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AccueilDroit européen62025CJ0039
Jurisprudence CJUE62025CJ0039

Arrêt de la Cour (sixième chambre) du 16 juillet 2026.#Bogoljub Karić contre Conseil de l'Union européenne.#Pourvoi – Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Biélorussie – Décision 2012/642/PESC – Règlement (CE) no 765/2006 – Gel des fonds – Interdiction d’entrée et de passage en transit sur le territoire de l’Union européenne – Inscription et maintien du nom du requérant sur les listes des personnes, des entités et des organismes concernés par les mesures restrictives – Critère relatif au profit tiré du régime du président Lukashenko ou du soutien apporté à celui-ci.#Affaire C-39/25 P.

CELEX62025CJ0039
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 16 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (Sixième chambre)

16 juillet 2026 (*)

« Pourvoi – Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Biélorussie – Décision 2012/642/PESC – Règlement (CE) no 765/2006 – Gel des fonds – Interdiction d’entrée et de passage en transit sur le territoire de l’Union européenne – Inscription et maintien du nom du requérant sur les listes des personnes, des entités et des organismes concernés par les mesures restrictives – Critère relatif au profit tiré du régime du président Lukashenko ou du soutien apporté à celui-ci »

Dans l’affaire C‑39/25 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 22 janvier 2025,

Bogoljub Karić, demeurant à Belgrade (Serbie), représenté par Mes A. Bass, A. Beauchemin, W. Julié, et T. Marembert, avocats,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Conseil de l’Union européenne, représenté par Mmes L. Berger et S. Van Overmeire, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (sixième chambre),

composée de Mme I. Ziemele, présidente de chambre, M. F. Biltgen (rapporteur), président de la première chambre, faisant fonction de juge de la sixième chambre, et M. S. Gervasoni, juge,

avocat général : M. A. Biondi,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1 Par son pourvoi, M. Bogoljub Karić demande à la Cour d’annuler l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 6 novembre 2024, Karić/Conseil (T‑520/22, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:774), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant à l’annulation, d’une part, de la décision d’exécution (PESC) 2022/881 du Conseil, du 3 juin 2022, mettant en œuvre la décision 2012/642/PESC concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2022, L 153, p. 77), et du règlement d’exécution (UE) 2022/876 du Conseil, du 3 juin 2022, mettant en œuvre l’article 8 bis, paragraphe 1, du règlement (CE) no 765/2006 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2022, L 153, p. 1) (ci-après, pris ensemble, les « actes initiaux »), ainsi que, d’autre part, de la décision (PESC) 2023/421 du Conseil, du 24 février 2023, modifiant la décision 2012/642/PESC du Conseil concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2023, L 61, p. 41), et du règlement d’exécution (UE) 2023/419 du Conseil, du 24 février 2023, mettant en œuvre l’article 8 bis du règlement (CE) no 765/2006 du Conseil concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2023, L 61, p. 20) (ci‑après, pris ensemble, les « actes de maintien »), pour autant que l’ensemble de ces actes (ci-après, pris ensemble, les « actes litigieux ») concernent le requérant.

I. Le cadre juridique

A. Le règlement no 765/2006

2 L’article 2 du règlement (CE) no 765/2006 du Conseil, du 18 mai 2006, concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2006, L 134, p. 1, et rectificatif JO 2022, L 283, p. 15), tel que modifié par le règlement (UE) 2022/355 du Conseil, du 2 mars 2022 (JO 2022, L 67, p. 1) (ci-après le « règlement no 765/2006 »), dispose, à ses paragraphes 1 et 5 :

« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes physiques ou morales, aux entités ou aux organismes dont la liste figure à l’annexe I, de même que tous les fonds et ressources économiques qui sont en leur possession, qu’ils détiennent ou qu’ils contrôlent.

[..]

5. L’annexe I est également composée d’une liste des personnes physiques ou morales, des entités et des organismes qui, conformément à l’article 4, paragraphe 1, point b), de la décision 2012/642/PESC [du Conseil, du 15 octobre 2012, concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2012, L 285, p. 1), telle que modifiée par la décision (PESC) 2022/356 du Conseil, du 2 mars 2022 (JO 2022, L 67, p. 103) (ci-après la « décision 2012/642 »)], ont été identifiés par le Conseil [de l’Union européenne] comme profitant du régime [du président] Lukashenko ou le soutenant, ainsi que des personnes morales, des entités et des organismes qu’ils détiennent ou contrôlent. »

3 L’article 8 bis, paragraphe 4, de ce règlement prévoit :

« La liste de l’annexe I est examinée à intervalles réguliers, et au moins tous les douze mois. »

B. La décision 2012/642

4 L’article 3, paragraphe 1, de la décision 2012/642 dispose :

« Les États membres prennent les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le passage en transit sur leur territoire des personnes qui :

[...]

b) profitent du régime [du président Lukashenko] ou le soutiennent.

