Arrêt du Tribunal (neuvième chambre élargie) du 2 septembre 2026.#Global Legal Action Network et Climate Action Network Europe (CAN-Europe) contre Commission européenne.#Environnement – Règlement (UE) 2018/842 – Réductions annuelles des émissions de GES – Révision des quotas annuels d’émissions de GES des États membres pour la période 2023-2030 – Décision d’exécution (UE) 2023/1319 – Rejet de la demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Convention d’Aarhus – Motifs de réexamen dirigés contre les règlements (UE) 2021/1119 et (UE) 2023/857 fixant les objectifs de réduction des émissions de GES de l’Union pour 2030 – Pouvoir d’exécution de la Commission – Article 291, paragraphe 2, TFUE – Motifs de réexamen dirigés contre une analyse d’impact – Initiative législative.#Affaire T-120/24.
| CELEX | 62024TJ0120 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 2 septembre 2026 |
Texte intégral
ARRÊT DU TRIBUNAL (neuvième chambre, siégeant avec cinq juges)
2 septembre 2026 (*)
« Environnement – Règlement (UE) 2018/842 – Réductions annuelles des émissions de GES – Révision des quotas annuels d’émissions de GES des États membres pour la période 2023-2030 – Décision d’exécution (UE) 2023/1319 – Rejet de la demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Convention d’Aarhus – Motifs de réexamen dirigés contre les règlements (UE) 2021/1119 et (UE) 2023/857 fixant les objectifs de réduction des émissions de GES de l’Union pour 2030 – Pouvoir d’exécution de la Commission – Article 291, paragraphe 2, TFUE – Motifs de réexamen dirigés contre une analyse d’impact – Initiative législative »
Dans l’affaire T‑120/24,
Global Legal Action Network, établie à Galway (Irlande),
Climate Action Network Europe (CAN-Europe), établie à Bruxelles (Belgique),
représentées par M. H. Leith, barrister, Mmes A. Kelly-Desmond et R. Wall, solicitors,
parties requérantes,
contre
Commission européenne, représentée par Mme D. Milanowska, MM. G. Wils et B. De Meester, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre siégeant avec cinq juges),
composé, lors des délibérations, de MM. L. Truchot, président (rapporteur), H. Kanninen, P. Nihoul, M. Sampol Pucurull et Mme T. Perišin, juges,
greffière : Mme M. Zwozdziak-Carbonne, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 24 septembre 2025,
rend le présent
Arrêt
1 Par leur recours fondé sur l’article 263 TFUE, les requérantes, Global Legal Action Network et Climate Action Network Europe (CAN-Europe), demandent l’annulation de la décision Ares(2023) 8595389 de la Commission européenne, du 14 décembre 2023, par laquelle celle-ci a rejeté leur demande de réexamen interne de la décision d’exécution (UE) 2023/1319 de la Commission, du 28 juin 2023, modifiant la décision d’exécution (UE) 2020/2126 afin de réviser les quotas annuels d’émissions des États membres pour la période 2023-2030 (JO 2023, L 163, p. 9) (ci-après la « décision attaquée »).
I. Cadre juridique du litige
A. Sur la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le premier objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990
2 Le 9 mai 1992 a été adoptée à New York (États-Unis) la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (JO 1994, L 33, p. 13, ci-après la « CCNUCC »), dont l’objectif est de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Le 11 décembre 1997, les parties à cette convention-cadre ont, au titre de cette dernière, adopté le protocole de Kyoto à la CCNUCC (JO 2002, L 130, p. 4).
3 En application de la CCNUCC et du protocole de Kyoto à cette convention, le Conseil européen, dans ses conclusions des 23 et 24 octobre 2014, a approuvé le cadre d’action pour les politiques de l’Union européenne en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030. Ce cadre fixait un objectif contraignant de réduction des émissions de GES de l’Union d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990.
B. Sur l’accord de Paris
4 Au terme de leur 21e conférence, qui a eu lieu à Paris (France) du 30 novembre au 12 décembre 2015, les parties à la CCNUCC ont adopté, afin de renforcer la riposte mondiale aux changements climatiques, l’accord de Paris (JO 2016, L 282, p. 4).
5 Conformément à son article 2, paragraphe 1, sous a), l’accord de Paris vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, notamment en contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux mêmes niveaux.
6 En outre, l’article 3 de l’accord de Paris prévoit que :
« À titre de contributions déterminées au niveau national à la riposte mondiale aux changements climatiques, il incombe à toutes les Parties d’engager et de communiquer des efforts ambitieux au sens des articles 4, 7, 9, 10, 11 et 13 en vue de réaliser l’objet du présent Accord tel qu’énoncé à l’article 2. Les efforts de toutes les Parties représenteront une progression dans le temps, tout en reconnaissant la nécessité d’aider les pays en développement Parties pour que le présent Accord soit appliqué efficacement. »
7 L’accord de Paris a été signé par l’Union européenne le 22 avril 2016, conformément à la décision (UE) 2016/590 du Conseil de l’Union européenne, du 11 avril 2016, relative à la signature, au nom de l’Union européenne, de l’accord de Paris conclu au titre de la CCNUCC (JO 2016, L 103, p. 1), puis il a été approuvé conformément à la décision (UE) 2016/1841 du Conseil, du 5 octobre 2016, relative à la conclusion, au nom de l’Union européenne, de l’accord de Paris adopté au titre de la CCNUCC (JO 2016, L 282, p. 1). Il est entré en vigueur le 4 novembre 2016.
C. Sur le règlement (UE) 2018/842, le premier objectif de réduction des émissions de GES de 30 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2005 et la décision d’exécution 2020/2126
8 Le 30 mai 2018, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le règlement (UE) 2018/842 relatif aux réductions annuelles contraignantes des émissions de GES par les États membres de 2021 à 2030 contribuant à l’action pour le climat afin de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris et modifiant le règlement (UE) no 525/2013 (JO 2018, L 156, p. 26).
9 Aux termes de son article 1er, et conformément à l’objectif mentionné au point 3 ci-dessus, le règlement 2018/842 a établi pour les États membres des obligations relatives à leurs contributions minimales pour la période 2021-2030 en vue d’atteindre l’objectif de l’Union de réduire, d’ici à 2030, ses émissions de GES de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 dans les secteurs énumérés à l’article 2 du même règlement et de contribuer à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris. Il a également fixé des règles relatives à la détermination des quotas annuels d’émissions de GES (ci-après les « quotas annuels d’émissions ») et à l’évaluation des progrès accomplis par les États membres en vue de respecter leurs contributions minimales.
10 Dans ce contexte, l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842 prévoit l’adoption par la Commission d’actes d’exécution fixant les quotas annuels d’émissions de chaque État membre pour les années 2021 à 2030, exprimés en tonnes-équivalent CO2.
11 Ainsi, le 16 décembre 2020, la Commission a adopté la décision d’exécution (UE) 2020/2126 relative à la fixation des quotas annuels d’émissions des États membres pour la période 2021-2030 en application du règlement 2018/842 (JO 2020, L 426, p. 58).
D. Sur la communication et l’analyse d’impact de la Commission du 17 septembre 2020, la loi européenne sur le climat et le second objectif de réduction des émissions de GES de 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990
12 Le 17 septembre 2020, la Commission a adopté la communication COM(2020) 562 final au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, intitulée « Accroître les ambitions de l’Europe en matière de climat pour 2030 – Investir dans un avenir climatiquement neutre, dans l’intérêt de nos concitoyens » (ci-après la « communication du 17 septembre 2020 »).
13 Par la communication du 17 septembre 2020 et conformément à son document de travail – analyse d’impact SWD(2020) 176 final, du 17 septembre 2020, accompagnant cette communication (ci-après l’« analyse d’impact du 17 septembre 2020 »), la Commission a indiqué que le cadre politique et réglementaire alors en vigueur ne permettait pas à l’Union de respecter ses engagements pris au titre de l’accord de Paris et a proposé de modifier sa trajectoire de réduction des émissions de GES en vue d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050 et de réduire ses émissions nettes de GES, dans tous les secteurs de l’économie, de 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990.
14 Le 30 juin 2021, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le règlement (UE) 2021/1119 établissant le cadre requis pour parvenir à la neutralité climatique et modifiant les règlements (CE) no 401/2009 et (UE) 2018/1999 (JO 2021, L 243, p. 1, ci-après la « loi européenne sur le climat »).
15 Aux termes de son article 1er, la loi européenne sur le climat fixe, d’une part, un objectif contraignant de neutralité climatique dans l’Union d’ici à 2050 en vue de la réalisation de l’objectif de température à long terme fixé à l’article 2, paragraphe 1, sous a), de l’accord de Paris, et, d’autre part, un objectif contraignant au niveau de l’Union consistant en une réduction nette des émissions de GES dans l’Union pour 2030.
16 Ainsi, conformément à la proposition de la Commission qui était contenue dans la communication du 17 septembre 2020, l’article 4, paragraphe 1, de la loi européenne sur le climat, relatif aux objectifs intermédiaires de l’Union en matière de climat, prévoit, afin d’atteindre l’objectif de neutralité climatique d’ici à 2050, un nouvel objectif contraignant en matière de climat pour 2030 consistant en une réduction, dans l’Union, des émissions nettes de GES d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 (ci-après le « second objectif 2030/1990 »).
E. Sur le règlement (UE) 2023/857, le second objectif de réduction des émissions de GES de 40 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2005 et la décision d’exécution 2023/1319
17 Le 19 avril 2023, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le règlement (UE) 2023/857 modifiant le règlement 2018/842 et le règlement (UE) 2018/1999 (JO 2023, L 111, p. 1).
18 Conformément au second objectif 2030/1990, l’article 1er du règlement 2023/857 a modifié l’article 1er du règlement 2018/842 afin d’y inscrire le nouvel objectif de l’Union de réduire, d’ici à 2030, ses émissions de GES de 40 % par rapport aux niveaux de 2005 dans les secteurs énumérés à l’article 2 de ce règlement (ci-après le « second objectif 2030/2005 »).
19 En application du règlement 2018/842, tel que modifié par le règlement 2023/857, la Commission a adopté, le 28 juin 2023, la décision d’exécution 2023/1319.
20 L’article 1er de la décision d’exécution 2023/1319 prévoit que l’annexe II de la décision d’exécution 2020/2126 est remplacée par de nouvelles dispositions qui, d’une part, reprennent les quotas annuels d’émissions des États membres antérieurement définis par la décision d’exécution 2020/2126 pour les années 2021 et 2022 et, d’autre part, fixent, pour chaque État membre, de nouveaux quotas annuels d’émissions en tonnes-équivalent CO2 pour les années 2023 à 2025.
II. Antécédents du litige
21 Le 23 août 2023, les requérantes ont adressé à la Commission une demande de réexamen interne relative à la décision d’exécution 2023/1319, conformément à l’article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 6 septembre 2006, concernant l’application aux institutions et organes de l’Union européenne des dispositions de la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (JO 2006, L 264, p. 13), tel que modifié par le règlement (UE) 2021/1767 du Parlement européen et du Conseil, du 6 octobre 2021 (JO 2021, L 356, p. 1) (ci-après le « règlement Aarhus »). En particulier, dans les points IV et V de cette demande, les requérantes ont invoqué des vices procéduraux et substantiels affectant, selon elles, le second objectif 2030/1990 fixé par la loi européenne sur le climat et issu de l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, ainsi que la décision d’exécution 2023/1319.
