Jurisprudence CJUE62024TJ0244

Arrêt du Tribunal (sixième chambre) du 9 septembre 2026.#Cosmetika S.A.S. contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative LOTO DEL SVR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure SVR – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Étendue de l’examen devant être opéré par la chambre de recours – Droit d’être entendu – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 – Examen d’office des faits – Preuves produites pour la première fois devant la chambre de recours – Article 95, paragraphes 1 et 2, du règlement 2017/1001 – Article 27, paragraphes 2 et 4, du règlement délégué (UE) 2018/625.#Affaire T-244/24.

CELEX62024TJ0244
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)

9 septembre 2026

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative LOTO DEL SVR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure SVR – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Étendue de l’examen devant être opéré par la chambre de recours – Droit d’être entendu – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 – Examen d’office des faits – Preuves produites pour la première fois devant la chambre de recours – Article 95, paragraphes 1 et 2, du règlement 2017/1001 – Article 27, paragraphes 2 et 4, du règlement délégué (UE) 2018/625 »

(*) l’affaire T‑244/24,

Cosmetika S.A.S., établie à Bogota (Colombie), représentée par Mes C. Duch Fonoll et S. Sáenz de Ormijana Rico, avocates,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. T. Klee, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Laboratoires Svr, établie à Le Plessis-Pâté (France),

LE TRIBUNAL (sixième chambre),

composé de Mme P. Škvařilová‑Pelzl, présidente, M. I. Nõmm (rapporteur) et Mme R. Pezzuto, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Cosmetika S.A.S., demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 11 mars 2024 (affaire R 135/2023‑5) (ci-après la « décision attaquée »).

I. Antécédents du litige

2 Le 11 décembre 2018, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :

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3 La marque demandée désignait les produits relevant de la classe 3 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Parfums ; produits odorants ; eaux de senteur ; parfums domestiques ; parfums d’ambiance ; diffuseurs à bâtonnets de parfums d’ambiance ; produits pour parfumer le linge ; produits pour parfumer le linge ; eaux parfumées pour le linge ; produits cosmétiques pour le bain et la douche ; savons ; savonnettes ; savons végétaux ; savons liquides ; savons liquides huileux ; savons liquides crémeux ; savons désodorisants ; sels de bain, non à usage médical ; bains moussants [à usage cosmétique] ; shampooings ; produits traitants pour les cheveux et la peau ; préparations et traitements capillaires ; huiles essentielles ; masques cosmétiques ; produits de rasage ; lotions après-rasage ; baumes pour les lèvres et brillants à lèvres ; exfoliants ; produits cosmétiques pour les soins de la peau ; crèmes pour le corps ; crèmes pour le visage à usage cosmétique ; crèmes pour le contour des yeux [aucune n’étant médicinale] ; sérums à usage capillaire ; sérums à usage cosmétique ; lotion tonique [cosmétiques] ; extraits de plantes à usage cosmétique ».

4 Le 1er avril 2019, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours, Laboratoires Svr (ci-après « l’opposante »), a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure SVR, déposée le 10 mai 2012 et enregistrée le 8 octobre 2012 sous le numéro 10871631, désignant les produits relevant de la classe 3 et correspondant à la description suivante : « Cosmétiques, shampooings, lotions pour les cheveux ; antitranspirants à usage personnel ; savons de toilette ».

6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Dans le cadre de ladite opposition, la requérante a demandé, le 13 septembre 2021, que l’opposante apporte la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure, conformément à l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001.

8 Le 18 janvier 2022, l’opposante a produit plusieurs éléments de preuve, consistant, en substance, en une série de copies d’écran de son site Internet montrant différentes gammes de produits de cette dernière et une série de factures de ventes de ses produits à des filiales situées en Bulgarie, Irlande, Espagne et Italie, aux fins de justifier l’usage sérieux de la marque antérieure pour les produits invoqués dans le cadre de la procédure d’opposition.

9 Par décision du 22 novembre 2022, la division d’opposition a partiellement accueilli l’opposition et a rejeté la demande d’enregistrement de marque pour les produits suivants relevant de la classe 3 : « Parfums ; produits odorants ; eaux de senteur ; produits cosmétiques pour le bain et la douche ; savons ; savonnettes ; savons végétaux ; savons liquides ; savons liquides huileux ; savons liquides crémeux ; savons désodorisants ; sels de bain, non à usage médical ; bains moussants [à usage cosmétique] ; shampooings ; produits traitants pour les cheveux et la peau ; préparations et traitements capillaires ; huiles essentielles ; masques cosmétiques ; produits de rasage ; lotions après-rasage ; baumes pour les lèvres et brillants à lèvres ; exfoliants ; produits cosmétiques pour les soins de la peau ; crèmes pour le corps ; crèmes pour le visage à usage cosmétique ; crèmes pour le contour des yeux [aucune n’étant médicinale] ; sérums à usage capillaire ; sérums à usage cosmétique ; lotion tonique [cosmétiques] ; extraits de plantes à usage cosmétique ».

10 L’opposition a été rejetée pour le surplus, à savoir pour les produits visés par la marque demandée relevant de la classe 3 suivants : « parfums domestiques ; parfums d’ambiance ; diffuseurs à bâtonnets de parfums d’ambiance ; produits pour parfumer le linge ; produits pour parfumer le linge ; eaux parfumées pour le linge ».

11 Le 18 janvier 2023, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition, en ce que l’opposition a été partiellement accueillie.

12 Le 30 juin 2023, la requérante a présenté à la chambre de recours un mémoire en réplique. L’opposante n’a pas présenté de mémoire en duplique.

13 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours et a considéré, en substance, qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. À cet égard, elle a considéré que les produits en cause étaient identiques ou similaires, que les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur les plans visuel et phonétique et que la comparaison conceptuelle était impossible en raison de l’absence de concept précis véhiculé par lesdits signes pour le public pertinent italophone.

II. Conclusions des parties

14 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– à titre subsidiaire, réformer la décision attaquée et rejeter l’opposition dans son intégralité ;

– condamner l’EUIPO à supporter ses propres dépens, ainsi que ceux qu’elle a exposés aux fins de la présente procédure, ainsi que celles devant la chambre de recours et la division d’opposition.

15 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

III. En droit

16 À l’appui de son recours, la requérante invoque, en substance, à titre principal, un moyen tiré, premièrement, de la violation de l’article 95, du règlement 2017/1001, lu en combinaison avec l’article 27, paragraphes 2 et 4 du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001, et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1), deuxièmement, de la violation de ses droits de la défense, et particulièrement de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et, troisièmement, de l’article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. À titre subsidiaire, la requérante invoque un second moyen, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

A. Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 95 du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 27, paragraphes 2 et 4 du règlement délégué 2018/625, et de l’article 94, paragraphe 1 du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux

17 Le premier moyen de la requérante s’articule, en substance, en trois griefs. Elle fait valoir, en premier lieu, que la chambre de recours a commis une erreur de droit en ayant examiné l’existence d’un risque de confusion pour une autre partie du public pertinent que le public hispanophone, qui était le seul pris en compte par la division d’opposition, en violation de l’article 95 du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 27, paragraphe 2 du règlement délégué 2018/625.

18 En deuxième lieu, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir tenu compte des éléments de preuve présentés pour la première fois devant elle relatifs à la perception des signes en conflit par le public non hispanophone, en violation de l’article 95, du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625.

19 En troisième lieu, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir commis une erreur de droit en ayant fondé son examen sur les éléments de preuve mentionnés au point 18 ci-dessus et d’avoir ainsi violé son droit d’être entendue, au sens de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 41, paragraphe 2 de la charte des droits fondamentaux.

20 Premièrement, la requérante soutient qu’afin de prendre en compte la perception des signes en conflit par la partie italophone du public pertinent, l’opposante aurait dû introduire un recours incident, en vertu de l’article 68, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, contre la décision de la division d’opposition. En ce sens, selon elle, l’opposante a tenté, par son mémoire en réponse au mémoire exposant les motifs du recours (ci-après le « mémoire en réponse au recours »), de faire modifier de manière illégitime des points non contestés dans le recours, particulièrement les conclusions de la division d’opposition selon lesquelles la marque demandée serait perçue comme étant uniquement composée de mots espagnols, et que le dernier élément de ladite marque, à savoir l’élément « svr », serait perçu comme le mot espagnol qui signifie le « sud ». En effet, selon elle, les conditions de l’article 27, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625, ne sont pas réunies, dans la mesure où les arguments soulevés par l’opposante sont des questions de fait, et non de droit, et ne concernent pas des exigences procédurales essentielles pour la bonne application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

21 Deuxièmement, la requérante soutient que les arguments et éléments de preuve présentés par l’opposante devant la chambre de recours et relatives à la perception du public italophone des signes en conflit n’ont pas été présentés dans les formes et les délais impartis. Selon elle, lesdits éléments n’auraient pas pu être pris en compte par la chambre de recours car leur production ne satisfaisait pas aux exigences de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625.

