Jurisprudence CJUE62024TJ0551

Jurisprudence CJUE — 62024TJ0551

CELEX62024TJ0551
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)

9 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative WALLAPOP – Marques nationales figuratives antérieures WALA W – Motif relatif de refus – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) nº 207/2009 – Moment pertinent pour l’appréciation de l’existence d’une marque antérieure »

Dans l’affaire T‑551/24,

Unipreus SL, établie à Lérida (Espagne), représentée par Me C. Rivadulla Oliva, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. D. Gája, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Wallapop, SL, établie à Barcelone (Espagne), représentée par Mes I. Pi Amorós, J. M. Martínez Gimeno, C. Manrique Lopez Rey, M. Pastor Delgado et L. De Sousa Amorim, avocats,

LE TRIBUNAL (huitième chambre),

composé de M. I. Gâlea (rapporteur), président, Mmes B. Ricziová et L. Spangsberg Grønfeldt, juges,

greffier : M. J. Čuboň, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 10 mars 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Unipreus SL, demande l’annulation et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 26 août 2024 (affaire R 167/2021‑1) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 18 septembre 2014, l’intervenante, Wallapop, SL, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :

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3 La marque demandée désignait des services relevant des classes 35, 38 et 42 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié.

4 Le 7 janvier 2015, la requérante a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour certains services relevant de la classe 35.

5 L’opposition était fondée sur les marques antérieures suivantes :

– la marque espagnole figurative, enregistrée le 10 novembre 2009 sous le numéro 2874101, désignant des services relevant de la classe 35 reproduite, ci-après :

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– la marque espagnole figurative, enregistrée le 10 août 2009 sous le numéro 2863963, désignant des services relevant de la classe 35, reproduite ci-après :

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– la marque espagnole figurative, enregistrée le 10 novembre 2009 sous le numéro 2874100, désignant des services relevant de la classe 35, reproduite ci-après :

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6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1).

7 Le 19 octobre 2015, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition sur le fondement de la première marque antérieure visée au point 5 ci-dessus.

8 Les deux parties ont formé un recours contre la décision de la division d’opposition, le recours de la requérante portant le numéro R 2350/2015‑5 et celui de l’intervenante le numéro R 2530/2015‑5.

9 Par décision du 18 janvier 2017, la cinquième chambre de recours a partiellement accueilli le recours de l’intervenante et a rejeté le recours de la requérante.

10 Le 23 mars 2017, la requérante a formé un recours devant le Tribunal tendant à l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours, en ce que celle-ci a rejeté son recours et son opposition contre l’enregistrement de la marque demandée. Partant, ladite décision, en ce qu’elle porte sur le recours de l’intervenante, est devenue définitive.

11 Par arrêt du 3 octobre 2018, Unipreus/EUIPO – Wallapop (wallapop) (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), le Tribunal a partiellement annulé la décision de la cinquième chambre de recours, en considérant, au point 54 de cet arrêt, que « les services en cause [étaie]nt, à tout le moins, faiblement similaires et que c’[étai]t à tort que la [cinquième] chambre de recours a[vait] estimé que ces services étaient différents ». Le Tribunal a donc jugé, d’une part, au point 1 du dispositif de cet arrêt que « [l]a décision de la cinquième chambre de recours de l’EUIPO du 18 janvier 2017 [étai]t annulée, en ce qu’elle a[vait] conclu que les services en cause dans l’affaire R 2350/2015‑5 étaient différents », et, d’autre part, au point 2 dudit dispositif, que « le recours [étai]t rejeté pour le surplus ».

12 Le 5 décembre 2018, l’intervenante a formé un pourvoi devant la Cour contre l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640). Le 31 août 2020, l’intervenante s’est désistée de son pourvoi au motif que les enregistrements des marques antérieures ayant fondé l’opposition avaient expiré au cours de la procédure de recours, faute d’avoir été renouvelés par la requérante. Par ordonnance du 13 novembre 2020, Wallapop/EUIPO (C‑763/18 P, non publiée, EU:C:2020:998), la Cour a radié l’affaire de son registre.

13 Par notification du 3 février 2021, l’affaire a été renvoyée devant la quatrième chambre de recours.

14 Le 30 mars 2021, la requérante a informé l’EUIPO qu’elle avait introduit, le 25 mars 2021, des recours hiérarchiques auprès de l’Oficina Española de Patentes y Marcas (OEPM, Office espagnol des brevets et des marques), au motif que les enregistrements des marques antérieures avaient expiré en raison d’une erreur commise par l’OEPM. Elle a donc demandé à ce dernier de la rétablir dans ses droits (restitutio in integrum). Par ailleurs, elle a demandé à l’EUIPO la suspension de la procédure devant la quatrième chambre de recours jusqu’à ce qu’il soit mis fin à la procédure administrative et, le cas échéant, judiciaire engagée devant l’OEPM.

