Jurisprudence CJUE62024TJ0521

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 2 septembre 2026.#RGCC Holdings AG contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative PHI GROUP – Enregistrement international de la marque figurative antérieure PHIACADEMY – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-521/24.

CELEX62024TJ0521
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 2 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)

2 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative PHI GROUP – Enregistrement international de la marque figurative antérieure PHIACADEMY – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑521/24,

RGCC Holdings AG, établie à Zoug (Suisse), représentée par Mes P. Campolini et V. Van der Wangen, avocats,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme D. Stoyanova-Valchanova et M. V. Ruzek, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Phiacademy Doo Beograd, établie à Belgrad (Serbie),

LE TRIBUNAL (huitième chambre),

composé, lors des délibérations, de MM. D. Petrlík, faisant fonction de président, K. Kecsmár et Mme S. Kingston (rapporteure), juges,

greffier : M. J. Čuboň, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 9 juillet 2025,

vu la décision de réouverture de la phase orale de la procédure du 5 novembre 2025,

vu la mesure d’organisation de la procédure du 6 novembre 2025 et les réponses des parties déposées au greffe du Tribunal le 24 novembre 2025,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, RGCC Holdings AG, demande l’annulation et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 26 juillet 2024 (affaire R 137/2024‑1) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 24 juin 2022, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :

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3 La marque demandée désignait les produits et les services relevant, notamment, des classes 9 et 41 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 9 : « Logiciels » ;

– classe 41 : « Enseignement ».

4 Le 22 octobre 2022, Phiacademy Doo Beograd a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits et les services visés au point 3 ci‑dessus.

5 L’opposition était fondée sur plusieurs droits antérieurs, dont l’enregistrement international no 1 511 559, bénéficiant d’une protection, entre autres, en Irlande, et correspondant à la marque figurative reproduite ci-après :

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6 L’enregistrement international de cette marque avait été déposé le 8 juillet 2019 pour, notamment, les services relevant de la classe 41 et correspondant à la description suivante : « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial ; cours d’enseignement à distance ».

7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

8 Par décision du 24 novembre 2023, la division d’opposition a fait droit à l’opposition sur le fondement de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et a rejeté la demande d’enregistrement de la marque demandée pour les produits et les services relevant des classes 9 et 41, visés au point 3 ci-dessus.

9 Le 16 janvier 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition dans la mesure où celle-ci avait accueilli l’opposition.

10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours dans son intégralité au motif qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, à tout le moins pour une partie du public pertinent.

Conclusions des parties

11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– rejeter l’opposition dans son intégralité ou, à titre subsidiaire, renvoyer l’affaire devant l’EUIPO afin que ce dernier statue en tirant toutes les conséquences de la décision du Tribunal ;

– condamner Phiacademy Doo Beograd aux dépens de la procédure devant la chambre de recours ;

– condamner l’EUIPO et, le cas échéant, Phiacademy Doo Beograd aux dépens de la présente procédure.

12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens exposés par l’EUIPO, en cas de convocation à une audience.

En droit

13 À l’appui de son recours, la requérante invoque un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, et qui se divise, en substance, en quatre branches distinctes. En particulier, elle reproche à la chambre de recours d’avoir commis plusieurs erreurs d’appréciation dans le cadre, premièrement, de la comparaison des produits et des services en cause, deuxièmement, de la définition du public pertinent, troisièmement, de la comparaison des marques en conflit et, quatrièmement, de l’appréciation globale du risque de confusion dans l’esprit du public pertinent.

14 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

15 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

16 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et, en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

17 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14 , point 42 et jurisprudence citée].

18 Lorsque la protection de la marque antérieure s’étend à l’ensemble de l’Union européenne, il y a lieu de prendre en compte la perception des marques en conflit par le consommateur des produits ou des services en cause sur ce territoire. Toutefois, il convient de rappeler que pour refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, il suffit qu’un motif relatif de refus au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 existe dans une partie de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 76 et jurisprudence citée].

19 C’est à la lumière de ces principes qu’il convient d’examiner le présent recours.

20 D’emblée, il y a lieu de constater que la chambre de recours a relevé que le territoire pertinent aux fins de l’appréciation du risque de confusion était l’Irlande. La requérante ne conteste pas cette appréciation.

Sur la motivation de la décision attaquée

21 En réponse à une question posée par le Tribunal dans le cadre de la mesure d’organisation de la procédure, par laquelle les parties ont été invitées à prendre position sur le caractère adéquat des motifs fournis, aux points 55 et 56 de la décision attaquée, à l’appui de la conclusion, au point 57 de cette décision, selon laquelle il existerait un faible degré de similitude entre le produit et le service comparés, la requérante a avancé que la décision attaquée était fondée sur une comparaison entre un type spécifique de logiciel, à savoir le « logiciel de publication assistée par ordinateur », d’une part, et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial », d’autre part. Selon la requérante, si la chambre de recours avait un autre type de logiciel à l’esprit lorsqu’elle est parvenue à sa conclusion, elle aurait dû l’expliquer dans la décision attaquée. Dans cette hypothèse, la chambre de recours aurait violé son obligation de motivation.

22 L’EUIPO fait valoir que la décision attaquée est motivée à suffisance de droit.

23 Aux termes de l’article 94, paragraphe 1, première phrase, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO doivent être motivées. Cette obligation a la même portée que celle découlant de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, lequel exige que la motivation fasse apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte, sans qu’il soit nécessaire que cette motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait auxdites exigences devant cependant être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée. Cette obligation, qui découle également de l’article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, a pour objectif de permettre, d’une part, aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise afin de défendre leurs droits et, d’autre part, au juge de l’Union d’exercer son contrôle sur la légalité de la décision concernée (voir, en ce sens, arrêt du 28 juin 2018, EUIPO/Puma, C‑564/16 P, EU:C:2018:509, points 64 et 65 et jurisprudence citée).

24 En l’espèce, la chambre de recours a considéré, au point 55 de la décision attaquée, que le « logiciel » et les « publications électroniques », y compris les « services de publication en ligne », présentaient un faible degré de similitude au vu de leurs destinations, qui se recoupaient et de leur public identique. Ensuite, au point 56 de cette décision, la chambre de recours a indiqué qu’ils pouvaient essentiellement répondre aux mêmes besoins et, par conséquent, qu’ils avaient la même destination et pouvaient coïncider par leurs utilisateurs finaux, leurs canaux de distribution et leur origine, par exemple les maisons d’édition spécialisées dans les formes électroniques de publication.

25 Tout d’abord, dans la mesure où la requérante soutient, en substance, que la chambre de recours aurait dû préciser dans la décision attaquée qu’elle avait pris en considération une sous-catégorie de logiciel qui serait plus large que la sous-catégorie des « logiciels de publication assistée par ordinateur », à savoir la sous-catégorie des « logiciels d’édition », force est de constater que son argumentation est inopérante.

26 En effet, la requérante avance que, dans le cas où la comparaison est effectuée par rapport aux « logiciels de publication assistée par ordinateur », le public pertinent sera constitué exclusivement du public spécialisé ayant un niveau d’attention élevé et que cette conclusion, combinée aux autres circonstances pertinentes de l’affaire, exclurait tout risque de confusion.

