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AccueilDroit européen62024CN0262
Jurisprudence CJUE62024CN0262

Affaire Pegazus Busz, C-262/24: Demande de décision préjudicielle présentée par la Fővárosi Törvényszék (Hongrie) le 12 avril 2024 – Pegazus Busz Fuvarozó Kft./Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága

CELEX62024CN0262
TypeJurisprudence CJUE
Datevendredi 12 avril 2024

Résumé IA

Cette affaire concerne une demande préjudicielle hongroise portant sur l'interprétation du droit de l'Union en matière de TVA, plus précisément sur les règles applicables aux opérations de transport de personnes. La Cour de justice de l'Union européenne devra se prononcer sur la qualification et le traitement fiscal de ces services dans le cadre du marché intérieur.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/3749

24.6.2024

Demande de décision préjudicielle présentée par la Fővárosi Törvényszék (Hongrie) le 12 avril 2024 – Pegazus Busz Fuvarozó Kft./Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága

(Affaire Pegazus Busz, C-262/24)

(C/2024/3749)

Langue de procédure : le hongrois

Juridiction de renvoi

Fővárosi Törvényszék

Parties à la procédure au principal

Partie requérante : Pegazus Busz Fuvarozó Kft.

Partie défenderesse : Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága

Questions préjudicielles

1)

Faut-il considérer qu’est conforme à l’article 167, l’article 168, sous a), et l’article 178, sous a), de la directive TVA (1) ainsi qu’au droit à un procès équitable, reconnu comme principe général du droit à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), en relation avec les principes de proportionnalité et de sécurité juridique, une pratique de l’administration fiscale en vertu de laquelle :

a)

en dépit de ce qu’il est admis que l’événement économique mentionné sur la facture s’est bien produit, l’assujetti se voit refuser le droit à déduction par l’administration en question, qui fait valoir qu’il peut être déduit de l’ensemble des circonstances considérées par elle comme pertinentes, telles que le recours à des sous-traitants et les liens personnels, organisationnels et de participation mis au jour, le comportement dont a fait preuve avec les salariés la personne désignée comme personne de contact au quotidien dans le contrat d’entreprise principal conclu entre le client et la requérante, ainsi que le fait que les conditions d’emploi des salariés sont restées inchangées auprès des sous-traitants successifs, que le comportement de la requérante contrevient à l’exigence de l’exercice du droit conforme à sa destination, de sorte qu’il serait permis de conclure que l’activité économique est artificielle et a été créée exclusivement en vue d’obtenir un avantage fiscal, à l’encontre des objectifs du régime de la TVA, alors que les circonstances précitées découlent nécessairement de la liberté contractuelle de droit privé ainsi que des règles du droit civil, du droit du travail et du droit fiscal applicables à ces contrats et qu’elles n’ont aucun lien de causalité avec le droit de l’assujetti à déduire la TVA ?

b)

l’administration fiscale apprécie comme constituant un éludement de l’imposition la circonstance que l’émetteur de la facture est en retard de paiement des impôts, taxes ou cotisations déclarés, alors qu’il a obtenu un échelonnement, en vue de s’en acquitter, de ladite administration, qui a finalement recouvré le montant de la dette dans le cadre de la procédure d’exécution forcée engagée contre le sous-traitant, de sorte que le Trésor n’a subi aucun préjudice ; ou faut-il considérer que seule la dissimulation de la taxe aux yeux de l’administration fiscale, c’est-à-dire l’absence de déclaration et de paiement, constitue un comportement frauduleux ?

c)

l’administration fiscale, en invoquant le secret fiscal, n’indique pas à l’assujetti, dans le cours de la procédure, en quoi consiste le comportement considéré comme une fraude fiscale, c’est-à-dire en quoi consiste le non respect de l’obligation de paiement des impôts, taxes et cotisations, et, ainsi, n’indique ni quel est le sous-traitant concrètement concerné par le manquement, ni de quel type d’impôt ou taxe (ou cotisation) il est question, ni l’ampleur et la période du manquement, mais se borne à y faire une référence d’ordre général ?

d)

l’administration fiscale, en invoquant simplement les liens personnels et organisationnels entre les sous-traitants et l’assujetti, non seulement exige de ce dernier, pour qu’il puisse faire valoir son droit à déduction, des vérifications (concernant la dette fiscale d’un sous-traitant de l’assujetti) auxquelles cet assujetti n’a ni l’obligation, ni le droit de procéder (concernant la dette fiscale d’un sous-traitant de l’assujetti), mais suppose, sur la base de cette seule circonstance, que l’assujetti a connaissance de la dette fiscale du sous-traitant, sans vérifier sur le fond ni ce que sait réellement l’assujetti ni s’il peut avoir connaissance [de ce que l’administration suppose qu’il doit savoir] que ce soit légalement (secret fiscal), matériellement ou logiquement ? Le fait que ce sont des particuliers qui sont à l’origine des liens personnels et organisationnels modifie-t-il quelque chose au caractère fondé ou non de la connaissance [des faits imputée à l’assujetti] ?