22 Par la décision attaquée, datée du 14 décembre 2023, la Commission a rejeté la demande de réexamen interne mentionnée au point 21 ci-dessus comme irrecevable au motif que la délégation de pouvoir prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, sur le fondement de laquelle elle avait adopté la décision d’exécution 2023/1319, revêtait un caractère obligatoire. Ainsi, la Commission a indiqué qu’elle avait l’obligation légale de définir les quotas annuels d’émissions pour la mise en œuvre effective de ce règlement, sans disposer de marge de manœuvre politique ou stratégique. En outre, la Commission a également considéré comme irrecevables les motifs du point IV de la demande de réexamen interne par lesquels les requérantes critiquaient l’analyse d’impact du 17 septembre 2020. À titre subsidiaire, la Commission a précisé qu’aucun des motifs de réexamen interne avancés par les requérantes ne remettait en cause la légalité de la décision d’exécution 2023/1319, de sorte qu’elle a également rejeté leur demande comme non fondée.
III. Conclusions
23 Les requérantes concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner la Commission aux dépens.
24 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner les requérantes aux dépens.
IV. En droit
25 Au soutien de leur recours, les requérantes invoquent, en substance, deux moyens tirés, le premier, d’erreurs de droit au regard de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (JO 2005, L 124, p. 1, ci-après la « convention d’Aarhus »), de l’article 2, paragraphe 1, sous f) et g), et de l’article 10 du règlement Aarhus, ainsi que d’une erreur d’appréciation en ce que la Commission a rejeté comme irrecevables les motifs du point IV de leur demande de réexamen interne et, le second, d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en ce que la Commission a rejeté ladite demande comme infondée.
A. Sur le premier moyen, tiré d’erreurs de droit au regard de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus, de l’article 2, paragraphe 1, sous f) et g), et de l’article 10 du règlement Aarhus, ainsi que d’une erreur d’appréciation en ce que la Commission a rejeté comme irrecevables les motifs du point IV de la demande de réexamen interne
26 Au soutien du premier moyen, les requérantes invoquent, en substance, trois branches, tirées, la première, d’une violation de l’article 2, paragraphe 1, sous f) et g), et de l’article 10 du règlement Aarhus, la deuxième, d’une violation de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus et, la troisième, d’une erreur d’appréciation entachant l’analyse des motifs de la demande de réexamen interne.
27 La Commission fait valoir que l’argumentation développée par les requérantes n’est pas fondée et qu’elle est, au surplus, en partie irrecevable s’agissant des première et troisième branches.
28 Il importe de rappeler les motifs de la décision attaquée relatifs au point IV de la demande de réexamen interne avant d’examiner la troisième branche du présent moyen, puis sa deuxième branche et, enfin, sa première branche.
1. Sur les motifs de la décision attaquée relatifs au point IV de la demande de réexamen interne
29 À titre liminaire, il convient de constater que la décision attaquée est constituée par une lettre de la Commission et une annexe intitulée « Évaluation par la Commission de la demande de réexamen interne de la décision d’exécution (UE) 2023/1319 de la Commission, du 28 juin 2023, modifiant la décision d’exécution (UE) 2020/2126 afin de réviser les quotas annuels d’émissions des États membres pour la période 2023-2030 » (ci-après l’« évaluation contestée »).
30 En premier lieu, dans le point 3.1 de l’évaluation contestée, comportant des remarques liminaires relatives à l’irrecevabilité de l’argumentation des requérantes dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, la Commission a considéré que les motifs du point IV de la demande de réexamen interne avancés contre ladite analyse d’impact étaient irrecevables pour trois motifs. Premièrement, elle a indiqué que, dans la mesure où le second objectif 2030/1990 fixé par la loi européenne sur le climat découlait des conclusions de ladite analyse d’impact, il existait un lien substantiel entre la décision d’exécution 2023/1319 et cette analyse d’impact, qui s’inscrivait dans le cadre d’une initiative législative, de sorte que les requérantes n’étaient pas fondées à soutenir que la prétendue insuffisance des objectifs de réduction des émissions de GES mentionnés dans cette analyse d’impact constituait un vice distinct de l’insuffisance des objectifs pris en compte dans la décision d’exécution 2023/1319. Deuxièmement, elle a estimé que les requérantes n’avaient pas invoqué de vices propres à la décision d’exécution 2023/1319, lue à la lumière du règlement 2018/842, qui constituait, selon elle, le droit de l’environnement pertinent en vue d’apprécier la légalité de cette décision, conformément à l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus. Troisièmement, l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 constituait, selon la Commission, un document de travail dépourvu d’effet juridique contraignant, de sorte qu’elle ne revêtait pas le caractère d’un acte administratif au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous g), dudit règlement et, même à supposer le contraire, les requérantes seraient forcloses à la contester compte tenu du délai de huit semaines fixé par l’article 10, paragraphe 1, de ce règlement.
31 En second lieu, il convient de relever que, dans le point 3.2 de l’évaluation contestée, relatif aux vices procéduraux et substantiels avancés par les requérantes contre la décision d’exécution 2023/1319 prise isolément, la Commission a répondu aux points 94 à 96 de leur demande de réexamen interne, en ce sens que l’habilitation prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, qui constitue la base légale de cette décision, revêtait un caractère obligatoire et n’autorisait pas cette institution à effectuer un choix politique ou de politique publique lors de la définition des quotas annuels d’émissions.
32 La Commission a également précisé que le niveau d’ambition en ce qui concerne l’objectif de réduction des émissions de GES de l’Union d’ici à 2030 dans les secteurs régis par le règlement 2018/842 et, par conséquent, le niveau des contributions des États membres à la réalisation de cet objectif avaient été déterminés par les colégislateurs dans ledit règlement, en recourant à une méthode de calcul fondée sur des trajectoires linéaires.
33 La Commission en a déduit que la définition des quotas annuels d’émissions des États membres équivalait à une opération arithmétique qu’elle devait effectuer en se fondant sur les données d’inventaire que ceux-ci avaient communiquées et dont le résultat était ensuite formalisé dans une décision d’exécution adoptée en suivant une procédure de comitologie.
34 Au terme de ce raisonnement, la Commission a conclu que l’habilitation prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842 ne lui conférait aucun pouvoir lui permettant de réexaminer le second objectif 2030/1990 fixé à l’article 4, paragraphe 1, de la loi européenne sur le climat et qu’un tel réexamen irait au-delà de la compétence d’exécution qu’elle tient de l’article 291 TFUE.
35 Enfin, dans le point 3.5 de l’évaluation contestée, qui constitue sa conclusion générale, la Commission a rappelé que l’habilitation prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, sur le fondement de laquelle elle a adopté la décision d’exécution 2023/1319, revêtait un caractère obligatoire pour la définition des quotas annuels d’émissions et ne l’autorisait pas à effectuer un choix politique ou de politique publique lors de la mise en œuvre de ce règlement.
36 Ainsi, c’est à titre surabondant que, dans le point 3.4 de l’évaluation contestée, relatif aux vices procéduraux et substantiels avancés par les requérantes dans le point IV de leur demande de réexamen interne contre le second objectif 2030/1990, la Commission a rejeté cette argumentation comme non fondée. En effet, dans les remarques liminaires introduisant ce point de l’évaluation contestée, la Commission, après s’être référée aux motifs d’irrecevabilité exposés au point 3.1, a indiqué qu’il lui paraissait important de prendre position sur les différents arguments soulevés par les requérantes, compte tenu du rôle fondamental du second objectif 2030/1990 pour les politiques et le cadre juridique de l’Union en matière de climat, ainsi que de la contribution de l’Union aux efforts déployés au niveau mondial pour lutter contre le changement climatique.
37 Il y a lieu de constater que l’argumentation développée par les requérantes au soutien du premier moyen vise à contester exclusivement les motifs d’irrecevabilité rappelés aux points 30 à 35 ci-dessus.
2. Sur la troisième branche, tirée d’une erreur d’appréciation entachant l’analyse des motifs de la demande de réexamen interne
38 Les requérantes indiquent que, contrairement à ce que la Commission a prétendu, elles n’ont pas entendu contester le second objectif 2030/1990, ni le règlement 2018/842, ni l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, mais se sont limitées à soutenir que l’examen détaillé du cadre juridique constitué par ces éléments était essentiel pour étayer leur demande de réexamen interne et démontrer que la décision d’exécution 2023/1319 était contraire au droit de l’environnement.
39 Ainsi, les requérantes font valoir que leur demande de réexamen interne était dirigée contre la décision d’exécution 2023/1319, de sorte que la conclusion par laquelle la Commission a rejeté cette demande comme irrecevable procèderait d’une interprétation manifestement erronée de leur argumentation.
40 La Commission expose que l’argumentation développée par les requérantes au soutien de la troisième branche n’est pas fondée et que, en tout état de cause, elle est nouvelle et donc irrecevable au regard de l’article 84 du règlement de procédure du Tribunal.
41 Avant d’examiner le bien-fondé de la présente branche, il convient de préciser l’étendue du contrôle juridictionnel qu’il incombe au Tribunal d’exercer lorsqu’il est saisi, comme en l’espèce, d’une argumentation selon laquelle l’institution, l’organe ou l’organisme de l’Union saisi d’une demande de réexamen interne a commis une erreur d’interprétation ou une dénaturation des motifs de cette demande.
a) Sur l’étendue du contrôle juridictionnel
42 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus confère à toute organisation non gouvernementale satisfaisant aux critères prévus à l’article 11 de ce règlement le droit d’introduire, auprès d’une institution qui a adopté un acte administratif, une demande tendant au réexamen interne de cet acte au motif qu’il est contraire au droit de l’environnement (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 37).
43 À cet effet, afin de préciser les motifs du réexamen interne au titre du droit de l’environnement de la façon requise, le demandeur d’un tel réexamen est tenu d’indiquer les éléments de fait ou les arguments de droit susceptibles de fonder des doutes plausibles, à savoir substantiels, quant à l’appréciation portée par l’institution concernée dans l’acte dont le réexamen est demandé (voir, en ce sens, arrêts du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 69, et du 18 octobre 2023, TestBioTech/Commission, T‑605/21, non publié, EU:T:2023:648, point 15 et jurisprudence citée).
44 La demande de réexamen interne d’un acte administratif tend donc à faire constater une prétendue illégalité ou l’absence de bien-fondé de cet acte. Le demandeur peut ensuite saisir, conformément à l’article 12 du règlement Aarhus, lu conjointement avec l’article 10 de ce règlement, le juge de l’Union en introduisant un recours pour incompétence, violation des formes substantielles, violation des traités ou de toute règle de droit relative à leur application ou détournement de pouvoir contre la décision rejetant comme non fondée la demande de réexamen interne (arrêt du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 38 ; voir, également, arrêt du 18 octobre 2023, TestBioTech/Commission, T‑605/21, non publié, EU:T:2023:648, point 17 et jurisprudence citée).
45 Dans ce cadre, l’étendue du contrôle juridictionnel effectué par le juge de l’Union européenne lors de l’examen d’un recours en annulation introduit en vertu de l’article 12 du règlement Aarhus à l’encontre d’une décision sur une demande de réexamen interne fondée sur l’article 10 du même règlement ne diffère pas de l’étendue du contrôle juridictionnel que le Tribunal exerce sur le bien‑fondé des motifs des décisions directement attaquées sur le fondement de l’article 263, paragraphes 2 et 4, TFUE, lorsque de telles décisions reposent sur des évaluations de nature technique et scientifique complexes (voir arrêt du 25 juin 2025, ClientEarth/Conseil, T‑648/22, non publié, EU:T:2025:631, point 105 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 15 décembre 2016, TestBioTech e.a./Commission, T‑177/13, non publié, EU:T:2016:736, point 81).
