Jurisprudence CJUE62024TJ0416

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 2 septembre 2026.#ES contre Commission européenne.#Fonction publique – Recrutement – Concours interne COM/AD/03/22 (AD 5) – Décision de ne pas admettre le requérant à l’étape suivante du concours – Principe de bonne administration – Devoirs de diligence et de sollicitude – Erreur manifeste d’appréciation.#Affaire T-416/24.

CELEX62024TJ0416
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 2 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (quatrième chambre)

2 septembre 2026 (*)

« Fonction publique – Recrutement – Concours interne COM/AD/03/22 (AD 5) – Décision de ne pas admettre le requérant à l’étape suivante du concours – Principe de bonne administration – Devoirs de diligence et de sollicitude – Erreur manifeste d’appréciation »

Dans l’affaire T‑416/24,

ES, représentée par Mes D. Rovetta et V. Villante, avocats,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par M. J.-F. Brakeland et Mme G. Niddam, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre),

composé, lors des délibérations, de M. R. da Silva Passos, président, Mme N. Półtorak et M. H. Cassagnabère (rapporteur), juges,

greffier : M. A. Marghelis administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 23 avril 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, la requérante, ES, demande, d’une part, l’annulation de la décision du jury du 2 août 2023 rejetant la demande de réexamen portant sur le refus de son admission à l’étape suivante du concours interne COM/AD/03/22 (AD 5) (ci-après la « décision sur la demande de réexamen ») et, d’autre part, la réparation du préjudice qu’elle aurait subi du fait de cette décision.

Antécédents du litige

2 Le 25 octobre 2022, la Commission a publié un avis relatif au concours interne COM/AD/03/22 (AD 5) (ci-après le « concours ») auquel la requérante a présenté sa candidature.

3 Ce concours comportait une épreuve de questions à choix multiples (QCM), ainsi qu’une autre épreuve écrite et, pour les candidats admissibles, une épreuve orale d’admission. Les deux premières épreuves d’admissibilité pouvaient, au choix des candidats, se tenir soit au sein des locaux de la Commission européenne, soit à distance. Dans ce second cas, les candidats devaient, antérieurement aux épreuves, télécharger sur l’ordinateur portable utilisé l’application TestWe, mise à leur disposition par la Commission.

4 Le 20 février 2023, la requérante, qui était agent temporaire (AD 5), a été invitée par la Commission à concourir à l’épreuve de QCM et à l’épreuve écrite, toutes deux prévues pour le 15 mars 2023.

5 Le 15 mars 2023, la requérante a été confrontée à des problèmes informatiques lors de l’épreuve écrite (ci-après la « première épreuve ») et a contacté à cet effet le support technique TestWe.

6 Le 16 mars 2023, la requérante s’est plainte auprès du secrétariat du concours des problèmes informatiques qu’elle avait rencontrés lors de la première épreuve et a sollicité l’autorisation de repasser cette dernière.

7 Par courriel du 15 mai 2023, le secrétariat du concours a reconnu l’existence des problèmes techniques intervenus lors de la première épreuve. Il a ouvert à tous les candidats ayant rencontré ce type de difficultés la possibilité soit de conserver les résultats de la première épreuve, soit de la repasser le 25 mai suivant.

8 Le 17 mai 2023, la requérante, qui avait fait le choix de repasser la première épreuve, a reçu un courriel de convocation à la nouvelle épreuve écrite (ci-après la « nouvelle épreuve »). Ce courriel l’invitait, d’une part, à s’assurer que la dernière version de l’application TestWe (ci-après l’« application mise à jour ») était bien installée sur son ordinateur et, d’autre part, à accomplir un test de simulation obligatoire (ci-après le « test de simulation préalable ») avant le 24 mai 2023.

9 Entre le 17 et le 25 mai 2023, la requérante a échangé de nombreux courriels avec le service Helpdesk IT et la direction générale des services numériques de la Commission (ci-après les « services informatiques de la Commission ») ainsi qu’avec le support technique TestWe et le secrétariat du concours, afin de résoudre les problèmes informatiques dont elle se plaignait. L’ensemble de ces échanges a eu lieu alors que la requérante était en congé, entre le 18 et le 24 mai 2023 (le 18 mai correspondant au jour férié de l’Ascension et les 20 et 21 mai étant, respectivement, un samedi et un dimanche).

10 La requérante a repassé l’épreuve écrite le 25 mai 2023. Le lendemain, elle a adressé un courriel au secrétariat du concours pour se plaindre de problèmes techniques qu’elle estimait avoir rencontrés lors de la nouvelle épreuve.

11 Le 21 juin 2023, le jury a informé la requérante qu’elle avait obtenu 19,5 points sur 40 à l’épreuve écrite, résultat inférieur au minimum requis de 24 points sur 40, de sorte qu’elle ne serait pas invitée à la phase suivante du concours (ci-après la « décision d’exclusion »).

12 Le 23 juin 2023, la requérante a présenté une demande de réexamen, en faisant valoir les mêmes problèmes informatiques.

13 Le 2 août 2023, la direction générale des ressources humaines et de la sécurité de la Commission a transmis à la requérante la décision sur la demande de réexamen, en lui indiquant que le jury avait confirmé la décision d’exclusion. Elle a précisé que le jury avait considéré que la requérante avait bénéficié d’une assistance suffisante pour mettre un terme aux difficultés informatiques dont elle se plaignait, en ce que, d’une part, elle avait bénéficié d’une assistance technique individualisée et, d’autre part, il lui avait été proposé de venir directement dans les locaux des services informatiques de la Commission pour résoudre lesdites difficultés.

14 Le 31 octobre 2023, la requérante a introduit une réclamation contre la décision sur la demande de réexamen sur le fondement de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, en sollicitant de repasser l’épreuve écrite ou de bénéficier de toute autre mesure jugée nécessaire pour être admise à l’épreuve orale.