[...] »

5 Aux termes de l’article 4, paragraphe 1, de cette décision :

« Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes, entités ou organismes inscrits sur la liste figurant à l’annexe I, de même que tous les fonds et ressources économiques possédés, détenus ou contrôlés notamment par lesdits personnes, entités ou organismes qui remplissent l’un des critères suivants :

[...]

b) les personnes physiques ou morales, les entités ou les organismes qui profitent du régime [du président Lukashenko] ou le soutiennent ;

[...] »

6 L’article 8 de ladite décision prévoit :

« [...]

2. La présente décision fait l’objet d’un suivi constant et est prorogée ou modifiée, selon le cas, si le Conseil estime que ses objectifs n’ont pas été atteints.

[...] »

C. La décision d’exécution 2022/881

7 L’article 1er de la décision d’exécution 2022/881 dispose :

« L’annexe I de la décision 2012/642/PESC est modifiée conformément à l’annexe de la présente décision. »

8 Le point 1 de l’annexe I de la décision 2012/642, dans sa version résultant de la décision d’exécution 2022/881, identifie le requérant comme étant un « [h]omme d’affaires et homme politique serbe, associé à la société Dana Holdings », et justifie l’adoption de mesures restrictives visant le requérant par la mention des motifs suivants :

« [Le requérant] est un homme d’affaires et homme politique serbe. Avec des membres de sa famille il a bâti un réseau de sociétés immobilières en Biélorussie et entretenu un réseau de contacts avec la famille [du président Lukashenko].

En particulier, il est étroitement associé à Dana Holdings et à son ancienne filiale Dana Astra et il aurait représenté ces sociétés au cours de rencontres avec le [président Lukashenko].

Le projet Minsk World, développé par une société associée [au requérant], a été décrit par [le président Lukashenko] comme “un exemple de coopération du monde slave”.

Grâce à ces relations étroites avec le [président Lukashenko] et son entourage, les sociétés qui sont associées [au requérant] ont reçu un traitement préférentiel de la part du régime [du président Lukashenko], bénéficiant notamment d’allègements fiscaux et de terrains pour des projets immobiliers.

Il tire donc profit du régime [du président Lukashenko] et le soutient. »

D. Le règlement d’exécution 2022/876

9 L’article 1er du règlement d’exécution 2022/876 est libellé comme suit :

« L’annexe I du [règlement no 765/2006] est modifiée conformément à l’annexe du présent règlement. »

10 Le point 1 de l’annexe I du règlement no 765/2006, dans sa version résultant du règlement d’exécution 2022/876, identifie également le requérant comme étant un « [h]omme d’affaires et homme politique serbe, associé à la société Dana Holdings », et justifie l’adoption de mesures restrictives visant celui-ci par la mention des mêmes motifs que ceux figurant au point 1 de l’annexe I de la décision 2012/642, dans sa version résultant de la décision d’exécution 2022/881.

E. La décision 2023/421

11 L’article 1er de la décision 2023/421 prévoit :

« La décision [2012/642] est modifiée comme suit :

[…]

2) L’annexe I est modifiée conformément à l’annexe de la présente décision. »

12 Conformément au point 1 de l’annexe de la décision 2023/421, la mention du nom du requérant sur la liste du point 1 de l’annexe I de la décision 2012/642, dans sa version résultant de la décision d’exécution 2022/881, est restée inchangée.

F. Le règlement d’exécution 2023/419

13 L’article 1er du règlement d’exécution 2023/419 dispose :

« L’annexe I du [règlement no 765/2006] est modifiée conformément à l’annexe du présent règlement. »

14 Conformément au point 1 de l’annexe du règlement d’exécution 2023/419, la mention du nom du requérant sur la liste du point 1 de l’annexe I du règlement no 765/2006, dans sa version résultant du règlement d’exécution 2022/876, n’a pas fait l’objet de modifications.

II. Les antécédents du litige

15 Les antécédents du litige sont exposés aux points 2 à 15 de l’arrêt attaqué. Aux fins de la présente procédure, ils peuvent être résumés de la manière suivante.

16 Le Conseil a adopté, le 18 mai 2006, sur le fondement des articles 60 et 301 CE (devenus les articles 75 et 215 TFUE), le règlement no 765/2006 et, le 15 octobre 2012, sur le fondement de l’article 29 TUE, la décision 2012/642.

17 Les mesures restrictives prises à l’égard du requérant, qui est un homme d’affaires et un homme politique serbe, ont été adoptées par le Conseil en application du critère relatif au profit tiré du régime du président Lukashenko ou du soutien apporté à celui-ci (ci-après le « critère général litigieux ») prévu, d’une part, à l’article 3, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642 et, d’autre part, à l’article 4, paragraphe 1, sous b), de celle-ci, ainsi qu’à l’article 2, paragraphe 5, du règlement no 765/2006.

18 Par les actes initiaux, le nom du requérant a été inscrit sur les listes des personnes, entités et organismes visés par les mesures restrictives qui figurent à l’annexe de la décision 2012/642 et à l’annexe I du règlement no 765/2006 (ci-après, prises ensemble, les « listes en cause »).