46 À ce titre, il résulte d’une jurisprudence constante que, lorsqu’une institution de l’Union est appelée à effectuer des évaluations complexes, elle dispose d’un large pouvoir d’appréciation dont l’exercice est soumis à un contrôle juridictionnel se limitant à vérifier si la mesure en cause n’est pas entachée d’erreur manifeste ou de détournement de pouvoir ou si l’autorité compétente n’a pas manifestement dépassé les limites de son pouvoir d’appréciation (voir arrêt du 25 juin 2025, ClientEarth/Conseil, T‑648/22, non publié, EU:T:2025:631, point 106 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 29 avril 2004, Italie/Commission, C‑372/97, EU:C:2004:234, point 83 et jurisprudence citée).
47 Cependant, il convient de rappeler que, lorsque les institutions de l’Union disposent d’un large pouvoir d’appréciation, le respect des garanties conférées par l’ordre juridique de l’Union dans les procédures administratives revêt une importance d’autant plus fondamentale. Parmi ces garanties figure, notamment, l’obligation pour l’institution compétente d’examiner, avec soin et diligence, tous les éléments pertinents du cas d’espèce sur lesquels son appréciation est fondée (voir, en ce sens, arrêts du 15 décembre 2016, TestBioTech e.a./Commission, T‑177/13, non publié, EU:T:2016:736, point 80 et jurisprudence citée, et du 18 octobre 2023, TestBioTech/Commission, T‑606/21, non publié, EU:T:2023:649, point 22 et jurisprudence citée).
48 En effet, l’obligation de diligence mentionnée au point 47 ci-dessus est inhérente au principe de bonne administration et s’applique de manière générale à l’action de l’administration de l’Union dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation (voir, en ce sens, arrêts du 22 novembre 2017, Commission/Bilbaína de Alquitranes e.a., C‑691/15 P, EU:C:2017:882, point 35 et jurisprudence citée, et du 16 juin 2022, SGL Carbon e.a./Commission, C‑65/21 P et C‑73/21 P à C‑75/21 P, EU:C:2022:470, point 31 et jurisprudence citée).
49 En particulier, conformément à l’obligation de diligence, l’institution saisie d’une demande de réexamen interne est tenue d’examiner avec soin tous les éléments pertinents du cas d’espèce, notamment les motifs de réexamen qui sont invoqués par l’auteur de cette demande, ce qui présuppose une compréhension correcte de ces motifs par cette institution.
50 Ainsi, dès lors que la compréhension correcte des motifs de la demande de réexamen interne conditionne l’examen soigneux et diligent de leur bien-fondé et, partant, le respect des droits conférés par le règlement Aarhus et du principe de bonne administration, il y a lieu de juger, afin de garantir la pleine effectivité de ces droits et de ce principe, que, lorsque le Tribunal est saisi, comme en l’espèce, d’une argumentation tirée de l’interprétation manifestement erronée ou de la dénaturation des motifs étayant ladite demande, il est tenu d’exercer un entier contrôle sur la question de savoir si la décision attaquée témoigne d’une compréhension correcte, de la part de l’institution concernée, desdits motifs.
51 Il convient enfin de préciser que l’entier contrôle ainsi circonscrit à cette question n’affecte pas l’application de la jurisprudence citée au point 46 ci-dessus, relative au contrôle restreint à l’erreur manifeste d’appréciation lors de l’examen par le juge de l’Union des évaluations complexes que l’institution concernée est susceptible d’effectuer à cette occasion.
52 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient, en examinant, d’une part, les motifs de la décision attaquée, et, d’autre part, la demande de réexamen interne, et, en particulier, son point IV, de statuer sur le bien-fondé de la présente branche.
b) Sur le bien-fondé de la troisième branche du premier moyen
53 Il convient d’examiner, d’une part, l’argumentation développée par les requérantes au soutien de leur demande de réexamen interne, et, d’autre part, la synthèse de cette argumentation telle qu’elle ressort de la décision attaquée et de l’évaluation contestée.
1) Sur l’argumentation développée par les requérantes au soutien de leur demande de réexamen interne
54 Il y a lieu de constater que le point IV de la demande de réexamen interne, relatif aux vices procéduraux et substantiels affectant le second objectif 2030/1990, est composé, d’une part, d’une première sous-partie visant à démontrer que cet objectif est fondé sur une évaluation manifestement insuffisante et, d’autre part, d’une seconde sous-partie tendant à démontrer que cet objectif est lui-même manifestement inadéquat.
i) Sur la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
55 La première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne est composée d’une introduction (points 65 à 70 de la demande de réexamen interne) et de trois unités. La première de ces unités porte sur l’absence d’évaluation adéquate des réductions d’émissions de GES requises au niveau mondial d’ici à 2030 (points 71 à 73 de la demande de réexamen interne) ; la deuxième concerne l’absence d’évaluation adéquate de la juste part de l’Union dans les réductions des émissions mondiales de GES requises d’ici à 2030 (points 75 à 77) et la troisième traite de l’absence d’évaluation adéquate des réductions des émissions de GES que les États membres de l’Union pourraient réaliser d’ici à 2030 (points 78 à 80).
– Sur l’introduction de la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
56 Dans l’introduction de la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne, les requérantes ont rappelé l’origine du second objectif 2030/1990, à savoir le document intitulé « Une Union plus ambitieuse – Mon programme pour l’Europe – Orientations politiques pour la prochaine Commission européenne 2019-2024 », que Mme Ursula von der Leyen avait présenté le 16 juillet 2019 en qualité de candidate à la présidence de la Commission, la communication COM(2019) 640 final de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, du 11 décembre 2019, intitulée « Le pacte vert pour l’Europe » et l’analyse d’impact du 17 septembre 2020.
57 Les requérantes ont ensuite soutenu que le second objectif 2030/1990 avait été prédéterminé par les orientations politiques de Mme von der Leyen pour le mandat de la Commission pour la période 2019-2024 et la communication relative au « Pacte vert pour l’Europe », sans que l’option consistant à réduire les émissions de GES de plus de 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 ait fait l’objet d’une discussion ou d’une justification.
58 Par ailleurs, les requérantes ont également fait valoir que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 n’a pas fait référence aux droits fondamentaux ni aux conséquences du changement climatique et n’a pas évalué l’incidence du second objectif 2030/1990 sur ces éléments.
– Sur la première unité de la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
59 Dans la première unité, mentionnée au point 55 ci-dessus, relative à l’absence d’évaluation adéquate des réductions d’émissions de GES requises au niveau mondial d’ici à 2030, les requérantes ont soutenu que le second objectif 2030/1990 ne procédait pas d’une évaluation correcte des réductions des émissions de GES requises au niveau mondial pour se conformer à l’objectif de limitation de la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, d’une part, en raison de l’absence de prise en compte, dans l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, des risques associés aux technologies d’élimination du dioxyde de carbone et, d’autre part, en raison de l’absence d’évaluation des réductions des émissions de GES nécessaires pour compenser l’incertitude inhérente à la trajectoire retenue quant à son efficacité pour respecter ledit objectif.
– Sur la deuxième unité de la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
60 Dans la deuxième unité, mentionnée au point 55 ci-dessus, relative à l’absence d’évaluation adéquate de la juste part de l’Union dans les réductions des émissions mondiales de GES requises d’ici à 2030, les requérantes ont critiqué le fait que, pour définir le second objectif 2030/1990, l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 s’était fondée sur des scénarios « coûts-efficacité » qui n’avaient pas pris en compte des considérations d’équité ni la possibilité pour les États membres de contribuer à la réduction des émissions de GES au-delà de leur capacité de réduction au niveau national en finançant des réductions d’émissions dans d’autres pays.
– Sur la troisième unité de la première sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
61 Dans la troisième unité, mentionnée au point 55 ci-dessus, relative à l’absence d’évaluation adéquate des réductions des émissions de GES que les États membres de l’Union pourraient réaliser d’ici 2030, les requérantes ont reproché à la Commission de ne pas avoir procédé, dans l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, à une évaluation de la possibilité de réductions d’émissions nationales plus importantes que celles envisagées conformément au second objectif 2030/1990. Elles ont également soutenu que les motifs qui avaient conduit la Commission à écarter le choix d’un objectif de réduction des émissions de GES de plus de 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 étaient insuffisants au regard des exigences résultant de l’article 191, paragraphe 3, TFUE et du principe de précaution.
ii) Sur la seconde sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
62 La seconde sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne comprend également deux unités. La première de ces unités tend à démontrer que le second objectif 2030/1990 ne visait pas à mettre en œuvre la trajectoire de réduction d’émissions de GES la plus ambitieuse possible, tandis que la seconde vise à établir que le second objectif 2030/1990 était manifestement inadéquat au regard de l’obligation qui incombe à l’Union de contribuer, selon une juste part, à la lutte contre le réchauffement climatique.
– Sur la première unité de la seconde sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
63 Dans la première unité, mentionnée au point 62 ci-dessus, relative au manque d’ambition du second objectif 2030/1990, les requérantes ont fait valoir que l’Union devrait viser une réduction des émissions de GES pour 2030 qui corresponde à une diminution de 60 %, voire 65 %, par rapport aux niveaux d’émissions de 1990.
– Sur la seconde unité de la seconde sous-partie du point IV de la demande de réexamen interne
64 Dans la seconde unité, mentionnée au point 62 ci-dessus, relative à la juste contribution de l’Union à la lutte contre le réchauffement climatique, les requérantes se sont efforcées de démontrer que le second objectif 2030/1990 était insuffisant pour répondre à l’obligation qui incombait à l’Union de réduire les émissions de GES selon sa juste part.
65 Ainsi, il résulte du résumé du point IV de la demande de réexamen interne qui figure aux points 54 à 64 ci-dessus que les motifs exposés dans ce point critiquent explicitement le second objectif 2030/1990 et l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 qui est à l’origine de cet objectif. En outre, ces motifs critiquent implicitement le second objectif 2030/2005, dès lors que, ainsi qu’il résulte du point 18 ci-dessus, ce dernier objectif a été établi par le législateur de l’Union en vue d’atteindre le second objectif 2030/1990.
66 En particulier, il ressort des motifs du point IV de la demande de réexamen interne résumés aux points 54 à 64 ci-dessus que les requérantes ont soutenu que le second objectif 2030/1990, issu de l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, était insuffisant au regard des exigences de l’accord de Paris, notamment de son article 2, paragraphe 1, sous a), relatif à l’objectif de limitation de l’élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, ainsi que des obligations qui résultent de l’article 191 TFUE et du principe de précaution.
2) Sur la synthèse de l’argumentation des requérantes telle qu’elle ressort de la décision attaquée
67 Il convient d’examiner la synthèse de l’argumentation des requérantes que la Commission a effectuée dans la décision attaquée telle qu’elle ressort, d’une part, de la lettre de transmission de l’évaluation contestée et, d’autre part, de cette évaluation.
i) Sur la synthèse de l’argumentation des requérantes effectuée par la Commission dans la lettre de transmission de l’évaluation contestée
68 Dans le deuxième paragraphe de la lettre mentionnée au point 29 ci-dessus, la Commission a indiqué que la demande de réexamen interne présentée par les requérantes était fondée sur de prétendus vices procéduraux et substantiels affectant le second objectif 2030/1990 et l’analyse d’impact du 17 septembre 2020. Elle a précisé que, en substance, les requérantes soutenaient que des vices procéduraux et substantiels entachaient ladite analyse d’impact qui était à l’origine de la proposition, formulée dans la communication du 17 septembre 2020, de réduire les émissions de GES de l’Union d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, y compris les émissions et les absorptions.