15 Par décision du 29 avril 2024 l’autorité investie du pouvoir de nomination a rejeté la réclamation de la requérante (ci-après la « décision sur la réclamation »). En substance, cette autorité a, en premier lieu, relevé que la requérante s’était abstenue de solliciter une assistance technique pendant la nouvelle épreuve écrite, alors même que cela était expressément prévu par l’avis de concours. Elle a, en second lieu, fait valoir que la requérante ne rapportait pas la preuve des difficultés techniques qu’elle disait avoir rencontrées lors de cette épreuve, pas plus que celle de la violation des principes d’égalité de traitement et de bonne administration par la Commission.

Conclusions des parties

16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision d’exclusion ;

– annuler la décision sur la demande de réexamen ;

– annuler la décision sur la réclamation ;

– condamner la Commission à lui payer 10 000 euros au titre de l’indemnisation du préjudice subi du fait de l’illégalité de la décision d’exclusion, de la décision sur la demande de réexamen et de la décision sur la réclamation ;

– condamner la Commission aux dépens.

17 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours dans son intégralité ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

Sur l’objet du recours

18 À titre liminaire, il y a lieu de relever que, par ses deux premiers chefs de conclusions, la requérante conteste les deux décisions du jury la concernant, à savoir la décision d’exclusion et celle sur la demande de réexamen.

19 Or, il est de jurisprudence constante que la décision prise après réexamen se substitue à la décision initiale du jury (voir arrêt du 9 mars 2022, Zardini/Commission, T‑511/20, non publié, EU:T:2022:122, point 16 et jurisprudence citée). Il s’ensuit que, dans la présente procédure, la décision d’exclusion a été remplacée par la décision sur la demande de réexamen et qu’il y a lieu de considérer que les premier et deuxième chefs de conclusions tendent à la seule annulation de la décision sur la demande de réexamen, qui constitue, en l’espèce, l’acte attaqué.

20 Par son troisième chef de conclusions, la requérante demande aussi l’annulation de la décision sur la réclamation. Or, il est de jurisprudence constante que des conclusions dirigées contre le rejet d’une réclamation ont pour effet de saisir le juge de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée dans la mesure où elles sont, comme telles, dépourvues de contenu autonome (voir arrêt du 9 mars 2022, Zardini/Commission, T‑511/20, non publié, EU:T:2022:122, point 17 et jurisprudence citée).

21 Toutefois, il y a lieu de constater que, si, en l’espèce, la décision sur la réclamation est dépourvue de contenu autonome et qu’il n’y a donc pas lieu de statuer spécifiquement sur celle-ci, elle contient des arguments visant à compléter la portée de ceux qui figuraient notamment dans la décision sur la demande de réexamen. Dès lors, dans l’examen de la légalité de la décision de réexamen, il conviendra de prendre en considération la motivation figurant dans la décision sur la réclamation, cette motivation étant censée coïncider avec celle de la décision de réexamen (voir, en ce sens, arrêt du 9 mars 2022, Zardini/Commission, T‑511/20, non publié, EU:T:2022:122, point 18 et jurisprudence citée).

22 Il résulte de ce qui précède que l’objet du présent recours concerne la décision sur la demande de réexamen, qui constitue, en l’espèce, l’acte faisant grief à la requérante, telle que complétée par la décision sur la réclamation.

Sur la demande de mesures d’organisation de la procédure

23 Dans la réplique, la requérante fait valoir que les affirmations formulées par la Commission dans le mémoire en défense et relatives à Internet, ainsi qu’aux aspects techniques du dossier, contredisent les éléments de preuve dont elle se prévaut et nécessitent que le Tribunal ordonne à la Commission, sur le fondement de l’article 88 de son règlement de procédure, de produire des éléments de preuve que seule cette institution détiendrait ou serait susceptible de détenir.

24 La requérante sollicite à cet effet la production par la Commission de documents relatifs aux raisons pour lesquelles, premièrement, les ordinateurs professionnels sont désormais prohibés lors des épreuves de concours et celles pour lesquelles la fonction « copier-coller » a été prohibée lors de la nouvelle épreuve, deuxièmement, toutes les correspondances avec les fournisseurs de services, en ce compris TestWe, relatives aux incompatibilités avec des ordinateurs professionnels et sans droit d’administrateurs, troisièmement, toutes les informations relatives aux événements du mois de mars 2023, lorsque la Commission a été sommée d’intervenir et d’installer de manière centralisée l’application TestWe sur des ordinateurs portables et, enfin, quatrièmement, tous les rapports et communications internes identifiant des problèmes de compatibilité de la plate-forme TestWe avec des ordinateurs portables Dell ou tous autres ordinateurs personnels ou professionnels.

25 À titre liminaire, il convient de relever que les demandes avant dire droit sollicitées par la requérante doivent être comprises non pas comme tendant à ce que le Tribunal prononce des injonctions à l’encontre de la Commission, le Tribunal n’étant au demeurant pas compétent pour prononcer de telles injonctions dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, mais comme des demandes de mesures d’organisation de la procédure au titre de l’article 88 du règlement de procédure (voir, en ce sens, arrêt du 20 mars 2024, Westpole Belgium/Parlement, T‑640/22, non publié, EU:T:2024:188, points 17 et 18 et jurisprudence citée).

26 À cet égard, il y a lieu de rappeler que le Tribunal est juge de la nécessité éventuelle de compléter les éléments d’information dont il dispose sur les affaires dont il est saisi (voir, en ce sens, arrêt du 28 juillet 2011, Diputación Foral de Vizcaya e.a./Commission, C‑474/09 P à C‑476/09 P, non publié, EU:C:2011:522, point 93 et jurisprudence citée).

