Ordonnance du Tribunal (septième chambre) du 3 août 2026.#Kartroi LLC contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Procédure – Taxation des dépens.#Affaires jointes T-1/24 DEP et T-47/24 DEP.
| CELEX | 62024TO0001 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | lundi 3 août 2026 |
Texte intégral
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (septième chambre)
3 août 2026 (*)
« Procédure – Taxation des dépens »
Dans les affaires jointes T‑1/24 DEP et T‑47/24 DEP,
Kartroi LLC, établie à Orlando, Floride (États-Unis), représentée par Me M. Baccarelli, avocate,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO),
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche SpA, établie à Rome (Italie), représentée par Mes L. Goglia, et B. Villa, avocats,
LE TRIBUNAL (septième chambre),
composé de MM. K. Kecsmár, président, P. Nihoul et U. Öberg (rapporteur), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu les arrêts du 3 septembre 2025, Kartroi/EUIPO – Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche (SANDOKAN) (T‑1/24, non publié, EU:T:2025:818), et du 3 septembre 2025, Kartroi/EUIPO – Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche (SANDOKAN) (T‑47/24, non publié, EU:T:2025:819),
rend la présente
Ordonnance
1 Par ses demandes fondées sur l’article 170 du règlement de procédure du Tribunal, l’intervenante, Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche SpA, demande au Tribunal de fixer à la somme de 32 029,72 euros le montant des dépens récupérables devant être payés par la requérante, Kartroi LLC, au titre des frais qu’elle a exposés dans le cadre des procédures dans les affaires T‑1/24 et T‑47/24, ainsi que dans le cadre des présentes procédures de taxation des dépens.
Antécédents de la contestation
2 Par requêtes déposées au greffe du Tribunal le 2 janvier 2024 et le 30 janvier 2024 et enregistrées respectivement sous les numéros T‑1/24 et T‑47/24, la requérante a introduit deux recours tendant à l’annulation, d’une part, d’une décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 21 septembre 2023 (affaire R 20/2023‑2) et, d’autre part, d’une décision de la deuxième chambre de recours de l’EUIPO du 31 octobre 2023 (affaire R 312/2023‑2).
3 L’intervenante est intervenue dans les litiges au soutien des conclusions de l’EUIPO, en concluant au rejet des recours et à la condamnation de la requérante aux dépens.
4 Par deux arrêts du 3 septembre 2025, Kartroi/EUIPO – Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche (SANDOKAN) (T‑1/24, non publié, EU:T:2025:818), et du 3 septembre 2025, Kartroi/EUIPO – Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche (SANDOKAN) (T‑47/24, non publié, EU:T:2025:819), le Tribunal a rejeté les recours et a condamné la requérante à supporter les dépens exposés par l’intervenante.
5 Par lettre du 4 septembre 2025, l’intervenante a demandé à la requérante de lui rembourser la somme de 23 274,59 euros au titre des dépens récupérables afférents aux procédures ayant donné lieu aux arrêts au principal.
6 Aucun accord n’est intervenu entre les parties sur le montant des dépens récupérables.
Conclusions des parties
7 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– fixer le montant des dépens récupérables, dont le remboursement incombe à la requérante, à un montant de 11 637,30 euros au titre de chacune des procédures principales ;
– fixer les dépens récupérables incombant à la requérante à un montant de 4 377,56 euros au titre de chacune des présentes procédures.
8 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal de réduire les montants réclamés par l’intervenante au titre des dépens récupérables.
En droit
9 Les parties ayant été entendues, le Tribunal a décidé de joindre les présentes affaires aux fins de l’ordonnance, conformément à l’article 68 du règlement de procédure.
10 Aux termes de l’article 170, paragraphe 3, du règlement de procédure, s’il y a contestation sur les dépens récupérables, le Tribunal statue par voie d’ordonnance non susceptible de recours à la demande de la partie intéressée, après avoir mis la partie concernée par la demande en mesure de présenter ses observations.