22 Troisièmement, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir violé son droit d’être entendue, prévu par l’article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux. Elle lui reproche, particulièrement, d’avoir examiné et statué sur le recours, en se fondant sur les arguments et les éléments de preuve présentés par l’opposante pour la première fois dans son mémoire en réponse au recours, sans donner préalablement à la requérante la possibilité de pouvoir y répondre, en violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001.

23 Ainsi, selon la requérante, en déclarant, au point 90 de la décision attaquée, qu’une audition préalable des parties n’était pas nécessaire, la chambre de recours aurait reconnu que la requérante n’avait pas eu la possibilité de présenter ses observations. Dès lors, la requérante soutient que si la chambre de recours s’était tenue aux éléments de fait, aux observations et aux éléments de preuve initialement présentés dans le respect des règles et des délais impartis, son examen se serait nécessairement limité au public pertinent hispanophone, et l’issue dudit examen aurait été différente.

24 Partant, faute d’avoir pu présenter des observations sur les arguments et les nouveaux éléments de preuve produits devant la chambre de recours, la requérante a présenté une série supplémentaire d’éléments de preuve, contenue aux annexes A.5 et A.6 à la requête. Ces annexes consistent en deux études de marché, relatives à la prononciation de l’élément « svr » de la marque antérieure et du syntagme « loto dl svr » de la marque demandée par la partie italophone du public pertinent, la perception de cette partie du public pertinent n’ayant pas été, selon la requérante, examinée par la division d’opposition et serait, en substance, soulevée pour la première fois par la chambre de recours.

25 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

26 En premier lieu, s’agissant de l’admissibilité, devant la chambre de recours, des arguments de l’opposante, relatifs à la perception de la partie italophone du public pertinent, il importe de rappeler qu’il existe une continuité fonctionnelle entre les différentes instances de l’EUIPO, d’une part, et les chambres de recours, d’autre part. Il découle de cette continuité fonctionnelle que, dans le cadre du réexamen que les chambres de recours doivent faire des décisions prises par les unités de l’EUIPO statuant en première instance, elles sont tenues de fonder leur décision sur tous les éléments de fait et de droit que les parties ont fait valoir soit dans la procédure devant l’unité ayant statué en première instance, soit dans la procédure de recours. Le contrôle exercé par les chambres de recours ne se limite pas au contrôle de la légalité de la décision attaquée, mais, de par l’effet dévolutif de la procédure de recours, il implique une nouvelle appréciation du litige dans son ensemble, les chambres de recours devant intégralement réexaminer la requête initiale et tenir compte des preuves produites en temps utile. Ainsi, il résulte de l’article 71, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 que, par l’effet du recours dont elle est saisie, la chambre de recours est appelée à procéder à un nouvel examen complet du fond de l’opposition, tant en droit qu’en fait [voir arrêt du 7 décembre 2017, Coca-Cola/EUIPO – Mitico (Master), T‑61/16, EU:T:2017:877, point 115 et jurisprudence citée].

27 Par ailleurs, en vertu de l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, l’examen de l’EUIPO est, dans une procédure concernant des motifs relatifs de refus d’enregistrement, limité aux moyens invoqués et aux demandes présentées par les parties, de sorte que la chambre de recours ne saurait fonder sa décision que sur les motifs relatifs de refus que la partie concernée a invoqués ainsi que sur les faits et les preuves s’y rapportant présentés par les parties.

28 Il n’en demeure pas moins que la chambre de recours est tenue de trancher toutes les questions qui, au regard des moyens et des demandes présentés par les parties, sont nécessaires pour assurer une application correcte du règlement 2017/1001 et à l’égard desquelles elle dispose de tous les éléments nécessaires pour pouvoir statuer, même si aucun élément de droit se rapportant à ces questions n’a été invoqué par les parties devant elle [arrêt du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 41 ; voir, également, arrêt du 19 octobre 2022, Greenwich Polo Club/EUIPO – Lifestyle Equities (GREENWICH POLO CLUB), T‑437/21, non publié, EU:T:2022:643, point 22 et jurisprudence citée].

29 En outre, la chambre de recours est, le cas échéant, en droit de compléter les éléments de fait évoqués par les parties dans le cadre de son examen de l’existence d’un risque de confusion. En effet, la limitation de la base factuelle de l’examen opéré par la chambre de recours, telle que prévue par l’article 27, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625, n’exclut pas que celle-ci prenne en considération, outre les faits avancés explicitement par les parties à la procédure d’opposition, des faits notoires, c’est-à-dire des faits qui sont susceptibles d’être connus par toute personne ou qui peuvent être connus par des sources généralement accessibles [arrêt du 22 juin 2004, Ruiz-Picasso e.a./OHMI – DaimlerChrysler (PICARO), T‑185/02, EU:T:2004:189, point 29].

30 L’article 27, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625, précise ce qui suit :

« Dans les procédures inter partes, l’examen du recours et, le cas échéant du recours incident est limité aux moyens invoqués dans le mémoire exposant les motifs et, le cas échéant dans le recours incident. Les questions de droit non soulevées par les parties sont examinées par la chambre de recours uniquement dans la mesure où elles concernent des exigences procédurales essentielles ou lorsqu’il est nécessaire de résoudre ces questions afin de garantir une application correcte du règlement […] 2017/1001 eu égard aux faits, preuves et arguments soumis par les parties. »

31 Ainsi, dans le cadre d’une procédure d’opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, l’appréciation de la similitude des produits ou des services en cause et des signes en conflit constituent des questions nécessaires pour assurer l’application correcte de ce règlement, de sorte que les instances de l’EUIPO sont tenues d’examiner ces questions, au besoin d’office. Cette appréciation ne supposant aucun élément de fait qu’il appartiendrait aux parties de fournir et n’étant pas subordonnée à la présentation par les parties de moyens ou d’arguments visant à établir l’existence de ces similitudes, l’EUIPO est à même, seul, de détecter et d’apprécier leur existence au vu de la marque antérieure sur laquelle est fondée l’opposition (voir, en ce sens, arrêt du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 43).

32 À cet égard, dans le cas où la marque antérieure invoquée à l’appui d’une opposition est une marque de l’Union européenne, l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, n’exige pas, pour que l’enregistrement de la marque demandée soit refusé, que le risque de confusion existe dans tous les États membres et dans toutes les zones linguistiques de l’Union. En effet, le caractère unitaire de la marque de l’Union européenne implique qu’une telle marque antérieure est opposable à toute demande d’enregistrement d’une marque postérieure qui porterait atteinte à la protection de la première marque, ne fût-ce que par rapport à la perception des consommateurs d’une partie du territoire de l’Union [arrêt du 18 septembre 2008, Armacell/OHMI, C‑514/06 P, non publié, EU:C:2008:511, points 56 et 57 ; voir, également, arrêt du 21 février 2024, Hong Kong NetEase Interactive Entertainment/EUIPO – Medion (LifeAfter), T‑175/23, non publié, EU:T:2024:109, point 55 et jurisprudence citée].

33 En l’espèce, premièrement, la chambre de recours a relevé, à juste titre, au point 27 de la décision attaquée, que la division d’opposition avait choisi de concentrer son appréciation sur la partie hispanophone du public pertinent, compte tenu du caractère unitaire de la marque de l’Union européenne, au sens de la jurisprudence citée au point 32 ci-dessus. La chambre de recours a ainsi considéré, à bon droit, qu’aucun effet juridique contraignant ne découlait de la décision de la division d’opposition concernant la perception des signes par les autres parties du public pertinent, c’est-à-dire les consommateurs parlant d’autres langues des États membres, dès lors que la division d’opposition n’a procédé à aucune appréciation à cet égard.

