Jurisprudence CJUE62024CJ0790

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 16 juillet 2026.#International Management Group (IMG) contre Commission européenne.#Pourvoi – Réglementation financière de l’Union – Exécution du budget de l’Union européenne en gestion conjointe ou indirecte par une organisation internationale – Décision refusant à une entité la reconnaissance du statut d’organisation internationale avec effet rétroactif – Notion d’“organisation internationale” – Éléments constitutifs – Interprétation de l’accord international établissant l’organisation – Convention de Vienne sur le droit des traités – Articles 31 et 32 – Responsabilité non contractuelle.#Affaire C-790/24 P.

CELEX62024CJ0790
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 16 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (cinquième chambre)

16 juillet 2026 (*)

« Pourvoi – Réglementation financière de l’Union – Exécution du budget de l’Union européenne en gestion conjointe ou indirecte par une organisation internationale – Décision refusant à une entité la reconnaissance du statut d’organisation internationale avec effet rétroactif – Notion d’“organisation internationale” – Éléments constitutifs – Interprétation de l’accord international établissant l’organisation – Convention de Vienne sur le droit des traités – Articles 31 et 32 – Responsabilité non contractuelle »

Dans l’affaire C‑790/24 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 14 novembre 2024,

International Management Group (IMG), établi à Bruxelles (Belgique), représenté par Mes J.-Y. de Cara et L. Levi, avocats,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Commission européenne, représentée par MM. J. Baquero Cruz, J.–F. Brakeland et Mme L. Puccio, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (cinquième chambre),

composée de Mme M. L. Arastey Sahún, présidente de chambre, MM. J. Passer, E. Regan, D. Gratsias (rapporteur) et B. Smulders, juges,

avocat général : M. J. Richard de la Tour,

greffier : M. F. Cathagne, administrateur,

vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 11 décembre 2025,

ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 12 mars 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son pourvoi, International Management Group (IMG) demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 4 septembre 2024, IMG/Commission (T‑509/21, ci–après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:590), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision du 8 juin 2021 par laquelle la Commission européenne a refusé de lui reconnaître, avec effet rétroactif au 16 décembre 2014, le statut d’organisation internationale prévu par la réglementation financière de l’Union pour la mise en œuvre des fonds de l’Union européenne selon le mode de la gestion indirecte (ci–après la « décision litigieuse ») et, d’autre part, à la réparation des préjudices matériel et moral qu’il aurait subis.

Le cadre juridique

Le droit international

2 L’article 2, paragraphe 1, de la convention de Vienne sur le droit des traités, du 23 mai 1969 (Recueil des traités des Nations unies, vol. 1155, p. 331, ci-après la « convention de Vienne »), dispose :

« Aux fins de la présente Convention :

a) L’expression “traité” s’entend d’un accord international conclu par écrit entre États et régi par le droit international, qu’il soit consigné dans un instrument unique ou dans deux ou plusieurs instruments connexes, et quelle que soit sa dénomination particulière ;

[...]

i) L’expression “organisation internationale” s’entend d’une organisation intergouvernementale. »

3 L’article 5 de cette convention précise que celle-ci « s’applique à tout traité qui est l’acte constitutif d’une organisation internationale [...], sous réserve de toute règle pertinente de l’organisation ».

4 Aux termes de l’article 31 de ladite convention, intitulé « Règle générale d’interprétation » :

« 1. Un traité doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes du traité dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but.

2. Aux fins de l’interprétation d’un traité, le contexte comprend, outre le texte, préambule et annexes inclus :

a) Tout accord ayant rapport au traité et qui est intervenu entre toutes les parties à l’occasion de la conclusion du traité ;

b) Tout instrument établi par une ou plusieurs parties à l’occasion de la conclusion du traité et accepté par les autres parties en tant qu’instrument ayant rapport au traité.

3. Il sera tenu compte, en même temps que du contexte :

a) De tout accord ultérieur intervenu entre les parties au sujet de l’interprétation du traité ou de l’application de ses dispositions ;

b) De toute pratique ultérieurement suivie dans l’application du traité par laquelle est établi l’accord des parties à l’égard de l’interprétation du traité ;

[...]

4. Un terme sera entendu dans un sens particulier s’il est établi que telle était l’intention des parties. »

5 L’article 32 de la même convention, intitulé « Moyens complémentaires d’interprétation », est rédigé comme suit :

« Il peut être fait appel à des moyens complémentaires d’interprétation, et notamment aux travaux préparatoires et aux circonstances dans lesquelles le traité a été conclu, en vue, soit de confirmer le sens résultant de l’application de l’article 31, soit de déterminer le sens lorsque l’interprétation donnée conformément à l’article 31 :

a) Laisse le sens ambigu ou obscur ; ou

b) Conduit à un résultat qui est manifestement absurde ou déraisonnable. »

Le droit de l’Union

Le règlement financier de 2002

6 Le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil, du 25 juin 2002, portant règlement financier applicable au budget général des Communautés européennes (JO 2002, L 248, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE, Euratom) no 1995/2006 du Conseil, du 13 décembre 2006 (JO 2006, L 390, p. 1) (ci-après le « règlement financier de 2002 »), a été abrogé, avec effet au 1er janvier 2013, par le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1) (ci-après le « règlement financier de 2012 »). Toutefois, l’article 212, sous a), du règlement financier de 2012 a prévu, notamment, que les articles 53 et 53 quinquies du règlement financier de 2002 restaient applicables à tous les engagements contractés jusqu’au 31 décembre 2013.

7 L’article 53 du règlement financier de 2002 prévoyait :

« La Commission exécute le budget conformément aux dispositions des articles 53 bis à 53 quinquies :

a) de manière centralisée ;

b) en gestion partagée ou décentralisée, ou

c) en gestion conjointe avec des organisations internationales. »

8 L’article 53 quinquies de ce règlement énonçait :

« 1. Lorsque la Commission exécute le budget en gestion conjointe, certaines tâches d’exécution sont déléguées à des organisations internationales [...]

[...]

2. Les conventions individuelles conclues avec les organisations internationales en vue de l’octroi du financement contiennent des dispositions détaillées concernant l’exécution des tâches confiées à ces organisations internationales.

[...] »

Le règlement financier d’exécution de 2002

9 Le règlement (CE, Euratom) no 2342/2002 de la Commission, du 23 décembre 2002, établissant les modalités d’exécution du règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil portant règlement financier applicable au budget général des Communautés européennes (JO 2002, L 357, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE, Euratom) no 478/2007 de la Commission, du 23 avril 2007 (JO 2007, L 111, p. 13) (ci-après le « règlement financier d’exécution de 2002 »), a été abrogé, avec effet au 1er janvier 2013, par le règlement délégué (UE) no 1268/2012 de la Commission, du 29 octobre 2012, relatif aux règles d’application du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union (JO 2012, L 362, p. 1) (ci-après le « règlement financier délégué de 2012 »).

10 L’article 43 du règlement financier d’exécution de 2002, intitulé « Gestion conjointe », disposait, à son paragraphe 2 :

« Les organisations internationales visées à l’article 53 quinquies du règlement [financier de 2002] sont :

a) les organisations de droit international public créées par des accords intergouvernementaux ainsi que les agences spécialisées créées par celles-ci ;

[...] »

Le règlement financier de 2012

11 Le règlement financier de 2012 est entré en vigueur le 27 octobre 2012, conformément au premier alinéa de son article 214. Il était applicable à compter du 1er janvier 2013 en vertu du second alinéa de cet article, sans préjudice des dates d’application spécifiques prévues à ce même alinéa pour certaines dispositions de ce règlement.

12 Parmi ces dispositions figurait l’article 58 de ce règlement, intitulé « Modes d’exécution du budget », lequel n’était applicable qu’aux engagements contractés à partir du 1er janvier 2014. Le paragraphe 1 de cet article était libellé comme suit :

« La Commission exécute le budget :

a) de manière directe (“gestion directe”) dans ses services [...] ;

b) en gestion partagée avec les États membres (“gestion partagée”) ; ou

c) de manière indirecte (“gestion indirecte”), [...] en confiant des tâches d’exécution budgétaire :

[...]

ii) à des organisations internationales et à leurs agences ;

[...] »

Le règlement financier délégué de 2012

13 L’article 43 du règlement financier délégué de 2012, intitulé « Dispositions spécifiques en matière de gestion indirecte avec des organisations internationales », énonçait, à son paragraphe 1 :

« Les organisations internationales visées à l’article 58, paragraphe 1, point c) ii), du règlement [financier de 2012] sont :

a) les organisations de droit international public créées par des accords intergouvernementaux ainsi que les agences spécialisées créées par celles-ci ;

[...] »

Les antécédents du litige

14 Les antécédents du litige, qui figurent aux points 2 à 24 de l’arrêt attaqué, peuvent, pour les besoins de la présente affaire, être résumés de la manière suivante.

15 Le requérant, IMG, qui était initialement dénommé International Management Group – Infrastructure for Bosnia and Herzegovina (IMG-IBH), a été créé le 25 novembre 1994 dans le but de permettre aux États et aux organisations internationales participant à la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine de disposer à cette fin d’une entité dédiée. Depuis lors, il a progressivement étendu ses activités dans les domaines de la reconstruction et du développement.

16 Le 7 novembre 2013, la Commission a adopté la décision d’exécution C(2013) 7682 final, relative au programme d’action annuel pour 2013 en faveur du Myanmar/de la Birmanie à financer sur le budget général de l’Union. Cette décision prévoyait, notamment, un programme de développement du commerce dont le coût, estimé à 10 millions d’euros, devait être financé par l’Union et dont la mise en œuvre devait être assurée en gestion conjointe avec le requérant.

17 Le 17 février 2014, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) a informé la Commission de l’ouverture d’une enquête sur le statut du requérant. Le 15 décembre 2014, la Commission a reçu le rapport établi par l’OLAF au terme de son enquête, dans lequel l’OLAF a considéré, en substance, que le requérant n’était pas une organisation internationale, au sens du règlement financier de 2002 et du règlement financier de 2012.

18 Le 16 décembre 2014, la Commission a décidé de confier la mise en œuvre, selon le mode de la gestion indirecte, du programme de développement du commerce prévu par la décision d’exécution C(2013) 7682 final, mentionnée au point 16 du présent arrêt, à une organisation autre que le requérant (ci-après la « décision du 16 décembre 2014 »).

19 Le 8 mai 2015, la Commission a adressé au requérant une lettre par laquelle elle l’informait qu’elle avait décidé, notamment, que, jusqu’à ce qu’il y ait une certitude absolue quant à son statut d’organisation internationale, ses services ne concluraient plus avec lui de nouvelles conventions de délégation selon le mode de la gestion indirecte prévu par le règlement financier de 2012 (ci-après la « décision du 8 mai 2015 »).

20 Par une première requête déposée au greffe du Tribunal le 21 janvier 2015 et enregistrée sous le numéro d’affaire T‑29/15, puis par une seconde requête déposée à ce même greffe le 14 juillet 2015 et enregistrée sous le numéro d’affaire T‑381/15, le requérant a introduit deux recours tendant, le premier, à l’annulation de la décision du 16 décembre 2014 et, le second, à l’annulation de la décision du 8 mai 2015 ainsi qu’à la réparation du préjudice qui lui aurait été causé par celle-ci. Ces recours ont été rejetés par les arrêts du 2 février 2017, International Management Group/Commission (T‑29/15, EU:T:2017:56), et du 2 février 2017, IMG/Commission (T‑381/15, EU:T:2017:57). Par deux pourvois introduits le 11 avril 2017 et enregistrés, respectivement, sous les numéros d’affaire C‑183/17 P et C‑184/17 P, le requérant a demandé l’annulation de ces deux arrêts.

21 Par l’arrêt du 31 janvier 2019, International Management Group/Commission (C‑183/17 P et C‑184/17 P, ci–après l’« arrêt du 31 janvier 2019 », EU:C:2019:78), la Cour a annulé les arrêts du Tribunal mentionnés au point précédent, a statué elle–même sur les recours tendant à l’annulation des décisions des 16 décembre 2014 et 8 mai 2015, a annulé ces décisions et a renvoyé l’affaire T‑381/15 devant le Tribunal pour que celui–ci statue sur le recours dans cette affaire, pour autant qu’il tendait à la réparation du préjudice prétendument subi par le requérant du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015.

