| CELEX | 62024TJ0540 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 8 juillet 2026 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
8 juillet 2026 (*)
« Instrument d’aide à la préadhésion – Enquête de l’OLAF – Décision de la Commission portant sanction administrative – Exclusion des procédures de passation de marchés et d’octroi de subventions dans le cadre du règlement financier et du règlement financier applicable au 11e FED ou de la sélection pour la mise en œuvre des fonds régis par ces règlements – Inscription dans la base de données du système de détection rapide et d’exclusion – Faute professionnelle grave – Responsabilité non contractuelle »
Dans l’affaire T‑540/24,
RH, représentée par Me L. Levi, avocate,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par Mme A. Koričić et M. P. Rossi, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mme N. Półtorak, présidente, MM. G. Hesse (rapporteur) et I. Dimitrakopoulos, juges,
greffière : Mme A. Audras-Hidelot, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 22 janvier 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours, la requérante, RH, demande, d’une part, sur le fondement de l’article 263 TFUE, l’annulation de la décision de la Commission européenne du 6 août 2024 par laquelle celle-ci l’a exclue, pour une période de neuf mois, de la participation aux procédures de passation de marchés et d’octroi de subventions dans le cadre du budget général de l’Union européenne et du 11e Fonds européen de développement (FED) ainsi que de la participation aux procédures de fonds dans le cadre du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1, ci-après le « règlement financier »), et aux procédures d’octroi de fonds au titre du FED régi par le règlement (UE) 2018/1877 du Conseil, du 26 novembre 2018, portant règlement financier applicable au 11e FED, et abrogeant le règlement (UE) 2015/323 (JO 2018, L 307, p. 1), ou de la sélection pour la mise en œuvre des fonds régis par ces règlements (ci-après la « décision attaquée ») et, d’autre part, sur le fondement de l’article 268 TFUE, la réparation du préjudice qu’elle aurait subi de ce fait.
Antécédents du litige
2 Le 10 octobre 2017, dans le cadre du programme d’aide de préadhésion de la République de Moldavie à l’Union européenne, la délégation de l’Union européenne en Moldavie (ci-après le « pouvoir adjudicateur ») a publié un avis de marché dans le cadre de la procédure restreinte de marché « Rural Small and Medium Enterprises policy support window, Moldova » (EuropeAid/138868/DH/SER/MD) (ci-après la « procédure de marché »). Le principal bénéficiaire du projet d’assistance technique visé par ce marché était la Moldovan Organisation for the Small and Medium Entreprises (ci-après l’« ODIMM »). Parmi les bénéficiaires secondaires dudit projet figurait le ministère de l’Économie et des Infrastructures moldave (ci-après le « MEI »).
3 Le 2 mai 2018, le pouvoir adjudicateur a, dans le cadre de la procédure de passation du marché en cause, publié la liste des candidats présélectionnés, qui incluait le consortium représenté et dirigé par la requérante (ci-après le « consortium »). Le 25 mai 2018, ce dernier a soumis son offre.
4 Le 31 août 2018, l’OLAF a ouvert une enquête concernant la requérante sur la base de l’article 3 du règlement (UE, Euratom) no 883/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 11 septembre 2013, relatif aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et abrogeant le règlement (CE) no 1073/1999 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (Euratom) no 1074/1999 du Conseil (JO 2013, L 248, p. 1).
5 L’enquête de l’OLAF consistait à vérifier s’il existait un conflit d’intérêts ou une quelconque influence dans l’attribution du marché en cause au consortium. Pour ce faire, l’OLAF a notamment interrogé A (consultant rémunéré par la requérante) et B (secrétaire d’État du MEI).
6 Dans le cadre de son enquête, l’OLAF a établi que B était marié avec A et que leur relation avait débuté dans le courant de l’année 2016. Selon lui, B a travaillé en tant que cadre de l’ODIMM jusqu’au mois de septembre 2017 et a ensuite occupé, du mois d’octobre 2017 au mois de juillet 2019, le poste de secrétaire d’État au MEI. Il a constaté qu’un conflit d’intérêts non déclaré existait entre la requérante, par l’intermédiaire de A, et un des bénéficiaires du projet en cause, par l’intermédiaire de B.
7 Le 3 septembre 2018, le pouvoir adjudicateur a informé la requérante, par lettre portant la référence Ares(2018)4512258, qu’il avait décidé de rejeter l’offre du consortium en raison du non-respect de certaines dispositions du point 2.3.3.2 du guide pratique des procédures contractuelles applicables à l’action extérieure de l’Union européenne de 2016 (ci-après le « PRAG 2016 ») et du point 4.1 des instructions aux soumissionnaires.
8 Sur le fondement, notamment, du rapport de l’OLAF à l’issue de l’enquête en cause, l’instance du système de détection rapide et d’exclusion, visée à l’article 143 du règlement financier (ci-après l’« instance »), a été saisie d’une demande de recommandation au titre de l’article 143, paragraphe 6, de ce règlement.
9 Par lettre datée du 15 juin 2023 portant la référence Ares(2023)4147925, l’instance a notifié à la requérante les faits concernés, leur qualification juridique préliminaire et les sanctions administratives envisagées, et l’a invitée à présenter ses observations. Elle lui a indiqué qu’elle envisageait de proposer de lui infliger des sanctions administratives consistant, notamment, en l’exclusion de celle-ci de la participation aux procédures d’attribution de marchés publics et d’octroi de subventions dans le cadre du règlement financier. Une version expurgée du rapport de l’OLAF à l’issue de l’enquête en cause accompagnée de certaines annexes à celui-ci était jointe à cette lettre.
10 Le 10 janvier 2024, la requérante a formulé un certain nombre d’observations sur la lettre de l’instance du 15 juin 2023, faisant valoir notamment que la notion de « conflit d’intérêts » retenue dans cette lettre était erronée.
11 Le 28 mai 2024, l’instance a adressé, par lettre portant la référence Ares(2024)3822473, sa recommandation finale à la direction générale (DG) « Voisinage et négociations d’élargissement » de la Commission, confirmant la qualification juridique des faits en cause de « faute professionnelle grave » au sens de l’article 106, paragraphe 1, sous c), du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1), tel que modifié par le règlement (UE, Euratom) 2015/1929 du Parlement européen et du Conseil, du 28 octobre 2015 (JO 2015, L 286, p. 1) (ci-après l’« ancien règlement financier »). Elle a recommandé notamment d’exclure la requérante de la participation aux procédures d’attribution de marchés publics et d’octroi de subventions dans le cadre du règlement financier pour une durée de 18 mois.