34 Deuxièmement, il y a lieu de rappeler, au regard de la jurisprudence citée aux points 29 et 31 ci-dessus, que la requérante a formé un recours, tant devant l’EUIPO que devant le Tribunal, fondé sur une prétendue violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. Dans le cadre desdits recours, la requérante soutient qu’il n’existe pas de similitude suffisante entre les signes en conflit, non seulement pour la partie hispanophone du public pertinent, mais également pour la partie non hispanophone dudit public, comme cela ressort notamment du point 103 de son mémoire exposant les motifs du recours devant la chambre de recours.

35 Par voie de conséquence, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, la requérante a explicitement invoqué une application erronée d’une exigence légale, à savoir celle de l’examen de la similitude des signes en conflit, énoncée à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, au sens de la jurisprudence citée au point 31 ci-dessus. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, ainsi que les arguments formulés au soutien de celui-ci, relèvent de l’examen que la chambre de recours était tenue d’opérer, conformément à l’article 27, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625. En outre, eu égard à la jurisprudence citée au point 29 ci-dessus, ledit examen ne saurait être uniquement fondé ou limité à la seule perception de la partie hispanophone du public pertinent dès lors qu’il ne saurait être exclu qu’un risque de confusion puisse exister également pour une autre partie du public pertinent.

36 Il s’ensuit que, troisièmement, l’opposante était pleinement fondée, dans son mémoire en réponse au recours, non seulement à répondre, de manière explicite et étayée, aux pages 14 à 20 dudit mémoire, aux arguments de la requérante et aux conclusions de la division d’opposition, relatifs à la comparaison des signes en conflit au regard de la partie hispanophone du public pertinent, mais également de présenter des arguments relatifs à la perception desdits signes par d’autres parties du public pertinent, comme le public anglophone ou italophone, sans que ceux-ci ne soient compris comme étant des arguments ou des moyens nouveaux qui n’auraient pu être introduits que par le biais d’un recours incident.

37 À cet égard, quatrièmement, il découle, en substance, de l’article 68, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, qu’un recours incident tend à l’annulation ou à la réformation de la décision de la chambre de recours sur un point non soulevé dans le recours.

38 Tel n’est pas le cas en l’espèce dans la mesure où l’opposante ne visait pas, par ses arguments ou conclusions, l’annulation ou la réformation de la décision de la division d’opposition sur un point non soulevé dans le recours, mais avait présenté ses arguments relatifs au public italophone aux fins de complétude et d’exhaustivité de son argumentation devant la chambre de recours. Il s’ensuit que, contrairement à ce que soutient la requérante, l’opposante a pu valablement invoquer des arguments concernant d’autres parties du public pertinent que le public hispanophone sans avoir à introduire un recours incident devant la chambre de recours.

39 De surcroît, cinquièmement, ainsi que le fait valoir à juste titre l’EUIPO, il ressort du dossier de ce dernier que la requérante avait elle-même déjà évoqué, devant la division d’opposition, à la page 4 de ses observations du 5 avril 2022, la question de la perception des éléments composant la marque demandée par les parties non hispanophones du public pertinent.

40 Partant, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation ou de droit en examinant la perception des signes en conflit par une partie non hispanophone du public pertinent sur le territoire de l’Union.

41 En deuxième lieu, s’agissant de la prise en compte par la chambre de recours de nouveaux arguments et éléments de preuve, il résulte de l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, que l’EUIPO « peut ne pas tenir compte des faits que les parties n’ont pas invoqués ou des preuves qu’elles n’ont pas produites en temps utile ».

42 Il découle du libellé dudit article que, en règle générale et sauf disposition contraire, la présentation de faits et de preuves par les parties demeure possible après l’expiration des délais auxquels se trouve subordonnée une telle présentation, en application des dispositions du règlement 2017/1001, et qu’il n’est nullement interdit à l’EUIPO de tenir compte de faits et de preuves ainsi tardivement invoqués ou produits [arrêts du 13 mars 2007, OHMI/Kaul, C‑29/05 P, EU:C:2007:162, point 42 ; du 19 avril 2018, EUIPO/Group, C‑478/16 P, non publié, EU:C:2018:268, point 34, et du 2 juin 2021, Franz Schröder/EUIPO – RDS Design (MONTANA), T‑854/19, EU:T:2021:309, point 24].

43 En précisant que l’EUIPO « peut », en pareil cas, décider de ne pas tenir compte de telles preuves, l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 l’investit en effet d’un large pouvoir d’appréciation à l’effet de décider, tout en motivant sa décision sur ce point, s’il y a lieu ou non de prendre celles-ci en compte (voir, en ce sens, arrêts du 13 mars 2007, OHMI/Kaul, C‑29/05 P, EU:C:2007:162, point 43 ; du 24 janvier 2018, EUIPO/European Food, C‑634/16 P, EU:C:2018:30, point 56, et du 2 juin 2021, MONTANA, T‑854/19, EU:T:2021:309, point 25).

44 Par ailleurs, l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625, encadre l’exercice du pouvoir d’appréciation prévu à l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, en ce qui concerne les faits invoqués et les preuves produites pour la première fois devant la chambre de recours. En effet, cette disposition prévoit ce qui suit :

« Conformément à l’article 95, paragraphe 2, du règlement […] 2017/1001, la chambre de recours peut accepter des faits invoqués ou des preuves produites pour la première fois devant elle uniquement si ces faits ou preuves répondent aux exigences suivantes :

a) ils semblent, à première vue, pertinents pour l’issue de l’affaire ; et

b) ils n’ont pas été présentés en temps utile pour des raisons valables, en particulier lorsqu’ils viennent uniquement compléter des faits et preuves pertinents qui avaient déjà été soumis en temps utile, ou sont déposés pour contester les conclusions tirées ou examinées d’office par la première instance dans la décision objet du recours. »

45 En l’espèce, il y a lieu de constater que la chambre de recours a examiné, aux points 30 à 35 de la décision attaquée, la recevabilité des éléments de preuves présentés pour la première fois devant elle et a conclu, de manière motivée, que les conditions de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625 étaient réunies dans la mesure où lesdits éléments de preuve étaient, d’une part, pertinents aux fins de contester les appréciations formulées par la division d’opposition, concernant la perception des signes comparés au titre de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et, d’autre part, paraissaient, à première vue, pertinents pour l’issue de l’affaire.

46 À cet égard, ainsi qu’il ressort des points 33 à 36 ci-dessus, les éléments de preuves supplémentaires produits par l’opposante s’ajoutaient à ceux déjà produits devant la division d’opposition, et visaient à répondre aux constatations de cette dernière quant à la perception des signes en conflit par le public pertinent de l’Union. En effet, l’examen du recours ne devant pas être limité à l’unique partie hispanophone du public pertinent, l’opposante était fondée à présenter ces nouveaux éléments de preuve à l’appui de ses arguments concernant une autre partie du public pertinent. Dès lors, non seulement lesdits éléments de preuve se révélaient pertinents pour la solution du litige, mais ils pouvaient valablement compléter ceux déjà produits devant la division d’opposition, au sens de l’article 27, paragraphe 4, sous b), du règlement délégué 2018/625. C’est donc à juste titre que la chambre de recours a considéré que les exigences prévues par cette disposition étaient remplies.

47 Au regard de ce qui précède, la chambre de recours n’a commis aucune erreur d’appréciation ou de droit dans le cadre de l’examen de la recevabilité des éléments de preuve présentés pour la première fois devant elle. Aucun argument de la requérante n’est susceptible de remettre en cause cette considération.

48 En troisième lieu, s’agissant des arguments de la requérante relatifs à la violation de ses droits de la défense, il convient de rappeler qu’en vertu de l’article 94, paragraphe 1, deuxième phrase, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO ne peuvent être fondées que sur des motifs ou des preuves au sujet desquels les parties ont pu prendre position.

49 Cette disposition constitue une application spécifique du principe général du respect des droits de la défense, consacré, par ailleurs, à l’article 41, paragraphe 2, sous a), de la charte des droits fondamentaux, selon lequel les personnes dont les intérêts sont affectés par des décisions des autorités publiques doivent être mises en mesure de faire connaître utilement leur point de vue. Le droit d’être entendu s’étend à tous les éléments de fait ou de droit qui constituent le fondement de l’acte décisionnel [voir, en ce sens, arrêts du 16 juillet 2015, Roland/OHMI – Louboutin (Nuance de rouge sur la semelle d’une chaussure), T‑631/14, non publié, EU:T:2015:521, point 20, et du 29 mars 2019, All Star/EUIPO – Carrefour Hypermarchés (Forme d’une semelle de chaussure), T‑611/17, non publié, EU:T:2019:210, point 72].