e)

la détermination de l’employeur avec lequel est nouée la relation de travail qu’entretient le salarié est opérée non pas en se fondant sur le contrat de travail sur lequel est basée la relation de travail et sur la personne qui a déclaré le salarié ainsi que sur les déclarations concordantes des employeurs et des salariés, qui confirment le contenu de ces documents, mais sur la base des déclarations en sens contraire de deux salariés (désormais, un seul), sur la base des circonstances dans lesquelles les relations de travail avec les anciens sous-traitants ont été nouées et des similitudes dans la façon dont les salariés ont été employés, ainsi que sur la base du comportement du gérant du premier employeur, qui est également la personne de contact dans le contrat d’entreprise générale, et cela sans un examen circonstancié du fondement juridique de cette constatation ?

f)

l’administration fiscale reporte littéralement ses constatations relatives aux périodes antérieures sur les périodes ultérieures, sans tenir compte de l’évolution des faits pertinents au cours de chaque période, notamment de la disparition des liens personnels et organisationnels, et, en dépit de ces changements factuels, n’examine pas en quoi ceux-ci, au cours de la période en cause, ont affecté son appréciation quant à l’exercice d’un droit non conforme à sa destination, au caractère artificiel de l’activité économique et à l’existence d’un comportement frauduleux ou quant à ce que le contribuable savait ou devait savoir à cet égard ?

2)

Compte tenu également de la réponse apportée à la question précédente, les articles précités de la directive TVA et, plus particulièrement, le principe de sécurité juridique font-ils obstacle à la conclusion de principe développée dans la jurisprudence, selon laquelle, lorsque peuvent être constatés des liens personnels entre la partie requérante et les émetteurs des factures, susceptibles d’avoir une incidence sur la réalisation de l’événement économique sur lequel porte la facture, il peut être considéré, sans qu’il soit nécessaire d’examiner davantage ce que savait ou devait savoir l’assujetti, que celui-ci avait connaissance d’un éludement de l’imposition consistant en l’absence d’acquittement des charges publiques ?

3)

En résumé, l’administration fiscale, par la façon d’agir précitée, s’acquitte-t-elle, de la manière requise en droit, de la charge de la preuve qui pèse sur elle s’agissant de démontrer des circonstances objectives en relation avec la déduction de la TVA, ou ses conclusions doivent-elles être qualifiées de constatations fondées sur des présomptions et des suppositions, eu égard également au principe énoncé par la Cour selon lequel les règles de droit national en matière d’administration de la preuve ne doivent pas porter atteinte à l’application effective du droit de l’Union ?

4)

Faut-il considérer que constituent une violation de l’article 267 TFUE, du principe de primauté du droit de l’Union, du droit à une protection juridictionnelle effective et du droit à un procès équitable au sens de l’article 47 de la Charte,

—

le fait pour la juridiction nationale statuant en dernier ressort de ne pas appliquer une décision de la Cour en raison d’une différence de fait, en ce que, selon la juridiction nationale, l’objet de la décision de la Cour est une livraison de biens alors que l’objet de l’affaire dont elle est saisie est une prestation de services, ou que, toujours selon la juridiction nationale, la circonstance objective invoquée dans l’affaire en cause n’est qu’une des circonstances objectives appréciées dans la décision de l’Union applicable et que, par conséquent, seule une partie de la décision de la Cour, tout au plus, trouverait à s’y appliquer ?

—

le fait pour la juridiction nationale statuant en dernier ressort, dans le cadre d’un pourvoi en cassation, d’écarter une décision adoptée sur la base d’un arrêt de la Cour rendu dans le cadre d’une procédure préjudicielle et de rendre une décision en sens contraire sans que la juridiction statuant en dernier ressort ait elle-même introduit une demande de décision préjudicielle, en dépit des contradictions en matière d’interprétation du droit de l’Union constatées dans sa décision ?

5)

Compte tenu de l’effectivité des droits et des principes énumérés au point précédent ainsi que de l’obligation d’écarter le droit national contraire au droit de l’Union, une juridiction appelée à statuer à nouveau, sur renvoi de l’affaire devant elle par la juridiction statuant en dernier ressort, peut-elle, dans le cadre de la procédure sur renvoi après cassation, s’écarter des orientations qui lui ont été fournies par la juridiction statuant en dernier ressort, si elle juge ces orientations contraires au droit de l’Union et que la juridiction statuant en dernier ressort a donné lesdites orientations sans introduire de procédure préjudicielle ou que, après qu’une procédure sur renvoi après cassation a été ordonnée, la Cour, dans une affaire portant sur des faits similaires, a rendu, sur une question de droit identique, une décision [contraire] à l’interprétation du droit qui sous-tend l’injonction de reprendre la procédure ; ou bien la possibilité de déroger aux injonctions de la juridiction d’un État membre statuant en dernier ressort et d’appliquer la décision rendue ultérieurement par la Cour n’est-elle ouverte que si la juridiction à nouveau saisie engage une procédure préjudicielle dans le cadre du renvoi de l’affaire devant elle après cassation ?


(1) Directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée (JO 2006, L 347, p. 1).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/3749/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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