Arrêt du Tribunal (dixième chambre) du 2 septembre 2026.#Warbud S.A. contre Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.#* Langue de procédure : l’anglais. Marchés publics de travaux – Procédure d’appel d’offres – Conception et construction des locaux permanents de Frontex – Rejet de l’offre d’un soumissionnaire – Recours en annulation – Acte susceptible de recours – Intérêt à agir – Recevabilité – Obligation de motivation – Offre anormalement basse».#Affaire T-658/24.
| CELEX | 62024TJ0658 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 2 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (dixième chambre)
2 septembre 2026
(*) Marchés publics de travaux – Procédure d’appel d’offres – Conception et construction des locaux permanents de Frontex – Rejet de l’offre d’un soumissionnaire – Recours en annulation – Acte susceptible de recours – Intérêt à agir – Recevabilité – Obligation de motivation – Offre anormalement basse »
Dans l’affaire T‑658/24,
Warbud S.A., établie à Varsovie (Pologne), représentée par Mes K. Kuźma, M. Gajdek, W. Hartung et D. Sarmiento Ramírez-Escudero, avocats,
partie requérante,
contre
Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), représentée par MM. C. Carroll et R.-A. Popa, en qualité d’agents, assistés de Mes M. Troncoso Ferrer et L. Lence de Frutos, avocats,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (dixième chambre),
composé de MM. S. L. Kalėda, président, M. Jaeger (rapporteur) et H. Kanninen, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
vu l’ordonnance du 13 février 2025, Warbud/Frontex (T‑658/24 R, non publiée),
vu l’ordonnance du 11 avril 2025, Warbud/Frontex (T‑658/24 R, non publiée, EU:T:2025:411),
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Warbud S.A., demande, en substance, l’annulation de la décision qui lui a été communiquée par un courriel du 23 octobre 2024 (ci-après la « première décision attaquée ») et de la décision qui lui a été communiquée par un courriel du 7 février 2025 (ci-après la « seconde décision attaquée »), par lesquelles l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) a écarté l’offre qu’elle avait présentée dans le cadre de la procédure d’attribution Frontex/CD/1217/2021/RS (ci-après la « procédure d’attribution ») concernant la conception et la construction des locaux permanents de cette agence à Varsovie (Pologne) (ci-après les « locaux permanents ») et a attribué le marché à un autre soumissionnaire.
I. Antécédents du litige
2 Le 12 juillet 2022, par un avis de marché publié au Supplément au Journal officiel de l’Union européenne (JO 2022/S, 132‑375031), Frontex a lancé l’appel d’offres concernant la procédure d’attribution. Selon cet avis de marché, la procédure d’attribution devait se dérouler en trois phases. Lors de la première phase, les opérateurs économiques intéressés devaient présenter leurs demandes de participation à ladite procédure. Au cours de la deuxième phase, un dialogue permanent devait être mis en œuvre entre Frontex et les candidats. Lors de la troisième phase, les candidats retenus devaient présenter leurs offres finales pour la procédure d’attribution.
3 Le 18 novembre 2022, la requérante, qui formait un consortium avec une autre société polonaise (ci-après le « consortium de la requérante »), a présenté une demande de participation à la première phase de la procédure d’attribution.
4 À la suite de l’acceptation de sa participation, le consortium de la requérante a transmis à Frontex, le 12 septembre 2023, une offre initiale.
5 Par courriel du 29 octobre 2023, Frontex a informé le consortium de la requérante qu’il avait été sélectionné pour participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution et lui a fourni une grille d’évaluation indiquant les notes attribuées à son offre initiale.
6 Le 9 février 2024, le consortium de la requérante a présenté une offre révisée pour la procédure d’attribution.
7 Par courriel du 24 juillet 2024, à la suite de la décision de l’autre société polonaise de se retirer du consortium, Frontex a invité la requérante, dans le cadre de la troisième phase de la procédure d’attribution, à présenter une offre finale en son nom propre.
8 Le 16 septembre 2024, la requérante a transmis à Frontex son offre finale pour la procédure d’attribution.
9 Par courriel du 23 octobre 2024, Frontex a transmis à la requérante la première décision attaquée, par laquelle elle l’a informée que son offre finale n’avait pas été retenue et lui a communiqué les notes qu’elle avait obtenues pour chacun des critères d’attribution définis dans le cadre de la procédure d’attribution.
10 Par lettre du 30 octobre 2024, la requérante a demandé à Frontex, sur le fondement de l’article 170, paragraphe 3, du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1), qui régissait la procédure d’attribution, de lui indiquer le nom du soumissionnaire retenu dans ladite procédure ainsi que les notes attribuées à l’offre que celui-ci avait transmise (ci-après l’« offre finale retenue »), de lui fournir la justification détaillée des notes attribuées à son offre finale pour les critères d’attribution concernant tant l’architecture et la fonctionnalité du bâtiment que la durabilité et de suspendre la signature du contrat avec le soumissionnaire retenu afin de procéder à une analyse complémentaire des offres soumises, dès lors qu’il était vraisemblable, selon elle, de considérer que le prix de l’offre finale retenue avait été largement sous-estimé ou que, dans cette offre, le soumissionnaire retenu n’avait pas pris en compte toutes les exigences figurant dans les documents relatifs à la procédure d’attribution.
11 Le 8 novembre 2024, Frontex a transmis à la requérante un document intitulé « Réponse au point no 1 de la lettre de Warbud », dans lequel elle indiquait que le soumissionnaire retenu dans le cadre de la procédure d’attribution était un consortium composé de trois sociétés (ci-après le « consortium retenu ») et elle comparait les notes attribuées à l’offre finale de la requérante avec celles attribuées à l’offre finale retenue.
12 Le même jour, Frontex a transmis à la requérante un document intitulé « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », qui contenait un extrait du rapport d’évaluation réalisé par son comité d’évaluation (ci-après le « comité d’évaluation ») indiquant la justification des notes attribuées à l’offre finale de la requérante pour les critères de qualité concernant tant l’architecture et la fonctionnalité du bâtiment que la durabilité.
13 Le même jour, Frontex a également envoyé à la requérante un document intitulé « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud ». Celui-ci contenait un autre extrait du rapport d’évaluation réalisé par le comité d’évaluation, dont il ressortait que le prix de l’offre finale retenue était beaucoup plus bas que celui de l’offre finale de la requérante, ce qui a conduit ledit comité à apprécier prima facie si l’offre finale retenue était anormalement basse. Dans ce contexte, le comité d’évaluation a relevé que la différence entre le prix de l’offre finale de la requérante et le prix de l’offre finale retenue concernait notamment les estimations effectuées pour le coût des installations techniques. En effet, alors que, dans l’offre finale retenue, les installations techniques représentaient 35,64 % du « prix » total, dans l’offre finale de la requérante, elles représentaient 47,72 % du coût total. Or, le comité d’évaluation a considéré que l’estimation du coût des installations techniques proposée par le consortium retenu était conforme à celle fournie par un métreur indépendant (ci-après l’« estimation du métreur ») avant la procédure d’attribution, selon laquelle le coût desdites installations devait représenter 34,92 % du coût total, et à celles prévues par plusieurs guides et plusieurs études relatifs aux coûts de construction (ci-après les « guides et études en cause »), selon lesquelles ce coût devait être compris entre 30 % et 35 % du coût total.
14 Par lettre du 19 novembre 2024, la requérante a demandé à Frontex de réévaluer son offre finale ainsi que l’offre finale retenue et de suspendre, pendant le temps nécessaire à cette réévaluation, la signature du contrat avec le consortium retenu. À cet égard, la requérante a notamment fait valoir que le prix de l’offre finale retenue devait être considéré comme anormalement bas, que ladite offre ne répondait pas aux exigences minimales identifiées dans le cadre de la procédure d’attribution et que son offre finale aurait dû recevoir des notes plus élevées pour les critères de qualité concernant tant l’architecture et la fonctionnalité du bâtiment que la durabilité.
15 Par courriel du 17 décembre 2024, Frontex a informé la requérante que, conformément au point 36.1 de l’annexe I du règlement (UE, Euratom) 2024/2509 du Parlement européen et du Conseil, du 23 septembre 2024, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union (JO L, 2024/2509), elle avait décidé de suspendre, pour deux mois, la signature du contrat relatif à la procédure d’attribution afin de procéder à un examen complémentaire de son offre finale et de l’offre finale retenue et que ledit contrat ne serait pas signé avant l’expiration d’un délai de trois jours ouvrables à compter du jour suivant celui de l’envoi aux parties concernées de la notification du résultat de cet examen complémentaire (ci-après la « décision de suspension »).
16 Le 18 décembre 2024, la requérante a introduit le présent recours.
II. Faits postérieurs à l’introduction du recours
17 Par courriel du 7 février 2025, Frontex a transmis à la requérante la seconde décision attaquée, dans laquelle elle lui indiquait que, après avoir procédé à la réévaluation des offres reçues, elle avait décidé de ne pas retenir son offre finale et lui communiquait les notes qu’elle avait obtenues pour chacun des critères d’attribution identifiés dans le cadre de la procédure d’attribution. De plus, Frontex indiquait que, conformément à l’article 178, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement 2018/1046, le contrat avec le soumissionnaire retenu ne serait signé qu’à l’expiration d’un délai d’attente de dix jours.
18 Par lettre du 11 février 2025, la requérante a demandé à Frontex, sur le fondement de l’article 170, paragraphe 3, du règlement 2018/1046, de lui fournir des informations détaillées en ce qui concernait les notes qui, à la suite de la réévaluation, avaient été attribuées à son offre finale et à l’offre finale retenue, de lui indiquer les caractéristiques et les avantages relatifs de l’offre finale retenue et de préciser si cette offre avait été analysée sous l’angle de la possibilité d’un prix anormalement bas.
19 Par courriel du 17 février 2025, Frontex a répondu à la lettre de la requérante du 11 février 2025 en précisant notamment que, le 30 janvier 2025, le comité d’évaluation s’était réuni, avait réévalué minutieusement l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue, sans se borner à corriger des erreurs de plume ou de calcul, et avait conclu que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse (ci-après le « courriel du 17 février 2025 »).
20 Par courriel du 18 février 2025, Frontex a fourni à la requérante les annexes qui ne figuraient pas dans le courriel du 17 février 2025.
21 Par courriel du 27 février 2025, la requérante a demandé à Frontex de lui transmettre toute la correspondance qu’elle avait échangée avec le consortium retenu ainsi que les avis et les estimations de coûts élaborés par des experts indépendants en ce qui concernait, notamment, la question de savoir si le prix proposé par ledit consortium était anormalement bas.
22 Par lettre du 7 mars 2025, Frontex a indiqué à la requérante qu’elle ne pouvait pas lui transmettre les informations qu’elle avait demandées dans son courriel du 27 février 2025 au motif que celles-ci n’entraient pas dans la liste des informations figurant à l’article 170, paragraphe 3, du règlement 2018/1046 que le pouvoir adjudicateur pouvait communiquer à un soumissionnaire.
23 Le 10 mars 2025, la requérante a déposé au greffe du Tribunal un mémoire en adaptation, au titre de l’article 86 du règlement de procédure du Tribunal, afin d’adapter sa requête au regard de l’adoption de la seconde décision attaquée.
III. Conclusions des parties
24 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– déclarer le recours et le mémoire en adaptation recevables ;
– annuler la première décision attaquée et la seconde décision attaquée ;
– condamner Frontex aux dépens.
25 Frontex conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours et le mémoire en adaptation comme étant irrecevables ;
– à titre subsidiaire, rejeter le recours comme étant non fondé ;
– condamner la requérante aux dépens.
IV. En droit
A. Sur l’exception d’irrecevabilité
26 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 17 mars 2025, Frontex a soulevé une exception d’irrecevabilité, sur le fondement de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure. Elle formule deux griefs au soutien de celle-ci.
