Jurisprudence CJUE62024TJ0551_RES

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 9 septembre 2026.#Unipreus SL contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative WALLAPOP – Marques nationales figuratives antérieures WALA W – Motif relatif de refus – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 – Moment pertinent pour l’appréciation de l’existence d’une marque antérieure.#Affaire T-551/24.

CELEX62024TJ0551_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

Affaire T551/24

Unipreus SL

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 9 septembre 2026

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative WALLAPOP – Marques nationales figuratives antérieures WALA W – Motif relatif de refus – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 – Moment pertinent pour l’appréciation de l’existence d’une marque antérieure »

1. Marque de l’Union européenne – Procédure de recours – Recours devant le juge de l’Union – Exécution d’un arrêt annulant une décision d’une chambre de recours – Nouvel examen du recours – Changements de circonstances intervenant entre le dépôt de l’opposition et la décision définitive statuant sur l’opposition – Prise en considération – Expiration de la durée de validité de la marque antérieure – Inclusion

(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 47 et 70, § 1)

(voir points 46, 48, 78)

2. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Opposition par le titulaire d’une marque antérieure identique ou similaire enregistrée pour des produits ou services identiques ou similaires – Condition – Existence de la marque antérieure jusqu’à la date du prononcé de la décision finale relative à l’opposition

(Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 1 et 2)

(voir points 50, 54, 56, 57, 65, 66, 69)

3. Marque de l’Union européenne – Effets de la marque de l’Union européenne – Droits conférés par la marque – Droit d’interdire l’usage de la marque – Usage d’un signe identique ou similaire couvrant des produits ou services identiques ou similaires – Étendue du droit exclusif accordé au titulaire – Principe de priorité – Limites – Assurer la fonction essentielle de la marque – Nécessité d’une protection sur le territoire pertinent à la date de la décision finale de l’Office

(Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 2 et 4)

(voir points 59-64)

Résumé

Par son arrêt, le Tribunal applique pour la première fois les considérations de la jurisprudence EUIPO/Nowhere (1) relatives à l’incidence, sur l’issue de la procédure d’opposition, de la disparition ex nunc du droit antérieur invoqué à l’appui d’une telle opposition au cours de la procédure devant l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).

Le 18 septembre 2014, Wallapop SL, l’intervenante, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif WALLAPOP, contre laquelle Unipreus SL, la requérante, a formé opposition sur le fondement de trois marques espagnoles antérieures (2). La division d’opposition y a partiellement fait droit.

Saisie par les deux parties, la chambre de recours a rejeté l’opposition de la requérante. Toutefois, cette décision a partiellement été annulée par le Tribunal qui a considéré que la chambre de recours avait conclu à tort que les services en cause étaient différents (3).

Par la suite, l’affaire a été renvoyée devant la chambre de recours de l’EUIPO. Le 30 mars 2021, la requérante a demandé la suspension de la procédure devant cette chambre jusqu’à ce qu’il soit mis fin à la procédure administrative nationale qu’elle avait engagée concernant l’expiration des enregistrements de ses marques antérieures.

Par une décision du 26 août 2024 (ci-après la « décision attaquée »), la chambre de recours, compte tenu des décisions judiciaires nationales de 2023 et de 2024 devenues définitives, a rejeté l’opposition en concluant que celle-ci était devenue sans objet du fait que les marques nationales antérieures sur lesquelles elle était fondée avaient perdu leur validité au cours de la procédure.

C’est dans ce contexte que le Tribunal a été saisi d’une demande en annulation et en réformation de la décision attaquée.

Appréciation du Tribunal

En premier lieu, le Tribunal rappelle que les divisions d’opposition et les chambres de recours de l’EUIPO doivent tenir compte des changements de circonstances qui interviennent entre le dépôt de l’opposition ainsi que la décision statuant sur celle-ci, et doivent donc avoir connaissance de la durée de validité de la marque antérieure.

Dans le cas d’espèce, le Tribunal constate que l’expiration des enregistrements des marques antérieures sur lesquelles était fondée l’opposition constitue un fait nouveau postérieur au prononcé de l’arrêt du Tribunal. Par conséquent, la chambre de recours était tenue, pour adopter une nouvelle décision, de prendre en considération ce fait nouveau.

