| CELEX | 62024TO0479 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | lundi 25 novembre 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU PRÉSIDENT DU TRIBUNAL
25 novembre 2024 (*)
« Référé – Recherche et développement technologique – Convention de subvention conclue dans le cadre du programme‑cadre pour la recherche et l’innovation Horizon 2020 (2014-2020) – Demande de remboursement de coûts inéligibles – Demande de sursis à exécution – Méconnaissance des exigences de forme – Irrecevabilité »
Dans l’affaire T‑479/24 R,
Stowarzyszenie Edukacja, Nauka, Kultura, établie à Szczecin (Pologne), représentée par Me R. Jakubowski, avocat,
partie requérante,
contre
Agence exécutive européenne pour la recherche (REA), représentée par Mmes S. Payan‑Lagrou et V. Canetti, en qualité d’agents, assistées de Me M. Le Berre, avocat,
partie défenderesse,
LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL
rend la présente
Ordonnance
1 Par sa demande fondée sur les articles 278 et 279 TFUE, la requérante, Stowarzyszenie Edukacja, Nauka, Kultura, sollicite le sursis à l’exécution de la note de débit no 3242409862, du 16 juillet 2024, émise par l’Agence exécutive européenne pour la recherche (REA) pour une somme de 135 000 euros (ci‑après la « note de débit attaquée »).
Antécédents du litige et conclusions des parties
2 La requérante est une association sans but lucratif de droit polonais active dans le domaine de l’éducation, de la science et de la culture.
3 La requérante a adhéré à la convention de subvention portant la référence 734602 et est ainsi devenue partie au projet « Technologies of Imaging in Communication, Art and Social Sciences » (TICASS).
4 Le 25 avril 2024, sur la base des conclusions d’un rapport d’audit, la REA a adressé à la requérante une lettre lui annonçant son intention de recouvrer une somme d’un montant de 135 000 euros et l’a invitée à présenter ses observations.
5 Le 24 mai 2024, la requérante a envoyé une lettre à la REA en réponse à la lettre d’information du 25 avril 2024.
6 Le 16 juillet 2024, la REA a adressé une lettre à la requérante par laquelle elle maintenait sa précédente position et demandait le paiement de la somme de 135 000 EUR au moyen de la note de débit attaquée. Cette note de débit indiquait que la somme devait être remboursée au plus tard le 30 août 2024.
7 Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 16 septembre 2024, la requérante a introduit un recours fondé sur les articles 263 et 272 TFUE.
8 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le même jour, la requérante a introduit la présente demande en référé, dans laquelle elle conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :
– ordonner le sursis à l’exécution de la note de débit attaquée, jusqu’à la clôture définitive de la procédure principale ;
– condamner la REA aux dépens.
9 Le 30 septembre 2024, la Commission européenne a adressé une lettre de mise en demeure à la requérante lui demandant le paiement de la créance et des intérêts de retard.
10 Dans ses observations sur la demande en référé, déposées au greffe du Tribunal le 1er octobre 2024, la REA conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :
– rejeter la demande en référé ;
– réserver les dépens ou, à titre subsidiaire, condamner la requérante aux dépens.
En droit
11 Il ressort d’une lecture combinée des articles 278 et 279 TFUE, d’une part, et de l’article 256, paragraphe 1, TFUE, d’autre part, que le juge des référés peut, s’il estime que les circonstances l’exigent, ordonner le sursis à l’exécution d’un acte attaqué devant le Tribunal ou prescrire les mesures provisoires nécessaires, et ce dans le respect des règles de recevabilité prévues à l’article 156 du règlement de procédure du Tribunal.
12 L’article 156, paragraphe 4, première phrase, du règlement de procédure dispose que les demandes en référé doivent spécifier « l’objet du litige, les circonstances établissant l’urgence ainsi que les moyens de fait et de droit justifiant à première vue l’octroi de la mesure provisoire à laquelle elles concluent ».
13 Ainsi, le sursis à exécution et les autres mesures provisoires peuvent être accordés par le juge des référés s’il est établi que leur octroi est justifié à première vue en fait et en droit (fumus boni juris) et qu’ils sont urgents, en ce sens qu’il est nécessaire, pour éviter un préjudice grave et irréparable aux intérêts de la partie qui les sollicite, qu’ils soient édictés et produisent leurs effets avant la décision dans l’affaire principale. Ces conditions sont cumulatives, de telle sorte que les demandes de mesures provisoires doivent être rejetées dès lors que l’une d’elles fait défaut. Le juge des référés procède également, le cas échéant, à la mise en balance des intérêts en présence (voir ordonnance du 2 mars 2016, Evonik Degussa/Commission, C‑162/15 P‑R, EU:C:2016:142, point 21 et jurisprudence citée).