15 Par décision provisoire du 20 avril 2021, la quatrième chambre de recours a suspendu la procédure jusqu’à ce qu’une décision définitive sur l’expiration des enregistrements des marques antérieures soit rendue. Le 3 janvier 2022, l’affaire a été réattribuée à la première chambre de recours (ci-après la « chambre de recours »), conformément à la décision 2021-17, du 2 décembre 2021, du présidium des chambres de recours relative au régime de l’année civile pour l’année 2022, en ce qu’elle concerne l’organisation des chambres de recours.

16 Le 10 avril 2024, l’intervenante a informé la chambre de recours, preuves à l’appui, du fait que les autorités judiciaires compétentes avaient prononcé l’expiration définitive des enregistrements des trois marques antérieures.

17 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours et l’opposition. Tout d’abord, elle a pris en compte les documents supplémentaires produits devant elle et qui avaient pour but de démontrer la nullité des marques antérieures. Ensuite, elle a rappelé que l’opposante devait prouver l’existence, la validité et l’étendue de la protection de ses marques antérieures dans le délai imparti. À cet égard, elle a précisé que, selon la jurisprudence, la marque antérieure sur laquelle l’opposition était fondée devait être valide non seulement au moment de la publication de la demande d’enregistrement de la marque demandée, mais également au moment de la décision de la chambre de recours. Or, elle a constaté que, par des décisions judiciaires nationales des 25 octobre 2023 et 7 mars 2024 devenues définitives, les enregistrements des marques antérieures avaient été déclarés comme étant arrivés à expiration. Partant, la chambre de recours a conclu que l’opposition était devenue sans objet, étant donné que les marques antérieures avaient perdu leur validité au cours de la procédure.

Conclusions des parties

18 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– en substance, réformer la décision attaquée en adoptant une décision conforme à l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640) ;

– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.

19 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

20 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– déclarer irrecevable ou, le cas échéant, rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

Sur le droit matériel applicable

21 Compte tenu de la date d’introduction de la demande d’enregistrement en cause, à savoir le 18 septembre 2014, qui est déterminante aux fins de l’identification du droit matériel applicable, les faits de l’espèce sont régis par les dispositions matérielles du règlement no 207/2009 (voir, en ce sens, arrêts du 8 mai 2014, Bimbo/OHMI, C‑591/12 P, EU:C:2014:305, point 12, et du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 2 et jurisprudence citée).

22 Par ailleurs, dans la mesure où, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à la date à laquelle elles entrent en vigueur (voir arrêt du 11 décembre 2012, Commission/Espagne, C‑610/10, EU:C:2012:781, point 45 et jurisprudence citée), le litige est régi par les dispositions procédurales du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

23 Par suite, en l’espèce, en ce qui concerne les règles de fond, il convient d’entendre les références faites par la chambre de recours dans la décision attaquée et par les parties dans leurs écritures aux articles 8 et 62 du règlement 2017/1001 comme visant, respectivement, l’article 8 et l’article 55, d’une teneur identique, du règlement no 207/2009.

Sur la recevabilité du recours

24 Sans soulever formellement une exception d’irrecevabilité, au titre de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, l’intervenante soutient que le recours est irrecevable au motif que les chefs de conclusions de la requérante violent le principe venire contra factum proprium. En effet, elle relève que la requérante, d’une part, a demandé à la chambre de recours de suspendre la procédure d’opposition jusqu’à ce qu’une décision définitive soit rendue sur l’existence des marques invoquées au soutien de l’opposition et, d’autre part, prétend désormais et de manière contradictoire que le résultat de cette procédure est sans pertinence en vue de statuer sur l’opposition.

25 Lors de l’audience, la requérante a contesté ces arguments. Elle a indiqué avoir effectivement demandé la suspension de la procédure devant l’EUIPO, car, à ce moment-là, l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), n’était pas devenu définitif étant donné que l’intervenante avait introduit un pourvoi contre cet arrêt devant la Cour. Or, le caractère définitif dudit arrêt, acquis à la date de la radiation du pourvoi, serait un élément fondamental. En effet, ce ne serait qu’une fois l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), devenu définitif qu’elle aurait demandé à plusieurs reprises à l’EUIPO de se conformer à cet arrêt. Partant, elle réfute toute contradiction et précise que, en tout état de cause, une éventuelle erreur de sa part n’aurait causé aucun dommage aux droits de l’intervenante.