27 En l’espèce, les éléments de preuve versés aux débats par les parties, notamment ceux figurant aux annexes 1 et 2 de la duplique, qui mettent en évidence, d’une part, que la requérante utilisait un ordinateur d’une autre marque que celle qui aurait été prohibée pour les épreuves de concours et, d’autre part, que la Commission ne prohibe pas systématiquement aux membres de son personnel l’usage de leur ordinateur professionnel pour les concours internes, sont suffisants pour trancher le litige sans qu’il soit besoin d’ordonner des mesures d’organisation de la procédure.

28 Il convient, par conséquent, de rejeter la demande de mesures d’organisation de la procédure sollicitée par la requérante.

Sur les conclusions à fin d’annulation

29 Au soutien de sa demande en annulation, la requérante soulève deux moyens tirés, le premier, d’une part, de la violation du principe de bonne administration, des devoirs de diligence et de sollicitude et, d’autre part, d’une erreur manifeste d’appréciation par la Commission, et, le second, d’une violation du principe d’égalité de traitement.

30 De manière générale, la requérante soutient avoir vainement accompli, dès le jour de la réception de la lettre de convocation à la nouvelle épreuve, c’est-à-dire le 17 mai 2023 et jusqu’à la veille de cette épreuve, le 24 mai 2023, toutes les diligences nécessaires pour passer cette épreuve sans rencontrer de difficultés informatiques, alors même que, au cours de cette période, elle était en congés annuels hors de Belgique.

31 À cet égard, elle souligne avoir communiqué son numéro de téléphone personnel aux services informatiques de la Commission et au support technique TestWe, afin que ces derniers puissent la contacter sans difficulté. Elle affirme avoir vainement proposé, le 19 mai 2023, de se rendre dans les locaux de la Commission pour s’assurer de la bonne installation de l’application mise à jour sur son ordinateur professionnel ou pour se faire prêter un ordinateur portable contenant cette application.

32 Elle ajoute avoir échangé de nombreux courriels entre les 19 et 22 mai 2023 avec le secrétariat du concours, les services informatiques de la Commission et la plate-forme technique TestWe. Elle indique que, loin de résoudre ses difficultés, le secrétariat du concours s’est limité à lui faire savoir, le 23 mai 2023, qu’il avait transmis son courriel de demande d’assistance aux services informatiques de la Commission, à la suite de quoi ce même secrétariat lui a signalé que la version de l’application mise à jour avait, semble-t-il, été installée sur son ordinateur et a fini par lui indiquer qu’il n’était pas compétent pour fournir une assistance technique.

33 La requérante affirme que, dans la journée du 24 mai 2023, les services informatiques de la Commission, après lui avoir demandé de leur indiquer la nature du problème dont elle se plaignait et considéré que ce problème était lié à l’application TestWe, l’ont invitée à passer la nouvelle épreuve depuis un autre ordinateur portable. Selon la requérante, la proposition qui lui était ainsi faite était impossible à mettre en œuvre au motif que, d’une part, la nouvelle épreuve ne pouvait être passée que sur l’ordinateur avec lequel le test de simulation préalable avait été passé, comme cela était confirmé par le support technique TestWe et que, d’autre part, les services informatiques de la Commission ne disposaient plus d’ordinateur de remplacement.

34 Selon la requérante, la solution proposée, la veille de la nouvelle épreuve, par les services informatiques de la Commission, consistant à se faire dépanner deux heures avant cette épreuve, ignorait tant les conditions minimales d’une bonne préparation pour un examen que l’anxiété qu’elle subissait du fait de ses problèmes informatiques non résolus.

35 Quant à l’invitation que lui a faite le secrétariat du concours, le 23 mai 2023, de passer la nouvelle épreuve dans son bureau, du fait d’une prétendue connexion Internet insuffisante depuis son lieu de résidence, la requérante indique qu’il lui était impossible de déférer à une telle demande, dans la mesure où elle travaille dans un espace ouvert, ce qui n’est pas propice à la concentration nécessaire pour passer un examen et où, en tout état de cause, la connexion Internet n’y est pas optimale.

36 À cet égard, elle souligne que, contrairement à ce qu’affirme la Commission, le réel problème auquel elle a été confrontée n’était pas lié à une connexion Internet insuffisante, mais, comme cela a été diagnostiqué par le support technique TestWe dans la journée du 24 mai 2023, à l’impossibilité de télécharger l’application mise à jour du fait du système de sécurité installé sur son ordinateur professionnel.

37 Dans la réplique, la requérante précise que la Commission a mis un terme à cette difficulté systémique en prohibant l’usage des ordinateurs professionnels pour les épreuves de concours, tandis que le Médiateur européen a lui-même insisté sur le fait que cette institution était tenue d’assurer des conditions d’examen optimales d’un point de vue technique et que tout candidat à un concours ne devait pas être désavantagé par des problèmes techniques qui ne sont pas de son fait. Or, tel est selon elle le cas pour le concours litigieux, dès lors que près de 24 % des participants ont subi des difficultés techniques au cours de l’épreuve en cause.

38 Elle ajoute que, lors de la nouvelle épreuve, les difficultés auxquelles elle a été confrontée se sont matérialisées par un temps de téléchargement très long du sujet de cette épreuve, puis par la disparition de ce sujet à la fin de l’épreuve. Selon la requérante, cela a mis en évidence que les problèmes auxquels elle était confrontée n’avaient pas correctement été résolus par les services de la Commission.

39 La requérante conclut que le rappel de l’ensemble de ces éléments démontre à lui seul l’inertie et le manque de coordination dont ont fait preuve les services de la Commission ainsi que le support technique TestWe et caractérise ainsi la violation par l’administration du principe de bonne administration ainsi que des devoirs de diligence et de sollicitude.

40 S’agissant de l’argument opposé par la Commission et tenant à la circonstance que la requérante n’a pas signalé, au cours de la nouvelle épreuve, les difficultés techniques qu’elle dit avoir éprouvées, alors même que l’avis de concours prévoyait expressément que le candidat confronté à de telles difficultés devait en avertir immédiatement le surveillant de l’épreuve par téléphone, la requérante fait valoir qu’une telle défense est spécieuse.

