| CELEX | 62024CN0866 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 12 décembre 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/1084 | 24.2.2025 |
Pourvoi formé le 12 décembre 2024 par Ordre des avocats à la cour de Paris, Julie Couturier contre l’arrêt du Tribunal (Grande chambre) rendu le 2 octobre 2024 dans l’affaire T-798/22, Ordre des avocats à la cour de Paris et Couturier / Conseil
(Affaire C-866/24 P)
(C/2025/1084)
Langue de procédure: le français
Parties
Parties requérantes: Ordre des avocats à la cour de Paris, Julie Couturier (représentant: L. Donnedieu de Vabres, avocate)
Autres parties à la procédure: Ordre des avocats de Genève, Conseil de l’Union européenne, République d’Estonie, Commission européenne, Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Conclusions
Les requérants concluent à ce qu’il plaise à la Cour:
| — | D’annuler l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne en date du 2 octobre 2024, rendu dans l’affaire T-798/22, en ce qu’il a méconnu:
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| — | De condamner le Conseil aux dépens conformément à l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour de justice de l’Union européenne. |
| — | De statuer définitivement sur le litige en annulant, premièrement, l’article 1er, point 12, du règlement (UE) 2022/1904 du Conseil, du 6 octobre 2022, modifiant le règlement (UE) n° 833/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine (JO 2022, L 259 I, p. 3), en tant qu’il remplace et modifie l’article 5 quindecies, paragraphes 2 et 4 à 12, du règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil, du 31 juillet 2014, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine (JO 2014, L 229, p. 1), en ce qui concerne les services de conseil juridique, deuxièmement, l’article 1er, point 13, du règlement (UE) 2022/2474 du Conseil, du 16 décembre 2022, modifiant le règlement n° 833/2014 (JO 2022, L 322 I, p. 1), en tant qu’il remplace et modifie l’article 5 quindecies, paragraphes 2 et 4 à 11, du règlement n° 833/2014 en ce qui concerne les services de conseil juridique, et, troisièmement, l’article 1er, point 13, du règlement (UE) 2023/427 du Conseil, du 25 février 2023, modifiant le règlement n° 833/2014 (JO 2023, L 59 I, p. 6), en tant qu’il insère un article 12 ter, paragraphe 2 bis, dans le règlement n° 833/2014 en ce qui concerne les services de conseil juridique, en ce que lesdits articles:
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| — | De condamner le Conseil aux dépens également pour le recours initialement formé devant le Tribunal de l’Union européenne. |
Moyens et principaux arguments
À l’appui de leur pourvoi, les parties requérantes soulèvent trois moyens.
Premier moyen: le Tribunal a méconnu l'obligation de motivation prévue à l’article 296, deuxième alinéa, du TFUE en entérinant la motivation reconstituée par le Conseil dans ses écritures et non celle qui aurait dû figurer dans l’acte lui-même. À cet égard, les parties requérantes soutiennent qu’aucun des considérants des règlements 2022/1904, 2022/2474 et 2023/427 et de la décision 2022/1909 ne contient d’explication des objectifs généraux poursuivis par l’interdiction de prestations de conseil juridique, et donc les raisons pour lesquelles le Conseil a décidé spécifiquement d’interdire les services de conseil juridique, et à quel titre cette interdiction permettrait de poursuivre les objectifs généraux visant à mettre fin à la guerre d’agression russe.
Deuxième moyen: le Tribunal a méconnu le droit à un recours effectif, en considérant que le droit de «se faire conseiller» par un avocat tel que protégé à l’article 47, deuxième alinéa, deuxième phrase, de la Charte, lu à la lumière de l’article 2 du TUE, pouvait être relégué au titre d’exceptions à la règle d’interdiction générale des services de conseil juridique. Cette relégation d’un droit fondamental entraîne une régression dans la protection des valeurs essentielles de l’Etat de droit à laquelle s’oppose l’article 2 du Traité UE. Ce moyen s’articule en deux branches.
Première branche: le Tribunal a considéré que le droit de «se faire conseiller» par un avocat en amont d’«une procédure juridictionnelle», qu’«elle soit déjà ouverte ou qu’elle puisse être prévenue ou anticipée» (arrêt attaqué, point 55), pouvait être relégué au titre d’exceptions à la règle d’interdiction générale des services de conseil juridique. Un tel accès doit être la règle, et non l’exception. Il ne s’agit pas d’une question purement formelle: cette «relégation» d’un droit fondamental, à laquelle s’ajoute l’incertitude accompagnant le champ des exceptions, conduit en l’état l’avocat à refuser d’emblée de délivrer tout conseil juridique, même très préliminaire, à des entités russes.
Deuxième branche: le Tribunal a négligé la perspective finaliste qui s’attache à l’interprétation de l’article 47, deuxième alinéa, deuxième phrase, de la Charte, dans son refus d’annuler les règlements attaqués et dans son acception du conseil juridique. Le Tribunal semble ainsi fixer une exigence de temporalité entre le conseil juridique et le contentieux, qui ne figure pas dans cette disposition. Ce contentieux peut intervenir concomitamment, peu de temps après, longtemps après le conseil juridique, voire jamais. Le conseil juridique prodigué par un avocat, en renseignant le client sur sa situation juridique, et les risques qui y sont liés, a précisément pour objet et, peut éventuellement avoir pour effet, grâce au conseil prodigué, d’éviter un contentieux, ce qui n’exclut pas pour autant ledit conseil du champ de l’article 47, deuxième alinéa, deuxième phrase de la Charte.
Troisième moyen: le Tribunal a méconnu l’article 52, paragraphe 1, de la Charte. Ce moyen s’articule en deux branches.
Première branche: à titre principal, le Tribunal n’a pas respecté le contenu essentiel du droit à un recours effectif.
Deuxième branche: à titre subsidiaire, le Tribunal a méconnu l’article 52, paragraphe 1, de la Charte en n’examinant pas si les trois autres conditions de validité des limitations apportées à ce droit étaient remplies.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1084/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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