22 Par lettre du 6 mai 2019, la Commission a invité le requérant, dans le cadre de l’exécution de l’arrêt du 31 janvier 2019, à produire certains documents pour démontrer qu’il répondait effectivement aux exigences requises pour avoir la possibilité de travailler avec elle selon le mode de la gestion indirecte. Le requérant n’ayant pas produit les documents demandés, la Commission, par lettre du 18 juillet 2019, a réitéré sa demande de production de documents, indiquant que, en cas de refus du requérant, elle s’adresserait directement aux États que le requérant considérait comme étant ses membres.

23 Le 26 novembre 2019, la Commission a demandé aux États que le requérant considérait comme étant ses membres s’ils estimaient que le requérant était une organisation internationale, s’ils étaient membres de cette organisation et s’ils avaient signé un accord international ou intergouvernemental instituant le requérant en tant qu’organisation internationale. Dans le cas où leur réponse serait affirmative, ils étaient priés d’adresser à la Commission une copie certifiée de cet accord ainsi que la preuve que ses signataires disposaient de pleins pouvoirs à l’effet de le signer, ou une copie de l’instrument de ratification dudit accord. La Commission a réitéré cette demande auprès de certains de ces États, les 27 janvier, 11 mars, 25 mai et 14 octobre 2020.

24 Après avoir informé le requérant, par lettre du 19 février 2021, qu’elle envisageait d’adopter une décision refusant de lui reconnaître le statut d’organisation internationale, la Commission l’a invité à présenter des observations, ce que le requérant a fait les 5 et 30 mars 2021.

25 Le 8 juin 2021, la Commission a adopté la décision litigieuse.

La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

26 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 18 août 2021, le requérant a introduit un recours tendant, en premier lieu, à l’annulation de la décision litigieuse et, en second lieu, à la condamnation de la Commission à lui verser, d’une part, une indemnisation à hauteur de 20 000 euros en réparation du préjudice qu’il aurait subi du fait du délai déraisonnable caractérisant la procédure d’adoption de la décision litigieuse et, d’autre part, une indemnisation à hauteur de 23 651 903 euros en réparation des préjudices financier et moral qu’il aurait subis du fait des illégalités entachant la décision litigieuse, laquelle s’est substituée aux décisions des 16 décembre 2014 et 8 mai 2015.

27 À titre liminaire, le Tribunal a notamment statué sur la recevabilité des annexes A.24 de la requête et C.1 de la réplique, qu’il a déclarées irrecevables.

28 Plus particulièrement, s’agissant de l’annexe A.24 de la requête, dont la recevabilité avait été contestée par la Commission, le Tribunal a constaté, aux points 45 et 46 de l’arrêt attaqué, que cette annexe consistait en un avis du service juridique de la Commission, dont la divulgation n’avait pas été autorisée par cette institution et qui n’était pas relatif à une procédure législative pour laquelle une transparence accrue s’impose. Le Tribunal a ajouté que le requérant n’avait pas fait état d’un intérêt autre que celui de pouvoir se prévaloir de cet avis juridique dans le cadre du litige, de telle sorte que sa production n’apparaissait pas guidée par un intérêt public supérieur.

29 Il ressort des points 58, 59, 92 et 190 de l’arrêt attaqué que, devant le Tribunal, le requérant avait invoqué, à l’appui de ses conclusions en annulation, quatre moyens. Selon le Tribunal, le premier moyen était subdivisé en trois branches, tirées, la première, de la violation de l’article 266 TFUE et de l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt du 31 janvier 2019, la deuxième, de la violation de la réglementation financière de l’Union et des lignes directrices de la Commission, du 7 janvier 2015, sur l’évaluation du statut des organisations internationales et la possibilité d’assimiler des organisations à but non lucratif à des organisations internationales, de plusieurs erreurs de droit ainsi que de divers principes dont, notamment, le principe de non–rétroactivité et, la troisième, de la violation du principe d’égalité. Le deuxième moyen était aussi subdivisé en trois branches, tirées de la violation, respectivement, de l’obligation de motivation, de l’obligation de diligence et de l’obligation d’impartialité. Le troisième moyen était tiré de la violation du principe de sécurité juridique. Enfin, le quatrième moyen était subdivisé en trois branches tirées d’erreurs manifestes d’appréciation et d’erreurs de droit résultant, s’agissant de la première branche, du fait que la Commission n’aurait pas correctement identifié les membres du requérant, s’agissant de la deuxième branche, du fait qu’elle aurait refusé de qualifier l’acte constitutif du requérant d’accord international instituant une organisation internationale et, s’agissant de la troisième branche, du fait qu’elle aurait refusé de reconnaître au requérant le statut d’organisation internationale nonobstant la pratique ultérieure de ses membres et la reconnaissance de ce statut par l’Union et certains États tiers.

30 Le Tribunal a examiné, d’abord, la première branche du deuxième moyen, ensuite, les premier à quatrième moyens et, enfin, les deuxième et troisième branches du deuxième moyen. Il a considéré que ces moyens, tout comme les conclusions en annulation du requérant, devaient être rejetés.

31 En particulier, le quatrième moyen a été examiné aux points 190 à 370 de l’arrêt attaqué. À cet égard, le Tribunal a, en premier lieu, exposé, aux points 190 à 213 de l’arrêt attaqué, certaines considérations liminaires concernant la définition de la notion d’« organisation internationale » prévue par la réglementation financière de l’Union. Il en ressort, en substance, que le Tribunal a considéré que les notions d’« organisation internationale » et d’« accord international » visées par la réglementation financière de l’Union devaient être interprétées à la lumière des règles pertinentes du droit international, tout en faisant l’objet d’une interprétation stricte, afin de protéger les intérêts financiers de l’Union.

32 En deuxième lieu, aux points 215 à 232 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le premier grief de la première branche du quatrième moyen, tiré d’une erreur manifeste d’appréciation commise par la Commission en ce qu’elle aurait opéré une distinction artificielle entre les États fondateurs du requérant, les États contributeurs et les États participant aux organes du requérant, à savoir au comité de gouvernance et au groupe gouvernemental d’appui (ci–après le « GSG »). À cet égard, aux points 216 et 217 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a relevé qu’il ne ressortait pas des motifs de la décision litigieuse que la Commission eût formellement opéré une telle distinction.

33 Néanmoins, aux points 218 à 231 de cet arrêt, le Tribunal a examiné l’hypothèse selon laquelle la décision litigieuse pourrait être interprétée comme effectuant une distinction telle que celle alléguée par le requérant. Au terme d’une analyse des termes du document du 25 novembre 1994 relatif à l’établissement d’IMG-IBH (ci-après la « résolution du 25 novembre 1994 »), ainsi que des statuts du requérant, le Tribunal a constaté, au point 230 dudit arrêt, que seuls les États et les organisations internationales qui avaient sollicité leur admission au sein du comité de gouvernance ou du comité permanent du requérant, dont la demande n’avait pas donné lieu à des objections de la part des membres de cette instance décisionnelle, et qui continuaient d’y siéger à la date du 16 décembre 2014 et, le cas échéant, au-delà, devaient être considérés comme étant membres du requérant à la date d’effet de la décision litigieuse. Sur la base de ce constat, le Tribunal a considéré, aux points 231 et 232 de l’arrêt attaqué, que le requérant n’était pas fondé à reprocher à la Commission de ne pas avoir considéré certains États et certaines organisations internationales comme étant ses membres si ces États ou ces organisations ne siégeaient pas au sein de son comité de gouvernance ou de son comité permanent depuis le 16 décembre 2014 et que, partant, le premier grief de la première branche du quatrième moyen devait être rejeté comme étant non fondé.

34 En troisième lieu, aux points 233 à 248 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le deuxième grief de la première branche du quatrième moyen, tiré d’une erreur manifeste d’appréciation de la Commission, entachant l’interprétation des prises de position des autorités belges et autrichiennes.

35 D’une part, s’agissant de la réponse des autorités autrichiennes, il ressort des points 235 à 239 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a, en substance, considéré que la Commission n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation de cette réponse, dès lors qu’elle l’avait fidèlement reproduite dans la décision litigieuse, tout en considérant qu’elle ne remettait pas en cause les conclusions auxquelles parvenait cette décision.

36 D’autre part, s’agissant de la réponse des autorités belges, il ressort des points 241 et 242 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a considéré que la Commission a fidèlement reproduit, dans la décision litigieuse, le contenu de cette réponse. De plus, le Tribunal a écarté l’argument du requérant selon lequel le Royaume de Belgique devait être considéré comme étant l’un de ses membres. Dès lors, au point 248 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a écarté le deuxième grief de la première branche du quatrième moyen.

37 En quatrième lieu, aux points 249 à 257 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le troisième grief de la première branche du quatrième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation de la Commission, en ce qu’elle a refusé de reconnaître l’adhésion de l’Union au requérant. Le Tribunal a écarté ce grief, d’une part, au motif, tel qu’il ressort des points 253 et 254 de l’arrêt attaqué, que la Commission n’avait plus siégé au comité de gouvernance du requérant à compter du 20 mai 2003 et que, par voie de conséquence, l’Union ne saurait être considérée comme étant membre du requérant pendant la période d’effet de la décision litigieuse. D’autre part, au point 255 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que le requérant n’établissait, ni même ne soutenait, que, à la date d’effet de la décision litigieuse, il comprenait parmi ses membres une autre organisation internationale. Tous les griefs invoqués à l’appui de la première branche du quatrième moyen du requérant ayant été rejetée, le Tribunal a considéré que cette branche devait être rejetée dans son ensemble.

38 En cinquième lieu, aux points 260 à 303 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le premier grief de la deuxième branche du quatrième moyen, tirés d’erreurs de droit résultant du refus de la Commission de qualifier la résolution du 25 novembre 1994 d’accord international.

39 À cet égard, le Tribunal a constaté, aux points 273 et 274 de l’arrêt attaqué, que cette résolution comportait bien au moins un engagement juridiquement contraignant pour ses signataires et que la Commission avait entaché la décision litigieuse d’une erreur de droit en reprenant à son compte la position de la République d’Autriche et de la République de Finlande, selon laquelle ladite résolution constituait une déclaration politique dépourvue de caractère juridiquement contraignant.

40 En outre, au point 289 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a considéré que la Commission avait entaché la décision litigieuse d’une erreur de droit en refusant de qualifier la résolution du 25 novembre 1994 d’accord international en raison de l’absence des pleins pouvoirs des participants à la réunion du même jour à l’occasion de laquelle cette résolution a été adoptée, dès lors que la signature de cette résolution a été confirmée ultérieurement par au moins deux États.

41 Par ailleurs, aux points 295 et 299 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a, en substance, considéré que la Commission n’avait pas commis d’erreur de droit en demandant aux États membres du requérant de préciser s’ils avaient signé la résolution du 25 novembre 1994 et, le cas échéant, de produire d’éventuels instruments de signature ou de ratification de cette résolution.

42 Au terme de son examen du premier grief de la deuxième branche du quatrième moyen, le Tribunal a, en substance, considéré, aux points 302 et 303 de l’arrêt attaqué, que les erreurs de droit de la Commission mentionnées aux points 39 et 40 du présent arrêt, n’étaient pas, à elles seules, de nature à entraîner l’annulation de la décision litigieuse. En effet, selon le Tribunal, encore faudrait-il déterminer si le requérant avait été créé par un accord international ayant eu pour objet de l’instituer en tant qu’organisation internationale.

