Jurisprudence CJUE62024TJ0457_RES

Arrêt du Tribunal (grande chambre) du 9 septembre 2026.#Hongrie contre Conseil de l'Union européenne et Comité de la facilité européenne pour la paix.#Politique étrangère et de sécurité commune – Facilité européenne pour la paix (FEP) – Décision du Comité de la FEP portant sur l’affectation, aux forces armées ukrainiennes, de la première tranche des recettes extraordinaires perçues en raison des avoirs russes gelés – Incompétence du juge de l’Union.#Affaire T-457/24.

CELEX62024TJ0457_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

Affaire T457/24

Hongrie

contre

Conseil de l’Union européenne
et
Comité de la facilité européenne pour la paix et

Arrêt du Tribunal (grande chambre) du 9 septembre 2026

« Politique étrangère et de sécurité commune – Facilité européenne pour la paix (FEP) – Décision du Comité de la FEP portant sur l’affectation, aux forces armées ukrainiennes, de la première tranche des recettes extraordinaires perçues en raison des avoirs russes gelés – Incompétence du juge de l’Union »

1. Procédure juridictionnelle – Répartition des compétences entre les différentes juridictions de l’Union – Recours en annulation formé par un État membre contre une décision du Comité de la facilité européenne pour la paix relative à l’affectation des montants alloués à des mesures d’assistance et le procès-verbal constatant l’adoption de cette décision – Examen par le Tribunal

(Art. 256, § 1, 1er al., et 263 TFUE ; statut de la Cour de justice, art. 51)

(voir points 34-40)

2. Politique étrangère et de sécurité commune – Compétence du juge de l’Union – Recours en annulation formé par un État membre contre une décision du Comité de la facilité européenne pour la paix relative à l’affectation des montants alloués à des mesures d’assistance et le procès-verbal constatant l’adoption de cette décision – Recours visant un acte relevant de cette politique – Recours ne visant ni à contrôler le respect de l’article 40 TUE ni des mesures restrictives prises à l’encontre de personnes physiques ou morales – Acte se rattachant directement aux choix politiques ou stratégiques effectués dans le cadre de ladite politique – Exclusion

[Art. 24, § 1, 2d al., 28, § 1, et 40 TUE ; art. 275 TFUE ; décisions du Conseil (PESC) 2022/338 et (PESC) 2024/1471]

(voir points 51-66)

Résumé

Par son arrêt, le Tribunal rejette le recours en annulation introduit par la Hongrie, sur le fondement de l’article 263 TFUE, contre la décision du Comité de la facilité européenne pour la paix (FEP) du 21 juin 2024 affectant la première tranche des recettes extraordinaires issues des avoirs russes gelés au soutien militaire de l’Ukraine (1), ainsi que le procès-verbal constatant l’adoption de cette décision. Le Tribunal précise qu’une telle décision est directement rattachable aux choix politiques ou stratégiques effectués dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), et échappe, dès lors, au contrôle du juge de l’Union.

À la suite des mesures de gel des avoirs adoptées dans le contexte de la guerre en Ukraine, le Conseil de l’Union européenne a adopté, notamment, la décision (PESC) 2024/1471, prévoyant que les bénéfices nets découlant des recettes extraordinaires générées par les avoirs russes gelés seraient affectés au soutien militaire des forces armées ukrainiennes et que leur répartition concrète serait arrêtée périodiquement par le Comité de la FEP. La Hongrie s’étant abstenue de manière constructive, au sens de l’article 31, paragraphe 1, TUE, lors de l’adoption de la décision 2024/1471, le Comité de la FEP a considéré qu’elle ne pouvait participer au vote d’adoption de la décision attaquée, relative à l’affectation de la première tranche de ces fonds.

La Hongrie reproche à la FEP d’avoir ainsi méconnu les règles de vote applicables et, par là même, d’avoir porté atteinte au principe d’égalité entre les États membres et au principe du fonctionnement démocratique de l’Union.

Appréciation du Tribunal

En premier lieu, le Tribunal rappelle que, conformément à l’article 51 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et par dérogation à la règle énoncée à l’article 256, paragraphe 1, TFUE, certaines catégories de recours sont réservées à la Cour. Tel est notamment le cas des recours, visés à l’article 263 TFUE, qui sont formés par un État membre et qui sont dirigés contre certains actes du Conseil.