11 Selon l’article 140, sous b), du règlement de procédure, sont considérés comme dépens récupérables « les frais indispensables exposés par les parties aux fins de la procédure, notamment les frais de déplacement et de séjour et la rémunération d’un agent, conseil ou avocat ». Il découle de cette disposition que les dépens récupérables sont limités à ceux exposés aux fins de la procédure devant le Tribunal et qui ont été indispensables à cette fin (voir ordonnance du 6 mars 2003, Nan Ya Plastics et Far Eastern Textiles/Conseil, T‑226/00 DEP et T‑227/00 DEP, EU:T:2003:61, point 33 et jurisprudence citée).
12 L’article 170, paragraphe 3, du règlement de procédure, lu à la lumière de l’article 134, paragraphe 1, du même règlement, se fonde sur le principe que la partie qui succombe doit supporter les dépens de la partie qui obtient gain de cause. En effet, la partie qui obtient gain de cause doit être placée dans la situation où elle se serait trouvée si l’autre partie n’avait pas intenté un recours ou défendu sa cause. À l’inverse, le juge de l’Union ne doit pas exposer la partie qui succombe à payer les frais liés à la procédure de la partie qui obtient gain de cause dans la mesure où ceux-ci n’étaient pas indispensables.
13 Il est de jurisprudence constante que, à défaut de dispositions du droit de l’Union de nature tarifaire ou relatives au temps de travail nécessaire, le Tribunal doit apprécier librement les données de la cause, en tenant compte de l’objet et de la nature du litige, de son importance sous l’angle du droit de l’Union ainsi que des difficultés de la cause, de l’ampleur du travail que la procédure contentieuse a pu causer aux agents ou aux conseils intervenus et des intérêts économiques que le litige a représenté pour les parties [voir ordonnance du 26 janvier 2017, Nürburgring/EUIPO – Biedermann (Nordschleife), T‑181/14 DEP, EU:T:2017:41, point 11 et jurisprudence citée].
14 S’agissant d’une facturation au taux horaire, en l’absence de barème à cet égard, ce n’est que dans l’hypothèse où le taux horaire moyen facturé apparaît manifestement excessif que le Tribunal peut s’en écarter et fixer ex æquo et bono le montant des honoraires d’avocat récupérables [voir, en ce sens, ordonnance du 21 décembre 2023, FFI Female Financial Invest/EUIPO – MLP Finanzberatung (Financery), T‑7/22 DEP, non publiée, EU:T:2023:872, point 23 et jurisprudence citée]. Selon les caractéristiques de l’affaire, et notamment pour celles dont le degré de complexité est limité, il en va de même pour le montant des honoraires d’avocat facturé à titre forfaitaire.
15 Le Tribunal, en fixant les dépens récupérables, tient compte de toutes les circonstances de l’affaire jusqu’au moment de la signature de l’ordonnance de taxation des dépens, y compris des frais indispensables afférents à la procédure de taxation des dépens (ordonnance du 21 décembre 2023, Financery, T‑7/22 DEP, non publiée, EU:T:2023:872, point 13).
16 C’est en fonction de ces considérations qu’il convient d’apprécier le montant des dépens récupérables en l’espèce.
17 Il ressort du dossier que le montant total dont l’intervenante demande le remboursement est de 32 029,72 euros incluant la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). L’intervenante a produit cinq factures à l’appui de sa demande :
– une facture du 3 septembre 2024 relative à l’affaire T‑1/24, qui a pour objet « LUX VIDE – TRIB UE – [DÉCHÉANCE] », d’un montant de 8 372 euros hors TVA, correspondant à des honoraires d’un montant de 7 000 euros, à des « frais généraux » de 15 % d’un montant de 1 050 euros et à la contribution à la Cassa Previdenza Avvocati (ci-après la « CPA ») de 4 % d’un montant de 322 euros, majoré de 1 841,84 euros de TVA ;
– une facture du 3 septembre 2024 relative à l’affaire T‑47/24, qui a pour objet « LUX VIDE – TRIB UE – [NULLITÉ] », d’un montant de 8 372 euros hors TVA, correspondant à des honoraires d’un montant de 7 000 euros, à des « frais généraux » de 15 % d’un montant de 1 050 euros et à la contribution à la CPA de 4 % d’un montant de 322 euros, majoré de 1 841,84 euros de TVA ;