43 En sixième lieu, aux points 304 à 319 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le second grief de la deuxième branche du quatrième moyen, tiré d’une erreur d’interprétation quant à l’intention des signataires de la résolution du 25 novembre 1994 d’octroyer au requérant le statut d’organisation internationale. Au terme d’une analyse des termes, de la finalité et du contexte de cette résolution, le Tribunal a conclu, au point 319 de cet arrêt, que la Commission n’avait pas entaché d’erreur la décision litigieuse, en considérant que ladite résolution n’avait eu ni pour objet ni pour effet de conférer au requérant le statut d’organisation internationale. Partant, le Tribunal a considéré qu’il y avait lieu de rejeter comme étant non fondé le second grief de la deuxième branche du quatrième moyen du recours du requérant et, par voie de conséquence, comme étant non fondée cette branche dans son intégralité.

44 En septième lieu, aux points 321 à 347 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné le premier grief de la troisième branche du quatrième moyen du recours du requérant, tiré d’une erreur de droit quant à la pratique ultérieure des signataires de la résolution du 25 novembre 1994 attestant d’une reconnaissance suffisamment large et claire du statut d’organisation internationale de celui–ci.

45 À cet égard, le Tribunal a considéré, au point 329 de l’arrêt attaqué, que, conformément à l’arrêt de la Cour internationale de justice, Chasse à la baleine dans l’Antarctique [Australie c. Japon ; Nouvelle-Zélande (intervenant)], du 31 mars 2014 (CIJ Recueil 2014, p. 226), la démonstration du fait que des accords ultérieurs ou une pratique ultérieure des signataires de la résolution du 25 novembre 1994 ont modifié l’interprétation des dispositions de cette résolution en vue de conférer au requérant le statut d’organisation internationale était subordonnée à la condition que l’ensemble des signataires de cette résolution ou, à tout le moins, l’ensemble des membres du requérant aient approuvé une telle modification.

46 Le Tribunal a constaté, au point 330 de l’arrêt attaqué, d’une part, que les statuts du requérant adoptés le 10 mars 1995 (ci–après les « statuts initiaux ») lui ont conféré la personnalité juridique et ont prévu qu’une partie de son personnel bénéficieraient d’immunités et, d’autre part, que l’article 1er des statuts du requérant adoptés en 2012 (ci–après les « statuts de 2012 ») l’a qualifié d’organisation internationale. Néanmoins, au point 331 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que le requérant n’avait pas établi que ces deux statuts reflétaient la volonté de l’ensemble des signataires de la résolution du 25 novembre 1994 ou, à tout le moins, de ses membres, de lui conférer le statut d’organisation internationale. Le Tribunal a exposé les motifs justifiant ce constat aux points 332 à 345 de l’arrêt attaqué. Il a, dès lors, conclu, aux points 346 et 347 de cet arrêt, que la Commission n’avait pas commis d’erreur de droit en considérant que la pratique ultérieure à l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994, puis à l’adoption des statuts initiaux et des statuts de 2012 du requérant, n’attestait pas d’une reconnaissance suffisamment large et claire du statut d’organisation internationale de celui–ci et que, par conséquent, le premier grief de la troisième branche du quatrième moyen devait être rejeté comme étant non fondé.

47 En huitième lieu, aux points 348 à 365 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné et rejeté le deuxième grief de la troisième branche du quatrième moyen du recours du requérant, tiré d’erreurs de droit en ce que la Commission n’aurait pas tenu compte de la reconnaissance du statut d’organisation internationale dont le requérant a bénéficié de la part de l’Union et de certains États.

48 À cet égard, le Tribunal a, d’une part, aux points 349 à 359 de l’arrêt attaqué, examiné et rejeté l’argument du requérant selon lequel la conclusion de conventions entre lui et la Commission en gestion conjointe ou indirecte emportait nécessairement pour cette institution l’obligation de reconnaître son statut d’organisation internationale.

49 D’autre part, aux points 360 à 365 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné et rejeté l’argument du requérant tiré d’une erreur de droit en ce que la Commission n’aurait pas tenu compte des accords de siège conclus par le requérant. Ainsi qu’il ressort du point 364 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a considéré que le fait que des États qui n’ont pas adhéré à l’accord constitutif d’une organisation et qui n’en sont pas, ou plus, membres la considèrent comme étant une organisation internationale n’oblige pas la Commission à reconnaître à cette organisation le statut d’organisation internationale.

50 En neuvième lieu, aux points 366 à 370 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné et rejeté le troisième grief de la troisième branche du quatrième moyen du recours du requérant tiré d’une erreur de droit en ce que la Commission s’était abstenue de prendre en compte le fait que les membres du requérant ne l’avaient pas dissous et le fait qu’il satisfaisait au principe de spécialité. Le Tribunal a reconnu, au point 367 de cet arrêt, que les signataires de la résolution du 25 novembre 1994 qui ont adhéré au requérant ont entendu, lors de l’adoption des statuts de la requérante de l’année 2008 ainsi que des statuts de 2012, lui assurer une certaine stabilité et lui confier des tâches spécialisées dans les domaines de la reconstruction et du développement, au-delà du territoire de la Bosnie-Herzégovine. Il a, tout de même, considéré, aux points 368 et 369 dudit arrêt, que, dans la mesure où ni les signataires de la résolution du 25 novembre 1994 ni les membres du requérant n’ont manifesté une intention unanime ou, à tout le moins, majoritaire, de lui conférer le statut d’organisation internationale, le fait que le requérant n’avait pas été dissous était sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Le Tribunal a donc rejeté le troisième grief de la troisième branche du quatrième moyen ainsi que, par voie de conséquence, cette branche et ce moyen dans leur ensemble.

51 Les conclusions indemnitaires du requérant ont été examinées, aux points 418 à 447 de l’arrêt attaqué. À cet égard, le Tribunal a constaté, au point 418 de cet arrêt, que le requérant présentait deux chefs de préjudice pour lesquels il demandait, respectivement, une indemnisation à hauteur de 20 000 euros en raison du délai prétendument déraisonnable caractérisant la procédure d’adoption de la décision litigieuse et une indemnisation à hauteur de 23 651 903 euros en réparation des préjudices financier et moral qu’il imputait aux illégalités entachant la décision litigieuse, laquelle s’était substituée aux décisions des 16 décembre 2014 et 8 mai 2015.

52 Le premier chef de préjudice, qui a été examiné aux points 429 à 442 de l’arrêt attaqué, a été rejeté aux motifs, tels qu’ils ressortent des points 440 à 442 de cet arrêt, que le délai pris par la Commission pour élaborer et adopter la décision litigieuse ne revêtait pas un caractère déraisonnable et que le requérant n’avait pas établi l’existence d’un préjudice matériel ou moral résultant de l’illégalité alléguée.

53 Le second chef de préjudice, qui a été examiné aux points 443 à 447 de l’arrêt attaqué, a été rejeté aux motifs, tels qu’ils ressortent des points 444 et 446 de cet arrêt, que les conclusions tendant à l’annulation de la décision litigieuse avaient été rejetées, de telle sorte que la condition d’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, tenant à l’existence d’une violation d’une règle de droit ayant pour objet de conférer des droits aux particuliers, n’était pas remplie et que, en outre, le requérant ne s’était pas prévalu, à l’appui de ce second chef de préjudice, de chefs d’illégalité qui différaient de ceux invoqués au soutien de ses conclusions en annulation.

54 Par voie de conséquence, le Tribunal a rejeté le recours du requérant dans son intégralité.

Les conclusions des parties

55 Le requérant demande à la Cour d’annuler l’arrêt attaqué, de statuer elle–même sur son recours et de faire droit à celui–ci ainsi que de condamner la Commission aux dépens tant de la procédure devant le Tribunal que de celle devant la Cour.

56 La Commission demande à la Cour de rejeter le pourvoi et de condamner le requérant aux dépens.

Sur le pourvoi

57 À l’appui de son pourvoi, le requérant invoque sept moyens. Le premier moyen est tiré de la violation de l’article 266 TFUE, de l’obligation du Tribunal de motiver ses arrêts, de l’interdiction de juger ultra petita et du principe de non–rétroactivité ainsi que de la dénaturation des éléments du dossier. Le deuxième moyen est tiré de la violation de l’autorité de la chose jugée ainsi que de l’obligation de motivation. Le troisième moyen est tiré de la violation du principe d’égalité et des droits de la défense. Le quatrième moyen est tiré de la violation du principe de sécurité juridique et de l’obligation de motivation. Le cinquième moyen est tiré d’une erreur de droit, en ce que le Tribunal a rejeté le quatrième moyen du recours du requérant. Le sixième moyen est tiré d’une violation du principe de bonne administration, du devoir de diligence ainsi que de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Enfin, le septième moyen est tiré de la violation des principes du contradictoire et d’égalité des armes.

Sur le septième moyen

Argumentation des parties

58 Par le septième moyen, qu’il convient d’examiner en premier lieu, le requérant conteste les motifs figurant aux points 38 à 47 de l’arrêt attaqué pour justifier la décision du Tribunal de déclarer irrecevable l’annexe A.24 de la requête déposée devant le Tribunal.

59 En premier lieu, il fait valoir que c’est le Tribunal lui–même qui, lors de l’audience devant lui, a pris l’initiative de demander à la Commission si elle s’opposait au maintien dans le dossier de cette annexe. Ce faisant, le Tribunal aurait modifié l’objet du litige et jugé ultra petita.

60 En deuxième lieu, le requérant soutient que les circonstances de la présente affaire sont différentes de celles de l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil (C‑156/21, EU:C:2022:97, points 54 à 56), sur lequel s’est fondé le Tribunal. L’avis du service juridique de la Commission figurant à l’annexe A.24 de la requête déposée devant le Tribunal se trouverait dans le domaine public à la suite d’une fuite dans la presse. Il s’ensuit, selon le requérant, que cet avis, par sa nature et les conditions de sa divulgation, ne portait atteinte ni à la confidentialité ni à un intérêt public supérieur. De surcroît, ledit avis constituerait un document déterminant, portant exclusivement sur l’affaire devant le Tribunal.

61 En troisième lieu, le requérant invoque « le principe de l’égalité des armes dans un procès équitable », lequel implique, selon lui, l’obligation d’offrir à chacune des parties une possibilité raisonnable de présenter sa cause, y compris des preuves, dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de « net désavantage » par rapport à son adversaire. Le requérant estime, dès lors, que le Tribunal aurait dû maintenir l’annexe A.24 de la requête dans le dossier et qu’il a commis une erreur de droit en la déclarant irrecevable.

62 La Commission estime que le septième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

63 En premier lieu, s’agissant de l’argument du requérant, selon lequel le Tribunal a statué ultra petita, en décidant de retirer du dossier l’annexe A.24 de la requête, il ressort du point 38 de l’arrêt attaqué que, lors de l’audience devant le Tribunal, la Commission avait soulevé l’irrecevabilité de cette annexe, en ce qu’elle comportait un avis de son service juridique.

64 Il s’ensuit que le Tribunal a pris la décision d’écarter du dossier de l’affaire ladite annexe sur demande de la Commission et, partant, il ne saurait, en tout état de cause, lui être reproché d’avoir statué ultra petita. Il est, à cet égard, indifférent que la Commission ait soulevé l’irrecevabilité de la même annexe en réponse à une question du Tribunal.

65 En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir, en substance, le requérant, aux points 45 et 46 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a fait une correcte application de la jurisprudence issue de l’arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil (C‑156/21, EU:C:2022:97, points 54 à 56), que le Tribunal a lui–même mentionné aux points 42 à 44 de l’arrêt attaqué.

66 Ainsi que la Cour l’a rappelé, en principe, le fait d’admettre qu’un requérant puisse verser au dossier un avis juridique d’une institution dont la divulgation n’a pas été autorisée par cette dernière méconnaît les exigences d’un procès équitable et revient à contourner la procédure de demande d’accès à un tel document, mise en place par le règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2001, relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (JO 2001, L 145, p. 43) (voir, en ce sens, arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil, C‑156/21, EU:C:2022:97, point 54 ainsi que jurisprudence citée).

