Arrêt du Tribunal (cinquième chambre) du 9 septembre 2026.#Cluster Calzado Innovación contre Commission européenne.#Clause compromissoire – Septième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013) – Convention de subvention relative au projet Sohealthy – Coûts éligibles – Enquête de l’OLAF – Demande de recouvrement et de dommages et intérêts – Note de débit – Recours en annulation – Acte non susceptible de recours – Actes s’inscrivant dans un cadre purement contractuel dont ils sont indissociables – Irrecevabilité – Prescription – Délai raisonnable – Article 41, paragraphe 4, de la charte des droits fondamentaux.#Affaire T-501/24.
| CELEX | 62024TJ0501 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Clause compromissoire – Septième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013) – Convention de subvention relative au projet Sohealthy – Coûts éligibles – Enquête de l’OLAF – Demande de recouvrement et de dommages et intérêts – Note de débit – Recours en annulation – Acte non susceptible de recours – Actes s’inscrivant dans un cadre purement contractuel dont ils sont indissociables – Irrecevabilité – Prescription – Délai raisonnable – Article 41, paragraphe 4, de la charte des droits fondamentaux »
Dans l’affaire T‑501/24,
Cluster Calzado Innovación, établie à Elda (Espagne), représentée par Me V. Bolumar Cañigral, avocate,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par MM. B. Araújo Arce, S. Romoli et S. Silvestre Delgado, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre),
composé de MM. M. Sampol Pucurull, président, J. Laitenberger (rapporteur) et W. Valasidis, juges,
greffier : M. G. Mitrev, administrateur,
vu l’ordonnance du 12 février 2025, Cluster Calzado Innovación/Commission (T‑501/24 R, non publiée, EU:T:2025:154),
vu la phase écrite de la procédure, notamment :
– l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission par acte séparé, déposé au greffe du Tribunal le 22 novembre 2024,
– la décision du 13 mars 2025 joignant l’exception au fond,
vu l’offre de preuve de la requérante, déposée au greffe du Tribunal le 16 février 2026,
à la suite de l’audience du 26 février 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur les articles 263 et 272 TFUE, la requérante, Cluster Calzado Innovación, demande, en substance, l’annulation de la lettre de la Commission européenne Ares (2024) 5340931, du 23 juillet 2024, par laquelle celle-ci lui a demandé le remboursement de la somme de 88 559,03 euros à titre de contribution non justifiée versée dans le cadre de la convention de subvention portant sur le projet Sohealthy, financé au titre du septième programme‑cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013) ainsi que le paiement de la somme de 8 855,90 euros à titre de dommages et intérêts, en raison d’irrégularités dans la mise en œuvre de ce projet (ci‑après l’« acte attaqué »).
Antécédents du litige
2 La requérante est une association sans but lucratif de droit espagnol.
3 Entre 2013 et 2015, la requérante a mis en œuvre le projet de recherche Sohealthy, financé par la Commission dans le cadre du septième programme‑cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013), après avoir signé, le 2 juillet 2013, la convention de subvention no 609575 (ci‑après la « convention de subvention »).
4 L’article 4, deuxième alinéa, de la convention de subvention prévoit que « [t]ous les rapports et éléments livrables qui sont le cas échéant exigés en vertu de la présente convention de subvention sont rédigés en anglais ».
5 L’article 9, premier alinéa, de la convention de subvention dispose :
« La contribution financière de l’Union est une contribution prise sur le budget de recherche de l’Union dans le but de mettre en œuvre le [septième programme‑cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013)], qu’il incombe à la Commission d’exécuter. Par conséquent, la présente convention de subvention est régie par ses propres termes, par les actes de la Communauté européenne et de l’Union européenne relatifs au [septième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007-2013)], par le règlement financier applicable au budget général de l’Union et ses règles d’application, ainsi que par les autres dispositions législatives de la Communauté européenne et de l’Union européenne, et, à titre subsidiaire, par le droit belge. »
6 L’article 9, troisième alinéa, de la convention de subvention prévoit que, « [s]ans préjudice du droit de la Commission d’adopter directement les décisions de recouvrement visées à l’alinéa précédent, le Tribunal ou, en cas de pourvoi, la Cour de justice de l’Union européenne, est seul compétent pour connaître de tout litige entre l’Union et tout bénéficiaire concernant l’interprétation, l’application ou la validité de la présente convention de subvention et la validité de la décision mentionnée au deuxième alinéa ».
7 L’article II.22, paragraphe 1, des conditions générales de la convention de subvention est libellé comme suit :
« La Commission peut, à tout moment de la mise en œuvre du projet et jusqu’à cinq ans après la fin du projet, organiser la réalisation d’audits financiers, par des auditeurs externes, ou par les services de la Commission eux-mêmes y compris l’OLAF. La procédure d’audit est réputée entamée à la date de réception de la lettre envoyée par la Commission à ce sujet. De tels audits peuvent porter sur des aspects financiers et systémiques ainsi que sur d’autres aspects (tels que les principes de comptabilité et de gestion) relatifs à la bonne exécution de la convention de subvention. Ces audits s’effectuent sur une base confidentielle. »
8 L’article II.22, paragraphe 8, des conditions générales de la convention de subvention dispose :
« En outre, la Commission peut effectuer des contrôles et inspections sur place conformément au règlement (Euratom, CE) no 2185/96 du Conseil du 11 novembre 1996 relatif aux contrôles et vérifications sur place effectués par la Commission pour la protection des intérêts financiers des Communautés européennes contre les fraudes et autres irrégularités[,] au règlement (CE) no 1073/1999 du Parlement européen et du Conseil du 25 mai 1999 relatif aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) [et au] règlement (Euratom) no 1074/1999 du Conseil du 25 mai 1999 relatif aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). »
9 Le 22 mai 2020, un lanceur d’alerte anonyme a informé l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) d’éventuelles irrégularités que la requérante aurait commises dans la mise en œuvre des subventions octroyées par l’Union européenne.
10 Le 29 juillet 2020, l’OLAF a décidé d’ouvrir une enquête, sous la référence OC/2020/0471/A2, au sujet de plusieurs projets, notamment de celui prévu par la convention de subvention en cause. Au cours de l’enquête, l’OLAF a considéré que la requérante était une personne concernée au sens de l’article 2, point 5, du règlement (UE, Euratom) no 883/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 11 septembre 2013, relatif aux enquêtes effectuées par l’OLAF et abrogeant le règlement (CE) no 1073/1999 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (Euratom) no 1074/1999 du Conseil (JO 2013, L 248, p. 1).
11 Le 2 février 2023, l’OLAF a transmis son rapport final d’enquête (ci-après le « rapport de l’OLAF ») à la Commission.
12 Selon les conclusions du rapport de l’OLAF, la requérante a artificiellement gonflé les coûts encourus dans la mise en œuvre de la convention de subvention, de manière à majorer les remboursements obtenus de la part de la Commission.