41 En effet, selon la requérante, cette argumentation consiste à exploiter une faille procédurale et à ignorer l’ensemble des difficultés intervenues antérieurement à la nouvelle épreuve pour, en fin de compte, en tirer la conclusion irréaliste que cette épreuve s’est correctement déroulée.

42 À cet égard, la requérante affirme qu’il ne saurait lui être reproché d’avoir violé le point 5.1 de l’annexe III de l’avis de concours, au motif que, lors de l’épreuve, elle n’a pas alerté par téléphone le surveillant de la nouvelle épreuve des difficultés auxquelles elle était confrontée.

43 En effet, ces consignes – à l’égard desquelles elle soulève une exception d’illégalité – auraient été contradictoires quant à la question de savoir s’il était possible d’utiliser le téléphone en cas de difficultés techniques éprouvées lors de l’épreuve et contreviendraient ainsi au principe de bonne administration. Elle ajoute que l’exception d’illégalité qu’elle soulève « s’étend également au moyen suivant tiré de la violation des principes de non-discrimination et d’égalité de traitement » et se réfère aussi à l’absence d’établissement d’un protocole de coopération clair entre le jury, le secrétariat du concours, le support technique et les services informatiques de la Commission.

44 La requérante souligne que la réponse de la Commission à sa réclamation contenait des motifs contradictoires et révélait une erreur manifeste d’appréciation. À cet effet, elle indique que cette institution lui reproche un manque de diligence, tout en reconnaissant l’ampleur des efforts qu’elle a déployés auprès des services pour tenter de résoudre ses difficultés. De même, le jury aurait selon elle omis, dans la décision sur la demande de réexamen, de prendre en compte l’effet des problèmes techniques sur ses performances.

45 Elle fait enfin valoir que, en ne traitant pas les problèmes techniques de son ordinateur et en permettant aux candidats d’utiliser un ordinateur personnel ou professionnel d’ancienne ou de nouvelle génération, la Commission a méconnu les principes d’égalité de traitement et de non-discrimination, avec cette circonstance particulière que le support technique TestWe, qui ne disposait pas des droits d’administrateur, ne pouvait pas intervenir sur les ordinateurs professionnels.

46 Dans la réplique, la requérante précise que la violation du principe d’égalité de traitement tient également au fait que, contrairement à ce qui était permis lors de la première épreuve, l’utilisation de la fonction « copier-coller » n’était pas possible lors de la nouvelle épreuve.

47 La Commission conteste ces arguments.

Sur l’exception d’illégalité à l’encontre de l’avis de concours

48 S’agissant de l’exception d’illégalité soulevée par la requérante à l’encontre de l’avis de concours, il y a lieu de relever que l’annexe III de cet avis relative aux informations générales mentionnait au point 5.1 :

« Si les problèmes interviennent pendant un test spécifique dans un centre de test ou au cours d’un test à distance, merci d’alerter les surveillants ou le service de contact mentionné dans votre invitation immédiatement pour qu’une solution puisse être recherchée au cours du test. Dans tous les cas, demandez-leur d’enregistrer votre plainte par écrit [...] »

49 De plus, les instructions envoyées aux candidats qui passaient les épreuves à distance et auxquelles se référait expressément l’avis de concours prévoyaient, en substance et sans aucune ambiguïté, que la seule exception à la prohibition de l’usage du téléphone par le candidat au cours de l’épreuve était l’hypothèse de la survenance de difficultés informatiques, auquel cas les candidats devaient « appeler IMMÉDIATEMENT TestWe [au numéro de téléphone indiqué] ».

50 Or, il ne ressort d’aucun de ces éléments que l’avis de concours aurait prévu des dispositions contradictoires en ce qui concerne la possibilité pour un candidat qui passait l’épreuve à distance d’appeler par téléphone le surveillant de l’épreuve en cas de difficultés techniques pour les signaler.

51 Quant à la violation alléguée des principes de non-discrimination et d’égalité de traitement, il y a lieu de relever que la requérante ne précise pas en quoi les dispositions contenues dans le règlement du concours violeraient ces principes, de sorte que, par application de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, il y a lieu de déclarer cet argument irrecevable.

52 En tout état de cause, à supposer même que la requérante doive être regardée comme faisant grief au règlement du concours d’avoir illégalement permis aux participants des épreuves d’utiliser, à leur choix, leur ordinateur professionnel ou leur ordinateur personnel, force est de constater qu’elle ne démontre pas en quoi une telle alternative était contraire au principe d’égalité de traitement, dès lors que, s’agissant d’un concours interne de la Commission, les services informatiques de cette institution étaient administrateurs des ordinateurs lui appartenant et pouvaient, à la demande du secrétariat du concours, intervenir en cas de difficulté.

53 S’agissant, enfin, de l’argument relatif à l’absence de protocole de coopération clair entre les différents services mentionnés dans l’avis de ce concours, il y a lieu de relever que le point 5.1 de l’annexe III de cet avis prévoyait que toute difficulté technique devait être signalée au secrétariat du concours. Ainsi, et dès lors que ce secrétariat était chargé de centraliser les problèmes signalés et de coordonner l’action des services techniques éventuellement saisis, cet argument manque en fait.

54 Au regard de ce qui précède, il convient d’écarter l’exception d’illégalité soulevée par la requérante.

Sur le premier moyen, tiré d’une violation des devoirs de diligence et de sollicitude, du principe de bonne administration ainsi que d’une erreur manifeste d’appréciation

55 Le premier moyen peut être divisé en deux branches tirées, la première, d’une violation des devoirs de diligence et de sollicitude ainsi que du principe de bonne administration et, la seconde, d’une erreur manifeste d’appréciation.