– une facture du 20 décembre 2024 relative aux audiences dans les affaires T‑1/24 et T‑47/24, qui a pour objet « LUX VIDE – TRIB UE – [DÉCHÉANCE] », d’un montant de 2 333,53 euros hors TVA, correspondant à des honoraires d’un montant de 1 000 euros, à des « frais généraux » de 15 % d’un montant de 150 euros, à des « frais taxables » d’un montant de 1 093,78 euros et à la contribution à la CPA de 4 % d’un montant de 89,75 euros, majoré de 513,38 euros de TVA ;
– une facture du 10 octobre 2025, qui a pour objet « LUX VIDE – TRIB UE – [DÉCHÉANCE] », établie pour la « [p]réparation et [le] dépôt d’un recours en vue de la liquidation des dépens relatifs à l’affaire T‑1/24 devant le Tribunal de l’[Union européenne] », d’un montant de 3 588 euros hors TVA, correspondant à des honoraires d’un montant de 3 000 euros, à des « frais généraux » de 15 % d’un montant de 450 euros et à la contribution à la CPA de 4 % d’un montant de 138 euros, majoré de 789,36 euros de TVA ;
– une facture du 10 octobre 2025, qui a pour objet « LUX VIDE – TRIB UE – [NULLITÉ] », établie pour la « [p]réparation et [le] dépôt d’un recours en vue de la liquidation des dépens relatifs à l’affaire T‑47/24 devant le Tribunal de l’[Union européenne] », d’un montant de 3 588 euros hors TVA, correspondant à des honoraires d’un montant de 3 000 euros, à des « frais généraux » de 15 % d’un montant de 450 euros et à la contribution à la CPA de 4 % d’un montant de 138 euros, majoré de 789,36 euros de TVA.
18 S’agissant de l’ensemble de ces factures, l’intervenante a produit, à titre d’offres de preuve et afin de démontrer qu’il s’agissait de frais indispensables exposés aux fins de la procédure, des échanges de courriels avec son avocat contenant des devis, desquels il ressort que les honoraires d’avocat ont été fixés forfaitairement et non sur la base d’un taux horaire.
Sur les honoraires d’avocat
Sur les honoraires d’avocat afférents aux procédures au principal
19 Il ressort du dossier que le montant total des honoraires d’avocat dont l’intervenante demande le remboursement, au titre des procédures au principal, est de 15 000 euros hors TVA, à savoir 7 000 euros pour chaque phase écrite, et 500 euros pour chaque phase orale.
20 En premier lieu, s’agissant de l’objet et de la nature du litige, de son importance sous l’angle du droit de l’Union et des difficultés de la cause, il convient de relever que les affaires au principal avaient pour objet des recours formés contre des décisions de la chambre de recours de l’EUIPO relatives, d’une part, à une procédure de déchéance pour défaut d’usage sérieux et, d’autre part, à une procédure de nullité pour cause de nullité absolue.
21 Dès lors, les affaires au principal s’inscrivaient dans le cadre d’un contentieux récurrent au Tribunal et ne portaient pas sur des questions particulièrement complexes, en droit comme en fait, ou revêtant une importance particulière au regard du droit de l’Union, ce qui n’est d’ailleurs pas contesté par l’intervenante. Ainsi, ces affaires ne sauraient être considérées comme présentant des difficultés particulières. En outre, elles ne posaient pas de question de droit nouvelle et pouvaient donc être traitées sur la base d’une jurisprudence constante.
22 En deuxième lieu, s’agissant des intérêts économiques en jeu, l’intervenante fait valoir que les procédures revêtaient une importance capitale pour le libre exercice de son activité économique, notamment pour libérer le terrain sur le territoire de l’Union européenne en vue de possibles actions et revendications supplémentaires de la part de la requérante, lesquelles auraient eu des répercussions sur le développement et la distribution de sa série « Sandokan », alors que celle-ci avait déjà nécessité d’importants investissements. À cet égard, l’intervenante se réfère à plusieurs articles de presse qui témoignent, selon elle, de l’ampleur des investissements qu’elle a réalisés et du travail qu’elle a accompli pour produire cette série.
23 Or, il convient de constater que ces articles de presse ne démontrent aucunement les investissements réalisés ou le travail accompli par l’intervenante pour produire la série « Sandokan », mais se limitent à reprendre des déclarations des collaborateurs de l’intervenante à ce propos. Ces déclarations ne sont étayées par aucun élément de preuve.
