de droit commun – satisfait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, la Cour suprême nationale est tenue d’examiner d’office la question de savoir si la formation de jugement dont les juges ont été désignés par tirage au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême est également un tribunal “établi préalablement par la loi” [?]

b) lorsque la demande d’examen du respect, par un juge de la Cour suprême, des exigences d’indépendance et d’impartialité est fondée sur le grief selon lequel ce juge a été nommé à ce poste dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale), la formation de jugement [saisie de cette demande et] composée de cinq juges tirés au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême ne peut pas être composée de juges de la Cour suprême qui ont été nommés dans le cadre de cette même procédure de nomination irrégulière, dès lors qu’une telle formation de jugement de la Cour suprême ne peut pas être qualifiée de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi [?]

En cas de réponse affirmative à la première question, sous b) :

2) [Le] caractère irrégulier de la composition de la formation de jugement – [saisie de] l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de la Cour suprême – est-il affecté, au regard de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE et de l’article 47 de la [Charte], par la circonstance que, parmi les cinq juges de la formation de jugement, seuls deux juges ont été nommés à un poste de juge de la Cour suprême dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale) ; autrement dit, est-il néanmoins possible, dans un tel cas, de poursuivre la procédure et de rendre un jugement dès lors que la nomination, au poste de juge de la Cour suprême, de la majorité des membres de la formation de jugement désignée n’est pas entachée d’irrégularité[s] ?

En cas de réponse à la deuxième question en ce sens que, lorsque siège(nt) au sein de la formation de jugement à cinq juges, tel que cela est prévu par le droit national, deux, voire un, juge(s) irrégulièrement nommé(s) juge(s) à la Cour suprême, une telle juridiction n’est pas un tribunal au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE et de l’article 47 de la [Charte], dans la mesure où les irrégularités entachant le processus de nomination présentent un caractère fondamental :

3) [Afin] de garantir aux parties le droit d’être jugées dans un délai raisonnable par un tribunal au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE et de l’article 47 de la [Charte], le juge rapporteur qui siège en formation à juge unique et dont le processus de nomination n’est pas entaché d’irrégularités peut-il examiner une demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de la Cour suprême (affecté à une affaire disciplinaire concernant un juge d’une juridiction de droit commun), comme [s’il s’agissait d’une] demande de récusation d’un juge de la Cour suprême introduite en application des règles générales ?

L’affaire C‑112/24

24 Consécutivement à l’engagement d’une procédure disciplinaire contre le juge L. S., siégeant au sein du Sąd Rejonowy w P. (tribunal d’arrondissement de P.), devant la chambre de responsabilité professionnelle du Sąd Najwyższy (Cour suprême), le juge K. B a été désigné pour composer la formation en charge de cette procédure.

25 Dans le cadre de celle-ci, le juge poursuivi a présenté une demande, fondée sur l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, visant à vérifier si le juge K. B., membre de cette formation disciplinaire, satisfaisait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, ce juge ayant été nommé au Sąd Najwyższy (Cour suprême) sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition.

26 Conformément à la procédure prévue à l’article 29, paragraphe 15, de la loi sur la Cour suprême, une formation spéciale de cinq juges du Sąd Najwyższy (Cour suprême) a été constituée par tirage au sort pour statuer sur cette demande. Cette formation comprend quatre juges nommés sur proposition de l’ancienne KRS, tandis que le cinquième, le juge X. Y., a été nommé à son poste sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition, dans des circonstances identiques à celles dans lesquelles le juge K. B. a été nommé.

27 L’un des membres de ladite formation, nommé sur proposition de l’ancienne KRS, a introduit une demande de récusation du juge X. Y., en application de l’article 29, paragraphe 5, de la loi sur la Cour suprême, lu en combinaison avec les articles 40 et suivants du code de procédure pénale, au motif que la participation du juge X. Y. compromettait l’impartialité de la formation en cause.

28 Cette demande de récusation a été déclarée irrecevable par une ordonnance du 29 novembre 2023, rendue par un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême), également nommé sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition.

29 Dans ces conditions, le Sąd Najwyższy (Cour suprême), en formation à juge unique, a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) [L]’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu en combinaison avec l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens que :

a) dans le cadre d’une procédure spécifique initiée par la demande d’une partie visant à faire examiner le point de savoir si un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) – affecté à la formation de jugement saisie d’une affaire disciplinaire concernant un juge d’une juridiction de droit commun – satisfait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, la Cour suprême nationale est tenue d’examiner d’office la question de savoir si la formation de jugement dont les juges ont été désignés par tirage au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême est également un tribunal “établi préalablement par la loi” [?]

b) lorsque la demande d’examen du respect, par un juge de la Cour suprême, des exigences d’indépendance et d’impartialité est fondée sur le grief selon lequel ce juge a été nommé à ce poste dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale), la formation de jugement [saisie de cette demande et] composée de cinq juges tirés au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême ne peut pas être composée de juges de la Cour suprême qui ont été nommés dans le cadre de cette même procédure de nomination irrégulière, dès lors qu’une telle formation de jugement de la Cour suprême ne peut pas être qualifiée de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi [?]

c) lorsque, dans une affaire portant sur l’examen de l’indépendance et l’impartialité d’un juge de la Cour suprême siégeant dans une formation de jugement (saisie d’une affaire disciplinaire concernant un juge d’une juridiction de droit commun), il a été démontré que, en raison d’une irrégularité (de nature fondamentale) entachant la nomination du juge [saisi de l’affaire disciplinaire], la formation de jugement au sein de laquelle siège ce juge ne peut pas être qualifiée de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, il n’est plus nécessaire, aux fins de cet examen de l’indépendance et de l’impartialité dudit juge, d’examiner, comme l’exige le droit national, la conduite de ce juge après sa nomination ni la nature disciplinaire de l’affaire [dont il est saisi], de sorte que l’absence d’indication, dans ladite demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité, des circonstances relatives à la [conduite] de ce juge après sa nomination au poste de juge à la Cour suprême ne permet pas de rejeter cette demande comme irrecevable sur le fondement des dispositions du droit national [article 29, paragraphe 10, de la loi sur la Cour suprême][ ?]