69 En outre, selon la Commission, les requérantes avaient fait valoir que, bien que les violations alléguées, imputées à la décision d’exécution 2023/1319, soient établies par référence aux violations imputées au second objectif 2030/1990, les premières se distinguaient des secondes, car elles reflétaient un niveau d’ambition en matière d’atténuation du changement climatique qui était manifestement incompatible avec l’objectif de limitation du réchauffement climatique correspondant à l’objectif de température à long terme de 1,5 °C.
ii) Sur la synthèse de l’argumentation des requérantes effectuée par la Commission dans l’évaluation contestée
70 Il convient de constater que l’évaluation contestée comporte trois parties, relatives, la première, à l’examen de la recevabilité de la demande de réexamen interne présentée par les requérantes, la deuxième, au cadre juridique de l’Union relatif aux réductions contraignantes des émissions de GES et, la troisième, à l’examen des motifs de ladite demande.
71 En particulier, dans le point 3.1 de l’évaluation contestée, comportant des remarques liminaires relatives à l’irrecevabilité de l’argumentation dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, la Commission a indiqué que, en substance, et notamment dans le point IV de leur demande de réexamen interne, les requérantes sollicitaient ledit réexamen de la décision d’exécution 2023/1319 en raison de prétendus vices procéduraux et substantiels affectant le second objectif 2030/1990, lequel avait été intégré dans l’ordre juridique de l’Union par l’article 4, paragraphe 1, de la loi européenne sur le climat.
3) Conclusion
72 Il ressort des points 53 à 71 ci-dessus, en particulier des motifs de la décision attaquée résumés aux points 68 à 71 ci-dessus, que c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la Commission a considéré que la demande de réexamen interne présentée par les requérantes était fondée sur de prétendus vices procéduraux et substantiels affectant le second objectif 2030/1990 et l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, et que les violations alléguées, imputées à la décision d’exécution 2023/1319, l’étaient par référence aux violations imputées au second objectif 2030/1990.
73 Par conséquent, c’est à tort que les requérantes soutiennent que la Commission a dénaturé les motifs de leur demande de réexamen interne, de sorte que la présente branche, tirée d’une erreur d’appréciation entachant la compréhension de ces motifs, doit être rejetée comme non fondée, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par la Commission [voir arrêt du 21 juin 2023, UG/Commission, T‑571/17 RENV, EU:T:2023:351, point 72 (non publié) et jurisprudence citée].
3. Sur la deuxième branche, tirée d’une violation de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus
74 Les requérantes soutiennent que l’argument de la Commission selon lequel elle ne disposait, pour calculer les quotas annuels d’émissions, d’aucun pouvoir ni d’aucune marge d’appréciation, en application du règlement 2018/842, n’était pas de nature à emporter le rejet de leur demande de réexamen interne comme irrecevable, compte tenu des exigences résultant de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus.
75 Selon une jurisprudence constante, les dispositions d’un accord international auquel l’Union est partie ne peuvent être invoquées à l’appui d’un recours en annulation d’un acte de droit dérivé de l’Union ou d’une exception tirée de l’illégalité d’un tel acte qu’à la condition, d’une part, que la nature et l’économie de cet accord ne s’y opposent pas et, d’autre part, que ces dispositions apparaissent, du point de vue de leur contenu, inconditionnelles et suffisamment précises (voir arrêts du 28 juillet 2016, Ordre des barreaux francophones et germanophone e.a., C‑543/14, EU:C:2016:605, point 49 et jurisprudence citée, et du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 56 et jurisprudence citée).
76 À cet égard, aux termes de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus :
« 2. Chaque partie veille, dans le cadre de sa législation nationale, à ce que les membres du public concerné
a) ayant un intérêt suffisant pour agir ou, sinon,
b) faisant valoir une atteinte à un droit, lorsque le code de procédure administrative d’une partie pose une telle condition, puissent former un recours devant une instance judiciaire et/ou un autre organe indépendant et impartial établi par loi pour contester la légalité, quant au fond et à la procédure, de toute décision, tout acte ou toute omission tombant sous le coup des dispositions de l’article 6 et, si le droit interne le prévoit et sans préjudice du paragraphe 3 ci-après, des autres dispositions pertinentes de la présente convention.
Ce qui constitue un intérêt suffisant et une atteinte à un droit est déterminé selon les dispositions du droit interne et conformément à l’objectif consistant à accorder au public concerné un large accès à la justice dans le cadre de la présente convention. À cet effet, l’intérêt qu’a toute organisation non gouvernementale répondant aux conditions visées au paragraphe 5 de l’article 2 est réputé suffisant au sens du point a) ci-dessus. Ces organisations sont également réputées avoir des droits auxquels il pourrait être porté atteinte au sens du point b) ci-dessus.
Les dispositions du présent paragraphe 2 n’excluent pas la possibilité de former un recours préliminaire devant une autorité administrative et ne dispensent pas de l’obligation d’épuiser les voies de recours administratif avant d’engager une procédure judiciaire lorsqu’une telle obligation est prévue en droit interne.
3. En outre, et sans préjudice des procédures de recours visées aux paragraphes 1 et 2 ci-dessus, chaque partie veille à ce que les membres du public qui répondent aux critères éventuels prévus par son droit interne puissent engager des procédures administratives ou judiciaires pour contester les actes ou omissions de particuliers ou d’autorités publiques allant à l’encontre des dispositions du droit national de l’environnement. »
77 Or, il a déjà été dit pour droit que, d’une part, en ce qui concerne l’article 9, paragraphe 3, de la convention d’Aarhus, dès lors que seuls « les membres du public qui répondent aux critères éventuels prévus par [le] droit interne » sont titulaires des droits prévus à cette disposition, celle-ci est subordonnée, dans son exécution ou dans ses effets, à l’intervention d’un acte ultérieur (voir arrêt du 28 juillet 2016, Ordre des barreaux francophones et germanophone e.a., C‑543/14, EU:C:2016:605, point 51 et jurisprudence citée).
78 D’autre part, l’article 9, paragraphe 2, de la convention d’Aarhus se réfère également à des critères arrêtés par le droit national. En effet, selon les termes de cette disposition, les procédures de recours qu’elle vise doivent être établies « dans le cadre de [l]a législation nationale » des parties à cette convention, le législateur national devant, notamment, décider s’il entend prévoir la possibilité d’un recours « devant une instance judiciaire ou un autre organe indépendant et impartial établi par la loi ». En outre, il ressort de cette disposition qu’il appartient également aux dispositions du droit interne de déterminer « ce qui constitue un intérêt suffisant et une atteinte à un droit » (voir, en ce sens, arrêt du 28 juillet 2016, Ordre des barreaux francophones et germanophone e.a., C‑543/14, EU:C:2016:605, point 52 et jurisprudence citée).
79 Il s’ensuit que l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus ne remplit pas les conditions pour pouvoir être invoqué à l’appui d’un recours en annulation d’un acte de droit dérivé de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 28 juillet 2016, Ordre des barreaux francophones et germanophone e.a., C‑543/14, EU:C:2016:605, point 53 et jurisprudence citée).
80 Par conséquent, les requérantes ne sauraient utilement invoquer une violation de l’article 9, paragraphes 2 et 3, de la convention d’Aarhus et la deuxième branche doit être rejetée comme inopérante.
4. Sur la première branche, tirée d’une violation de l’article 2, paragraphe 1, sous f) et g), et de l’article 10 du règlement Aarhus
81 Au soutien de la première branche, les requérantes font valoir, en substance, que le rejet comme irrecevables des motifs du point IV de leur demande de réexamen interne est entaché d’erreurs de droit au regard de l’article 2, paragraphe 1, sous f) et g), et de l’article 10 du règlement Aarhus.
82 Cette première branche est composée de trois griefs.
83 Au soutien du premier grief, les requérantes prétendent que la Commission a violé l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, en rejetant comme irrecevable leur demande de réexamen interne au motif que l’habilitation prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, qui constitue la base légale de la décision d’exécution 2023/1319, revêtait, selon la Commission, un caractère obligatoire et ne l’autorisait pas à effectuer un choix politique ou de politique publique lors de la définition des quotas annuels d’émissions. Selon les requérantes, le règlement Aarhus faisait obligation à la Commission d’examiner la compatibilité du second objectif 2030/1990 avec plusieurs normes de droit de l’environnement auxquelles cet objectif aurait été soumis.
84 Au soutien du deuxième grief, les requérantes invoquent une erreur de droit commise par la Commission, notamment au regard de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus en ce qu’elle a limité le droit de l’environnement applicable au seul règlement 2018/842. Ce faisant, la Commission aurait méconnu la jurisprudence pertinente, en particulier, les arrêts du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth (C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546), et du 14 mars 2018, TestBioTech/Commission (T‑33/16, EU:T:2018:135).
85 Au soutien du troisième grief, les requérantes indiquent que les quotas annuels d’émissions fixés dans la décision d’exécution 2023/1319 permettent des émissions de GES importantes, sans être assortis d’une analyse d’impact ou d’une évaluation de nature à établir le caractère suffisant de ces quotas. À ce titre, elles soutiennent que la Commission était tenue d’examiner leur argumentation dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, conformément à l’article 2, paragraphe 1, sous g), et à l’article 10 du règlement Aarhus, dès lors que cette analyse faisait partie intégrante du cadre juridique dont découlait la décision d’exécution 2023/1319.
86 La Commission fait valoir que l’argumentation des requérantes n’est pas fondée et que, au surplus, le troisième grief est irrecevable au regard des exigences résultant de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, faute d’avoir été soulevé par les requérantes dans leur demande de réexamen interne.
87 Il y a lieu d’examiner le premier grief, puis, conjointement, les deuxième et troisième griefs.
a) Sur le premier grief de la première branche
88 Il convient de rappeler que, aux termes de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus :
« Toute organisation non gouvernementale ou d’autres membres du public satisfaisant aux critères énoncés à l’article 11 sont habilités à introduire une demande de réexamen interne auprès de l’institution ou de l’organe de l’Union qui a adopté l’acte administratif ou, en cas d’allégation d’omission administrative, qui était censé avoir adopté un tel acte, au motif que ledit acte ou ladite omission va à l’encontre du droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, [sous] f).
Ces demandes sont formulées par écrit et sont introduites dans un délai n’excédant pas huit semaines à compter de la date à laquelle l’acte administratif a été adopté, notifié ou publié, la plus récente de ces dates étant retenue, ou, en cas d’allégation d’omission administrative, huit semaines à compter de la date à laquelle l’acte administratif était censé avoir été adopté. La demande précise les motifs de réexamen. »
89 En outre, l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus définit le droit de l’environnement, pour l’application de ce règlement, comme toute disposition législative de l’Union qui, indépendamment de sa base juridique, contribue à la poursuite des objectifs de la politique de l’Union dans le domaine de l’environnement tels qu’ils sont prévus par le traité FUE, à savoir la préservation, la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement, la protection de la santé des personnes, l’utilisation prudente et rationnelle des ressources naturelles et la promotion, sur le plan international, de mesures destinées à faire face aux problèmes régionaux ou planétaires de l’environnement.
90 Enfin, l’article 2, paragraphe 1, sous g), du règlement Aarhus définit la notion d’« acte administratif », pour l’application de ce règlement, comme tout acte non législatif adopté par une institution ou un organe de l’Union, ayant un effet juridique et extérieur et contenant des dispositions qui peuvent aller à l’encontre du droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), dudit règlement.
91 En l’espèce, il ressort des points 66 et 72 ci-dessus que, par les motifs exposés au point IV de leur demande de réexamen interne, les requérantes invoquaient l’insuffisance du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005 au regard, notamment, des exigences de l’accord de Paris, en particulier de son article 2, paragraphe 1, sous a), relatif à l’objectif de limitation de l’élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, ainsi que des obligations qui résultent de l’article 191 TFUE et du principe de précaution.