12 Par la décision attaquée, la Commission a suivi la recommandation de l’instance tout en limitant la durée de l’exclusion en cause à neuf mois. Elle a considéré que la requérante était responsable d’une faute professionnelle grave car, lors de la soumission de l’offre du consortium, celle-ci n’avait pas respecté la clause éthique contenue au point 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires, omettant de déclarer que l’un de ses propres consultants en Moldavie était marié à la secrétaire d’État du MEI, qui était l’un des bénéficiaires du projet en cause. Ladite exclusion a pris effet à compter de la date de notification de cette décision, le 7 août 2024.
Faits postérieurs à la décision attaquée
13 Le 20 août 2024, la requérante a fourni à la DG « Voisinage et négociations d’élargissement » de la Commission une nouvelle série d’informations et de documents concernant les mesures correctrices adoptées avant la notification de la décision attaquée et a présenté de nouvelles mesures correctrices.
14 Le 21 octobre 2024, la Commission a notifié à la requérante sa décision par laquelle, à la suite de la recommandation de l’instance du 15 octobre 2024 portant la référence Ares(2024)7342539, elle a abrogé la décision attaquée (ci-après la « décision modificative »).
Conclusions des parties
15 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner la Commission à réparer les préjudices qu’elle a subis du fait de l’adoption de ladite décision ;
– condamner la Commission aux dépens.
16 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
Sur la recevabilité
17 Dans le mémoire en défense, la Commission estime que le recours doit être déclaré irrecevable en tout ou en partie. Elle soutient que, depuis la décision modificative, la requérante a perdu son intérêt à agir. Selon elle, la requérante n’a pas démontré que l’annulation de la décision attaquée procurerait à celle-ci un bénéfice étant donné que cette dernière décision a cessé de produire ses effets depuis le 22 octobre 2024. En outre, la requérante n’aurait pas adapté la requête sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure du Tribunal pour tenir compte de l’abrogation de pareille décision. Ainsi, elle n’aurait pas indiqué quelles parties de la requête pouvaient encore être pertinentes.
18 La requérante rétorque que le recours est recevable.
19 S’agissant de l’intérêt à agir d’une partie requérante, la Cour a reconnu que celui-ci ne disparaît pas nécessairement en raison du fait que l’acte attaqué par la partie requérante a cessé de produire des effets en cours d’instance. En effet, une partie requérante peut conserver un intérêt à obtenir une déclaration d’illégalité de cet acte pour la période au cours de laquelle il était applicable et a produit ses effets, une telle déclaration conservant à tout le moins un intérêt en tant que fondement d’un recours éventuel en responsabilité (voir arrêt du 12 décembre 2024, Nemea Bank/BCE e.a., C‑181/22 P, EU:C:2024:1020, point 41 et jurisprudence citée).
20 Selon le seul article de la décision modificative, la décision attaquée cesse de produire ses effets juridiques à partir de la notification de la décision modificative, le 21 octobre 2024, à savoir avec effet ex nunc. Partant, force est de constater que la décision attaquée a produit ses effets entre le 7 août et le 21 octobre 2024 inclus, avant d’être abrogée.
21 Ainsi, entre le 7 août et le 21 octobre 2024 inclus, la requérante a été empêchée notamment de participer à des procédures de passation de marchés. Partant, dans la mesure où elle estime que cette exclusion a abouti à une perte de chances de remporter des appels d’offres et où, par son deuxième chef de conclusions, elle demande la condamnation de la Commission à réparer les préjudices qu’elle a subis du fait de l’adoption de la décision attaquée, elle conserve un intérêt à obtenir une déclaration d’illégalité de ladite décision pour la période au cours de laquelle cette décision était applicable et a produit ses effets, en tant que fondement à sa demande en indemnité basée sur l’article 340 TFUE. Ainsi, l’intérêt à agir de la requérante n’a pas disparu, au sens de la jurisprudence citée au point 19 ci-dessus.
22 Les arguments avancés par la Commission ne sauraient mettre en doute cette conclusion. En effet, il ressort du libellé de l’article 86 du règlement de procédure que, pas plus que cette disposition n’oblige la partie requérante à adapter la requête après l’adoption d’une nouvelle décision qui remplace la décision attaquée, elle ne l’oblige pas à une telle adaptation lorsque cette dernière décision est uniquement abrogée. La Commission ne saurait donc valablement reprocher à la requérante de ne pas avoir procédé dans la présente affaire à une adaptation de la requête. En outre, la circonstance que la requérante a, elle-même, demandé le réexamen de la décision attaquée et n’a pas attendu le résultat de celui-ci avant de déposer la requête est sans incidence sur la recevabilité du recours. Cela n’empêche pas que la décision ait eu des effets juridiques pendant plus de deux mois, ce qui n’aurait pas changé si la requérante avait attendu cette décision modificative avant de déposer la requête.
23 Il s’ensuit que le recours est recevable.
Sur les conclusions en annulation
24 À l’appui de sa demande en annulation, la requérante soulève quatre moyens, tirés, le premier, en substance, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation des faits, le deuxième, d’une violation du devoir de diligence et du principe de bonne administration tel que consacré à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), le troisième, d’une violation de l’article 136, paragraphes 6 et 7, du règlement financier et, le quatrième, d’une violation du principe de proportionnalité.
Sur le premier moyen, tiré d’une erreur de droit relative à la qualification juridique de « faute professionnelle grave » et d’une erreur d’appréciation des faits ayant conduit à la conclusion de l’existence d’une faute professionnelle grave
25 La requérante fait valoir, en substance, que la Commission a commis une erreur de droit en n’effectuant pas une appréciation concrète et individualisée de son attitude avant de constater une « faute professionnelle grave » et une erreur d’appréciation en qualifiant son comportement de « faute professionnelle grave » et en l’excluant, notamment, de la participation aux procédures de passation de marchés et d’octroi de subventions financées par le budget général de l’Union et le FED.
26 La requérante soutient, en substance, que, en l’espèce, il n’y avait pas de « conflit d’intérêts » au sens du point 2.3.6 du PRAG 2016, car la personne potentiellement impliquée, à savoir B, ne se trouvait pas du côté du pouvoir adjudicateur. Selon elle, c’est donc à tort que la Commission lui a reproché de ne pas avoir révélé la relation conjugale entre A et B.
27 En outre, selon la requérante, une « relation équivalente à un conflit d’intérêts » au sens du point 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires n’existait pas davantage. La Commission se reposerait de façon erronée sur une présomption quasiment irréfutable tendant à dire que l’absence d’informations sur un mariage entraînerait nécessairement un avantage indu sur les concurrents. Ainsi, en ne tenant pas compte du contexte dans lequel l’appel d’offres a eu lieu, la Commission n’aurait pas respecté l’exigence jurisprudentielle d’appréciation concrète lui incombant.