26 Il convient de rappeler que, en vertu du principe prétorien nemo potest venire contra factum proprium, également dénommé venire contra factum proprium non valet, nul ne peut contester ce qu’il a auparavant reconnu [voir arrêt du 25 septembre 2018, Grendene/EUIPO – Hipanema (HIPANEMA), T‑435/17, non publié, EU:T:2018:596, point 33 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, ordonnance du 13 février 2014, Marszałkowski/OHMI, C‑177/13 P, non publiée, EU:C:2014:183, points 73 et 74].

27 En l’espèce, l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), est devenu définitif à la suite de l’ordonnance du 13 novembre 2020, Wallapop/EUIPO (C‑763/18 P, non publiée, EU:C:2020:998), qui a radié le pourvoi introduit par l’intervenante contre ledit arrêt (voir point 12 ci-dessus). À cet égard, il ressort des éléments du dossier que la requérante a demandé la suspension de la procédure devant l’EUIPO le 10 décembre 2020, soit postérieurement à la date à laquelle l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), est devenu définitif, et qu’elle a réitéré cette demande ultérieurement.

28 Comme cela a été indiqué au point 15 ci-dessus, la quatrième chambre de recours a, le 20 avril 2021, décidé de suspendre la procédure jusqu’à ce qu’une décision sur la validité des marques antérieures soit prise.

29 Toutefois, il y a également lieu de relever que la requérante a demandé à l’EUIPO d’exécuter l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), dès l’introduction de sa demande de suspension de la procédure, le 10 décembre 2020, si celui-ci décidait de poursuivre la procédure. Par la suite et avant la reprise de la procédure, la requérante a sollicité trois fois la reprise de cette procédure et l’exécution de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640).

30 Au regard de ces éléments du dossier, il convient de constater que la requérante ne formule pas de prétentions contradictoires, étant donné qu’elle a demandé, durant la procédure devant l’EUIPO après l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), soit la suspension de cette procédure dans l’attente du résultat des recours nationaux à l’égard de ses marques antérieures, soit l’exécution dudit arrêt, laissant à l’EUIPO le choix de satisfaire à l’une ou à l’autre de ces demandes.

31 Partant, le principe venire contra factum proprium ne saurait s’appliquer en l’espèce et l’irrecevabilité opposée à ce titre par l’intervenante doit donc être rejetée.

Sur le fond

32 La requérante invoque deux moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 121 du règlement de procédure et du principe de sécurité juridique et, le second, de la violation de l’article 62 du règlement 2017/1001. Elle reproche en substance à la chambre de recours d’avoir manqué à son obligation d’exécuter l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), en ne tenant pas compte du dispositif de cet arrêt, et d’avoir erronément interprété les effets de la déchéance des marques antérieures.

Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 121 du règlement de procédure et du principe de sécurité juridique

33 La requérante soutient que l’EUIPO a violé l’article 121 du règlement de procédure en ce qu’il a méconnu la force obligatoire de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), en se prononçant en sens contraire sur la base de motifs postérieurs étrangers audit arrêt et totalement « causaux ».

34 La requérante fait valoir que l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), par lequel le Tribunal a conclu de manière définitive à une similitude des services en cause, exclut la coexistence paisible des signes en conflit. Elle soutient également que cet arrêt n’a pas été respecté par l’organisme auquel il s’adressait, ce qui caractérise une violation du principe de sécurité juridique. Elle admet que la situation provoquée par la déchéance des marques antérieures est anormale, mais elle considère qu’une telle situation ne saurait justifier le non-respect dudit arrêt. L’EUIPO serait en effet tenu d’annuler la décision attaquée et de prendre une nouvelle décision qui serait conforme aux critères établis dans ledit arrêt, c’est-à-dire qui rejetterait l’enregistrement de la marque demandée pour les services similaires à ceux couverts par les marques antérieures.

35 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

36 L’article 121 du règlement de procédure, intitulé « Force obligatoire des arrêts et ordonnances », prévoit à son paragraphe 1 :

« 1. L’arrêt a force obligatoire à compter du jour de son prononcé [...] »

37 Il convient également de rappeler que, selon l’article 71, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, les décisions de la chambre de recours ne prennent effet qu’à compter de la date d’expiration du délai visé par l’article 72, paragraphe 5, dudit règlement ou, si une action a été introduite devant le Tribunal dans ce délai, à compter de la date du rejet de celle-ci ou du rejet de tout pourvoi introduit devant la Cour contre la décision du Tribunal.

38 Enfin, l’article 72, paragraphe 6, du règlement 2017/1001 précise que l’EUIPO prend les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt du Tribunal ou, en cas de pourvoi contre cet arrêt, de celui de la Cour.