27 Or, même à supposer que la chambre de recours ait dû préciser dans la décision attaquée qu’elle a pris en considération, soit la sous-catégorie des « logiciels de publication assistée par ordinateur », qui s’adressent au public spécialisé ayant un niveau d’attention élevé, soit la sous‑catégorie plus large des « logiciels d’édition », qui s’adressent tant aux professionnels qu’au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention normal, une éventuelle ambigüité à cet égard n’a pas d’incidence sur la solution du litige, dès lors que la chambre de recours a conclu, au point 64 de la décision attaquée, qu’il existait un risque de confusion même dans l’hypothèse où le public pertinent fait preuve d’un niveau d’attention plus élevé. Selon la jurisprudence, si, dans les circonstances particulières du cas d’espèce, une erreur n’a pu avoir une influence déterminante quant au résultat, l’argumentation fondée sur une telle erreur est inopérante et ne saurait donc suffire à justifier l’annulation de la décision qui est attaquée [voir arrêt du 7 décembre 2022, Puma/EUIPO – Vaillant (Puma), T‑623/21, non publié, EU:T:2022:776, point 42 et jurisprudence citée].

28 En tout état de cause, il convient de relever que, si les points 55 et 56 de la décision attaquée font référence au « logiciel » visé par la marque demandée, sans autre précision, il ressort desdits points, lus dans leur contexte, que, pour parvenir à la conclusion d’une similitude à un faible degré avec le service comparé, la chambre de recours a pris en compte la sous-catégorie des « logiciels d’édition », qui inclut la sous-catégorie plus étroite des « logiciels de publication assistée par ordinateur ».

29 En effet, le point 55 de la décision attaquée renvoie à la décision de la deuxième chambre de recours dans l’affaire R 190/2018-2, qui fait référence, dans ses points 30 et 31 sous-tendant la conclusion dans son point 32, à la sous-catégorie des « logiciels de publication assistée par ordinateur » en estimant qu’il était probable qu’il existait une certaine similitude entre ce type de logiciel et les « publications électroniques ». Ainsi, comme l’a compris la requérante, la comparaison effectuée par la chambre de recours dans la décision attaquée comportait au moins la sous-catégorie des « logiciels de publication assistée par ordinateur ».

30 Toutefois, rien dans la décision attaquée n’indique que la comparaison effectuée a été limitée à cette sous-catégorie. En effet, au point 55, la décision attaquée se borne à citer le point 32 de la décision dans l’affaire R 190/2018-2, où la deuxième chambre de recours a conclu que la catégorie large de « logiciel » était similaire à un faible degré aux « publications électroniques ».

31 En outre, au point 56 de la décision attaquée, dans lequel la chambre de recours a procédé à sa propre analyse des similitudes entre le « logiciel » relevant de la classe 9 et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » relevant de la classe 41, référence est faite aux « maisons d’édition spécialisées dans les formes électroniques de publication », ce qui évoque la sous-catégorie des « logiciels d’édition ».

32 Dès lors, il ressort de façon suffisamment claire des points 55 et 56 de la décision attaquée que la comparaison effectuée par la chambre de recours n’était pas limitée à la seule sous-catégorie des « logiciels de publication assistée par ordinateur », mais visait la sous‑catégorie plus large des « logiciels d’édition ».

33 Partant, l’argumentation de la requérante tirée d’un vice de motivation est inopérante et, en tout état de cause, non fondée.

Sur la deuxième branche, relative au public pertinent

34 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

35 Le public pertinent pour l’appréciation du risque de confusion est constitué des utilisateurs susceptibles d’utiliser tant les produits ou les services visés par la marque antérieure que ceux visés par la marque demandée. Ainsi, en règle générale, lorsque les produits ou les services de l’une des marques en conflit sont inclus dans la désignation plus large visée par l’autre marque, le public pertinent est défini par référence au libellé le plus spécifique [voir arrêt du 24 mai 2011, ancotel/OHMI – Acotel (ancotel.), T‑408/09, non publié, EU:T:2011:241, points 38 et 39 et jurisprudence citée].

36 Il convient, à cet égard, de tenir compte du fait qu’un public restreint et spécialisé est susceptible d’avoir des connaissances spécifiques relatives aux produits ou aux services concernés par les marques en conflit et/ou de faire preuve, à cet égard, d’un niveau d’attention élevé, par rapport à celui du grand public. Il s’agit de facteurs pouvant jouer un rôle déterminant, s’agissant de l’existence ou de l’absence d’un risque de confusion entre lesdites marques (voir arrêt du 24 mai 2011, ancotel., T‑408/09, non publié, EU:T:2011:241, point 30 et jurisprudence citée).

37 En l’espèce, il convient de relever que la requérante ne conteste pas l’appréciation de la chambre de recours, selon laquelle le public pertinent faisait preuve d’un niveau d’attention supérieur à la moyenne en ce qui concerne les services identiques d’« enseignement » visés par la marque demandée, d’une part, et de « cours d’enseignement à distance » couverts par la marque antérieure, d’autre part, tous deux relevant de la classe 41.

38 En revanche, par sa deuxième branche du moyen unique, la requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours relative à la définition du public pertinent en ce qui concerne le « logiciel » de la classe 9 visé par la marque demandée. Selon elle, dans la mesure où la chambre de recours a effectué son analyse du risque de confusion en se fondant sur un type spécifique de logiciel, à savoir le « logiciel de publication assistée par ordinateur », et non pas sur la catégorie plus générale « logiciel », le public pertinent commun aux deux marques en l’espèce, à savoir le public susceptible d’utiliser le produit et le service en cause, serait composé de professionnels, tels que des entreprises cherchant à améliorer leur visibilité en ligne ou des maisons d’édition en ligne. Par conséquent, le degré d’attention du public pertinent ne varierait pas de moyen à élevé en fonction des circonstances spécifiques de l’affaire, comme l’a considéré la chambre de recours, mais resterait toujours élevé.

39 L’EUIPO conteste l’argumentation de la requérante.

40 À cet égard, il convient de relever que, selon la jurisprudence, lorsque le public pertinent est composé de deux catégories de consommateurs ayant chacune un niveau d’attention différent, le public ayant le niveau d’attention le moins élevé doit être pris en considération [voir arrêt du 20 mai 2014, Argo Group International Holdings/OHMI – Arisa Assurances (ARIS), T‑247/12, EU:T:2014:258, point 29 et jurisprudence citée].

41 En l’espèce, en s’appuyant, en substance, sur cette jurisprudence, la chambre de recours a considéré, au point 28 de la décision attaquée, que même si certains types de logiciels pouvaient être hautement spécialisés et même s’adresser uniquement à des professionnels, compte tenu du libellé général des produits en cause, à savoir des logiciels en tant que tels, sans autre précision quant au type de logiciels, il était raisonnable de conclure que les « logiciels » compris dans la classe 9 s’adressaient au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention normal.

42 Cette conclusion n’est pas remise en cause par l’argumentation de la requérante dans la présente branche, dès lors qu’elle repose en substance sur la prémisse selon laquelle l’appréciation de la comparaison des produits et des services de la part de la chambre de recours était fondée sur une comparaison entre un type spécifique de logiciel, à savoir le logiciel de publication assistée par ordinateur, d’une part, et le service en cause, d’autre part. En effet, comme cela est indiqué aux points 28 à 32 ci-dessus, l’appréciation de la chambre de recours relative à la similitude du produit et du service en cause n’était pas limitée aux « logiciels de publication assistée par ordinateur », mais comprenait également la sous-catégorie plus large des « logiciels d’édition », qui s’adressent tant aux professionnels qu’au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention normal.