1. Sur le premier grief de l’exception d’irrecevabilité, tiré de l’irrecevabilité du chef de conclusions tendant à l’annulation de la première décision attaquée
27 Par son premier grief, Frontex fait valoir, en substance, que le chef de conclusions tendant à l’annulation de la première décision attaquée est irrecevable au motif que, à la date d’introduction du recours, cette décision avait été suspendue par la décision de suspension. Ainsi, la première décision attaquée ne constituerait pas un acte attaquable en vertu de l’article 263 TFUE et, en tout état de cause, la requérante n’aurait pas justifié son intérêt à agir contre celle-ci.
28 La requérante conteste les arguments de Frontex.
29 Il convient de relever que, selon la jurisprudence, ne constituent des actes ou des décisions susceptibles de faire l’objet d’un recours en annulation, au sens de l’article 263 TFUE, que les mesures produisant des effets juridiques obligatoires de nature à affecter les intérêts de la partie requérante en modifiant de façon caractérisée sa situation juridique (arrêt du 11 novembre 1981, IBM/Commission, 60/81, EU:C:1981:264, point 9 ; voir, également, arrêt du 13 juin 2019, Strabag Belgium/Parlement, T‑299/18, non publié, EU:T:2019:411, point 33 et jurisprudence citée). En revanche, échappe au contrôle juridictionnel prévu à l’article 263 TFUE tous les actes ne produisant pas d’effets juridiques obligatoires de nature à affecter les intérêts du justiciable, tels que les actes préparatoires, les actes confirmatifs et les actes de pure exécution, les simples recommandations et avis ainsi que, en principe, les instructions internes (voir arrêt du 12 septembre 2006, Reynolds Tobacco e.a./Commission, C‑131/03 P, EU:C:2006:541, point 55 et jurisprudence citée, et ordonnance du 19 mai 2025, Birių Krovinių Terminalas/Conseil, T‑261/24, non publiée, EU:T:2025:540, point 20 et jurisprudence citée).
30 Pour déterminer si un acte attaqué produit des effets juridiques obligatoires de nature à affecter les intérêts de la partie requérante, il y a lieu de s’attacher à sa substance et d’apprécier ses effets au regard de critères objectifs, tels que le contenu de celui-ci, en tenant compte, le cas échéant, du contexte de son adoption ainsi que des pouvoirs de l’institution, de l’organe ou de l’organisme qui en est l’auteur, ces pouvoirs devant être appréhendés non pas de manière abstraite, mais en tant qu’éléments de nature à éclairer l’analyse concrète du contenu de cette mesure (voir arrêts du 13 février 2025, Swissgrid/Commission, C‑121/23 P, EU:C:2025:83, point 37 et jurisprudence citée, et du 13 juin 2019, Strabag Belgium/Parlement, T‑299/18, non publié, EU:T:2019:411, point 34 et jurisprudence citée).
31 De plus, il ressort de la jurisprudence que les actes des institutions de l’Union européenne produisent des effets juridiques aussi longtemps qu’ils n’ont pas été retirés, annulés dans le cadre d’un recours en annulation ou déclarés invalides à la suite d’un renvoi préjudiciel (voir, en ce sens, arrêt du 5 octobre 2004, Commission/Grèce, C‑475/01, EU:C:2004:585, point 18 et jurisprudence citée, et ordonnance du 14 février 2012, Italie/Commission, T‑305/08, non publiée, EU:T:2012:70, point 22).
32 En l’espèce, Frontex a transmis à la requérante la première décision attaquée par un courriel du 23 octobre 2024 et, en réponse à sa lettre du 19 novembre 2024, elle lui a envoyé, le 17 décembre 2024, la décision de suspension. Puis, le 18 décembre 2024, la requérante a introduit le présent recours.
33 À cet égard, il convient de rappeler que la décision de suspension a été adoptée par Frontex sur le fondement du point 36.1, deuxième alinéa, de l’annexe I du règlement 2024/2509. Les termes de cette disposition sont les suivants :
« Le cas échéant, le pouvoir adjudicateur peut suspendre la signature du contrat pour examen complémentaire si les demandes ou commentaires formulés par des candidats ou soumissionnaires évincés ou lésés, ou toute autre information pertinente reçue durant la période énoncée à l’article 178, paragraphe 3, le justifient. Dans le cas d’une suspension, tous les candidats ou soumissionnaires sont informés dans les trois jours ouvrables suivant la décision de suspension. »
34 Ainsi, conformément au point 36.1 de l’annexe I du règlement 2024/2509, dans la décision de suspension, Frontex a indiqué qu’elle avait décidé de suspendre, pour deux mois, la signature du contrat relatif à la procédure d’attribution afin de procéder à un examen complémentaire de l’offre finale de la requérante et de l’offre finale retenue et que ledit contrat ne serait pas signé avant l’expiration d’un délai de trois jours ouvrables à compter du jour suivant celui de l’envoi aux parties concernées de la notification du résultat de cet examen complémentaire.
35 Il s’ensuit que la décision de suspension n’a pas suspendu la première décision attaquée, mais a suspendu, pour deux mois, la signature du contrat avec le consortium retenu afin de permettre à Frontex de réexaminer l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue. Ainsi, conformément à la jurisprudence citée aux points 29 à 31 ci‑dessus, dans la mesure où la première décision attaquée n’a pas été retirée ou annulée ou déclarée invalide, elle n’a pas cessé de produire ses effets juridiques obligatoires vis-à-vis de la requérante. Pendant la période de suspension, la requérante a donc continué, sous l’effet de la première décision attaquée, à être écartée de la procédure d’attribution, dans l’attente du réexamen par Frontex de son offre finale et de l’offre finale retenue.
36 Il s’ensuit que, lors de l’introduction du recours, la première décision attaquée constituait un acte attaquable en vertu de l’article 263 TFUE. Partant, il convient d’apprécier si la requérante justifiait d’un intérêt à agir à son égard.
37 À cet égard, il y a lieu de relever que, selon la jurisprudence, la recevabilité d’un recours en annulation introduit par une personne physique ou morale est subordonnée à la condition que celle‑ci justifie d’un intérêt né et actuel à l’annulation de l’acte attaqué (arrêts du 13 juillet 2000, Parlement/Richard, C‑174/99 P, EU:C:2000:412, point 33, et du 13 novembre 2014, Jaber/Conseil, T‑653/11, EU:T:2014:948, point 54). Ne pouvant concerner une situation future et hypothétique, l’intérêt à agir doit exister au stade de l’introduction du recours, sous peine d’irrecevabilité, et perdurer jusqu’au prononcé de la décision juridictionnelle, sous peine de non-lieu à statuer (voir arrêt du 13 juillet 2023, D & A Pharma/EMA, C‑136/22 P, EU:C:2023:572, point 44 et jurisprudence citée).
38 L’existence d’un intérêt à agir suppose que l’annulation de l’acte attaqué soit susceptible par elle-même d’avoir des conséquences juridiques et que le recours soit susceptible ainsi, au vu de son objet et par le résultat qui en est attendu, de procurer un bénéfice à la partie requérante (voir, en ce sens, arrêts du 7 juin 2007, Wunenburger/Commission, C‑362/05 P, EU:C:2007:322, point 42 ; du 13 novembre 2014, Jaber/Conseil, T‑653/11, EU:T:2014:948, point 55, et du 29 octobre 2015, Direct Way et Direct Way Worldwide/Parlement, T‑126/13, EU:T:2015:819, point 42).
39 La jurisprudence précise également qu’il appartient à la partie requérante d’apporter la preuve de son intérêt à agir (voir arrêt du 7 novembre 2018, BPC Lux 2 e.a./Commission, C‑544/17 P, EU:C:2018:880, point 33 et jurisprudence citée). En particulier, pour qu’un recours en annulation d’un acte, présenté par une personne physique ou morale, soit recevable, il faut que la partie requérante justifie de façon pertinente l’intérêt que présente pour elle l’annulation de cet acte (voir arrêt du 20 décembre 2017, Binca Seafoods/Commission, C‑268/16 P, EU:C:2017:1001, point 45 et jurisprudence citée).
40 En l’espèce, dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité déposées au greffe du Tribunal le 8 mai 2025, la requérante indique que l’annulation de la première décision attaquée et de la seconde décision attaquée lui procurerait un bénéfice, dans la mesure où cela lui permettrait de voir constater l’existence d’une irrégularité dans la procédure d’attribution et, le cas échéant, de se voir attribuer le marché à la place du consortium retenu. Certes, la requérante ne se réfère pas de manière isolée à la première décision attaquée, mais elle justifie son intérêt à agir en prenant en compte conjointement la première décision attaquée et la seconde décision attaquée.
41 À cet égard, il convient de rappeler que, conformément à la jurisprudence citée au point 37 ci-dessus, l’intérêt à agir doit être né et actuel lors de l’introduction du recours. Or, lors de l’introduction du présent recours, la seconde décision attaquée n’avait pas encore été adoptée par Frontex et le seul acte attaquable était la première décision attaquée, dont l’annulation aurait permis à la requérante de voir constater l’existence d’une irrégularité dans la procédure d’attribution et, le cas échéant, de se voir attribuer le marché à la place du consortium retenu.
42 Ainsi, il convient de considérer que la requérante justifie de façon pertinente, au sens de la jurisprudence citée au point 39 ci‑dessus, le fait que, lors de l’introduction du recours, elle jouissait d’un intérêt à agir.
43 En outre, la jurisprudence citée au point 37 ci-dessus indique également que, sous peine de non-lieu à statuer, l’intérêt à agir doit perdurer jusqu’au prononcé de la décision juridictionnelle. Or, en l’espèce, pour les raisons indiquées aux points 51 à 56 ci-dessous, il y a lieu de considérer que la seconde décision attaquée a remplacé la première décision attaquée.
44 Par conséquent, la requérante n’ayant plus intérêt à demander l’annulation de la première décision attaquée, il n’y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l’annulation de cette décision ni, a fortiori, sur le premier grief de l’exception d’irrecevabilité.
2. Sur le second grief de l’exception d’irrecevabilité, tiré de l’irrecevabilité du mémoire en adaptation
45 Par son second grief, Frontex soutient que le mémoire en adaptation est irrecevable, dès lors que la base juridique sur laquelle la requérante fonde sa demande est en contradiction avec les arguments qu’elle fait valoir. À cet égard, Frontex relève que, alors que la requérante agit sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure, qui ne peut pas être utilisé pour demander l’adaptation de la requête lorsque l’acte contesté est purement confirmatif d’un acte précédent, celle-ci fait valoir que la seconde décision attaquée est purement confirmative de la première décision attaquée.
46 La requérante conteste les arguments de Frontex.
47 Il convient de considérer qu’il ressort de l’article 86, paragraphes 1 et 2, du règlement de procédure que, lorsqu’un acte dont l’annulation est demandée est remplacé ou modifié par un autre acte ayant le même objet, la partie requérante peut, avant la clôture de la phase orale de la procédure, adapter la requête pour tenir compte de cet élément nouveau. L’adaptation de la requête doit être effectuée par acte séparé et dans le délai prévu à l’article 263, sixième alinéa, TFUE, dans lequel l’annulation de l’acte justifiant l’adaptation de la requête peut être demandée.
48 Selon la jurisprudence, l’adaptation de la requête sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure doit être dirigée contre un acte susceptible de faire l’objet d’un recours en annulation au sens de l’article 263 TFUE, c’est-à-dire un acte produisant des effets juridiques obligatoires de nature à affecter les intérêts de la partie requérante, en modifiant de façon caractérisée sa situation juridique. Ne constitue pas un tel acte un acte purement confirmatif d’un acte antérieur, c’est-à-dire un acte qui ne contient aucun élément nouveau par rapport à un acte antérieur et qui n’a pas été précédé d’un réexamen de la situation de l’intéressé. En effet, dans cette hypothèse, c’est le premier acte qui doit être considéré comme produisant des effets juridiques obligatoires (voir, en ce sens, arrêts du 5 octobre 2017, Mabrouk/Conseil, T‑175/15, EU:T:2017:694, point 154 et jurisprudence citée, et du 6 septembre 2023, Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium/Commission, T‑108/22, non publié, EU:T:2023:495, points 32 et 33 et jurisprudence citée).
49 En l’espèce, par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 10 mars 2025, la requérante a présenté un mémoire en adaptation, sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure, afin d’adapter la requête pour tenir compte de l’adoption par Frontex de la seconde décision attaquée, intervenue postérieurement au dépôt du recours introductif d’instance.