13 Au terme de plusieurs échanges qui ont eu lieu entre la requérante et la Commission à partir du 25 juillet 2023, cette dernière a adressé à la requérante, le 23 juillet 2024, l’acte attaqué accompagné de la note de débit no 3242410122. Dans cet acte, la Commission a indiqué que, au vu des conclusions de l’OLAF, le rejet de l’ensemble des coûts directs et des coûts indirects connexes déclarés au titre du projet Sohealthy était justifié. Ainsi, la Commission a invité la requérante à payer un montant total de 97 414,93 euros, composé, d’une part, du remboursement de la somme de 88 559,03 euros à titre de contribution non justifiée dans le cadre du projet en cause et, d’autre part, de la somme de 8 855,90 euros à titre de dommages et intérêts, à régler au plus tard le 6 septembre 2024.
Conclusions des parties
14 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– à titre principal, annuler l’acte attaqué en raison de l’expiration du délai légal de prescription applicable à toute irrégularité commise dans le cadre du projet Sohealthy, à savoir quatre ans, en vertu des dispositions du règlement (CE, Euratom) no 2988/95 du Conseil, du 18 décembre 1995, relatif à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes (JO 1995, L 312, p. 1) ;
– à titre subsidiaire, annuler l’acte attaqué en raison de l’expiration du délai légal de prescription applicable à toute irrégularité commise dans le cadre du projet Sohealthy, à savoir cinq ans, en vertu du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1, ci-après le « règlement financier »), applicable ratione temporis au projet Sohealthy ;
– à titre plus subsidiaire, annuler l’acte attaqué et ordonner l’ouverture d’une nouvelle procédure garantissant ses droits linguistiques et, en conséquence, ordonner que lui soit remise une copie en espagnol de toute communication, décision, résolution et de tout rapport, y compris celui de l’OLAF, afin qu’elle puisse se défendre utilement dans le cadre de la procédure contradictoire.
15 Dans l’exception d’irrecevabilité, la Commission conclut au rejet du recours comme irrecevable et à la condamnation de la requérante aux dépens.
16 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, la requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de déclarer le recours recevable, d’ordonner la poursuite de la procédure et, en conséquence, de considérer que le recours a été partiellement requalifié et qu’il a été introduit, à titre principal, sur le fondement de l’article 272 TFUE ou, à titre subsidiaire, sur le fondement de l’article 263 TFUE, en déclarant l’inexistence de la créance réclamée par la Commission par le biais de l’acte attaqué, qui devrait être annulé.
17 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
Sur le fondement juridique et la recevabilité du recours
18 La Commission soutient que le recours en annulation introduit par la requérante est irrecevable.
19 Premièrement, l’acte attaqué ne serait pas un acte attaquable au titre de l’article 263 TFUE. Cet acte consisterait uniquement en une confirmation des conclusions exprimées dans la lettre d’information préalable et dans le cadre des échanges qui ont suivi, ainsi qu’en une demande de paiement.
20 Deuxièmement, l’acte attaqué ne serait pas une décision administrative au titre du règlement no 2988/95. Le seul fait que le projet en cause a fait l’objet d’une enquête de l’OLAF plutôt que d’un audit financier au titre de la convention de subvention n’impliquerait pas que toute mesure prise par la suite doive être qualifiée de mesure prise au titre de ce règlement.
21 Troisièmement, le recours ne pourrait pas être requalifié en recours contractuel au titre de l’article 272 TFUE, dès lors que la requérante s’y opposerait et que tous les moyens de la requérante seraient tirés de prétendues violations des règles et principes du droit public.
22 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission, la requérante indique que le recours est recevable et qu’elle requalifie partiellement son recours. Elle indique faire valoir, à titre principal, des moyens de nature contractuelle sur le fondement de l’article 272 TFUE et, à titre subsidiaire, des moyens relevant du droit public sur le fondement de l’article 263 TFUE. Elle souligne qu’elle n’a pas qualifié son recours dans le cadre de la requête.
23 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que c’est à la partie requérante qu’il appartient de faire le choix du fondement juridique de son recours et non au juge de l’Union européenne de choisir lui-même la base légale la plus appropriée (voir arrêt du 15 mars 2005, Espagne/Eurojust, C‑160/03, EU:C:2005:168, point 35 et jurisprudence citée, et ordonnance du 12 octobre 2011, Lito Maieftiko Gynaikologiko kai Cheirourgiko Kentro/Commission, T‑353/10, EU:T:2011:589, point 18 et jurisprudence citée).
24 Ensuite, il convient de constater que ce choix se fait dans le cadre et au moment du dépôt de la requête. Par conséquent, les arguments de la requérante selon lesquels elle a, dans ses échanges avec la Commission antérieurement à l’introduction de la requête, indiqué qu’elle considérait que la demande de remboursement de celle-ci était prescrite en vertu de la convention de subvention sont inopérants pour la qualification du présent recours.
25 En l’espèce, la requérante n’a mentionné dans le cadre de la requête ni l’article 263 TFUE, ni l’article 272 TFUE, ni aucune autre base légale sur laquelle elle s’est fondée pour introduire le présent recours.
26 S’il est vrai que la requérante demande dans ses conclusions l’annulation de l’acte attaqué, qu’elle qualifie de « décision attaquée », il n’en demeure pas moins qu’il ressort des éléments du dossier que l’acte attaqué s’inscrit dans le contexte de la convention de subvention, en ce qu’il a pour objet le recouvrement d’une créance qui trouve son fondement dans les stipulations de ladite convention, et qu’il est indissociable de cette convention.
27 À cet égard, il convient de rappeler qu’il ressort de la jurisprudence qu’une note de débit ou une mise en demeure, qui ont pour objet le recouvrement d’une créance sur le fondement de la convention de subvention concernée et qui comportent l’indication d’une date d’échéance ainsi que les conditions de paiement de la créance qu’elles constatent, ne produisent pas d’effets juridiques qui trouveraient leur origine dans l’exercice de prérogatives de puissance publique, mais doivent, au contraire, être regardées comme étant indissociables des rapports contractuels existant entre la partie requérante et l’institution, organe ou organisme de l’Union concerné [voir, en ce sens, arrêt du 24 février 2021, Universität Koblenz-Landau/EACEA, T‑108/18, EU:T:2021:104, points 51 et 52 (non publiés)].
28 En l’espèce, premièrement, la Commission a explicitement indiqué dans l’acte attaqué que la relation entre les parties s’inscrivait dans un cadre de nature contractuelle, que, en conséquence, les stipulations contractuelles trouvaient à s’appliquer, que les irrégularités constatées étaient de nature contractuelle et qu’elle avait l’intention de prendre des mesures sur le fondement des dispositions de la convention de subvention, à savoir de rejeter certains coûts déclarés par la requérante, de les récupérer et de percevoir des dommages et intérêts, conformément à l’article II.14, à l’article II.22, paragraphe 6, et à l’article II.24, paragraphe 1, des conditions générales de la convention de subvention.
29 Deuxièmement, pour cette même raison, la Commission a également explicitement rejeté, dans l’acte attaqué, l’argument de la requérante tiré d’une violation du règlement no 2988/95, au motif que ce règlement faisait référence à des sanctions et à des violations administratives.
30 Troisièmement, la Commission a joint à l’acte attaqué une note de débit dont l’objet était le recouvrement des coûts non admissibles ainsi que des dommages et intérêts et qui comportait la date d’échéance ainsi que les conditions de paiement de la créance.