39 Selon la jurisprudence, un arrêt d’annulation opère ex tunc et a donc pour effet d’éliminer rétroactivement l’acte annulé de l’ordre juridique [voir arrêt du 25 mars 2009, Kaul/OHMI – Bayer (ARCOL), T‑402/07, EU:T:2009:85, point 21 et jurisprudence citée]. Il ressort de cette même jurisprudence que, pour se conformer à l’arrêt d’annulation et lui donner pleine exécution, l’institution dont émane l’acte annulé est tenue de respecter non seulement le dispositif de l’arrêt, mais également les motifs qui ont mené à celui‑ci et qui en constituent le soutien nécessaire, en ce sens qu’ils sont indispensables pour déterminer le sens exact de ce qui a été jugé dans le dispositif. Ce sont, en effet, ces motifs qui, d’une part, identifient la disposition exacte considérée comme illégale et, d’autre part, font apparaître les raisons exactes de l’illégalité constatée dans le dispositif et que l’institution concernée doit prendre en considération en remplaçant l’acte annulé [arrêts du 25 mars 2009, ARCOL, T‑402/07, EU:T:2009:85, point 22, et du 13 avril 2011, Safariland/OHMI – DEF-TEC Defense Technology (FIRST DEFENSE AEROSOL PEPPER PROJECTOR), T‑262/09, EU:T:2011:171, point 41].

40 En l’espèce, comme cela a été rappelé aux points 9 à 12 ci-dessus, la décision de la cinquième chambre de recours a été annulée par l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), qui est devenu définitif à la suite de la radiation du pourvoi introduit contre cet arrêt par l’ordonnance du 13 novembre 2020, Wallapop/EUIPO (C‑763/18 P, non publiée, EU:C:2020:998). Par conséquent, en application de la jurisprudence citée au point 39 ci-dessus, le recours formé par la requérante devant la chambre de recours est redevenu pendant et il revenait à cette dernière de prendre une nouvelle décision afin de se conformer à son obligation, découlant de l’article 72, paragraphe 6, du règlement 2017/1001, de prendre les mesures que comportait l’exécution de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640).

41 La requérante reproche ainsi à la chambre de recours de ne pas avoir pris une décision respectant les motifs de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640). Elle estime que la chambre de recours aurait dû constater l’existence d’un risque de confusion et, partant, refuser l’enregistrement de la marque demandée pour les services similaires à ceux couverts par les marques antérieures.

42 En premier lieu, il convient de constater que la cinquième chambre de recours a rejeté le recours de la requérante, en considérant qu’il n’existait aucun risque de confusion au motif que les services visés par la marque demandée étaient différents des services couverts par la première marque antérieure.

43 À cet égard, le Tribunal, aux points 16 et 17 de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), a constaté que la cinquième chambre de recours avait fondé son raisonnement sur l’absence de l’une des deux conditions cumulatives requises pour constater l’existence d’un risque de confusion, à savoir l’absence de toute similitude entre les services en cause. Ainsi, le Tribunal a jugé qu’il ne lui appartenait pas de procéder à la réformation de ladite décision, en ce qui concernait l’appréciation globale du risque de confusion, une telle appréciation n’ayant pas été faite par ladite chambre de recours pour les services en cause. En outre, au point 54 dudit arrêt, le Tribunal a constaté que les services en cause étaient, à tout le moins, faiblement similaires et que c’était à tort que la chambre de recours avait estimé que ces services étaient différents. Partant, le Tribunal a, pour ce motif et dans cette mesure, annulé la décision de la cinquième chambre de recours.

44 Or, contrairement à ce que soutient la requérante, la similitude des services en cause n’emporte pas par elle-même l’existence d’un risque de confusion. En effet, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée]. Dès lors, après avoir constaté l’existence d’une erreur entachant l’une de ces conditions cumulatives, le Tribunal ne s’est pas prononcé sur l’existence d’un risque de confusion, cette appréciation devant être effectuée en premier lieu par l’EUIPO.

45 En deuxième lieu, la chambre de recours a estimé, aux points 26 et 27 de la décision attaquée, que l’opposition était devenue sans objet, étant donné que, par des décisions judiciaires nationales des 25 octobre 2023 et 7 mars 2024, devenues définitives, les enregistrements des marques antérieures avaient été déclarés arrivés à expiration.