67 Certes, la Cour a admis qu’il convient de tenir compte du principe de transparence, inscrit à l’article 1er, deuxième alinéa, et à l’article 10, paragraphe 3, TUE ainsi qu’à l’article 15, paragraphe 1, et à l’article 298, paragraphe 1, TFUE, qui permet, notamment, de garantir une plus grande légitimité, efficacité et responsabilité de l’administration à l’égard des citoyens dans un système démocratique. En permettant que les divergences entre plusieurs points de vue soient ouvertement débattues, la transparence contribue, en outre, à augmenter la confiance de ces citoyens (arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil, C‑156/21, EU:C:2022:97, point 55 ainsi que jurisprudence citée).

68 Toutefois, la Cour a jugé que ce n’est qu’à titre exceptionnel que le principe de transparence est susceptible de justifier une divulgation dans le cadre d’une procédure juridictionnelle d’un document d’une institution qui n’a pas été rendu accessible au public et qui comporte un avis juridique. Ainsi, le maintien, dans le dossier d’une affaire, d’un document comportant un avis juridique d’une institution n’est justifié par aucun intérêt public supérieur lorsque, d’une part, cet avis juridique n’est pas relatif à une procédure législative pour laquelle s’impose une transparence accrue et, d’autre part, l’intérêt de ce maintien consiste seulement, pour la partie qui l’a produit, à être en mesure de se prévaloir dudit avis juridique dans le cadre d’un litige. Dans de telles circonstances, la production d’un tel avis juridique apparaît guidée par les propres intérêts du requérant à étayer son argumentation, et non par un quelconque intérêt public supérieur, tel que celui de rendre publique la procédure ayant abouti à l’acte attaqué (voir, en ce sens, arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil, C‑156/21, EU:C:2022:97, point 56 ainsi que jurisprudence citée).

69 En l’espèce, d’une part, au point 45 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté, sans être contredit par le requérant, que l’avis juridique figurant à l’annexe A.24 de la requête n’était pas relatif à une procédure législative pour laquelle s’impose une transparence accrue.

70 D’autre part, au point 46 de cet arrêt, le Tribunal a relevé que le requérant n’avait pas fait état d’un intérêt autre que celui de pouvoir se prévaloir de l’avis juridique dans le cadre du litige devant le Tribunal, de telle sorte que sa production apparaissait non pas guidée par un intérêt public supérieur, mais par les propres intérêts du requérant.

71 Or, ces circonstances, telles que constatées par le Tribunal, n’étaient pas de nature à justifier, conformément à la jurisprudence citée aux points 66 à 68 du présent arrêt, le maintien de l’annexe A.24 de la requête dans le dossier de l’affaire.

72 En troisième lieu, s’agissant de la violation alléguée du principe d’égalité des armes, il convient de constater que le requérant n’a pas précisé de quelle manière le Tribunal aurait violé ce principe, d’autant qu’il ne ressort pas de l’arrêt attaqué, et le requérant ne l’allègue pas, que le Tribunal a permis à la Commission de se prévaloir de documents confidentiels, qui auraient dû être retirés du dossier.

73 Dans ces conditions, il convient de considérer que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en ce qu’il a déclaré irrecevable l’annexe A.24 de la requête, de telle sorte que le septième moyen doit être écarté comme étant non fondé.

Sur le cinquième moyen

74 Par le cinquième moyen, qu’il convient d’examiner en second lieu, le requérant conteste les motifs exposés aux points 197 à 370 de l’arrêt attaqué pour justifier le rejet du quatrième moyen de son recours. Ce moyen s’articule en quatre branches.

Argumentation des parties

75 Par la première branche du cinquième moyen, le requérant fait valoir que la définition de la notion d’« organisation internationale » sur laquelle s’est fondé le Tribunal est erronée. Il soutient que la jurisprudence de la Cour internationale de justice, citée aux points 206 et 208 de l’arrêt attaqué, n’est pas pertinente et que, en tout état de cause, le Tribunal en a effectué une lecture erronée.

76 Par la deuxième branche du cinquième moyen, le requérant conteste les points 218 à 232 et 235 à 248 de l’arrêt attaqué.

77 En ce qui concerne les points 218 à 232 de cet arrêt, le requérant fait valoir que le Tribunal n’a pas correctement saisi la portée du premier grief de la première branche du quatrième moyen de son recours, tiré de l’absence de distinction claire, dans la décision litigieuse, entre les États fondateurs du requérant et les États donateurs de celui–ci. Il fait valoir, à cet égard, que les États ayant signé la résolution du 25 novembre 1994 sont ses membres et constituent, selon les statuts initiaux, le GSG. Partant, ce serait à tort que le Tribunal aurait rejeté, au point 222 de l’arrêt attaqué, l’argument selon lequel le seul fait, pour un État ou une organisation internationale, d’avoir été membre du GSG et d’avoir, en signant la résolution du 25 novembre 1994, participé à la fondation du requérant ferait de cet État ou de cette organisation l’un des membres du requérant.

78 Pour ce qui est des points 235 à 248 de l’arrêt attaqué, le requérant fait valoir, premièrement, qu’ils portent sur un grief avancé dans le cadre non pas du quatrième moyen mais du deuxième moyen de son recours, tiré d’une violation du principe de bonne administration et du devoir de diligence.

79 Deuxièmement, il reproche au Tribunal d’avoir entériné, aux points 235 à 239 de l’arrêt attaqué, l’appréciation par la Commission de la réponse des autorités autrichiennes, sans tenir compte du fait que la résolution du 25 novembre 1994 constituait un accord international, ce que le Tribunal aurait lui–même reconnu.

80 Troisièmement, le requérant estime que le Tribunal a commis une erreur de droit, en ce qu’il a considéré, au point 246 de l’arrêt attaqué, que la participation du Royaume de Belgique à la création du requérant et aux réunions de ses organes jusqu’à l’année 2013 était dépourvue de pertinence, dès lors que la qualité de membre du requérant de cet État, ne saurait être appréciée qu’à la date du 16 décembre 2014. Or, selon le requérant, les critères objectifs à prendre en considération pour la qualification d’une entité d’« organisation internationale » n’incluent pas le fait, pour un État, de se considérer comme étant membre de cette organisation. Le requérant ajoute que le Royaume de Belgique a lui–même qualifié le requérant d’organisation internationale constituée par un accord international.

81 Par la troisième branche, le requérant fait valoir, en premier lieu, que le Tribunal a commis une erreur de droit en ce qu’il a apprécié de manière distincte, aux points 258, 260 et 321 à 347 de l’arrêt attaqué, la résolution du 25 novembre 1994 et les statuts initiaux, alors qu’ils constitueraient un « ensemble conventionnel ». Le requérant ajoute que les statuts de 2012 sont également pertinents, en tant que preuve d’une pratique ultérieure des signataires de la résolution du 25 novembre 1994 attestant d’une reconnaissance suffisamment large et claire de son statut d’organisation internationale, contrairement à ce que le Tribunal a jugé aux points 322 à 346 de l’arrêt attaqué.

82 Il s’ensuit, selon l e requérant, que les motifs de l’arrêt attaqué sont entachés d’une erreur de droit, en ce que le Tribunal a retenu, premièrement, que toutes les parties à un accord international doivent avoir contribué à une pratique ultérieure afin que cette pratique puisse être prise en compte pour l’interprétation de cet accord, deuxièmement, que tous les membres du requérant auraient dû approuver une modification de l’interprétation des dispositions de la résolution du 25 novembre 1994 du fait d’une pratique ultérieure à celle-ci attestant d’une reconnaissance suffisamment large et claire du statut d’organisation internationale du requérant et, troisièmement, que le requérant devait établir que les statuts initiaux ou les statuts de 2012 reflétaient la volonté de l’ensemble des signataires de cette résolution.

83 En deuxième lieu, le requérant fait valoir que les motifs exposés aux points 285 et 286 de l’arrêt attaqué, relatifs à la résolution du 25 novembre 1994, résultent d’une appréciation erronée des circonstances de l’adoption de cette résolution. Ainsi qu’il ressortirait des documents produits devant le Tribunal, cette résolution aurait été approuvée et signée par les représentants des États ayant participé à la réunion du même jour ainsi que de la Commission.

84 En troisième lieu, le requérant fait valoir que les points 291 à 300 de l’arrêt attaqué sont entachés d’une erreur de droit, en ce que le Tribunal n’a pas tenu compte du fait que, conformément à la convention de Vienne, les États peuvent exprimer leur volonté d’être liés par un accord international de diverses manières. Selon le requérant, la résolution du 25 novembre 1994 était un « accord en forme simplifiée », qui est une forme d’accord reconnue en droit international.

85 En quatrième lieu, le requérant fait valoir que les motifs exposés aux points 306 à 319 de l’arrêt attaqué sont entachés d’une erreur de droit, en ce que le Tribunal, faisant preuve d’un formalisme excessif, a considéré que la résolution du 25 novembre 1994 n’a pas institué le requérant en tant qu’organisation internationale.

86 Le requérant fait observer, à cet égard, qu’il ressort des minutes de la réunion lors de laquelle cette résolution a été adoptée qu ’il est une « entité indépendante ». En outre, l’article 19 des statuts initiaux prévoirait que le requérant pouvait bénéficier d’immunités dans le cadre de l’exercice de ses activités, alors que les statuts de 2012 reconnaissaient expressément au requérant le statut d’organisation internationale.

87 Par ailleurs, ainsi qu’il ressortirait du point 310 de l’arrêt attaqué, la résolution du 25 novembre 1994 prévoirait, à son point 3, que le comité de gouvernance du requérant devait réévaluer tous les six mois la nécessité de maintenir l’activité de celui-ci, ce qui contredirait la considération selon laquelle les signataires de la résolution du 25 novembre 1994 n’avaient pas doté le requérant des meilleures garanties d’efficacité pour l’exercice de ses missions. Cette résolution aurait aussi attribué au requérant des « compétences fonctionnelles », sous le contrôle de ses membres, ce qui signifierait que le requérant satisfaisait au principe de spécialité, comme le Tribunal l’aurait lui–même reconnu au point 369 de l’arrêt attaqué.

88 Par la quatrième branche, le requérant conteste les points 321 à 370 de l’arrêt attaqué. En premier lieu, il fait valoir que, contrairement à ce que le Tribunal a considéré au point 328 de l’arrêt attaqué, il est fondé à invoquer l’article 32 de la convention de Vienne, dès lors que la Commission l’a reconnu pendant des années comme étant une organisation internationale et a eu recours à ses services, avant de soudainement considérer qu’il n’était plus une telle organisation.

89 En deuxième lieu, il reproche au Tribunal une dénaturation des éléments du dossier, en ce qu’il a affirmé, au point 335 de l’arrêt attaqué, que, lors de l’audience devant le Tribunal, le requérant avait soutenu que les statuts de 2012 avaient été signés par la République française, la République italienne, la République de Finlande, le Royaume de Suède et le Royaume de Norvège. Le requérant affirme qu’il n’est pas possible qu’il ait fait une telle déclaration, dès lors qu’il ressort clairement du dossier de l’affaire devant le Tribunal que les statuts de 2012 avaient été signés par le président du comité de gouvernance du requérant et approuvés à l’unanimité par tous les participants à la réunion du 27 novembre 2012 de ce comité.

90 En troisième lieu, le requérant fait valoir que, aux points 338 à 341 de l’arrêt attaqué, le Tribunal s’est référé à des pièces relatives au rapport de l’OLAF que la Commission avait explicitement décidé d’écarter aux fins de l’adoption de la décision litigieuse. Le Tribunal aurait, ainsi, commis une erreur de droit, en se fondant sur des motifs qui ne figuraient pas dans la décision litigieuse.

91 En quatrième lieu, le requérant fait valoir que le Tribunal a dénaturé la lettre du Royaume de Suède, du 2 juillet 2020, en affirmant, au point 339 de l’arrêt attaqué, que cet État considérait que le requérant n’était pas une organisation internationale. Selon le requérant, il ressort de cette lettre que le Royaume de Suède s’était fondé sur le fait qu’il n’avait pas ratifié la résolution du 25 novembre 1994, alors qu’une telle ratification n’est pas nécessaire pour la constitution d’une organisation internationale.