24 Ainsi, si, eu égard à l’importance des marques dans le commerce, l’affaire présentait un intérêt économique certain pour l’intervenante, en l’absence d’éléments apportés par cette dernière, cet intérêt économique ne saurait être considéré comme étant d’une importance inhabituelle.
25 En troisième lieu, en ce qui concerne l’ampleur du travail que la procédure a pu engendrer pour l’intervenante, il appartient au juge de l’Union de tenir principalement compte du nombre total d’heures de travail pouvant apparaître comme objectivement indispensables aux fins de la procédure devant le Tribunal. À cet égard, la possibilité pour le juge de l’Union d’apprécier la valeur du travail effectué dépend de la précision des informations fournies [voir, en ce sens, ordonnance du 17 mars 2016, Norma Lebensmittelfilialbetrieb/OHMI – Yorma's (Yorma Eberl), T‑229/14 DEP, non publiée, EU:T:2016:177, point 19 et jurisprudence citée].
26 En l’espèce, ainsi qu’il est indiqué au point 18 ci-dessus, les honoraires d’avocat ont été fixés forfaitairement. Sur ce point, l’intervenante fait valoir que, si l’on divisait le montant facturé à titre d’honoraires d’avocat par un taux horaire de 350 euros, tarif que le Tribunal a reconnu comme approprié à plusieurs reprises, ce montant correspondrait à environ 21 heures de travail par affaire. Ainsi, selon l’intervenante, le montant total des honoraires doit nécessairement être considéré comme équitable et justifié.
27 L’intervenante n’ayant pas fourni un décompte détaillé du nombre d’heures consacrées par son représentant à la préparation des affaires, à la rédaction des mémoires en réponse ou à la participation à l’audience, il appartient au juge de l’Union de tenir compte du travail pouvant apparaître comme objectivement indispensable et raisonnable pour ce type de contentieux devant le Tribunal [voir, en ce sens, ordonnance du 7 mai 2020, Gibson Brands/EUIPO – Wilfer (Forme d’un corps de guitare), T‑340/18 DEP, non publiée, EU:T:2020:206, point 36].
28 À cet égard, il convient, premièrement, de relever que les procédures dans les affaires au principal ont chacune comporté une phase écrite, comprenant un échange de mémoires, et une phase orale, dans le cadre de laquelle une audience a eu lieu le 5 décembre 2024.
29 Les requêtes de la requérante dans les affaires T‑1/24 et T‑47/24 comportaient, respectivement, 20 pages et 22 annexes, et 21 pages et 15 annexes. Les mémoires en réponse de l’EUIPO comportaient, respectivement, 13 pages et 12 annexes, et 16 pages. L’intervenante a déposé deux mémoires en réponse, lesquels comportaient, respectivement, 13 pages et 12 annexes, et 14 pages et 18 annexes.
30 En outre, les procédures ont comporté une phase orale et l’intervenante était représentée par un avocat aux audiences de plaidoiries dans les deux affaires. La durée cumulée des deux audiences de plaidoiries, ainsi qu’il ressort des procès-verbaux, était de deux heures et dix-huit minutes.
31 Deuxièmement, contrairement à ce que fait valoir la requérante, les affaires ayant donné lieu aux arrêts au principal n’étaient pas similaires en droit et en fait. En effet, l’affaire T‑1/24 portait sur une procédure de déchéance pour défaut d’usage sérieux et l’affaire T‑47/24 avait trait à une procédure de nullité pour cause de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque.
32 Troisièmement, l’intervenante a expliqué que les phases du litige devant l’EUIPO avaient été gérées par une société spécialisée dans les services de conseil en propriété intellectuelle composée de professionnels inscrits aux registres italien et européen des conseils en propriété industrielle, qui n’était toutefois pas en mesure d’assister l’intervenante devant le Tribunal. En effet, ladite société ne comptait pas parmi ses collaborateurs de professionnels habilités à exercer la profession d’avocat devant les juridictions italiennes. Ainsi, les avocats de l’intervenante dans le cadre des procédures au principal n’ayant pas représenté l’intervenante devant l’EUIPO, ils ne disposaient pas d’une connaissance préalable du litige. Il y a lieu dès lors de tenir compte du temps de travail supplémentaire consacré à l’étude du dossier en amont de la préparation des mémoires en réponse.