En cas de réponse affirmative à la première question, sous b) :

2) L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu en combinaison avec l’article 47[, premier et deuxième alinéas,] de la [Charte], doit-il être interprété en ce sens que :

un juge siégeant dans une formation de jugement statuant sur une demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge (saisi d’une affaire disciplinaire concernant un juge d’une juridiction de droit commun) peut, premièrement, demander la récusation d’un ou de plusieurs autre(s) juge(s) de la formation de jugement saisie [de cette demande d’examen], tiré(s) au sort parmi l’ensemble des membres de la Cour suprême, qui a (ont) été nommé(s) au poste de juge de la Cour suprême dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale), ce qui exclut de qualifier le tribunal au sein duquel il(s) siège(nt) de tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, et, deuxièmement, demander que cette demande [d’examen] ne soit pas examinée par un juge qui a été nommé au poste de juge de la Cour suprême également dans le cadre d’une telle procédure de nomination irrégulière [?]

3) [S]’il n’est pas donné suite (par une ordonnance d’une juridiction nationale) [aux] demande[s] visée[s] à la [deuxième question], le juge qui a introduit ce[s] demande[s] peut-il refuser de poser des actes dans l’affaire portant sur l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de la Cour suprême, ou est-il toutefois tenu de participer au prononcé du jugement, laissant à la partie le soin de décider si elle conteste éventuellement ce jugement au motif qu’il viole son droit à ce que l’affaire soit entendue par un tribunal qui satisfait aux exigences de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE] et de l’article 47 de la [Charte] ?

4) [Le] caractère irrégulier de la composition de la formation de jugement – [saisie de] l’examen de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge – est-il affecté, au regard de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, [TUE] et de l’article 47[, premier alinéa], de la [Charte], par la circonstance que, parmi les cinq juges de la formation de jugement [saisie de la demande d’examen de l’indépendance et de l’impartialité], seul un juge a été nommé à un poste de juge de la Cour suprême dans le cadre d’une procédure de nomination entachée d’une irrégularité (de nature fondamentale) ; autrement dit, est-il néanmoins possible, dans un tel cas, de poursuivre la procédure et de rendre un jugement dès lors que la nomination, au poste de juge de la Cour suprême, de la majorité des membres de la formation de jugement désignée n’est pas entachée d’irrégularité ?

La procédure devant la Cour

30 Par décision du président de la Cour du 26 mars 2024, les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24 ont été jointes aux fins de la procédure écrite et orale ainsi que de l’arrêt.

Sur la compétence de la Cour

31 À titre liminaire, il importe de rappeler que, en vertu d’une jurisprudence constante, il appartient à la Cour elle-même d’examiner les conditions dans lesquelles elle est saisie par le juge national, en vue de vérifier sa propre compétence ou la recevabilité de la demande qui lui est soumise [arrêt du 22 mars 2022, Prokurator Generalny (Chambre disciplinaire de la Cour suprême – Nomination), C‑508/19, EU:C:2022:201, point 59 et jurisprudence citée].

32 À cet égard, il convient, en premier lieu, de rappeler que, dans le cadre d’un renvoi préjudiciel au titre de l’article 267 TFUE, la Cour peut uniquement interpréter le droit de l’Union dans les limites des compétences qui lui sont attribuées [arrêt du 19 novembre 2019, A. K. e.a. (Indépendance de la chambre disciplinaire de la Cour suprême), C‑585/18, C‑624/18 et C‑625/18, EU:C:2019:982, point 77 ainsi que jurisprudence citée].

33 En l’occurrence, les questions posées dans chacune des trois affaires jointes présentent, dans leur libellé, certaines divergences quant aux dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est sollicitée. En effet, certaines questions portent sur l’interprétation de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE et de l’article 47 de la Charte, tandis que d’autres visent l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte. Il convient donc de préciser le champ d’application de cette dernière disposition.

34 À cet égard, le champ d’application de la Charte, pour ce qui est de l’action des États membres, est défini à l’article 51, paragraphe 1, de celle-ci, aux termes duquel les dispositions de la Charte s’adressent aux États membres lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union, cette disposition confirmant la jurisprudence constante de la Cour selon laquelle les droits fondamentaux garantis dans l’ordre juridique de l’Union européenne ont vocation à être appliqués dans toutes les situations régies par le droit de l’Union, mais pas en dehors de celles-ci [arrêt du 19 novembre 2019, A. K. e.a. (Indépendance de la chambre disciplinaire de la Cour suprême), C‑585/18, C‑624/18 et C‑625/18, EU:C:2019:982, point 78 ainsi que jurisprudence citée].

35 En l’occurrence, en ce qui concerne l’article 47 de la Charte, la juridiction de renvoi n’a fourni aucune indication selon laquelle les litiges au principal concerneraient l’interprétation ou l’application d’une règle du droit de l’Union qui serait mise en œuvre au niveau national.

36 Partant, conformément à l’article 51, paragraphe 1, de la Charte, l’article 47 de celle-ci n’est pas, en tant que tel, applicable à ces litiges.

37 Néanmoins, dès lors que l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE impose à tous les États membres d’établir les voies de recours nécessaires pour assurer, dans les domaines couverts par le droit de l’Union, une protection juridictionnelle effective, au sens notamment de l’article 47 de la Charte, ce dernier article doit être dûment pris en considération aux fins de l’interprétation de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE (arrêts du 3 juillet 2025, Lita et Jeszek, C‑646/23 et C‑661/23, EU:C:2025:519, point 54 ainsi que jurisprudence citée, et du 4 septembre 2025, AW « T », C‑225/22, EU:C:2025:649, point 34).