43 Or, la requérante n’a soumis au Tribunal aucun élément concret visant à contester la conclusion de la chambre de recours selon laquelle, en substance, la sous-catégorie des « logiciels d’édition » s’adresse également au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention normal. Elle n’a pas notamment contesté de manière circonstanciée que, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, il n’est pas exclu que ces logiciels soient utilisés par le grand public pour l’auto-édition.

44 En tout état de cause, comme cela est indiqué au point 27 ci-dessus, la chambre de recours a conclu, au point 64 de la décision attaquée, à un risque de confusion même dans l’hypothèse où le public pertinent fait preuve d’un niveau d’attention plus élevé.

45 Partant, la deuxième branche doit être rejetée comme étant non fondée et, en tout état de cause, inopérante.

Sur la première branche, relative à la comparaison des produits et des services

46 Selon une jurisprudence constante, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].

47 En l’espèce, la requérante ne conteste pas la conclusion de la chambre de recours, selon laquelle il existe une identité entre l’« enseignement », d’une part, et les « cours d’enseignement à distance », d’autre part, tous deux relevant de la classe 41.

48 En revanche, par la première branche du moyen unique, la requérante fait valoir que la chambre de recours a commis une erreur de droit en concluant, au point 57 de la décision attaquée, que le « logiciel » relevant de la classe 9 et visé par la marque demandée était similaire à un faible degré à la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » relevant de la classe 41 et visée par la marque antérieure.

49 D’emblée, il convient de rappeler que l’argumentation de la requérante dans le cadre de la première branche repose, en substance, sur la prémisse, déjà écartée aux points 28 à 32 ci-dessus, selon laquelle l’appréciation de la chambre de recours et les conclusions qui en découlent étaient fondées sur une comparaison entre un type spécifique de logiciel, à savoir le logiciel de publication assistée par ordinateur, d’une part, et le service en cause, d’autre part.

50 Cela étant précisé, la requérante fait valoir, en premier lieu, que l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le produit et le service précités pouvaient avoir la même destination et pouvaient coïncider au niveau de leurs utilisateurs finaux est erronée.

51 Premièrement, en ce qui concerne la destination du produit et du service en cause, à l’instar de l’EUIPO, il convient de relever que les logiciels d’édition, y compris les logiciels de publication assistée par ordinateur, ne sont pas seulement utilisés pour la conception d’affiches et pour la mise en page, comme l’a soutenu la requérante, mais englobent, plus généralement, des logiciels destinés à la conception et à la mise à disposition de contenu sous forme électronique. Ainsi, la destination du « logiciel » et celle de la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » coïncident partiellement.

52 En outre, contrairement à ce qu’avance la requérante, l’importance d’une telle coïncidence dans la destination du produit et du service en cause n’est pas limitée. En effet, le Tribunal a déjà eu l’occasion de noter qu’un logiciel est composé de programmes qui commandent le fonctionnement d’une machine, en particulier d’ordinateurs, et qui lui permettent d’exécuter une suite voulue d’opérations, de sorte qu’un programme s’appréhende par rapport aux opérations qu’il effectue et donc par rapport à sa fonction. Il en résulte que le consommateur sera principalement guidé par la fonction spécifique de ce produit plutôt que par sa nature. Ainsi, pour apprécier utilement le degré de similitude entre le « logiciel » et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial », le critère de la fonction, et donc de la destination, revêt, parmi les facteurs pertinents à prendre en compte, une importance primordiale [voir ordonnance du 4 novembre 2024, Finastra International/EUIPO – Fenestrae (FINASTRA), T‑346/23, non publiée, points 32 et 33 et jurisprudence citée].

53 Deuxièmement, en ce qui concerne la comparaison des publics pertinents en cause, la requérante avance que les publics visés par le produit et le service en cause sont différents, dans la mesure où un logiciel de publication assistée par ordinateur serait généralement destiné au secteur de la publication professionnelle en ligne, qui fournit un service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial ». Ainsi, ce logiciel serait, au mieux, indirectement lié à un tel service. En effet, il serait probable que le fournisseur de ce service utilise lui-même le logiciel en question. Le service en cause, quant à lui, s’adresserait aux utilisateurs finaux lisant ces publications ou aux entreprises cherchant à améliorer leur visibilité en ligne.

54 À cet égard, ainsi qu’il a été considéré au point 43 ci-dessus, la requérante n’a soumis aucun élément concret visant à contester la conclusion de la chambre de recours selon laquelle, en substance, la sous-catégorie des « logiciels d’édition » s’adresse également au grand public faisant preuve d’un niveau d’attention normal. Ainsi, il n’est pas exclu que le logiciel d’édition et le service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » puissent être destinés au grand public.

55 En deuxième lieu, la requérante fait valoir que, bien qu’un logiciel soit nécessaire pour l’utilisation du service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial », puisque ce dernier service est fourni sur un réseau informatique mondial et que les ordinateurs utilisent un logiciel, leur nature complémentaire n’est pas déterminante pour conclure à leur similitude.

56 Selon la jurisprudence, s’agissant de la complémentarité des produits et des services, qui est un critère susceptible de fonder, à lui seul, l’existence d’une similitude entre eux, il convient de rappeler que les produits ou les services complémentaires sont ceux entre lesquels existe un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits ou de la fourniture de ces services incombe à la même entreprise. Ainsi, aux fins de l’appréciation du caractère complémentaire de produits et de services, il convient, en fin de compte, de prendre en considération la perception par ledit public de l’importance pour l’usage d’un produit ou d’un service d’un autre produit ou service [voir arrêt du 12 février 2025, Alberts/EUIPO – Techtex (Boîtes en carton [emballages]), T‑245/24, non publié, EU:T:2025:145, point 56 et jurisprudence citée].

57 Or, il convient de souligner que, dans la société très technologique d’aujourd’hui, presque aucun équipement ou matériel électronique ou numérique ne fonctionne sans le recours à des ordinateurs, sous une forme ou une autre, de sorte qu’il existe une multitude de logiciels ou de programmes aux fonctions radicalement variées. Admettre une similitude dans tous les cas où les produits et les services sont fournis également par voie électronique, et où la marque verbale antérieure couvre des programmes ou des logiciels informatiques, reviendrait assurément à outrepasser l’objet de la protection accordée par le législateur de l’Union au titulaire d’une marque. Une telle position conduirait à une situation dans laquelle l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne désignant des logiciels ou des programmes serait pratiquement susceptible d’exclure l’enregistrement ultérieur de tout autre droit désignant les produits et les services fournis par voie électronique [voir arrêt du 30 juin 2021, Zoom/EUIPO – Facetec (ZOOM), T‑204/20, non publié, EU:T:2021:391, point 52 et jurisprudence citée].

58 Ainsi, il est vrai que, à la lumière de cette jurisprudence, la simple constatation de complémentarité entre d’une part, le « logiciel » et, d’autre part, les services fournis par voie électronique qui ont recours aux logiciels, tels que le service en cause, n’est pas suffisante pour conclure à leur similitude.