50 En l’espèce, comme le fait valoir à juste titre l’EUIPO, et ainsi qu’il ressort des points 31 à 36 ci-dessus, la portée du recours formé par la requérante devant la chambre de recours n’était pas limitée à la seule perception de la partie hispanophone du public pertinent. En outre, ainsi qu’il ressort plus particulièrement du point 36 ci-dessus et des éléments du dossier auquel celui-ci renvoie, les deux parties ont eu amplement l’occasion de formuler leurs observations sur l’existence d’un risque de confusion sur le territoire pertinent qu’est l’Union, y compris dans des États membres comme l’Italie. De plus, ainsi qu’il découle du point 90 de la décision attaquée, il était clair, pour les parties, dès le début de la procédure devant la division d’opposition, que l’opposition serait accueillie s’il existait un risque de confusion n’importe où dans l’Union, étant donné que la marque antérieure est une marque de l’Union européenne.

51 Par ailleurs, il convient de rappeler, ainsi qu’il ressort du point 12 ci-dessus, que la requérante a elle-même sollicité l’autorisation de déposer un mémoire en réplique à la suite du mémoire en réponse au recours de l’opposante, dans lequel était abordée, de manière plus extensive, la question de la perception de la partie italophone du public pertinent, en plus d’une réponse complète et motivée aux considérations relatives au public pertinent hispanophone. En outre, il ressort du point 3, sous c), du mémoire en réplique de la requérante devant la chambre de recours, que celle-ci a explicitement pris acte des arguments avancés par l’opposante dans son mémoire en réponse au recours, et qu’elle a délibérément décidé de ne pas y répondre de manière complète et motivée, dès lors que, selon elle, lesdits arguments auraient dû être présentés dans le cadre d’un recours incident.

52 Partant, dans ces circonstances, la requérante interprète de manière erronée les considérations découlant du point 90 de la décision attaquée, selon lesquelles il n’était pas nécessaire d’entendre les parties au préalable sur le fait d’examiner le recours du point de vue de la perception par la partie non hispanophone du public pertinent. En effet, dès lors que la chambre de recours a accordé à la requérante le droit de s’exprimer, conformément aux demandes de cette dernière, dans le cadre d’un second tour de mémoire, sur lesdites considérations, elle a estimé qu’il n’était pas nécessaire de procéder à une nouvelle audition des parties pour prendre position sur ces points qui devaient, en principe, déjà être débattus et, par ailleurs, qu’un risque de confusion était susceptible d’exister dans l’ensemble du territoire pertinent, même dans le cas où il serait conclu qu’il n’existerait pas de risque de confusion pour la partie hispanophone du public pertinent.

53 En quatrième lieu, s’agissant des nouveaux éléments de preuve, à savoir, les annexes A.5 et A.6 à la requête, il y a lieu d’observer que l’EUIPO excipe de leur irrecevabilité et soutient, en substance, que les arguments avancés par la requérante aux fins de justifier leur présentation tardive sont erronés et dénués de tout fondement en droit.

54 À cet égard, il convient de rappeler que le recours devant le Tribunal vise au contrôle de la légalité des décisions des chambres de recours de l’EUIPO au sens de l’article 72 du règlement 2017/1001, de sorte que la fonction du Tribunal n’est pas de réexaminer les circonstances de fait à la lumière des documents présentés pour la première fois devant lui [voir arrêt du 7 février 2024, Darila/EUIPO – Original Buff (Buffet), T‑101/23, non publié, EU:T:2024:65, point 18 et jurisprudence citée].

55 En l’espèce, ainsi qu’il est rappelé au point 24 ci-dessus, les annexes A.5 et A.6 à la requête comportent deux études de marché relatives à la prononciation de l’élément « svr » de la marque antérieure et du syntagme « loto dl svr » de la marque demandée par les consommateurs de cosmétiques du public pertinent italophone. Étant datées d’avril 2024, ces annexes sont postérieures à la décision attaquée et, partant, ne figurant pas dans le dossier de l’EUIPO.

56 En outre, ainsi que cela ressort également du point 24 ci-dessus, la requérante allègue présenter lesdites annexes aux fins de contester des appréciations qui auraient été soulevées pour la première fois par la chambre de recours en ce qui concerne la perception de la marque demandée par le public pertinent italophone. Or, à cet égard, il y a lieu d’observer, premièrement, que, ainsi qu’il ressort des points 33 à 40 ci-dessus, la perception du public pertinent italophone faisait partie de l’objet de la procédure devant la division d’opposition et devant la chambre de recours. Deuxièmement, la requérante avait pris connaissance des arguments litigieux de l’opposante durant la procédure devant la chambre de recours et aurait pu, dès le stade du recours devant cette chambre, produire ces annexes concernant le public pertinent italophone. Cela d’autant plus que, ainsi qu’il ressort du point 15 de la décision attaquée, à l’appui de ce recours, la requérante avait produit une étude de la même société de conseil espagnole portant exclusivement sur les consommateurs de produits cosmétiques espagnols. Troisièmement, dans la mesure où l’opposante avait présenté des arguments relatifs à la perception des signes en conflit par la partie italophone du public pertinent devant la chambre de recours dans son mémoire en réponse au recours, la requérante aurait pu produire ces études, au plus tard, en annexe à son mémoire en réplique devant la chambre de recours, ce qu’elle n’a pas fait délibérément (voir points 51 et 52 ci-dessus).

57 Partant, il y a lieu d’écarter les annexes A.5 et A.6 à la requête, sans qu’il soit nécessaire d’examiner leur force probante.

58 Dans ces conditions, au regard de tout ce qui précède, les arguments de la requérante sont dénués de tout fondement en droit, de sorte qu’il y a lieu de les rejeter et, par voie de conséquence, de rejeter le premier moyen dans son intégralité.

B. Sur le second moyen, formulé à titre subsidiaire, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001

59 Par son second moyen, formulé à titre subsidiaire, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir commis, en substance, plusieurs erreurs d’appréciation dans le cadre de son examen portant sur l’existence d’un risque de confusion pour la partie italophone du public pertinent.

60 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

61 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

62 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].

63 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

64 Lorsque la protection de la marque antérieure s’étend à l’ensemble de l’Union, il y a lieu de prendre en compte la perception des marques en conflit par le consommateur des produits en cause sur ce territoire. Toutefois, il convient de rappeler que, pour refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, il suffit qu’un motif relatif de refus au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 existe dans une partie de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 76 et jurisprudence citée].

1. Sur le public pertinent et son niveau d’attention

65 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

66 Il y a lieu de rappeler, d’emblée, ainsi qu’il ressort des points 27 et 89 de la décision attaquée, que la marque antérieure est une marque de l’Union européenne. Le territoire et le public pertinents sont ceux de l’Union.

67 Aux points 71 et 73 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que les produits en cause compris dans la classe 3, étaient, pour l’essentiel, des produits cosmétiques, notamment des parfums, des shampooings et des produits de rasage, lesquels s’adressaient au grand public ainsi qu’à un public spécialisé, comme les esthéticiennes ou les coiffeurs, de sorte que le niveau d’attention du public pertinent était, en substance, moyen.

68 La requérante ne conteste pas le fait que lesdits produits peuvent s’adresser tant au grand public qu’aux professionnels du domaine de la beauté. Toutefois, elle conteste, en substance, le niveau d’attention du public pertinent, et soutient que celui-ci doit être considéré comme étant élevé. Selon elle, le niveau d’attention dont fait preuve le public pertinent pour les produits de soins corporels, les produits cosmétiques ou les cosmétiques pour la peau, est élevé, car les consommateurs tendent à être attentifs lors de l’acquisition de ces produits, en raison des considérations esthétiques ou liées à leurs préférences personnelles, à leur sensibilité, à leurs allergies ou à leurs types de peau et de cheveux.

69 À cet égard, premièrement, les produits cosmétiques sont généralement définis comme étant ceux destinés à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain en vue de les entretenir ou de les embellir [voir, en ce sens, arrêt du 15 juillet 2015, Australian Gold/OHMI – Effect Management & Holding (HOT), T‑611/13, EU:T:2015:492, point 46].