28 La Commission conteste les arguments de la requérante.
29 Tout d’abord, s’agissant des règles applicables, il convient de noter que, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à tous les litiges pendants au moment où elles entrent en vigueur, à la différence des règles de fond qui sont habituellement interprétées comme ne visant pas, en principe, des situations acquises antérieurement à leur entrée en vigueur (voir arrêt du 14 février 2008, Varec, C‑450/06, EU:C:2008:91, point 27 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 27 juin 2017, NC/Commission, T‑151/16, EU:T:2017:437, points 35 et 36).
30 Il en résulte que, en l’espèce, les dispositions relatives à la procédure et aux formes prescrites en vigueur à la date de l’adoption de la décision attaquée, soit celles prévues par le règlement financier, en l’occurrence son article 136, sont applicables. En revanche, en vue de garantir le respect des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime, le droit matériel applicable demeure celui en vigueur au moment où les activités litigieuses ont eu lieu, à savoir les dispositions de l’ancien règlement financier.
31 Dans la décision attaquée, la Commission a considéré que les comportements retenus à l’encontre de la requérante avaient eu lieu entre le 26 octobre 2017, date à laquelle la requérante a confirmé son intention de soumettre une offre au nom et pour le compte du consortium, et le 25 mai 2018, date à laquelle la requérante a soumis cette offre.
32 Les règles de fond appliquées par la Commission dans la décision attaquée sont celles prévues à l’article 106 de l’ancien règlement financier, ainsi que l’a confirmé la requérante en réponse à une question du Tribunal lors de l’audience des plaidoiries. Il ressort de cette disposition que des sanctions administratives peuvent être infligées à un opérateur économique qui a commis une faute professionnelle grave.
33 Conformément à l’article 106, paragraphe 1, sous c), et paragraphe 2, de l’ancien règlement financier applicable en l’espèce :
« 1. Le pouvoir adjudicateur exclut un opérateur économique de la participation aux procédures de passation de marché régies par le présent règlement dans les cas suivants :
[...]
c) il a été établi par un jugement définitif ou une décision administrative définitive que l’opérateur économique a commis une faute professionnelle grave en ayant violé des dispositions législatives ou réglementaires applicables ou des normes de déontologie de la profession à laquelle il appartient, ou en ayant adopté une conduite fautive qui a une incidence sur sa crédibilité professionnelle, dès lors que cette conduite dénote une intention fautive ou une négligence grave [...]
[...]
2. En l’absence de jugement définitif ou, le cas échéant, de décision administrative définitive dans les cas visés au paragraphe 1, points c), d) et f), ou dans le cas visé au paragraphe 1, point e), le pouvoir adjudicateur exclut un opérateur économique sur la base d’une qualification juridique préliminaire de la conduite visée dans ces points, compte tenu des faits établis ou d’autres constatations figurant dans la recommandation émise par l’instance visée à l’article 108.
[...] »
34 Il ressort de la jurisprudence que les conditions qui doivent être réunies pour déterminer l’existence d’une faute professionnelle grave sont les suivantes. D’une part, l’opérateur économique concerné doit avoir eu un comportement fautif ayant une incidence sur sa crédibilité professionnelle. Par exemple, un manquement contractuel peut, en principe, être considéré comme tel. D’autre part, ce comportement doit dénoter une intention fautive ou une négligence grave. En outre, la constatation de l’existence d’une « faute grave » nécessite, en principe, que soit effectuée une appréciation concrète et individualisée de l’attitude de l’opérateur économique concerné (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 13 décembre 2012, Forposta et ABC Direct Contact, C‑465/11, EU:C:2012:801, points 27 à 31).
35 Il y a également lieu de rappeler que la Commission dispose d’une marge d’appréciation en ce qui concerne l’appréciation du manquement pouvant aboutir à une déclaration de faute professionnelle grave, aux fins de l’article 106, paragraphe 1, sous c), de l’ancien règlement financier. À cet égard, le contrôle du Tribunal doit se limiter à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation, de l’exactitude matérielle des faits ainsi que de l’absence d’erreur manifeste d’appréciation et de détournement de pouvoir (voir arrêt du 15 février 2023, RH/Commission, T‑175/21, non publié, EU:T:2023:77, point 30 et jurisprudence citée).
36 Au surplus, afin d’établir que, dans l’appréciation des faits, la Commission a commis une erreur à ce point manifeste qu’elle est de nature à justifier l’annulation de la décision attaquée, les éléments de preuve apportés par la partie requérante doivent être suffisants pour priver de plausibilité les appréciations retenues dans la décision en cause. En d’autres termes, le moyen tiré de l’erreur manifeste doit être rejeté si, en dépit des éléments avancés par la partie requérante, l’appréciation mise en cause peut être admise comme vraie ou valable (voir arrêt du 15 février 2023, RH/Commission, T‑175/21, non publié, EU:T:2023:77, point 31 et jurisprudence citée).
37 Ensuite, s’agissant spécifiquement de l’existence d’un conflit d’intérêts ou d’une relation équivalente, il découle de la jurisprudence que le pouvoir adjudicateur est tenu de veiller, à chaque phase d’une procédure d’appel d’offres, au respect du principe d’égalité de traitement et, par voie de conséquence, au respect de l’égalité des chances de tous les soumissionnaires. Ainsi, après la découverte d’un conflit d’intérêts ou d’une relation équivalente, il doit procéder à une appréciation concrète et objective de la situation du soumissionnaire, faisant abstraction des intentions de ce dernier, le risque devant être effectivement constaté et non simplement hypothétique (voir, en ce sens, arrêts du 17 mars 2005, AFCon Management Consultants e.a./Commission, T‑160/03, EU:T:2005:107, point 75 ; du 20 mars 2013, Nexans France/Entreprise commune Fusion for Energy, T‑415/10, EU:T:2013:141, points 114 à 116, et du 13 octobre 2015, Intrasoft International/Commission, T‑403/12, EU:T:2015:774, point 80).
38 Enfin, les preuves retenues par la Commission à l’encontre de la requérante, examinées à la lumière des éléments avancés par cette dernière, doivent être suffisamment spécifiques, convaincantes et concrètes afin d’établir de manière non équivoque et claire que la requérante a adopté un comportement fautif ayant une incidence sur sa crédibilité professionnelle qui dénote une intention fautive ou une négligence grave au sens de l’article 136, paragraphe 1, sous c), du règlement financier (voir, en ce sens, arrêt du 15 février 2023, RH/Commission, T‑175/21, non publié, EU:T:2023:77, point 62).