59 Cependant, en l’espèce, il convient, de relever que la chambre de recours n’a pas fondé sa conclusion relative à la similitude entre le « logiciel » et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » sur une simple référence à la complémentarité entre des logiciels et tout type de processus ou de service électronique ou numérique exploitant ces logiciels, mais a également tenu compte d’autres facteurs pertinents, notamment du fait que le logiciel et le service en cause pouvaient essentiellement répondre aux mêmes besoins et, par conséquent, avaient la même destination, un facteur revêtant une importance primordiale dans le cas d’espèce (voir point 52 ci-dessus), et pouvaient coïncider par leurs utilisateurs finaux et leur origine.

60 En troisième lieu, la requérante soutient que l’origine et les canaux de distribution du « logiciel » et de la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » sont différents.

61 Premièrement, la requérante fait valoir qu’il est peu probable que les consommateurs puissent penser que le « logiciel » et la « mise à disposition des publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » ont la même origine, car ceux-ci sont généralement fournis par différentes entreprises spécialisées. En particulier, elle affirme que les publications électroniques sont généralement proposées par des entreprises qui créent du contenu, comme les maisons d’édition en ligne, celles-ci n’intervenant normalement pas dans le développement de logiciels hautement spécialisés, tels que les logiciels de publication assistée par ordinateur.

62 Or, la requérante n’a soumis au Tribunal aucun élément concret visant à étayer une telle affirmation. Dans ces conditions, il convient de rejeter son argument.

63 Par ailleurs, à l’appui de son argumentation concernant l’origine du produit et du service en cause, la requérante invoque deux décisions des chambres de recours de l’EUIPO.

64 À cet égard, il doit être rappelé que les décisions que les chambres de recours de l’EUIPO sont amenées à prendre, en vertu du règlement 2017/1001, concernant l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne, relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, comme le fait valoir à juste titre l’EUIPO, la légalité desdites décisions doit être appréciée uniquement sur le fondement de ce règlement, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur celui d’une pratique décisionnelle antérieure à celles-ci (voir, en ce sens, arrêt du 26 avril 2007, Alcon/OHMI, C‑412/05 P, EU:C:2007:252, point 65).

65 Certes, la Cour a jugé que, eu égard aux principes d’égalité de traitement et de bonne administration, l’EUIPO devait, dans le cadre de l’instruction d’une demande d’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, prendre en considération les décisions déjà prises sur des demandes similaires et s’interroger avec une attention particulière sur la question de savoir s’il y avait lieu ou non de décider dans le même sens. Toutefois, elle a ajouté que les principes d’égalité de traitement et de bonne administration devaient se concilier avec le respect de la légalité. Au demeurant, pour des raisons de sécurité juridique et, précisément, de bonne administration, l’examen de toute demande d’enregistrement doit être strict et complet afin d’éviter que des marques ne soient enregistrées de manière indue. Cet examen doit avoir lieu dans chaque cas concret. En effet, l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne dépend de critères spécifiques, applicables dans le cadre des circonstances factuelles du cas d’espèce, destinés à vérifier si le signe en cause ne relève pas d’un motif de refus (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, points 74, 75 et 77).

66 En l’espèce, il convient de relever que les décisions invoquées par la requérante, d’une part, ne contredisent pas l’appréciation de la chambre de recours dans la décision attaquée et, d’autre part, concernaient des produits et des services différents. En effet, s’agissant de la décision de la quatrième chambre de recours du 23 juillet 2014 (affaire R 818/2013‑4), la chambre de recours a considéré dans cette décision que les produits et les services couverts par ladite décision avaient une destination différente et un public visé différent, ce qui ne relève pas du cas d’espèce. Ensuite, la décision de la deuxième chambre de recours du 4 septembre 2018 (affaire R 190/2018‑2), ne contredit pas la décision attaquée dans la mesure où toutes deux concluent à un faible degré de similitude entre les logiciels et les services de publications électroniques.

67 Deuxièmement, en ce qui concerne les canaux de distribution, il suffit de relever que, contrairement à ce qu’avance la requérante, la chambre de recours n’a pas accordé une importance déterminante à son appréciation selon laquelle le « logiciel » et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » pouvaient coïncider au niveau de leurs canaux de distribution. Ainsi, l’argument de la requérante selon lequel les canaux de distribution du produit et du service en cause sont différents ne saurait remettre en cause la conclusion d’un faible degré de similitude entre lesdits produits et le service en cause, étant donné qu’une coïncidence, notamment dans la destination, les utilisateurs finaux et l’origine de ces derniers, a déjà été établie.

68 En quatrième lieu, la requérante avance que, en principe, les produits et les services se distinguent par leur nature, sachant que ces premiers sont tangibles tandis que ces derniers sont intangibles et visent différents besoins des consommateurs, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence, et notamment du point 39 de l’arrêt du 15 février 2017, Morgese e.a./EUIPO – All Star (2 STAR) (T‑568/15, non publié, EU:T:2017:78). En l’espèce, la vente du produit « logiciel » nécessiterait un transfert de propriété et pourrait généralement être effectuée par téléchargement, tandis que le service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » impliquerait la fourniture d’activités intangibles et ne pourrait être téléchargé.

69 À cet égard, il est vrai que le fait que des produits peuvent être téléchargés tandis que des services sont non téléchargeables pourrait indiquer que ces services et ces produits ont, dans cette mesure, une nature différente.

70 Toutefois, il convient de rappeler que, comme l’a considéré à juste titre la chambre de recours, le logiciel et le service en cause peuvent essentiellement répondre aux mêmes besoins et, par conséquent, ont la même destination, un tel facteur revêtant une importance primordiale dans le cas d’espèce, et peuvent coïncider par leurs utilisateurs finaux et leur origine (voir points 52 et 59 ci-dessus). Dans ces conditions, la seule nature différente des produits et du service en cause ne suffit pas pour exclure d’emblée une similitude entre ces produits et services [voir arrêt du 20 octobre 2021, Intis/EUIPO – Televes (TELEVEND), T‑112/20, non publié, EU:T:2021:710, point 45 et jurisprudence citée ; voir également, par analogie, arrêt du 15 février 2017, 2 STAR, T‑568/15, non publié, EU:T:2017:78, points 36 à 39 et jurisprudence citée].

71 En cinquième lieu, la requérante fait valoir qu’il n’existe aucune concurrence entre le produit et le service en cause, dans la mesure où un logiciel ne peut pas être remplacé par des publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial et inversement, notamment, car ces dernières ne peuvent pas être téléchargées pour faire fonctionner des ordinateurs et exécuter des commandes spécifiques. Selon elle, le public pertinent auquel s’adresse le « logiciel de publication assistée par ordinateur » l’utiliserait également dans le but de créer lui-même des publications spécifiques, tandis que le public pertinent auquel s’adresse la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables sur un réseau informatique mondial » n’utiliserait pas ce service pour créer lui‑même de telles publications.

72 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, afin de pouvoir considérer ces produits comme étant concurrents, il faut qu’ils revêtent un rapport de substituabilité entre eux [voir arrêt du 4 février 2013, Hartmann/OHMI – Protecsom (DIGNITUDE), T‑504/11, non publié, EU:T:2013:57, point 42 et jurisprudence citée].

73 Or, en l’espèce, la requérante n’a soumis aucun élément concret permettant d’exclure qu’un tel rapport de substituabilité puisse exister, dans la mesure où, ainsi qu’il est, en substance, considéré au point 43 ci-dessus et au point 56 de la décision attaquée, les mêmes clients peuvent soit acheter un « logiciel d’édition » pour l’auto-édition soit avoir recours au service en cause pour répondre essentiellement aux mêmes besoins.