19 Par lettre du 15 juin 2022, le requérant a demandé au Conseil de lui communiquer tous les documents et éléments de preuve étayant l’inscription de son nom sur les listes en cause.

20 Le 30 juin 2022, le Conseil a communiqué au requérant plusieurs documents, dont le document WK 5817/2022 INIT et le document WK 5817/2022 ADD 1, contenant les éléments de preuve le concernant.

21 Par lettre du 21 décembre 2022, le Conseil a notifié au requérant son intention de maintenir les mesures restrictives à son égard et lui a transmis des éléments de preuve complémentaires. En outre, le Conseil a accordé au requérant la possibilité de formuler des observations jusqu’au 12 janvier 2023.

22 Par lettre du 11 janvier 2023, le requérant a contesté le bien-fondé du maintien de son nom sur les listes en cause et a demandé au Conseil de procéder à un réexamen.

23 Le 24 février 2023, le Conseil a adopté les actes de maintien, par lesquels les mesures restrictives prises à l’égard du requérant ont été prorogées jusqu’au 28 février 2024. Dans ces actes, le Conseil a justifié la prorogation desdites mesures en reprenant l’ensemble des motifs des actes initiaux.

24 Par lettre du 27 février 2023, le Conseil a répondu à la lettre du requérant du 11 janvier 2023 et a informé ce dernier de sa décision de maintenir l’inscription de son nom sur les listes en cause en vertu des actes de maintien.

III. La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

25 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 28 août 2022, le requérant a introduit un recours tendant à l’annulation des actes initiaux en tant que ces actes le visent.

26 Par mémoire déposé au greffe du Tribunal le 9 mai 2023, le requérant a adapté ses conclusions afin de viser également les actes de maintien en tant que ces actes le concernent.

27 À l’appui de son recours devant le Tribunal, le requérant a soulevé, en substance, trois moyens, tirés, le premier, d’une violation des droits de la défense, le deuxième, d’erreurs manifestes d’appréciation et, le troisième, d’une ingérence disproportionnée dans ses droits fondamentaux.

28 Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté le recours dans son ensemble et a condamné le requérant à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par le Conseil.

IV. Les conclusions des parties au pourvoi

29 Le requérant demande à la Cour :

– d’annuler l’arrêt attaqué ;

– de statuer sur le fond et d’annuler les actes litigieux, en tant qu’ils le concernent ;

– à titre subsidiaire, de renvoyer l’affaire devant le Tribunal, et

– de condamner le Conseil aux dépens.

30 Le Conseil demande à la Cour :

– de rejeter le pourvoi ;

– à titre subsidiaire, si la Cour décide d’annuler l’arrêt attaqué et de statuer définitivement sur le litige, de rejeter le recours tendant à l’annulation des actes litigieux, et

– de condamner le requérant aux dépens afférents au pourvoi et au recours de première instance.

V. Sur le pourvoi

A. Sur la recevabilité du pourvoi

1. Argumentation des parties

31 Le Conseil fait valoir que le pourvoi serait, dans son intégralité, irrecevable en ce qu’il manquerait de clarté. Certains moyens soulevés par le requérant se recouperaient partiellement et le pourvoi n’identifierait pas avec suffisamment de précision les arguments invoqués à l’appui des moyens du pourvoi, de sorte qu’il serait difficile de déterminer la portée exacte de chacun des moyens.

32 Le requérant soutient que, contrairement à ce qu’allègue le Conseil, la portée de chacun des moyens qu’il a soulevés ressortirait clairement du pourvoi et des points précis de l’arrêt attaqué auxquels il est fait référence. Il rétorque, en outre, que ces moyens ne se chevaucheraient pas.

2. Appréciation de la Cour

33 Il importe de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande. Ne répond pas à cette exigence le pourvoi qui, sans même comporter une argumentation visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont serait entaché l’arrêt attaqué, se limite à reproduire les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant le Tribunal. En effet, un tel pourvoi constitue, en réalité, une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour (voir, en ce sens, arrêt du 12 mai 2022, Boshab/Conseil, C‑242/21 P, EU:C:2022:375, point 86 et jurisprudence citée).

34 Ne répond pas non plus à cette exigence et doit être déclaré irrecevable un pourvoi dont l’argumentation n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de la légalité, notamment parce que les éléments essentiels sur lesquels l’argumentation est fondée ne ressortent pas de façon suffisamment cohérente et compréhensible du texte de ce pourvoi, qui est formulé de manière obscure et ambiguë à cet égard. En outre, doit être rejeté comme étant manifestement irrecevable un pourvoi dépourvu de structure cohérente, se limitant à des affirmations générales et ne comportant pas d’indications précises relatives aux points de l’arrêt dont l’annulation est demandée qui seraient éventuellement entachés d’une erreur de droit (arrêt du 11 décembre 2025, ABLV Bank/CRU, C‑602/22 P, EU:C:2025:953, point 46 et jurisprudence citée).