39 C’est à la lumière de ces considérations qu’il y a lieu d’examiner les arguments de la requérante.
– Sur la condition liée à un comportement ayant une incidence sur la crédibilité professionnelle
40 S’agissant de la première condition établie dans la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus, la Commission reproche à la requérante, aux considérants 57 à 74 de la décision attaquée, d’avoir eu un comportement ayant une incidence sur sa crédibilité professionnelle dans la mesure où celle-ci a violé le point 13, intitulé « Clauses éthiques/Pratiques de corruption », sous b), des instructions aux soumissionnaires, en ne déclarant pas la relation conjugale entre A et B et, ainsi, l’existence d’un conflit d’intérêts ou d’une relation équivalente. Elle souligne que, en raison de ce comportement, elle n’a pas pu examiner si cette situation était susceptible d’influer sur la procédure de passation du marché en cause.
41 En premier lieu, s’agissant de la définition des notions de « conflit d’intérêts » et de « relation équivalente », force est de relever, ainsi qu’il ressort des considérants 61 à 64 de la décision attaquée, que la Commission fonde la qualification de « relation équivalente à un conflit d’intérêts » sur le point 13, intitulé « Clauses éthiques/Pratiques de corruption », sous b), des instructions aux soumissionnaires. Partant, les arguments de la requérante tirés des définitions de la notion de « conflit d’intérêts » telles qu’elles figurent au point 2.3.6 du PRAG 2016 et à l’article 57 de l’ancien règlement financier sont inopérants.
42 En outre, contrairement à ce qu’a soutenu la requérante, il convient de noter que l’hypothèse selon laquelle le pouvoir adjudicateur n’est pas directement impliqué dans le conflit d’intérêts allégué ne signifie pas pour autant que l’existence d’une situation de « relation équivalente à un conflit d’intérêts » au sens du point 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires est exclue. En effet, conformément à cette disposition, le soumissionnaire ne doit pas être concerné par un conflit d’intérêts ni par une relation équivalente avec d’autres soumissionnaires ou parties impliquées dans le projet en cause.
43 En ce qui concerne, en deuxième lieu, les instructions aux soumissionnaires, il a été jugé qu’elles avaient une influence directe sur la relation contractuelle entre les parties, dans la mesure où elles visent spécialement les obligations à la charge des soumissionnaires lors de la phase administrative de soumission au marché public précédant la conclusion définitive du contrat, de sorte qu’elles déterminent les conditions d’engagement des parties dans une relation qui est destinée à s’inscrire dans le cadre contractuel.
44 Ainsi, une violation des instructions aux soumissionnaires comme en l’espèce peut être assimilée à un manquement contractuel. Conformément à la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus, un tel manquement peut être considéré comme un comportement ayant une incidence sur la crédibilité professionnelle d’un opérateur.
45 S’agissant, en troisième lieu, de l’appréciation des faits opérée par la Commission dans la décision attaquée, la requérante n’a pas contesté que A, marié à B, effectuait des tâches pour elle contre rémunération dans le cadre de l’exécution de plusieurs marchés publics, qu’elle avait été informée de ce mariage, que, le 10 octobre 2017, l’avis du marché en cause avait été publié, qu’un des bénéficiaires était le MEI, puisque, le 17 octobre 2017, B a été nommé au poste de secrétaire d’État du MEI, et que, le 25 mai 2018, la requérante a soumis l’offre du consortium sans faire mention de la relation conjugale entre A et B. Elle estime toutefois qu’elle n’était pas en situation de conflit d’intérêts ni dans une relation équivalente avec d’autres soumissionnaires ou parties impliquées dans le projet en cause.
46 Il convient donc de vérifier, à la lumière de la jurisprudence citée au point 37 ci-dessus, si la Commission a procédé à une appréciation concrète et objective de la situation de la requérante pour constater que celle-ci était effectivement impliquée dans une « relation équivalente à un conflit d’intérêts » au sens du point 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires. À cet égard, il n’est pas contesté que A avait une relation conjugale avec B, que A était actif pour le compte de la requérante et que B était une personne ayant de l’influence au sein d’un des bénéficiaires du marché en cause. Partant, conformément à cette disposition, il appartenait à la requérante d’informer le pouvoir adjudicateur de cette relation. Le fait de ne pas avoir informé celui-ci de cette relation peut être qualifié de comportement ayant une incidence sur la crédibilité professionnelle de l’opérateur économique concerné au sens de la jurisprudence visée au point 34 ci-dessus.
47 Afin de démontrer la position d’influence de B au sein du MEI, la Commission a relevé, notamment aux considérants 57 et 70 de la décision attaquée, que B pouvait avoir accès au cahier des charges du marché en cause. En outre, elle a indiqué que, le 21 juin 2018, le chef d’opérations du pouvoir adjudicateur avait reçu un courriel signé par B demandant au pouvoir adjudicateur de reporter une réunion du comité d’évaluation des offres, du fait que le membre représentant le MEI n’était pas disponible. Elle a précisé que, le 26 juin 2018, après avoir reçu une réponse négative à cette demande, B a écrit un second courriel audit pouvoir, pour informer qu’il allait contacter le chef de délégation de ce dernier.
48 De telles preuves retenues par la Commission sont suffisamment spécifiques, convaincantes et concrètes afin d’établir de manière non équivoque et claire que la requérante était effectivement impliquée dans une « relation équivalente à un conflit d’intérêts » au sens de la section 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires, d’autant que les arguments avancés par la requérante ne sont pas suffisants pour priver de plausibilité les appréciations retenues dans la décision attaquée.
49 En effet, la requérante fait valoir qu’elle avait obtenu de manière légitime le cahier des charges avant de déposer son offre. En tout état de cause, elle affirme que B n’avait pas eu accès au cahier des charges intégral, mais uniquement à un résumé. Selon elle, la conclusion de l’instance, selon laquelle B avait au minimum la possibilité d’influencer le calendrier des réunions du comité d’évaluation et sa composition, n’est pas fondée. Elle avance que B s’est limité à demander le report d’une réunion du comité d’évaluation des offres pour des raisons de planification et n’est que signataire des courriels, étant donné que toutes les lettres à la délégation de l’Union devaient être signées par le secrétaire d’État ou le ministre concerné. Elle soutient qu’il n’a pas été prouvé qu’elle avait eu un avantage concurrentiel grâce à la relation conjugale entre A et B, de sorte qu’elle n’était pas obligée de déclarer cette relation.
50 Toutefois, il convient de relever, d’emblée, que les positions de A et B dans le cadre de la procédure de passation du marché en cause étaient telles que la requérante était tenue de signaler leur relation conjugale au pouvoir adjudicateur. À cet égard, les éléments factuels relatifs à l’accès de B au cahier des charges avant que la requérante n’en dispose ne sont pas décisifs. Il en est de même pour la question de savoir si B a réellement consulté le cahier des charges ou un résumé de celui-ci et si B a transmis à A le contenu de celui-ci.