92 Par ailleurs, il ressort du point 3.5 de l’évaluation contestée, qui constitue sa conclusion générale, que la Commission a rejeté la demande de réexamen interne des requérantes au motif principal que l’habilitation prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, sur le fondement de laquelle cette institution a adopté la décision d’exécution 2023/1319, revêtait un caractère obligatoire pour la définition des quotas annuels d’émissions et ne l’autorisait pas à effectuer un choix politique ou de politique publique lors de la mise en œuvre de ce règlement, de sorte que les motifs avancés par les requérantes au soutien de leur demande étaient irrecevables.
93 En premier lieu, il convient de constater que, ainsi qu’il ressort de ses visas et de ses considérants, la décision d’exécution 2023/1319, qui constitue l’objet de la demande de réexamen interne présentée par les requérantes, a été adoptée sur le fondement de l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, tel que modifié par le règlement 2023/857.
94 À cet égard, il ressort de l’article 1er du règlement 2018/842, tel que modifié par le règlement 2023/857, que cette réglementation établit, pour les États membres, des obligations relatives à leurs contributions minimales pour la période 2021-2030, en vue d’atteindre le second objectif 2030/2005, et contribue ainsi à la réalisation des objectifs de la loi européenne sur le climat.
95 En particulier, il résulte du considérant 13 du règlement 2023/857 que le second objectif 2030/2005, qui concerne les secteurs économiques énumérés à l’article 2 du règlement 2018/842, a été déterminé en vue d’atteindre le second objectif 2030/1990 fixé par la loi européenne sur le climat.
96 En outre, l’article 4, paragraphe 3, du règlement 2018/842, tel que modifié par le règlement 2023/857, prévoit que la Commission adopte des actes d’exécution fixant les quotas annuels d’émissions de chaque État membre pour les années 2021 à 2030 exprimés en tonnes équivalent-CO2 conformément aux trajectoires linéaires qui sont définies au paragraphe 2 du même article de manière à atteindre le second objectif 2030/2005.
97 Ainsi qu’il ressort du considérant 19 du règlement 2018/842, cette compétence conférée à la Commission vise à assurer des conditions uniformes d’exécution des dispositions de ce règlement relatives à l’établissement des quotas annuels d’émissions pour les États membres.
98 Ainsi, la décision 2023/1319 constitue un acte d’exécution du règlement 2018/842 et, partant, elle est régie par l’article 291 TFUE.
99 En deuxième lieu, il convient de rappeler que, aux termes de l’article 291, paragraphe 2, TFUE :
« Lorsque des conditions uniformes d’exécution des actes juridiquement contraignants de l’Union sont nécessaires, ces actes confèrent des compétences d’exécution à la Commission ou, dans des cas spécifiques dûment justifiés et dans les cas prévus aux articles 24 et 26 du traité sur l’Union européenne, au Conseil. »
100 En outre, l’article 13, paragraphe 2, TUE, dispose :
« Chaque institution agit dans les limites des attributions qui lui sont conférées dans les traités, conformément aux procédures, conditions et fins prévues par ceux-ci. Les institutions pratiquent entre elles une coopération loyale. »
101 Ainsi, les principes de l’équilibre institutionnel, de coopération loyale et de l’attribution des compétences, tels qu’ils sont consacrés à l’article 13, paragraphe 2, TUE, impliquent que chaque institution agisse dans les limites des attributions qui lui sont conférées par les traités, conformément aux procédures, aux conditions et aux fins prévues par ceux-ci et exerce ainsi ses compétences dans le respect de celles des autres (voir, en ce sens, arrêts du 3 décembre 2020, Changmao Biochemical Engineering/Distillerie Bonollo e.a., C‑461/18 P, EU:C:2020:979 point 102 et jurisprudence citée, et du 3 septembre 2024, Illumina et Grail/Commission, C‑611/22 P et C‑625/22 P, EU:C:2024:677, point 215 et jurisprudence citée).
102 Dans ce cadre, il convient de rappeler que l’adoption des règles essentielles d’une matière est réservée à la compétence du législateur de l’Union. Il s’ensuit que les dispositions établissant les éléments essentiels d’une réglementation de base, dont l’adoption nécessite d’effectuer des choix politiques relevant des responsabilités propres à ce législateur, ne sauraient être arrêtées dans des actes d’exécution (voir arrêt du 28 février 2023, Fenix International, C‑695/20, EU:C:2023:127, point 41 et jurisprudence citée).
103 En outre, lorsqu’une compétence d’exécution est conférée à la Commission, celle-ci est appelée à préciser le contenu de l’acte législatif en cause, afin d’assurer sa mise en œuvre dans des conditions uniformes dans tous les États membres. Ainsi, les dispositions d’un acte d’exécution adopté par la Commission doivent, d’une part, respecter les objectifs généraux essentiels poursuivis par l’acte législatif qu’elles sont censées préciser et, d’autre part, être nécessaires ou utiles pour la mise en œuvre uniforme de celui‑ci sans qu’elles le complètent ni le modifient, même dans ses éléments non essentiels (voir arrêt du 28 février 2023, Fenix International, C‑695/20, EU:C:2023:127, point 44 et jurisprudence citée).
104 Il résulte de l’ensemble de ces considérations que la compétence d’exécution conférée à la Commission au titre de l’article 291, paragraphe 2, TFUE, comporte, en substance, le pouvoir d’adopter des mesures qui sont nécessaires ou utiles pour la mise en œuvre uniforme des dispositions de l’acte législatif sur le fondement duquel elles sont adoptées et qui se bornent à en préciser le contenu, dans le respect des objectifs généraux essentiels poursuivis par cet acte, sans le modifier ou le compléter, en ses éléments essentiels ou non essentiels (voir arrêt du 28 février 2023, Fenix International, C‑695/20, EU:C:2023:127, point 49 et jurisprudence citée).
105 En troisième lieu, tant le second objectif 2030/2005 que le second objectif 2030/1990 ont été introduits dans l’ordre juridique de l’Union par des actes adoptés suivant la procédure législative ordinaire, à savoir le règlement 2023/857 et la loi européenne sur le climat, et qui constituent, dès lors, des actes législatifs au sens de l’article 289, paragraphes 1 et 3, TFUE.
106 Par conséquent, il convient de constater que, lors de l’adoption d’un acte d’exécution tel que la décision d’exécution 2023/1319, la Commission n’était pas autorisée, conformément aux principes jurisprudentiels énoncés aux points 102 à 104 ci-dessus, à fixer les quotas annuels d’émissions des États membres pour la période 2023-2030 en se fondant sur des objectifs de réduction des émissions de GES de l’Union qui auraient été différents du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005.
107 En effet, la Commission était tenue de prendre les dispositions visant à préciser les conditions de mise en œuvre du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005, sans pouvoir déroger à ceux-ci. Si, lors de l’adoption de la décision d’exécution 2023/1319, la Commission s’était fondée sur des objectifs de réduction des émissions de GES de l’Union distincts du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005, au motif qu’elle considérait ces objectifs comme insuffisants au regard d’exigences résultant de normes du droit primaire ou du droit international, elle aurait outrepassé sa compétence d’exécution et aurait empiété sur la compétence du législateur de l’Union. Ce faisant, elle aurait méconnu l’article 291 TFUE et, en conséquence, les principes de l’équilibre institutionnel, de coopération loyale et de l’attribution des compétences, tels qu’ils sont consacrés à l’article 13, paragraphe 2, TUE.
108 En quatrième lieu, il convient d’examiner la question de savoir si, à la suite d’une demande de réexamen interne dirigée contre un acte administratif adopté par la Commission dans l’exercice de sa compétence d’exécution, tel que la décision d’exécution 2023/1319, l’article 10 du règlement Aarhus autorise cette institution à accéder à cette demande au motif que la réglementation de base en application de laquelle cet acte administratif est adopté serait contraire à des normes du droit de l’environnement issues du droit primaire de l’Union ou du droit international.
109 À cet égard, il y a lieu de constater que, conformément au libellé de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, la demande de réexamen interne contre un acte administratif fondée sur son éventuelle contrariété au droit de l’environnement doit être introduite « auprès de l’institution ou de l’organe de l’Union qui a adopté l’acte administratif » et qui, partant, était compétente à cet effet.
110 Il s’ensuit que la demande de réexamen interne d’un acte administratif tend à faire constater une prétendue illégalité ou l’absence de bien-fondé de cet acte par l’institution qui l’a adopté et qui, par voie de conséquence, dispose de la compétence pour le modifier dans l’hypothèse où cet acte serait contraire au droit de l’environnement (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, points 37 et 38).
111 Or, ainsi qu’il résulte des principes jurisprudentiels énoncés aux points 102 à 104 ci-dessus, la Commission n’est pas autorisée, au titre de sa compétence d’exécution, à modifier la réglementation de base d’un acte administratif dont elle est l’auteure, tel que la décision d’exécution 2023/1319, lorsque cette réglementation de base relève, comme en l’espèce, de la compétence d’autres institutions et d’une autre procédure d’adoption que celle prévue par l’article 291 TFUE.
112 De la même manière, il ne saurait être considéré que l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus autorise la Commission, lorsqu’elle est saisie d’une demande de réexamen interne d’un acte administratif qu’elle a adopté au titre de sa compétence d’exécution, conformément à l’article 291 TFUE, à examiner le bien-fondé de motifs visant la réglementation de base de cet acte administratif, alors qu’elle n’est pas habilitée à adopter cette réglementation de base au titre de sa compétence d’exécution.
113 En effet, s’il en allait autrement, la Commission pourrait, à l’occasion de l’examen d’une demande de réexamen interne, remettre en cause la réglementation de base qui a été adoptée par d’autres institutions de l’Union et qu’elle est tenue d’appliquer au titre de sa compétence d’exécution, ce qui irait à l’encontre, non seulement des principes de l’équilibre institutionnel, de coopération loyale et de l’attribution des compétences, mais également du principe de sécurité juridique, qui exige notamment que l’application des règles de droit soit prévisible pour les justiciables (voir, en ce sens, arrêt du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil, C‑156/21, EU:C:2022:97, point 223 et jurisprudence citée).
114 En cinquième lieu, le constat énoncé au point 112 ci-dessus s’impose d’autant plus en l’espèce que le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 sont fixés par des dispositions de nature législative, ainsi que la Commission l’a indiqué dans l’évaluation contestée.
115 À cet égard, il y a lieu de relever que le second objectif 2030/1990 est fixé par l’article 4, paragraphe 1, de la loi européenne sur le climat, relatif aux objectifs intermédiaires de l’Union en matière de climat, tandis que le second objectif 2030/2005 est fixé par l’article 1er du règlement 2018/842, dans sa rédaction issue du règlement 2023/857.
116 En outre, la loi européenne sur le climat et les règlements 2018/842 et 2023/857 ont été adoptés par le Parlement et le Conseil conformément à la procédure législative ordinaire, telle qu’elle est définie à l’article 289, paragraphe 1, TFUE, de sorte que le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 sont prévus par des actes de nature législative, tant au sens de l’article 289, paragraphes 1 et 3, TFUE, qu’au sens de la convention d’Aarhus et du règlement Aarhus.
117 En effet, les actes législatifs des institutions de l’Union au sens de l’article 289, paragraphe 3, TFUE, relèvent de l’exercice des pouvoirs législatifs prévus à l’article 2, paragraphe 2, dernier alinéa, de la convention d’Aarhus et à l’article 2, paragraphe 1, sous c), du règlement Aarhus (voir, en ce sens, ordonnance du 15 septembre 2022, CNMSE e.a./Parlement et Conseil, C‑749/21 P, non publiée, EU:C:2022:699, points 24 à 26 et jurisprudence citée).