31 Quatrièmement, la Commission s’est bornée à inviter la requérante à payer la somme de 97 414,93 euros et à informer cette dernière que, en l’absence de paiement, elle procéderait au recouvrement de cette somme.
32 Cinquièmement, la Commission a informé la requérante, dans l’acte attaqué, de la possibilité d’introduire devant le Tribunal un recours au titre de l’article 272 TFUE en cas de désaccord avec l’acte attaqué.
33 Sixièmement, aucun élément du dossier ne permet de conclure que la Commission a agi en faisant usage de ses prérogatives de puissance publique.
34 Contrairement à ce que la requérante laisse entendre, la conclusion selon laquelle l’acte attaqué s’inscrit dans le contexte de la convention de subvention et selon laquelle il est indissociable de cette dernière n’est pas remise en cause par le fait que le projet régi par la convention de subvention a fait l’objet d’une enquête de l’OLAF et non d’un audit financier au titre de la convention de subvention, un fait qui n’est pas contesté par la Commission.
35 En effet, selon la jurisprudence, les conclusions du rapport de l’OLAF ne sauraient aboutir d’une manière automatique à l’ouverture de procédures judiciaires ou disciplinaires, dès lors que les autorités compétentes, auxquelles est transmis le rapport d’enquête externe ou interne, sont libres des suites éventuelles à donner au rapport final (voir, en ce sens, ordonnance du 12 mai 2020, Dragnea/Commission, T‑738/18, non publiée, EU:T:2020:208, point 41 et jurisprudence citée).
36 Il ressort de l’article 2, paragraphe 1, de la décision 1999/352/CE, CECA, Euratom de la Commission, du 28 avril 1999, instituant l’OLAF (JO 1999, L 136, p. 20), que celui-ci est doté d’une compétence large couvrant l’ensemble des hypothèses dans lesquelles les intérêts financiers de l’Union sont en jeu, y compris en cas de fraudes relatives à des participations financières de celle-ci. Cette compétence n’est pas limitée aux irrégularités pouvant conduire à l’adoption de mesures et de sanctions administratives faisant l’objet du règlement no 2988/95.
37 La simple référence faite au règlement no 2988/95 dans le règlement no 883/2013 qui régissait l’enquête menée par l’OLAF en l’espèce, dans la décision no 1982/2006/CE du Parlement européen et du Conseil, du 18 décembre 2006, relative au septième programme-cadre de la Communauté européenne pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007‑2013) (JO 2006, L 412, p. 1), et dans la décision 2006/969/CE du Conseil, du 18 décembre 2006, relative au septième programme-cadre de la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) pour des activités de recherche et de formation en matière nucléaire (2007-2011) (JO 2006, L 391, p. 19), ne signifie pas que, dans le cas d’espèce, la Commission a adopté des mesures ou des sanctions administratives au titre du règlement no 2988/95 et que de telles mesures ou sanctions constituent l’objet du présent litige (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 12 juillet 2016, Commission/Thales développement et coopération, T‑326/13, non publié, EU:T:2016:403, point 58).
38 Dans ces conditions, l’acte attaqué ne peut pas faire l’objet d’un recours en annulation sur le fondement de l’article 263 TFUE, étant donné qu’il n’est pas détachable du processus contractuel et que, selon la jurisprudence, les actes adoptés par les institutions qui s’inscrivent dans un cadre purement contractuel dont ils sont indissociables ne figurent pas, en raison de leur nature même, au nombre des actes dont l’annulation peut être demandée en vertu de l’article 263 TFUE (voir arrêt du 24 octobre 2014, Technische Universität Dresden/Commission, T‑29/11, EU:T:2014:912, point 29 et jurisprudence citée).
39 Partant, les conclusions aux fins d’annulation soulevées par la requérante sur le fondement de l’article 263 TFUE doivent être rejetées comme irrecevables, conformément à la fin de non-recevoir soulevée en ce sens par la Commission.
40 Ensuite, il y a lieu de rappeler que, en présence d’un litige de nature contractuelle, un recours semblant être présenté au titre de l’article 263 TFUE ou erronément fondé sur cette disposition par la partie requérante peut être requalifié en recours au titre de l’article 272 TFUE eu égard à la présence d’une clause compromissoire dans le contrat en cause, ainsi que cela est le cas en l’espèce à l’article 9 de la convention de subvention (voir, en ce sens, ordonnance du 20 avril 2016, Mezhdunaroden tsentar za izsledvane na maltsinstvata i kulturnite vzaimodeystvia/Commission, T‑819/14, EU:T:2016:256, point 30 et jurisprudence citée).
41 La requalification du recours est possible pour autant que la volonté expresse de la partie requérante ne s’y oppose pas et qu’au moins un moyen tiré de la violation des règles régissant la relation contractuelle en cause soit invoqué dans la requête conformément aux dispositions de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal. Ces deux conditions sont cumulatives (arrêt du 24 octobre 2014, Technische Universität Dresden/Commission, T‑29/11, EU:T:2014:912, point 44).
42 En l’espèce, d’une part, dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission, la requérante demande expressément la requalification partielle du présent recours en recours introduit, à titre principal, sur le fondement de l’article 272 TFUE et, à titre subsidiaire, sur le fondement de l’article 263 TFUE. De même, lors de l’audience de plaidoiries, la requérante a demandé que la requête soit traitée, à titre principal, sur le fondement de l’article 272 TFUE et, à titre subsidiaire, sur le fondement de l’article 263 TFUE.
43 D’autre part, la requérante soulève, à l’appui de son recours, quatre moyens.
44 Dans le cadre des trois premiers moyens, la requérante fait valoir, en substance, que l’acte attaqué est illégal étant donné que la demande de remboursement de la Commission serait prescrite. À cet égard, il convient de constater que la question de la prescription peut se poser dans le contentieux tant administratif que contractuel.
45 Le quatrième moyen, soulevé à titre subsidiaire, est tiré de la violation du droit fondamental de s’adresser à la Commission dans l’une des langues des traités et d’obtenir une réponse dans cette même langue, tel qu’il découlerait de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), lu en combinaison avec les articles 51 et 52 de cette Charte, ainsi que du droit à une bonne administration et des droits de la défense. La requérante fait également valoir que la Commission a interprété de manière erronée l’article 4 de la convention de subvention, selon lequel tous les rapports et éléments livrables qui sont, le cas échéant, exigés en vertu de ladite convention doivent être rédigés en anglais.
46 À cet égard, il convient de rappeler que, si les parties décident, dans leur contrat, au moyen d’une clause compromissoire, d’attribuer au juge de l’Union la compétence pour connaître des litiges afférents à ce contrat, ce juge sera compétent, indépendamment du droit applicable stipulé audit contrat, pour examiner d’éventuelles violations de la Charte et des principes généraux du droit de l’Union (arrêts du 16 juillet 2020, Inclusion Alliance for Europe/Commission, C‑378/16 P, EU:C:2020:575, point 81, et du 3 juillet 2025, Glonatech/REA, C‑114/24 P, EU:C:2025:520, point 45).