51 De même, il n’incombait pas à la Commission de prouver que B avait réellement tenté d’influer sur le pouvoir adjudicateur par des contacts documentés avec le pouvoir adjudicateur au cours de la période où ce dernier était en train d’examiner les offres.
52 Dernièrement, si A n’était pas rattaché à la requérante en tant que salarié ou représentant légal, il travaillait pour elle contre rémunération et entretenait des liens avec elle. Ainsi qu’il ressort du rapport de l’OLAF à l’issue de l’enquête en cause, il avait pour mission de chercher des projets financés par l’Union pour elle en Moldavie. En outre, il la représentait en Moldavie dans certaines procédures, car elle n’avait pas de bureau sur place. Par conséquent, il doit être considéré comme une « partie engagée dans le projet » au sens du point 13, sous b), des instructions aux soumissionnaires.
53 Il s’ensuit que c’est sans commettre d’erreur que la Commission a constaté la présence d’un comportement de la requérante ayant une incidence sur sa crédibilité professionnelle.
– Sur la condition liée à un comportement dénotant une intention fautive ou une négligence grave
54 S’agissant de la deuxième condition établie dans la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus, la Commission soutient, aux considérants 75 à 85 de la décision attaquée, que la requérante a commis une négligence grave en ne signalant pas la relation conjugale entre A et B. Selon elle, à supposer même que le MEI aurait dû informer le pouvoir adjudicateur de ladite relation, la requérante aurait dû également l’en informer. Elle indique, aux considérants 86 à 91 de ladite décision, que la gravité de la négligence était telle que le comportement pouvait être qualifié de « faute grave ». Elle souligne, enfin, l’importance de l’égalité de traitement entre tous les soumissionnaires, ainsi que l’effet négatif sur la réputation de l’Union et le désavantage potentiel infligé aux autres soumissionnaires.
55 La requérante soutient, premièrement, que A l’a informée de son mariage avec B en lui précisant que cela n’affecterait pas sa position concurrentielle dans le cadre de la procédure de passation du marché en cause. Deuxièmement, elle estime qu’il incombait à B et au MEI d’informer le pouvoir adjudicateur dudit mariage. Troisièmement, elle avance que les fonctions de B n’ont affecté ni de près ni de loin le rôle joué par le MEI ou l’ODIMM dans le cadre de ladite procédure. Par ailleurs, le MEI ne serait qu’un bénéficiaire secondaire.
56 Eu égard à la marge d’appréciation dont dispose la Commission en vertu de la jurisprudence citée au point 35 ci-dessus, il y a lieu de considérer que c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation que l’absence d’informations, par la requérante, concernant la relation conjugale entre A et B constituait une négligence grave. En effet, l’égalité des chances de tous les soumissionnaires est un principe essentiel dans le cadre d’une procédure de passation de marché (voir, en ce sens, arrêt du 7 octobre 2015, European Dynamics Luxembourg e.a./OHMI, T‑299/11, EU:T:2015:757, point 44 et jurisprudence citée). Il importe donc d’autant plus pour chaque soumissionnaire de signaler tout conflit d’intérêts ou toute relation équivalente le concernant, afin que le pouvoir adjudicateur puisse procéder à une appréciation concrète et objective de la situation du soumissionnaire concerné et en tirer les conséquences pour la suite d’une telle procédure.
57 Il y a lieu de relever que la circonstance que A avait informé la requérante de son mariage avec B et avait assuré qu’il gardait séparées sa vie privée et sa vie professionnelle n’enlève rien à l’importance de déclarer cette relation conjugale, compte tenu du lien objectivement fort créé par ladite relation, des fonctions de haut niveau et de la visibilité de B en tant que fonctionnaire d’un bénéficiaire final du projet en cause et de ses liens avec le pouvoir adjudicateur, qui lui donnaient la capacité d’influencer le processus d’attribution du marché. La circonstance que, le cas échéant, le MEI aurait également dû ou pu signaler cette relation au pouvoir adjudicateur ne modifie pas la responsabilité de la requérante d’en informer ce dernier.
58 S’agissant de la troisième exigence figurant dans la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus, à savoir une appréciation concrète et individualisée de l’attitude de l’opérateur économique concerné, il ressort de l’examen des deux premières conditions ci-dessus que la Commission a effectué cette appréciation.
59 Il s’ensuit que c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation que, en l’espèce, la Commission a considéré que la condition liée à un comportement dénotant une intention fautive ou une négligence grave était remplie. Partant, les conditions établies par la jurisprudence citée au point 34 ci-dessus étant réunies, la Commission a pu conclure à juste titre que la requérante avait commis une « faute professionnelle grave » au sens de l’article 106, paragraphe 1, sous c), de l’ancien règlement financier.
60 Il convient de rejeter les arguments de la requérante et, partant, le premier moyen.
Sur le deuxième moyen, tiré d’une violation de l’article 41 de la Charte
61 La requérante fait valoir que la Commission n’a pas agi de façon diligente en ce que celle-ci a fondé la décision attaquée sur le rapport de l’OLAF à l’issue de l’enquête en cause qui n’aurait pas été menée avec soin et impartialité. Elle estime que la Commission a ainsi violé l’article 41, paragraphe 1, de la Charte.
62 La Commission conteste l’argumentation de la requérante.
63 Il y a lieu de relever que l’article 41, paragraphe 1, de la Charte reconnaît le droit de toute personne de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l’Union. Ainsi, selon une jurisprudence constante relative au principe de bonne administration, le respect des garanties conférées par l’ordre juridique de l’Union dans les procédures administratives revêt une importance fondamentale. Parmi ces garanties figure, notamment, l’obligation pour l’institution compétente d’examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du cas d’espèce (voir, en ce sens, arrêt du 26 juillet 2023, Luossavaara-Kiirunavaara/Commission, T‑244/21, non publié, EU:T:2023:428, point 144 et jurisprudence citée).
64 La requérante reproche notamment à l’OLAF de ne pas avoir mené l’enquête en cause avec soin et impartialité. Cela étant, ainsi que la Commission le fait valoir, la requérante n’avance pas d’arguments spécifiques concernant des erreurs concrètes qui auraient été commises et qui entacheraient d’illégalité la décision attaquée.
65 Si la requérante allègue que l’OLAF n’a pas examiné si B avait signalé au MEI sa relation conjugale avec A ainsi que le contexte dans lequel s’inscrivaient les deux courriels signés par B au pouvoir adjudicateur, cela ne concerne pas le comportement de la requérante. Ensuite, le reproche de la requérante selon lequel l’OLAF n’a pas enquêté davantage sur les deux courriels signés par B visant à décaler une réunion du comité d’évaluation ne saurait être suivi davantage. En effet, ces courriels n’ont pas été déterminants pour le constat que la requérante avait omis de déclarer l’existence d’une relation équivalente à un conflit d’intérêts, ainsi qu’il ressort également du point 50 ci-dessus.