92 En cinquième lieu, le requérant soutient que le Tribunal a également violé l’obligation de motivation en omettant d’expliquer, au point 340 de l’arrêt attaqué, pour quel motif les éléments du dossier qu’il avait invoqués, relatifs à la République italienne et au Royaume de Norvège, n’étaient pas utiles.

93 En sixième lieu, le requérant reproche au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit au point 351 de l’arrêt attaqué, en ce qu’il a estimé que le requérant ne pouvait invoquer les articles 27 et 46 de la convention de Vienne, dont les dispositions ne sont pas directement applicables à l’Union. Selon le requérant, cette convention est applicable aux traités constitutifs d’organisations internationales et lesdits articles reflètent la coutume et la pratique internationale.

94 Il ajoute que le fait que la Commission n’avait pas siégé dans le comité de gouvernance du requérant depuis le 20 mai 2003 est dépourvu de pertinence, dans la mesure où cette institution n’a pas formellement exprimé sa volonté de ne plus être membre du requérant et, au demeurant, a continué de coopérer avec celui–ci au titre de la réglementation financière de l’Union. Partant, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en jugeant, au point 356 de l’arrêt attaqué, que la Commission était, à la date d’effet de la décision litigieuse, déliée de toute obligation de reconnaître au requérant le statut d’organisation internationale.

95 En outre, le requérant reproche au Tribunal de s’être fondé, aux points 362 à 365 de l’arrêt attaqué, sur une compréhension erronée de la notion de « reconnaissance » en droit international et de l’avoir confondue avec la notion de « création » d’une organisation internationale. Cette dernière résulterait d’un concours de volontés des États. En revanche, la reconnaissance rendrait opposable à son auteur, notamment, l’existence d’un sujet de droit, en l’occurrence d’une organisation internationale. Partant le requérant estime que le fait que la Commission avait conclu avec lui de nombreux contrats constituait un acte de reconnaissance, par cette institution, de son statut d’organisation internationale.

96 Le requérant considère, dès lors, qu’une analyse objective de l’entité créée par la résolution du 25 novembre 1994 et par les statuts initiaux ayant complété celle–ci démontrerait qu’une organisation internationale avait été instituée et que cette organisation ne pouvait être dissoute que par une décision adoptée par ses propres organes ou par les membres qui l’ont créée.

97 En réponse à la première branche, la Commission fait valoir que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit, s’agissant de la définition de la notion d’« organisation internationale ». La jurisprudence citée aux points 206 et 208 de l’arrêt attaqué serait pertinente afin de pouvoir distinguer entre , d’une part, un instrument international non contraignant et, d’autre part, un accord international, au sens de la convention de Vienne, ainsi qu’entre, d’une part, une organisation internationale et, d’autre part, une autre organisation.

98 En ce qui concerne la deuxième branche, la Commission fait valoir, premièrement, que les motifs figurant aux points 215 à 217 de l’arrêt attaqué suffisent pour justifier le rejet du premier grief de la première branche du quatrième moyen du recours et ne sont pas entachés d’erreur de droit, si bien que l’argumentation du requérant dirigée contre les points 218 à 232 de l’arrêt attaqué doit être écartée comme étant inopérante.

99 Deuxièmement, s’agissant des arguments du requérant concernant les points 235 à 239 de l’arrêt attaqué, la Commission fait valoir que le Tribunal a seulement reconnu, au point 238 de l’arrêt attaqué, que la décision litigieuse reproduisait fidèlement la réponse de la République d’Autriche aux questions que lui avait adressées la Commission.

100 Troisièmement, concernant les critiques émises par le requérant à l’égard de l’appréciation, par le Tribunal, de la réponse du Royaume de Belgique aux questions de la Commission, cette dernière précise qu’elle ne considère pas que la signature de la résolution du 25 novembre 1994 suffisait à transformer un État en membre permanent du requérant, dans la mesure où cette résolution n’impliquait aucune obligation de contribuer au budget ou aux opérations du requérant. Partant, le Royaume de Belgique pourrait légitimement ne plus se considérer comme étant membre du requérant. Il s’ensuit, selon la Commission, que le point 246 de l’arrêt attaqué n’est pas entaché d’erreur de droit.

101 S’agissant de la troisième branche, la Commission rétorque au requérant que le Tribunal a examiné la question de savoir si les statuts de celui-ci lui ont conféré le statut d’organisation internationale, en se fondant sur une jurisprudence pertinente. S’agissant de l’argument du requérant concernant les points 285 et 286 de l’arrêt attaqué, la Commission relève que le Tribunal s’est borné, à ces points, à constater que les représentants des États concernés ne bénéficiaient pas d’une dispense de pleins pouvoirs pour notifier le consentement de leur État à l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994. Malgré ce constat, le Tribunal aurait considéré que cette résolution constitue un accord international, si bien que cet argument du requérant serait inopérant. La Commission ajoute que, bien qu’elle n’ait pas introduit un pourvoi incident contre l’arrêt attaqué pour contester cette dernière appréciation du Tribunal, elle demeure « sceptique » quant aux motifs qui la sous–tendent, tels qu’exposés aux points 276 à 289 de l’arrêt attaqué.

102 En ce qui concerne les critiques du requérant contre les motifs exposés aux points 291 à 300 de l’arrêt attaqué, la Commission fait observer que le requérant ne précise pas quelle est la règle de procédure ou de fond qui aurait été violée par le Tribunal. La Commission rappelle que le Tribunal a considéré, à juste titre, qu’elle était fondée à interroger les États prétendument membres du requérant sur la question de savoir s’ils avaient signé la résolution du 25 novembre 1994 et de les inviter à produire les éventuels instruments de signature ou de ratification. En tout état de cause, le Tribunal aurait considéré que cette résolution constitue un accord international, de telle sorte que les arguments du requérant dirigés contre cette partie de l’arrêt attaqué seraient inopérants.

103 Enfin, s’agissant de l’argumentation du requérant relative aux points 306 à 319 de l’arrêt attaqué, la Commission affirme que la condition de la reconnaissance d’une entité en tant qu’organisation internationale, tenant à la dotation de cette entité de tous les moyens nécessaires à son fonctionnement et des meilleures garanties de stabilité, de continuité et d’efficacité pour l’exercice de ses missions, ressort bien de la jurisprudence citée au point 212 de l’arrêt attaqué. La Commission ajoute qu’il résulte clairement du texte de la résolution du 25 novembre 1994, notamment de ses points 4 et 5, que la participation dans le requérant était facultative et que ce dernier constituait initialement un mécanisme temporaire, devant être renouvelé tous les six mois.

104 En réponse à la quatrième branche, la Commission précise, en premier lieu, que, au point 335 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné la question de savoir si les statuts initiaux avaient été adoptés par toutes les parties ayant adopté la résolution du 25 novembre 1994 ou, à tout le moins, par l’ensemble des membres du requérant.

105 En deuxième lieu, la Commission fait valoir que les points 338 à 341 de l’arrêt attaqué envisagent la situation hypothétique où le requérant aurait eu seulement cinq membres, qui auraient adopté les statuts de 2012. Le requérant lui–même contredirait cette hypothèse dans son pourvoi. La Commission ajoute que, au regard des réponses de différents États, résumées au point 340 de l’arrêt attaqué, c’est à juste titre que le Tribunal a considéré, au point 341 de cet arrêt, qu’il ne ressort pas du dossier de l’affaire que la clause des statuts de 2012, aux termes de laquelle le requérant est une organisation internationale, reflète la volonté claire et sans équivoque de ces États de conférer au requérant une telle qualité.

106 En troisième lieu, s’agissant des arguments du requérant concernant les points 339, 340 et 351 de l’arrêt attaqué, la Commission considère que le Tribunal a exposé à suffisance de droit les motifs pour lesquels il a écarté l’argumentation du requérant et qu’il n’a pas commis d’erreur de droit.

107 En quatrième et dernier lieu, concernant les critiques du requérant relatives aux points 362 à 365 de l’arrêt attaqué, la Commission fait valoir qu’il ne saurait être admis que, lorsque les parties à un accord international n’avaient pas l’intention d’instituer une organisation internationale par cet accord, la reconnaissance du statut d’organisation internationale de l’entité créée par ledit accord peut résulter du fait qu’elle été reconnue comme une telle organisation par des tiers. La Commission considère, dès lors, que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en écartant les arguments du requérant tirés de la prétendue reconnaissance de celui–ci en tant qu’organisation internationale.

Appréciation de la Cour

108 Il y a lieu d’examiner conjointement les branches du cinquième moyen qui visent les points 190 à 370 de l’arrêt attaqué. Dans ces points, le Tribunal a examiné et a rejeté le quatrième moyen du recours du requérant, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation, en ce que la Commission n’avait pas correctement identifié les membres du requérant, avait refusé de qualifier l’acte constitutif du requérant d’accord international instituant une organisation internationale et n’avait pas tenu compte de la pratique ultérieure des membres du requérant ainsi que de la reconnaissance de ce dernier en tant qu’organisation internationale par l’Union et par certains États tiers.

109 Ainsi que la Cour l’a relevé au point 92 de l’arrêt du 31 janvier 2019, la notion d’« organisation internationale », visée aux articles 53 et 53 quinquies du règlement financier de 2002 et à l’article 58 du règlement financier de 2012 a été définie, dans les mêmes termes, à l’article 43, paragraphe 2, du règlement financier d’exécution de 2002, puis à l’article 43, paragraphe 1, du règlement financier délégué de 2012. En vertu de ces deux dernières dispositions, cette notion comprend, entre autres, « les organisations de droit international public créées par des accords intergouvernementaux ainsi que les agences spécialisées créées par celles-ci ».

110 C’est au regard de cette définition qu’il incombait au Tribunal de contrôler la légalité de la décision litigieuse (voir, en ce sens, arrêt du 31 janvier 2019, point 93).

111 Il ressort des points 197 à 199 de l’arrêt attaqué que le Tribunal n’ignorait pas qu’il était tenu de se fonder sur ladite définition, afin de déterminer si c’était à bon droit que la Commission avait estimé, dans la décision litigieuse, que le requérant n’était pas une organisation internationale.

112 Néanmoins, il y a lieu de constater, en premier lieu, que le Tribunal a commis une erreur de droit en jugeant, au point 200 de l’arrêt attaqué, que la notion d’« organisation internationale » doit faire l’objet d’une interprétation stricte, aux fins de l’application de la réglementation financière de l’Union.

113 En effet, ainsi que M. l’avocat général l’a, en substance, relevé au point 72 de ses conclusions, la notion d’« organisation internationale » doit être interprétée de la même manière quel que soit le contexte dans lequel elle est utilisée. Admettre le contraire serait constitutif d’une insécurité juridique, dans la mesure où la même entité serait susceptible, en fonction du contexte, tantôt d’être reconnue en tant qu’organisation internationale, tantôt de se voir refuser une telle qualité.

114 En deuxième lieu, il ressort des points 274, 289 et 301 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a considéré que la résolution du 25 novembre 1994 constituait un accord international et que, en estimant, dans la décision litigieuse, que tel n’était pas le cas, la Commission avait entaché cette décision d’une erreur de droit. Bien que la Commission indique être « sceptique » à l’égard de cette conclusion du Tribunal, elle n’a avancé aucun argument spécifique susceptible de la remettre en cause, pas plus qu’elle a introduit un pourvoi incident pour contester cette partie de l’arrêt attaqué.

115 Dans ces conditions, il y a lieu d’écarter, comme étant inopérants, les arguments du requérant dirigés contre les points 259 à 300 de l’arrêt attaqué. En effet, le raisonnement développé dans cette partie de l’arrêt attaqué a conduit le Tribunal à considérer, au points 274, 289 et 301, de cet arrêt, que, comme le soutenait le requérant, la décision litigieuse était entachée d’une erreur de droit, en ce que la Commission avait considéré que la résolution du 25 novembre 1994 n’était pas un accord international. Dès lors, les erreurs de droit invoquées par le requérant qui entacheraient ladite partie de l’arrêt attaqué, à les supposer établies, n’ont pas empêché le Tribunal d’y parvenir à un résultat favorable au requérant.