47 En outre, comme la Cour l’a déjà jugé, lorsque les institutions, les organes ou les organismes de l’Union exécutent un contrat, ils restent soumis aux obligations qui leur incombent en vertu de la Charte et des principes généraux de droit de l’Union. Par conséquent, la circonstance que le droit applicable au contrat concerné n’assure pas les mêmes garanties que celles conférées par la Charte et les principes généraux du droit de l’Union n’exonère pas les institutions, les organes ou les organismes de l’Union d’assurer leur respect à l’égard de leurs contractants (arrêts du 16 juillet 2020, ADR Center/Commission, C‑584/17 P, EU:C:2020:576, point 86, et du 3 juillet 2025, Glonatech/REA, C‑114/24 P, EU:C:2025:520, point 44).
48 Ainsi, en invoquant, au soutien de ses demandes fondées sur l’article 272 TFUE, la violation de principes garantis par la Charte et de principes généraux du droit de l’Union, la requérante invoque bien des règles qu’une institution, un organe ou un organisme de l’Union est tenu de respecter dans un cadre contractuel.
49 En outre, la requérante allègue une violation de l’article 4 de la convention de subvention.
50 Dans ces conditions, il y a lieu, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 40 et 41 ci-dessus, de requalifier le présent recours en recours fondé sur l’article 272 TFUE.
Sur le fond
51 La requérante soulève quatre moyens.
52 Le premier moyen est, en substance, tiré de la prescription de la créance constatée dans l’acte attaqué conformément au règlement no 2988/95.
53 Le deuxième moyen est, en substance, tiré de la prescription de la créance constatée dans l’acte attaqué conformément au règlement financier.
54 Le troisième moyen est, en substance, tiré d’une violation du principe de proportionnalité en ce qui concerne le délai de prescription prévu par le droit belge.
55 Le quatrième moyen est tiré d’une violation de l’article 4 de la convention de subvention et de l’article 41, paragraphe 4, de la Charte.
Sur le premier moyen, tiré de la prescription de la créance constatée dans l’acte attaqué conformément au règlement no 2988/95
56 La requérante fait valoir que la demande de paiement figurant dans l’acte attaqué est prescrite conformément à l’article 3, paragraphe 1, du règlement no 2988/95, selon lequel le délai de prescription serait de quatre ans à partir de la réalisation de l’irrégularité ou, en cas d’irrégularités continues ou répétées, à compter du jour où l’irrégularité aurait pris fin. Selon la requérante, le délai de prescription aurait commencé à courir au plus tard au moment de la clôture du projet, à savoir le 31 août 2015. Le délai de prescription n’aurait pas été interrompu. La Commission n’aurait notamment pas prouvé que l’OLAF avait notifié à la requérante l’ouverture de l’enquête au mois de juillet 2020 ou l’informée des contrôles sur place effectués au siège social de la coordinatrice du projet en cause. La mise en demeure effectuée par l’Agencia Valenciana Antifraude (agence valencienne de lutte contre la fraude, Espagne) à l’égard de la coordinatrice du projet Sohealthy ne serait pas de nature à interrompre le délai de prescription pour la poursuite des irrégularités éventuellement commises par la requérante conformément à l’article 3, paragraphe 1, du règlement no 2988/95.
57 Il en résulterait que toute action de la Commission visant à sanctionner ou à demander des dommages et intérêts en raison d’éventuelles irrégularités relatives au projet en cause serait prescrite depuis le 31 août 2019.
58 Le règlement no 2988/95 serait applicable au cas d’espèce conformément à l’article 9 de la convention de subvention selon lequel, en cas de silence de ladite convention, les « actes de la Communauté européenne et de l’Union européenne relatifs au [septième programme-cadre pour des actions de recherche, de développement technologique et de démonstration (2007-2013)] » seraient applicables. Les décisions no 1982/2006 et 2006/969 prévoiraient explicitement l’application du règlement no 2988/95 afin de récupérer des fonds, y compris en cas de manquement à une obligation contractuelle.
59 La requérante soutient que le projet régi par la convention de subvention a fait l’objet d’une enquête de l’OLAF et non d’un audit financier. Ainsi, l’acte attaqué ne découlerait pas de l’exercice d’un pouvoir reconnu contractuellement.
60 La Commission conteste ces arguments.
61 S’agissant de la question de savoir si l’article°3, paragraphe 1, du règlement no 2988/95 est applicable au cas d’espèce, il convient de rappeler que l’article 1er dudit règlement définit le champ d’application dudit règlement dans les termes suivants :
« 1. Aux fins de la protection des intérêts financiers des Communautés européennes, est adoptée une réglementation générale relative à des contrôles homogènes et à des mesures et des sanctions administratives portant sur des irrégularités au regard du droit communautaire.
2. Est constitutive d’une irrégularité toute violation d’une disposition du droit communautaire résultant d’un acte ou d’une omission d’un opérateur économique qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget général des Communautés ou à des budgets gérés par celles-ci, soit par la diminution ou la suppression de recettes provenant des ressources propres perçues directement pour le compte des Communautés, soit par une dépense indue. »
62 Les articles 4 et 5 du règlement no 2988/95 fournissent des précisions quant au contenu des mesures et des sanctions administratives. S’agissant en particulier des mesures administratives, il ressort de l’article 4 de ce règlement que celles-ci ont pour objet le retrait de l’avantage indûment obtenu sans toutefois revêtir le caractère d’une sanction.
63 Il ressort des articles 1er, 4 et 5 du règlement no 2988/95 que ce règlement et les règles de prescription qu’il prévoit s’appliquent aux seules poursuites des irrégularités ayant abouti à l’adoption des mesures et des sanctions administratives faisant l’objet dudit règlement (voir arrêt du 12 juillet 2016, Commission/Thales développement et coopération, T‑326/13, non publié, EU:T:2016:403, point 52 et jurisprudence citée).
64 Or, l’objet du présent litige ne porte pas sur une mesure ou une sanction administrative qui aurait été adoptée par la Commission sur le fondement du règlement no 2988/95. Ainsi qu’il a été constaté aux points 28 et suivants ci-dessus, la Commission a simplement invité la requérante, conformément aux dispositions contenues dans la convention de subvention, à payer la somme de 97 414,93 euros et informé cette dernière que, en l’absence de paiement, elle procéderait au recouvrement de cette somme, par exemple en effectuant une compensation ou par le biais de l’exécution forcée du paiement. Par ailleurs, une action initiale de l’OLAF au titre de la protection des intérêts financiers de l’Union n’implique pas que l’utilisation de ses constatations est limitée à la seule adoption de mesures ou de sanctions administratives sur le fondement du règlement no 2988/95. Les constatations effectuées par l’OLAF peuvent être utilisées pour tirer les conséquences qui s’imposent au titre d’autres dispositions réglementaires ou contractuelles, dans les limites prévues par ces dispositions.
65 Par conséquent, la règle de prescription prévue à l’article 3, paragraphe 1, du règlement no 2988/95 n’est pas applicable en l’espèce.