35 En l’espèce, le présent pourvoi identifie précisément les points de l’arrêt attaqué qui sont contestés et expose les motifs pour lesquels ceux-ci seraient entachés d’erreurs de droit.

36 Par conséquent, les arguments du Conseil ne sauraient remettre en cause la recevabilité du pourvoi dans son ensemble.

B. Sur le fond

37 Le requérant invoque six moyens au soutien de son pourvoi, tirés, le premier, d’une erreur de droit que le Tribunal aurait commise dans l’interprétation et l’application de l’article 3, paragraphe 1, sous b), et de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642 ainsi que de l’article 2, paragraphe 5, du règlement 765/2006, le deuxième, d’une erreur de droit et de la violation du critère général litigieux, le troisième, de la dénaturation des éléments de preuve et des arguments du requérant, le quatrième, de la méconnaissance par le Tribunal de la portée de son contrôle juridictionnel et de la violation de l’article 263 TFUE, des formes substantielles et de l’obligation de motivation, le cinquième, d’une erreur de droit résultant de l’absence de prise en considération par le Tribunal de la jurisprudence relative à l’écoulement du temps et, le sixième, de la violation du critère général litigieux, de la violation des formes substantielles et de l’obligation de motivation ainsi que de la méconnaissance par le Tribunal de la portée de son contrôle juridictionnel et de la violation de l’article 263 TFUE.

1. Sur le premier moyen

a) Argumentation des parties

38 Par son premier moyen, le requérant fait valoir que le Tribunal a commis une erreur de droit dans l’interprétation et l’application de l’article 3, paragraphe 1, sous b), et de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, ainsi que de l’article 2, paragraphe 5, du règlement no 765/2006, relatifs au critère général litigieux.

39 Le requérant soutient que, au point 31 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait indiqué que son nom n’a pas été inscrit et, ultérieurement, maintenu sur les listes en cause au motif que les sociétés auxquelles il était associé étaient déjà inscrites sur ces listes, excluant ainsi l’application du critère d’association. Pourtant, aux points 36, 58, 64, 69, 76, 83, 112 et 118 de cet arrêt, le Tribunal aurait expressément mentionné la notion d’« intérêts communs », ce qui reviendrait à étendre le critère général litigieux en appliquant l’un des éléments juridiques propres au critère d’association. En effet, le Tribunal aurait confirmé le bien-fondé du maintien de l’inscription du requérant sur les listes en cause au motif qu’il serait associé aux sociétés Dana Holdings et Dana Astra, lesquelles tireraient profit du régime du président Lukashenko et soutiendraient celui-ci en raison d’intérêts économiques communs les liant à ce régime.

40 Selon le requérant, une telle extension du critère général litigieux ne saurait être admise dès lors que, à la date de l’adoption des actes litigieux, le Conseil aurait expressément limité le critère d’association aux personnes associées à des personnes, à des entités ou à des organismes responsables de violations graves des droits de l’homme ou de la répression de la société civile et de l’opposition démocratique, ou dont les activités portent gravement, d’une autre manière, atteinte à la démocratie ou à l’État de droit en Biélorussie. Or, tel ne serait pas le cas du requérant.

41 Une telle extension serait, en outre, contraire à une jurisprudence constante du Tribunal selon laquelle le critère général litigieux ne vise qu’un soutien qualitativement ou quantitativement important apporté au régime en cause (voir, en ce sens, arrêts du 16 juillet 2014, National Iranian Oil Company/Conseil, T‑578/12, EU:T:2014:678, point 119, et du 15 juin 2017, Kiselev/Conseil, T‑262/15, EU:T:2017:392, point 74). Ce critère ne saurait être confondu avec une simple forme d’association, sous peine de le priver de tout effet utile (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2024, Ezubov/Conseil, T‑741/22, EU:T:2024:605, point 186). Afin de sanctionner une personne sur le fondement de ce critère, ce serait non pas, selon le requérant, l’existence d’intérêts économiques communs qui devrait être établie, mais la capacité de la personne inscrite sur la liste en cause à exercer une influence sur le processus décisionnel de la société concernée à la date de l’inscription sur cette liste (voir, en ce sens, arrêts du 12 décembre 2013, Nabipour e.a./Conseil, T‑58/12, EU:T:2013:640, points 108 à 110 ; du 6 septembre 2023, Timchenko/Conseil, T‑252/22, EU:T:2023:496, point 109, ainsi que du 10 juillet 2024, Rashevsky/Conseil, T‑309/22 et T‑739/22, EU:T:2024:455, point 211). Le requérant avance également que le Tribunal n’aurait jamais admis l’existence d’un tel soutien lorsque la personne concernée est simplement associée à la société en cause, sans en être ni un dirigeant, ni un actionnaire, ni même un employé, une telle situation relevant du critère d’association.