118 Or, premièrement, il y a lieu de rappeler que l’article 10 du règlement Aarhus doit être lu en combinaison avec l’article 2, paragraphe 1, sous c), du même règlement. Aux termes de cette dernière disposition, la notion d’« institutions et organes de l’Union », auxquels ce règlement s’applique, conformément à son article 1er, paragraphe 1, couvre « toute institution, tout organe, toute agence ou tout office publics créés en vertu ou sur la base du traité sauf lorsqu’elle/il agit dans l’exercice de pouvoirs judiciaires ou législatifs » (voir, en ce sens, arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 71).
119 Ainsi, l’action des institutions de l’Union est exclue du champ d’application du règlement Aarhus lorsque celles-ci exercent des pouvoirs législatifs (voir, en ce sens, ordonnance du 15 septembre 2022, CNMSE e.a./Parlement et Conseil, C‑749/21 P, non publiée, EU:C:2022:699, point 25 et jurisprudence citée, et arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 72).
120 En particulier, un acte législatif au sens de l’article 289, paragraphe 3, TFUE ne peut pas faire l’objet d’une demande de réexamen interne, dès lors que, conformément aux dispositions combinées de l’article 2, paragraphe 1, sous g), et de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, un tel réexamen ne peut viser qu’un « acte administratif » défini, par la première de ces dispositions, comme tout acte non législatif adopté par une institution ou un organe de l’Union, ayant un effet juridique et extérieur et contenant des dispositions qui peuvent aller à l’encontre du droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du même règlement (voir, en ce sens, ordonnance du 15 septembre 2022, CNMSE e.a./Parlement et Conseil, C‑749/21 P, non publiée, EU:C:2022:699, point 26).
121 Deuxièmement, il y a lieu de rappeler que le règlement Aarhus a pour objet de mettre en œuvre, en ce qui concerne les institutions de l’Union, les stipulations de l’article 9, paragraphe 3, de la convention d’Aarhus (voir arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 67 et jurisprudence citée).
122 À cet égard, si, ainsi qu’il résulte de l’examen de la deuxième branche, l’article 9, paragraphe 3, de la convention d’Aarhus ne peut pas être invoqué aux fins d’apprécier la légalité d’une disposition ou d’un acte du droit de l’Union, un tel constat ne fait pas obstacle à ce que les dispositions du règlement Aarhus soient interprétées, dans la mesure du possible, à la lumière de cette convention (voir arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 68 et jurisprudence citée).
123 En effet, d’une part, les textes du droit de l’Union doivent être interprétés, dans la mesure du possible, à la lumière du droit international, en particulier lorsque ces textes visent à mettre en œuvre un accord international conclu par l’Union (voir arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 66 et jurisprudence citée).
124 D’autre part, les effets, dans l’ordre juridique de l’Union, des stipulations d’un accord conclu par celle-ci avec les États tiers, tel que la convention d’Aarhus, ne sauraient être déterminés en faisant abstraction de l’origine internationale des stipulations de ces conventions (voir, en ce sens, arrêt du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 53 et jurisprudence citée).
125 Par conséquent, une interprétation du règlement Aarhus à la lumière de la convention d’Aarhus constitue un moyen essentiel pour garantir, conformément à la volonté du législateur de l’Union exprimée au considérant 3 dudit règlement, que les dispositions du droit de l’Union demeurent compatibles avec celles de cette convention (voir arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 69 et jurisprudence citée).
126 Or, selon une jurisprudence constante, les actes des institutions de l’Union qui ont été adoptés dans l’exercice des pouvoirs législatifs sont exclus du champ d’application de la convention d’Aarhus. En effet, l’article 9, paragraphe 3, de ladite convention vise les actes des autorités publiques, dont la définition, à l’article 2, paragraphe 2, de cette convention, ne comprend pas les organes ou les institutions agissant dans l’exercice de pouvoirs législatifs (voir, en ce sens, ordonnance du 15 septembre 2022, CNMSE e.a./Parlement et Conseil, C‑749/21 P, non publiée, EU:C:2022:699, point 24 et jurisprudence citée, et arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 70).
127 Par ailleurs, compte tenu de l’exclusion des actes de nature législative du champ d’application de la convention d’Aarhus et du règlement Aarhus, il ne saurait être fait obstacle à l’application des principes énoncés aux points 118 à 120 et 126 ci-dessus au seul motif que, en l’espèce, les requérantes n’ont pas sollicité directement auprès du Conseil et du Parlement le réexamen interne du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005, mais que, à l’occasion d’une demande de réexamen interne formellement dirigée contre la décision d’exécution 2023/1319, elles ont invoqué l’insuffisance de ces objectifs, et, partant, leur contrariété à certaines normes environnementales.
128 En effet, le fait que les requérantes ont adressé leur demande de réexamen interne à la Commission, en visant formellement un acte non législatif tel que la décision d’exécution 2023/1319, demeure sans incidence sur le contenu des motifs de cette demande qui, ainsi qu’il résulte de l’examen de la troisième branche, est, en réalité, dirigé contre les dispositions législatives de la loi européenne sur le climat fixant le second objectif 2030/1990, ainsi que, par voie de conséquence, les dispositions législatives fixant le second objectif 2030/2005.
129 Dans ces conditions, il ne saurait être considéré que la Commission a commis une erreur de droit au regard de l’article 10 du règlement Aarhus en rejetant comme irrecevables, dans la décision attaquée, les motifs de la demande de réexamen interne avancés par les requérantes contre le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 en raison du fait que ceux-ci sont définis par des dispositions de nature législative que la décision d’exécution 2023/1319 avait pour objet de mettre en œuvre, sans que la Commission puisse les modifier ni les compléter, en ses éléments essentiels et non essentiels, eu égard aux limites qui s’imposent à toute compétence d’exécution en vertu de l’article 291, paragraphe 2, TFUE.
130 Troisièmement, il convient d’examiner l’incidence éventuelle de l’article 277 TFUE sur la solution du litige. En effet, si dans leurs écritures devant le Tribunal, les requérantes ont contesté avoir présenté une exception d’illégalité au sens de cette disposition, elles ont, néanmoins, en réponse à une question du Tribunal lors de l’audience, indiqué s’en prévaloir implicitement au soutien de leur argumentation. En outre, la Commission a soutenu que, dans le cadre du second moyen, les requérantes cherchaient à obtenir du Tribunal une appréciation de la conformité du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005 à certaines normes du droit de l’environnement relevant du droit primaire de l’Union ou du droit international.
131 À cet égard, l’article 277 TFUE dispose :
« Nonobstant l’expiration du délai prévu à l’article 263, sixième alinéa, toute partie peut, à l’occasion d’un litige mettant en cause un acte de portée générale adopté par une institution, un organe ou un organisme de l’Union, se prévaloir des moyens prévus à l’article 263, deuxième alinéa, pour invoquer devant la Cour de justice de l’Union européenne l’inapplicabilité de cet acte. »
132 Ainsi, selon une jurisprudence constante, l’article 277 TFUE constitue l’expression d’un principe général assurant à toute partie le droit de contester, par voie incidente, en vue d’obtenir l’annulation d’une décision qui lui est adressée, la validité des actes de portée générale qui forment la base d’une telle décision ou qui entretiennent un lien juridique direct avec elle (voir, en ce sens, arrêt du 16 mars 2023, Commission/Calhau Correia de Paiva, C‑511/21 P, EU:C:2023:208, points 44 et 46 et jurisprudence citée).
133 Or, premièrement, à supposer même que les requérantes aient entendu se prévaloir, implicitement, de l’article 277 TFUE dans le corps de leur demande de réexamen interne, il convient d’observer que, selon les termes exprès de cette disposition, ce n’est que dans le cadre d’un litige porté devant le juge de l’Union qu’il est possible d’exciper de l’illégalité d’un acte de portée générale constituant la base légale d’une disposition contestée.
134 En effet, dans le cadre de l’appréciation d’une demande de réexamen interne déposée conformément à l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, l’institution saisie, qui n’exerce en aucune manière les compétences juridictionnelles spécialement dévolues au juge de l’Union par le droit primaire, est tenue au respect du principe selon lequel, l’Union étant fondée sur l’État de droit, les actes de ses institutions jouissent d’une présomption de légalité. Ainsi, en l’espèce, dès lors que la loi européenne sur le climat et les règlements 2018/842 et 2023/857 étaient entrés en vigueur, la Commission était tenue de les respecter et de les mettre en œuvre, conformément aux principes de l’attribution des compétences, de l’équilibre institutionnel ainsi que de coopération loyale et de sécurité juridique (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 27 mars 2019, Commission/Allemagne, C‑620/16, EU:C:2019:256, point 85 et jurisprudence citée).
135 Dans ces conditions, dès lors que la Commission était légalement tenue d’appliquer, au titre de sa compétence d’exécution, la loi européenne sur le climat et les règlements 2018/842 et 2023/857 et qu’elle ne pouvait, par voie de conséquence, donner une quelconque suite aux motifs de la demande de réexamen interne des requérantes dirigés contre ces dispositions, elle ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur de droit en rejetant ces motifs comme irrecevables.
136 Deuxièmement, il y a lieu de constater que, d’une part, au soutien du premier moyen invoqué devant le Tribunal, les requérantes n’ont pas démontré, ni même soutenu, que l’interprétation de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, qui constitue la base légale de la décision attaquée, serait contraire à une norme du droit primaire de l’Union, notamment l’article 277 TFUE ou le droit à un recours juridictionnel effectif, prévu à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), en ce que, par cette décision, la Commission a rejeté comme irrecevables les motifs avancés dans leur demande de réexamen interne contre les dispositions législatives fixant le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005. Ainsi, les requérantes n’ont pas invoqué devant le Tribunal une exception d’illégalité au sens de l’article 277 TFUE susceptible d’emporter l’annulation de la décision attaquée en ce qu’elle a rejeté comme irrecevable leur demande de réexamen interne. D’autre part, à supposer même que l’argumentation invoquée par les requérantes au soutien du second moyen puisse s’analyser comme une exception d’illégalité au sens de l’article 277 TFUE, il suffit de constater que cette argumentation n’est pas dirigée contre les motifs de la décision attaquée par lesquels la Commission a rejeté comme irrecevable ladite demande de réexamen interne. Dans ces conditions, l’invocation par les requérantes de l’article 277 TFUE au soutien de leur argumentation est inopérante et ne peut qu’être rejetée.
137 Il s’ensuit que, en rejetant les motifs du point IV de la demande de réexamen interne visant le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 comme irrecevables, la Commission n’a pas violé l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, et, partant, le premier grief de la première branche doit être rejeté comme non fondé.
b) Sur les deuxième et troisième griefs de la première branche
138 Tout d’abord, il importe de rappeler que, dans le point 3.1 de l’évaluation contestée, comportant des remarques liminaires relatives à l’irrecevabilité de l’argumentation dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, la Commission a considéré que les motifs du point IV de la demande de réexamen interne avancés contre cette analyse d’impact étaient irrecevables pour trois motifs. Premièrement, la Commission a indiqué que, dans la mesure où le second objectif 2030/1990 fixé par la loi européenne sur le climat découlait des conclusions de ladite analyse d’impact, il existait un lien substantiel entre la décision d’exécution 2023/1319 et cette analyse d’impact, qui s’inscrivait dans le cadre d’une initiative législative, de sorte que les requérantes n’étaient pas fondées à soutenir que la prétendue insuffisance des objectifs de réduction des émissions de GES mentionnés dans l’analyse d’impact constituait un vice distinct de l’insuffisance des objectifs pris en compte dans la décision d’exécution 2023/1319. Deuxièmement, la Commission a estimé que les requérantes n’avaient pas invoqué de vices propres à la décision d’exécution 2023/1319, lue à la lumière du règlement 2018/842, qui constituait, selon elle, le droit de l’environnement pertinent en vue d’apprécier la légalité de cette décision, conformément à l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus. Troisièmement, l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 constituait, selon la Commission, un document de travail dépourvu d’effet juridique contraignant, de sorte qu’elle ne revêtait pas le caractère d’un acte administratif au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous g), dudit règlement et, même à supposer le contraire, les requérantes seraient forcloses à la contester compte tenu du délai de huit semaines fixé par l’article 10, paragraphe 1, de ce règlement.