66 Cette conclusion n’est pas remise en cause par les arguments de la requérante.
67 En premier lieu, les arguments de la requérante tirés du fait que l’enquête de l’OLAF ne constituait pas un audit financier au titre de la convention de subvention doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 35 à 37 ci-dessus.
68 En deuxième lieu, les arguments de la requérante tirés de la référence au règlement no 2988/95 effectuée dans les décisions 2006/969 et no 1982/2006 doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 37 ci-dessus.
69 En troisième lieu, l’argument de la requérante tiré des différences entre les mesures et les sanctions administratives au sens du règlement no 2988/95 n’est pas pertinent, dès lors que, en l’espèce, aucune mesure ni aucune sanction administrative au sens de ce règlement n’a été adoptée.
70 En quatrième lieu, il convient de constater que l’ensemble des arguments concernant le premier moyen soulevés dans la réplique ne remettent pas en cause la conclusion selon laquelle l’article 3 du règlement no 2988/95 n’est pas applicable en l’espèce.
71 Premièrement, l’argument de la requérante selon lequel le règlement no 2988/95 serait applicable, en tant que lex specialis, plutôt que le règlement financier est dépourvu de fondement. En effet, le règlement no 2988/95 ne comporte aucune obligation pour la Commission d’adopter une mesure ou une sanction administrative plutôt que d’agir par la voie contractuelle.
72 Deuxièmement, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la référence au règlement no 2988/95 effectuée dans les décisions 2006/969 et no 1982/2006 n’est pas vidée de tout contenu. En effet, le fait que la Commission a choisi d’agir, dans le cas d’espèce, par la voie contractuelle n’exclut aucunement que, dans d’autres cas, elle puisse adopter des mesures et des sanctions administratives conformément au règlement no 2988/95.
73 Troisièmement, l’argument de la requérante selon lequel le fait de laisser à la Commission le choix soit d’agir par la voie contractuelle, soit d’adopter des mesures conformément au règlement no 2988/95 viole le principe de sécurité juridique, le principe de bonne foi contractuelle et le principe d’égalité entre les parties au contrat ne saurait pas non plus prospérer. En effet, la possibilité pour la Commission de prendre des mesures sur le fondement des dispositions de la convention de subvention, notamment de rejeter certains coûts déclarés par la requérante, de les récupérer et de percevoir des dommages et intérêts, conformément à l’article II.14, à l’article II.22, paragraphe 6, et à l’article II.24, paragraphe 1, des conditions générales de la convention de subvention, est clairement prévue dans ladite convention.
74 Quatrièmement, la référence de la requérante à l’arrêt du 8 mai 2024, Finanzprokuratur (C‑734/22, EU:C:2024:395, points 21 à 26), n’est pas pertinente en l’espèce. En effet, dans l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt se posait la question de savoir si l’article 3, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement no 2988/95 devait être interprété en ce sens que le délai de prescription de quatre ans qu’il prévoyait était directement applicable à une demande de remboursement d’aides, cofinancées par l’Union, qui était régie par des dispositions du droit privé d’un État membre. En revanche, en l’espèce, la Commission n’a pas appliqué des instruments prévus dans certaines dispositions du droit privé d’un État membre afin de protéger les intérêts financiers de l’Union, mais a agi sur le fondement des dispositions contractuelles en réaction à un manquement contractuel.
75 Enfin, cinquièmement, la conclusion exposée ci-dessus ne constitue pas non plus un contournement de l’encadrement des audits financiers au titre de la convention de subvention prévu à l’article II.22, paragraphe 1, des conditions générales de la convention de subvention, l’article II.22, paragraphe 8, de ces conditions prévoyant la possibilité pour l’OLAF d’effectuer des contrôles indépendamment desdits audits financiers.
76 Il résulte de tout ce qui précède qu’il convient de rejeter le premier moyen.
Sur le deuxième moyen, tiré de la prescription de la créance constatée dans l’acte attaqué conformément au règlement financier
77 Dans le cadre du deuxième moyen, soulevé à titre subsidiaire au cas où le Tribunal rejetterait le premier moyen, la requérante fait valoir que la Commission a adopté l’acte attaqué tardivement, même dans l’hypothèse dans laquelle le règlement financier serait applicable. Contrairement à ce que la Commission indiquerait dans l’acte attaqué, ce règlement prévoirait un délai de prescription de cinq ans.
78 La requérante soutient que l’application des règles selon lesquelles les délais prévus par le règlement financier commencent à courir à partir de la date limite communiquée au débiteur dans la note de débit conduirait à un résultat contraire au principe de sécurité juridique, dans la mesure où elle permettrait à la Commission de retarder indéfiniment le point de départ de ces délais en ne communiquant pas une telle date.
79 Ainsi, conformément à la jurisprudence de la Cour, dans le silence des textes applicables en ce qui concerne le délai de communication d’une note de débit au débiteur, un délai raisonnable s’appliquerait qui, en principe, ne devrait pas excéder une durée de cinq ans.
80 Ce délai de cinq ans serait également applicable en l’espèce, compte tenu du fait que la Commission n’aurait pas agi pendant sept ans, qu’elle n’aurait pas agi avec diligence et qu’elle n’aurait notamment pas effectué un audit financier dans le délai prévu par la convention de subvention. Étant donné que ce délai aurait commencé à courir, au plus tard, au moment de la clôture du projet en cause, la demande de remboursement et de dommages et intérêts de la Commission serait prescrite depuis le 31 août 2020.
81 Dans le cadre de la réplique, la requérante soutient que la Commission aurait pu disposer des informations nécessaires pour constater l’existence d’irrégularités au plus tard à partir de la clôture du projet en cause.
82 La Commission conteste ces arguments.
83 Tout d’abord, il convient de constater que le règlement financier est, conformément à son article 214, applicable ratione temporis au projet Sohealty, dont la convention de subvention a été signée le 9 août 2013.
84 Selon l’article 81, paragraphe 1, du règlement financier, les créances détenues par l’Union sur des tiers, ainsi que les créances détenues par des tiers sur l’Union, sont soumises à un délai de prescription de cinq ans. Selon l’article 81, paragraphe 2, du même règlement, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués conformément à l’article 210 de ce règlement en ce qui concerne l’établissement de règles détaillées en matière de délai de prescription.
85 L’article 93, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement délégué (UE) no 1268/2012 de la Commission, du 29 octobre 2012, relatif aux règles d’application du [règlement financier] (JO 2012, L 362, p. 1), dispose que le délai de prescription pour les créances détenues par l’Union sur des tiers commence à courir à compter de la date limite communiquée au débiteur dans la note de débit conformément à l’article 80, paragraphe 3, sous b), de ce règlement délégué.
86 En l’espèce, la Commission a communiqué à la requérante le 23 juillet 2024, dans la note de débit no 3242410122, la date limite du 6 septembre 2024. Ainsi, le délai de cinq ans prévu à l’article 81, paragraphe 1, du règlement financier a commencé à courir à partir de cette date, conformément à l’article 93, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement délégué no 1268/2012.
87 Par ailleurs, aucune disposition du règlement financier et du règlement délégué no 1268/2012 ne fixe un délai dans lequel une note de débit doit être communiquée au débiteur (voir, en ce sens, arrêts du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 95, et du 13 mai 2020, Talanton/Commission, T‑195/18, non publié, EU:T:2020:194, point 66).