Sur la première branche du premier moyen, relative à une violation des devoirs de diligence et de sollicitude, ainsi que du principe de bonne administration

56 S’agissant de la première branche du premier moyen, relative à une violation des devoirs de diligence et de sollicitude ainsi que du principe de bonne administration, il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence, le devoir de sollicitude reflète l’équilibre des droits et des obligations réciproques dans les relations entre l’autorité publique et les agents du service public. Cet équilibre implique notamment que, lorsqu’elle statue à propos de la situation d’un fonctionnaire, l’autorité prenne en considération l’ensemble des éléments qui sont susceptibles de déterminer sa décision et que, ce faisant, elle tienne compte non seulement de l’intérêt du service mais aussi, notamment, de celui du fonctionnaire concerné. Cette dernière obligation est imposée à l’administration également par le principe de bonne administration consacré à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (arrêt du 30 mars 2022, PO/Commission, T‑36/21, non publié, EU:T:2022:192, point 97 et jurisprudence citée).

57 Le principe de bonne administration comporte quant à lui l’obligation de diligence, laquelle implique notamment que l’administration agisse avec soin et prudence. Le juge de l’Union a déjà admis que l’obligation de diligence était inhérente au principe de bonne administration et qu’une administration pouvait engager sa responsabilité non contractuelle pour comportement illicite lorsqu’elle n’agissait pas avec toute la diligence requise et causait de ce fait un préjudice (voir arrêt du 19 décembre 2019, Wehrheim/BCE, T‑100/18, non publié, EU:T:2019:882, point 89 et jurisprudence citée).

58 Il convient de déterminer si, comme l’affirme la requérante, la Commission n’a pas agi avec le soin et la prudence nécessaires pour lui permettre de passer la nouvelle épreuve dans les conditions de sérénité suffisantes auxquelles tout candidat à un concours est en droit de s’attendre.

59 En l’espèce, il est vrai que, comme l’affirme la requérante, cette dernière a, entre les 17 et 24 mai 2023, échangé de nombreux courriels tant avec le secrétariat du concours qu’avec les services informatiques de la Commission et le support technique TestWe, du fait des difficultés informatiques dont elle se plaignait.

60 À cet égard, il y a lieu de relever que, s’agissant de la période comprise entre le 17 et le 22 mai 2023, au cours de laquelle seuls les 17, 19 et 22 mai étaient des jours ouvrés, les courriels dont se prévaut la requérante mettent en évidence qu’elle s’est plainte auprès de l’administration de l’incapacité dans laquelle elle se trouvait de télécharger l’application mise à jour. Cela serait d’ailleurs confirmé par le fait que, le 22 mai 2023, elle a indiqué à la direction générale des ressources humaines et de la sécurité avoir accompli le test de simulation préalable et avoir rencontré à cette occasion des problèmes techniques, ce dont elle a immédiatement rendu compte au support technique TestWe ainsi qu’au secrétariat du concours, lequel a, le même jour, saisi les services informatiques de la Commission de ce problème. Ces services ont, dès réception de ce courriel, mobilisé leurs agents pour traiter cette demande.

61 C’est dans ce contexte que, le mardi 23 mai 2023, les services informatiques de la Commission ont constaté que la connexion Internet de la requérante n’était pas optimale, dès lors que la vitesse du flux d’informations (ping) était supérieure à 80 millisecondes, ce qui rendait très incertaine toute possibilité de dépannage à distance. Du fait de ces difficultés de connexion, les services informatiques de la Commission ont indiqué à la direction générale des ressources humaines et de la sécurité qu’ils « recommand[aient] vivement que [la candidate] soit au bureau [tant] pour le test [que] pour le déploiement ».

62 Le secrétariat du concours a, dans le quart d’heure qui a suivi la réception de ce dernier courriel, informé la requérante que sa connexion Internet était très lente et que, de ce fait, il lui conseillait d’être à son bureau pour le « redéploiement » et pour passer la nouvelle épreuve. Ce même secrétariat lui a également demandé si elle pouvait utiliser un ordinateur personnel ou prendre un rendez-vous avec les services informatiques de la Commission pour se faire prêter un ordinateur ou faire installer l’application mise à jour sur son ordinateur. Ledit secrétariat a, très peu de temps après l’envoi de ce dernier courriel, indiqué à la requérante que, d’après les services informatiques de la Commission, la bonne version de l’application était installée sur son ordinateur et lui a demandé de le vérifier. La requérante a alors interrogé le secrétariat du concours pour savoir quelle était la bonne version de l’application et quelles étaient les modalités permettant de vérifier que tout était en ordre, ce à quoi le secrétariat du concours lui a répondu n’être pas compétent pour fournir une assistance informatique.

63 Le lendemain, c’est-à-dire le 24 mai 2023, après que la requérante a indiqué aux services informatiques de la Commission que, selon le support technique TestWe, elle était dans l’impossibilité de télécharger l’application mise à jour du fait des paramètres de sécurité de son ordinateur, ces services l’ont invitée à venir, le lendemain matin, c’est-à-dire le 25 mai 2023, à 8 h 00, dans leurs locaux et, si cela n’était pas possible, le 26 mai 2023, pour vérifier le problème après la nouvelle épreuve, avec un autre ordinateur portable.

64 Le jour de la nouvelle épreuve, qui a débuté le 25 mai 2023 à 11 h 00, la requérante n’a pas honoré l’invitation qui lui avait été faite de se rendre dans les locaux des services informatiques de la Commission, n’a pas passé la nouvelle épreuve dans les locaux de la Commission et n’a pas non plus signalé l’existence de difficultés techniques au cours de cette épreuve.