50 Or, aux points 22 à 31 du mémoire en adaptation et aux points 20 à 28 de ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, la requérante soutient que la seconde décision attaquée a une nature purement confirmative. À cet égard, elle fait valoir que cette décision n’a introduit aucun élément nouveau par rapport à la première décision attaquée et qu’elle n’a pas été précédée du réexamen, par Frontex, de son offre finale et de l’offre finale retenue. Ainsi, selon la requérante, mis à part la correction d’une erreur de calcul concernant l’évaluation du critère d’attribution relatif à l’architecture et à la fonctionnalité du bâtiment, Frontex s’est bornée, dans la seconde décision attaquée, à répéter les arguments qu’elle avait avancés dans la première décision attaquée pour arriver à la même conclusion, à savoir le rejet de son offre finale et l’attribution du marché au consortium retenu. La nature confirmative de la seconde décision attaquée serait étayée par le fait que, ladite décision n’ayant pas remédié aux illégalités de la première décision attaquée, les moyens que la requérante avait soulevés dans la requête contre la première décision attaquée resteraient substantiellement valables contre la seconde décision attaquée. Il s’ensuit, selon la requérante, que la première décision attaquée et la seconde décision attaquée doivent être considérées comme une seule décision qui peut faire l’objet d’un seul recours.
51 Il résulte de ce qui précède que le raisonnement de la requérante est vicié par un manque de cohérence, dans la mesure où cette dernière affirme à la fois que la seconde décision attaquée est purement confirmative de la première décision attaquée et qu’elle agit sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure.
52 Dans ce contexte, afin d’apprécier la recevabilité du mémoire en adaptation, en premier lieu, il convient de relever que, selon la jurisprudence, il appartient au Tribunal, lorsqu’il examine la recevabilité d’un tel mémoire, de vérifier si l’acte attaqué par la voie de l’adaptation de la requête présente, par rapport à l’acte attaqué par la voie de la requête introductive d’instance, des différences substantielles telles qu’elles rendraient nécessaire une adaptation des moyens et des arguments présentés au soutien de la requête introductive d’instance. Il convient d’en déduire que les différences entre l’acte attaqué par la voie de la requête introductive d’instance et l’acte attaqué par la voie de l’adaptation de la requête constituent un facteur pertinent aux fins de l’appréciation de la recevabilité du mémoire en adaptation et, par voie de conséquence, de celle des moyens et des arguments présentés pour la première fois dans un tel mémoire [arrêts du 17 juillet 2024, Mhana/Conseil, T‑207/22, non publié, EU:T:2024:496, point 37, et du 9 avril 2025, Hypo Vorarlberg Bank/CRU (Contributions ex ante 2016), T‑336/20, sous pourvoi, EU:T:2025:383, point 43].
53 Il convient également de noter que, selon la jurisprudence, le caractère confirmatif ou non d’un acte ne saurait être apprécié uniquement en fonction de son contenu par rapport à celui de la décision antérieure qu’il confirmerait. En effet, il y a également lieu d’apprécier le caractère de l’acte attaqué par rapport à la nature de la demande à laquelle cet acte répond. En particulier, si l’acte constitue la réponse à une demande dans laquelle des faits nouveaux et substantiels sont invoqués et par laquelle l’administration est priée de procéder à un réexamen de la décision antérieure, cet acte ne saurait être considéré comme revêtant un caractère purement confirmatif, dans la mesure où il statue sur ces faits et contient, ainsi, un élément nouveau par rapport à la décision antérieure (voir arrêt du 7 février 2001, Inpesca/Commission, T‑186/98, EU:T:2001:42, points 45 et 46 et jurisprudence citée, et ordonnance du 18 septembre 2024, UIC/Commission, T‑1120/23, non publiée, EU:T:2024:639, points 35 et 36).
54 En l’espèce, tout d’abord, il y a lieu de rappeler que, par lettre du 19 novembre 2024, la requérante a demandé à Frontex de réévaluer son offre finale ainsi que l’offre finale retenue et de suspendre, pendant le temps nécessaire à cette réévaluation, la signature du contrat avec le consortium retenu. Pour étayer cette demande, la requérante a fait valoir l’existence, selon elle, de faits nouveaux et substantiels qui suscitaient des doutes sur le bien-fondé de la première décision attaquée. Plus particulièrement, elle a soutenu que le prix de l’offre finale retenue était anormalement bas, que ladite offre ne répondait pas aux exigences minimales qui avaient été identifiées dans le cadre de la procédure d’attribution et que son offre finale aurait dû recevoir des notes plus élevées pour les critères de qualité concernant tant l’architecture et la fonctionnalité du bâtiment que la durabilité.
55 Ensuite, il convient de relever que, dans la seconde décision attaquée, Frontex ne s’est pas bornée à se référer à la motivation qu’elle avait fournie dans la première décision attaquée et à corriger la note qu’elle avait initialement attribuée à l’offre finale de la requérante en ce qui concernait le critère portant sur l’architecture et la fonctionnalité du bâtiment, mais a indiqué, de manière détaillée, les notes qu’elle avait attribuées à l’offre finale de la requérante pour chacun des critères d’attribution. De plus, conformément à l’article 178, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement 2018/1046, elle a prévu un nouveau délai d’attente de dix jours avant la signature du contrat de passation de marché avec le consortium retenu.
56 Enfin, il ressort du courriel du 17 février 2025 que, le 30 janvier 2025, soit antérieurement à l’adoption de la seconde décision attaquée, le comité d’évaluation s’est réuni pour réexaminer l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue. Dans le cadre de ce réexamen, le comité d’évaluation ne s’est pas uniquement fondé sur l’estimation du métreur et sur les guides et études en cause, mais a également pris en compte un rapport d’expert indépendant chargé de vérifier si les prix de l’offre finale de la requérante et de l’offre finale retenue étaient conformes aux valeurs du marché (ci-après le « rapport de 2024 »). Or, ce rapport n’a pas été pris en compte dans la première décision attaquée, dès lors qu’il a été rendu en octobre 2024, soit postérieurement à son adoption.
57 Il s’ensuit que, conformément à la jurisprudence citée aux points 52 et 53 ci-dessus, la seconde décision attaquée n’est pas purement confirmative de la première décision attaquée, mais remplace cette dernière. Ainsi, dès lors que la seconde décision attaquée présente des différences substantielles par rapport à la première décision attaquée, il convient de considérer que la requérante pouvait demander l’adaptation des conclusions, des moyens et des arguments avancés dans la requête sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure.
58 En second lieu, il convient de relever que l’adaptation de la requête par acte déposé au greffe du Tribunal en cours d’instance est un acte de procédure qui équivaut à l’introduction d’un recours en annulation par voie de requête. La jurisprudence constante fixant les conditions de forme et de fond d’un tel recours s’applique donc par analogie. Le mémoire en adaptation doit, en particulier, indiquer de manière non équivoque et suffisamment claire et précise l’objet du litige, les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels le recours est fondé ainsi que les conclusions de ce dernier afin d’éviter que le Tribunal ne statue ultra petita ou bien n’omette de statuer sur un grief (arrêts du 20 septembre 2018, Espagne/Commission, C‑114/17 P, EU:C:2018:753, point 59, et du 16 juin 2021, Lucaccioni/Commission, T‑316/19, EU:T:2021:367, point 70).
59 Ainsi, si un manque de cohérence, dans le mémoire en adaptation, peut contribuer à rendre le recours confus, il ne saurait entraîner l’irrecevabilité de celui-ci, même partielle, si les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels les conclusions sont fondées sont exposés de manière sommaire, claire et précise, conformément aux dispositions de l’article 21 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, permettant ainsi à la partie défenderesse de sauvegarder ses droits et au Tribunal de trancher le litige (voir, par analogie, arrêt du 23 février 2022, United Parcel Service/Commission, T‑834/17, EU:T:2022:84, point 26).
60 De plus, il ressort de la jurisprudence que, s’il est parfaitement justifié d’imposer certaines exigences de forme à une adaptation de la requête, de telles exigences ne constituent pas une fin en soi et sont, au contraire, destinées à garantir le caractère contradictoire de la procédure et la bonne administration de la justice (arrêt du 24 janvier 2019, Haswani/Conseil, C‑313/17 P, EU:C:2019:57, point 35). À cet égard, la jurisprudence précise que l’article 86 du règlement de procédure doit être interprété en tenant compte de sa finalité, qui consiste à poursuivre des objectifs de bonne administration de la justice et d’économie de procédure, en ce qu’il permet à la partie requérante, en cas de remplacement ou de modification de l’acte initialement attaqué par un acte ayant le même objet, de poursuivre la procédure sans être obligée d’introduire un nouveau recours devant le juge de l’Union (voir arrêt du 6 mars 2024, BSW – management company of « BMC » holding/Conseil, T‑258/22, non publié, EU:T:2024:150, point 52 et jurisprudence citée). L’article 86 du règlement de procédure vise également à éviter que l’institution en cause ne puisse, pour faire face aux critiques contenues dans une requête présentée au juge de l’Union contre un acte, adapter l’acte attaqué ou lui en substituer un autre et se prévaloir, en cours d’instance, de cette modification ou de cette substitution pour priver l’autre partie de la possibilité d’étendre ses conclusions et ses moyens initiaux à l’acte ultérieur ou de présenter des conclusions et des moyens supplémentaires contre celui-ci (voir, en ce sens, arrêts du 11 juin 2009, Othman/Conseil et Commission, T‑318/01, EU:T:2009:187, point 53, et du 28 septembre 2022, LAICO/Conseil, T‑627/20, non publié, EU:T:2022:590, point 39).
61 Il ressort également de la jurisprudence que, en tant qu’exception au principe d’immutabilité de l’instance, l’article 86 du règlement de procédure doit être interprété strictement [arrêt du 20 septembre 2018, Espagne/Commission, C‑114/17 P, EU:C:2018:753, point 54, et ordonnance du 10 juin 2025, Hypo Vorarlberg Bank/CRU (Contributions ex ante 2018), T‑414/18, non publiée, point 36]. En effet, il permet à la partie requérante d’« adapter » sa requête « pour tenir compte de [l’]élément nouveau » que constitue le remplacement ou la modification de l’acte initialement attaqué et de présenter, à cette fin, des conclusions ainsi que, s’il y a lieu, des moyens et des arguments « adaptés ». Ainsi, cette disposition ne visant qu’une « adaptation » de la requête initiale, la finalité d’une telle adaptation est limitée à la prise en compte des éléments nouveaux liés au remplacement ou à la modification de l’acte initialement attaqué, à savoir, notamment, les éléments nouveaux figurant dans l’acte remplaçant ou modifiant l’acte initialement attaqué. Dès lors, l’article 86 du règlement de procédure ne saurait être interprété comme permettant à la partie requérante de soulever pour la première fois, dans un mémoire en adaptation, tout moyen nouveau, alors même que les éléments de fait et de droit sur lesquels il repose lui étaient déjà connus lors de l’introduction de sa requête et qu’ils n’ont pas été modifiés dans l’acte remplaçant ou modifiant l’acte initialement attaqué [ordonnance du 10 juin 2025, Hypo Vorarlberg Bank/CRU (Contributions ex ante 2018), T‑414/18, non publiée, point 37].
62 Il en résulte que rejeter, en l’espèce, le mémoire en adaptation comme étant irrecevable serait faire preuve d’un formalisme excessif qui serait contraire à la poursuite des objectifs de bonne administration de la justice et d’économie de la procédure visés par l’article 86 du règlement de procédure. En effet, bien que, comme cela est indiqué au point 51 ci‑dessus, le mémoire en adaptation manque de cohérence, cela n’empêche ni Frontex d’exercer sa défense ni le Tribunal d’effectuer son contrôle, dès lors que l’objet du litige, les conclusions de la requérante et les éléments essentiels sur lesquels celle-ci se fonde y sont indiqués. Il ressort, en effet, en substance, du mémoire en adaptation que, compte tenu de l’adoption par Frontex de la seconde décision attaquée postérieurement au dépôt du recours introductif d’instance, la requérante vise, par le biais de ce mémoire, à adapter ses conclusions et ses moyens en vue de demander l’annulation de la première décision attaquée et de la seconde décision attaquée par lesquelles Frontex a rejeté son offre finale et a attribué le marché au consortium retenu. Par ailleurs, dès lors que la requérante ne soulève aucun moyen nouveau dans son mémoire en adaptation, mais se limite à adapter ceux qu’elle avait déjà formulés dans la requête, le principe d’immutabilité de l’instance n’est pas remis en cause en l’espèce.