70 Deuxièmement, il convient de relever que les produits de parfumerie ou les cosmétiques compris dans la classe 3 et visés par la marque demandée, dont certains sont destinés à être mis en contact avec le corps humain, ne sont pas utilisés pour le traitement de maladies et constituent donc des produits de consommation courante s’adressant à des consommateurs moyens normalement informés et raisonnablement attentifs et avisés [voir arrêt du 13 mai 2016, Market Watch/EUIPO – El Corte Inglés (MITOCHRON), T‑62/15, non publié, EU:T:2016:304, point 22 et jurisprudence citée].

71 C’est dès lors à juste titre que la chambre de recours a considéré, au point 73 de la décision attaquée, que le niveau d’attention du public pertinent était, en substance, moyen.

2. Sur la comparaison des produits

72 La requérante conteste la conclusion de la chambre de recours, énoncée au point 78 de la décision attaquée, selon laquelle les « produits à base de savon » visés par la marque demandée et les « cosmétiques pour les soins de la peau » couverts par la marque antérieure seraient identiques. Selon elle, si les cosmétiques et les savons étaient des produits identiques, il ne serait pas nécessaire de les protéger séparément dans le registre. En outre, les consommateurs ne feraient pas preuve de différents niveaux d’attention lorsqu’ils y sont confrontés. La requérante soutient, par conséquent, que lesdits produits devaient être considérés comme étant similaires lorsqu’ils partagent les mêmes canaux de distribution, ce qui ne serait pas toujours le cas.

73 Pour apprécier la similitude entre les produits en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].

74 En ce sens, il convient d’abord de rappeler que la chambre de recours a considéré, à juste titre, au point 77 de la décision attaquée, conformément à l’article 2, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 30 novembre 2009, relatif aux produits cosmétiques (JO 2009, L 342, p. 59), et à la jurisprudence citée au point 69 ci-dessus, que les produits cosmétiques sont définis comme étant toutes les substances destinées à être mises en contact avec les parties superficielles du corps humain, en vue de les entretenir ou de les embellir.

75 À cet égard, c’est également à juste titre que la chambre de recours a considéré, au point 79 de la décision attaquée, que les cosmétiques destinés aux soins de la peau sont des substances et des mélanges destinés à nettoyer le corps humain, et plus particulièrement la peau, et à le maintenir en bon état tout en corrigeant les odeurs corporelles. Cette définition engloberait aussi les savons qui, selon le dictionnaire Collins Dictionnary, sont des substances « qu’on utilise avec de l’eau pour se laver ou, parfois, pour laver des vêtements ». Dès lors, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu à l’identité des produits à base de savon visés par la marque demandée et des cosmétiques pour les soins de la peau couverts par la marque antérieure.

76 Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours n’a pas considéré que les « shampooings » visés par la marque demandée étaient identiques aux « cosmétiques pour les soins de la peau » couverts par la marque antérieure. En effet, la chambre de recours a correctement relevé, au point 81 de la décision attaquée, en substance, que les shampooings et les autres produits relatifs à un usage capillaire, présentaient un degré moyen de similitude avec les « cosmétiques pour les soins de la peau » couverts par la marque antérieure car ils servent également à nettoyer et soigner une partie spécifique du corps humain, à savoir le cuir chevelu et les cheveux, ils sont commercialisés par les mêmes canaux de vente, ils sont souvent produits par les mêmes fabricants et ils ciblent des besoins similaires chez le consommateur.

77 Au regard de ce qui précède, il y a lieu de constater que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant, en substance, que les produits visés par la marque demandée et ceux couverts par la marque antérieure étaient identiques ou similaires.

3. Sur la comparaison des signes

78 Selon la jurisprudence, deux marques sont similaires lorsque, du point de vue du public pertinent, il existe entre elles une égalité au moins partielle en ce qui concerne un ou plusieurs aspects pertinents [voir arrêt du 28 janvier 2026, Montepelayo/EUIPO – TRON (TELOTRÓN), T‑203/25, non publié, EU:T:2026:50, point 36 et jurisprudence citée].

79 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne les similitudes visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

80 De plus, il doit être observé que le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque demandée et à une marque antérieure est un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes [voir, en ce sens, arrêts du 25 mars 2010, Nestlé/OHMI – Master Beverage Industries (Golden Eagle et Golden Eagle Deluxe), T‑5/08 à T‑7/08, EU:T:2010:123, point 61 et du 18 mai 2011, Glenton España/OHMI – Polo/Lauren (POLO SANTA MARIA), T‑376/09, non publié, EU:T:2011:225, point 35].

81 Pour apprécier le caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’apprécier l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [arrêts du 13 juin 2006, Inex/OHMI – Wiseman (Représentation d’une peau de vache), T‑153/03, EU:T:2006:157, point 35, et du 27 février 2008, Citigroup/OHMI – Link Interchange Network (WORLDLINK), T‑325/04, non publié, EU:T:2008:51, point 66].

82 En l’espèce, avant de traiter la question de la similitude des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, il y a lieu d’examiner l’appréciation des éléments distinctifs et dominants desdits signes effectuée par la chambre de recours.

a) Sur les éléments distinctifs et dominants composant les signes en conflit

83 En premier lieu, s’agissant d’éventuels éléments dominants des marques en conflit, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, les marques verbales sont constituées exclusivement de lettres, de mots ou d’associations de mots, écrits en caractères d’imprimerie dans une police normale, sans élément graphique spécifique. Dès lors, de telles marques ne présentent pas d’élément dominant, puisque, par nature, aucun de leurs éléments constitutifs ne revêt un aspect graphique ou stylistique particulier susceptible de lui conférer un tel caractère (voir arrêt du 28 janvier 2026, TELOTRÓN, T‑203/25, non publié, EU:T:2026:50, point 41 et jurisprudence citée).

84 Ainsi, il convient de rappeler que la marque antérieure est une marque verbale composée de l’unique élément, « svr », dépourvu de signification par rapport aux produits en cause. Il est dès lors, ainsi qu’il ressort des points 106 et 111 de la décision attaquée, distinctif à un degré moyen. Ledit élément unique ne présente pas d’éléments dominants.

85 S’agissant de la marque figurative demandée, il y a lieu d’observer que celle-ci est faiblement stylisée, de sorte que l’attention du consommateur ne sera pas attirée par le graphisme de ladite marque. En outre, le fait qu’elle soit écrite en lettres majuscules ne modifiera pas non plus, en l’espèce, la perception des éléments verbaux par le public pertinent, notamment dans la mesure où l’écriture en lettres majuscules est un procédé usuel dans le domaine commercial.

86 En deuxième lieu, il convient de rappeler, au regard de la jurisprudence citée au point 81 ci-dessus, que dans le cadre de l’appréciation du caractère dominant d’un ou plusieurs composants déterminés d’un signe complexe, il convient de prendre en compte, notamment, les qualités intrinsèques de chacun de ses composants en les comparant à celles des autres composants. En outre et de manière accessoire, peut être prise en compte la position relative des différents composants dans la configuration du signe complexe [voir, en ce sens, arrêt du 23 octobre 2002, Matratzen Concord/OHMI – Hukla Germany (MATRATZEN), T‑6/01, EU:T:2002:261, point 35].

87 Lorsque certains éléments d’une marque revêtent un caractère descriptif au regard des produits et des services pour lesquels la marque est protégée ou des produits et des services désignés par la demande d’enregistrement, ces éléments ne se voient reconnaître qu’un faible, voire très faible caractère distinctif. Ce caractère distinctif ne pourra, le plus souvent, leur être reconnu qu’en raison de la combinaison qu’ils forment avec les autres éléments de la marque. Du fait de leur faible, voire très faible caractère distinctif, les éléments descriptifs d’une marque ne seront généralement pas considérés par le public comme étant dominants dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci, sauf lorsque, en raison notamment de leur position ou de leur dimension, ils apparaissent comme susceptibles de s’imposer à la perception du public pertinent et d’être gardés en mémoire par celui-ci. Cela ne signifie toutefois pas que les éléments descriptifs d’une marque sont nécessairement négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci. À cet égard, il convient, en particulier, de rechercher si d’autres éléments de la marque sont susceptibles de dominer à eux seuls l’image de celle-ci que le public pertinent garde en mémoire [voir arrêt du 18 janvier 2023, YAplus DBA Yoga Alliance/EUIPO – Vidyanand (YOGA ALLIANCE INDIA INTERNATIONAL), T‑443/21, non publié, EU:T:2023:7, point 69 et jurisprudence citée].