65 Il résulte des éléments mentionnés aux points 59 à 64 ci-dessus que, après que la requérante a fait part des difficultés techniques rencontrées au cours du test de simulation préalable et que les services informatiques de la Commission en ont été avertis, dans la fin de l’après-midi du lundi 22 mai 2023, ces services se sont employés à diagnostiquer les difficultés portées à leur connaissance, pour en tirer la conclusion qu’un dépannage à distance était, sinon impossible, du moins très aléatoire, compte tenu de la mauvaise connexion Internet du lieu où était localisée la requérante. C’est dans ce contexte que le secrétariat du concours a, le mardi 23 mai 2023, invité la requérante à se rendre dans les locaux de la Commission afin que soit installée l’application mise à jour sur son ordinateur ou, à défaut de pouvoir le faire, de s’en faire prêter un par cette institution et de passer son épreuve depuis son bureau.

66 Après que le secrétariat du concours a, le 23 mai 2023, indiqué à la requérante que, selon les services informatiques de la Commission, la bonne version de l’application avait été installée, le lendemain, soit la veille de la nouvelle épreuve, les services informatiques de la Commission ont réitéré l’invitation faite par le secrétariat à la requérante de se rendre dans leurs locaux, notamment, le 25 mai à 08 h 00.

67 Au vu des éléments mentionnés aux points 59 à 66 ci-dessus, il y a d’abord lieu de constater que, après que la requérante a fait part des difficultés techniques rencontrées au cours du test de simulation préalable et que les services informatiques de la Commission en ont été avertis, dans la fin de l’après-midi du lundi 22 mai 2023, ces derniers se sont employés à les traiter, avec les difficultés liées au fait que la requérante était en vacances à l’étranger.

68 Ensuite, il convient de souligner que, loin de suivre les conseils qui lui avaient été prodigués par le secrétariat du concours et les services de la Commission, la requérante a dénié l’existence d’un problème de connexion Internet et n’a pas non plus déféré à l’invitation qui lui était notamment faite de se rendre dans les locaux des services informatiques de la Commission. Or, l’accomplissement d’une telle démarche lui aurait permis, sinon d’obtenir la résolution des difficultés techniques dont elle se plaignait, éventuellement par le prêt d’un ordinateur, du moins de les faire constater, dans des circonstances où, de surcroît, elle ne prouve pas ses allégations selon lesquelles elle aurait vainement proposé, le 19 mai 2023, de se rendre dans les locaux des services informatiques de la Commission pour faire installer l’application mise à jour sur son ordinateur.

69 Enfin, s’agissant des difficultés techniques rencontrées lors de l’épreuve, outre le fait que la requérante a obtenu une note finale se rapportant à cette épreuve et a pu y participer au moyen du logiciel prévu à cet effet, force est de constater qu’elle n’a pas respecté les consignes prévues par l’avis de concours et mentionnées au point 49 ci-dessus et a ainsi placé l’administration dans l’impossibilité, d’une part, de constater officiellement et en temps utile l’existence des problèmes allégués et, d’autre part, de lui fournir une assistance technique adaptée au cours de la nouvelle épreuve.

70 S’il est vrai que la requérante a multiplié les démarches auprès de l’administration pour signaler et se plaindre des problèmes informatiques qu’elle disait rencontrer, il n’en demeure pas moins que, en ne suivant pas les conseils qui lui étaient prodigués tant par le secrétariat du concours que par les services informatiques de la Commission et en ne respectant pas les consignes du concours relatives à la survenance de problèmes techniques au cours de la nouvelle épreuve, la requérante a, par son propre comportement, placé l’administration dans l’impossibilité, d’une part, de lui porter une assistance effective et opérationnelle et, d’autre part, de constater, de manière objective et officielle, l’existence des problèmes qu’elle dit avoir rencontrés au cours de l’épreuve.

71 Les arguments avancés par la requérante ne sont pas de nature à infirmer les constatations faites aux points 67 à 70 ci-dessus.

72 En effet, en premier lieu, s’agissant de l’allégation selon laquelle une connexion Internet prétendument mauvaise ne pouvait expliquer les difficultés auxquelles elle avait été confrontée, il y a lieu de constater que la nature et la source des difficultés dont se plaint la requérante sont demeurées inconnues. De plus, l’affirmation de la requérante selon laquelle la connexion Internet ne constituait pas une difficulté, au motif qu’aucune connexion ne serait nécessaire pour le début et la fin de la nouvelle épreuve, apparaît dénuée de tout lien avec le problème en cause, qui résidait dans l’impossibilité de télécharger l’application mise à jour sur son ordinateur. Quant à l’allégation relative au fait que, contrairement à ce qu’indique la Commission, elle disposait d’une connexion Internet suffisante, il y a lieu de relever que le document sur lequel la requérante fonde cette allégation n’est pas daté et se réfère à la ville de Bruxelles (Belgique), alors même que la requérante indique que, au cours de la période précédant la nouvelle épreuve, elle était en vacances à l’étranger et n’était donc pas à Bruxelles.

73 En deuxième lieu, il est indéniable que l’invitation faite par l’administration à la requérante de se rendre dans les locaux de ses services informatiques trois heures avant le début de l’épreuve (et non deux, comme elle l’affirme) était de nature à lui causer un certain désagrément. Il n’en demeure pas moins qu’un tel désagrément aurait largement été compensé par le fait que la requérante aurait pu passer son épreuve en ayant eu, au préalable, sinon la certitude de voir les difficultés techniques dont elle se plaignait résolues, éventuellement par le prêt d’un ordinateur de remplacement, du moins celle d’obtenir un diagnostic objectif et certain de ces difficultés, dont la Commission aurait dû tenir compte une fois lesdites difficultés constatées de manière certaine.

74 À cet égard, et s’agissant de l’affirmation selon laquelle il n’était pas possible d’utiliser un ordinateur autre que celui sur lequel le test de simulation préalable avait été passé, force est de constater que la requérante ne saurait substituer son appréciation à celle des organisateurs du concours, qui avaient eux-mêmes proposé à cette dernière d’utiliser un ordinateur personnel ou de s’en faire prêter un par les services informatiques de la Commission. De plus, la requérante ne prouve pas non plus que les services informatiques de la Commission n’étaient pas en mesure de lui fournir un ordinateur de remplacement.