Or, en l’occurrence, la décision attaquée a été adoptée par le Comité de la FEP, et non pas par le Conseil. Par ailleurs, aux termes de l’article 3, paragraphe 1, de la décision 2021/509 (2), la FEP dispose d’une capacité juridique propre, de sorte que les actes adoptés par son Comité ne sauraient être imputés au Conseil.

Partant, le présent recours ne relève pas des catégories de recours réservées à la Cour et doit être examiné par le Tribunal.

Néanmoins, en second lieu, le Tribunal juge que le présent recours ne relève pas de la compétence du juge de l’Union et doit, dès lors, être rejeté pour ce motif.

Le Tribunal observe, tout d’abord, que le juge de l’Union n’est, en principe, pas compétent en matière de PESC, sous réserve des deux exceptions prévues à l’article 24, paragraphe 1, second alinéa, dernière phrase, TUE et à l’article 275, second alinéa, TFUE, à savoir le contrôle du respect de l’article 40 TUE et celui de la légalité des mesures restrictives visant des personnes physiques ou morales. La décision attaquée ne relevant d’aucune de ces deux exceptions, le juge de l’Union n’est pas compétent pour connaître de la présente affaire à ce titre.

Ensuite, le Tribunal considère que la décision attaquée est un acte directement rattachable aux choix politiques ou stratégiques effectués dans le cadre de la PESC, entraînant l’incompétence du juge de l’Union, conformément à la jurisprudence de la Cour (3). En effet, cette décision a, d’une part, déterminé l’affectation et la répartition concrète des fonds correspondant à la première tranche des bénéfices nets découlant des recettes extraordinaires au financement de l’acquisition d’équipements « de nature militaire » destinés aux forces armées ukrainiennes et, d’autre part, procédé au choix de la mesure d’assistance à laquelle ces fonds allaient être alloués.

Ce constat est confirmé, premièrement, par le fait que la décision attaquée a été adoptée sur le fondement de l’article 3 de la décision 2024/1471, conformément à une orientation stratégique spécifique fournie par le Comité politique et de sécurité, et sur la base d’une proposition de décision soumise au Comité de la FEP par le Service européen pour l’action extérieure.

Deuxièmement, en décidant de l’affectation des fonds correspondant à la première tranche des bénéfices nets découlant des recettes extraordinaires, la décision attaquée a « mis en œuvre » la décision 2024/1471, laquelle identifie des intérêts stratégiques de l’Union dans le domaine de la PESC et définit des actions à mener dans ce domaine.

Troisièmement, la décision 2024/1471, que la décision attaquée a mise en œuvre, a été adoptée sur le fondement, notamment, de l’article 28, paragraphe 1, TUE, relatif aux actions opérationnelles de l’Union dans le cadre de la PESC et se rattache, dès lors, directement aux choix politiques ou stratégiques effectués dans le cadre de la PESC (4).

Quatrièmement, la nature politique ou stratégique de la décision attaquée est corroborée par le fait que cette décision, d’une part, est intervenue en réponse à une demande urgente du gouvernement ukrainien de livraison d’équipements et de plateformes militaires conçus pour libérer une force létale et, d’autre part, met à la disposition des forces armées ukrainiennes des équipements militaires, tels que des munitions et des systèmes d’artillerie, des missiles et des systèmes de défense aérienne et des équipements militaires provenant de l’industrie ukrainienne de la défense.

Au regard de ce qui précède, le recours est rejeté dans son ensemble.


1 Décision du Comité de la facilité européenne pour la paix (FEP), du 21 juin 2024, relative à l’affectation des montants alloués au titre de la FEP à des mesures d’assistance pour la fourniture d’un soutien militaire aux forces armées ukrainiennes, conformément aux conditions prévues par la décision (PESC) 2024/1471 du Conseil, du 21 mai 2024, relative à l’affectation des montants de la contribution financière versée à la facilité européenne pour la paix conformément à la décision (PESC) 2024/1470 (JO L, 2024/1471).


2 Décision (PESC) 2021/509 du Conseil, du 22 mars 2021, établissant une facilité européenne pour la paix, et abrogeant la décision (PESC) 2015/528 (JO 2021, L 102, p. 14).


3 Arrêt du 10 septembre 2024, KS e.a./Conseil e.a. (C‑29/22 P et C‑44/22 P, EU:C:2024:725, point 117).


4 Voir point 126 de l’arrêt KS e.a./Conseil e.a.

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