63 Eu égard à ces éléments, il y a lieu de considérer que le mémoire en adaptation est recevable. Ainsi, il convient de rejeter le second grief de l’exception d’irrecevabilité.
64 Il découle de ce qui précède qu’il convient de considérer que le recours tend à la seule annulation de la seconde décision attaquée en ce qu’elle a remplacé la première décision attaquée.
B. Sur le fond
1. Sur les conclusions en annulation
65 Dans la requête, la requérante invoque deux moyens, tirés, le premier, de la violation par Frontex de l’obligation de motiver, conformément à l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse et à écarter son offre finale et, le second, de la violation par Frontex de l’obligation de vérifier, conformément au point 23.1 de l’annexe I du règlement 2018/1046, si l’offre finale retenue était anormalement basse.
66 Dans le mémoire en adaptation, la requérante indique que, s’agissant du premier moyen, elle renonce à son argument tiré de l’existence, dans la première décision attaquée, d’une erreur de calcul entachant la notation du critère d’attribution relatif à l’architecture et à la fonctionnalité du bâtiment, dans la mesure où cette erreur a été corrigée par Frontex dans la seconde décision attaquée. Par ailleurs, tout en indiquant qu’elle invoque toujours ses deux moyens, elle adapte, sur le fondement de l’article 86, paragraphe 4, sous b), du règlement de procédure, les arguments formulés dans la requête.
67 Au regard des écritures de la requérante, le Tribunal estime qu’il convient de considérer que la requérante invoque en réalité trois moyens, tirés, le premier, de la violation par Frontex de l’obligation de motiver à suffisance de droit les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse et à écarter l’offre finale de la requérante, le deuxième, de l’inexactitude de la motivation fournie par Frontex en ce qui concerne la note obtenue par l’offre finale de la requérante pour les critères d’attribution relatifs à l’aménagement du site et à la conception et à la planification du bâtiment et, le troisième, de la violation par Frontex de l’obligation de vérifier si l’offre finale retenue était anormalement basse.
a) Sur le premier moyen, tiré de la violation par Frontex de l’obligation de motivation
68 Par son premier moyen, la requérante soutient que Frontex n’a pas motivé à suffisance de droit, conformément à l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse et à écarter son offre finale.
69 À titre liminaire, il convient de relever que, selon la jurisprudence, la motivation exigée au titre de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteure de l’acte, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle. S’agissant, en particulier, de la motivation des décisions individuelles, l’obligation de motiver de telles décisions a pour but, outre de permettre un contrôle judiciaire, de fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si la décision est éventuellement entachée d’un vice permettant d’en contester la validité. En outre, l’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de l’acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que les destinataires de l’acte ou d’autres personnes concernées par l’acte au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait aux exigences de l’article 296 TFUE doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée [voir arrêt du 27 novembre 2024, HSBC Holdings e.a./Commission, T‑561/21, EU:T:2024:869, points 103 et 104 (non publiés) et jurisprudence citée].
70 S’agissant plus spécifiquement de la motivation des décisions adoptées par les institutions, agences et organismes de l’Union dans le cadre d’une procédure d’attribution d’un marché public, les termes de l’article 170, paragraphes 2 et 3, du règlement 2018/1046 sont les suivants :
« 2. Le pouvoir adjudicateur communique à tout candidat ou soumissionnaire les motifs du rejet de sa demande de participation ou de son offre, ainsi que la durée des délais d’attente visés à l’article 175, paragraphe 2, et à l’article 178, paragraphe 1.
[…]
3. Le pouvoir adjudicateur communique à tout soumissionnaire qui ne se trouve pas dans une situation d’exclusion visée à l’article 136, paragraphe 1, qui n’est pas écarté en application de l’article 141, dont l’offre est conforme aux documents de marché et qui en fait la demande par écrit :
a) le nom du soumissionnaire, ou des soumissionnaires dans le cas d’un contrat-cadre, à qui le marché est attribué et, sauf dans le cas d’un marché spécifique relevant d’un contrat-cadre avec remise en concurrence, les caractéristiques et les avantages relatifs de l’offre retenue, le prix payé ou la valeur du marché, selon ce qui convient ;
b) les progrès des négociations et du dialogue avec les soumissionnaires.
Toutefois, le pouvoir adjudicateur peut décider de ne pas communiquer certaines informations, lorsque leur divulgation ferait obstacle à l’application des lois, serait contraire à l’intérêt public, porterait préjudice aux intérêts commerciaux légitimes d’opérateurs économiques ou pourrait nuire à une concurrence loyale entre ceux-ci. »
71 De plus, aux termes du point 31.2 de l’annexe I du règlement 2018/1046 :
« Le pouvoir adjudicateur communique les informations prévues à l’article 170, paragraphe 3, le plus tôt possible, et dans tous les cas dans un délai de quinze jours à compter de la réception d’une demande écrite. Lorsque le pouvoir adjudicateur passe des marchés pour son propre compte, il doit utiliser des moyens électroniques. Le soumissionnaire peut également transmettre la demande par voie électronique. »
72 Il ressort de la jurisprudence que l’article 170 du règlement 2018/1046 et le point 31 de l’annexe I dudit règlement prévoient une motivation en deux temps à l’égard des soumissionnaires évincés. Dans un premier temps, le pouvoir adjudicateur informe tous les soumissionnaires évincés du rejet de leur offre et des motifs de ce rejet. Dans un second temps, si un soumissionnaire évincé qui ne se trouve pas dans une situation d’exclusion et satisfait aux critères de sélection en fait la demande par écrit, le pouvoir adjudicateur lui communique, le plus tôt possible et en tout état de cause dans un délai de quinze jours à compter de la réception de cette demande, les caractéristiques et les avantages de l’offre retenue, le prix payé ou la valeur du marché ainsi que le nom de l’attributaire. Cette divulgation des motifs en deux temps est conforme à la finalité de l’obligation de motivation, qui, comme cela est indiqué au point 69 ci-dessus, consiste à permettre, d’une part, aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise afin de faire valoir leurs droits et, d’autre part, au juge de l’Union d’exercer son contrôle (voir, en ce sens, arrêts du 8 juillet 2020, Securitec/Commission, T‑661/18, EU:T:2020:319, point 40, et du 1er décembre 2021, Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium/Commission, T‑546/20, EU:T:2021:846, points 38 à 40).
73 C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner les deux griefs soulevés par la requérante au soutien de son premier moyen.
1) Sur le premier grief du premier moyen, selon lequel Frontex n’a pas motivé à suffisance de droit les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse
74 Par le premier grief de son premier moyen, la requérante fait valoir que Frontex n’a pas motivé à suffisance de droit, conformément à l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse.
75 Frontex conteste ce grief.
76 S’agissant de la portée de l’obligation de motivation qui incombe au pouvoir adjudicateur lorsqu’il considère que l’offre retenue n’apparaît pas anormalement basse, il ressort de la jurisprudence que, dès lors qu’un soumissionnaire évincé, qui ne se trouve pas dans une situation d’exclusion et qui satisfait aux critères de sélection, demande audit pouvoir adjudicateur, par écrit et de manière motivée, d’exposer les raisons pour lesquelles il n’a pas considéré l’offre retenue comme étant anormalement basse, ce dernier est tenu de fournir une réponse détaillée (arrêt du 11 mai 2023, Commission/Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium, C‑101/22 P, EU:C:2023:396, points 80 et 81).
77 En effet, le fait d’exiger d’un pouvoir adjudicateur qu’il justifie, à la demande du soumissionnaire évincé, la circonstance selon laquelle l’offre retenue n’est pas anormalement basse permet de respecter les dispositions de l’article 170, paragraphe 3, du règlement 2018/1046, puisqu’une telle motivation informe le soumissionnaire évincé d’un aspect important des caractéristiques et des avantages relatifs de l’offre retenue (voir arrêt du 1er décembre 2021, Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium/Commission, T‑546/20, EU:T:2021:846, point 53 et jurisprudence citée).
78 Par conséquent, hormis dans l’hypothèse où les arguments avancés par le soumissionnaire évincé seraient dépourvus de pertinence ou de toute motivation, le pouvoir adjudicateur est tenu de procéder à une analyse détaillée de l’offre retenue afin d’établir que celle-ci ne présente effectivement pas un caractère anormalement bas et d’en communiquer les grandes lignes au soumissionnaire évincé qui l’a expressément interrogé sur ce point (arrêt du 11 mai 2023, Commission/Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium, C‑101/22 P, EU:C:2023:396, point 82).
79 Or, il ressort de la jurisprudence que le fait d’exiger du pouvoir adjudicateur qu’il présente les motifs au vu desquels une offre n’a pas été estimée comme étant anormalement basse ne l’oblige pas à révéler des informations précises sur les aspects techniques et financiers de cette offre, comme les prix offerts ou les ressources que le soumissionnaire retenu propose de mettre en œuvre pour fournir les services qu’il offre (arrêt du 10 septembre 2019, Trasys International et Axianseu – Digital Solutions/AESA, T‑741/17, EU:T:2019:572, point 62).
80 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner les sept arguments soulevés par la requérante au soutien de son premier grief.
i) Sur le premier argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a pas communiqué à la requérante le montant estimé par le consortium retenu pour les composantes des installations techniques
81 Par son premier argument, la requérante soutient que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci ne lui a pas communiqué le montant estimé par le consortium retenu pour les composantes des installations techniques, à savoir les travaux d’électricité, le centre de données, les installations du système de chauffage, de ventilation et de climatisation et les services publics, mais s’est bornée à indiquer que le prix global de ces installations représentait 35,64 % du prix de l’offre finale retenue.
82 Frontex conteste cet argument.
83 Il convient de relever que, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud », Frontex a indiqué que le comité d’évaluation avait remarqué que le prix de l’offre finale retenue était beaucoup plus bas que celui de l’offre finale de la requérante, ce qui l’avait conduit à apprécier prima facie s’il s’agissait d’un prix anormalement bas. Dans le cadre de cette évaluation, ledit comité a estimé que la différence entre le prix de l’offre finale de la requérante et celui de l’offre finale retenue concernait, notamment, les estimations effectuées pour les installations techniques. En effet, alors que, dans l’offre finale retenue, celles-ci représentaient 35,64 % du « prix » total, dans l’offre finale de la requérante, elles représentaient 47,72 % du coût total. Or, le comité d’évaluation a considéré que l’estimation du coût des installations techniques proposée par le consortium retenu était conforme à l’estimation du métreur, selon laquelle le coût desdites installations devait représenter 34,92 % du coût total, et à celle figurant dans les guides et études en cause, qui prévoyait un coût pour les installations techniques compris entre 30 % et 35 % du coût total.
84 En outre, dans le courriel du 17 février 2025, Frontex a fait valoir que, pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, le comité d’évaluation ne s’est pas uniquement fondé sur l’estimation du métreur et sur les guides et études en cause, mais a également pris en compte la différence entre le prix de l’offre finale retenue, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de contrats et le rapport de 2024. Or, ce rapport a confirmé que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse, dès lors que son prix était conforme aux prix du marché. À la suite de cet examen, dans la mesure où il a considéré qu’il n’y avait pas d’indices permettant de considérer que l’offre finale retenue était anormalement basse, le comité d’évaluation a mis fin à son analyse.
85 Il résulte de ce qui précède que, conformément à la jurisprudence citée aux points 76 et 78 ci-dessus, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et dans le courriel du 17 février 2025, Frontex a expliqué à la requérante, de manière détaillée, les grandes lignes du raisonnement l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse, dès lors que son prix était conforme aux prix du marché.