46 À cet égard, il ressort de la jurisprudence que les divisions d’opposition et les chambres de recours doivent tenir compte des changements de circonstances qui interviennent entre le dépôt de l’opposition et la décision statuant sur l’opposition et que, pour être en mesure d’apprécier si la marque antérieure peut perdre sa fonction d’identification d’origine en raison de la coexistence dans le temps avec la marque demandée, avec laquelle elle serait susceptible d’être confondue, l’EUIPO doit avoir connaissance de la durée de validité de la marque antérieure [arrêt du 13 septembre 2006, MIP Metro/OHMI – Tesco Stores (METRO), T‑191/04, EU:T:2006:254, points 34 et 38].

47 C’est d’ailleurs pour cette raison et aux fins d’une bonne administration de la justice que la quatrième chambre de recours a décidé, en réponse aux demandes de la requérante, de suspendre la procédure dans l’attente d’une décision sur la validité des marques antérieures.

48 Partant, à l’instar de l’EUIPO, il y a lieu de constater que l’expiration des enregistrements des marques antérieures sur lesquelles l’opposition était fondée constitue un fait nouveau postérieur au prononcé de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640). Or, étant donné que la chambre de recours devait prendre une nouvelle décision en procédant à une nouvelle appréciation en droit et en fait du litige, elle était tenue de prendre ce fait nouveau en considération.

49 En troisième lieu, s’agissant de la question de savoir si l’expiration des enregistrements des marques antérieures constituait un fait nouveau susceptible d’avoir une incidence sur le sens de la décision que devait prendre la chambre de recours, il convient de constater que cette dernière s’est fondée, au point 25 de la décision attaquée, sur la considération selon laquelle la marque antérieure invoquée à l’appui de l’opposition doit être valide non seulement au moment de la publication de la demande d’enregistrement de la marque demandée, mais également au moment de la décision de la chambre de recours.

50 À cet égard, dans son arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere (C‑337/22 P, EU:C:2026:71, points 107, 112 et 120), la Cour a jugé, s’agissant d’une opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 4, du règlement no 207/2009, que l’existence d’un motif relatif de refus invoqué à l’appui d’une opposition à l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne doit non seulement être appréciée à la date de dépôt de la demande relative à cet enregistrement, mais également à la date à laquelle l’EUIPO statue définitivement sur l’opposition.

51 En l’espèce, il y a lieu d’examiner si la considération énoncée au point 50 ci-dessus s’applique également à une opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, comme c’est le cas en l’espèce.

52 Premièrement, il convient de constater que, selon l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement « lorsqu[e], en raison de son identité ou de sa similitude avec [une] marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire [sur] lequel la marque antérieure est protégée » et que « le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure ». Par ailleurs, en vertu de l’article 8, paragraphe 2, dudit règlement, il convient d’entendre par « marques antérieures », notamment, les marques enregistrées dans un État membre ou dans l’Union européenne et les marques qui ont fait l’objet d’un enregistrement international ayant effet dans un État membre ou dans l’Union, dont la date de dépôt est antérieure à celle de la demande de marque de l’Union européenne.

53 À cet égard, il convient de relever que les conditions d’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 sont rédigées au présent. De même, l’expression « la marque demandée est refusée à l’enregistrement », qui se réfère à la décision de l’EUIPO accueillant l’opposition et rejetant la demande d’enregistrement de la marque de l’Union européenne, est également rédigée au présent (arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 106). Par ailleurs, l’article 8, paragraphe 2, du même règlement se rapporte explicitement à un critère temporel d’antériorité de l’acquisition de droits sur le signe invoqué au soutien de l’opposition au regard de la date de dépôt de la demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne concernée ou, le cas échéant, de la date de priorité invoquée au soutien de celle-ci.

54 Il se déduit du libellé de l’article 8, paragraphe 1, sous b), et paragraphe 2, du règlement no 207/2009, s’agissant des oppositions fondées sur des marques antérieures enregistrées auxquelles cette dernière disposition est applicable, que, si la date de dépôt de la demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne est pertinente aux fins de l’appréciation de l’antériorité de ces marques antérieures enregistrées, l’existence de celles-ci jusqu’à la date à laquelle il est statué sur l’opposition est requise pour que cette opposition soit accueillie. Ainsi, alors que l’article 8, paragraphe 2, de ce règlement définit les « marques antérieures », aux fins de l’article 8, paragraphe 1, du même règlement, comme visant, notamment, « les marques dont la date de dépôt est antérieure à celle de la demande de marque [de l’Union européenne], compte tenu, le cas échéant, du droit de priorité invoqué à l’appui de ces marques », l’article 8, paragraphe 1, sous b), dudit règlement prévoit que, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement, lorsque les conditions visées à cette dernière disposition sont remplies, à savoir lorsqu’il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée, en raison de l’identité ou de la similitude de la marque demandée avec la marque antérieure et de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 109).