38 En second lieu, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, les États membres établissent les voies de recours nécessaires pour assurer aux justiciables le respect de leur droit à une protection juridictionnelle effective dans les domaines couverts par le droit de l’Union. Ainsi, il appartient aux États membres de prévoir un système de voies de recours et de procédures assurant un contrôle juridictionnel effectif dans ces domaines (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 32 ainsi que jurisprudence citée).

39 S’agissant du champ d’application ratione materiae de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, cette disposition vise « les domaines couverts par le droit de l’Union », indépendamment de la situation dans laquelle les États membres mettent en œuvre ce droit (arrêt du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 35 ainsi que jurisprudence citée).

40 L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE a, notamment, vocation à s’appliquer à l’égard de toute instance nationale susceptible de statuer, en tant que juridiction, sur des questions portant sur l’interprétation ou l’application du droit de l’Union et relevant ainsi de domaines couverts par ce droit (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 34 ainsi que jurisprudence citée).

41 Or, tel est le cas de la juridiction de renvoi, laquelle peut, en effet, être appelée à statuer sur des questions liées à l’application ou à l’interprétation du droit de l’Union et relève, en tant que « juridiction », au sens de ce droit, du système polonais des voies de recours dans les « domaines couverts par le droit de l’Union », au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, de telle sorte que cette juridiction doit satisfaire aux exigences d’une protection juridictionnelle effective (voir, par analogie, arrêt du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 37 ainsi que jurisprudence citée).

42 Partant, dans les présentes affaires, la Cour est compétente pour interpréter l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte.

Sur les questions préjudicielles

Sur les premières questions, sous c), dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24

43 Par les premières questions, sous c), dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens que les circonstances entourant la nomination d’un juge peuvent, à elles seules, entraîner une violation du droit à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions.

44 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence constante de la Cour, si l’organisation de la justice dans les États membres, notamment l’institution, la composition, les compétences et le fonctionnement des juridictions nationales, relève de la compétence de ces États, ceux-ci n’en sont pas moins tenus, dans l’exercice de cette compétence, de respecter les obligations qui découlent, pour eux, du droit de l’Union et, en particulier, de l’article 19 TUE [voir, en ce sens, arrêts du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 44 ainsi que jurisprudence citée, et du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 28].

45 À cet égard, le principe de protection juridictionnelle effective auquel se réfère l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE constitue un principe général du droit de l’Union qui a été consacré, notamment, à l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH, auquel correspond l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte. Ainsi qu’il a été rappelé au point 37 du présent arrêt, cette dernière disposition doit, dès lors, être dûment prise en considération aux fins de l’interprétation de cet article 19, paragraphe 1, second alinéa [voir, en ce sens, arrêts du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 45 ainsi que jurisprudence citée, et du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 42].

46 Les garanties d’accès à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, notamment celles qui déterminent la notion tout comme la composition de celui-ci, représentent la pierre angulaire du droit à un procès équitable. La vérification du point de savoir si, par sa composition, une instance constitue un tel tribunal, lorsqu’apparaît sur ce point un doute sérieux, est nécessaire à la confiance que les tribunaux d’une société démocratique se doivent d’inspirer au justiciable [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 69 et jurisprudence citée].

47 Selon une jurisprudence constante, les garanties d’indépendance et d’impartialité ainsi requises en vertu du droit de l’Union postulent l’existence de règles, notamment en ce qui concerne la composition de l’instance concernée, la nomination, la durée des fonctions ainsi que les causes d’abstention, de récusation et de révocation de ses membres, qui permettent d’écarter tout doute légitime, dans l’esprit des justiciables, quant à l’imperméabilité de cette instance à l’égard d’éléments extérieurs et à sa neutralité par rapport aux intérêts qui s’affrontent [arrêts du 6 octobre 2021, W.Ż. (Chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques de la Cour suprême – Nomination), C‑487/19, EU:C:2021:798, point 109, ainsi que du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 70].

48 La Cour, en faisant référence à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, a jugé que, si le droit à un « tribunal établi préalablement par la loi » constitue un droit autonome, ce dernier n’en a pas moins des liens très étroits avec les garanties d’« indépendance » et d’« impartialité ». En particulier, conformément au principe de séparation des pouvoirs qui caractérise le fonctionnement d’un État de droit, l’indépendance des juridictions doit notamment être garantie à l’égard des pouvoirs législatif et exécutif [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 72 et jurisprudence citée].

49 À cet égard, l’exigence d’un « tribunal établi préalablement par la loi », au sens du droit de l’Union, a pour objet d’éviter que l’organisation du système judiciaire ne soit laissée à la discrétion du pouvoir exécutif et de faire en sorte que cette matière soit régie par une loi adoptée par le pouvoir législatif d’une manière conforme aux règles encadrant l’exercice de sa compétence. Cette expression reflète, notamment, la valeur de respect de l’État de droit et concerne non seulement la base légale de l’existence même du tribunal, mais aussi la composition du siège dans chaque affaire ainsi que toute autre disposition du droit interne dont le non-respect rend irrégulière la participation d’un ou de plusieurs juges à l’examen de l’affaire, ce qui inclut, en particulier, des dispositions concernant l’indépendance et l’impartialité des membres de la juridiction visée [voir, en ce sens, arrêts du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission, C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232, point 73 ainsi que jurisprudence citée ; du 6 octobre 2021, W.Ż. (Chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques de la Cour suprême – Nomination), C‑487/19, EU:C:2021:798, point 129, et du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 73].