42 Ainsi, le requérant soutient que ce serait à tort que, en l’espèce, il a été sanctionné au motif qu’il était étroitement associé à deux sociétés qui auraient tiré profit du régime du président Lukashenko et soutenu celui-ci. Le Tribunal n’aurait mentionné, aux points 44, 67, 80, 94, 105, 107, 111 et 115 de l’arrêt attaqué, le traitement préférentiel reçu par ces sociétés qu’en se référant à l’arrêt du 28 juin 2023, Dana Astra/Conseil (T‑239/21, EU:T:2023:364). Or, si le Tribunal avait correctement appliqué le critère général litigieux, il aurait dû conclure que le requérant ne pouvait être sanctionné que si le Conseil avait établi la capacité de celui-ci à exercer une influence déterminante sur les activités de ces deux sociétés, résultant en un avantage tiré du régime du président Lukashenko ou en un soutien apporté à ce dernier. Le requérant avance que le Conseil n’était pas en mesure d’apporter une telle preuve dès lors que, ainsi que le Tribunal l’aurait lui-même relevé au point 79 de l’arrêt attaqué, il n’est ni le propriétaire, ni le dirigeant de ces deux sociétés, ni d’aucune autre société opérant en Biélorussie.

43 Le Conseil estime que le premier moyen doit être rejeté.

b) Appréciation de la Cour

44 Le critère général litigieux est prévu à l’article 3, paragraphe 1, sous b), et à l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, de même qu’à l’article 2, paragraphe 5, du règlement no 765/2006.

45 En vertu de l’article 3, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, les personnes qui profitent du régime du président Lukashenko ou le soutiennent font l’objet d’une interdiction d’entrée et de passage en transit sur le territoire de l’Union.

46 L’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, auquel renvoie l’article 2, paragraphe 5, du règlement no 765/2006, prévoit le gel de tous les fonds et ressources économiques des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes qui profitent du régime du président Lukashenko ou le soutiennent, ainsi que des personnes morales, des entités ou des organismes qu’ils détiennent ou contrôlent.

47 Il convient de constater que, sous couvert d’une prétendue extension erronée du critère général litigieux commise par le Tribunal, le requérant cherche, en réalité, à remettre en cause la conclusion à laquelle celui-ci est parvenu au point 118 de l’arrêt attaqué, selon laquelle le requérant peut être considéré comme étant une personne tirant profit du régime du président Lukashenko et soutenant celui-ci, de sorte qu’il remplissait ce critère. À cet égard, son argumentation porte principalement sur la constatation, par le Tribunal, de l’existence d’intérêts communs entre lui-même et les deux sociétés visées dans les actes litigieux, à savoir Dana Astra et Dana Holdings.

48 Or, au point 118 de cet arrêt, le Tribunal est parvenu à la conclusion selon laquelle le requérant remplissait le critère général litigieux non seulement au motif qu’il existait de tels intérêts communs, mais aussi en raison de son implication, en tant qu’homme d’affaires, tant dans la création et le maintien des relations étroites avec le président Lukashenko que dans la réalisation du projet Minsk World.

49 À cet égard, le Tribunal a, certes, constaté, aux points 79 et 110 dudit arrêt, que les éléments de preuve produits par le Conseil ne démontraient pas que le requérant était, à la date de l’adoption des actes litigieux, l’actionnaire ou le dirigeant formel de Dana Holdings ou de ses filiales, en ce compris Dana Astra. Toutefois, le Tribunal a relevé, aux points 111 à 114 de ce même arrêt, premièrement, que, dans les motifs desdits actes, il n’était pas reproché au requérant d’être le propriétaire ou le dirigeant formel de Dana Holdings ou de Dana Astra, deuxièmement, que les éléments de preuve fournis par le Conseil constituent un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants permettant de conclure que, à la date de l’adoption des actes litigieux, et nonobstant le fait que le requérant n’était pas le propriétaire ou le dirigeant formel de Dana Holdings et de Dana Astra, celui-ci était étroitement associé à ces sociétés en raison d’intérêts économiques communs le liant à celles-ci, et, troisièmement, que plusieurs éléments de preuve démontraient, à suffisance de droit, que les relations étroites nouées, depuis le milieu des années 2000, par le requérant et son frère avec le président Lukashenko avaient été déterminantes pour la position de Dana Holdings et de Dana Astra, chargées du développement du projet Minsk World, dont l’importance pour l’économie biélorusse avait été publiquement soulignée par le président Lukashenko lui-même.

50 C’est sur le fondement de ces considérations que le Tribunal a jugé, au point 115 de l’arrêt attaqué, que l’ensemble de ces éléments constituent un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants permettant de conclure que c’était en raison des relations étroites entretenues par le requérant et les membres de sa famille avec le président Lukashenko que Dana Holdings et Dana Astra ont reçu un traitement préférentiel de la part du régime de ce dernier, notamment dans le cadre du développement du projet Minsk World.