88 En l’espèce, premièrement, la chambre de recours a observé, à juste titre, au point 94 de la décision attaquée, que si l’élément intermédiaire « dl » de la marque demandée était davantage stylisé en raison de la ligne horizontale à l’intérieur de la lettre « d », et pourrait être perçu comme l’entrelacement des lettres « d » et « e », il s’agissait du plus petit des trois éléments qui composent le signe demandé, ce qui rendrait cette stylisation moins perceptible. En effet, en raison de sa taille nettement plus petite et du fait qu’il s’agit également de l’élément verbal le plus court des trois puisqu’il ne comporte que deux lettres, le caractère distinctif de cet élément intermédiaire est, en substance, faible, et le public pertinent le percevra comme revêtant une importance secondaire, dans la mesure où il ne constitue qu’un simple élément de liaison entre le premier et le troisième élément verbal.

89 Dès lors, il aura un impact moindre dans l’impression globale de la marque demandée en raison de sa taille secondaire, donnant une impression prépondérante aux éléments « loto » et « svr », visuellement équivalents par leur taille.

90 Deuxièmement, ainsi qu’il ressort, à juste titre, des points 96 et 97 de la décision attaquée, l’élément « loto » est un mot italien qui signifie « lotus » et présente un faible degré de caractère distinctif, dès lors que le consommateur moyen était susceptible d’identifier un des ingrédients des produits visés par la marque demandée.

91 Troisièmement, l’élément « svr » de la marque demandée n’a aucune signification par rapport aux produits en cause, de sorte qu’il dispose d’un caractère distinctif moyen.

92 En troisième lieu, selon la jurisprudence, l’examen de la similitude des marques doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par ces dernières, dès lors que le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à l’examen de ses différents détails. Dès lors, le Tribunal ne doit pas partir de la prémisse selon laquelle le consommateur prête une plus grande attention au début d’un signe verbal composé plutôt qu’à sa fin. Il peut considérer que la fin des signes faisant l’objet de la procédure d’opposition est plus distinctive ou dominante que le début de ces signes ou, encore, que l’un des éléments desdits signes n’est pas plus distinctif ou dominant que l’autre [voir arrêt du 1er mars 2023, Canai Technology/EUIPO – Trend Fin (HE&ME), T‑25/22, non publié, EU:T:2023:99, point 56 et jurisprudence citée].

93 En l’espèce, d’une part, l’élément « loto » de la marque demandée est descriptif des produits en cause et, d’autre part, l’élément « dl » de ladite marque est dépourvu de caractère distinctif puisqu’il constitue un simple élément de liaison entre le premier et dernier élément dans le syntagme « loto dl svr ». En outre, la combinaison des deux éléments verbaux « loto dl » est comprise comme renvoyant au syntagme signifiant « lotus du/de ».

94 Par ailleurs, il convient de rappeler que le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque demandée et à une marque antérieure est un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes [voir arrêt du 26 mars 2015, Royal County of Berkshire Polo Club/OHMI – Lifestyle Equities (Royal County of Berkshire POLO CLUB), T‑581/13, non publié, EU:T:2015:192, point 41 et jurisprudence citée]. Or, les éléments descriptifs, non distinctifs ou faiblement distinctifs d’une marque complexe ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important, qui ont également une faculté plus grande de dominer l’impression d’ensemble produite par cette marque (voir, par analogie, arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 53 et jurisprudence citée).

95 En effet, le caractère faiblement distinctif tout comme le caractère descriptif d’un élément commun à deux signes diminue considérablement le poids relatif d’un tel élément dans la comparaison desdits signes, y compris sur les plans visuel et phonétique, même si sa présence doit être prise en compte [voir, en ce sens, arrêts du 15 octobre 2020, Rothenberger/EUIPO – Paper Point (ROBOX), T‑49/20, non publié, EU:T:2020:492, point 67 ; du 13 septembre 2023, Korres/EUIPO – Naos (EST. KORRES 1996 HYDRA-BIOME), T‑328/22, non publié, EU:T:2023:533, point 75, et du 6 novembre 2024, W. L. Gore & Associates/EUIPO – Angiokard med. Spritzguß (Cardioflow), T‑1146/23, non publié, EU:T:2024:789, point 57].

96 Au regard de ce qui précède, il y a lieu de confirmer les appréciations de la chambre de recours, énoncées au point 97 de la décision attaquée, selon lesquelles les signes en conflit coïncident par l’élément commun « svr », qui est distinctif et auquel le consommateur accordera plus d’attention par rapport aux éléments faiblement distinctifs « loto » et « dl ».

b) Sur les comparaisons visuelle et phonétique des signes en conflit

97 La chambre de recours a considéré, aux points 101 et 104 de la décision attaquée, que les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur les plans visuel et phonétique.

98 La requérante soutient que les signes en conflit sont différents sur le plan visuel dans la mesure où la marque antérieure est un signe court composé de trois consonnes « s », « v » et « r », tandis que la marque demandée est une marque figurative, avec une stylisation particulière qui sera perçue par le public pertinent comme l’expression « loto del sur ». En ce sens, elle soutient également qu’il n’existe aucune similitude entre les signes en conflit sur le plan phonétique. Selon elle, cette appréciation vaut tant pour la partie italophone que pour la partie hispanophone du public pertinent.

99 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

100 À titre liminaire, il convient de rappeler que rien ne s’oppose à ce que soit vérifiée l’existence d’une similitude visuelle entre une marque verbale et une marque figurative, étant donné que ces deux types de marques ont une configuration graphique capable de donner lieu à une impression visuelle [voir arrêt du 4 mai 2005, Chum/OHMI – Star TV (STAR TV), T‑359/02, EU:T:2005:156, point 43 et jurisprudence citée].

101 En l’espèce, premièrement, il convient de relever, à l’instar de la chambre de recours, au point 99 de la décision attaquée, et ainsi qu’il ressort du point 96 ci-dessus, que tant sur le plan visuel que sur le plan phonétique, les signes en conflit partagent l’élément verbal « svr » de la marque antérieure, repris dans la marque demandée, qui sera prononcé de manière identique par une partie non négligeable du public pertinent italophone.

102 Deuxièmement, conformément à la jurisprudence citée aux points 94 et 100 ci-dessus, la chambre de recours a considéré, à juste titre, au point 100 de la décision attaquée, que les éléments « loto » et « dl » de la marque demandée n’interfèrent pas avec l’impression visuelle produite par l’élément « svr » de ladite marque, ni n’en détournent l’impression produite sur le consommateur. En effet, lesdits éléments revêtent chacun une importance secondaire dans la perception visuelle de la marque demandée par le consommateur pertinent, étant donné qu’ils présentent un caractère descriptif ou faiblement distinctif. Dès lors, ceux-ci ne sauraient atténuer l’impression visuelle produite l’élément commun « svr ».

103 Troisièmement, sur le plan phonétique, il y a lieu de rappeler, à l’instar de la chambre de recours, au point 102 de la décision attaquée, que le consommateur moyen a tendance à abréger oralement une marque comprenant plusieurs termes afin de la rendre plus facile à prononcer [voir arrêt du 21 décembre 2021, Dr. Spiller/EUIPO – Rausch (Alpenrausch Dr. Spiller), T‑6/20, non publié, EU:T:2021:920, point 139 et jurisprudence citée].

104 À cet égard, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré, au point 103 de la décision attaquée, que la marque demandée reproduit l’ensemble de l’élément unique « svr » composant la marque antérieure. En outre, bien qu’il s’agisse du dernier élément de la marque demandée à être prononcé, il est aussi celui qui compte le plus de syllabes, à savoir trois. En effet, puisqu’il s’agit d’une abréviation dépourvue de voyelles, il est naturel d’y faire référence en prononçant chacune des lettres une à une. En outre, du fait qu’il s’agit de l’élément le plus long, il déplace l’accent phonétique de la marque demandée vers sa terminaison.

105 Partant, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré, aux points 101 et 104 de la décision attaquée, que les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur les plans visuel et phonétique.

c) Sur la comparaison conceptuelle

106 La requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir considéré, au point 107 de la décision attaquée, qu’il était impossible de procéder à une comparaison conceptuelle des signes en conflit. Elle fait valoir, en substance, que la marque demandée sera prononcée, par la majeure partie du public pertinent italophone, comme « loto del sur », ce qui pourrait signifier « lotus du sud », comme en langue espagnole, et véhiculer, par conséquent, un contenu sémantique identifiable par le public pertinent italophone.