50 Il est, dès lors, nécessaire que les conditions de fond et les modalités procédurales présidant à l’adoption de décisions de nomination de juges soient telles qu’elles ne puissent pas faire naître, dans l’esprit des justiciables, des doutes légitimes quant à l’imperméabilité des juges concernés à l’égard d’éléments extérieurs et à leur neutralité par rapport aux intérêts qui s’affrontent, une fois les intéressés nommés. Il importe notamment, à cette fin, que ces conditions et modalités soient conçues de manière à satisfaire aux exigences rappelées au point précédent du présent arrêt [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 74 et jurisprudence citée].

51 S’agissant, plus précisément, du processus de nomination des juges, la Cour a jugé que, eu égard aux conséquences fondamentales que ce processus emporte pour le bon fonctionnement et la légitimité du pouvoir judiciaire dans un État démocratique régi par la prééminence du droit, un tel processus constitue nécessairement un élément inhérent à la notion de « tribunal établi préalablement par la loi », au sens de l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte, étant précisé que l’indépendance d’un tribunal, au sens de cette disposition, se mesure, notamment, à la manière dont ses membres ont été nommés [voir, en ce sens, arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 75 et jurisprudence citée].

52 Cela étant, toute erreur susceptible d’intervenir au cours de la procédure de nomination d’un juge n’est pas de nature à faire naître un doute sur l’indépendance et l’impartialité de ce juge et, partant, sur la qualité de « tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi », au sens du droit de l’Union, d’une formation de jugement dans laquelle il siège [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 76 et jurisprudence citée].

53 Il est de jurisprudence constante qu’une irrégularité commise lors de la nomination des juges au sein du système judiciaire concerné emporte une violation de l’exigence qu’un tribunal soit établi par la loi, notamment lorsque cette irrégularité est d’une nature et d’une gravité telles qu’elle crée un risque réel que d’autres branches du pouvoir, en particulier l’exécutif, puissent exercer un pouvoir discrétionnaire indu mettant en péril l’intégrité du résultat auquel conduit le processus de nomination et semant ainsi un doute légitime, dans l’esprit des justiciables, quant à l’indépendance et à l’impartialité du ou des juges concernés, ce qui est le cas lorsque sont en cause des règles fondamentales faisant partie intégrante de l’établissement et du fonctionnement de ce système judiciaire (voir, en ce sens, arrêts du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission, C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232, point 75, ainsi que du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 77 et jurisprudence citée).

54 Une constatation relative à l’existence d’une violation de l’exigence d’un « tribunal établi préalablement par la loi » et aux conséquences d’une telle violation est soumise à une appréciation globale d’un certain nombre d’éléments, qui, considérés ensemble, contribuent à générer, dans l’esprit des justiciables, des doutes légitimes en ce qui concerne l’indépendance et l’impartialité des juges [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 78 et jurisprudence citée].

55 Faisant application de la jurisprudence rappelée aux points 46 à 48 du présent arrêt, la Cour a considéré, au point 77 de l’arrêt du 21 décembre 2023, Krajowa Rada Sądownictwa (Maintien en fonctions d’un juge) (C‑718/21, EU:C:2023:1015), s’agissant de l’appréciation de la qualité de « juridiction », au sens de l’article 267 TFUE, de l’Izba Kontroli Nadzwyczajnej i Spraw Publicznych (chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques, Pologne) du Sąd Najwyższy (Cour suprême), que, appréhendés ensemble, les éléments tant systémiques que circonstanciels qui ont caractérisé la nomination, au sein de cet organe, de plusieurs juges ont pour conséquence que celui-ci n’a pas la qualité de « tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi », au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte (voir, en ce sens, arrêt du 4 septembre 2025, AW « T », C‑225/22, EU:C:2025:649, points 49 et 50).

56 De même, aux points 35 et 37 de l’arrêt du 7 novembre 2024, Prezes Urzędu Ochrony Konkurencji i Konsumentów (C‑326/23, EU:C:2024:940), la Cour a constaté que les défaillances ayant affecté le processus de nomination du juge unique composant l’organe de renvoi et ayant été nommé à la chambre civile du Sąd Najwyższy (Cour suprême), sont identiques à celles ayant affecté le processus de nomination des juges de la chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques, et sont suffisantes, à elles seules, pour faire naître des doutes légitimes et sérieux, dans l’esprit des justiciables, quant à l’indépendance et à l’impartialité de ce juge, de sorte que ce dernier ne constitue pas une « juridiction », au sens de l’article 267 TFUE.

57 Ainsi, certaines défaillances dans le processus de nomination de juges peuvent, à elles seules, indiquer que les juges en question ne satisfont pas aux exigences d’indépendance et d’impartialité. Dans de tels cas, il ne saurait être exigé d’une partie à la procédure, qui soulève la question du respect de ces exigences, qu’elle apporte des éléments supplémentaires afin de corroborer la méconnaissance alléguée de celles-ci.

58 S’agissant de la demande de test d’indépendance et d’impartialité d’un juge faisant partie d’une formation de jugement, visant à déterminer si celle-ci répond aux exigences d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, la partie qui introduit une telle demande devrait donc pouvoir s’en tenir à invoquer des arguments reposant sur les seules circonstances entourant la nomination de ce juge et démontrant qu’a été commise, à cette occasion, une irrégularité d’une nature et d’une gravité telles qu’elle fait naître, dans l’esprit des justiciables, des doutes quant à son indépendance et à son impartialité à l’égard du pouvoir exécutif ou législatif, sans qu’il soit nécessaire de se prévaloir d’autres éléments.

59 Ainsi, la formation au sein du Sąd Najwyższy (Cour suprême) appelée à examiner, sur le fondement de l’article 29 de la loi sur la Cour suprême, la question de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de cette juridiction doit elle-même satisfaire aux exigences d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens des dispositions combinées de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE et de l’article 47 de la Charte.