55 Deuxièmement, cette interprétation est renforcée par le contexte dans lequel l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 s’inscrit.

56 En effet, la Cour a jugé que, à l’instar du libellé de l’article 8, paragraphes 1 et 2, du règlement no 207/2009, celui de l’article 8, paragraphe 4, de ce règlement, dont la structure est comparable, suggère que, certes, l’acquisition du droit antérieur invoqué à l’appui d’une opposition fondée sur ladite disposition doit s’apprécier au regard de la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque de l’Union européenne concernée ou, le cas échéant, de la date de priorité. Toutefois, il s’en déduit également qu’il est nécessaire, pour que cette opposition puisse être accueillie, que ce droit antérieur confère à son titulaire le « droit d’interdire l’utilisation d’une marque plus récente » en vertu de la législation d’un État membre ou de celle de l’Union non seulement à cette date, mais également à la date ultérieure de la formation de cette opposition et jusqu’à la date à laquelle il est décidé si « la marque demandée est refusée à l’enregistrement » (arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, points 107 et 109).

57 La Cour a également jugé, s’agissant de l’article 8, paragraphe 4, du règlement no 207/2009, que la question de savoir s’il existe toujours un droit antérieur protégé de manière valide devait être appréciée à la date à laquelle l’EUIPO statuait définitivement sur l’opposition afin de décider si « la marque demandée [étai]t refusée à l’enregistrement », y compris au stade du recours devant la chambre de recours. Il s’agit d’une question préalable que l’EUIPO doit trancher avant de vérifier si l’opposant a prouvé que ce droit antérieur remplissait, par ailleurs, les conditions matérielles prévues à l’article 8, paragraphe 4, du règlement no 207/2009, et notamment qu’il conférait à son titulaire le droit d’interdire l’utilisation d’une marque plus récente (arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 112).

58 Troisièmement, l’interprétation énoncée au point 54 ci-dessus est également corroborée par les objectifs de la procédure d’opposition.

59 À cet égard, il y a lieu de relever que les critères d’antériorité énoncés à l’article 8, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, en ce qui concerne les marques antérieures enregistrées, mettent en œuvre le principe de priorité, rappelé au considérant 12 du règlement 2017/1001 (voir, en ce sens, arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 114).

60 En vertu du principe de priorité, le droit exclusif que confèrent le règlement no 207/2009 et le règlement 2017/1001 au titulaire de la marque de l’Union européenne appartient à celui qui a enregistré ou acquis en premier lieu la marque concernée. Dès lors, ainsi que cela ressort de l’article 46 du règlement no 207/2009, c’est la date du dépôt de la demande d’enregistrement relative à cette marque ou, le cas échéant, la date de la priorité invoquée à l’appui de cette demande qui est déterminante. En cas de conflit entre deux marques, celle acquise ou enregistrée en premier lieu est présumée réunir les conditions requises pour être protégée avant la marque de l’Union européenne enregistrée en second lieu (voir arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 115 et jurisprudence citée).

61 Dans cette perspective, la procédure d’opposition, qui est au nombre des mécanismes de contrôle préalable disponibles dans le cadre de la procédure d’enregistrement des marques de l’Union européenne, répond à une finalité préventive consistant à éviter l’enregistrement de marques de l’Union européenne susceptibles d’entrer en conflit avec d’autres marques en permettant au titulaire d’une marque antérieure d’empêcher qu’un signe susceptible de porter atteinte à cette marque soit enregistré, sans préjudice de la faculté dont ce titulaire dispose, en vertu du règlement no 207/2009, d’introduire une action en contrefaçon en raison de l’usage d’une marque postérieure ou une demande en nullité à l’égard de cette dernière, une fois celle-ci enregistrée (voir arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 116 et jurisprudence citée).

62 En outre, l’objectif général du règlement no 207/2009 est de mettre en balance, d’une part, les intérêts du titulaire d’une marque à sauvegarder la fonction essentielle de celle-ci, laquelle consiste à garantir au consommateur ou à l’utilisateur final l’identité d’origine du produit ou du service désigné par cette marque, en lui permettant de distinguer sans confusion possible ce produit ou ce service de ceux qui ont une autre provenance, et, d’autre part, les intérêts d’autres opérateurs économiques à disposer de signes susceptibles de désigner leurs produits et services (voir arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 117 et jurisprudence citée).