107 Il y a lieu de rappeler que la comparaison conceptuelle a pour objet de comparer les « concepts » que les signes en cause comportent. Le terme « concept » signifie, selon la définition qu’en donne par exemple le dictionnaire Larousse, une « idée générale et abstraite que se fait l’esprit humain d’un objet de pensée concret ou abstrait, et qui lui permet de rattacher à ce même objet les diverses perceptions qu’il en a, et d’en organiser les connaissances » [voir arrêt du 16 juin 2021, Smiley Miley/EUIPO – Cyrus Trademarks (MILEY CYRUS), T‑368/20, non publié, EU:T:2021:372, point 52 et jurisprudence citée].

108 De même, selon la jurisprudence, la similitude conceptuelle implique que les signes en conflit concordent dans leur contenu sémantique (voir, en ce sens, arrêt du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24). Il en découle que lorsque le public pertinent ne comprend pas la signification des mots ou ne peut attribuer une signification particulière à aucun desdits signes, aucune comparaison conceptuelle n’est possible [voir, en ce sens, arrêts du 7 février 2018, Şölen Çikolata Gıda Sanayi ve Ticaret/EUIPO – Zaharieva (Emballage pour cornets à glace), T‑794/16, non publié, EU:T:2018:70, point 76, et du 6 avril 2022, Agora Invest/EUIPO – Transportes Maquinaria y Obras (TRAMOSA), T‑219/21, non publié, EU:T:2022:219, point 117 et jurisprudence citée].

109 En l’espèce, en premier lieu, au point 91 de la décision attaquée, la chambre de recours a rappelé que la marque verbale antérieure était composée du groupe de lettres « svr ». En outre, il découle, en substance, des points 103 et 106 de ladite décision, que la partie italophone du public pertinent était davantage susceptible de percevoir la marque antérieure comme une abréviation composée de trois consonnes dont les lettres seront prononcées une à une. Ladite abréviation est dépourvue de signification en italien par rapport aux produits en cause.

110 Ces appréciations, qui ne sont au demeurant pas contestées par la requérante, sont fondées et doivent être confirmées.

111 En deuxième lieu, s’agissant de la marque demandée, il convient d’observer que la chambre de recours a rappelé, à juste titre, au point 92 de la décision attaquée, que celle-ci consiste en une marque figurative composée des éléments « loto », « dl » et « svr ».

112 Premièrement, s’agissant de l’élément « dl », la chambre de recours a considéré, au point 105 de la décision attaquée, que celui-ci serait perçu par la partie italophone du public pertinent comme la préposition « del », qui ferait le lien entre le premier élément verbal « loto » et le troisième élément « svr ».

113 Deuxièmement, s’agissant de l’élément « loto », elle a considéré, au point 96 de la décision attaquée, que celui-ci était un terme italien qui signifie « lotus », qui sera perçu par la partie italophone du public pertinent comme un composant des produits couverts par la marque antérieure. En outre, au point 105 de ladite décision, la chambre de recours a considéré que les deux premiers éléments verbaux de la marque demandée, considérés ensemble, seront perçus par la partie italophone du public pertinent comme formant l’expression « loto del », signifiant « lotus du/de ».

114 Troisièmement, s’agissant de l’élément « svr », il ressort, en substance, d’une lecture combinée des points 91, 105 et 106 de la décision attaquée, que ledit élément sera perçu comme la reproduction dans la marque demandée du groupe de consonnes « svr » figurant dans la marque antérieure, qui est dénué de signification pour la partie italophone du public pertinent par rapport aux produits visés par les signes en conflit.

115 La requérante soutient que, contrairement à l’appréciation de la chambre de recours, la marque demandée consiste en l’expression « loto del sur », écrite en caractères latins anciens, où le « u » a la forme d’un « v ». Elle illustre son argument, premièrement, avec plusieurs exemples, tirés, entre autres, d’une copie d’écran du site Internet de la Cour de justice de l’Union européenne, où l’élément « cvria » du logo de l’institution se lit « curia » en raison de sa typographie particulière. La requérante se prévaut également d’autres exemples qui seraient notoires pour la partie italophone du public pertinent, comme l’élément graphique représentant l’emblème de la République italienne, écrit avec la graphie « repvbblica italiana », le logo de l’Université Sapienza de Rome (Sapienza Università di Roma), composé de l’élément « stvdivm vrbis », qui se lit « studium urbis », ou encore, s’agissant du secteur des cosmétiques et de la mode, la marque BULGARI, rédigée BVLGARI.

116 Deuxièmement, la requérante soutient que l’expression « loto del » correspond en italien à l’expression « lotus de ». À l’instar de la préposition espagnole « del », la préposition italienne « del » est toujours suivie d’un nom, ce qui conduirait naturellement le consommateur italien à percevoir le dernier élément de la marque demandée comme étant le mot « sur », puisqu’il s’agirait d’une suite logique après l’élément « del ». À cet égard, elle se prévaut d’éléments de preuve supplémentaires contenus aux annexes A.5 et A.6 à la requête.

117 Troisièmement, la requérante conteste la pertinence des éléments de preuve présentés par l’opposante devant la chambre de recours, relatifs à la signification du terme « loto ». Selon elle, les annexes 4 et 5 du mémoire en réponse au recours, renvoyant, respectivement, aux résultats obtenus sur le moteur de recherche d’ingrédients de la Commission européenne et à un article sur un site Internet de produits cosmétiques coréens, ne sauraient suffire pour conclure que l’élément « loto », faisant référence au lotus, serait un ingrédient de produits cosmétiques compris dans la classe 3 et largement connu sur le territoire pertinent.

118 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

119 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que les annexes A.5 et A.6 sont irrecevables en raison de leur présentation tardive devant le Tribunal, de sorte que celles-ci ne peuvent être prises en compte dans le cadre de l’examen du second moyen (voir point 57 ci-dessus).

120 En l’espèce, en premier lieu, s’agissant de l’élément « loto » de la marque demandée, il convient d’observer, à l’instar de l’EUIPO, qu’il ressort du point 96 de la décision attaquée, que la chambre de recours ne s’est pas uniquement fondée sur les annexes 4 et 5 du mémoire en réponse au recours, mais a également fondé son examen sur d’autres éléments, comme, par exemple, l’annexe 2 dudit mémoire, qui consiste en une copie d’écran d’un site Internet, opérant comme un dictionnaire multilingue en ligne, qui présente la traduction du terme « lotus » en plusieurs langues.

121 Par ailleurs, l’EUIPO fait également valoir, à juste titre, que la chambre de recours a considéré, au point 96 de la décision attaquée, qu’il était notoire que le consommateur est habitué aux senteurs de fleurs communes dans les parfums et autres produits cosmétiques, malgré l’absence de connaissances techniques ou des spécificités liées à l’utilisation de plantes dans lesdits produits. Selon la chambre de recours, la réaction naturelle immédiate d’une partie suffisamment importante du public pertinent sera de comprendre le terme « loto », lorsque celui-ci est apposé sur des cosmétiques, comme renvoyant à la fleur de lotus, qui constituerait un des ingrédients des produits en cause.

122 À cet égard, conformément à la jurisprudence rappelée au point 29 ci-dessus, premièrement, l’article 95 du règlement 2017/1001 ne fait pas obstacle à ce que les instances de l’EUIPO fondent leurs décisions, outre sur les faits et les preuves présentés par les parties, sur des faits notoires, à savoir des faits qui sont susceptibles d’être connus par toute personne ou qui peuvent être connus par des sources généralement accessibles [voir arrêt du 12 juin 2024, Amstel Brouwerij/EUIPO – Anheuser-Busch (ULTRA), T‑170/23, non publié, EU:T:2024:375, point 17 et jurisprudence citée].

123 Deuxièmement, il ressort également de la jurisprudence, en substance, qu’un extrait de dictionnaire en ligne constitue une source généralement accessible au grand public et que, dès lors, les définitions y figurant constituent des faits notoires (voir arrêt du 12 juin 2024, ULTRA, T‑170/23, non publié, EU:T:2024:375, point 18 et jurisprudence citée).

124 Troisièmement, il y a lieu d’observer que selon une jurisprudence constante, une partie requérante est en droit de présenter devant le Tribunal des documents afin soit d’étayer soit de contester devant ce dernier l’exactitude d’un fait notoire [voir arrêt du 19 juin 2018, Erwin Müller/EUIPO – Novus Tablet Technology Finland (NOVUS), T‑89/17, non publié, EU:T:2018:353, point 16 et jurisprudence citée].