116 En troisième lieu, il y a lieu d’examiner le grief tiré du « formalisme excessif » lors de l’appréciation des termes de la résolution du 25 novembre 1994, par lequel le requérant reproche, en substance, au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit consistant en la qualification juridique erronée de l’objet et des effets de cette résolution.

117 À cet égard, il ressort du point 305 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a considéré, sans commettre d’erreur de droit, que, étant un accord international, ladite résolution devait, conformément aux règles de droit international coutumier reflétées par les dispositions de l’article 31 de la convention de Vienne qui, en tant que telles, lient les institutions de l’Union et font partie de l’ordre juridique de cette dernière (voir, en ce sens, arrêt du 27 février 2018, Western Sahara Campaign UK, C‑266/16, EU:C:2018:118, point 58 et jurisprudence citée), être interprétée de bonne foi, suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes de cette résolution dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but.

118 Aux points 306 à 312 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a procédé à une série de constats quant aux termes de la résolution du 25 novembre 1994 qui, selon lui, justifiaient de considérer que les auteurs de cette résolution n’ont pas eu l’intention d’instituer une organisation internationale lorsqu’ils ont créé le requérant.

119 En particulier, au point 306 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que cette résolution ne qualifiait pas le requérant d’organisation internationale ni ne définissait son statut juridique.

120 Toutefois, le seul fait que la résolution du 25 novembre 1994 ne qualifiait pas le requérant d’organisation internationale ne suffit pas pour conclure que les auteurs de cette résolution n’avaient pas l’intention de créer le requérant en tant qu’organisation internationale, d’autant que, comme le Tribunal l’a lui–même relevé, ladite résolution ne définissait pas, en tout état de cause, le statut juridique du requérant.

121 En effet, ainsi que M. l’avocat général l’a, en substance, relevé aux points 101 et 102 de ses conclusions, il n’est pas indispensable que l’acte constitutif d’une organisation internationale stipule de manière expresse qu’elle a été constituée comme telle.

122 Pour les mêmes motifs, le fait, mentionné par le Tribunal au point 307 de l’arrêt attaqué, que la résolution du 25 novembre 1994 ne comporte pas de clause conférant au requérant la personnalité juridique ne suffit pas pour conclure que les auteurs de cette résolution n’avaient pas l’intention de constituer le requérant en tant qu’organisation internationale.

123 En outre, le Tribunal a relevé, au point 308 de l’arrêt attaqué, que cette résolution n’avait pas non plus prévu que le requérant pourrait bénéficier d’immunités pour l’exercice de ses activités, « alors que, conformément à la jurisprudence citée aux points [209 et 210 de l’arrêt attaqué], les organisations internationales bénéficient, en principe, pour l’exercice de leurs missions, d’immunités qui sont prévues par leurs traités constitutifs ».

124 Toutefois, il suffit de constater qu’il ne ressort ni de la jurisprudence de juridictions internationales, citée au point 209 de l’arrêt attaqué, ni des arrêts du 3 septembre 2020, Supreme Site Services e.a. (C‑186/19, EU:C:2020:638, point 61), ainsi que du 17 décembre 2020, Commission/Slovénie (Archives de la BCE) (C‑316/19, EU:C:2020:1030, point 73), cités au point 210 de cet arrêt, que, pour qu’un accord international soit considéré comme étant constitutif d’une organisation internationale, cet accord doit obligatoirement conférer à l’entité qu’il crée des immunités.

125 Par ailleurs, au point 309 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a considéré qu’il ressortait des termes de la résolution du 25 novembre 1994 que les signataires de celle–ci ont entendu instituer non pas une « une organisation dotée de tous les moyens nécessaires à son fonctionnement et des meilleures garanties de stabilité, de continuité et d’efficacité pour l’exercice de ses missions », mais un « mécanisme facultatif mis à la disposition des parties, que chacune d’entre elles pourrait utiliser à sa guise ».

126 À cet égard, s’agissant, premièrement, de la stabilité et de la continuité des missions du requérant, le Tribunal s’est référé, au point 310 de l’arrêt attaqué, au point 3 de la résolution du 25 novembre 1994, dont il ressort que le comité de gouvernance du requérant devait réévaluer tous les six mois la nécessité de maintenir l’activité du requérant, tandis que, aux termes du point 5 de cette résolution, les États parties à celle–ci devaient décider soit d’intégrer le requérant dans le cadre global pour la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine, soit de mettre progressivement fin à ses activités.

127 Cependant, contrairement à ce que le Tribunal semble avoir déduit de ces points de la résolution du 25 novembre 1994, ceux–ci témoignent plutôt d’une certaine stabilité prévue pour le requérant, en ce sens que, aussi longtemps que le comité de gouvernance du requérant ou les États parties à cette résolution n’auraient pas décidé de mettre fin aux activités du requérant ou de l’intégrer dans un autre cadre, le requérant continuerait à subsister.

128 Au demeurant, il convient de relever que rien n’exclut que les dispositions de l’acte constitutif d’une organisation internationale prévoient que cette organisation ne subsistera que pour une certaine période ou que, dans certaines situations, il sera procédé à sa dissolution, sans que de telles dispositions puissent empêcher la reconnaissance du statut d’organisation internationale de l’entité concernée.

129 Deuxièmement, s’agissant de l’efficacité des missions confiées au requérant, le Tribunal a relevé, au point 311 de l’arrêt attaqué, que, si le point 3 de la résolution du 25 novembre 1994 évoquait le versement régulier de contributions au bénéfice du requérant de la part des parties à cette résolution, ces contributions revêtaient un caractère non pas obligatoire mais facultatif.

130 Toutefois, cette circonstance ne saurait témoigner de l’absence de volonté des auteurs de ladite résolution de conférer au requérant le statut d’organisation internationale, dans la mesure où, comme le Tribunal l’a lui–même constaté, il était envisagé que les contributions au bénéfice du requérant, bien que facultatives, revêtiraient un caractère régulier. Il s’en déduit que les auteurs de la résolution du 25 novembre 1994 s’attendaient à ce que le requérant dispose, par de telles contributions facultatives, des moyens financiers nécessaires à son fonctionnement.

131 Troisièmement, enfin, le Tribunal a mentionné, au point 312 de l’arrêt attaqué, le fait que la résolution du 25 novembre 1994 n’avait pas prévu de transfert de compétences obligatoires de la part des États et des organisations parties à cette résolution au profit du requérant et que ces États et ces organisations demeuraient libres d’adhérer au requérant, d’en sortir unilatéralement et au moment qu’ils jugeaient opportun ainsi que de lui substituer d’autres canaux de communication.

132 Toutefois, d’une part, la possibilité, pour les membres d’une entité constituée par un accord international, de décider de ne plus être membres de celle-ci n’est pas inconciliable avec le statut d’organisation internationale de ladite entité.

133 D’autre part, il ressort du point 315 de l’arrêt attaqué que la résolution du 25 novembre 1994 comportait une annexe, intitulée « Cahier des charges d’IMG-IBH », qui énumérait les missions confiées au requérant, à savoir, sur le territoire de la Bosnie–Herzégovine et dans les domaines de l’énergie, des services publics, de l’hébergement et du logement, recueillir des informations, évaluer les besoins fondamentaux de la population, déterminer les secteurs prioritaires exigeant une assistance internationale rapide, identifier et élaborer des programmes ou des projets susceptibles d’être financés par la communauté internationale et assister les États et les institutions internationales en vue du financement de programmes ou de projets.

134 Il ressort, ainsi, de ce document que les parties à la réunion du 25 novembre 1994 à l’occasion de laquelle cette résolution a été adoptée ont bien doté le requérant de certaines compétences, notamment celles lui permettant, d’une part, de déterminer les secteurs exigeant une assistance internationale rapide et, d’autre part, d’élaborer des programmes ou des projets susceptibles d’être financés par la communauté internationale.

135 Au demeurant, le Tribunal a omis de prendre en considération le fait que, comme il ressort du résumé des termes de la résolution du 25 novembre 1994 qui figure aux points 266 à 270 de l’arrêt attaqué, les signataires de cette résolution se sont mis d’accord pour formaliser, à partir de cette date, l’établissement du requérant, ont nommé son directeur général et ont institué le comité de gouvernance du requérant, qu’ils ont doté de la compétence pour, notamment, adopter le budget du requérant et décider de ses besoins en personnel.

136 Or, le fait qu’il était prévu que le requérant disposerait non seulement d’un directeur général, mais aussi de son propre budget et de son propre personnel, ainsi que des compétences mentionnées au point 134 du présent arrêt, est susceptible de remettre en cause le constat que le requérant était conçu comme un simple « mécanisme facultatif mis à la disposition des parties, que chacune d’entre elles pourrait utiliser à sa guise », comme le Tribunal l’a relevé au point 309 de l’arrêt attaqué.

137 En effet, l’expression « mécanisme facultatif » renvoie plutôt à une structure non autonome, gérée par un ou plusieurs États ou par une ou plusieurs organisations internationales, qui fournissent les ressources, y compris le personnel, nécessaires pour son fonctionnement.

138 Il ressort des considérations exposées aux points 117 à 137 du présent arrêt que, en ce qu’il a estimé, au point 313 de l’arrêt attaqué, que l’interprétation des termes et de la finalité de la résolution du 25 novembre 1994 justifiait de considérer que les auteurs de cette résolution n’ont pas eu l’intention d’instituer une organisation internationale lorsqu’ils ont fondé le requérant, le Tribunal a procédé à une qualification juridique erronée de l’objet et des effets de cette résolution et, partant, a commis une erreur de droit.

139 Ce constat n’est pas remis en cause par la considération du Tribunal, figurant à ce point 313 de l’arrêt attaqué, selon laquelle son interprétation des termes et de la finalité de la résolution du 25 novembre 1994 serait corroborée par le contexte dans lequel cette résolution avait été adoptée.

140 Au titre du contexte dans lequel s’insérait la résolution du 25 novembre 1994, le Tribunal a pris en considération, premièrement, le compte rendu de la réunion du même jour à l’occasion de laquelle cette résolution a été adoptée, dont il ressort, selon le point 314 de l’arrêt attaqué, que plusieurs participants avaient exprimé des réticences à l’égard d’une initiative qui aurait conduit à la mise en place d’un nouvel organisme institutionnalisé et avaient insisté sur le caractère temporaire de l’activité du requérant, qu’aucun d’entre eux n’aurait qualifié d’organisation internationale.

141 Si le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en prenant en considération ce compte rendu, il y a lieu d’observer que les réticences de certains participants à cette réunion à l’égard de l’institution d’une nouvelle organisation internationale ne suffisent pas, à elles seules, pour considérer que le requérant n’a pas été institué en tant qu’organisation internationale lors de ladite réunion. En effet, il ne peut être exclu que le fait que la résolution du 25 novembre 1994 a prévu une réévaluation, tous les six mois, de la nécessité de maintenir l’activité du requérant, réévaluation qui pourrait, le cas échéant, aboutir à la dissolution du requérant ou à sa réintégration dans une autre structure, ait pu pallier les réticences de certains participants à la même réunion et ait convaincu ces participants de consentir à l’institution du requérant en tant qu’organisation internationale.

142 Deuxièmement, aux points 315 et 316 de l’arrêt attaqué, le Tribunal s’est référé au cahier des charges du requérant, mentionné au point 133 du présent arrêt, en faisant remarquer que ce document ne se prononçait pas sur le statut juridique du requérant ni ne lui conférait la faculté de conclure des accords internationaux.

143 Il convient de relever que ledit document, étant annexé à la résolution du 25 novembre 1994, faisait partie intégrante de celle–ci et n’était pas un élément de son contexte. En tout état de cause, étant donné que l’objet du même document était non pas de définir le statut juridique du requérant, mais d’énumérer les missions qui lui étaient confiées, le fait qu’il ne se prononçait pas sur le statut juridique du requérant est dépourvu de pertinence.