14 En outre, en vertu de l’article 156, paragraphe 5, et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la demande en référé doit notamment être présentée par acte séparé, indiquer l’objet du litige et contenir un exposé sommaire des moyens et des arguments invoqués.
15 Il découle d’une lecture combinée de l’article 156, paragraphes 4 et 5, et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure qu’une demande relative à des mesures provisoires doit, à elle seule, permettre à la partie défenderesse de préparer ses observations et au juge des référés de statuer sur la demande, le cas échéant, sans autres informations à l’appui. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il faut, pour qu’une telle demande soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels celle‑ci se fonde ressortent d’une façon cohérente et compréhensible du texte même de la demande en référé. Si ce texte peut être étayé et complété sur des points spécifiques par des renvois à des passages déterminés de pièces qui y sont annexées, un renvoi global à d’autres écrits, même annexés à la demande en référé, ne saurait pallier l’absence des éléments essentiels dans celle‑ci (voir ordonnance du 4 décembre 2015, E‑Control/ACER, T‑671/15 R, non publiée, EU:T:2015:975, point 8 et jurisprudence citée).
16 Par ailleurs, le point 284 des dispositions pratiques d’exécution du règlement de procédure alors applicable prévoit expressément que la demande en référé doit être compréhensible par elle‑même, sans qu’il soit nécessaire de se référer à la requête dans l’affaire principale, y compris aux annexes de celle‑ci.
17 Dès lors que le non-respect du règlement de procédure constitue une fin de non-recevoir d’ordre public, il appartient au juge des référés d’examiner d’office, le cas échéant, si les dispositions applicables de ce règlement ont été respectées (voir ordonnance du 14 février 2020, Vizzone/Commission, T‑658/19 R, non publiée, EU:T:2020:71, point 11 et jurisprudence citée).
18 En l’espèce, bien qu’une demande en référé adressée contre une note de débit soit en principe recevable lorsque le recours principal est fondé sur l’article 272 TFUE dans le cas où la Commission a choisi la voie contractuelle pour allouer aux bénéficiaires les subventions en cause (voir, en ce sens, ordonnance du 6 avril 2016, GABO:mi/Commission, T‑10/16 R, non publiée, EU:T:2016:197, points 24 à 32), il y a toutefois lieu de relever que, dans sa demande en référé, la requérante ne consacre aucun développement à la condition relative au fumus boni juris, ni à la mise en balance des intérêts en présence.
19 En effet, s’agissant, en particulier, de la condition relative au fumus boni juris, la requérante s’est contentée d’énoncer uniquement, dans la demande en référé, les moyens invoqués au soutien du recours principal.
20 Or, une telle absence d’argumentation ne permet pas au juge des référés de procéder à une appréciation juridique du caractère à première vue fondé des moyens invoqués dans la requête dans l’affaire principale.
21 Il s’ensuit que la demande en référé n’est pas compréhensible par elle‑même sans se référer à la requête dans l’affaire principale.
22 Or, une telle absence d’explication suffisante, dans la demande en référé, des éléments constitutifs d’un éventuel fumus boni juris ne saurait être compensée par un renvoi à la requête dans l’affaire principale.
23 À cet égard, il suffit de rappeler qu’il n’incombe pas au juge des référés de rechercher, en lieu et place de la partie concernée, les éléments contenus dans les annexes ou dans la requête au principal qui seraient de nature à corroborer la demande en référé. Une telle obligation mise à la charge du juge des référés serait d’ailleurs de nature à priver d’effet la disposition du règlement de procédure qui prévoit que la demande relative à des mesures provisoires doit être présentée par acte séparé (voir ordonnance du 27 mars 2023, Cogebi et Cogebi/Conseil, T‑782/22 R, non publiée, EU:T:2023:162, point 21 et jurisprudence citée).
24 Il s’ensuit que, s’agissant de la condition relative à l’existence d’un fumus boni juris, mais également de celle portant sur la mise en balance des intérêts en présence, la présente demande en référé n’est pas conforme aux exigences de l’article 156, paragraphes 4 et 5, et de l’article 76, sous d), du règlement de procédure et que, par conséquent, elle doit être rejetée comme irrecevable.
25 En vertu de l’article 158, paragraphe 5, du règlement de procédure, il convient de réserver les dépens.
Par ces motifs,
LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL
ordonne :
1) La demande en référé est rejetée.
2) Les dépens sont réservés.
Fait à Luxembourg, le 25 novembre 2024.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | M. van der Woude |
* Langue de procédure : l’anglais.
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