86 Dans ce contexte, conformément à la jurisprudence citée au point 79 ci‑dessus, on ne saurait considérer que Frontex était tenue de communiquer à la requérante des informations précises concernant l’estimation effectuée par le consortium retenu pour les différentes composantes des installations techniques.
87 Tout d’abord, ces informations n’entrent pas dans la catégorie des informations que le pouvoir adjudicateur doit communiquer au soumissionnaire évincé en vertu de l’article 170, paragraphes 2 et 3, du règlement 2018/1046, dont les termes sont indiqués au point 70 ci‑dessus.
88 Ensuite, l’article 170, paragraphe 3, du règlement 2018/1046 prévoit que le pouvoir adjudicateur peut décider de ne pas communiquer certaines informations, lorsque leur divulgation ferait obstacle à l’application des lois, serait contraire à l’intérêt public, porterait préjudice aux intérêts commerciaux légitimes d’opérateurs économiques ou pourrait nuire à une concurrence loyale entre ceux-ci. Or, il y a lieu de considérer que la communication à la requérante d’informations détaillées concernant l’estimation effectuée par le consortium retenu pour les différentes composantes des installations techniques pourrait nuire aux intérêts commerciaux légitimes dudit consortium et, ainsi, à la concurrence loyale entre celui-ci et la requérante.
89 Enfin, il ressort de la jurisprudence citée au point 79 ci-dessus que, dans la mesure où les informations concernant les différentes composantes des installations techniques ont trait aux aspects techniques et financiers d’une offre, le pouvoir adjudicateur n’est pas tenu de les communiquer au soumissionnaire évincé.
90 Partant, il convient de rejeter le premier argument du premier grief.
ii) Sur le deuxième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a communiqué à la requérante aucune information concernant la conformité de l’estimation effectuée par le consortium retenu pour les installations techniques avec les exigences de la procédure d’attribution
91 Par son deuxième argument, la requérante soutient que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci ne lui a pas communiqué d’informations concernant la conformité de l’estimation effectuée par le consortium retenu pour les installations techniques avec les exigences de la procédure d’attribution.
92 Frontex conteste cet argument.
93 Il y a lieu de rappeler que, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et dans le courriel du 17 février 2025, Frontex a indiqué que la différence principale entre le prix de l’offre finale de la requérante et celui de l’offre finale retenue concernait les estimations effectuées pour les installations techniques. Or, pour évaluer le coût des installations techniques et apprécier ainsi si le prix de l’offre finale retenue était anormalement bas, le comité d’évaluation a pris en compte la différence entre celui-ci, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de travaux, l’estimation du métreur, les guides et études en cause et le rapport de 2024.
94 Certes, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et dans le courriel du 17 février 2025, Frontex n’a pas expressément indiqué que le coût des installations techniques proposé par le consortium retenu était conforme aux exigences de la procédure d’attribution.
95 Cependant, il ressort du dossier, sans que cela soit contesté, que le coût des installations techniques est l’une des composantes du prix de l’offre finale retenue et que la différence principale entre le prix de l’offre finale de la requérante et celui de l’offre finale retenue concerne les estimations effectuées pour les installations techniques.
96 Partant, dans la mesure où la motivation a ainsi énuméré l’ensemble des éléments pris en compte par le comité d’évaluation de Frontex, à savoir ceux indiqués au point 93 ci‑dessus, qui étaient connus de la requérante, pour apprécier si le coût des installations techniques proposé par le consortium retenu était compatible avec les exigences de la procédure d’attribution et avec les prix habituels du marché et où, comme il est conclu au point 85 ci-dessus, Frontex a motivé, à suffisance du droit, que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse, il y a lieu de rejeter le deuxième argument.
iii) Sur le troisième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a communiqué à la requérante aucune information concernant les guides et études en cause
97 Par son troisième argument, la requérante fait valoir que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci ne lui a pas communiqué d’informations concernant les guides et études en cause.
98 Frontex conteste cet argument.
99 En premier lieu, il convient de rappeler que les guides et études en cause n’entrent pas dans la catégorie des informations que le pouvoir adjudicateur doit communiquer au soumissionnaire évincé aux termes de l’article 170, paragraphes 2 et 3, du règlement 2018/1046.
100 En deuxième lieu, il convient de relever que, dans le courriel du 17 février 2025, Frontex a indiqué que les guides et études en cause étaient des documents préparés par le Réseau européen des coûts de construction (European Construction Costs Network) et par le Service d’information sur les coûts de construction de l’Institut royal des géomètres agréés (Building Cost Information Service of the Royal Institution of Chartered Surveyors), ainsi que des documents résultant des données RSMeans sur les coûts de construction (RSMeans Construction Cost Data).
101 En troisième lieu, il convient de noter que, bien que, dans le courriel du 17 février 2025, Frontex n’ait pas transmis à la requérante les guides et études en cause, il est constant qu’il s’agit de documents facilement accessibles aux professionnels du secteur, dont fait partie la requérante.
102 Il convient, ainsi, de rejeter le troisième argument.
iv) Sur le quatrième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a communiqué à la requérante aucune information concernant le contenu de l’estimation du métreur, l’identité de ce dernier ainsi que la méthodologie et les documents qu’il a utilisés
103 Par son quatrième argument, la requérante fait valoir que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci ne lui a pas communiqué d’informations concernant le contenu de l’estimation du métreur, l’identité de ce dernier ainsi que la méthodologie et les documents qu’il a utilisés.
104 Frontex conteste cet argument.
105 Il convient de relever que, certes, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et dans le courriel du 17 février 2025, Frontex s’est bornée à indiquer que, selon l’estimation du métreur, le coût des installations techniques devait représenter 34,92 % du coût total.
106 Cependant, il y a lieu de rappeler que, premièrement, l’estimation du métreur est seulement l’un des éléments que le comité d’évaluation a pris en compte pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, les autres éléments étant la différence entre le prix de cette offre, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de contrats, les guides et études en cause et le rapport de 2024.
107 Deuxièmement, conformément à la jurisprudence citée au point 78 ci-dessus, Frontex était uniquement tenue de fournir à la requérante les grandes lignes du raisonnement l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse.
108 Troisièmement, il ressort de la jurisprudence que le pouvoir adjudicateur n’est pas tenu de communiquer au soumissionnaire la méthodologie sur la base de laquelle il a effectué son examen (arrêt du 8 octobre 2025, NTT Data Belgique e.a./BEI, T‑161/24, non publié, EU:T:2025:950, point 29), le résumé minutieux de la manière dont il a effectué son travail d’analyse (voir, en ce sens, arrêt du 10 février 2021, Sophia Group/Parlement, T‑578/19, non publié, EU:T:2021:77, point 166) et l’intégralité du rapport d’évaluation qu’il a rédigé (voir, en ce sens, arrêt du 3 mai 2018, EUIPO/European Dynamics Luxembourg e.a., C‑376/16 P, EU:C:2018:299, point 58 et jurisprudence citée).
109 Dans ces conditions, il convient de considérer que, en se bornant à indiquer que, selon l’estimation du métreur, le coût des installations techniques devait représenter 34,92 % du coût total, Frontex n’a pas violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE.
110 Il y a ainsi lieu de rejeter le quatrième argument.
v) Sur le cinquième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a pas précisé la raison pour laquelle le comité d’évaluation avait indiqué que le coût des installations techniques proposé par le consortium retenu représentait 35,64 % du « prix » total, alors que celui proposé par la requérante correspondait à 47,72 % du coût total
111 Par son cinquième argument, la requérante fait valoir que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci n’a pas précisé la raison pour laquelle le comité d’évaluation avait indiqué que le coût des installations techniques proposé par le consortium retenu représentait 35,64 % du « prix » total alors que celui qu’elle avait proposé correspondait à 47,72 % du « coût », et non du « prix », total.
112 Frontex conteste cet argument.
113 Il convient de relever qu’il ressort de la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et du courriel du 17 février 2025 que, dans le cadre de la procédure menée par le comité d’évaluation pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, les termes « prix » et « coûts » ont été utilisés indifféremment. Ainsi, il ressort de ces documents que le comité d’évaluation a relevé que, en raison d’une divergence dans les « coûts » de construction, le « prix » de l’offre finale retenue était beaucoup plus bas que celui de l’offre finale de la requérante, ce qui l’avait conduit à apprécier prima facie s’il s’agissait d’un « prix » anormalement bas. Dans le cadre de cette évaluation, ledit comité a estimé que la différence entre le « prix » de l’offre finale de la requérante et celui de l’offre finale retenue concernait, notamment, les estimations effectuées pour les installations techniques. En effet, alors que, dans l’offre finale retenue, celles-ci représentaient 35,64 % du « prix » total, dans l’offre finale de la requérante, elles étaient équivalentes à 47,72 % du « coût » total. Or, le comité d’évaluation a considéré que l’estimation du coût des installations techniques proposée par le consortium retenu était en cohérente avec celle proposée par le métreur, selon laquelle le « coût » desdites installations devait représenter 34,92 % du « coût » total, et avec celle figurant dans les guides et études en cause, qui prévoyait un « coût » pour les installations techniques compris entre 30 % et 35 % du « coût » total.
114 Il convient également de relever qu’il ressort des points 50 à 52, 54 et 99 de la requête que, en se basant sur la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et sur le courriel du 17 février 2025, la requérante a compris la méthodologie employée par Frontex pour déterminer le coût des installations techniques. En effet, la requérante relève que, dans le cadre de la procédure d’attribution, Frontex a défini le coût total pour la conception et la construction des locaux permanents comme étant la somme du montant forfaitaire correspondant aux travaux de conception et de construction, des coûts liés à l’énergie et à l’eau du bâtiment ainsi que des frais d’entretien du bâtiment. Or, la requérante fait valoir que, bien que le comité d’évaluation ait indiqué que le coût des installations techniques proposé par le consortium retenu était équivalent à 35,64 % du « prix » total alors que celui qu’elle avait proposé correspondait à 47,72 % du coût total, en réalité, dans les deux hypothèses, ledit comité a calculé le coût des installations techniques comme étant un pourcentage du montant forfaitaire correspondant aux travaux de conception et de construction.
115 À cet égard, il convient de rappeler que, conformément à la jurisprudence citée au point 69 ci-dessus, l’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de l’acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que les destinataires de l’acte ou d’autres personnes concernées par l’acte au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait aux exigences de l’article 296 TFUE doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée.
116 De plus, selon la jurisprudence, une décision est suffisamment motivée dès lors qu’elle est intervenue dans un contexte connu de l’intéressé, qui lui permet de comprendre la portée de la mesure prise à son égard (arrêts du 11 juin 2020, Commission et République slovaque/Dôvera zdravotná poist'ovňa, C‑262/18 P et C‑271/18 P, EU:C:2020:450, point 67, et du 14 avril 2021, RQ/Commission, T‑29/17 RENV, non publié, EU:T:2021:188, point 87).
117 Eu égard à ces éléments, il convient de considérer que, dès lors que la requérante connaissait le contexte dans lequel le comité d’évaluation avait procédé à la détermination du coût des installations techniques, lequel lui permettait de comprendre la méthodologie que ce comité avait employée pour déterminer ce coût, il ne saurait être reproché à Frontex une violation de l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE.
118 Il convient ainsi de rejeter le cinquième argument.
vi) Sur le sixième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où, pour exclure l’existence d’un prix anormalement bas dans l’offre finale retenue, elle n’a pas fait référence aux différencesentre l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue autres que celles concernant les installations techniques
119 Par son sixième argument, la requérante soutient que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où, pour exclure l’existence d’un prix anormalement bas dans l’offre finale retenue, le comité d’évaluation s’est uniquement référé au coût des installations techniques et n’a pas indiqué les autres différences entre son offre finale et l’offre finale retenue.
120 Frontex conteste cet argument.
121 Il y a lieu de relever que, dans le courriel du 17 février 2025, Frontex a indiqué que, à l’exception de celle relative à l’estimation des installations techniques, les différences entre l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue étaient mineures.