51 En outre, le Tribunal a souligné, aux points 116 et 117 de l’arrêt attaqué, qu’il ressort du considérant 6 de la décision 2012/642 que la notion de « soutien au régime », au sens du critère général litigieux, ne recouvre pas seulement le soutien financier ou matériel apporté au régime du président Lukashenko, mais vise toute forme de soutien à ce dernier. Or, le Tribunal a considéré, au point 77 de l’arrêt du 28 juin 2023, Dana Astra/Conseil (T‑239/21, EU:T:2023:364T‑239/21), qui est devenu définitif, que, eu égard à l’ampleur et au prestige du projet Minsk World pour le régime, tels que confirmés par des déclarations publiques du président Lukashenko lui-même, ainsi qu’à l’importance particulière de ce projet pour l’économie biélorusse, ces éléments attestaient d’un soutien au régime de ce dernier.

52 Il s’ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le Tribunal n’a pas appliqué un nouveau critère d’association, mais a interprété et appliqué le critère général litigieux, aux points 116 à 118 de l’arrêt attaqué, sans commettre, à cet égard, une quelconque erreur de droit.

53 Par conséquent, le premier moyen doit être rejeté comme étant non fondé.

2. Sur le troisième moyen

54 Par son troisième moyen, divisé en trois branches, qu’il convient d’examiner avant le deuxième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir dénaturé les éléments de preuve qui lui ont été soumis. Il y a lieu d’apprécier d’emblée la deuxième branche de ce moyen.

a) Sur la deuxième branche du troisième moyen

1) Argumentation des parties

55 Par la deuxième branche de son troisième moyen, le requérant soutient qu’il n’existerait pas d’intérêts économiques communs entre lui-même, Dana Holdings et ses filiales, en ce compris Dana Astra.

56 Le requérant fait valoir que le Tribunal aurait dénaturé les éléments de preuve en jugeant, aux points 59, 60, 62, 63, 67, 71 et 89 de l’arrêt attaqué, qu’il était le fondateur, copropriétaire et dirigeant de Dana Holdings et de ses filiales, en ce compris Dana Astra, en tant que partie d’une entité plus large, à savoir BK Group. Le requérant reproche également au Tribunal d’avoir indiqué, aux points 64 à 67 et 114 de cet arrêt, qu’il s’était lui-même publiquement et de manière répétée comporté comme étant le dirigeant ou, à tout le moins, le représentant des sociétés impliquées dans le projet Minsk World, notamment Dana Holdings et ses filiales, tant dans le cadre des discussions avec le président Lukashenko qu’à l’égard de la presse ou sur ses propres réseaux sociaux. Une telle motivation serait, par ailleurs, contradictoire.

57 Le requérant conteste être le fondateur, copropriétaire ou dirigeant de BK Group, de Dana Holdings, de Dana Astra ou de toute autre société opérant en Biélorussie. Il réfute également s’être publiquement et de manière répétée comporté comme étant le dirigeant ou, à tout le moins, le représentant de ces sociétés ou de toute autre société opérant en Biélorussie.

58 Le requérant ajoute que le Tribunal aurait omis de prendre en considération les éléments de preuve qu’il avait produits devant lui, notamment des articles de presse datant de 2015, de 2017, de 2019 et de 2021, des certificats officiels ainsi qu’un extrait de l’inscription au registre biélorusse des sociétés de Dana Astra, démontrant qu’il n’était impliqué dans la structure d’entreprise de Dana Astra et de Dana Holdings ni en qualité de fondateur ni en qualité de propriétaire ou de dirigeant.

59 Par ailleurs, le requérant allègue que le Tribunal se serait fondé sur des éléments de preuve vagues et contradictoires. Il relève notamment que, aux points 65 à 67 et 114 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait dénaturé les éléments de preuve relatifs à de prétendues discussions avec le président Lukashenko, à des déclarations faites à la presse et à des publications du requérant sur les réseaux sociaux. Selon ce dernier, ces éléments ne sauraient, en réalité, suffire à démontrer l’existence d’un lien entre lui-même et les sociétés Dana Astra et Dana Holdings ni, partant, l’existence d’intérêts économiques communs.

60 S’agissant des déclarations faites à la presse, le requérant soutient que, afin de constater qu’il avait formulé des déclarations dans lesquelles il se comportait comme s’il était le dirigeant de Dana Holdings et de ses filiales ou, à tout le moins, comme étant une personne habilitée à représenter ces entités, le Tribunal se serait, une nouvelle fois, appuyé, au point 67 de l’arrêt attaqué, sur un seul document, contenant des captures d’écran d’un article renvoyant lui-même à une vidéo dans laquelle le requérant aurait prétendument répondu à une question relative à des contradictions affectant l’un des projets de sa société. Or, ainsi que le requérant l’aurait lui‑même relevé lors de l’audience devant le Tribunal, cette vidéo ne serait pas accessible et son contenu réel n’aurait jamais été discuté, dès lors qu’il ne serait ni reproduit ni mentionné dans l’article et qu’aucun détail ne serait fourni quant aux prétendues réponses qu’il aurait apportées au journaliste. Selon le requérant, cet article ne saurait, dès lors, permettre de conclure qu’il s’était comporté comme étant un dirigeant ou comme étant une personne habilitée à représenter la société, les déclarations alléguées n’étant ni reproduites ni, partant, vérifiables. Il en déduit que le Tribunal aurait, là encore, dénaturé les éléments de preuve.