En second lieu, afin de savoir si ce fait nouveau était susceptible d’avoir une incidence sur le sens de la décision que devait prendre la chambre de recours, le Tribunal souligne que celle-ci, dans la décision attaquée, a considéré que la marque antérieure invoquée à l’appui de l’opposition devait être valide non seulement au moment de la publication de la demande d’enregistrement de la marque contestée, mais également au moment de la décision de la chambre de recours.

À cet égard, le Tribunal précise que la Cour a jugé, au sujet de l’article 8, paragraphe 4, du règlement no 207/2009, que l’existence d’un motif relatif de refus invoqué à l’appui d’une opposition à l’enregistrement d’une marque doit non seulement être appréciée à la date de dépôt de cet enregistrement, mais également à la date à laquelle l’EUIPO statue définitivement sur l’opposition (4). Dès lors, il examine si la chambre de recours a transposé à bon droit cette considération à une opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), de ce règlement.

Premièrement, le Tribunal indique qu’il découle des termes de cette disposition que, si la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée est pertinente pour déterminer l’antériorité des marques antérieures enregistrées, leur existence jusqu’à la date à laquelle il est statué sur l’opposition est requise pour que celle-ci soit accueillie.

Deuxièmement, au regard du contexte dans lequel s’inscrit l’article 8, paragraphe 1, sous b), le Tribunal relève que la question relative à l’existence d’un droit antérieur protégé de manière valide à la date de la décision finale de l’EUIPO sur l’opposition est une question préalable que cet office doit trancher avant de vérifier si l’opposant a prouvé que ce droit antérieur remplissait les conditions matérielles prévues par la procédure d’opposition, et notamment qu’il lui conférait le droit d’interdire l’utilisation d’une marque plus récente (5).

Troisièmement, cette interprétation est confortée par les objectifs de la procédure de l’opposition. En effet, celle-ci répond à une finalité préventive, qui consiste à éviter l’enregistrement de marques de l’Union européenne pouvant entrer en conflit avec d’autres marques en permettant au titulaire d’une marque antérieure d’empêcher qu’un signe susceptible de lui porter atteinte soit enregistré.

Dès lors, le Tribunal considère que l’interprétation selon laquelle l’EUIPO ne devrait pas tenir compte de l’expiration de la protection de la marque antérieure sur le territoire pertinent à une date postérieure à celle du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée conduirait l’EUIPO à éventuellement refuser un enregistrement en raison d’un conflit potentiel avec une marque antérieure qui n’est plus protégée. Cette interprétation va à l’encontre de l’objectif général du règlement no 207/2009 de mise en balance des intérêts du titulaire d’une marque antérieure et de ceux des tiers à disposer de signes susceptibles de désigner leurs produits ou services.

Par conséquent, le Tribunal conclut que la prémisse selon laquelle l’existence d’un motif relatif de refus invoqué à l’appui d’une opposition doit être appréciée à la date du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, sans que la perte postérieure de protection de la marque antérieure ait une incidence sur l’opposition, ne trouve de fondement ni dans le libellé et le contexte de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, ni dans les objectifs de la procédure d’opposition.

À la lumière de ce qui précède, le Tribunal juge que c’est à bon droit que la chambre de recours a tenu compte de l’expiration définitive des marques antérieures pour conclure que l’opposition était devenue sans objet, en raison de la perte de validité de ces marques au cours de la procédure, et qu’elle a pu valablement prendre en considération ce fait nouveau sans méconnaitre le principe de sécurité juridique. Partant, il rejette le recours dans son intégralité.


1 Arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere (C‑337/22 P, EU:C:2026:71).


2 Fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1).


3 Arrêt du 3 octobre 2018, Unipreus/EUIPO - Wallapop (wallapop) (T‑186/17, EU:T:2018:640).


4 Arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, points 107, 112 et 120.


5 Arrêt du 5 février 2026, EUIPO/Nowhere, points 107, 109 et 112.

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