66 Il convient donc de rejeter le deuxième moyen.
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation de l’article 136, paragraphes 6 et 7, du règlement financier
67 La requérante soutient, en substance, que la Commission n’a pas suffisamment tenu compte des mesures correctrices qu’elle avait adoptées au sens de l’article 136, paragraphe 6, sous a), et paragraphe 7, sous a), du règlement financier. Elle souligne que le système de détection rapide et d’exclusion a pour objectif la prévention de la fraude ainsi que sa répression. Elle ajoute que l’adoption des mesures correctrices après la constatation des faits litigieux aurait dû empêcher son exclusion. Elle affirme avoir mis en œuvre des mesures sociales, organisationnelles et techniques de grande ampleur à titre de mesures correctrices et préventives pour éviter tout risque lié à des situations de conflit d’intérêts réelles ou potentielles à l’avenir.
68 En particulier, la requérante reproche à la Commission de ne pas avoir apprécié de manière correcte dans la décision attaquée les mesures correctrices qu’elle avait adoptées.
69 Il découle de l’article 136, paragraphe 6, sous a), du règlement financier, qui est applicable ratione temporis aux mesures correctrices, que l’ordonnateur compétent n’exclut pas une personne ou une entité de la participation à une procédure d’attribution ou de la sélection pour l’exécution de fonds de l’Union si la personne ou l’entité a pris des mesures correctrices énoncées au paragraphe 7 de cet article d’une manière suffisante pour démontrer sa fiabilité.
70 Par ailleurs, lorsque des mesures correctrices ou des éléments de preuve sont présentés après la décision d’exclusion, l’article 136, paragraphe 8, du règlement financier prévoit que cette décision sera revue sans tarder par l’ordonnateur compétent. Ainsi, il y a lieu de rappeler que, afin d’examiner les arguments de la requérante contestant l’appréciation de ses mesures correctrices, seuls seront pris en compte les éléments de preuve communiqués par cette dernière avant l’adoption de la décision attaquée, les mesures correctrices et éléments présentés après ayant été pris en compte dans la décision modificative en application de l’article 136, paragraphe 8, du règlement financier, décision qui ne fait pas l’objet du présent litige.
71 En ce qui concerne le degré de contrôle qu’est censé exercer le Tribunal à l’égard des mesures correctrices, il a été jugé que, dans la mesure où les institutions disposent d’une marge d’appréciation pour évaluer si un comportement peut être qualifié de « faute professionnelle grave » (voir jurisprudence citée aux points 35 et 36 ci-dessus) et où l’appréciation des mesures correctrices fait partie intégrante de celle d’un tel comportement, une marge d’appréciation doit également leur être reconnue pour évaluer lesdites mesures [voir, en ce sens, arrêt du 2 octobre 2024, VC/EU-OSHA (Exclusion des marchés publics sur le fondement d’une décision administrative nationale suspendue), T‑126/23, sous pourvoi, EU:T:2024:666, point 59].
72 Par ailleurs, en prévoyant qu’une personne ou une entité n’est pas exclue si elle a pris des mesures correctrices suffisantes afin de démontrer sa fiabilité, l’article 136, paragraphe 6, sous a), du règlement financier impose à la personne ou à l’entité en cause la charge d’établir que les mesures correctrices adoptées sont de nature à empêcher son exclusion. Il s’en déduit que, sauf à priver d’effet la charge de la preuve imposée par ces dispositions, il ne saurait être admis que l’opérateur concerné rapporte, après l’adoption de la décision d’exclusion, des éléments de preuve non communiqués au cours de la procédure d’exclusion [voir, en ce sens, arrêt du 2 octobre 2024, VC/EU-OSHA (Exclusion des marchés publics sur le fondement d’une décision administrative nationale suspendue), T‑126/23, sous pourvoi, EU:T:2024:666, point 65].
73 En l’espèce, la Commission a examiné les mesures correctrices prises par la requérante aux considérants 95 à 110 de la décision attaquée. Elle a considéré que lesdites mesures étaient appropriées, mais qu’elles n’étaient pas suffisamment étayées pour démontrer la fiabilité de la requérante.
74 S’agissant, premièrement, des « mesures personnelles », la Commission a soutenu que la rupture des relations professionnelles entre la requérante et A depuis le 1er novembre 2018 n’était pas suffisante, étant donné que cette rupture ne remédiait pas à l’absence délibérée d’informations sur la relation conjugale entre A et B au moment de la soumission de l’offre du consortium par la requérante pour la procédure de passation du marché en cause. Il aurait incombé à la requérante de vérifier comment, dans sa structure organisationnelle, il était possible que cette information n’ait pas été divulguée au pouvoir adjudicateur et quelles personnes en étaient responsables.
75 En ce qui concerne, deuxièmement, les « mesures techniques et organisationnelles », la Commission a relevé que la requérante avait mis en place un système de gestion de la conformité depuis le mois de mars 2021, dont le degré d’efficacité était régulièrement vérifié par un auditeur externe. En outre, elle a indiqué que la requérante avait créé un département chargé de la gestion de la qualité et de la conformité en 2022. Elle a toutefois considéré que la requérante n’avait pas soumis de preuves suffisantes que ledit système était assez robuste et efficace pour remédier au comportement en cause et éviter qu’il ne se reproduise à l’avenir.
76 Concernant, troisièmement, les « mesures de renforcement des capacités et de formation », la Commission a considéré qu’elles n’étaient pas davantage étayées par des preuves.
77 À titre liminaire, force est de relever que la requérante n’a fourni qu’après l’adoption de la décision attaquée les éléments de preuve visant à démontrer que les mesures correctrices adoptées sont de nature à empêcher son exclusion et que sur la base de ces éléments et de nouvelles mesures correctrices la Commission a adopté la décision modificative. L’argument de la requérante selon lequel l’instance ou encore la DG « Voisinage et négociations d’élargissement » de la Commission auraient pu demander les documents manquants ne saurait prospérer. En effet, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence citée au point 72 ci-dessus, il incombait à la requérante de soumettre les éléments démontrant que les mesures correctrices adoptées après les faits litigieux et avant l’adoption de la décision attaquée étaient de nature à empêcher son exclusion.
78 Dans ce contexte, la Commission a considéré à juste titre que l’efficacité des mesures concernant la création d’une entité chargée de surveiller la conformité aux règles n’avait pas été suffisamment prouvée avant l’adoption de la décision attaquée.