144 Troisièmement, au point 317 de l’arrêt attaqué, le Tribunal s’est référé à une attestation du coordonnateur de l’opération spéciale du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en ex–Yougoslavie, lequel avait présidé la réunion du 25 novembre 1994 à l’occasion de laquelle cette résolution a été adoptée. Le Tribunal a constaté que cette attestation se limitait à faire état de la création formelle du requérant lors de cette réunion, sans préciser si cette initiative visait à doter le requérant d’une personnalité juridique et, le cas échéant, à lui conférer le statut d’organisation internationale.

145 Or, ladite attestation, étant muette quant au statut juridique précis du requérant, n’était pas susceptible de corroborer la considération selon laquelle les participants à la résolution du 25 novembre 1994 n’avaient pas l’intention d’instituer le requérant en tant qu’organisation internationale.

146 Quatrièmement, enfin, au point 318 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a évoqué la convocation à ladite réunion, dont il ressort, selon le Tribunal, que celle-ci avait pour objet d’examiner la restructuration de l’entité à l’origine du requérant ainsi que son statut futur, et non pas de créer une organisation internationale.

147 Il suffit de relever, à cet égard, que le fait que l’objet de la même réunion était présenté comme étant, notamment, le « statut futur » du requérant n’exclut nullement que les participants à celle-ci aient décidé, lors de celle–ci, d’instituer le requérant en tant qu’organisation internationale.

148 Il s’ensuit, au regard des considérations exposées aux points 139 à 147 du présent arrêt, que, des éléments mentionnés par le Tribunal au titre du contexte dans lequel s’insère la résolution du 25 novembre 1994, un seul, à savoir les réticences exprimées par certains participants à la réunion du même jour, à l’occasion de laquelle cette résolution a été adoptée, quant à la perspective de la création d’une nouvelle organisation internationale, était susceptible d’être invoqué à l’appui de l’interprétation des termes de cette résolution, en ce sens qu’elle n’a pas institué le requérant en tant qu’organisation internationale. Toutefois, pour les motifs exposés au point 141 du présent arrêt, cet élément ne pouvait pas revêtir un caractère déterminant.

149 En quatrième lieu, il convient d’examiner les arguments du requérant relatifs aux statuts initiaux.

150 Le Tribunal a apprécié ces statuts aux points 330 à 333 de l’arrêt attaqué, au titre de l’article 31, paragraphe 3, sous b), de la convention de Vienne, en tant qu’élément susceptible de démontrer la pratique suivie dans l’application de la résolution du 25 novembre 1994, pratique par laquelle l’accord des auteurs de cette résolution à l’égard de son interprétation pourrait être établie.

151 À l’issue de cette appréciation, le Tribunal a relevé, au point 334 de l’arrêt attaqué, que, eu égard aux prises de position du HCR et de la République de Finlande lors de l’adoption des statuts initiaux, évoquées aux points 332 et 333 de cet arrêt, il ne ressortait pas des circonstances dans lesquelles ces statuts avaient été adoptés que ceux–ci reflétaient la volonté de l’ensemble des auteurs de la résolution du 25 novembre 1994, ou des membres du requérant, de conférer à ce dernier le statut d’organisation internationale.

152 Il ressort du point 333 de l’arrêt attaqué que les statuts initiaux ont été adoptés non pas par l’ensemble des États et organisations internationales qui ont adopté la résolution du 25 novembre 1994, mais par le comité de gouvernance du requérant, à la majorité des deux tiers de ses membres, lors de sa réunion du 10 mars 1995.

153 Dans ces conditions, ces statuts ne sauraient être considérés comme faisant partie du même accord international que cette résolution et comme étant, ainsi, susceptible d’être appréciés conjointement avec celle–ci. Ne saurait, dès lors, prospérer l’argument du requérant selon lequel la résolution du 25 novembre 1994 et les statuts initiaux constituaient un « ensemble conventionnel » et devaient être appréciés de manière conjointe. En effet, comme M. l’avocat général l’a relevé au point 85 de ses conclusions, les statuts initiaux se distinguent de cette résolution, dès lors que, à la différence de celle–ci, ils constituent non pas un accord international, mais un acte adopté par un organe du requérant lui–même.

154 Cela étant précisé, il n’en demeure pas moins, ainsi qu’il ressort des points 287, 332 et 333 de l’arrêt attaqué, que les statuts initiaux ont été adoptés dans la suite immédiate de l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994, par le comité de gouvernance du requérant institué par cette résolution, dans lequel siégeait au moins une partie des États et des organisations internationales qui avaient adopté cette résolution.

155 Les statuts initiaux s’inscrivent, ainsi, dans la procédure de constitution du requérant, comme M. l’avocat général l’a relevé au point 119 de ses conclusions. Ils ont été adoptés par une partie des signataires de la résolution du 25 novembre 1994, à savoir ceux d’entre eux qui siégeaient dans le comité de gouvernance du requérant. En outre, il ne ressort pas de l’arrêt attaqué que les autres signataires de cette résolution ont émis des objections contre les statuts initiaux.

156 Dans ces conditions, il convient de considérer que les statuts initiaux sont un instrument, établi par certaines parties à l’occasion de la conclusion de l’accord international que constitue la résolution du 25 novembre 1994, instrument qui a été accepté par les autres parties comme ayant rapport à cet accord international, au sens de l’article 31, paragraphe 2, sous b), de la convention de Vienne. Partant, conformément à cette disposition, les statuts initiaux devaient être pris en considération aux fins de l’interprétation de la résolution du 25 novembre 1994 en tant qu’élément de son contexte.

157 Il s’ensuit que le Tribunal a aussi entaché l’arrêt attaqué d’une erreur de droit en ce qu’il a, en substance, considéré, au point 334 de cet arrêt, que les statuts initiaux ne pouvaient être pris en considération aux fins de l’interprétation de la résolution du 25 novembre 1994, dès lors qu’ils ne reflétaient pas la pratique ultérieure suivie par tous les auteurs de cette résolution.

158 Il ressort de l’ensemble des considérations qui précèdent que l’appréciation, par le Tribunal, du bien-fondé de la considération, figurant dans la décision litigieuse, selon laquelle le requérant n’a pas été institué en tant qu’organisation internationale est entachée d’erreurs de droit, ainsi qu’il ressort des points 112, 138 et 157 du présent arrêt.

159 Dans ces conditions, le reste des motifs exposés dans la décision litigieuse n’étant pas suffisants pour confirmer la légalité de cette décision, il convient, sans examiner les autres arguments avancés par le requérant, d’accueillir le cinquième moyen et, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les premier à quatrième moyens, ni le sixième moyen, de faire droit au pourvoi et d’annuler l’arrêt attaqué, en ce que le Tribunal a rejeté la demande d’annulation de la décision litigieuse, ainsi que la demande tendant à la condamnation de la Commission à verser au requérant une indemnisation à hauteur de 23 651 903 euros en réparation des préjudices financier et moral qu’il aurait subis du fait des illégalités qui entacheraient la décision litigieuse, laquelle s’est substituée aux décisions des 16 décembre 2014 et 8 mai 2015.

160 En revanche, puisqu’aucun moyen de pourvoi ne vise à remettre en cause le rejet, par le Tribunal, de la demande du requérant tendant à la condamnation de la Commission à lui verser une indemnisation à hauteur de 20 000 euros, en réparation du préjudice subi du fait du délai prétendument déraisonnable caractérisant la procédure d’adoption de la décision litigieuse, l’arrêt attaqué est, dans cette mesure, devenu définitif.

Sur le recours

161 Conformément à l’article 61, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lorsque le litige est, en tout ou en partie, en état d’être jugé, la Cour peut statuer elle-même définitivement, selon le cas, sur le litige ou sur la partie de celui-ci qui est en état d’être jugée, tout en renvoyant, s’il y a lieu, celle qui ne l’est pas devant le Tribunal.

162 En l’espèce, il y a lieu pour la Cour de statuer définitivement sur la demande d’annulation de la décision litigieuse ainsi que, en partie, sur la demande indemnitaire.

Sur la demande d’annulation

163 Par les deuxième et quatrième moyens de son recours, le requérant reproche à la Commission, en substance, d’avoir entaché la décision litigieuse d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation qui l’aurait conduite à considérer que le requérant ne constituait pas une organisation internationale et, partant, n’était pas éligible à la mise en œuvre du budget de l’Union selon le mode de la gestion indirecte, prévu par la réglementation financière de l’Union.

164 Il y a lieu de rappeler que le Tribunal a jugé que la Commission avait commis une erreur de droit en ce qu’elle a considéré, dans la décision litigieuse, que la résolution du 25 novembre 1994 ne constituait pas un accord international. Il n’y a pas lieu de remettre en cause ce constat, la Commission n’ayant pas formé de pourvoi incident visant cette partie de l’arrêt attaqué (voir, en ce sens, arrêt du 23 novembre 2021, Conseil/Hamas, C‑833/19 P, EU:C:2021:950, point 81 et jurisprudence citée).

165 Ainsi qu’il ressort des points 136 et 138 du présent arrêt, les termes et la finalité de la résolution du 25 novembre 1994 ne permettent pas de constater que les auteurs de cette résolution n’avaient pas l’intention d’instituer le requérant en tant qu’organisation internationale, ou que leur intention était d’instituer le requérant en tant que simple mécanisme de coopération entre eux, dépourvu de personnalité juridique autonome.

166 Au contraire, il ressort de ladite résolution que ces auteurs ont doté le requérant de ses propres organes, à savoir le directeur général, nommé par ladite résolution, ainsi que le comité de gouvernance et le GSG, de son propre personnel et de son propre budget. En outre, le requérant a été doté de compétences telles que celles mentionnées au point 134 du présent arrêt. Tous ces éléments démontrent que les auteurs de la même résolution entendaient que le requérant constitue une entité distincte, jouissant d’une certaine autonomie par rapport à ses membres qui, au demeurant, étaient susceptibles de varier, dans la mesure où il était, en substance, prévu que chaque membre du requérant pouvait, à tout moment, décider unilatéralement de mettre un terme à sa participation à celui–ci.

167 Or, dès lors que lesdits auteurs entendaient constituer le requérant comme étant une entité distincte, jouissant d’une certaine autonomie, il s’ensuit que les mêmes auteurs entendaient également conférer au requérant la personnalité juridique internationale, ces éléments impliquant la capacité du requérant d’être titulaire de droits et d’obligations qui lui sont propres dans l’ordre juridique international ainsi que la capacité d’agir.

168 Cette considération n’est pas remise en cause par les réponses qu’ont apportées les États mentionnés sur le site Internet du requérant et qui y sont présentés comme étant ses membres aux questions que la Commission leur avait adressées, relatives à l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994 et au statut du requérant.

169 Il importe de faire observer, à cet égard, que ces réponses sont des opinions qui ont été apportées 25 ans après l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994. Comme M. l’avocat général l’a relevé, en substance, aux points 218 et 219 de ses conclusions, de telles opinions ne sont pas pertinentes aux fins d’apprécier l’intention dont étaient animées les parties lors de la signature de la résolution du 25 novembre 1994.

170 S’agissant du fait que tous les États interrogés par la Commission, à l’exception de la République d’Autriche, avaient indiqué ne pas être membres du requérant, il convient de relever que la question de savoir si un État est membre d’une entité est différente de celle de savoir si cette entité constitue une organisation internationale. Il ne saurait être exclu que certains États ou organisations internationales ayant participé à la création du requérant par la résolution du 25 novembre 1994 et étant, de ce fait, devenus membres de celui–ci, aient par la suite quitté le requérant et qu’ils ne soient plus membres de ce dernier, sans que cela affecte le statut d’organisation internationale du requérant.

171 En tout état de cause, il convient de relever qu’une fois créée, une organisation internationale ne cesse pas simplement d’exister si certains de ses membres décident de la quitter. Le cas échéant, il appartient aux membres restants de décider de la dissolution de l’organisation concernée, en prenant en même temps les dispositions nécessaires pour régler le sort des relations juridiques que cette organisation aurait nouées pendant son existence. Or, il ne ressort pas de la décision litigieuse que, pendant les quelques 27 ans qui se sont écoulés depuis l’adoption de la résolution du 25 novembre 1994, la décision ait été prise de dissoudre le requérant.