88 Il est vrai que le principe de sécurité juridique exige, dans le silence des textes applicables, que l’institution concernée procède à la communication d’une note de débit dans un délai raisonnable. En effet, à défaut, l’ordonnateur, à qui il revient de déterminer, dans la note de débit, la date limite de paiement qui, selon les termes mêmes du règlement délégué no 1268/2012, constitue le point de départ du délai de prescription, pourrait librement fixer la date de ce point de départ, sans lien avec le moment où la créance en cause est née, ce qui, manifestement, irait à l’encontre du principe de sécurité juridique ainsi que de la finalité de dispositions pertinentes du règlement financier (voir, en ce sens, arrêt du 13 novembre 2014, Nencini/Parlement, C‑447/13 P, EU:C:2014:2372, point 48).
89 Le caractère raisonnable d’un délai doit être apprécié en fonction de l’ensemble des circonstances propres à chaque affaire et, notamment, de l’enjeu du litige pour l’intéressé, de la complexité de l’affaire et des différentes étapes procédurales que l’institution de l’Union a suivies, ainsi que du comportement des parties au cours de la procédure (voir arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 99 et jurisprudence citée).
90 Le délai de communication d’une note de débit doit être présumé déraisonnable lorsque cette communication intervient au-delà d’une période de cinq ans à compter du moment où l’institution a été normalement en mesure de faire valoir sa créance. Une telle présomption ne saurait être renversée que si l’institution en cause établit que, malgré les diligences qu’elle a entreprises, le retard à agir incombe au comportement du débiteur, notamment à ses manœuvres dilatoires ou à sa mauvaise foi. En l’absence d’une telle preuve, il doit alors être constaté que l’institution a manqué aux obligations qui lui incombaient en vertu du principe du délai raisonnable (arrêt du 13 novembre 2014, Nencini/Parlement, C‑447/13 P, EU:C:2014:2372, point 49).
91 En l’espèce, les parties divergent sur la question de savoir à partir de quel moment la Commission a été en mesure de faire valoir sa créance, et, par conséquent, ce délai raisonnable a commencé à courir.
92 Selon une jurisprudence constante, dans les cas dans lesquels le fait générateur d’une créance de l’Union a été relevé et déterminé lors d’une enquête de l’OLAF, l’institution concernée est normalement en mesure de faire valoir sa créance à partir de la réception du rapport de l’OLAF (voir, en ce sens, arrêts du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 107, et du 11 septembre 2024, CQ/Cour des comptes, T‑386/19, EU:T:2024:613, points 137, 156 et 157).
93 En l’espèce, l’OLAF a transmis son rapport à la Commission le 2 février 2023 (voir point 11 ci-dessus). L’acte attaqué et la note de débit no 3242410122 ont été communiqués à la requérante le 23 juillet 2024. La requérante ne soulève aucun argument susceptible de démontrer que le délai entre ces deux événements est déraisonnable.
94 En revanche, elle fait valoir que la Commission aurait été en mesure de faire valoir sa créance avant la réception du rapport de l’OLAF, au motif que la Commission aurait pu procéder elle-même à la vérification de la réalité et du caractère adéquat des coûts déclarés ou qu’elle aurait pu réaliser un audit financier dans le délai de cinq ans prévu par la convention de subvention.
95 Ces arguments ne sauraient prospérer.
96 Premièrement, la Commission ne disposait pas, au moment de la clôture du projet concerné, de toutes les informations nécessaires afin de pouvoir faire valoir sa créance. Comme la Commission le fait valoir, sans être contredite de manière circonstanciée par la requérante, l’OLAF a réalisé un contrôle sur place au siège de la coordinatrice du projet en cause, à la suite d’une communication d’un lanceur d’alerte, en procédant à une expertise technico-légale numérique du 17 au 20 mai 2022 et a ainsi obtenu des informations pertinentes, non seulement relatives aux projets financés par l’Union, y compris celui en cause, mais également relatives à des projets nationaux et régionaux auxquelles la Commission n’avait pas eu accès. C’est seulement en comparant les heures de travail déclarées dans le cadre de ces projets que l’OLAF a pu détecter que ces heures avaient été déclarées en double.
97 Deuxièmement, il est vrai que la Commission disposait, conformément à l’article II.22, paragraphe 1, des conditions générales de la convention de subvention, d’un droit contractuel de mener un audit financier. Toutefois, la requérante ne saurait invoquer la circonstance que la Commission n’a pas fait usage de ce droit afin de limiter le droit de cette institution d’adopter des mesures contractuelles en vue de recouvrer des sommes indûment versées et de percevoir des dommages et intérêts.
98 En effet, il ne ressort aucunement de la convention de subvention que l’exercice du droit de recouvrement d’une créance ou qu’une demande de paiement de dommages et intérêts conformément à cette convention est subordonné à la réalisation préalable d’un audit. En réalité, l’argumentation de la requérante revient à transformer la faculté de mener un audit financier prévue par la convention de subvention en une obligation dont l’inexécution entraînerait pour la Commission la perte de droits, et ce même en l’absence d’indices d’irrégularités.
99 En effet, en réponse à plusieurs questions posées par le Tribunal à cet égard lors de l’audience de plaidoiries, la requérante et la Commission ont indiqué que, avant l’intervention du lanceur d’alerte anonyme qui a donné lieu à l’enquête de l’OLAF, ni la Commission ni l’OLAF ne possédaient d’indice concernant une irrégularité commise lors de la mise en œuvre du projet en cause. Dans ces circonstances, l’argument de la requérante selon lequel ni la Commission ni l’OLAF n’auraient agi avec la diligence requise se limite à l’affirmation selon laquelle ces derniers auraient dû mener un audit d’office.
100 En tout état de cause et troisièmement, si l’argument de la requérante était accueilli, cela conduirait, en l’absence d’un audit financier, à récompenser celle-ci pour la sophistication des irrégularités commises à l’égard de la Commission. Dans les circonstances de l’espèce, rien n’indique que la Commission aurait dû, voire aurait pu, constater ces irrégularités plus tôt.
101 Il résulte de ce qui précède que la Commission a été en mesure de faire valoir sa créance à partir de la réception du rapport de l’OLAF.
102 Le délai de moins de dix-huit mois qui s’est écoulé entre la réception du rapport de l’OLAF et l’envoi de l’acte attaqué ainsi que de la note de débit no 3242410122, qui est bien inférieur au délai de cinq ans prévu par la jurisprudence citée au point 90 ci-dessus, ne peut pas, dans les circonstances de l’espèce, être considéré comme étant déraisonnable.
103 Les arguments de la requérante selon lesquels la Commission n’a pas prouvé l’existence de manœuvres dilatoires ou de mauvaise foi et selon lesquels elle a, au contraire, collaboré avec l’OLAF et les différentes agences exécutives de la Commission sont dénués de pertinence. En effet, conformément à la jurisprudence citée au point 90 ci-dessus, ces arguments ne seraient pertinents que dans l’hypothèse où la communication de la note de débit serait intervenue au-delà d’une période de cinq ans à compter du moment où l’institution a été normalement en mesure de faire valoir sa créance, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.