74 En dernier lieu, la requérante soulève plusieurs exemples ressortant de l’outil Similarity de l’EUIPO pour souligner que, selon ce dernier, le logiciel serait différent des dessins animés, des services financiers et des publications imprimées. Par analogie, le motif selon lequel le logiciel pourrait, entre autres, être spécifiquement destiné à fournir ou à générer des publications électroniques et aurait donc la même destination et s’adresserait au même public ne suffirait pas à établir une similitude, même de faible degré.

75 Tout d’abord, le Tribunal n’est pas lié par les exemples ressortant de cet outil dans la mesure où, ainsi que le relève l’EUIPO, il ne sert qu’à aider et à soutenir les examinateurs et les utilisateurs de l’EUIPO dans l’appréciation de la similitude des produits et des services.

76 En outre, il est vrai que la simple constatation qu’un type spécifique de logiciel pourrait être utilisé pour effectuer un service n’est pas suffisante pour établir une similitude. Or, en l’espèce, ainsi qu’il est relevé au point 59 ci-dessus, l’analyse de la chambre de recours ne se limite pas à la simple relation de complémentarité entre un logiciel et un service utilisant un type de logiciel, mais se réfère à d’autres éléments de similitude, notamment en ce qui concerne la destination, les utilisateurs finaux et l’origine du produit et du service en cause.

77 Ainsi, la pertinence des exemples cités par la requérante ressortant de l’outil Similarity de l’EUIPO doit être écartée.

78 Au vu de tout ce qui précède, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu, au point 57 de la décision attaquée, que le « logiciel » relevant de la classe 9 et visé par la marque demandée était similaire à un faible degré au service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » relevant de la classe 41 et visé par la marque antérieure.

79 Partant, la première branche du moyen unique doit être rejetée.

Sur la troisième branche, relative à la comparaison des signes

80 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

81 L’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 41 et jurisprudence citée). Ce n’est que si tous les autres composants de la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant (arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 42). Tel pourrait notamment être le cas lorsque ce composant est susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque sont négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci (arrêt du 20 septembre 2007, Nestlé/OHMI, C‑193/06 P, non publié, EU:C:2007:539, point 43).

82 Le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque demandée et à une marque antérieure est un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes. Or, les éléments descriptifs, non distinctifs ou faiblement distinctifs, d’une marque complexe ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important, qui ont également une faculté plus grande à dominer l’impression d’ensemble produite par cette marque. En effet, le caractère faiblement distinctif tout comme le caractère descriptif d’un élément commun à deux signes diminue considérablement le poids relatif d’un tel élément dans la comparaison desdits signes, y compris sur les plans visuel et phonétique, même si sa présence doit être prise en compte [voir arrêt du 7 mai 2025, Carl Freudenberg/EUIPO – Cadeinor ‑ Mobiliário de escritório integrado (SOUNDLESS), T‑398/24, non publié, EU:T:2025:443, point 34 et jurisprudence citée].

Sur les éléments distinctifs et dominants des marques en conflit

83 S’agissant des éléments verbaux des marques en conflit, la chambre de recours a considéré que le seul élément distinctif des marques en conflit, qu’il soit compris en tant que tel ou non, était l’élément « phi » commun aux signes. Selon elle, le consommateur irlandais pertinent serait susceptible de décomposer le terme « phiacademy » de la marque antérieure en « phi » et « academy ». Ainsi, la chambre de recours a estimé que l’élément « phi » commun aux marques en conflit et positionné au début de ces dernières serait perçu par une partie du public pertinent comme la lettre de l’alphabet grec « φ », ne comportant aucune allusion aux produits ou aux services concernés, ni à leurs caractéristiques, et était, de ce fait, distinctif. Dans le cas où cet élément était perçu comme dépourvu de signification, son caractère distinctif serait normal. Quant aux éléments « academy » et « group », la chambre de recours a estimé que ces derniers devaient être considérés comme dépourvus de caractère distinctif dans la mesure où ils décrivaient simplement que les produits et les services concernés étaient offerts par un groupe de sociétés ou dans une académie.

84 S’agissant des éléments figuratifs des marques en conflit, la chambre de recours a considéré qu’ils n’étaient pas négligeables au regard de leurs tailles et de leurs positions dans chacune des marques en conflit, qu’ils occupaient même une position ostensible dans les deux marques et qu’ils avaient pour finalité et pour résultat d’accroître l’importance des éléments verbaux de ces dernières. Selon elle, dans la marque demandée, l’élément figuratif initial avait un caractère essentiellement décoratif, tout en étant visuellement accrocheur en raison de sa taille supérieure à celle des éléments verbaux de cette dernière. Enfin, elle a considéré que, dans l’hypothèse peu probable selon laquelle l’élément figuratif de la marque antérieure serait perçu comme une représentation de deux crayons, cet élément serait, tout au plus, faiblement distinctif, étant donné qu’il était lié sur le plan conceptuel au terme « academy », ce dernier étant dépourvu de caractère distinctif par rapport aux services en cause. En outre, la marque antérieure ne contenait aucun élément susceptible d’être considéré comme dominant, en ce sens que tous les autres éléments du signe verbal unique étaient négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celui-ci.

85 La requérante fait valoir, en premier lieu, que la décision attaquée est contraire à la jurisprudence de la Cour, notamment celle ressortant de l’arrêt du 4 mars 2020, EUIPO/Equivalenza Manufactory (C‑328/18 P, EU:C:2020:156), dans la mesure où la chambre de recours a apprécié la similitude des signes en tenant compte, à tort, des produits et des services visés par les marques en conflit, alors qu’elle devait fonder son examen uniquement sur les qualités intrinsèques desdites marques. La prise en compte de telles considérations au stade de la comparaison des signes aurait conduit la chambre de recours à tirer une conclusion erronée quant à la similitude alléguée des signes sur les plans visuel, phonétique et conceptuel. Ainsi, pour ce qui concerne les éléments verbaux des marques en conflit, la chambre de recours n’aurait pas accordé assez d’importance aux termes « group » et « academy » ni à l’élément figuratif de la marque antérieure, dans la mesure où elle les a considérés comme descriptifs à l’égard des produits et des services visés par les marques en conflit. En revanche, la chambre de recours aurait accordé trop d’importance à l’élément « phi », en le désignant comme l’élément distinctif commun auxdites marques. Enfin, la requérante soutient que la décision attaquée est également contraire à l’arrêt du 11 juin 2020, China Construction Bank/EUIPO (C‑115/19 P, EU:C:2020:469), dans lequel la Cour a précisé que les considérations relatives au caractère distinctif des composants d’une marque ne sont pertinentes que dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion.

86 À cet égard, tout d’abord, il convient de considérer que l’argumentation de la requérante ressort d’une lecture erronée de l’arrêt du 4 mars 2020, EUIPO/Equivalenza Manufactory (C‑328/18 P, EU:C:2020:156), et notamment des points 68 à 73 auxquels la requérante fait référence. Certes, au point 70 dudit arrêt, la Cour a précisé que, si les conditions de commercialisation constituent un facteur pertinent dans l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque communautaire (JO 2009, L 78, p. 1), leur prise en compte relève de l’étape de l’appréciation globale du risque de confusion et non de celle de l’appréciation de la similitude des signes en conflit.