75 Quant à l’allégation selon laquelle le téléchargement de la nouvelle application sur son ordinateur était impossible du fait du logiciel pare-feu qui y était installé, outre le fait que cette allégation n’est pas établie avec certitude, il y a lieu de constater qu’une telle difficulté aurait pu être résolue dans les conditions mentionnées au point 73 ci-dessus.

76 En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a passé la nouvelle épreuve en dehors de son lieu de travail, contrairement à ce que lui avaient conseillé tant le secrétariat du concours que les services informatiques de la Commission, et ce alors même que, ainsi que l’allègue la Commission, elle aurait dû se trouver sur son lieu de travail au regard des indications portées dans le logiciel Sysper.

77 À cet égard, en ce qui concerne l’allégation selon laquelle la passation de la nouvelle épreuve par la requérante sur son lieu de travail n’aurait pas pu se faire dans des conditions adéquates, il y a lieu de constater que, outre le fait que la requérante n’a pas fait état d’une telle difficulté auprès des organisateurs du concours, rien ne l’empêchait de solliciter sa hiérarchie afin de disposer d’un espace fermé le temps de la nouvelle épreuve, ce qu’elle n’a pas fait. Quant au fait que la connexion Internet ne serait pas optimale dans les locaux de la Commission, il suffit de relever que la requérante n’étaye pas cette allégation.

78 En quatrième lieu, s’agissant de l’allégation selon laquelle les difficultés rencontrées par la requérante sont intervenues pendant ses vacances, il y a lieu de relever qu’il s’agit là d’un fait dépourvu de tout lien avec le comportement des fonctionnaires et agents de la Commission chargés de l’organisation du concours ou des services informatiques de la Commission. De plus, si cette institution a pu éviter de contacter la requérante pendant ses vacances par souci de ne pas l’importuner, alors même qu’elle avait laissé son numéro de téléphone portable, il demeure que, celle-ci une fois contactée, la communication a été interrompue du fait d’une mauvaise connexion au moyen de l’application Skype, ce qui rend d’ailleurs plausible l’allégation de la Commission selon laquelle le lieu de vacances de la requérante ne disposait pas d’une connexion Internet optimale.

79 En cinquième lieu, ainsi qu’il résulte des points 48 et 49 ci-dessus, rien ne permet de considérer que la requérante devait s’abstenir de téléphoner au support technique afin que les difficultés techniques dont elle se plaignait soient résolues ou, à tout le moins, que sa plainte soit enregistrée.

80 En sixième et dernier lieu, s’agissant des arguments mentionnés au point 37 ci-dessus, il y a lieu de relever, premièrement, que l’ensemble des éléments de preuve dont se prévaut la requérante concerne des concours externes généraux organisés par l’Office européen de sélection du personnel (EPSO). Or, de tels concours diffèrent fondamentalement des concours internes de la Commission, en ce que, dans ce second cas et ainsi que cela résulte du document joint à l’annexe D 2 de la duplique, la Commission autorise l’usage des ordinateurs professionnels sur lesquels elle a des droits d’administrateur, ce qui n’est par définition pas le cas des concours externes, pour lesquels les ordinateurs professionnels n’appartiennent pas aux institutions. Deuxièmement, s’agissant du prétendu taux élevé de concurrents qui auraient rencontré des difficultés techniques, force est de constater que, ainsi que cela résulte du document joint à l’annexe B4 du mémoire en défense, il s’agissait de problèmes tout autres que ceux dont la requérante s’est plainte. Troisièmement et en tout état de cause, rien n’exonère la requérante d’avoir, ainsi qu’il résulte du point 70 ci-dessus, mis l’administration dans l’impossibilité, d’une part, de lui porter une assistance effective et opérationnelle, d’autre part, de constater l’existence des problèmes qu’elle affirme avoir rencontrés au cours de l’épreuve.

81 Il résulte de ce qui précède que la première branche du premier moyen doit être écartée.

Sur la seconde branche du premier moyen, tirée d’une erreur manifeste d’appréciation

82 La requérante fait valoir que, dans la décision sur la réclamation, la Commission lui a « inexplicablement » reproché d’avoir manqué de diligence pour résoudre les problèmes dont elle se plaignait, alors même que cette décision relève que, « entre le 17 mai 2023 et le 24 mai 2023, elle a échangé un total de 26 courriers électroniques avec [les services de la Commission] et le support technique TestWe », ce qui révélerait la « diligence exceptionnelle » qu’elle avait déployée pour tenter de résoudre ses problèmes.

83 La requérante en déduit que la décision sur la demande de réexamen s’appuie sur des motifs contradictoires qui révèlent l’existence d’une erreur manifeste d’appréciation commise par la Commission.

84 La Commission conteste ces arguments.

85 En l’espèce, dans la décision sur la réclamation, en premier lieu, la Commission a, en substance, relevé que la requérante avait bénéficié d’un suivi personnalisé pour résoudre les difficultés techniques auxquelles elle était confrontée, ce qui avait d’abord amené, le 23 mai 2023, les services informatiques de la Commission puis, le 25 mai 2023, le secrétariat du concours à lui indiquer que la version correcte de l’application TestWe avait été installée sur son ordinateur. En second lieu, la Commission s’est fondée sur ce que, contrairement à ce que prévoyait l’avis de concours, la requérante n’avait pas, au cours de la nouvelle épreuve, immédiatement appelé le centre TestWe pour faire part de ses difficultés et ne rapportait pas la preuve que ces difficultés avaient été substantielles, de sorte qu’il avait été impossible pour le jury du concours d’établir un lien direct et certain entre les notes de la requérante et les difficultés alléguées.