33 Au regard de l’ensemble de ces éléments, les forfaits des honoraires d’avocat de 7 000 euros pour chaque phase écrite et de 500 euros pour chaque phase orale doivent être considérés comme des frais objectivement indispensables. Il s’ensuit que les honoraires d’avocat indispensables pour les procédures au principal doivent être fixés à 15 000 euros.
Sur les honoraires d’avocat afférents aux présentes procédures de taxation des dépens
34 L’intervenante demande le remboursement, au titre des présentes procédures de taxation de dépens, des honoraires d’avocat de 6 000 euros hors TVA, à savoir 3 000 euros hors TVA par affaire.
35 Comme c’est le cas pour les honoraires d’avocat afférents aux procédures au principal, les honoraires d’avocat afférents aux procédures de taxation de dépens ont été fixés forfaitairement et non sur la base d’un taux horaire.
36 À cet égard, il y a lieu de rappeler qu’une demande de taxation de dépens présente un caractère plutôt standardisé et se distingue, en principe, par l’absence de toute difficulté pour l’avocat qui a déjà traité le fond de l’affaire, notamment lorsque cette dernière ne présente pas de difficulté particulière, comme cela était le cas des affaires au principal (voir ordonnance du 21 décembre 2023, Financery, T‑7/22 DEP, non publiée, EU:T:2023:872, point 33 et jurisprudence citée).
37 De plus, les demandes de taxation des dépens introduites par l’intervenante dans les deux affaires jointes sont strictement identiques.
38 Dans ces conditions, il convient de constater que le montant forfaitaire total des honoraires d’avocat de 6 000 euros est excessif. Il y a lieu de fixer le montant des honoraires d’avocat récupérables afférents aux présentes procédures de taxation de dépens ex æquo et bono à un montant de 2 400 euros pour les deux affaires.
Sur les débours et la TVA
39 L’intervenante réclame le remboursement d’un montant correspondant à 15 % du total des honoraires d’avocat au titre des « frais généraux », d’un montant de 1 093,78 euros au titre des « frais taxables », d’un montant correspondant à 4 % de ces honoraires et de ces frais au titre de la contribution à la CPA, ainsi que de la TVA qui lui a été facturée.
40 S’agissant des « frais généraux » d’un montant de 2 250 euros pour les procédures au principal et de 900 euros pour les présentes procédures, l’intervenante fait valoir que l’évaluation de ces frais résulte de la réglementation nationale italienne.
41 À cet égard, il convient de noter que des frais de secrétariat, de dactylographie, de courrier et de téléphone sont admis en tant que dépens récupérables dès lors qu’ils apparaissent dûment justifiés et évalués de manière raisonnable (ordonnances du 2 juin 2009, Sison/Conseil, T‑47/03 DEP, EU:T:2009:166, point 51, et du 25 novembre 2009, Hynix Semiconductor/Conseil, T‑383/03 DEP, non publiée, EU:T:2009:466, point 54).
42 En l’espèce, le montant des « frais généraux » réclamés par l’intervenante résulte de l’application de l’article 2, paragraphe 2, du decreto ministeriale n. 55, Regolamento recante la determinazione dei parametri per la liquidazione dei compensi per la professione forense, ai sensi dell’articolo 13 comma 6 della Legge 31 dicembre 2012 n. 247 (décret ministériel no 55 fixant les critères de calcul des honoraires des avocats, conformément à l’article 13, paragraphe 6, de la loi no 247 du 31 décembre 2012), du 10 mars 2014.
43 Il s’ensuit qu’un montant de 2 610 euros, correspondant à 15 % du montant des honoraires d’avocat évalué par le Tribunal aux points 33 et 38 ci-dessus, peut être considéré comme récupérable en l’espèce au titre des « frais généraux ».