60 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre aux premières questions, sous c), dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24 que l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens que les circonstances entourant la nomination d’un juge peuvent, à elles seules, entraîner une violation du droit à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions, si ces circonstances impliquent une irrégularité d’une nature et d’une gravité telles qu’elle suscite un doute légitime dans l’esprit des justiciables quant à l’indépendance ou à l’impartialité de ce juge.

Sur les premières questions, sous b), dans les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24

61 Par les premières questions, sous b), dans ces trois affaires, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à ce que la vérification du respect des exigences d’indépendance et d’impartialité concernant un juge en poste au sein d’une juridiction et, par là même, du droit à un tribunal établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions, soit confiée à une formation de jugement de cette juridiction comprenant un ou plusieurs juges qui, en raison des conditions de leur nomination, se trouvent dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet de cette vérification.

62 À cet égard, ainsi qu’il est rappelé au point 45 du présent arrêt, le principe de protection juridictionnelle effective auquel se réfère l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE constitue un principe général du droit de l’Union découlant des traditions constitutionnelles communes aux États membres, qui a été consacré, notamment, à l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH, auquel correspond l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte.

63 Par ailleurs, dans la mesure où la Charte énonce des droits correspondant à ceux garantis par la CEDH, l’article 52, paragraphe 3, de la Charte vise à assurer la cohérence nécessaire entre les droits contenus dans celle-ci et les droits correspondants garantis par la CEDH, sans que cela porte atteinte à l’autonomie du droit de l’Union. Selon les explications relatives à la charte des droits fondamentaux (JO 2007, C 303, p. 17), l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte correspond à l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH. La Cour doit, par conséquent, veiller à ce que l’interprétation qu’elle effectue dans la présente affaire assure un niveau de protection qui ne méconnaît pas celui garanti à l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH, tel qu’interprété par la Cour européenne des droits de l’homme (voir, en ce sens, arrêt du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 46 ainsi que jurisprudence citée).

64 Cela étant précisé, il convient de rappeler que tout État membre doit, en vertu de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, assurer que les instances qui sont appelées, en tant que « juridiction », au sens du droit de l’Union, à statuer sur des questions liées à l’application ou à l’interprétation de ce droit et qui relèvent ainsi de son système de voies de recours dans les domaines couverts par le droit de l’Union satisfont aux exigences d’une protection juridictionnelle effective, dont celle de l’indépendance (arrêt du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 47 ainsi que jurisprudence citée).

65 À cet égard, il y a lieu de rappeler que l’exigence d’indépendance des juridictions, qui est inhérente à la mission de juger, relève du contenu essentiel du droit à une protection juridictionnelle effective et du droit fondamental à un procès équitable, lesquels revêtent une importance cardinale en tant que garanties de la protection de l’ensemble des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union et de la préservation des valeurs communes aux États membres énoncées à l’article 2 TUE, notamment la valeur de l’État de droit (arrêt du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 49 ainsi que jurisprudence citée).

66 Aux termes d’une jurisprudence constante, cette exigence d’indépendance comporte deux aspects. Le premier aspect, d’ordre externe, requiert que l’instance concernée exerce ses fonctions en toute autonomie, sans être soumise à aucun lien hiérarchique ou de subordination à l’égard de quiconque et sans recevoir d’ordres ou d’instructions de quelque origine que ce soit, étant ainsi protégée contre les interventions ou les pressions extérieures susceptibles de porter atteinte à l’indépendance de jugement de ses membres et d’influencer leurs décisions [arrêts du 19 novembre 2019, A. K. e.a. (Indépendance de la chambre disciplinaire de la Cour suprême), C‑585/18, C‑624/18 et C‑625/18, EU:C:2019:982, point 121, ainsi que du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 50].

67 Le second aspect, d’ordre interne, rejoint la notion d’« impartialité » et vise l’égale distance par rapport aux parties au litige et à leurs intérêts respectifs au regard de l’objet de celui-ci. Cet aspect exige le respect de l’objectivité et l’absence de tout intérêt dans la solution du litige en dehors de la stricte application de la règle de droit [arrêts du 19 novembre 2019, A. K. e.a. (Indépendance de la chambre disciplinaire de la Cour suprême), C‑585/18, C‑624/18 et C‑625/18, EU:C:2019:982, point 122, ainsi que du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 51].

68 Ces garanties d’indépendance et d’impartialité postulent l’existence de règles relatives, notamment, à la composition de l’instance concernée, qui permettent d’écarter tout doute légitime, dans l’esprit des justiciables, quant à l’imperméabilité de cette instance à l’égard d’éléments extérieurs et à sa neutralité par rapport aux intérêts qui s’affrontent [voir, en ce sens, arrêts du 19 novembre 2019, A. K. e.a. (Indépendance de la chambre disciplinaire de la Cour suprême), C‑585/18, C‑624/18 et C‑625/18, EU:C:2019:982, point 123, ainsi que du 11 juillet 2024, Hann-Invest e.a., C‑554/21, C‑622/21 et C‑727/21, EU:C:2024:594, point 52].

69 S’agissant plus particulièrement du principe d’impartialité, ce principe exige que les juges n’aient aucun intérêt, parti pris ou préjugé dans les litiges dont ils ont à connaître et qu’ils traitent toutes les parties de manière égale et équitable.

70 La Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’impartialité désigne normalement l’absence de préjugé ou de parti pris, laquelle peut être vérifiée de diverses manières. Selon cette Cour, l’existence de l’impartialité doit être appréciée à partir d’une approche subjective consistant à prendre en considération la conviction personnelle et le comportement d’un juge donné afin de vérifier s’il a fait preuve d’un quelconque préjugé ou parti pris dans l’affaire qui lui est soumise, mais aussi à partir d’une approche objective, consistant à apprécier si la juridiction elle-même et, entre autres aspects, sa composition offraient des garanties suffisantes pour exclure tout doute légitime quant à son impartialité (voir, en ce sens, Cour EDH, 15 octobre 2009, Micallef c. Malte, CE:ECHR:2009:1015JUD001705606, § 93).