79 En effet, selon l’article 136, paragraphe 7, sous a), du règlement financier, les mesures correctrices peuvent notamment comprendre « les mesures visant à identifier l’origine des situations donnant lieu à l’exclusion et les mesures concrètes prises au niveau technique, de l’organisation et du personnel [...] qui sont de nature à corriger la conduite et à éviter qu’elle [ne] se répète ».
80 Ainsi, la personne ou l’entité concernée ne peut se contenter de prouver l’adoption de nouvelles règles internes ou la mise en place de nouvelles entités, mais doit établir leur mise en œuvre et leur efficacité seules à même de « corriger » un comportement qui s’est effectivement produit, au point de justifier une exclusion. Partant, en exigeant de telles preuves, il ne saurait être reproché à la Commission d’imposer à la requérante un niveau de preuve démesuré et disproportionné. Il en est d’autant plus ainsi qu’il convient de rappeler que le motif d’exclusion en cause se fonde sur un élément essentiel de la relation entre l’adjudicataire du marché en cause et le pouvoir adjudicateur, à savoir la fiabilité du premier, sur laquelle repose la confiance que le second lui accorde [voir, en ce sens, arrêt du 2 octobre 2024, VC/EU-OSHA (Exclusion des marchés publics sur le fondement d’une décision administrative nationale suspendue), T‑126/23, sous pourvoi, EU:T:2024:666, point 71 et jurisprudence citée].
81 Dans ces conditions, la Commission a exigé à juste titre que la requérante ne soumette pas seulement des certificats d’audit, mais également les rapports détaillés qui y étaient afférents, et qu’elle prouve également l’expérience et les compétences du personnel chargé du contrôle de la conformité.
82 Il convient donc de rejeter le troisième moyen.
Sur le quatrième moyen, tiré d’une violation du principe de proportionnalité
83 La requérante fait valoir que l’exclusion pour une période de neuf mois imposée par la décision attaquée est disproportionnée. Premièrement, elle conteste la qualification de « faute professionnelle grave ». Deuxièmement, elle invoque sa coopération et le fait qu’elle a informé les différents pouvoirs adjudicateurs de ladite décision après sa notification. Troisièmement, elle estime que la Commission ne saurait ignorer le fait qu’elle l’avait déjà exclue une première fois pendant 18 mois, par une décision qui a été annulée par le Tribunal dans l’arrêt du 15 février 2023, RH/Commission (T‑175/21, non publié, EU:T:2023:77). Selon elle, cette première exclusion a eu des conséquences économiques et sociales négatives pour elle, de sorte qu’une nouvelle exclusion pourrait menacer son existence. De plus, le fait que la première exclusion a été jugée illégale par le Tribunal imposerait un devoir de diligence à la Commission lors de l’appréciation du cas d’espèce. Quatrièmement, la requérante considère que les mesures correctrices auraient dû être prises en compte, au vu des éléments de preuve qu’elle a produits afin de démontrer son système de conformité et sa fiabilité.
84 La Commission conteste les arguments de la requérante.
85 Selon la jurisprudence, le principe de proportionnalité exige que les actes des institutions ne dépassent pas les limites de ce qui est approprié et nécessaire à la réalisation des objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (arrêt du 15 décembre 2010, E.ON Energie/Commission, T‑141/08, EU:T:2010:516, point 286).
86 Il s’ensuit que, en l’espèce, la sanction ne doit pas être démesurée par rapport au but visé, c’est-à-dire par rapport au respect des règles régissant les procédures de passation des marchés financés par le budget de l’Union. Conformément à l’article 136, paragraphe 3, du règlement financier, la sanction prononcée par la Commission doit être établie dans le respect du principe de proportionnalité, et en tenant compte notamment de la gravité de la situation, y compris de l’incidence sur les intérêts financiers et la réputation de l’Union, du temps écoulé depuis la constatation de la conduite en cause, de sa durée et de sa répétition éventuelle, du caractère intentionnel de la conduite ou du degré de négligence, ou de toute autre circonstance atténuante, telle que la coopération de l’opérateur économique avec l’autorité compétente concernée et sa contribution à l’enquête.
87 À cet égard, il convient de rappeler que, selon l’article 139, paragraphe 1, du règlement financier, la durée maximale d’une exclusion en cas de faute professionnelle grave est de trois ans.
88 De plus, il résulte de l’article 136, paragraphe 6, sous a), du règlement financier que l’ordonnateur compétent, compte tenu, le cas échéant, de la recommandation de l’instance, n’exclut pas une personne ou une entité visée à l’article 135, paragraphe 2, de ce règlement de la participation à une procédure d’attribution ou de la sélection pour l’exécution de fonds de l’Union si la personne ou l’entité a pris des mesures correctrices énoncées à l’article 136, paragraphe 7, dudit règlement d’une manière suffisante pour démontrer sa fiabilité.
89 En l’espèce, la Commission a procédé à une appréciation du principe de proportionnalité, aux considérants 124 à 138 de la décision attaquée, avant de conclure qu’une période de neuf mois était appropriée en ce qui concerne l’exclusion de la requérante. En particulier, tout d’abord, elle a souligné que la faute de la requérante n’avait aucune incidence financière sur le budget de l’Union. Une atteinte à la réputation de l’Union ne saurait pas non plus être constatée, en l’absence d’élément permettant de supposer que l’annulation de la procédure de passation du marché en cause serait le résultat de la faute commise par la requérante. Ensuite, la Commission a indiqué que des circonstances aggravantes n’avaient pas été identifiées et que le temps écoulé depuis les faits était de six ans. Enfin, elle a pris en compte les mesures correctrices adoptées par la requérante, en dépit de leur caractère insuffisant pour démontrer sa fiabilité, et le fait que la faute de cette dernière ne saurait être qualifiée de « continue ».
90 À cet égard, en premier lieu, il convient de rappeler qu’il résulte de l’examen du premier moyen que la qualification du comportement de la requérante en tant que faute professionnelle grave est exempte d’erreur manifeste d’appréciation.
91 En deuxième lieu, la coopération de la requérante, notamment, avec l’OLAF, l’instance et la Commission, au sens de l’article 136, paragraphe 3, du règlement financier, ne figure pas parmi les facteurs pris en compte par la Commission dans le cadre de son appréciation du principe de proportionnalité. Dans ce contexte, il importe de déterminer si la requérante s’est uniquement conformée à son obligation légale de coopérer à l’enquête sur place ou si cette coopération a été d’une telle ampleur qu’elle doit être considérée comme une circonstance atténuante.