61 En ce qui concerne les publications sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement la mention de plusieurs publications figurant sur le compte Instagram du requérant, celui-ci fait valoir que le Tribunal se serait fondé, au point 68 de l’arrêt attaqué, sur des captures d’écran traduites d’un article publié en 2019, à une époque où ses enfants étaient encore les propriétaires indirects d’activités exercées en Biélorussie. Bien que ces captures d’écran ne soient pas entièrement lisibles, il semblerait qu’environ neuf publications issues de son compte Instagram y soient reproduites, dont la plupart représenteraient des photos de lui-même et de sa famille. Une seule publication, au regard de la traduction de sa légende, semblerait faire référence au projet Mayak Minsk, lequel était alors développé par des sociétés appartenant à ses enfants. Selon le requérant, le seul fait qu’il ait utilisé, de manière vague, le pronom « nous » ne saurait suffire pour considérer que, ce faisant, il se serait comporté comme étant le dirigeant d’une quelconque société, d’autant plus qu’aucune dénomination sociale ne serait mentionnée dans ces publications.

62 En outre, le requérant fait grief au Tribunal d’avoir constaté, aux points 57 et 69 de l’arrêt attaqué, qu’il aurait allégué que, à la fin de l’année 2020, Dana Holdings et son ancienne filiale, Dana Astra, avaient été cédées, leur propriétaire actuel étant une société établie aux Émirats arabes unis. Selon le requérant, seules les filiales de Dana Holdings, en ce compris Dana Astra, auraient, en réalité, été cédées. M. A. serait ainsi devenu l’actionnaire unique de Dana Holdings, en détenant les actions pour le compte du fils du requérant, ce dernier demeurant le propriétaire indirect de cette société.

63 Le Conseil fait valoir que le requérant dénature les conclusions auxquelles le Tribunal est parvenu et estime, dès lors, que la deuxième branche du troisième moyen doit être rejetée.

2) Appréciation de la Cour

64 Il importe de rappeler qu’il résulte de l’article 256, paragraphe 1, TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le pourvoi est limité aux questions de droit et que le Tribunal est, dès lors, seul compétent pour constater et apprécier les faits pertinents ainsi que les éléments de preuve. L’appréciation des faits et des éléments de preuve ne constitue pas, sous réserve du cas de la dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans le cadre d’un pourvoi (arrêt du 7 mai 2026, Makhlouf/Conseil, C‑635/24 P, EU:C:2026:377, point 45 et jurisprudence citée).

65 En l’espèce, il convient de relever que, sous couvert d’une prétendue dénaturation des éléments de preuve, le requérant, en reprenant, en substance, les mêmes arguments que ceux qu’il a déjà invoqués devant le Tribunal, cherche, en réalité, à obtenir une nouvelle appréciation de ces éléments, ce qui échappe à la compétence de la Cour dans le cadre d’un pourvoi, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 33 et 64 du présent arrêt.

66 En tout état de cause, il convient de souligner que, selon une jurisprudence constante, une dénaturation doit apparaître de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves (arrêt du 3 avril 2014, France/Commission, C‑559/12 P, EU:C:2014:217, point 80 et jurisprudence citée). Ainsi, en l’espèce, le contrôle exercé par la Cour doit se limiter à la vérification de ce que le Tribunal, en constatant, au point 83 de l’arrêt attaqué, l’existence d’intérêts communs liant le requérant à Dana Holdings et à ses filiales, en ce compris Dana Astra, n’a pas manifestement outrepassé les limites d’une appréciation raisonnable des éléments de preuve.

67 À cet égard, il ressort des points 64 à 83 de cet arrêt que le Tribunal a procédé à une analyse détaillée des éléments de preuve produits par le Conseil et en a déduit que ceux-ci démontraient de façon concrète, précise et concordante, d’une part, que le requérant s’était publiquement et de manière répétée comporté comme étant le dirigeant ou, à tout le moins, le représentant des sociétés Dana Holdings et Dana Astra, impliquées dans le projet Minsk Word, lequel revêtait une importance particulière pour la Biélorussie, et, partant, pour le régime du président Lukashenko et, d’autre part, que, à la date de l’adoption des actes de maintien, des intérêts communs liant le requérant aux sociétés Dana Holdings et Dana Astra existaient toujours et que les modifications alléguées dans la structure de la propriété de ces sociétés n’avaient pas remis en cause le contrôle exercé, en pratique, par les membres de la famille du requérant, en particulier par ce dernier, sur celles-ci. Or, il n’apparaît pas de manière manifeste que, ce faisant, le Tribunal a outrepassé les limites d’une appréciation raisonnable des éléments de preuve.