122 Il s’ensuit que, pour exclure l’existence d’un prix anormalement bas dans l’offre finale retenue, le comité d’évaluation ne s’est pas uniquement référé aux estimations effectuées par la requérante et par le consortium retenu en ce qui concernait les installations techniques, mais a également indiqué que les autres différences entre l’offre finale de la requérante et l’offre finale retenue étaient mineures. Dès lors, l’argument de la requérante manque en fait.
123 Il convient ainsi de rejeter le sixième argument.
vii) Sur le septième argument du premier grief, selon lequel Frontex a violé son obligation de motivation dans la mesure où elle n’a communiqué à la requérante aucune information permettant d’apprécier les caractéristiques et les avantages relatifs de l’offre finale retenue
124 Par son septième argument, la requérante fait valoir que Frontex a violé l’obligation de motivation qui lui incombait en vertu de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, dans la mesure où celle-ci ne lui a pas communiqué d’informations détaillées sur les raisons l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse. Or, la communication de ces informations aurait permis à la requérante de mieux comprendre les caractéristiques et les avantages relatifs de l’offre finale retenue.
125 Frontex conteste cet argument.
126 Il y a lieu de relever que, selon la jurisprudence, le pouvoir adjudicateur n’est pas tenu de transmettre au soumissionnaire évincé, au titre des caractéristiques et des avantages relatifs de l’offre retenue, une analyse comparative minutieuse de cette dernière et de l’offre qu’il a présentée (voir, en ce sens, arrêts du 10 février 2021, Sophia Group/Parlement, T‑578/19, non publié, EU:T:2021:77, point 166, et du 14 juin 2023, Instituto Cervantes/Commission, T‑376/21, EU:T:2023:331, point 64).
127 De plus, ainsi que cela ressort de la jurisprudence citée au point 77 ci-dessus, le fait d’exiger d’un pouvoir adjudicateur qu’il justifie, à la demande du soumissionnaire évincé, la circonstance selon laquelle l’offre retenue n’est pas anormalement basse permet de respecter les dispositions de l’article 170, paragraphe 3, du règlement 2018/1046, puisqu’une telle motivation informe le soumissionnaire évincé d’un aspect important des caractéristiques et des avantages relatifs de l’offre retenue.
128 Or, en l’espèce, il ressort du point 85 ci-dessus que Frontex a expliqué à la requérante de manière détaillée les grandes lignes du raisonnement l’ayant conduite à considérer que l’offre finale retenue n’était pas anormalement basse et que, conformément à la jurisprudence citée au point 126 ci-dessus, elle n’était pas tenue de lui indiquer de manière détaillée les caractéristiques et les avantages relatifs de ladite offre.
129 Ainsi, aucun des arguments du premier grief du premier moyen ne pouvant prospérer, il y a lieu de rejeter ledit grief dans son intégralité.
2) Sur le second grief du premier moyen, selon lequel Frontex n’a pas motivé à suffisance de droit la note obtenue par l’offre finale de la requérante pour le critère d’attribution relatif à la durabilité
130 Par le second grief de son premier moyen, la requérante fait valoir que, s’agissant du critère d’attribution relatif à la durabilité, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », Frontex n’a pas motivé à suffisance de droit la raison pour laquelle son offre finale avait obtenu la note « suffisant » pour le sous-critère relatif au potentiel de réchauffement climatique du cycle de vie des locaux permanents et la note « faible » pour le sous-critère relatif à l’économie circulaire, en ce qui concernait notamment la conception de la partie de l’offre relative à la prévision d’un plan de déconstruction des locaux permanents.
131 Frontex conteste ce grief.
132 D’une part, il ressort de la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud » que, s’agissant du critère d’attribution relatif à la durabilité, Frontex a attribué à la requérante la note « suffisant » pour le sous-critère d’attribution relatif au potentiel de réchauffement climatique du cycle de vie des locaux permanents. À cet égard, elle a précisé que, dans son offre finale, la requérante aurait dû développer davantage son analyse en ce qui concernait les concepts suivants : la construction de bâtiments à très faible consommation d’énergie, l’allongement de la durée de vie des bâtiments et de leurs composants et la conception de bâtiments pouvant être facilement adaptés aux évolutions futures.
133 D’autre part, s’agissant du sous-critère d’attribution relatif à l’économie circulaire, Frontex a attribué à la requérante la note « faible » pour la mise en place d’un plan de déconstruction des locaux permanents. À cet égard, elle a indiqué que, dans son offre finale, la requérante aurait dû mieux développer son analyse en ce qui concernait les éléments suivants : la prévision d’éléments et de composants indépendants et faciles à séparer, la conception d’assemblages accessibles et démontables, la réduction du nombre et de la complexité des étapes nécessaires au démontage des locaux permanents, la prévision de systèmes d’adaptation desdits locaux en fonction des évolutions futures de leurs besoins fonctionnels ainsi que l’usage de matériaux compatibles et homogènes pour faciliter le tri et le recyclage.
134 Il s’ensuit que, conformément à la jurisprudence citée au point 69 ci-dessus, Frontex a motivé à suffisance de droit, au titre de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, les raisons l’ayant conduite à attribuer à la requérante la note « suffisant » pour le sous-critère d’attribution relatif au potentiel de réchauffement climatique du cycle de vie des locaux permanents et la note « faible » pour le sous-critère d’attribution relatif à l’économie circulaire.
135 Ainsi, il convient de rejeter le second grief du premier moyen et, partant, ledit moyen dans son ensemble.
b) Sur le deuxième moyen, tiré de l’inexactitude de la motivation fournie par Frontex en ce qui concerne la note obtenue par l’offre finale de la requérante pour les critères d’attribution relatifs à l’aménagement du site ainsi qu’à la conception et à la planification du bâtiment
136 Par son deuxième moyen, la requérante fait valoir que la motivation fournie par Frontex, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », quant à la note obtenue par son offre finale pour les critères d’attribution relatifs à l’aménagement du site ainsi qu’à la conception et à la planification du bâtiment est entachée de plusieurs inexactitudes, dans la mesure où plusieurs éléments qui figuraient dans ladite offre n’ont pas été correctement évalués.
137 Tout d’abord, la requérante constate que, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », Frontex a indiqué qu’elle n’avait pas fourni de description détaillée des matériaux prévus pour la construction des locaux permanents. Or, la requérante soutient avoir inclus cette description dans les annexes de son offre finale.
138 Ensuite, la requérante relève que, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », Frontex a considéré qu’elle n’avait pas prévu de séparation entre les flux de circulation du personnel, des visiteurs et des personnes chargées des livraisons qui avaient accès aux locaux permanents. Or, la requérante soutient que, dans son offre finale, elle avait dûment pris en compte ces éléments.
139 De plus, la requérante constate que, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », Frontex a fait valoir qu’elle n’avait pas prévu un accès suffisant à la lumière du jour dans certaines zones des étages inférieurs des locaux permanents. Or, la requérante affirme que, lors des discussions qu’elle a eues avec Frontex dans le cadre de la procédure d’attribution, elle lui a fourni des analyses détaillées concernant l’exposition à lumière des bureaux.
140 Enfin, la requérante relève que, dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », Frontex a indiqué qu’elle n’avait pas conçu de plan adéquat pour la circulation du personnel entre les zones administratives et opérationnelles des locaux permanents. Or, la requérante soutient que, dans son offre finale, elle a prévu de nombreuses zones visant à faciliter la circulation interne et les échanges entre les membres du personnel de Frontex.
141 Frontex conteste ces arguments.
142 Il convient de relever que, selon la jurisprudence, l’obligation de motivation constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé de la motivation, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux (arrêts du 10 septembre 2024, Commission/Irlande e.a., C‑465/20 P, EU:C:2024:724, point 389, et du 4 octobre 2024, Aeris Invest/Commission et CRU, C‑535/22 P, EU:C:2024:819, point 113). En effet, la motivation d’une décision consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels repose cette décision. Si ces motifs sont entachés d’erreurs, celles-ci affectent la légalité au fond de la décision, mais non sa motivation, qui peut être suffisante tout en exprimant des motifs erronés (voir arrêt du 10 septembre 2024, Commission/Irlande e.a., C‑465/20 P, EU:C:2024:724, point 390 et jurisprudence citée). Ainsi, le grief tiré du défaut ou de l’insuffisance de la motivation doit être distingué de celui tiré de l’inexactitude des motifs de la décision. Ce dernier aspect relève de l’examen de la légalité au fond de la décision et non de la violation des formes substantielles et ne peut donc constituer une violation de l’article 296 TFUE (arrêt du 19 juin 2015, Italie/Commission, T‑358/11, EU:T:2015:394, point 88).
143 En l’espèce, il ressort des points 136 à 140 ci-dessus que, en invoquant l’inexactitude de la motivation fournie par Frontex dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud », la requérante n’invoque pas une violation de l’obligation de motivation, mais entend, en réalité, contester le bien‑fondé de cette réponse.
144 À cet égard, il convient de relever que, selon la jurisprudence, le pouvoir adjudicateur dispose d’un large pouvoir d’appréciation quant aux éléments à prendre en considération en vue de prendre la décision de passer un marché à la suite d’un appel d’offres et le contrôle du Tribunal doit se limiter à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation ainsi que de l’exactitude matérielle des faits, de l’absence d’erreur manifeste d’appréciation et de détournement de pouvoir. Ce large pouvoir d’appréciation est reconnu au pouvoir adjudicateur tout au long de la procédure de passation du marché (voir, en ce sens, arrêts du 19 mars 2010, Evropaïki Dynamiki/Commission, T‑50/05, EU:T:2010:101, point 148, et du 6 octobre 2021, Global Translation Solutions/Parlement, T‑7/20, non publié, EU:T:2021:649, point 34 et jurisprudence citée).
145 Ainsi, afin d’établir que, dans l’appréciation des faits, le pouvoir adjudicateur a commis une erreur à ce point manifeste qu’elle est de nature à justifier l’annulation de la décision de rejet d’une offre de marché, les éléments de preuve apportés par la partie requérante doivent être suffisants pour priver de plausibilité les appréciations retenues dans la décision en cause. En d’autres termes, le moyen tiré de l’erreur manifeste doit être rejeté si, en dépit des éléments avancés par la partie requérante, l’appréciation mise en cause peut être admise comme vraie ou valable (voir arrêt du 7 juin 2017, Blaž Jamnik et Blaž/Parlement, T‑726/15, EU:T:2017:376, point 38 et jurisprudence citée).
146 En l’espèce, il ressort de la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud » que, pour évaluer l’offre finale de la requérante pour les critères d’attribution relatifs à l’aménagement du site ainsi qu’à la conception et à la planification du bâtiment, Frontex a notamment pris en compte le fait que, premièrement, la requérante avait fourni une description générale des matériaux utilisés qui, bien que n’étant pas très détaillée, avait un format visuel satisfaisant, deuxièmement, la requérante n’avait pas prévu de séparation entre les flux de circulation du personnel, des visiteurs et des livraisons, ce qui pouvait entraîner des problèmes opérationnels ayant un impact négatif sur la circulation à l’intérieur des locaux permanents, troisièmement, l’aménagement des bureaux prévu par la requérante laissait craindre qu’il n’y ait pas suffisamment de lumière naturelle dans certaines zones des étages inférieurs des locaux permanents, ce qui pouvait nuire au confort visuel et, quatrièmement, la requérante aurait pu développer davantage le plan pour la circulation interne verticale entre les différentes parties des locaux permanents et aurait pu simplifier la circulation dans la zone administrative en ce qui concernait, notamment, l’emplacement des escaliers centraux menant à la zone commune située au rez-de-chaussée.
147 Certes, la requérante fait valoir de manière générale que, dans son offre finale, elle avait inclus une description détaillée des matériaux prévus pour la construction des locaux permanents et elle avait prévu une séparation entre les flux de circulation du personnel, des visiteurs et des personnes chargées des livraisons qui avaient accès aux locaux permanents ainsi que de nombreuses zones visant à faciliter la circulation interne et les échanges entre les membres du personnel de Frontex. De plus, elle soutient que, lors de ses discussions avec Frontex dans le cadre de la procédure d’attribution, elle a fourni à celle-ci des analyses détaillées concernant l’exposition des bureaux à la lumière.
