| CELEX | 62024CN0824 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mardi 3 décembre 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/537 | 3.2.2025 |
Recours introduit le 3 décembre 2024 – Commission européenne / Royaume de Belgique
(Affaire C-824/24)
(C/2025/537)
Langue de procédure: le français
Parties
Partie requérante: Commission européenne (représentants: B. Stromsky, M. Mataija, G. Meeßen, agents)
Partie défenderesse: Royaume de Belgique
Conclusions
La partie requérante conclut à ce qu’il plaise à la Cour:
| — | Constater que, en imposant un cautionnement de 100 % du prix total du bâtiment aux entrepreneurs et vendeurs qui ne sont pas des «entrepreneurs agréés», alors que les contractants agréés ne doivent fournir qu’un cautionnement de 5 %, le Royaume de Belgique a manqué aux obligations qui lui incombent au titre des articles 16 et 23 de la directive 2006/123/CE (1); |
| — | Condamner le Royaume de Belgique aux dépens. |
Moyens et principaux arguments
La Cour de justice de l’Union européenne est saisie d’un recours en manquement formé par la Commission, en vertu de l’article 258 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, contre le Royaume de Belgique.
Ce recours met en cause la compatibilité de la loi belge du 9 juillet 1971 réglementant la construction d’habitations et la vente d’habitations à construire ou en voie de construction (dite «loi Breyne») et de ses dispositions d’application avec les dispositions de la directive 2006/123.
La loi Breyne et ses dispositions d’application disposent que, pour les conventions prévoyant la construction de bâtiments, l’entrepreneur ou le promoteur doit constituer un cautionnement en faveur de l’acheteur, afin de protéger ce dernier contre l’insolvabilité de l’entrepreneur ou du promoteur. Elles imposent un cautionnement de 100 % du prix total du bâtiment aux entrepreneurs et vendeurs qui ne sont pas des «entrepreneurs agréés» aux termes de la législation belge, alors que les contractants agréés ne doivent fournir qu’un cautionnement de 5 %.
Deux griefs sont adressés au Royaume de Belgique:
Premièrement, la Commission reproche au Royaume de Belgique d’avoir manqué aux obligations de l’article 16 de la directive 2006/123 qui encadre les exigences que l’État peut imposer au prestataire de service établi dans un autre État membre. L’exigence d’un cautionnement de 100 % du prix total du bâtiment constituerait une entrave à la libre prestation de services. Elle restreindrait en effet la liberté des entrepreneurs ou promoteurs immobiliers légalement établis dans d’autres États membres dans lequel ils exercent leurs activités, de fournir leurs services en Belgique. Selon la requérante, cette exigence ne répond à aucune des justifications potentielles limitativement énumérées par cet article comme pouvant être utilement avancées par l’État membre. En particulier, elle ne répondrait pas à une justification tirée de la sécurité publique, contrairement à ce qu’allèguerait le Royaume de Belgique. Elle ne pourrait pas non plus être justifiée par la protection des consommateurs car cette justification potentielle ne serait pas mentionnée par l’article 16 de la directive 2006/123. En tout état de cause, l’exigence ne répondrait pas à d’autres conditions fixées par cet article, et notamment au principe de proportionnalité.
Deuxièmement, la Commission estime que le Royaume de Belgique n’a pas respecté les dispositions de l’article 23 de la directive 2006/123 sur les assurances et garanties professionnelles, en ce qui concerne la liberté d’établissement. Cet article autoriserait les États membres à imposer une obligation de garantie financière aux prestataires de services qui souhaitent s’établir dans l’État de la prestation, mais seulement dans la mesure où cette garantie serait adaptée à la nature et à l’étendue du risque qui résulte directement de la fourniture du service. Or, la garantie de 100 % du prix total du bâtiment ne serait pas proportionnée à l’objectif de protection de l’acheteur d’un logement vendu inachevé contre le risque d’insolvabilité de l’autre partie au contrat. Elle ne serait pas adaptée à la nature et à l’étendue du risque, notamment du fait d’un écart extrêmement important entre les taux de garantie de 5 % et de 100 % en cause, lequel ne correspondrait pas à l’écart entre le risque d’insolvabilité entre les entrepreneurs agréés et les entrepreneurs non agréés. De plus, la garantie de 100 % ne tiendrait pas compte des protections dont bénéficient déjà les acheteurs.
(1) Directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 décembre 2006, relative aux services dans le marché intérieur (JO 2006, L 376, p. 36).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/537/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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