86 Or, ainsi que cela est mentionné au point 69 ci-dessus, indépendamment de la question de savoir si le logiciel TestWe avait effectivement été installé ou fonctionnait correctement, force est de constater que, contrairement aux dispositions de l’avis de concours et aux consignes données aux candidats qui passaient les épreuves à distance, mentionnés aux points 48 et 49 ci-dessus, la requérante s’est abstenue de signaler aux services déployés à cet effet l’existence des difficultés techniques dont elle se plaint et a ainsi placé l’administration dans l’impossibilité de les constater et, éventuellement, d’y remédier, au besoin en lui accordant un délai supplémentaire pour compenser le temps anormalement long qu’aurait prétendument pris le logiciel pour enregistrer ses réponses.

87 À cet égard, il y a lieu de souligner que, quand bien même le centre technique TestWe lui aurait indiqué, dans les jours précédant la nouvelle épreuve, qu’il se trouvait dans l’impossibilité de résoudre ses difficultés techniques, l’appel de la requérante aurait à tout le moins permis de faire enregistrer sa plainte par écrit, comme le prévoyait l’avis de concours.

88 Il résulte de ce qui précède que c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation que la Commission a rejeté la contestation de la requérante, au motif qu’elle ne rapportait pas la preuve de l’existence des difficultés techniques qu’elle dit avoir subies au cours de l’épreuve litigieuse.

89 Il convient par conséquent d’écarter la seconde branche du premier moyen et, partant, le premier moyen dans son ensemble.

Sur le second moyen, tiré d’une violation du principe d’égalité de traitement

90 S’agissant du second moyen, tiré d’une violation du principe d’égalité de traitement, la requérante se plaint, d’une part, que l’avis de concours autorisait tant l’usage d’ordinateurs professionnels que personnels et, d’autre part, que l’usage de la fonction « copier-coller » était possible lors de la première épreuve, alors qu’elle ne l’était plus lors de la nouvelle épreuve.

91 À cet égard, il y a lieu de rappeler que le principe d’égalité de traitement exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié et réponde à des objectifs légitimes d’intérêt général dans le cadre de la politique du personnel. De plus, il incombe au jury, tenu de garantir l’application cohérente des critères d’évaluation à tous les candidats, d’agir afin que tous les candidats à un même concours passent la même épreuve dans les mêmes conditions et ainsi de s’assurer que les épreuves présentent sensiblement le même degré de difficulté pour tous les candidats (arrêt du 14 décembre 2022, SY/Commission, T‑312/21, EU:T:2022:814, point 125).

92 Par ailleurs, il ressort de la jurisprudence que tout concours comporte, en général et de façon inhérente, un risque d’inégalité de traitement. Ainsi, une violation du principe d’égalité de traitement ne peut être constatée que lorsque le jury n’a pas limité, lors du choix des épreuves, le risque d’inégalité des chances à celui inhérent, en règle générale, à tout examen. Par conséquent, la décision de ne pas inscrire un candidat sur une liste de réserve doit être annulée s’il s’avère que le concours était organisé d’une manière qui générait un risque d’inégalité de traitement supérieur à celui inhérent à tout concours, sans que le candidat concerné ait à fournir la preuve que certains candidats ont été effectivement avantagés (voir arrêt du 14 décembre 2022, SY/Commission, T‑312/21, EU:T:2022:814, point 126 et jurisprudence citée).

93 En l’espèce, s’agissant de son premier argument, il y a lieu de relever que la requérante n’explique pas en quoi l’autorisation d’utiliser un ordinateur professionnel ou personnel aurait été de nature à créer une quelconque discrimination entre les candidats, alors même que, ainsi que cela résulte des points 62 et 63 ci-dessus, le secrétariat du concours avait offert à la requérante la possibilité d’utiliser, à son choix, un ordinateur personnel ou un ordinateur de la Commission, indépendamment du fait que le test de simulation préalable avait été réalisé préalablement sur son ordinateur professionnel.

94 S’agissant du second argument, il convient de constater que la décision de ne plus permettre la fonction « copier-coller » était objectivement justifiée par le fait que, lors de la première épreuve, l’usage de cette fonction avait engendré des problèmes techniques. De plus, la requérante n’apporte aucun élément permettant d’établir que l’exclusion de cette fonction était susceptible de faire courir aux candidats un risque d’inégalité allant au-delà de celui inhérent à tout concours.

95 Ainsi, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité du second argument, le moyen tiré d’une violation du principe d’égalité doit être écarté. Par suite, les conclusions aux fins d’annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires

96 Au soutien de sa demande d’indemnisation, la requérante fait valoir qu’elle a été exclue du concours pour des raisons iniques, alors qu’elle a consacré beaucoup de temps et d’argent à sa préparation.

97 La Commission conteste ces arguments.

98 Il convient de rappeler que, en matière de fonction publique, les conclusions tendant à la réparation d’un préjudice matériel ou moral doivent être rejetées lorsqu’elles présentent un lien étroit avec les conclusions à fin d’annulation qui ont, elles-mêmes, été rejetées comme étant non fondées (voir arrêt du 16 octobre 2019, Palo/Commission, T‑432/18, EU:T:2019:749, point 73 et jurisprudence citée).

99 En l’espèce, il convient de constater que, au soutien de sa demande indemnitaire, la requérante se prévaut du fait qu’elle a été exclue du concours pour des raisons iniques et illégales, ce qui constitue, en substance, la teneur de l’argumentation qu’elle a présentée au soutien de sa demande en annulation.

100 Ainsi et dès lors que la demande indemnitaire de la requérante présente un lien étroit avec sa demande en annulation, il y a lieu, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’irrecevabilité de cette demande, soulevée par la Commission, de rejeter la demande indemnitaire, comme par suite, le recours dans son ensemble.

Sur les dépens

101 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

102 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la Commission.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) ES est condamnée aux dépens.

da Silva Passos

Półtorak

Cassagnabère

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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