63 Dès lors, l’interprétation selon laquelle l’EUIPO ne devrait pas tenir compte de la circonstance qu’une marque antérieure a cessé d’être protégée sur le territoire pertinent à une date postérieure à celle du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque de l’Union européenne, et avant que l’EUIPO ne statue sur l’opposition, a nécessairement pour résultat que l’EUIPO est susceptible de devoir refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne en raison d’un conflit potentiel avec une marque antérieure, alors que, à la date de cette décision de refus, cette dernière marque n’est plus protégée sur ce territoire par la législation ou les dispositions conventionnelles qui lui sont applicables (voir, en ce sens, arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 120).

64 Cependant, dans une situation où la marque antérieure ne bénéficie plus d’une telle protection, la fonction essentielle de cette marque ne peut plus être compromise par l’enregistrement de la marque de l’Union européenne, dès lors qu’une telle marque antérieure n’est plus apte à remplir cette fonction essentielle. Partant, l’interprétation selon laquelle il n’est pas exigé que la marque antérieure soit encore valide à la date à laquelle la décision statuant sur l’opposition est prise est contraire à l’objectif général de ce règlement de mise en balance des intérêts du titulaire d’une marque antérieure et de ceux des tiers à disposer de signes susceptibles de désigner leurs produits et services (voir, en ce sens, arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, point 121).

65 À la lumière de ces considérations, il y a lieu de constater que la prémisse selon laquelle l’existence d’un motif relatif de refus invoqué à l’appui d’une opposition doit être appréciée à la date du dépôt de la demande relative à l’enregistrement de la marque de l’Union européenne, sans que la perte, après cette date, du statut de marque enregistrée ou protégée de la marque antérieure ait une incidence sur l’issue de l’opposition, ne trouve de fondement ni dans le libellé et le contexte de l’article 8, paragraphes 1 et 2, du règlement no 207/2009 ni, plus généralement, dans les objectifs de la procédure d’opposition (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, C‑337/22 P, EU:C:2026:71, points 101 et 102).

66 Par conséquent, c’est à bon droit que la chambre de recours a considéré que les marques antérieures sur lesquelles l’opposition était fondée devaient être valides non seulement au moment de la publication de la demande d’enregistrement de la marque demandée, mais également à la date de sa décision et que, à ce titre, elle a pris en compte les décisions judiciaires nationales des 25 octobre 2023 et 7 mars 2024 déclarant, de manière définitive, que les enregistrements des marques antérieures étaient arrivés à expiration, pour conclure que l’opposition était devenue sans objet, en raison de la perte de validité de ces marques au cours de la procédure.

67 Il importe de relever, à l’instar de l’EUIPO durant l’audience, que la circonstance selon laquelle l’arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere (C‑337/22 P, EU:C:2026:71), s’inscrit dans le contexte de la perte de la protection de la marque antérieure en raison du retrait du Royaume-Uni de l’Union est sans incidence sur la transposition de la solution dégagée par cet arrêt au cas d’espèce.

68 À cet égard, la Cour a précisé, au point 140 de l’arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere (C‑337/22 P, EU:C:2026:71), que la question de savoir si était pertinent, aux fins de l’examen d’une opposition, le fait que le droit antérieur avait cessé de bénéficier de la protection qui lui était conférée par le droit de l’Union, en raison d’une circonstance indépendante de la volonté de son titulaire, telle que le retrait du Royaume-Uni de l’Union, à la différence du non-renouvellement d’une marque antérieure comme en l’espèce, n’était pas déterminante, dès lors que, en tout état de cause, dans une telle hypothèse, la fonction essentielle de ce droit antérieur n’était plus susceptible d’être menacée par l’enregistrement de la marque demandée.

69 Il résulte de tout ce qui précède que la chambre de recours a pu valablement prendre en compte le fait nouveau afférent à la validité des marques antérieures sans méconnaître le principe de sécurité juridique. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la requérante, à savoir que la prise en compte de ce fait méconnaît des motifs de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), revêtus de l’autorité de la chose jugée, il y a lieu de constater que ce fait nouveau est postérieur audit arrêt, de sorte que sa prise en compte ne méconnaît ni l’autorité de la chose jugée dont est revêtu cet arrêt ni, pour les motifs précédemment énoncés, le principe de sécurité juridique.

70 Il s’ensuit que le premier moyen doit être rejeté comme étant non fondé.

Sur le second moyen, tiré de la violation de l’article 55 du règlement no 207/2009

71 La requérante soutient, sur le fondement de l’article 55, paragraphe 1 et paragraphe 3, sous a), du règlement no 207/2009, d’une part, que la déchéance d’une marque est réputée produire ses effets à compter de la date de la demande en déchéance ou de la demande reconventionnelle et, d’autre part, que la déchéance, en ce que la date de celle-ci est postérieure au prononcé de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), ne saurait affecter le dispositif dudit arrêt.