125 Il s’ensuit, en l’espèce, que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en tenant compte des annexes 2, 4 et 5 du mémoire en réponse au recours et, par ailleurs, en tenant compte des traductions résultant du dictionnaire multilingue en ligne, qui est une source généralement accessible au public, afin de conclure que l’élément « loto » sera compris comme renvoyant au « lotus » pour la partie italophone du public pertinent.

126 De plus, la requérante n’a présenté aucun élément de preuve susceptible de remettre en cause les appréciations de la chambre de recours relatives à la compréhension de l’élément « loto » par la partie italophone du public pertinent et ne produit, par ailleurs, aucun argument ou élément de preuve susceptible de remettre en cause les appréciations de la chambre de recours découlant des annexes 4 et 5 du mémoire en réponse au recours.

127 En deuxième lieu, il convient d’observer que la requérante ne conteste pas les appréciations de la chambre de recours selon lesquelles les deux premiers éléments verbaux de la marque demandée, pris dans leur ensemble, seront perçus comme formant l’expression « lotus du/de ».

128 En troisième lieu, s’agissant de l’élément « svr », il convient de rappeler que selon la jurisprudence, la connaissance d’une langue étrangère ne peut pas, en général, être présumée [voir arrêt du 14 juillet 2021, Cole Haan/EUIPO – Samsøe & Samsøe Holding (Ø), T‑399/20, EU:T:2021:442, point 39 et jurisprudence citée].

129 En l’espèce, comme l’a relevé à juste titre la chambre de recours, au point 106 de la décision attaquée, il ressort du dossier de l’EUIPO et, particulièrement, de l’annexe 8 au mémoire en réponse au recours, que ledit terme n’existe pas en italien. Il serait donc peu probable que l’abréviation « svr » soit interprétée par le public pertinent italophone comme le groupe de lettres « sur » qui, au demeurant, n’aurait aucune signification pour une partie non négligeable dudit public.

130 Au regard de ce qui précède, il y a lieu de conclure, premièrement, que la marque antérieure, composée du seul élément verbal « svr », sera perçue comme une suite de consonnes formant une abréviation, dont les lettres seront prononcées une à une. Deuxièmement, s’agissant de la marque demandée, l’élément « loto », qui renvoie à la plante ou à la fleur de lotus, combiné avec l’élément « dl », qui sera perçu comme la préposition « del », forment le syntagme « loto del » qui sera perçu comme signifiant « lotus du/de ». Troisièmement, aucun des éléments du dossier ne permettant d’établir que les consommateurs italiens seraient susceptibles de percevoir l’élément « svr » de la marque demandée comme renvoyant au terme espagnol « sur », qui signifie « sud », il y a lieu de considérer que les signes en conflit ont en commun l’élément « svr », qui est dépourvu de toute signification par rapport aux produits en cause.

131 Par ailleurs, ainsi que le fait valoir à juste titre la chambre de recours, au point 105 de la décision attaquée, étant donné que l’élément « svr » est dépourvu de toute signification, considérée dans son ensemble, la marque demandée ne véhicule aucune signification claire et immédiatement perceptible. En outre, l’incidence conceptuelle de l’élément « loto » est limitée en raison de son faible caractère distinctif intrinsèque, de sorte que le syntagme « loto dl svr » constitue une formule composite dont le sens global reste indéterminé.

132 À cet égard, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, lorsqu’aucun des signes en cause n’a de signification pris dans son ensemble, il doit être constaté que la comparaison sur le plan conceptuel n’est pas possible [voir arrêt du 21 janvier 2026, Casa Ermelinda Freitas/EUIPO – Eggers & Franke (EF), T‑71/25, non publié, EU:T:2026:32, point 64 et jurisprudence citée].

133 Il s’ensuit que c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré, au point 107 de la décision attaquée, que la comparaison conceptuelle était impossible, dès lors que les signes en conflit, pris dans leur ensemble, ne véhiculaient pas, respectivement, de concepts précis.

4. Sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure

134 La chambre de recours a considéré, au point 114 de la décision attaquée, que la marque antérieure « svr » présente un caractère distinctif intrinsèque moyen du point de vue du public pertinent italophone.

135 Cette appréciation, qui n’est au demeurant pas contestée par la requérante, est fondée et doit être confirmée.

5. Sur l’appréciation globale du risque de confusion

136 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les signes, et inversement (arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 19).

137 En outre, aux fins de l’appréciation globale du risque de confusion, il doit notamment être tenu compte de ce que le consommateur moyen, au sein du public pertinent, n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques, mais doit se fier à l’image imparfaite de celles-ci qu’il garde en mémoire (arrêt du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 26). Par ailleurs, il ne pourrait être conclu à l’existence d’un risque de confusion que si le public pertinent était susceptible d’être induit en erreur sur l’origine commerciale des produits en cause [voir, en ce sens, arrêt du 24 novembre 2021, Jeronimo Martins Polska/EUIPO – Rivella International (Riviva), T‑551/20, non publié, EU:T:2021:816, point 86].

138 De plus, selon la jurisprudence de la Cour, un risque de confusion peut exister dans l’esprit du public, en cas d’identité des produits ou des services, lorsque le signe contesté est constitué au moyen de la juxtaposition, d’une part, de la dénomination de l’entreprise du tiers et, d’autre part, de la marque enregistrée, dotée d’un pouvoir distinctif normal, et que celle-ci, sans créer à elle seule l’impression d’ensemble du signe composé, conserve dans ce dernier une position distinctive autonome [arrêts du 6 octobre 2005, Medion, C‑120/04, EU:C:2005:594, point 37, et du 13 octobre 2021, Unimax Stationery/EUIPO – Mitsubishi Pencil (UNI-MAX), T‑591/20, non publié, EU:T:2021:694, point 28].

139 En l’espèce, la chambre de recours a conclu, aux points 113 et 115 de la décision attaquée, à l’existence d’un risque de confusion quant à l’origine commerciale des produits en cause, compte tenu du fait que les consommateurs étaient susceptibles de percevoir la marque demandée comme une sous-marque de la gamme des produits de la marque antérieure SVR.

140 À cet égard, premièrement, comme relevé au point 77 ci-dessus, la chambre de recours était fondée à considérer que les produits visés par la marque demandée étaient identiques ou similaires à ceux couverts par la marque antérieure. Deuxièmement, les signes en conflit comportent l’élément verbal commun et distinctif « svr » (voir point 96 ci-dessus). Troisièmement, la chambre de recours était également fondée à considérer que ces signes étaient moyennement similaires sur les plans visuel et phonétique (voir point 105 ci-dessus). Quatrièmement, la comparaison sur le plan conceptuel entre les deux signes est impossible car ces derniers ne véhiculent aucun concept précis (voir points 106 à 133 ci-dessus). Cinquièmement, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré que la marque antérieure était pourvue d’un caractère distinctif intrinsèque moyen (voir points 134 et 135 ci-dessus). Sixièmement, c’est également à juste titre que la chambre de recours a considéré que l’élément « svr » composant la marque antérieure était intégralement reproduit dans la marque demandée, et que celui-ci occupait, en raison de son caractère distinctif intrinsèque moyen du point de vue du public pertinent italophone, une position dominante et autonome, de sorte que lorsqu’il est confronté à la marque demandée, dans le contexte des produits en cause, la partie italophone de public pertinent pourrait être amenée à croire que la marque demandée est une sous-marque fondée sur l’élément « loto » renvoyant à la fleur de lotus, issue d’une gamme de produits de la marque antérieure.

141 Il en résulte que le public pertinent, doté d’un niveau d’attention moyen, pourra raisonnablement penser, lorsqu’il est confronté à la marque demandée, que les produits visés par celle-ci et les produits couverts par la marque antérieure, identiques ou similaires, ont la même origine commerciale.

142 Dans ces conditions, la chambre de recours n’a commis aucune erreur d’appréciation en concluant à l’existence d’un risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

143 Il s’ensuit que le second moyen doit être rejeté comme non fondé.

144 La demande d’annulation de la décision attaquée doit, dès lors, être rejetée dans son intégralité ainsi que, par voie de conséquence, la demande visant à la réformation de ladite décision.

IV. Sur les dépens

145 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

146 Bien que la requérante ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens qu’en cas de convocation à une audience. En l’absence d’organisation d’une audience, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (sixième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Cosmetika S.A.S. et l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) sont condamnés à supporter chacun leurs propres dépens.

Škvařilová-Pelzl

Nõmm

Pezzuto

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le. 9 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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