44 S’agissant des « frais taxables » d’un montant de 1 093,78 euros, l’intervenante fait valoir qu’il s’agit des frais engagés pour les vols aller-retour entre Milan et Luxembourg, l’hébergement à Luxembourg, les transports en taxi vers et depuis les aéroports ou pour se rendre au Tribunal, ainsi que les repas pris pendant le déplacement. Ces frais sont attestés par des pièces justificatives.
45 Ainsi qu’il résulte de ces pièces justificatives, ces frais sont directement liés à la participation de l’intervenante aux audiences de plaidoiries. Il convient donc de considérer le montant de 1 093,78 euros comme des dépens récupérables dans leur intégralité.
46 S’agissant des montants facturés au titre de la CPA, il convient de noter que ces montants sont dus au titre de la cotisation à la caisse de sécurité sociale des avocats et sont par conséquent des dépens récupérables [voir, en ce sens, ordonnances du 20 mai 2022, Moi/Parlement, T‑17/19 DEP, non publiée, EU:T:2022:352, point 87, et du 23 janvier 2024, Tubes Radiatori/EUIPO – Antrax It (Radiateur de chauffage), T‑380/20 DEP, non publiée, EU:T:2024:39, point 59].
47 Il s’ensuit qu’un montant de 844,15 euros, correspondant à 4 % du montant des honoraires d’avocat, des frais généraux et des frais taxables évalué par le Tribunal aux points 33, 38, 43 et 44 ci-dessus, peut être considéré comme récupérable en l’espèce au titre de la contribution à la CPA.
48 S’agissant des montants facturés au titre de la TVA, il y a lieu de relever que, lorsqu’une personne physique ou morale est assujettie à la TVA, elle a le droit de récupérer auprès des autorités fiscales la TVA payée sur les biens et les services qu’elle achète. La TVA ne représente donc pas pour elle une dépense, de sorte que les montants acquittés au titre de cette taxe ne doivent pas être pris en compte aux fins du calcul des dépens récupérables. Partant, le montant réclamé au titre de la TVA est considéré comme faisant partie des dépens récupérables seulement si la personne physique ou morale qui réclame ce montant établit qu’elle n’est pas assujettie à la TVA [voir, en ce sens, ordonnance du 29 juin 2015, Reber/OHMI – Klusmeier (Wolfgang Amadeus Mozart PREMIUM), T‑530/10 DEP, non publiée, EU:T:2015:482, point 51 et jurisprudence citée].
49 Or, l’intervenante n’ayant fourni aucune information à cet égard, le montant relatif à la TVA ne fait pas partie, en l’espèce, des dépens récupérables.
Sur le comportement prétendument abusif voire vexatoire de l’intervenante
50 Au soutien de ses conclusions, tendant, en substance, à ce que le Tribunal réduise les montants réclamés par l’intervenante au titre des dépens récupérables, la requérante demande que le Tribunal tienne compte du comportement prétendument abusif voire vexatoire de l’intervenante, conformément à l’article 135 du règlement de procédure.
51 Il convient d’écarter ce moyen comme inopérant.
52 En effet, si le caractère abusif du comportement d’une partie est pertinent pour la répartition des dépens ordonnée par le Tribunal dans l’arrêt ou l’ordonnance mettant fin à l’instance, conformément à l’article 135 du règlement de procédure, ce caractère est, en revanche, dénué de toute pertinence au stade de la taxation des dépens, effectuée par le Tribunal en vertu de l’article 140, sous b), du même règlement, la procédure de taxation étant une procédure objective, dont le but est la détermination des dépens indispensables exposés pour les besoins de la procédure.
53 Compte tenu de l’ensemble de ce qui précède, le montant des dépens récupérables par l’intervenante est fixé à 21 947,93 euros, comprenant 17 400 euros au titre des honoraires d’avocat, majorés de 15 % au titre des « frais généraux », soit 2 610 euros, et de 4 % au titre de la contribution à la CPA, soit 844,15 euros, ainsi que les frais de déplacement et de séjour d’un montant de 1 093,78 euros.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (septième chambre)
ordonne :
Le montant total des dépens à rembourser par Kartroi LLC à Luxvide Finanziaria per Iniziative Audiovisive e Telematiche SpA est fixé à 21 947,93 euros.
Fait à Luxembourg, le 3 août 2026.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | K. Kecsmár |
* Langue de procédure : l’italien.
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