104 Il résulte de tout ce qui précède qu’il convient de rejeter le deuxième moyen.
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation du principe de proportionnalité en ce qui concerne le délai de prescription prévu par le droit belge
105 Dans le cadre du troisième moyen, soulevé à titre subsidiaire au cas où le Tribunal rejetterait le deuxième moyen, la requérante fait valoir que le délai de prescription des obligations personnelles de dix ans prévu par le droit belge ne peut pas s’appliquer de manière subsidiaire conformément à l’article 9 de la convention de subvention, dès lors que ce délai serait disproportionné.
106 La Commission fait valoir que le troisième moyen est dénué de pertinence.
107 À cet égard, il convient de rappeler que le juge de l’Union peut rejeter comme étant inopérant un moyen ou un grief lorsqu’il constate que celui-ci n’est pas apte, dans l’hypothèse où il serait fondé, à soutenir la conclusion formulée (voir, en ce sens, arrêts du 30 septembre 2003, Eurocoton e.a./Conseil, C‑76/01 P, EU:C:2003:511, point 52, et du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑301/20, EU:T:2023:93, point 103 et jurisprudence citée), en l’occurrence celle selon laquelle l’acte attaqué doit être déclaré illégal.
108 En l’espèce, force est de constater qu’il ne ressort pas de l’acte attaqué que la Commission s’est fondée sur le délai de prescription prévu par le droit belge auquel la requérante fait référence. Par ailleurs, selon l’article 9, paragraphe 1, de la convention de subvention, le droit belge ne s’applique à la mise en œuvre de cette convention que de manière subsidiaire. Or, en l’espèce, le règlement financier est applicable en ce qui concerne la prescription de la créance. Par conséquent, à supposer même que le principe de proportionnalité s’opposait à l’application du délai de prescription prévu par le droit belge, cette circonstance n’aurait pas d’impact sur la légalité de l’acte attaqué.
109 Partant, il convient de rejeter le troisième moyen comme étant inopérant.
Sur le quatrième moyen, tiré d’une violation de l’article 4 de la convention de subvention et de l’article 41, paragraphe 4, de la Charte
110 Dans le cadre du quatrième moyen, soulevé à titre subsidiaire au cas où le Tribunal rejetterait le deuxième moyen, la requérante fait valoir que la Commission a violé ses droits en refusant de lui transmettre une copie en espagnol du rapport de l’OLAF ainsi que des communications, des décisions et des résolutions adoptées dans le cadre de la « procédure de recouvrement ».
111 En premier lieu, la Commission interpréterait de manière erronée l’article 4 de la convention de subvention, qui prévoirait que « tous les rapports et éléments livrables qui sont le cas échéant exigés en vertu de la présente convention de subvention sont rédigés en anglais ». Or, ni le rapport de l’OLAF ni les communications, les décisions ou les résolutions adoptées dans le cadre de la « procédure de recouvrement » ne constitueraient des rapports ou des éléments livrables au sens de cette disposition.
112 Le caractère erroné de l’interprétation retenue par la Commission serait confirmé par le fait que, dans les modèles de conventions de subvention relatifs à des projets postérieurs au projet en cause, cette institution aurait explicitement ajouté que les rapports d’audit devraient également être rédigés en anglais.
113 Par ailleurs, le Médiateur européen aurait déclaré que le refus de fournir un rapport d’audit dans la langue demandée par le bénéficiaire de la subvention visée par ce rapport constitue un cas de mauvaise administration.
114 En second lieu, la requérante soutient que la Commission a violé son droit, garanti par l’article 41, paragraphe 4, de la Charte, de communiquer avec cette institution dans une langue qu’elle a choisie et, ainsi, violé ses droits de la défense et son droit à une bonne administration.
115 Les membres des instances dirigeantes de la requérante n’auraient pas compris les faits reprochés. Ses services juridiques, avocats et conseillers n’auraient pas pu travailler dans la langue dans laquelle ils travailleraient normalement et appliqueraient le droit de l’Union, à savoir l’espagnol.
116 La requérante fait valoir que la Commission ne saurait invoquer des stipulations contractuelles afin de limiter la portée de l’article 41, paragraphe 4, de la Charte.
117 La Commission conteste ces arguments.
118 En premier lieu, il convient de constater que la requérante n’invoque aucune disposition contractuelle qui obligerait la Commission à lui communiquer certains documents en espagnol.
119 Elle se limite à faire valoir que l’article 4 de la convention de subvention ne couvre ni le rapport de l’OLAF ni les communications, les décisions ou les résolutions adoptées dans le cadre de la « procédure de recouvrement ».
120 Il est vrai que l’article 4 de la convention de subvention ne mentionne que certains types de documents qui doivent être rédigés en anglais. Plus particulièrement, cette disposition ne mentionne ni la communication générale entre les parties contractantes, ni les mesures contractuelles qui peuvent être adoptées par la Commission, telles que celles en cause en l’espèce, ni un rapport d’enquête de l’OLAF.
121 Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, il n’en résulte pas que la Commission n’était pas en droit d’utiliser l’anglais dans le cadre de sa relation contractuelle avec la requérante pour toute communication et pour tout document qui n’est pas explicitement mentionné par l’article 4 de la convention de subvention, ni que la Commission était obligée de communiquer avec la requérante en espagnol.
122 En effet, force est de constater que la convention de subvention, à laquelle la requérante a adhéré, est rédigée en anglais. En outre, force est de constater que la requérante n’a jamais demandé à la Commission d’utiliser l’espagnol dans le cadre de l’exécution de la convention de subvention en cause avant sa lettre du 6 septembre 2023.
123 Dans ces circonstances, la Commission n’était tenue, en vertu des dispositions contractuelles, ni de communiquer en espagnol avec la requérante aux fins de l’exécution de la convention de subvention, ni de lui adresser une version espagnole du rapport de l’OLAF ou des documents liés à l’exécution de la convention de subvention.
124 En second lieu, ainsi qu’il a été rappelé au point 46 ci-dessus, si les parties décident, dans leur contrat, au moyen d’une clause compromissoire, d’attribuer au juge de l’Union la compétence pour connaître des litiges afférents à ce contrat, ce juge sera compétent, indépendamment du droit applicable stipulé audit contrat, pour examiner d’éventuelles violations de la Charte et des principes généraux du droit de l’Union (arrêts du 16 juillet 2020, Inclusion Alliance for Europe/Commission, C‑378/16 P, EU:C:2020:575, point 81, et du 3 juillet 2025, Glonatech/REA, C‑114/24 P, EU:C:2025:520, point 45).
125 Sans préjuger de l’invocabilité du droit prévu à l’article 41, paragraphe 4, de la Charte, par une personne morale, telle que la requérante, à l’encontre de la Commission, dans le cadre d’une relation contractuelle, il convient de rappeler que cette disposition prévoit que toute personne peut s’adresser aux institutions de l’Union dans une des langues des traités et doit recevoir une réponse dans la même langue.