87 En revanche, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne saurait être déduit de l’arrêt du 4 mars 2020, EUIPO/Equivalenza Manufactory (C‑328/18 P, EU:C:2020:156), que la chambre de recours, à l’étape de l’appréciation de la similitude des signes en conflit, doit faire abstraction des produits et des services en cause. En effet, comme le fait valoir l’EUIPO, pour déterminer le caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’apprécier l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 23 juillet 2025, Impossible Foods/EUIPO – Impossible Foods (IMPOSSIBLE BAKERS), T‑67/24, non publié, EU:T:2025:755, point 33 et jurisprudence citée].

88 Par ailleurs, la requérante ne saurait soutenir que la décision attaquée est contraire au point 58 de l’arrêt du 11 juin 2020, China Construction Bank/EUIPO (C‑115/19 P, EU:C:2020:469). En effet, il ressort dudit point que le caractère distinctif élevé de la marque antérieure en raison de sa renommée n’implique pas une comparaison entre plusieurs signes, mais ne concerne qu’un seul signe, à savoir celui que l’opposant a fait enregistrer en tant que marque. Ainsi, la jurisprudence citée par la requérante concerne le caractère distinctif de la marque antérieure prise dans son ensemble – qui n’est pas en cause dans la présente affaire – et ne porte pas sur le caractère distinctif des composants des signes en conflit (voir, en ce sens, arrêt du 11 juin 2020, China Construction Bank/EUIPO, C‑115/19 P, EU:C:2020:469, points 58 et 61).

89 En deuxième lieu, en ce qui concerne l’argument de la requérante selon lequel la division d’opposition de l’EUIPO aurait, dans deux décisions antérieures, conclu au caractère distinctif de l’élément verbal « academy », il suffit de rappeler la jurisprudence citée au point 64 ci‑dessus, selon laquelle la légalité desdites décisions doit être appréciée uniquement sur le fondement du règlement 2017/1001, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur celui d’une pratique décisionnelle antérieure à celles-ci. Par ailleurs, il y a lieu d’observer que les chambres de recours ne sauraient être liées par les décisions d’instances inférieures de l’EUIPO [arrêts du 22 mai 2014, NIIT Insurance Technologies/OHMI (EXACT), T‑228/13, non publié, EU:T:2014:272, point 48, et du 13 décembre 2016, Apax Partners/EUIPO – Apax Partners Midmarket (APAX), T‑58/16, non publié, EU:T:2016:724, point 38].

90 En tout état de cause, même à supposer que la division d’opposition dans les deux affaires ait conclu au caractère distinctif de l’élément verbal « academy », il n’en reste pas moins que cette appréciation a été faite par rapport à des produits et des services différents de ceux du cas d’espèce.

91 Par ailleurs, s’agissant du terme « academy », il convient de relever que le Tribunal a déjà jugé que le terme « school » peut être considéré comme descriptif pour les services d’enseignement dans la mesure où il indiquera au public pertinent que lesdits services sont fournis par une institution anglophone [arrêt du 21 juin 2023, International British Education XXI/EUIPO – Saint George’s School (IBE ST. GEORGE’S), T‑438/22, non publié, EU:T:2023:349, point 47] et que le terme « university » peut être considéré comme descriptif pour les services éducatifs dans la mesure où il a été associé à une institution proposant de tels services [arrêt du 28 mars 2017, Regent University/EUIPO – Regent’s College (REGENT UNIVERSITY), T‑538/15, non publié, EU:T:2017:226, point 55]. Or, ces considérations sont transposables, par analogie, au terme « academy » désignant le service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial », dès lors qu’un tel service inclut également la mise à disposition de publications électroniques académiques.

92 S’agissant, en outre, du terme « group », le Tribunal a déjà considéré que le terme « group » jouissait d’un caractère distinctif intrinsèquement faible dans la mesure où ce terme faisait généralement référence à un conglomérat d’entreprises et était ainsi normalement perçu comme un complément descriptif [voir arrêt du 7 juin 2023, Sanity Group/EUIPO – AC Marca Brands (Sanity Group), T‑541/22, non publié, EU:T:2023:310, point 37 et jurisprudence citée].

93 Il s’ensuit qu’il ne saurait être reproché à la chambre de recours d’avoir considéré que les éléments « academy » et « group » étaient dépourvus de caractère distinctif, dans la mesure où ceux-ci se bornent à décrire que les produits et les services concernés étaient offerts par un groupe de sociétés ou dans une académie.

94 En troisième lieu, en ce qui concerne les éléments figuratifs des marques en conflit, la requérante considère que la décision attaquée est contradictoire, dans la mesure où la chambre de recours aurait conclu au caractère distinctif des éléments verbaux « phi » comme étant les seuls éléments distinctifs des marques en conflit, alors qu’elle aurait également considéré que les éléments figuratifs desdites marques n’étaient pas négligeables, et en particulier, pour ce qui concerne la marque demandée, que l’élément figuratif était l’élément dominant. De plus, la requérante se rallie à cette dernière conclusion de la chambre de recours, considérant que l’élément figuratif de la marque demandée, un élément fantaisiste et visuellement accrocheur, est l’élément dominant de cette dernière en raison de sa taille, plus grande que celle des éléments verbaux, et en raison de son positionnement au début de la marque. Il en va de même pour l’élément figuratif de la marque antérieure, lequel élément, en raison de sa taille et sa position centrale dans la marque, serait également dominant.

95 À cet égard, il convient de relever, ainsi que l’a observé la chambre de recours dans la décision attaquée, que, selon une jurisprudence constante, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers devraient, en principe, être considérés comme plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence aux produits en cause en citant le nom qu’en décrivant l’élément figuratif de la marque [arrêt du 14 juillet 2005, Wassen International/OHMI – Stroschein Gesundkost (SELENIUM‑ACE), T‑312/03, EU:T:2005:289, point 37].

96 Certes, il ne s’ensuit pas automatiquement que c’est l’élément verbal qui doit toujours être considéré comme dominant. En effet, dans le cas d’une marque complexe, l’élément figuratif peut, notamment en raison de sa forme, de sa taille, de sa couleur ou de sa position dans le signe, détenir une place équivalente à celle de l’élément verbal [voir, en ce sens, arrêt du 23 novembre 2010, Codorniu Napa/OHMI – Bodegas Ontañon (ARTESA NAPA VALLEY), T‑35/08, EU:T:2010:476, points 37 et 39 et jurisprudence citée].

97 Or, en l’espèce, la requérante n’avance pas d’argumentation permettant de remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle, bien que les éléments figuratifs ne soient pas négligeables au regard de leur taille et de leur position et qu’ils occupent une position ostensible dans les deux marques, ils avaient pour finalité et pour résultat d’accroître l’importance des éléments verbaux. Elle ne remet pas non plus en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle, dans l’hypothèse avancée par la requérante où l’élément figuratif de la marque antérieure serait perçu comme une représentation de deux crayons, cet élément serait, tout au plus, faiblement distinctif, étant donné qu’il était lié, sur le plan conceptuel, au terme « academy », de sorte que cet élément était dépourvu de caractère distinctif par rapport aux services concernés.