172 Sur la base de l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de constater que la décision litigieuse est entachée d’illégalité, en ce que la Commission a considéré, en violation de l’article 43, paragraphe 1, du règlement financier délégué de 2012 ainsi que de l’article 31 de la convention de Vienne, qui reflète le droit coutumier international, que la résolution du 25 novembre 1994 ne constituait pas un accord international, dont l’effet a été de constituer le requérant en tant qu’organisation internationale. Partant, la décision litigieuse doit être annulée.

Sur la demande indemnitaire

173 Le requérant demande à ce que la Commission soit condamnée à lui verser une indemnisation à hauteur de 8 651 903 euros, en réparation du préjudice matériel, et à hauteur de 15 millions d’euros, en réparation du préjudice moral qu’il estime avoir subis du fait des illégalités entachant la décision litigieuse, laquelle s’est substituée aux décisions des 16 décembre 2014 et 8 mai 2015.

174 En premier lieu, s’agissant de la demande de réparation du préjudice moral, le requérant rappelle que, dans le cadre d’une précédente affaire devant le Tribunal, il avait demandé une indemnisation à hauteur de 10 millions d’euros en réparation du préjudice moral qu’il aurait subi du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015. Il fait valoir que ce préjudice moral « se trouve accru de 5 millions d’euros » du fait de l’adoption de la décision litigieuse.

175 Il convient de relever, à cet égard, que, par l’arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission (C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722), la Cour a annulé l’arrêt du 9 septembre 2020, IMG/Commission (T‑381/15 RENV, EU:T:2020:406), en tant que le Tribunal avait rejeté comme étant non fondée, notamment, une demande en réparation antérieure du requérant tendant à la réparation du préjudice moral qu’il aurait subi du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015.

176 Statuant, après évocation de l’affaire, sur le fond de cette demande, la Cour a relevé que, certes, la violation suffisamment caractérisée, par la Commission, lors de l’adoption de la décision du 8 mai 2015, de l’obligation de diligence qui pesait sur elle était établie et que cette violation avait causé à IMG un préjudice moral prenant la forme d’une atteinte à sa réputation. Cependant, la Cour a rappelé qu’elle avait constaté l’illégalité de cette décision et l’avait annulée par l’arrêt du 31 janvier 2019. La Cour a, dès lors, jugé que les termes clairs dans lesquels avait été formulé le constat de l’illégalité de ladite décision étaient propres à assurer la réparation adéquate et suffisante du préjudice moral subi par le requérant, compte tenu du contexte dans lequel ils interviennent, de telle sorte que les conclusions indemnitaires du requérant devaient être rejetées comme étant non fondées en tant qu’elles portaient sur le préjudice moral résultant de l’illégalité de la décision du 8 mai 2015 (arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission, C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722, points 194 et 198 à 200).

177 La Cour a ainsi fait application de la jurisprudence constante, selon laquelle un préjudice immatériel ou moral peut, dans certaines situations, être considéré comme étant réparé de façon adéquate et suffisante par l’annulation de l’acte illégal qui l’a causé (arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission, C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722, point 197 ainsi que jurisprudence citée).

178 Or, en application de cette jurisprudence et pour des motifs analogues à ceux retenus par la Cour en ce qui concerne le préjudice moral subi par le requérant du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015, il convient de considérer que le constat, au point 172 du présent arrêt, de l’illégalité de la décision litigieuse, exprimé en des termes clairs, et son annulation qui en constitue la conséquence, sont propres à assurer la réparation adéquate et suffisante du préjudice moral subi par le requérant du fait de l’adoption de cette décision.

179 Dans ces conditions, la demande indemnitaire doit être rejetée comme étant non fondée, en ce qu’elle vise la réparation de ce préjudice moral.

180 En second lieu, s’agissant de la demande de réparation du préjudice matériel que le requérant estime avoir subi du fait des illégalités entachant la décision litigieuse, il convient de relever que, certes, la notion d’« organisation internationale » peut susciter des difficultés d’interprétation, en l’absence, notamment, de jurisprudence à ce sujet (arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission, C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722, point 191).

181 Toutefois, en l’espèce, pour adopter la décision litigieuse, la Commission s’est fondée presque exclusivement sur les réponses des États qu’elle avait interrogés. Elle a, ainsi, largement ignoré les termes de la résolution du 25 novembre 1994 ainsi que le contexte dans lequel celle–ci s’inscrivait, notamment les statuts initiaux qui prévoyaient expressément que le requérant dispose de la personnalité juridique. Or, en l’absence de décision de constituer le requérant en tant que personne morale conformément à la réglementation d’un État ou d’une organisation internationale, celui–ci ne pouvait acquérir la personnalité juridique que s’il avait été constitué en tant qu’organisation internationale.

182 En outre, la Commission s’est limitée à interpréter à sa guise les réponses des États qu’elle avait interrogés, sans engager un dialogue avec ces États pour déterminer si, et comment, ces réponses pouvaient être conciliées avec les éléments mentionnés au point précédent.

183 Dans ces conditions, les possibles difficultés d’interprétation et d’application de la notion d’« organisation internationale » ne sauraient permettre de considérer que les erreurs, résultant d’un défaut de diligence manifeste, commises par la Commission lors de l’adoption de la décision litigieuse sont excusables. Partant, l’illégalité dont est entachée cette décision doit être considérée comme étant suffisamment caractérisée et, par conséquent, susceptible d’engager la responsabilité non contractuelle de l’Union (voir, par analogie, arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission, C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722, points 193 et 194).

184 Cela étant, il convient d’observer que l’éventuel préjudice matériel subi par le requérant résulterait de la décision de la Commission de ne plus conclure avec lui des conventions de délégation selon le mode de la gestion indirecte prévu par la réglementation financière de l’Union. Ainsi, comme le requérant le relève lui–même dans son recours, ce préjudice trouverait son origine dans la décision du 8 mai 2015. Par sa requête dans la présente affaire, le requérant prétend procéder à une « actualisation » du préjudice subi.

185 Il convient de rappeler, à cet égard, que, par son recours devant le Tribunal enregistré sous le numéro d’affaire T‑381/15, le requérant a également introduit une demande en réparation du préjudice matériel qu’il aurait subi du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015, qui a été rejetée par l’arrêt du 2 février 2017, IMG/Commission (T‑381/15, EU:T:2017:57).

186 Ainsi qu’il a été mentionné au point 21 du présent arrêt, par l’arrêt du 31 janvier 2019, la Cour a, notamment, annulé l’arrêt du 2 février 2017, IMG/Commission (T‑381/15, EU:T:2017:57), et a renvoyé l’affaire devant le Tribunal pour qu’il soit statué sur le recours dans cette affaire, pour autant qu’il tendait à la réparation du préjudice prétendument subi par le requérant du fait de l’adoption de la décision du 8 mai 2015. Par l’arrêt du 9 septembre 2020, IMG/Commission (T‑381/15 RENV, EU:T:2020:406), le Tribunal a rejeté la demande du requérant tendant à la réparation des préjudices prétendument causés par la décision du 8 mai 2015.

187 Par l’arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission (C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722), la Cour a annulé l’arrêt du 9 septembre 2020, IMG/Commission (T‑381/15 RENV, EU:T:2020:406), en tant qu’il a rejeté comme non fondée la demande en réparation du requérant relative au préjudice qui lui aurait été causé par la décision du 8 mai 2015, et a renvoyé l’affaire devant Tribunal pour qu’il soit statué sur cette demande, en tant qu’elle porte sur le préjudice matériel invoqué par le requérant.

188 Par l’arrêt du 4 septembre 2024, IMG/Commission (T‑381/15 RENV II, EU:T:2024:589), le Tribunal a rejeté cette demande comme étant non fondée.

189 Toutefois, par arrêt de ce jour dans l’affaire C‑789/24 P, la Cour a annulé cet arrêt du Tribunal, a rappelé que, dans l’arrêt du 22 septembre 2022, IMG/Commission (C‑619/20 P et C‑620/20 P, EU:C:2022:722), elle avait déjà jugé que l’existence d’une violation suffisamment caractérisée de l’obligation de diligence qui pesait sur la Commission lors de l’adoption de la décision du 8 mai 2015 était établie, a constaté que l’existence d’un lien de causalité entre cette violation et le préjudice matériel allégué par le requérant du fait de la suspension de la conclusion de conventions de délégation avec la Commission était aussi établie et a renvoyé l’affaire devant le Tribunal pour statuer sur l’existence et l’étendue du dommage éventuellement subi par le requérant, résultant de la perte de chance de se voir confier, par la Commission, des tâches d’exécution budgétaire en tant qu’organisation internationale.

190 Il est, dès lors, nécessaire de déterminer si, et dans quelle mesure, la demande en réparation du préjudice matériel dans la présente affaire poursuit la réparation d’un préjudice présentant la même nature et le même montant que ceux du préjudice dont la réparation est poursuivie par la demande indemnitaire dans l’affaire T‑381/15, encore pendante, dès lors que, si tel était le cas, la demande en réparation du préjudice matériel dans la présente affaire devrait, dans cette mesure, être déclarée irrecevable, pour cause de litispendance (voir, en ce sens, arrêt du 19 septembre 1985, Hoogovens Groep/Commission, 172/83 et 226/83, EU:C:1985:355, point 9).

191 Par ailleurs, pour autant que la demande en réparation du préjudice matériel invoqué par le requérant concerne un préjudice d’une nature différente de celle du préjudice concerné par la demande en réparation du préjudice matériel dans l’affaire T‑381/15, ou d’un montant allant au–delà de celui visé par cette dernière demande, il y a lieu de relever que, certes, au point 183 du présent arrêt, la Cour a constaté que la condition de l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union tenant au caractère suffisamment caractérisée de l’illégalité commise était, en l’espèce, remplie.

192 Toutefois, en l’état actuel du dossier, la Cour ne dispose pas de l’ensemble des éléments nécessaires pour statuer sur la réalité et sur l’étendue d’un éventuel préjudice, tel que celui visé au point précédent, subi par le requérant ainsi que, le cas échéant, sur l’existence d’un lien de causalité entre un tel préjudice et l’illégalité commise par la Commission.

193 Partant, l’affaire n’est pas en état d’être jugée et doit être renvoyée devant le Tribunal, de sorte qu’il puisse statuer sur les questions visées aux points 190 à 192 du présent arrêt.

Sur les dépens

194 L’affaire étant renvoyée devant le Tribunal, il convient de réserver les dépens afférents au présent pourvoi.

Par ces motifs, la Cour (cinquième chambre) déclare et arrête :

1) L’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 4 septembre 2024, IMG/Commission (T509/21, EU:T:2024:590), est annulé en ce qu’il a rejeté, d’une part, la demande d’annulation de la décision de la Commission européenne, du 8 juin 2021, refusant de reconnaître à International Management Group (IMG), avec effet rétroactif au 16 décembre 2014, le statut d’organisation internationale prévu par la réglementation financière de l’Union pour la mise en œuvre des fonds de l’Union européenne selon le mode de la gestion indirecte et, d’autre part, la demande tendant à la condamnation de la Commission à verser à International Management Group (IMG) une indemnisation à hauteur de 23 651 903 euros en réparation des préjudices matériel et moral qu’il aurait subis du fait des illégalités qui entacheraient cette décision.

2) La décision de la Commission européenne visée au point 1 du présent dispositif est annulée.

3) Le recours est rejeté en tant qu’il porte sur la demande en réparation du préjudice moral invoqué par International Management Group (IMG).

4) L’affaire est renvoyée devant le Tribunal de l’Union européenne pour qu’il soit statué sur la demande en réparation du préjudice matériel invoqué par International Management Group (IMG).

Arastey Sahún

Passer

Regan

Gratsias

Smulders

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 juillet 2026.

Le greffier

La présidente de chambre

A. Calot Escobar

M. L. Arastey Sahún


* Langue de procédure : le français.

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