148 Cependant, la requérante ne fournit aucun élément de preuve spécifique susceptible, conformément à la jurisprudence citée au point 144 ci‑dessus, de priver de plausibilité l’appréciation effectuée par Frontex dans la « Réponse au point no 2 de la lettre de Warbud » en ce qui concerne la note obtenue par son offre finale pour les critères d’attribution relatifs à l’aménagement du site ainsi qu’à la conception et à la planification du bâtiment.
149 Ainsi, dès lors que la requérante ne démontre pas que l’appréciation de Frontex n’est pas vraie ou valable, conformément à la jurisprudence citée au point 145 ci-dessus, il convient de rejeter le deuxième moyen.
c) Sur le troisième moyen, tiré de la violation par Frontex de l’obligation de vérifier si l’offre finale retenue était anormalement basse
150 Par son troisième moyen, la requérante fait valoir que Frontex n’a pas correctement vérifié, conformément au point 23.1 de l’annexe I du règlement 2018/1046, si l’offre finale retenue était anormalement basse.
151 La requérante soulève trois griefs au soutien de son troisième moyen.
152 À titre liminaire, il convient de noter que la notion d’« offre anormalement basse » n’est pas définie dans le règlement 2018/1046. Cependant, le point 23 de l’annexe I dudit règlement prévoit ce qui suit :
« 23.1 Si, pour un marché donné, le prix ou les coûts proposés dans l’offre apparaissent anormalement bas, le pouvoir adjudicateur demande, par écrit, les précisions qu’il juge opportunes sur la composition du prix ou des coûts et donne au soumissionnaire la possibilité de présenter ses observations.
[...]
23.2 Le pouvoir adjudicateur ne rejette l’offre que si les éléments de preuve fournis n’expliquent pas de manière satisfaisante le prix ou les coûts bas proposés.
Le pouvoir adjudicateur rejette l’offre s’il établit que celle-ci est anormalement basse parce qu’elle contrevient aux obligations applicables dans les domaines du droit environnemental, social et du travail. »
153 Selon la jurisprudence, le caractère anormalement bas d’une offre doit être apprécié par rapport à la composition de l’offre et à la prestation en cause (voir arrêt du 10 septembre 2019, Trasys International et Axianseu – Digital Solutions/AESA, T‑741/17, EU:T:2019:572, point 40 et jurisprudence citée). Ainsi, des indices de nature à éveiller le soupçon qu’une offre pourrait être anormalement basse peuvent exister notamment s’il apparaît incertain, d’une part, qu’une offre respecte la législation du pays dans lequel les services devraient être exécutés, en matière de rémunération du personnel, de contribution au régime de sécurité sociale, de respect des normes de sécurité et de santé au travail et de vente à perte et, d’autre part, que le prix proposé intègre tous les coûts induits par les aspects techniques de l’offre. Il en va de même lorsque le prix proposé dans une offre soumise est considérablement inférieur à celui des autres offres soumises ou au prix habituel du marché [voir arrêt du 16 mai 2019, Transtec/Commission, T‑228/18, EU:T:2019:336, point 72 (non publié) et jurisprudence citée].
154 Toutefois, il ressort de la jurisprudence que le seul fait que le prix de l’offre du soumissionnaire retenu soit plus bas que celui de l’offre d’un autre soumissionnaire n’est pas, en lui-même, susceptible de démontrer le caractère anormalement bas de l’offre du soumissionnaire retenu. En effet, une offre peut être moins chère qu’une autre sans être pour autant anormalement basse (voir arrêt du 26 janvier 2017, TV1/Commission, T‑700/14, non publié, EU:T:2017:35, point 58 et jurisprudence citée).
155 La jurisprudence précise également que l’appréciation, par le pouvoir adjudicateur, de l’existence d’une offre anormalement basse, aux termes du point 23.1 de l’annexe I du règlement 2018/1046, s’effectue en deux temps.
156 Dans un premier temps, le pouvoir adjudicateur apprécie si le prix ou les coûts proposés dans l’offre « apparaissent » anormalement bas. L’usage du verbe « apparaître » implique que le pouvoir adjudicateur procède à une appréciation prima facie du caractère anormalement bas d’une offre, et non qu’il procède d’office à une analyse détaillée de la composition de chaque offre afin d’établir qu’elle ne constitue pas une offre anormalement basse. Ainsi, lors de cette première phase, le pouvoir adjudicateur doit uniquement déterminer si les offres soumises contiennent un indice de nature à éveiller le soupçon qu’elles pourraient être anormalement basses. Si les offres soumises ne contiennent pas un tel indice et n’apparaissent donc pas anormalement basses, le pouvoir adjudicateur peut poursuivre leur évaluation et la procédure d’attribution du marché. Dans un second temps, s’il existe des indices de nature à éveiller le soupçon qu’une offre pourrait être anormalement basse, le pouvoir adjudicateur doit procéder à la vérification de la composition de l’offre afin de s’assurer que celle-ci n’est pas anormalement basse. Lorsque le pouvoir adjudicateur procède à cette vérification, il a l’obligation de donner au soumissionnaire de ladite offre la possibilité d’exposer les raisons pour lesquelles il estime que son offre n’est pas anormalement basse. Le pouvoir adjudicateur doit ensuite apprécier les explications fournies et déterminer si l’offre en question présente un caractère anormalement bas, auquel cas il est dans l’obligation de la rejeter (voir, en ce sens, arrêts du 11 mai 2023, Commission/Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium, C‑101/22 P, EU:C:2023:396, points 71 à 74, et du 1er décembre 2021, Sopra Steria Benelux et Unisys Belgium/Commission, T‑546/20, EU:T:2021:846, points 48 et 49).
1) Sur le premier grief du troisième moyen, relatif à la violation par Frontex de la procédure de vérification de l’existence d’une offre anormalement basse
157 Par le premier grief de son troisième moyen, la requérante soutient que Frontex a violé la procédure de vérification de l’existence d’une offre anormalement basse prévue au point 23.1 de l’annexe I du règlement 2018/1046. À cet égard, elle précise que, bien que le comité d’évaluation ait apprécié prima facie si le prix de l’offre finale retenue était anormalement bas, il n’a pas donné suite à la procédure de vérification en demandant par écrit au consortium retenu de lui fournir des précisions sur la composition du prix de son offre finale.
158 Frontex conteste ce grief.
159 Il convient de rappeler que, comme cela est indiqué au point 152 ci-dessus, le point 23 de l’annexe I du règlement 2018/1046 prévoit que, si, pour un marché donné, le prix ou les coûts proposés dans l’offre apparaissent anormalement bas, le pouvoir adjudicateur demande, par écrit, les précisions qu’il juge opportunes sur la composition du prix ou des coûts et donne au soumissionnaire la possibilité de présenter ses observations.
160 Il convient également de rappeler que, selon la jurisprudence citée au point 156 ci-dessus, le point 23 de l’annexe I du règlement 2018/1046 impose au pouvoir adjudicateur une obligation en deux étapes. Dans un premier temps, celui-ci doit apprécier si le prix ou les coûts proposés dans l’offre « apparaissent » anormalement bas. Ainsi, lors de cette première phase, le pouvoir adjudicateur doit uniquement déterminer, dans le cadre d’une analyse prima facie, si les offres soumises contiennent un indice de nature à éveiller le soupçon qu’elles pourraient être anormalement basses. Dans un second temps, s’il existe des indices de nature à éveiller le soupçon qu’une offre pourrait être anormalement basse, le pouvoir adjudicateur doit procéder à la vérification de la composition de l’offre afin de s’assurer que celle-ci n’est pas anormalement basse. Lorsque le pouvoir adjudicateur procède à cette vérification, il a l’obligation de donner au soumissionnaire de ladite offre la possibilité d’exposer les raisons pour lesquelles il estime que son offre n’est pas anormalement basse. Le pouvoir adjudicateur doit ensuite apprécier les explications fournies et déterminer si l’offre en question présente un caractère anormalement bas, auquel cas il est dans l’obligation de la rejeter.
161 En l’espèce, il ressort de la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et du courriel du 17 février 2025 que le comité d’évaluation a apprécié prima facie si l’offre finale retenue était anormalement basse. Pour ce faire, il a pris en compte la différence entre le prix de l’offre finale retenue, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de contrats. De plus, le comité d’évaluation s’est basé sur l’estimation du métreur, sur les guides et études en cause et sur le rapport de 2024 pour évaluer si le prix de l’offre finale retenue était conforme au marché. À l’issue de cet examen, le comité d’évaluation a conclu qu’il n’y avait pas d’indices permettant de considérer que l’offre finale retenue était anormalement basse et a mis fin à son évaluation prima facie.
162 Il s’ensuit que, dès lors que le comité d’évaluation a estimé que l’offre finale retenue ne contenait pas d’indices de nature à éveiller un soupçon selon lequel elle pouvait être anormalement basse, il n’était pas tenu, conformément à la jurisprudence citée au point 156 ci‑dessus, de procéder à la seconde phase de la procédure de vérification établie par le point 23 de l’annexe I du règlement 2018/1046 en demandant au consortium retenu d’indiquer les raisons pour lesquelles il estimait que son offre n’était pas anormalement basse.
163 Il y a ainsi lieu de rejeter le premier grief du troisième moyen.
2) Sur le deuxième grief du troisième moyen, relatif à une erreur commise par Frontex dans le choix de la méthodologie de calcul utilisée pour déterminer le coût des installations techniques
164 Par le deuxième grief de son troisième moyen, la requérante fait valoir que Frontex a commis une erreur dans le choix de la méthodologie de calcul qu’elle a utilisée pour déterminer le coût des installations techniques. À cet égard, elle rappelle que, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » et dans le courriel du 17 février 2025, le comité d’évaluation a indiqué que le coût des installations techniques qu’elle avait proposé représentait 47,72 % du coût total et que celui proposé par le consortium retenu s’élevait à 35,65 % du « prix » total. Or, la requérante estime que, bien que ledit comité ait rapporté le coût des installations techniques qu’elle avait proposé au coût total et celui que le consortium retenu avait proposé au prix total, en réalité, dans ces deux hypothèses, il a calculé le coût des installations techniques comme étant un pourcentage du montant forfaitaire pour les travaux de conception et de construction qui, sur la base des documents de la procédure d’attribution, constitue une composante du coût total pour la conception et la construction des locaux permanents.
165 Eu égard à ces éléments, la requérante soutient que, comme cela a été confirmé par une expertise privée qu’elle a elle-même commandée (ci‑après l’« expertise en cause »), en rapportant le coût des installations techniques non pas au coût total pour la conception et la construction des locaux permanents, mais au montant forfaitaire pour les travaux de conception et de construction, Frontex a commis une erreur. En effet, selon la requérante, Frontex n’a pas pris en compte le fait que les installations techniques qu’elle avait proposées permettaient de réaliser des économies d’énergie, d’eau et de frais d’entretien dans les locaux permanents. Ainsi, elle soutient que, même si la mise en œuvre de ces installations aurait entraîné des coûts supplémentaires et aurait induit une augmentation du montant forfaitaire pour les travaux de conception et de construction, leur utilisation aurait permis de réduire les coûts liés à l’énergie et à l’eau ainsi que les frais d’entretien du bâtiment et, dès lors, le coût total pour la conception et la construction des locaux permanents. Il s’ensuit, selon la requérante, que, dans la mesure où la méthodologie utilisée par Frontex pour déterminer le coût des installations techniques était erronée, celle-ci n’a pas pu apprécier correctement si le prix de l’offre finale retenue était anormalement bas.
166 Frontex conteste ce grief.
167 Il convient de relever que, conformément à la jurisprudence citée aux points 144 et 145 ci-dessus, le pouvoir adjudicateur jouit d’un large pouvoir d’appréciation tout au long de la procédure de passation du marché, y compris en ce qui concerne la qualification d’une offre comme étant anormalement basse, et le contrôle du Tribunal doit se limiter à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation ainsi que de l’exactitude matérielle des faits, de l’absence d’erreur manifeste d’appréciation et de détournement de pouvoir. Ainsi, afin d’établir que, dans l’appréciation des faits, le pouvoir adjudicateur a commis une erreur à ce point manifeste qu’elle est de nature à justifier l’annulation de la décision de rejet d’une offre de marché, les éléments de preuve apportés par la partie requérante doivent être suffisants pour priver de plausibilité les appréciations retenues dans la décision en cause.