139 D’une part, au soutien du deuxième grief, les requérantes invoquent une erreur de droit commise par la Commission au regard de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus, lors du rejet comme irrecevables des motifs du point IV de leur demande de réexamen interne dirigés contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, en ce qu’elle aurait limité le droit de l’environnement applicable en l’espèce au seul règlement 2018/842.
140 D’autre part, au soutien du troisième grief, les requérantes critiquent le troisième motif d’irrecevabilité rappelé au point 138 ci-dessus et reprochent, en substance, à la Commission d’avoir rejeté les motifs de leur demande de réexamen interne dirigés contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 alors que, selon elles, les quotas annuels d’émissions fixés par la décision d’exécution 2023/1319 permettent des émissions de GES importantes, sans être assortis d’une analyse d’impact ou d’une évaluation de nature à établir le caractère suffisant de ces quotas.
141 En particulier, les requérantes soutiennent que la Commission était tenue d’examiner leur argumentation dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, conformément à l’article 10 du règlement Aarhus, dès lors qu’elle faisait partie intégrante du cadre juridique dont découlait la décision d’exécution 2023/1319.
142 En premier lieu, s’agissant du troisième grief, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, toute organisation non gouvernementale satisfaisant aux critères prévus à l’article 11 de ce règlement peut demander, par écrit et de manière motivée, un réexamen interne d’un acte administratif auprès de l’institution qui l’a adopté au titre du droit de l’environnement. L’article 2, paragraphe 1, sous g), dudit règlement définit à cet égard l’« acte administratif » comme étant tout acte non législatif adopté par une institution ou un organe de l’Union, ayant un effet juridique et extérieur et contenant des dispositions susceptibles d’aller à l’encontre du droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du même règlement.
143 Ainsi, premièrement, il convient de constater que ni le libellé de l’article 2, paragraphe 1, sous g), du règlement Aarhus, qui définit l’acte administratif dont le réexamen interne est demandé, ni d’autres dispositions de ce règlement ne font obstacle à ce que le demandeur d’un réexamen interne invoque, au soutien de sa demande, à titre incident, l’illégalité d’un acte dépourvu d’effet juridique et extérieur sur lequel est fondé l’acte administratif visé par cette demande, pourvu, d’une part, que cet acte préalable n’ait pas été adopté dans l’exercice de pouvoirs législatifs, conformément aux principes rappelés aux points 119 et 126 ci-dessus, et, d’autre part, que l’illégalité ainsi invoquée permette d’établir que l’acte administratif dont le réexamen interne est demandé est contraire au droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du même règlement.
144 Deuxièmement, il résulte d’une jurisprudence constante que, si des mesures de nature purement préparatoire ne peuvent, en tant que telles, faire l’objet d’un recours en annulation, les illégalités éventuelles qui les entacheraient peuvent être invoquées à l’appui du recours dirigé contre l’acte définitif dont elles constituent un stade d’élaboration (voir arrêts du 22 avril 2021, thyssenkrupp Electrical Steel et thyssenkrupp Electrical Steel Ugo/Commission, C‑572/18 P, EU:C:2021:317, point 50 et jurisprudence citée, et du 11 décembre 2024, FFPE section Conseil/Conseil, T‑179/23, EU:T:2024:897, point 43 et jurisprudence citée).
145 Or, il ne résulte d’aucune disposition du règlement Aarhus, lu à la lumière de la convention d’Aarhus, que le système de réexamen interne prévu par ces instruments exclut l’application de la jurisprudence mentionnée au point 144 ci-dessus.
146 Par conséquent, en rejetant comme irrecevables les motifs de la demande de réexamen interne des requérantes dirigés contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 au motif qu’il s’agissait d’un acte dépourvu d’effet juridique et extérieur au sens de l’article 2, paragraphe 1, point g), du règlement Aarhus, la Commission a méconnu cette disposition ainsi que l’article 10 du même règlement et entaché la décision attaquée d’une erreur de droit.
147 En deuxième lieu, s’agissant du deuxième grief, il convient de rappeler que la notion de « droit de l’environnement » est définie à l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus comme couvrant « toute disposition législative de l’Union qui, indépendamment de sa base juridique, contribue à la poursuite des objectifs de la politique de l’Union dans le domaine de l’environnement tels que prévus par le [t]raité FUE : la préservation, la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement, la protection de la santé des personnes, l’utilisation prudente et rationnelle des ressources naturelles et la promotion, sur le plan international, de mesures destinées à faire face aux problèmes régionaux ou planétaires de l’environnement ». Ainsi qu’il ressort du considérant 10 de ce règlement, le renvoi à ces objectifs se justifie dans la mesure où « le droit de l’environnement est en constante évolution ».
148 Ainsi, il découle du libellé même de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus, lu conjointement avec le considérant 10 de ce règlement, que le législateur de l’Union a entendu donner une portée large à la notion de « droit de l’environnement » (voir, en ce sens, arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 84).
149 Dans ce cadre, la Cour a jugé que la notion de « droit de l’environnement » interprétée largement couvre tout acte de l’Union qui, indépendamment de sa base juridique, participe à la réalisation des objectifs de cette politique, tels que définis à l’article 191, paragraphe 1, TFUE. La circonstance que, selon la lettre même de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus, la base juridique sur laquelle un acte est adopté n’est pas un critère pertinent aux fins de sa qualification de « droit de l’environnement », permet d’en déduire que la procédure d’adoption d’un tel acte, laquelle détermine, conformément à l’article 289 TFUE, sa nature législative ou non, n’est pas non plus un critère pertinent aux fins de cette qualification (voir arrêt du 6 juillet 2023, BEI et Commission/ClientEarth, C‑212/21 P et C‑223/21 P, EU:C:2023:546, point 87 et jurisprudence citée).
150 Cependant, il convient de veiller à ce que l’interprétation de la notion de « droit de l’environnement », au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), du règlement Aarhus demeure compatible avec les principes énoncés aux points 99 à 104 ci-dessus, relatifs à la stricte délimitation de la compétence d’exécution de la Commission résultant de l’article 291 TFUE et des principes de l’attribution des compétences, de l’équilibre institutionnel ainsi que de coopération loyale et de sécurité juridique.
151 Par conséquent, il y a lieu de considérer que, lorsque la Commission est saisie d’une demande de réexamen interne d’un acte d’exécution régi par l’article 291 TFUE, l’auteur de cette demande n’est pas recevable à invoquer des normes du droit de l’environnement qui auraient pour effet, si une telle demande était accueillie, de déroger à la réglementation de base de cet acte d’exécution, et ce faisant, d’altérer cette réglementation en la complétant ou en la modifiant, y compris dans ses éléments non essentiels.
152 En l’espèce, il incombe au Tribunal d’examiner si les requérantes pouvaient invoquer, au soutien de leur demande de réexamen interne, d’autres normes que le règlement 2018/842 en vue de démontrer que la décision d’exécution 2023/1319 est contraire au droit de l’environnement, notamment, aux objectifs de la politique de l’Union dans le domaine de l’environnement, tels qu’ils sont définis à l’article 191, paragraphe 1, TFUE.
153 À cet égard, il y a lieu de relever que l’article 4, paragraphe 3, troisième et quatrième alinéas, du règlement 2018/842, modifié par le règlement 2023/857, impose à la Commission, en ce qui concerne les années 2023 à 2030, de déterminer les quotas annuels d’émissions de GES des États membres à partir de données des inventaires nationaux communiqués par les États membres en vertu soit de l’article 7 du règlement (UE) no 525/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2013, relatif à un mécanisme pour la surveillance et la déclaration des émissions de GES et pour la déclaration, au niveau national et au niveau de l’Union, d’autres informations ayant trait au changement climatique et abrogeant la décision no 280/2004/CE (JO 2013, L 165, p. 13), soit de l’article 26 du règlement (UE) 2018/1999 du Parlement européen et du Conseil, du 11 décembre 2018, sur la gouvernance de l’union de l’énergie et de l’action pour le climat, modifiant les règlements (CE) no 663/2009 et (CE) no 715/2009 du Parlement européen et du Conseil, les directives 94/22/CE, 98/70/CE, 2009/31/CE, 2009/73/CE, 2010/31/UE, 2012/27/UE et 2013/30/UE du Parlement européen et du Conseil, les directives 2009/119/CE et (UE) 2015/652 du Conseil et abrogeant le règlement no 525/2013 (JO 2018, L 328, p. 1).
154 En outre, l’article 4, paragraphe 5, du règlement 2018/842, modifié par le règlement 2023/857, prévoit que les actes d’exécution adoptés sur le fondement de cet article le sont en conformité avec la procédure d’examen visée à l’article 14 du même règlement. Aux termes de cette dernière disposition, « [l]a Commission est assistée par le comité des changements climatiques institué par le règlement no 525/2013 », « [l]edit comité est un comité au sens du règlement (UE) no 182/2011 » et « [l]orsqu’il est fait référence au présent paragraphe, l’article 5 du règlement (UE) no 182/2011 s’applique ».
155 Ainsi, il ressort des principes rappelés aux points 147 à 149 ci-dessus et des dispositions citées aux points 153 et 154 ci-dessus qu’il était loisible aux requérantes d’invoquer, au soutien de leur demande de réexamen interne, des illégalités entachant la décision d’exécution 2023/1319 au regard de certaines dispositions des règlements no 525/2013 et 2018/1999 ainsi que des dispositions du règlement (UE) no 182/2011 du Parlement européen et du Conseil, du 16 février 2011, établissant les règles et principes généraux relatifs aux modalités de contrôle par les États membres de l’exercice des compétences d’exécution par la Commission (JO 2011, L 55, p. 13), applicables par renvoi auxdits règlements, en vue de démontrer la contrariété de cette décision au droit de l’environnement, sans pour autant que cette demande puisse conduire la Commission, si elle l’estimait fondée, à déroger aux dispositions de la loi européenne sur le climat et des règlements 2018/842 et 2023/857 que la décision d’exécution 2023/1319 met en œuvre.
156 Par conséquent, il y a lieu de constater que, en indiquant, dans la décision attaquée, que le règlement 2018/842 constituait « le droit de l’environnement » en vue d’apprécier la légalité de la décision d’exécution 2023/1319, la Commission a entaché la décision attaquée d’une erreur de droit au regard de l’article 2, paragraphe 1, sous f), et de l’article 10 du règlement Aarhus.
157 En troisième lieu, toutefois, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, en cas de pluralité de motifs, même si l’un ou plusieurs des motifs de l’acte dont l’annulation est demandée sont entachés d’illégalité, ce vice ne peut pas conduire à l’annulation de cet acte si un ou plusieurs autres motifs suffisent à justifier légalement ledit acte, indépendamment des motifs entachés d’illégalité (voir arrêt du 21 juin 2023, UG/Commission, T‑571/17 RENV, EU:T:2023:351, point 145 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 130).
158 Or, tel est le cas en l’espèce. En effet, il y a lieu de constater que, aux termes du premier motif d’irrecevabilité que la Commission a opposé à l’argumentation des requérantes dirigée contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 et que ces dernières n’ont pas contesté devant le Tribunal, la Commission a fait état du lien substantiel existant entre cette analyse d’impact, la loi européenne sur le climat et la décision d’exécution 2023/1319.