126 En l’espèce, la requérante s’est adressée à la Commission en anglais en vue d’adhérer à la convention de subvention et d’établir une relation contractuelle avec celle-ci. La requérante a adhéré à cette convention de subvention qui est rédigée en anglais et qui contient une disposition explicite selon laquelle les rapports et les éléments livrables doivent être rédigés en anglais. Ainsi, elle a librement choisi l’anglais pour la gestion de sa relation contractuelle avec la Commission.
127 Dans ces circonstances, l’article 41, paragraphe 4, de la Charte n’exige pas que la Commission accueille une demande ultérieure de la requérante de changer de régime linguistique selon les préférences de cette dernière.
128 Il résulte de ce qui précède que la Commission n’était tenue, en vertu de l’article 41, paragraphe 4, de la Charte, ni de communiquer en espagnol avec la requérante aux fins de l’exécution de la convention de subvention, ni de lui adresser une version espagnole du rapport de l’OLAF ou des documents liés à l’exécution de la convention de subvention.
129 Par conséquent, il convient de rejeter également l’argumentation de la requérante tirée d’une violation du droit à une bonne administration et des droits de la défense étant donné que son argumentation relative à la violation de ces droits et celle relative à la violation de l’article 41, paragraphe 4, de la Charte se recoupent entièrement.
130 Les conclusions figurant aux points 123, 128 et 129 ci-dessus ne sont pas remises en cause par les arguments soulevés par la requérante.
131 Premièrement, les faits ayant donné lieu aux conclusions du Médiateur produites en tant qu’annexe A.16 à la requête se distinguent de ceux de l’espèce. Il ressort de ladite annexe que la convention de subvention en cause dans ladite affaire ainsi que toute la communication liée à l’exécution de celle-ci avaient été rédigées en allemand. Dans ces circonstances, le Médiateur a conclu que ni la Commission ni les auditeurs n’avaient le droit d’obliger le plaignant dans cette affaire à accepter que l’audit soit réalisé dans une autre langue, à savoir l’anglais.
132 Or, en l’espèce, la Commission n’a pas modifié la langue dans laquelle elle s’est adressée à la requérante aux fins de l’exécution de la convention de subvention. Au contraire, c’est la requérante qui a demandé à la Commission de communiquer avec elle dans une langue différente de celles de la convention de subvention et de celle utilisée lors de la mise en œuvre de cette convention.
133 Par conséquent, les conclusions du Médiateur mentionnées au point 131 ci-dessus ne sont pas transposables au cas d’espèce.
134 Deuxièmement, l’argument de la requérante selon lequel les faits ayant conduit à l’adoption de l’acte attaqué ont une portée administrative et des conséquences pénales est en partie erroné et en partie inopérant.
135 D’une part, il a déjà été constaté aux points 28 à 37 ci-dessus que l’acte attaqué est une mesure contractuelle et non une mesure administrative. Ainsi, la demande de recouvrement et la demande de paiement de dommages et intérêts contenues dans l’acte attaqué ne constituent que la poursuite de la mise en œuvre de la convention de subvention, qui a eu lieu en anglais.
136 D’autre part, la circonstance, à la supposer établie, que les manquements contractuels de la requérante ayant abouti à l’adoption de l’acte attaqué puissent avoir des conséquences dans d’autres procédures administratives ou pénales n’a aucun impact sur la question de savoir si la Commission a respecté ou non le droit contractuel et la Charte dans le cadre de l’application de la convention de subvention.
137 En tout état de cause, à supposer même que la Commission ait été tenue de communiquer en espagnol avec la requérante aux fins de la mise en œuvre de la convention de subvention et de lui adresser une version espagnole du rapport de l’OLAF et des documents liés à l’exécution de la convention de subvention, il convient de rappeler qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour que l’utilisation de la langue prévue à l’article 3 du règlement no 1 du Conseil, du 15 avril 1958, portant fixation du régime linguistique de la Communauté économique européenne (JO 1958, 17, p. 385), ne constitue pas une forme substantielle, au sens de l’article 263 TFUE, dont la violation affecte nécessairement la régularité de tout document adressé à une personne dans une autre langue. En effet, si une institution adresse à une personne relevant de la juridiction d’un État membre un texte qui n’est pas rédigé dans la langue de cet État, un tel procédé ne vicie la procédure que si des conséquences préjudiciables en résultent pour cette personne dans le cadre d’une procédure administrative (voir arrêt du 9 juin 2016, CEPSA/Commission, C‑608/13 P, EU:C:2016:414, point 36 et jurisprudence citée).
138 Ce principe établi dans le contexte d’une procédure administrative est applicable a fortiori à une relation contractuelle, telle que celle en cause en l’espèce, notamment lorsque l’institution s’adresse à la personne concernée dans une langue que celle-ci a choisie dans le cadre de leur relation contractuelle.
139 Il s’ensuit que ce n’est que si l’utilisation de l’anglais, dans le cadre de la relation contractuelle entre la requérante et la Commission, a eu des conséquences préjudiciables pour la requérante que la légalité de l’acte attaqué pourrait être remise en cause.
140 En l’espèce, la requérante n’a pas démontré l’existence d’un préjudice quelconque résultant du fait que la Commission a, dans le cadre de la relation contractuelle, communiqué en anglais avec elle. Son argumentation selon laquelle les membres de ses instances dirigeantes n’ont pas compris les faits reprochés et selon laquelle l’assistance juridique a été rendue plus difficile est contredite par le fait que, dans le cadre de la requête et de la réplique, elle a contesté de manière détaillée l’acte attaqué, ce qui démontre qu’elle a bien compris ledit acte. En outre, le fait que la requérante maîtrise suffisamment l’anglais est également démontré par la circonstance qu’elle a adhéré à la convention de subvention, qui est rédigée en anglais.
141 Par conséquent, le quatrième moyen doit être rejeté.
Sur l’offre de preuve présentée par la requérante le 16 février 2026
142 La requérante a présenté, le 16 février 2026, une ordonnance du 24 novembre 2025 du Juzgado Central de Instrucción no 6 (tribunal d’instruction au niveau national no 6, Espagne). Elle n’a toutefois pas indiqué au soutien de quel moyen ou argument elle présentait cette décision, ni soulevé un moyen nouveau.
143 La Commission a invoqué, lors de l’audience de plaidoiries, l’inadmissibilité de l’offre de preuve et, à titre subsidiaire, son absence de pertinence.
144 En réponse à une question posée par le Tribunal à cet égard lors de l’audience de plaidoiries, la requérante a indiqué qu’elle n’avait présenté cette ordonnance qu’à titre d’élément de contextualisation du présent litige et que cette ordonnance n’avait, selon elle, pas d’impact direct sur la solution de celui-ci.
145 Dans ces circonstances, il convient de rejeter le recours dans son intégralité, sans qu’il y ait lieu de se prononcer sur la recevabilité de l’offre de preuve au regard de l’article 85, paragraphe 3, du règlement de procédure.
Sur les dépens
146 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
147 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure de référé, conformément aux conclusions de la Commission.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Cluster Calzado Innovación est condamnée aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure de référé.
| Sampol Pucurull | Laitenberger | Valasidis |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’espagnol.
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