98 En outre, contrairement à ce que fait valoir la requérante, l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle les éléments verbaux « phi » étaient les seuls éléments distinctifs des marques en conflit n’est pas entachée d’une contradiction, dans la mesure où la chambre de recours n’a pas constaté que les éléments figuratifs desdites marques disposaient d’un caractère distinctif.

99 Partant, il y a lieu de considérer que la requérante ne parvient pas à établir que la chambre de recours a commis une erreur dans l’appréciation des éléments distinctifs et dominants des signes en conflit.

Sur la comparaison visuelle

100 La chambre de recours a estimé que les marques en conflit présentaient un degré moyen de similitude visuelle compte tenu, en particulier, de la coïncidence des parties initiales distinctives des éléments verbaux des marques.

101 La requérante conteste cette appréciation et considère que les marques en conflit sont visuellement différentes ou, tout au plus, similaires à un faible degré. Elle fait valoir que les marques diffèrent par leurs éléments figuratifs, qui occuperaient une position dominante dans chacune des marques et seraient distinctifs. L’élément figuratif de la marque demandée se trouverait au début de cette dernière, tandis que celui de la marque antérieure se trouverait dans sa partie supérieure, occupant une position centrale. Dans la mesure où le public pertinent prêterait plus d’attention au début ou à la partie supérieure d’un signe et que le consommateur irlandais aurait tendance à lire de haut en bas et de gauche à droite, les éléments figuratifs seraient clairement accrocheurs sur le plan visuel des marques en conflit.

102 Pour ce qui concerne les éléments verbaux, la requérante souligne que, d’une part, les marques en conflit emploient des polices différentes, et, d’autre part, l’élément commun auxdites marques, « phi », occupe une position différente dans chacune d’elles. Ce dernier serait également relativement petit dans la marque antérieure par rapport à l’élément figuratif. En outre, elle avance que les marques diffèrent par leurs autres éléments verbaux, « group » pour la marque demandée et « academy » pour la marque antérieure, qui ne passeront pas inaperçus auprès du consommateur pertinent. Ceci serait particulièrement vrai pour l’élément verbal « academy » qui commencerait même avant le milieu du signe et qui serait substantiellement plus grand que l’élément verbal unique « phi » de la marque antérieure, de sorte que son impact visuel ne saurait être négligé. L’impact de l’élément verbal « group » ne pourrait pas non plus être négligé, en ce qu’il serait clairement séparé de l’élément verbal commun « phi » et occuperait donc une position manifestement visible et indépendante.

103 Tout d’abord, s’agissant de la référence faite par la requérante à la jurisprudence selon laquelle la partie initiale des marques est susceptible de retenir davantage l’attention du public pertinent, il convient de rappeler, d’emblée, que cette considération ne saurait valoir dans tous les cas et ne saurait, en tout état de cause, infirmer le principe, rappelé par la chambre de recours, et cité au point 81 ci-dessus, selon lequel l’examen de la similitude des marques doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par ces marques, dès lors que le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à l’examen de ses différents détails.

104 Ensuite, en l’espèce, il convient de rappeler, d’une part, que les marques en conflit coïncident dans l’élément verbal distinctif « phi », qui apparaît au début des éléments verbaux « phi group » et « phiacademy », les autres éléments verbaux, à savoir « group » et « academy », apparaissant à la fin et étant dépourvus de caractère distinctif, ainsi qu’il a déjà été relevé au point 83 ci-dessus. D’autre part, ainsi que l’a considéré la chambre de recours, l’élément verbal « phi » commun était le seul élément distinctif des marques en conflit.

105 Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que les arguments de la requérante, notamment ceux concernant la police, la taille et la position différente des éléments constituant les marques en conflit, sont, en l’espèce, d’une importance secondaire par rapport à l’impression visuelle d’ensemble produite par ces marques, dans la mesure où celles‑ci coïncident par leurs éléments distinctifs « phi ».

106 Partant, il convient de conclure que l’argumentation de la requérante ne saurait infirmer la conclusion de la chambre de recours selon laquelle les marques en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur le plan visuel.

Sur la comparaison phonétique

107 La chambre de recours a conclu à un degré élevé de similitude phonétique entre les marques en conflit dans la mesure où celles-ci coïncident par la prononciation des éléments distinctifs « phi », alors qu’elles diffèrent par leurs termes supplémentaires respectifs, « academy » et « group », bien que ces termes soient tous deux dépourvus de caractère distinctif.

108 La requérante conteste cette conclusion. Elle fait valoir qu’en raison de l’impact limité de l’élément verbal commun « phi », qui sera prononcé comme « fi » de manière plus courte que les autres éléments verbaux, et de la prononciation très différente des autres éléments verbaux des marques en conflit, ainsi que de leurs qualités intrinsèques, le public pertinent percevra les marques en cause comme étant phonétiquement similaires à un faible degré.

109 À cet égard, ainsi que l’a indiqué la chambre de recours, les différences phonétiques concernaient les éléments descriptifs des marques en conflit, à savoir les éléments verbaux « group » et « academy », tandis que l’élément commun « phi » revêt un caractère distinctif. Dès lors, conformément à la jurisprudence citée au point 82 ci-dessus, il convient d’accorder un poids moindre aux éléments verbaux « group » et « academy » dans l’analyse de la similitude entre les signes.

110 Ainsi, si la requérante a raison de constater que la marque demandée sera prononcée en deux syllabes, tandis que la marque antérieure sera prononcée en cinq syllabes, il convient de relever que la différence dans la structure syllabique des signes en conflit n’a pas une incidence telle qu’elle permettrait d’écarter la forte similitude phonétique présentée par les marques en conflit, celle-ci devant être appréciée sur le fondement de l’impression d’ensemble produite par leur prononciation complète [voir, en ce sens, arrêt du 17 mars 2004, El Corte Inglés/OHMI – González Cabello et Iberia Líneas Aéreas de España (MUNDICOR), T‑183/02 et T‑184/02, EU:T:2004:79, point 85].

111 Partant, il convient de considérer que l’argumentation de la requérante ne saurait infirmer la conclusion de la chambre de recours selon laquelle les marques en conflit présentaient un degré élevé de similitude sur le plan phonétique.

Sur la comparaison conceptuelle

112 La chambre de recours a conclu à une similitude conceptuelle élevée dans le cas où l’élément initial verbal « phi » commun aux marques en conflit devait être perçu par le public pertinent comme représentant la lettre grecque de ce même terme, les termes « academy » et « group » étant dépourvus de caractère distinctif. Dans le cas contraire où l’élément « phi » ne serait pas reconnu dans ce sens, et étant donné que les différences entre les concepts nés respectivement des termes « academy » et « group » ne revêtaient qu’une importance secondaire, voire aucune importance, compte tenu de leur absence de caractère distinctif dans chacune des marques en conflit, la chambre de recours a considéré que celles-ci n’étaient pas similaires sur le plan conceptuel.

113 La requérante ne conteste pas qu’une partie du public pertinent irlandais percevra l’élément verbal initial « phi » commun aux marques en conflit comme représentant la lettre grecque de ce même terme.

114 En revanche, la requérante conteste la conclusion de la chambre de recours en faisant valoir que les marques en conflit sont conceptuellement différentes.