159 En particulier, la Commission a indiqué, dans l’évaluation contestée, que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 s’inscrivait dans le cadre d’une initiative législative visant à intégrer dans l’ordre juridique de l’Union le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005.
160 À cet égard, il est vrai que, lorsque la Commission prépare des documents d’analyse d’impact, elle n’agit pas elle‑même en qualité de législateur. En effet, lorsque la procédure d’analyse d’impact se déroule, comme en l’espèce, en amont de la procédure législative au sens strict, cette dernière ne commence formellement qu’avec la présentation, par la Commission, d’une proposition législative (voir, en ce sens, arrêt du 4 septembre 2018, ClientEarth/Commission, C‑57/16 P, EU:C:2018:660, point 86).
161 Cependant, il importe de rappeler que, en vertu de l’article 17, paragraphe 2, TUE, un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission, sauf dans les cas où les traités en disposent autrement. Le pouvoir d’initiative reconnu à cette institution par cette disposition comprend, d’une part, celui de décider de présenter, ou non, une proposition, hormis les cas dans lesquels ladite institution est tenue de présenter une telle proposition. D’autre part, le pouvoir d’initiative de la Commission inclut celui de déterminer l’objet, la finalité et le contenu d’une éventuelle proposition, étant rappelé que, conformément à l’article 293, paragraphe 1, TFUE, en dehors des cas visés par cette disposition, le Conseil ne peut, lorsqu’il statue, en vertu des traités, sur proposition de la Commission, amender cette proposition qu’en statuant à l’unanimité. Ainsi, compte tenu de ce pouvoir, la Commission est un acteur essentiel du processus législatif (voir, en ce sens, arrêt du 4 septembre 2018, ClientEarth/Commission, C‑57/16 P, EU:C:2018:660, points 87 et 88 et jurisprudence citée).
162 Ainsi, en l’espèce, il n’est pas contesté par les requérantes que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 a été réalisée en vue de l’adoption, par la Commission, d’une initiative législative qui a débouché sur la loi européenne sur le climat et la modification du règlement 2018/842.
163 En effet, il ressort de la communication du 17 septembre 2020, à laquelle était annexée l’analyse d’impact du même jour, que la Commission a indiqué avoir examiné, dans le cadre de cette analyse d’impact, de manière approfondie, les effets sur l’économie, la société et l’environnement de l’Union d’une réduction des émissions de GES de 50 à 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 et étudié attentivement la combinaison d’instruments stratégiques disponibles et la manière dont chaque secteur de l’économie pouvait contribuer à la réalisation de ces objectifs, de sorte qu’elle estimait qu’une trajectoire équilibrée, réaliste et prudente en vue d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050 nécessitait un objectif de réduction des émissions de 55 % d’ici à 2030. En outre, elle a indiqué, dans cette communication, que, par voie de conséquence, elle envisageait le lancement de révisions des principaux instruments législatifs, en particulier le règlement 2018/842, pour concrétiser cette ambition accrue.
164 Enfin, il résulte du considérant 26 de la loi européenne sur le climat que le second objectif 2030/1990 correspond à l’objectif de réduction des émissions de GES à l’horizon 2030 qui avait été proposé par la Commission dans l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, laquelle a été considérée comme exhaustive par le législateur de l’Union.
165 Ainsi, dès lors que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 a été présentée par la Commission en vue de modifier des normes législatives pour intégrer le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 dans l’ordre juridique de l’Union, cette analyse d’impact correspond à une initiative législative et manifeste ainsi l’exercice de pouvoirs législatifs au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous c), du règlement Aarhus.
166 Par conséquent, c’est sans commettre d’erreur de droit au regard des dispositions du règlement Aarhus et des principes rappelés aux points 119 et 126 ci-dessus que la Commission a rejeté comme irrecevables les allégations des requérantes dirigées contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, en raison du lien substantiel que cette analyse d’impact entretenait avec la loi européenne sur le climat et le règlement 2018/842, tel que modifié par le règlement 2023/857.
167 Dès lors que la décision attaquée, en ce qu’elle rejette comme irrecevables les allégations des requérantes dirigées contre l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, comporte au moins un motif exempt d’illégalité et de nature à soutenir le constat d’irrecevabilité auquel la Commission est parvenue, les erreurs de droit relevées aux points 146 et 156 ci-dessus, qui affectent les autres motifs de la décision attaquée, demeurent sans incidence sur sa validité et ne sauraient emporter son annulation.
168 Il résulte de ce qui précède que la Commission n’a pas commis d’erreur de droit au regard de l’article 10 du règlement Aarhus en rejetant comme irrecevables les allégations des requérantes relatives à l’insuffisance de l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 à l’origine du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005, de sorte que les deuxième et troisième griefs de la première branche doivent également être rejetés, ainsi que, par voie de conséquence, la première branche du premier moyen et ce moyen dans son ensemble.
B. Sur le second moyen, tiré d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en ce que, par la décision attaquée, la Commission a rejeté la demande de réexamen interne comme infondée
169 Le second moyen est composé, en substance, des quatre branches suivantes.
170 Au soutien de la première branche, les requérantes invoquent des erreurs de droit au regard de l’obligation de l’Union de fonder sa politique de réduction des émissions de GES sur le niveau de réduction des émissions mondiales nécessaires pour limiter l’élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. En particulier, elles se prévalent des articles 2 à 4 de l’accord de Paris, du principe de prévention des dommages causés à l’environnement, de l’article 191 TFUE et des articles 2 à 4, 7, 17, 21 et 24 de la Charte.
171 Au soutien de la deuxième branche, les requérantes considèrent que la Commission a entaché la décision attaquée d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en refusant de reconnaître l’obligation de l’Union de fixer ses objectifs d’émissions pour 2030 en assumant une juste part du niveau de réduction des émissions au niveau mondial. En particulier, elles invoquent les articles 2 et 4 de l’accord de Paris, la CNUCC, le principe de prévention des dommages causés à l’environnement et le principe de précaution résultant de l’article 191 TFUE.
172 Au soutien de la troisième branche, les requérantes invoquent une erreur manifeste d’appréciation en ce que la Commission a rejeté comme infondés les motifs de la demande de réexamen interne par lesquels elles soutenaient que, d’une part, cette institution était tenue d’évaluer la possibilité d’accomplir des réductions d’émissions de GES supérieures au second objectif 2030/1990 et, d’autre part, cet objectif était manifestement insuffisant alors qu’il était possible d’atteindre un niveau de réduction des émissions plus important. En particulier, elles se prévalent de l’article 4 de l’accord de Paris, du principe de prévention des dommages causés à l’environnement et de l’article 191 TFUE.
173 Au soutien de la quatrième branche, les requérantes considèrent que la Commission a également entaché la décision attaquée d’une erreur manifeste d’appréciation en rejetant comme infondés les motifs de la demande de réexamen interne par lesquels elles soutenaient que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020 n’avait pas évalué l’incidence du second objectif 2030/1990 et les effets du changement climatique sur les droits fondamentaux garantis par les articles 2 à 4, 7, 17, 21 et 24 de la Charte.
174 La Commission fait valoir que le second moyen est irrecevable, dans la mesure où, par leur argumentation, les requérantes cherchent à obtenir une appréciation de la conformité à certaines normes du droit de l’environnement du second objectif 2030/1990 et du second objectif 2030/2005, qui revêtent un caractère législatif et que la Commission n’est pas habilitée à remettre en cause.
175 À cet égard, il convient de rappeler que, dans le point V de leur demande de réexamen interne, les requérantes ont invoqué des « vices procéduraux et substantiels affectant la décision d’exécution 2023/1319 ».
176 Ce point V se compose de trois paragraphes, par lesquels les requérantes ont développé deux motifs de réexamen.
177 Selon les requérantes, premièrement, dès lors que le second objectif 2030/1990 résultait de l’analyse d’impact du 17 septembre 2020, la Commission aurait dû, compte tenu des insuffisances de cette analyse d’impact, procéder à de nouvelles évaluations avant l’adoption de la décision d’exécution 2023/1319.
178 Deuxièmement, les requérantes ont indiqué que, dans la mesure où les quotas annuels d’émissions fixés dans la décision d’exécution 2023/1319 avaient été définis en fonction du second objectif 2030/1990, lequel était manifestement insuffisant, ces quotas devaient également être considérés comme inadéquats.
179 Ainsi, il ressort des motifs du point V de la demande de réexamen interne, qui sont résumés aux points 175 à 178 ci-dessus, que les vices procéduraux et substantiels avancés par les requérantes dans ce point ne constituent pas des vices propres à la décision d’exécution 2023/1319 qui seraient distincts des vices invoqués, dans le point IV de la même demande, contre les dispositions législatives fixant le second objectif 2030/1990 et l’analyse d’impact du 17 septembre 2020.
180 Par conséquent, il y a lieu de constater que l’ensemble de l’argumentation formellement avancée par les requérantes à l’encontre de la décision d’exécution 2023/1319 vise, en réalité, les dispositions régissant le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 ainsi que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020.
181 Or, d’une part, il résulte de l’examen du premier moyen que la Commission n’a pas entaché la décision attaquée d’erreur de droit en rejetant comme irrecevables les allégations avancées par les requérantes, au soutien du point IV de leur demande de réexamen interne, contre le second objectif 2030/1990 et le second objectif 2030/2005 ainsi que l’analyse d’impact du 17 septembre 2020. D’autre part, il résulte du point 36 ci-dessus que c’est à titre surabondant que, dans le point 3.4 de l’évaluation contestée, relatif aux vices procéduraux et substantiels avancés par les requérantes dans le point IV de leur demande de réexamen interne, la Commission a rejeté leur argumentation comme non fondée.
182 Dans ce contexte, il convient de rappeler qu’un moyen dirigé contre un motif surabondant d’un acte attaqué est inopérant (voir, en ce sens, arrêts du 12 septembre 2024, D’Agostino et Dafin/BCE, C‑566/23 P, non publié, EU:C:2024:743, point 77 et jurisprudence citée, et du 26 juillet 2023, Troy Chemical Company/Commission, T‑662/21, non publié, EU:T:2023:442, points 93 à 96).
183 En effet, en pareille hypothèse, le juge de l’Union peut, notamment, pour des raisons tenant à une administration efficace de la justice, s’abstenir d’examiner le bien-fondé d’un tel moyen (voir, en ce sens, arrêt du 29 septembre 2022, HIM/Commission, C‑500/21 P, non publié, EU:C:2022:741, point 73).
184 Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par la Commission, le second moyen doit être rejeté comme inopérant. Partant, il convient de rejeter le recours dans son ensemble.
V. Sur les dépens
185 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Toutefois, aux termes de l’article 135, paragraphe 1, du règlement de procédure, lorsque l’équité l’exige, le Tribunal peut décider qu’une partie qui succombe supporte, outre ses propres dépens, uniquement une fraction des dépens de l’autre partie, voire qu’elle ne doit pas être condamnée à ce titre.
186 En l’espèce, les requérantes ont succombé en leurs conclusions. Toutefois, il a été constaté que la Commission avait entaché certains motifs de la décision attaquée d’erreurs de droit, ce qui a pu inciter les requérantes à introduire le présent recours, en vue de faire constater ces illégalités. Dans ces circonstances, le Tribunal estime qu’il est équitable de condamner les requérantes à supporter leurs propres dépens, ainsi qu’un tiers des dépens de la Commission.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre, siégeant avec cinq juges)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Global Legal Action Network etClimate Action Network Europe (CAN-Europe) supporteront, outre leurs dépens, un tiers de ceux exposés par la Commission européenne.
| Truchot | Kanninen | Nihoul |
| Sampol Pucurull | Perišin |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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