92 À cet égard, il ne ressort pas du dossier que la requérante a coopéré au-delà de son obligation légale avec les différentes autorités. Par ailleurs, dans le cadre de son raisonnement, la requérante n’invoque aucun élément qui serait de nature à démontrer une coopération d’une telle ampleur. Dès lors, l’absence de la mention par la Commission de ce facteur dans le cadre de l’appréciation de la proportionnalité de l’exclusion est justifiée et ne saurait avoir une incidence sur le caractère proportionné de cette exclusion.
93 En troisième lieu, en ce qui concerne l’argument de la requérante selon lequel la Commission a ignoré, d’une part, le fait qu’elle avait déjà été exclue par une décision qui avait ensuite été annulée par le Tribunal et, d’autre part, les conséquences qu’une nouvelle exclusion pourrait avoir sur son existence, celui-ci ne saurait prospérer. En effet, aux considérants 131 à 133 de la décision attaquée, la Commission a examiné la circonstance selon laquelle une première exclusion avait été imposée à la requérante dans un autre cas.
94 À cet égard, la Commission a considéré à juste titre que la décision d’exclure une entité nécessitait une évaluation au cas par cas. L’autre cas d’exclusion de la requérante était fondé sur des faits tout à fait différents et sur un autre rapport de l’OLAF. En outre, il y a lieu de relever que, dans le cadre de l’appréciation du principe de proportionnalité, la Commission a mentionné l’importance de trouver un équilibre entre, d’une part, l’intérêt économique d’une entité à participer à des procédures de passation de marchés publics et, d’autre part, l’intérêt public de protéger les intérêts financiers de l’Union contre le risque de traiter avec des opérateurs économiques peu fiables lorsque ceux-ci se trouvent dans une situation d’exclusion. Par conséquent, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la Commission était tenue de prendre en compte la première mesure d’exclusion qui lui avait été imposée dans un autre cas et sur le fondement de faits différents, le cas de l’espèce étant distinct et nécessitant une nouvelle appréciation par la Commission.
95 En quatrième lieu, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel les mesures correctrices devaient être prises en compte par la Commission, force est de constater qu’il ressort du considérant 136 de la décision attaquée que la Commission n’a pas omis de le faire. En effet, la Commission a examiné les mesures correctrices adoptées par la requérante et les a considérées insuffisantes pour démontrer la fiabilité de cette dernière, au sens de l’article 136, paragraphes 6 et 7, du règlement financier. Toutefois, elle a indiqué qu’elle les prenait en considération afin de déterminer la durée de l’exclusion.
96 Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que, ainsi qu’il résulte de l’examen du troisième moyen, la Commission a pu déduire des éléments de preuve dont elle disposait au moment de l’adoption de la décision attaquée concernant les mesures correctrices adoptées par la requérante que ces dernières ne suffisaient pas pour prouver sa fiabilité. En tout état de cause, à la suite des nouvelles preuves et des mesures correctrices supplémentaires présentées par la requérante après la décision attaquée, la Commission a procédé à l’adoption de la décision modificative.
97 Il s’ensuit que, compte tenu de la faute professionnelle grave commise par la requérante, du fait que cette faute n’avait pas d’incidence négative ni sur le budget ni sur la réputation de l’Union et qu’elle ne saurait être qualifiée de « continue », de l’absence de circonstances aggravantes, du temps écoulé depuis les faits et des mesures correctrices prises par la requérante, une exclusion d’une durée de neuf mois n’est pas disproportionnée.
98 Il y a donc lieu d’écarter le quatrième moyen et, par conséquent, les conclusions en annulation.
Sur les conclusions indemnitaires
99 Dans le cadre de sa demande en indemnité, la requérante demande au Tribunal de condamner la Commission à lui verser une indemnité d’un montant de [confidentiel] (1). Elle estime que les conditions d’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union prévue à l’article 340, deuxième alinéa, TFUE sont réunies.
100 Premièrement, la requérante invoque une violation suffisamment caractérisée du devoir de diligence ainsi que des principes de proportionnalité et de la présomption d’innocence. La Commission aurait manifestement dépassé les limites de son pouvoir d’appréciation en constatant que la requérante se trouvait en situation de conflit d’intérêts et en méconnaissant les mesures correctrices mises en place par cette dernière.
101 Deuxièmement, la requérante considère qu’elle a subi un préjudice réel et certain, constitué non seulement par la perte d’une chance de remporter des appels d’offres durant la période d’exclusion, mais également par l’atteinte à sa réputation qu’elle subirait sur une période plus longue. Le préjudice serait de [confidentiel], calculé sur une période d’exclusion de neuf mois.
102 Troisièmement, la requérante soutient que son préjudice est directement causé par la décision attaquée.
103 La Commission conteste l’argumentation de la requérante.
104 Il convient de rappeler que, selon une jurisprudence bien établie, l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, au sens de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, pour le comportement illicite de ses institutions est subordonné à la réunion de plusieurs conditions, à savoir l’illégalité du comportement reproché, la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement allégué et le préjudice invoqué. Dès lors que l’une de ces conditions n’est pas remplie, le recours doit être rejeté dans son ensemble, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres conditions (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2024, Nardi/BCE, C‑574/23 P, non publié, EU:C:2024:746, point 25 et jurisprudence citée).
105 Étant donné qu’il ressort de la requête que la demande en indemnité est étroitement liée à la demande d’annulation et que l’illégalité de la décision attaquée n’a pas été établie dans le cadre de l’examen de la demande en annulation de la décision attaquée, force est de relever qu’au moins une des exigences cumulatives visées par la jurisprudence citée au point 104 ci-dessus n’a pas été remplie.
106 Il y a donc lieu de rejeter la demande en indemnité et, partant, le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
107 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens conformément aux conclusions de la Commission.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) RH est condamnée aux dépens.
| Półtorak | Hesse | Dimitrakopoulos |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 8 juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
1 Données confidentielles occultées.
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 20 juillet 2026.#Goldwind Science & Technology Co. Ltd contre Commission européenne.#Référé – Règlement (UE) 2022/2560 – Subventions étrangères – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-335/26 R.
20/07/2026
Ordonnance du Tribunal (deuxième chambre) du 17 juillet 2026.#DZ Bank AG Deutsche Zentral-Genossenschaftsbank, Frankfurt am Main contre Conseil de résolution unique.#Politique économique et monétaire – Union bancaire – Mécanisme de résolution unique des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement (MRU) – Règlement (UE) no 806/2014 – Exigence minimale de fonds propres et d’engagements éligibles – Décision du comité d’appel du CRU concernant la fixation d’exigences minimales de fonds propres et d’engagements éligibles – Demande de réformation – Irrecevabilité manifeste partielle – Article 85, paragraphe 3, du règlement no 806/2014 – Incompétence de l’auteur de l’acte – Recours en partie manifestement fondé.#Affaire T-116/24.
17/07/2026