115 En premier lieu, se référant à une décision de la grande chambre de recours du 26 mars 2021 (affaire R 0551/208‑G), la requérante fait valoir que, dans la mesure où la lettre grecque « phi » ne véhicule aucun concept pertinent, allant au‑delà de la simple représentation d’une lettre, l’identité seule de celle-ci entre les marques en conflit ne suffit pas à établir une identité conceptuelle, voire une similitude.

116 Or, en l’espèce, il convient de constater que la chambre de recours a estimé qu’il existait un risque de confusion, au moins pour une partie du public pertinent, tant dans l’hypothèse d’une similitude conceptuelle élevée pour la partie du public pertinent percevant l’élément « phi » comme la lettre grecque, que dans l’hypothèse de l’absence d’une telle similitude pour la partie du public pertinent qui ne le percevra pas en tant que tel. Dès lors, à l’instar de l’EUIPO, cet argument est inopérant.

117 En deuxième lieu, s’il n’est pas exclu que l’élément figuratif de la marque antérieure soit perçu par une partie du public pertinent comme étant un outil pour modeler les sourcils, une telle signification étant, ainsi que le fait valoir la requérante, absente pour ce qui concerne la marque demandée, il n’en reste pas moins, à l’instar de l’EUIPO, qu’une partie non négligeable du public pertinent ne le percevra pas en tant que tel, dans la mesure où le lien entre l’élément figuratif et l’outil pour modeler les sourcils n’est pas évident. L’argument de la requérante est ainsi inopérant, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur la recevabilité de l’annexe A.16 à la requête.

118 En troisième lieu, selon la requérante, les éléments « group » et « academy » seront compris par le public pertinent comme ayant des significations différentes, désignant respectivement, le premier, un nombre de personnes ou de choses qui sont rassemblées ou considérées comme une unité et, le deuxième, une école qui enseigne une matière particulière ou forme des personnes à un emploi particulier, ou une organisation qui soutient l’art, la littérature ou la science, ce qui rendrait encore plus claire la divergence sur le plan conceptuel entre les marques en conflit.

119 À cet égard, s’il est vrai que les éléments verbaux « academy » et « group » ont des significations différentes, il convient de relever que, ainsi que l’a estimé la chambre de recours, ces termes revêtent une importance secondaire dans la comparaison conceptuelle, dans la mesure où ils sont considérés comme étant dépourvus de caractère distinctif, ainsi qu’il est relevé au point 83 ci-dessus.

120 Partant, il convient de rejeter l’argumentation de la requérante concernant la comparaison conceptuelle des signes en conflit.

Sur la quatrième branche, relative à l’appréciation globale du risque de confusion

121 Selon la jurisprudence, l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, VENADO avec cadre e.a., T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74).

122 Dans son appréciation globale du risque de confusion, la chambre de recours a rappelé que les produits et les services visés par les marques en conflit présentaient un faible degré de similitude pour ce qui concerne le « logiciel » visé par la marque demandée et la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » couverts par la marque antérieure, tandis qu’il existait une identité entre, d’une part, l’« enseignement » visé par la marque demandée et, d’autre part, les « cours d’enseignement à distance » couverts par la marque antérieure. Les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude sur le plan visuel, ainsi qu’une similitude élevée sur le plan phonétique et conceptuel, dans le cas où l’élément « phi » était compris comme une lettre de l’alphabet grecque. Dans le cas contraire, les signes en cause n’étaient pas similaires sur le plan conceptuel. Enfin, la chambre de recours a estimé que le caractère distinctif de la marque antérieure était normal, ce que la requérante ne conteste pas.

123 À la lumière de ces observations, et compte tenu de la notion de « souvenir imparfait » et de l’interdépendance des différents facteurs, la chambre de recours a conclu qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, à tout le moins pour une partie non négligeable du public pertinent irlandais, même à supposer que celui-ci fasse preuve d’un niveau d’attention plus élevé, dans la mesure où ce public croira que les produits et les services en cause proviennent de la même entreprise « PHI » ou, le cas échéant, d’entreprises économiquement liées.

124 Par le premier grief de la quatrième branche, la requérante avance que, dans son appréciation globale du risque de confusion, la chambre de recours aurait dû procéder à une appréciation séparée du caractère distinctif des éléments des marques en conflit, en relation avec les produits et les services en cause, appréciation qu’elle aurait effectuée à tort dans son examen de la similitude des signes. Selon la requérante, bien que le terme « academy » de la marque antérieure puisse être considéré comme éventuellement descriptif pour les « cours d’enseignement à distance » relevant de la classe 41 et visés par la marque antérieure, que la chambre de recours a jugés identiques à l’« enseignement » compris dans la classe 41 et visé par la marque demandée, ce terme n’est pas descriptif pour le service de « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » relevant de la classe 41 et visé par la marque antérieure, que la chambre de recours a jugé similaire à un faible degré au « logiciel » relevant de la classe 9 et visé par la marque demandée.

125 Par cette argumentation, la requérante conteste, en substance, l’appréciation par la chambre de recours du caractère descriptif de l’élément « academy » figurant dans la marque antérieure à l’égard de la « mise à disposition de publications électroniques, non téléchargeables, sur un réseau informatique mondial » relevant de la classe 41. Or, il convient de rejeter cette argumentation, pour les raisons exposées aux points 89 à 92 ci‑dessus.

126 Par son deuxième grief, la requérante avance, dans un premier temps, qu’il n’existe aucun risque de confusion en ce qui concerne le « logiciel » relevant de la classe 9 et les services visés par la marque antérieure, parce que ce produit diffère de tels services. Dans un second temps, elle fait valoir, à titre subsidiaire, que la chambre de recours a considéré à tort qu’il existait un risque de confusion entre les marques en conflit pour ce qui concerne le produit et le service visés par la marque demandée, à savoir le « logiciel » relevant de la classe 9 et l’« enseignement » relevant de la classe 41, faisant référence notamment aux différences sur le plan visuel et conceptuel, à la similitude faible sur le plan phonétique, au niveau d’attention élevé du public pertinent, au caractère distinctif normal de la marque antérieure et au fait que les éléments figuratifs dominants et distinctifs soient les éléments qui attireront en premier lieu l’attention du consommateur. L’absence d’un tel risque de confusion serait d’autant plus évidente pour le « logiciel » relevant de la classe 9 que ce produit n’est considéré comme similaire aux services visés par la marque antérieure qu’à un faible degré.

127 Ce grief doit être rejeté dans la mesure où il ne soulève pas d’erreur distincte, en tant que telle, relative à l’appréciation globale du risque de confusion et repose ainsi sur les arguments déjà écartés dans le cadre des autres branches. En effet, ainsi qu’il est considéré aux points 47 à 120 ci-dessus, la requérante n’est pas parvenue à remettre en cause les conclusions de la chambre de recours relatives à la similitude du produit et du service en cause et la comparaison entre les marques en conflit.

128 Partant, il convient de constater que c’est à juste titre que, au terme d’une appréciation globale, la chambre de recours a conclu à l’existence d’un risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

129 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, le moyen unique soulevé par la requérante ne pouvant être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours.

130 Ainsi, le premier chef de conclusions doit être écarté, de même que, par voie de conséquence, le deuxième chef de conclusions, sans qu’il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.

Sur les dépens

131 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

132 Une audience ayant eu lieu et la requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par l’EUIPO, conformément aux conclusions de ce dernier.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (huitième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) RGCC Holdings AG est condamnée aux dépens.

Petrlík

Kecsmár

Kingston

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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