71 Dans le cadre de l’appréciation objective de l’impartialité, il convient de se demander si, indépendamment de la conduite personnelle des juges, certains faits vérifiables autorisent à jeter le doute sur l’impartialité de ces derniers. En la matière, même les apparences peuvent revêtir de l’importance. Aux termes de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, pour se prononcer sur l’existence de raisons de redouter que ces exigences d’indépendance ou d’impartialité objective ne soient pas remplies dans une affaire donnée, le point de vue d’une partie entre en ligne de compte, mais ne joue pas un rôle décisif. L’élément déterminant consiste à savoir si les appréhensions en cause peuvent être considérées comme objectivement justifiées (voir, en ce sens, Cour EDH, 15 octobre 2009, Micallef c. Malte, CE:ECHR:2009:1015JUD001705606, § 96 et 98, ainsi que arrêt du 19 décembre 2024, Vivacom Bulgaria, C‑369/23, EU:C:2024:1043, point 33 et jurisprudence citée).

72 À cet égard, la Cour européenne des droits de l’homme a également jugé, en substance, que la participation de juges à une décision concernant la récusation de l’un de leurs collègues, membre de la même formation de jugement, est susceptible de fonder le grief tiré d’une violation de l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH s’ils font eux-mêmes l’objet de pareille demande de récusation (voir, en ce sens, Cour EDH, 22 septembre 1994, Debled c. Belgique, CE:ECHR:1994:0922JUD002681891, § 37).

73 Ainsi, les membres d’une formation de jugement appelée à se prononcer sur la question de savoir si la participation d’un juge à une instance donnée est de nature à méconnaître l’exigence d’un tribunal établi préalablement par la loi ne sauraient, eux-mêmes, se trouver dans une situation identique à celle de ce juge. En effet, l’identité des circonstances entourant leur propre nomination en tant que juges avec celles de ce dernier est susceptible de susciter chez les justiciables des doutes légitimes quant à la neutralité de cette formation par rapport aux intérêts qui s’affrontent. Il en résulte que les membres de ladite formation ne sauraient examiner la question de l’indépendance et de l’impartialité dudit juge lorsqu’ils se trouvent dans des situations identiques.

74 En l’occurrence, il ressort du dossier dont dispose la Cour que les dispositions relatives à la procédure de contrôle du respect des exigences d’indépendance ou d’impartialité d’un juge en poste au Sąd Najwyższy (Cour suprême) sont entrées en vigueur, à la suite d’une modification de la loi sur la Cour suprême, au cours de l’année 2022, afin de garantir le droit des justiciables à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte. Cette procédure permet aux parties à une procédure devant le Sąd Najwyższy (Cour suprême) de demander un test d’indépendance et d’impartialité d’un juge de cette juridiction chargé de se prononcer dans l’affaire qui les concerne, tendant à déterminer si un juge désigné pour statuer dans l’affaire qui les concerne satisfait aux exigences d’indépendance et d’impartialité, l’examen de cette demande étant confié à une formation spécifique composée de cinq juges tirés au sort parmi les juges du Sąd Najwyższy (Cour suprême), à l’exclusion du juge visé par ladite demande.

75 Or, comme il a déjà été relevé au point 59 du présent arrêt, la formation de jugement au sein du Sąd Najwyższy (Cour suprême) appelée à examiner, sur le fondement de l’article 29 de la loi sur la Cour suprême, la question de l’indépendance et de l’impartialité d’un juge de cette juridiction doit elle-même satisfaire aux exigences d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens des dispositions combinées de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte.

76 La juridiction de renvoi se demande plus particulièrement si un juge nommé au sein du Sąd Najwyższy (Cour suprême), sur proposition de la KRS dans sa nouvelle composition, peut faire partie de la formation à cinq juges appelée à statuer sur une demande de test d’indépendance et d’impartialité d’un juge introduite en vertu de l’article 29 de la loi sur la Cour suprême, lorsque les conditions de sa propre nomination sont identiques à celles du juge faisant l’objet de cette demande.

77 À cet égard, il ressort des décisions de renvoi que, au sein des formations du Sąd Najwyższy (Cour suprême) chargées d’examiner les demandes de test d’indépendance et d’impartialité dans les trois affaires au principal, au moins un juge a été nommé, notamment, sur la proposition de la KRS dans sa nouvelle composition.

78 Ainsi, comme il a été indiqué au point 73 du présent arrêt, lorsqu’un juge en poste au Sąd Najwyższy (Cour suprême) a été nommé dans des circonstances identiques à celles entourant la nomination du juge qui fait l’objet d’une demande de test d’indépendance et d’impartialité et fondant précisément cette dernière, il ne saurait être admis que ce premier juge puisse siéger au sein de la formation de cette juridiction chargée de statuer sur cette demande.

79 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre aux premières questions, sous b), dans les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24 que l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à ce que la vérification du respect des exigences d’indépendance et d’impartialité concernant un juge en poste au sein d’une juridiction et, par là même, du droit à un tribunal établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions, soit confiée à une formation de jugement de cette juridiction comprenant un ou plusieurs juges qui, en raison des conditions de leur nomination, se trouvent dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet de cette vérification.

Sur les premières questions, sous a), et les deuxièmes questions dans les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24, la troisième question dans l’affaire C‑103/24 ainsi que les quatrièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24

80 Par ces questions, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, impose au Sąd Najwyższy (Cour suprême) d’examiner d’office si la formation de jugement, appelée à se prononcer sur une demande de test d’indépendance et d’impartialité concernant un juge de la juridiction, satisfait à l’exigence d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Elle s’interroge également sur le point de savoir, d’une part, si un membre de cette formation, qui nourrit des doutes quant au respect de ces exigences d’indépendance et d’impartialité par un autre membre de celle-ci, doit solliciter la récusation de ce dernier et, d’autre part, si l’appréciation de cette demande peut être effectuée par une formation dont une minorité seulement de ses membres a été nommée à l’issue d’une procédure entachée d’irrégularités.