168 De plus, la jurisprudence précise qu’il appartient au pouvoir adjudicateur de déterminer le mode de calcul d’un seuil d’anomalie constitutif d’une offre anormalement basse ou d’en fixer la valeur, à la condition d’employer une méthode objective et non discriminatoire (arrêts du 19 octobre 2017, Agriconsulting Europe/Commission, C‑198/16 P, EU:C:2017:784, point 55, et du 15 septembre 2022, Veridos, C‑669/20, EU:C:2022:684, point 34).
169 Dans ce contexte, il y a lieu d’apprécier si la méthodologie de calcul employée par Frontex pour déterminer le coût des installations techniques était objective et non discriminatoire et si, en se basant sur celle-ci, Frontex a commis une erreur manifeste d’appréciation.
170 À cet égard, il convient de relever qu’il ressort du dossier, sans que cela soit contesté, que, bien que le comité d’évaluation de Frontex ait indiqué que le coût des installations techniques du consortium retenu représentait 35,64 % du « prix » total alors que celui proposé par la requérante correspondait à 47,72 % du coût total, en réalité, dans les deux hypothèses, il a calculé le coût des installations techniques comme étant un pourcentage du montant forfaitaire pour les travaux de conception et de construction qui, comme cela est indiqué au point 114 ci‑dessus, constitue l’une des composantes du coût total pour la conception et la construction des locaux permanents définies dans le cadre de la procédure d’attribution.
171 Il s’ensuit que Frontex a utilisé la même méthodologie de calcul du coût des installations techniques pour la requérante et pour le consortium retenu, sans aucune discrimination. De plus, cette méthodologie était objective, dès lors qu’elle était basée sur un élément clair et vérifiable, à savoir le montant forfaitaire pour les travaux de conception et de construction estimé par la requérante et par le consortium retenu dans leurs offres finales. En outre, il convient de considérer que, pour exclure l’existence d’un prix anormalement bas dans l’offre finale retenue, Frontex ne s’est pas bornée à constater l’existence d’une différence entre le coût des installations techniques proposé par la requérante et celui proposé par le consortium retenu, mais a aussi pris en compte la différence entre le prix de l’offre finale retenue, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de contrats, l’estimation du métreur, les guides et études en cause et le rapport de 2024.
172 Dans ce contexte, il convient de conclure que, lors de la détermination du coût des installations techniques, Frontex n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation.
173 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par la prise en compte de l’expertise en cause, selon laquelle la méthodologie de calcul employée par Frontex n’était pas justifiée.
174 En effet, selon la jurisprudence, en l’absence d’une réglementation de l’Union sur la notion de preuve, le juge de l’Union a consacré un principe de libre administration ou de liberté des moyens de preuve, lequel doit être compris comme étant la faculté de se prévaloir, pour prouver un fait donné, de moyens de preuve de toute nature, tels des témoignages, des preuves documentaires et des aveux. Corrélativement, le juge de l’Union a consacré un principe de libre appréciation de la preuve, selon lequel la détermination de la crédibilité ou, en d’autres termes, de la valeur probante d’un élément de preuve est laissée à l’intime conviction du juge. Pour établir la valeur probante d’un document, il faut tenir compte de plusieurs éléments, tels que l’origine du document, les circonstances de son élaboration, son destinataire ainsi que son contenu et se demander si, d’après ces éléments, l’information qu’il contient paraît sensée et fiable. Dans ce contexte, le juge de l’Union a déjà estimé qu’une analyse produite par la partie requérante ne pouvait être considérée comme une expertise neutre et indépendante, dans la mesure où elle avait été demandée et financée par la partie requérante elle-même et établie sur le fondement de bases de données mises à disposition par celle-ci, sans que l’exactitude ou la pertinence de ces données aient fait l’objet d’une quelconque vérification indépendante. Le juge de l’Union a également déjà eu l’occasion d’affirmer qu’un rapport d’expertise ne pouvait être considéré comme probant qu’en raison de son contenu objectif et qu’une simple affirmation non étayée, figurant dans un tel document, n’était pas, en elle-même, concluante (voir arrêt du 2 juillet 2019, Mahmoudian/Conseil, T‑406/15, EU:T:2019:468, points 136 à 139 et jurisprudence citée).
175 Ainsi, dans la mesure où l’expertise en cause a été commandée par la requérante et où elle a été réalisée sur la base d’informations transmises par celle-ci, il y a lieu de considérer que, à défaut d’une vérification objective et indépendante par un tiers de son contenu, ses conclusions ne sont pas probantes. Par ailleurs, à supposer même que le contenu de l’expertise en cause soit concluant, il convient de relever que celle-ci vise à démontrer que la méthodologie de calcul employée par Frontex pour déterminer le coût des installations techniques n’est pas justifiée, mais qu’elle ne prend pas position sur la question de savoir si, conformément à la jurisprudence citée au point 168 ci-dessus, il s’agit d’une méthode objective et non discriminatoire.
176 Partant, il y a lieu de rejeter le deuxième grief du troisième moyen.
3) Sur le troisième grief du troisième moyen, relatif à une erreur commise par Frontex dans le choix des documents utilisés pour évaluer si l’offre finale retenue était anormalement basse
177 Par le troisième grief de son troisième moyen, la requérante soutient que Frontex a commis une erreur dans le choix des documents qu’elle a utilisés pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, dès lors que le comité d’évaluation se serait fondé uniquement sur l’estimation du métreur et sur les guides et études en cause, qui n’étaient pas pertinents en l’espèce.
178 D’une part, s’agissant de l’estimation du métreur, la requérante relève qu’il ressort de la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud » qu’elle a été réalisée avant le lancement de la procédure d’appel d’offres. Cependant, dans le courriel du 17 février 2025, Frontex aurait indiqué que l’estimation du métreur avait été effectuée avant l’issue de la procédure d’appel d’offres. Ainsi, la requérante soutient qu’une incertitude existe quant à la date de réalisation de son estimation par le métreur indépendant, à savoir avant le lancement ou avant l’issue de la procédure d’appel d’offres. Il ne s’agirait pas d’une différence anodine, dans la mesure où la procédure d’appel d’offres aurait été lancée le 12 juillet 2022 et se serait conclue environ deux ans après, à savoir le 23 octobre 2024, lorsque Frontex aurait notifié la première décision attaquée à la requérante. Par ailleurs, la requérante fait valoir que, s’il devait être établi que l’estimation du métreur a été réalisée avant le lancement de la procédure d’appel d’offres, cela signifierait que Frontex ne pouvait pas l’utiliser pour apprécier si le prix de l’offre finale retenue était anormalement bas, dès lors que le métreur n’avait pas pu prendre en compte les exigences techniques convenues entre Frontex et les soumissionnaires dans le cadre de la procédure d’attribution, qui différaient de celles qui leur avaient été communiquées avant le lancement de ladite procédure.
179 D’autre part, en ce qui concerne les guides et études en cause, la requérante soutient que ceux-ci se réfèrent à des immeubles de bureaux standards et ne prennent pas en compte les spécificités liées à la conception et à la construction des locaux permanents, qui se caractérisent notamment par des exigences accrues en matière de sécurité et de durabilité. Ainsi, Frontex n’aurait pas pu se baser sur les guides et études en cause pour déterminer si l’offre finale retenue était anormalement basse.
180 Frontex conteste ce grief.
181 Tout d’abord, il convient de rappeler que le pouvoir adjudicateur jouit d’un large pouvoir d’appréciation tout au long de la procédure de passation du marché, y compris en ce qui concerne les choix des documents qu’il peut utiliser pour qualifier une offre d’anormalement basse.
182 Ensuite, s’agissant de l’estimation du métreur, il y a lieu de noter que, certes, dans la « Réponse au point no 3 de la lettre de Warbud », Frontex a indiqué que celle-ci avait été réalisée avant le lancement de la procédure d’appel d’offres, alors que, dans le courriel du 17 février 2025, elle a fait valoir qu’elle avait été réalisée avant l’issue de la procédure d’appel d’offres. Cependant, dans le mémoire en défense, Frontex a clarifié ce point en indiquant que l’estimation du métreur avait été réalisée avant le lancement de la procédure d’appel d’offres. Or, ce fait ne prive pas de pertinence et de plausibilité les résultats de cette évaluation. En effet, la finalité de l’estimation du métreur n’était pas d’établir, sur la base de documents définis dans le cadre de la procédure d’attribution, si l’offre finale retenue était anormalement basse, mais de donner à Frontex un point de vue externe lui permettant d’estimer, sur la base de l’analyse du marché, le coût standard des installations techniques. De plus, pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, Frontex ne s’est pas basée uniquement sur l’estimation du métreur, mais a également pris en compte la différence entre le prix de cette offre, le prix de l’offre finale de la requérante et les prix des offres des autres soumissionnaires admis à participer à la deuxième phase de la procédure d’attribution, ainsi que les prix habituels du marché pour ce type de contrats, les guides et études en cause et le rapport de 2024. Ainsi, on ne saurait considérer que l’estimation du métreur était le seul document sur lequel le comité d’évaluation de Frontex s’était basé pour apprécier la nature anormalement basse de l’offre finale retenue.
183 Enfin, en ce qui concerne les guides et études en cause, il convient de relever que leur finalité n’était pas d’apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse, mais de donner à Frontex un aperçu des analyses effectuées par plusieurs acteurs du monde industriel en ce qui concernait le coût des installations techniques dans des projets de construction. Il s’ensuit que les guides et études en cause étaient pertinents en l’espèce, dans la mesure où ils ont permis au comité d’évaluation de Frontex de comparer le coût des installations techniques proposé par le soumissionnaire retenu dans l’offre finale retenue avec celui proposé par d’autres acteurs du monde industriel. De plus, il convient de considérer que, comme cela est indiqué au point 182 ci-dessus, il ne s’agit que de l’un des éléments pris en compte par Frontex, qui, en l’absence de dispositions spécifiques régissant le choix de ses documents de référence, jouissait d’un large pouvoir d’appréciation dans l’identification des documents à utiliser pour apprécier si l’offre finale retenue était anormalement basse.
184 Eu égard à ces éléments, il convient de rejeter le troisième grief du troisième moyen et, ainsi, ledit moyen dans son ensemble.
2. Sur les mesures d’instruction demandées par la requérante
185 La requérante demande au Tribunal d’enjoindre à Frontex, au titre d’une mesure d’instruction, de produire tous les documents utilisés par le comité d’évaluation pour évaluer les offres soumises dans le cadre de la procédure d’attribution.
186 Selon la jurisprudence, c’est au Tribunal qu’il appartient d’apprécier l’utilité de mesures d’instruction, au sens des articles 88 et suivants du règlement de procédure, aux fins de la solution du litige [voir arrêts du 24 octobre 2018, Nova/Commission, T‑299/15, non publié, EU:T:2018:713, point 194 et jurisprudence citée, et du 14 juin 2023, Ryanair et Airport Marketing Services/Commission, T‑79/21, EU:T:2023:334, point 344 (non publié) et jurisprudence citée].
187 Or, en l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les éléments versés au dossier pour statuer sur le litige sans qu’il soit nécessaire d’ordonner la mesure d’instruction demandée par la requérante.
188 Ainsi, il convient de rejeter cette demande.
189 Partant, compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, le recours doit être rejeté dans son intégralité.
V. Sur les dépens
190 Dans l’ordonnance du 11 avril 2025, Warbud/Frontex (T‑658/24 R, non publiée, EU:T:2025:411), les dépens ont été réservés.
191 Il appartient donc au Tribunal de statuer, dans le présent arrêt, sur les dépens afférents aux procédures engagées devant lui, y compris la procédure en référé.
192 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
193 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de Frontex, y compris ceux afférents à la procédure en référé.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (dixième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Warbud S.A. est condamnée aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure en référé.
| Kalėda | Jaeger | Kanninen |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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