72 À cet égard, la requérante relève que, devant la Cour, ainsi qu’il ressort du point 11 de l’ordonnance du 13 novembre 2020, Wallapop/EUIPO (C‑763/18 P, non publiée, EU:C:2020:998), l’EUIPO avait fait valoir que la déchéance des marques antérieures avait produit des effets ex nunc, respectivement, le 30 octobre 2019 et le 3 février 2020, de sorte que cette déchéance n’affectait la légalité ni de la première décision de la chambre de recours ni de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640). Or, dans la décision attaquée, l’EUIPO soutiendrait le contraire en indiquant ne pas pouvoir accueillir les prétentions de la requérante en raison de la déchéance des marques dont elle est titulaire et qui fondent l’opposition. De telles positions contradictoires à deux moments distincts de la procédure découleraient d’une interprétation erronée de la notion de déchéance et entraîneraient une insécurité juridique.

73 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

74 L’article 55 du règlement no 207/2009, intitulé « Effets de la déchéance et de la nullité » prévoit :

« 1. La marque [de l’Union européenne] est réputée n’avoir pas eu, à compter de la date de la demande en déchéance ou de la demande reconventionnelle, les effets prévus au présent règlement, selon que le titulaire est déclaré déchu de ses droits en tout ou en partie. Une date antérieure, à laquelle est survenue l’une des causes de la déchéance, peut être fixée dans la décision, sur demande d’une partie.

[...]

3. Sous réserve des dispositions nationales relatives soit aux recours en réparation du préjudice causé par la faute ou la mauvaise foi du titulaire de la marque, soit à l’enrichissement sans cause, l’effet rétroactif de la déchéance ou de la nullité de la marque n’affecte pas :

a) les décisions en contrefaçon ayant acquis l’autorité de la chose jugée et exécutées antérieurement à la décision de déchéance ou de nullité ;

b) les contrats conclus antérieurement à la décision de déchéance ou de nullité, dans la mesure où ils ont été exécutés antérieurement à cette décision ; toutefois, la restitution de sommes versées en vertu du contrat, dans la mesure où les circonstances le justifient, peut être réclamée pour des raisons d’équité. »

75 En l’espèce, il y a lieu de constater que les marques antérieures dont se prévaut la requérante sont des marques nationales. Dès lors, la requérante ne peut utilement se prévaloir, à l’égard desdites marques, de l’article 55 du règlement no 207/2009, qui, comme l’indique l’intitulé dudit règlement, ne s’applique qu’aux marques de l’Union européenne.

76 En outre, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel la déchéance des marques antérieures ne saurait affecter le dispositif de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), il y a lieu de relever, d’une part, qu’il est constant entre les parties que l’OEPM a constaté la déchéance des marques antérieures les 30 octobre 2019 et 3 février 2020, en raison d’un défaut de renouvellement des droits par la requérante. Il est également constant que cette déchéance est intervenue après l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), qu’elle opère ex nunc, sans effets rétroactifs, et qu’elle a été confirmée par les décisions judiciaires nationales des 25 octobre 2023 et 7 mars 2024.

77 D’autre part, contrairement à ce que soutient la requérante et ainsi qu’il ressort du point 40 ci-dessus, l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours par l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), sans que le Tribunal ait procédé à une réformation, a eu pour effet, dans la mesure de l’annulation prononcée, de ressaisir la chambre de recours du recours de la requérante et que ladite chambre était tenue de prendre une nouvelle décision pour statuer sur ce recours à la lumière de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640).

78 À cet égard, il résulte de la jurisprudence citée au point 46 ci-dessus que la chambre de recours doit prendre sa décision en prenant en compte les changements de circonstances qui interviennent entre le dépôt de l’opposition et sa décision. Or, ainsi qu’il résulte des points 66 et 69 ci-dessus, la chambre de recours devait tenir compte, outre des considérations de l’arrêt du 3 octobre 2018, wallapop (T‑186/17, non publié, EU:T:2018:640), des circonstances nouvelles telles que la déchéance des marques antérieures pendant la procédure, étant donné que la validité de ces marques au moment de la prise de décision avait une incidence déterminante sur le sens de sa décision.

79 Il s’ensuit que le second moyen doit également être rejeté.

80 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, aucun des moyens invoqués par la requérante au soutien de ses conclusions ne devant être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.

Sur les dépens

81 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

82 Une audience ayant eu lieu et la requérante ayant succombé, il y a lieu de condamner cette dernière aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO et de l’intervenante.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (huitième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Unipreus SL est condamnée aux dépens.

Gâlea

Ricziová

Spangsberg Grønfeldt

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’espagnol.

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