81 Il convient de relever que, par lesdites questions, la juridiction de renvoi cherche, en substance, à déterminer les mesures qui sont susceptibles de garantir que les demandes de test d’indépendance et d’impartialité concernant un juge du Sąd Najwyższy (Cour suprême) soient examinées par une formation de cette juridiction répondant aux exigences d’un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, et de l’article 47 de la Charte.

82 Dans ces conditions, il convient de reformuler les premières questions, sous a), et les deuxièmes questions dans les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24, la troisième question dans l’affaire C‑103/24 ainsi que les quatrièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24, en ce sens que, par celles-ci, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens que, dans l’hypothèse où la formation de jugement d’une juridiction, appelée à connaître d’une demande visant à vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un membre de cette juridiction, méconnaît elle-même le droit à un tribunal établi préalablement par la loi en raison de la présence en son sein d’un juge ne satisfaisant pas à ces exigences, la juridiction en cause est tenue de veiller à ce qu’un tel juge ne participe pas à l’examen de cette demande et, doit, le cas échéant, écarter l’application des règles nationales déterminant la composition de cette formation afin que ladite demande puisse être examinée par une instance conforme à ces dispositions du droit de l’Union.

83 À titre liminaire, il convient de rappeler qu’il ressort d’une jurisprudence constante que le droit fondamental à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, implique que toute juridiction nationale appelée à appliquer le droit de l’Union a l’obligation de vérifier si, par sa composition, elle constitue un tel tribunal lorsqu’un doute sérieux apparaît sur ce point, une telle vérification étant nécessaire à la confiance que les juridictions se doivent d’inspirer au justiciable dans une société démocratique, ou encore qu’une telle juridiction nationale doit, dans certaines circonstances, pouvoir vérifier si une irrégularité entachant la procédure de nomination d’un juge a pu entraîner une violation de ce droit fondamental [voir, en ce sens, arrêts du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission, C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232, point 57, ainsi que du 5 juin 2023, Commission/Pologne (Indépendance et vie privée des juges), C‑204/21, EU:C:2023:442, point 276].

84 Il y a lieu également de rappeler que la Cour a déjà jugé que la présence, au sein d’une formation de jugement, d’un seul juge qui n’est pas indépendant, impartial ou établi préalablement par la loi suffit à priver cette formation de sa qualité de tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte [voir, en ce sens, arrêts du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/ Conseil et HG/Commission, C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232, points 69 à 75, ainsi que du 4 septembre 2025, AW « T », C‑225/22, EU:C:2025:649, point 57 et jurisprudence citée].

85 Cela étant précisé, il importe de souligner que, en vertu d’une jurisprudence constante, le principe de primauté du droit de l’Union consacre la prééminence de ce droit sur le droit des États membres. Ce principe impose, dès lors, à toutes les instances des États membres de donner leur plein effet aux différentes normes de l’Union, le droit des États membres ne pouvant affecter l’effet reconnu à ces normes sur le territoire desdits États [arrêt du 13 juillet 2023, YP e.a. (Levée d’immunité et suspension d’un juge), C‑615/20 et C‑671/20, EU:C:2023:562, point 61 ainsi que jurisprudence citée].

86 Ledit principe impose ainsi, notamment, à tout juge national chargé d’appliquer, dans le cadre de sa compétence, les dispositions du droit de l’Union l’obligation d’assurer le plein effet des exigences de ce droit dans le litige dont il est saisi en laissant au besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute réglementation ou pratique nationale qui est contraire à une disposition du droit de l’Union d’effet direct, sans qu’il ait à demander ou à attendre l’élimination préalable de cette réglementation ou pratique nationale par voie législative ou par tout autre procédé constitutionnel. Le respect de cette obligation est notamment nécessaire pour assurer l’égalité des États membres devant les traités et constitue une expression du principe de coopération loyale énoncé à l’article 4, paragraphe 3, TUE [arrêt du 13 juillet 2023, YP e.a. (Levée d’immunité et suspension d’un juge), C‑615/20 et C‑671/20, EU:C:2023:562, point 62 ainsi que jurisprudence citée].

87 Or, la Cour a déjà dit pour droit que l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, interprété à la lumière de l’article 47 de la Charte, qui met à la charge des États membres une obligation de résultat claire et précise et qui n’est assortie d’aucune condition, notamment en ce qui concerne l’indépendance et l’impartialité des juridictions appelées à interpréter et à appliquer le droit de l’Union et l’exigence que celles-ci soient préalablement établies par la loi, bénéficie d’un tel effet direct qui implique de laisser inappliquée toute disposition nationale, jurisprudence ou pratique nationale contraire à ces dispositions du droit de l’Union, telles qu’interprétées par la Cour [arrêt du 13 juillet 2023, YP e.a. (Levée d’immunité et suspension d’un juge), C‑615/20 et C‑671/20, EU:C:2023:562, point 63 ainsi que jurisprudence citée].

88 Il ressort également d’une jurisprudence constante que, même en l’absence de mesures législatives nationales ayant mis fin à un manquement constaté par la Cour, il incombe aux juridictions nationales de prendre toutes les mesures pour faciliter la réalisation du plein effet du droit de l’Union conformément aux enseignements contenus dans l’arrêt constatant ce manquement. Par ailleurs, lesdites juridictions sont tenues, en vertu du principe de coopération loyale prévu à l’article 4, paragraphe 3, TUE, d’effacer les conséquences illicites d’une violation du droit de l’Union [voir, en ce sens, arrêts du 10 mars 2022, Grossmania, C‑177/20, EU:C:2022:175, points 38 et 63 ainsi que jurisprudence citée, et du 13 juillet 2023, YP e.a. (Levée d’immunité et suspension d’un juge), C‑615/20 et C‑671/20, EU:C:2023:562, point 64].

89 En vue de satisfaire aux obligations rappelées aux points 85 à 88 du présent arrêt, une juridiction nationale doit, dans toute la mesure du possible, interpréter la législation nationale pertinente d’une manière conforme aux exigences découlant du droit de l’Union. Toutefois, si une telle interprétation ne permet pas d’éviter une violation du droit des justiciables à un tribunal indépendant et impartial établi préalablement par la loi, cette juridiction est tenue, afin de garantir la primauté du droit de l’Union, d’écarter l’application des dispositions nationales en cause, notamment lorsque celles-ci conduiraient à ce qu’une affaire soit examinée par des juges qui pourraient être, ou apparaître, dépourvus de l’impartialité requise [voir, en ce sens, arrêts du 6 octobre 2021, W.Ż. (Chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques de la Cour suprême – Nomination), C‑487/19, EU:C:2021:798, points 159 et 161, ainsi que du 13 juillet 2023, YP e.a. (Levée d’immunité et suspension d’un juge), C‑615/20 et C‑671/20, EU:C:2023:562, point 65].

90 L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE n’impose cependant pas aux États membres un modèle unique pour garantir une protection juridictionnelle effective ni pour rétablir la confiance dans le système judiciaire que le public a perdue en raison d’irrégularités systémiques dans la nomination aux postes de juge [arrêt du 24 mars 2026, Rzecznik Praw Obywatelskich (Récusation d’un juge de droit commun), C‑521/21, EU:C:2026:242, point 64].

91 Il appartient, dès lors, à l’ordre juridique de l’État membre concerné de régler les modalités procédurales permettant d’assurer qu’une demande visant à vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un membre d’une juridiction soit examinée par une formation de jugement qui respecte les exigences découlant du droit fondamental à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial.

92 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre aux premières questions, sous a), et aux deuxièmes questions dans les présentes trois affaires, à la troisième question dans l’affaire C‑103/24 ainsi qu’aux quatrièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24 que l’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la Charte, doit être interprété en ce sens que, dans l’hypothèse où la formation de jugement d’une juridiction, appelée à connaître d’une demande visant à vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un membre de cette juridiction, méconnaît elle-même le droit à un tribunal établi préalablement par la loi en raison de la présence en son sein d’un juge ne satisfaisant pas à ces exigences, la juridiction en cause est tenue de veiller à ce qu’un tel juge ne participe pas à l’examen de cette demande et doit, le cas échéant, écarter l’application des règles nationales déterminant la composition de cette formation afin que ladite demande puisse être examinée par une instance conforme à ces dispositions du droit de l’Union. En particulier, doivent être exclus de la formation de jugement chargée de procéder à cet examen les juges qui ne répondent pas aux exigences de l’impartialité requise. Il appartient à l’ordre juridique de l’État membre concerné de régler les modalités procédurales permettant d’assurer qu’une telle demande soit entendue par une formation de jugement qui respecte les exigences découlant du droit fondamental à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial.

Sur les troisièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24

93 Compte tenu de la réponse apportée aux premières questions, sous a), et aux deuxièmes questions dans les affaires C‑96/24, C‑103/24 et C‑112/24, à la troisième question dans l’affaire C‑103/24 et aux quatrièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24, il n’y a pas lieu de répondre aux troisièmes questions dans les affaires C‑96/24 et C‑112/24.

Sur les dépens

94 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (quatrième chambre) dit pour droit :

1) L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,

doit être interprété en ce sens que :

les circonstances entourant la nomination d’un juge peuvent, à elles seules, entraîner une violation du droit à un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions, si ces circonstances impliquent une irrégularité d’une nature et d’une gravité telles qu’elle suscite un doute légitime dans l’esprit des justiciables quant à l’indépendance ou à l’impartialité de ce juge.

2) L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la charte des droits fondamentaux,

doit être interprété en ce sens que :

il s’oppose à ce que la vérification du respect des exigences d’indépendance et d’impartialité concernant un juge en poste au sein d’une juridiction et, par là même, du droit à un tribunal établi préalablement par la loi, au sens de ces dispositions, soit confiée à une formation de jugement de cette juridiction comprenant un ou plusieurs juges qui, en raison des conditions de leur nomination, se trouvent dans une situation identique à celle du juge faisant l’objet de cette vérification.

3) L’article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE, lu à la lumière de l’article 47 de la charte des droits fondamentaux,

doit être interprété en ce sens que :

dans l’hypothèse où la formation de jugement d’une juridiction, appelée à connaître d’une demande visant à vérifier le respect des exigences d’indépendance et d’impartialité d’un membre de cette juridiction, méconnaît elle-même le droit à un tribunal établi préalablement par la loi en raison de la présence en son sein d’un juge ne satisfaisant pas à ces exigences, la juridiction en cause est tenue de veiller à ce qu’un tel juge ne participe pas à l’examen de cette demande et doit, le cas échéant, écarter l’application des règles nationales déterminant la composition de cette formation afin que ladite demande puisse être examinée par une instance conforme à ces dispositions du droit de l’Union. En particulier, doivent être exclus de la formation de jugement chargée de procéder à cet examen les juges qui ne répondent pas aux exigences de l’impartialité requise. Il appartient à l’ordre juridique de l’État membre concerné de régler les modalités procédurales permettant d’assurer qu’une telle demande soit entendue par une formation de jugement qui respecte les exigences découlant du droit fondamental à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial.

Signatures


* Langue de procédure : le polonais.

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