68 Quant à l’argument du requérant tiré de ce que le Tribunal aurait omis de prendre en considération plusieurs documents officiels démontrant qu’il ne jouerait aucun rôle et ne détiendrait aucun intérêt dans les sociétés Dana Astra et Dana Holdings, il suffit de relever que le Tribunal a constaté, aux points 65 à 75 de l’arrêt attaqué, que le requérant lui-même s’était publiquement et de manière répétée comporté comme étant le dirigeant ou, à tout le moins, le représentant de Dana Holdings et de Dana Astra, tant dans le cadre de discussions avec le président Lukashenko que dans la presse ou sur ses propres réseaux sociaux. Le Tribunal en a conclu, au point 76 de cet arrêt, que les éléments de preuve produits par le Conseil à cet égard démontraient de manière suffisamment solide que, à la date de l’adoption des actes de maintien, des intérêts économiques communs liant le requérant à Dana Astra et à Dana Holdings existaient toujours dès lors que les modifications alléguées dans la structure de la propriété de ces sociétés n’ont pas remis en cause le contrôle exercé par les membres de la famille du requérant et ce dernier sur ces entités.

69 Il s’ensuit que, quand bien même le Tribunal n’aurait pas pris en considération certains documents officiels, tels que des extraits de registres de sociétés ou un certificat de constitution, fournis par le requérant afin de démontrer qu’il ne jouerait aucun rôle et ne détiendrait aucun intérêt dans Dana Astra et Dana Holdings, cette circonstance et ces documents ne seraient, en tout état de cause, pas susceptibles de remettre en cause le constat auquel le Tribunal est parvenu, selon lequel le requérant, s’il n’est certes pas le dirigeant formel de ces sociétés, exerce néanmoins un contrôle sur celles-ci et est lié auxdites sociétés par des intérêts communs.

70 Il convient de relever, à cet égard, que le requérant ne conteste pas le bien-fondé des points 79 à 82 de l’arrêt attaqué. Or, le Tribunal a, certes, constaté, au point 79 de cet arrêt, que les éléments de preuve produits par le Conseil ne démontraient pas que le requérant était l’actionnaire ou le dirigeant formel de Dana Holdings ou de ses filiales, en ce compris Dana Astra, ni à la date de l’adoption des actes initiaux ni à celle de l’adoption des actes de maintien. Toutefois, il a relevé, au point 80 dudit arrêt, que, dans les motifs des actes litigieux, il n’est pas reproché au requérant d’être le propriétaire ou le dirigeant formel de ces deux sociétés, mais que le nom de celui-ci avait été inscrit puis maintenu sur les listes en cause surtout en raison de sa qualité d’homme d’affaires en Biélorussie et de ses activités dans le secteur immobilier ainsi que de ses contacts avec la famille du président Lukashenko, lesquels auraient permis à des sociétés auxquelles il était étroitement associé, en particulier Dana Holdings et Dana Astra, de bénéficier d’un traitement préférentiel de la part du régime du président Lukashenko.

71 En outre, le Tribunal a rappelé, au point 81 de l’arrêt attaqué, la jurisprudence de la Cour selon laquelle la preuve du bien-fondé des motifs d’inscription et de maintien du nom du requérant sur les listes en cause s’apprécie à l’aune du contexte dans lequel s’inscrivent les mesures restrictives. Ainsi, dans un contexte ne facilitant pas l’accès à des preuves et à des éléments d’information objectifs, il suffit de produire un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 21 avril 2015, Anbouba/Conseil, C‑630/13 P, EU:C:2015:247, points 51 à 53). Puis, le Tribunal a souligné, au point 82 de l’arrêt attaqué, que la difficulté d’obtenir des preuves plus précises dans un pays caractérisé par un régime de nature autoritaire, tel que la Biélorussie, doit être prise en considération et que, en l’absence de pouvoirs d’enquête dans des pays tiers, l’appréciation des autorités de l’Union doit, de fait, se fonder sur des sources d’information accessibles au public, telles que des rapports, des articles de presse, des rapports des services de renseignement ou d’autres sources d’information similaires. Le Tribunal en a déduit que les articles de presse peuvent être utilisés afin de corroborer l’existence de certains faits lorsqu’ils sont suffisamment concrets, précis et concordants à l’égard des faits qui y sont décrits. Il serait, à cet égard, excessif et disproportionné d’exiger du Conseil qu’il vérifie lui-même, sur le terrain, l’exactitude des faits qui sont relayés par de nombreux médias.

72 C’est sur le fondement de ces considérations, qui ne sont pas remises en cause par le requérant, que le Tribunal a jugé, au point 83 de l’arrêt attaqué, que, dans ces circonstances, eu égard au contexte biélorusse, les éléments de preuve produits par le Conseil constituaient un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants des intérêts économiques communs liant le requérant à Dana Holdings et à Dana Astra à la date de l’adoption des actes litigieux, permettant de considérer ce dernier comme étant étroitement lié à ces sociétés.

73 Par conséquent, la deuxième branche du troisième moyen doit être écartée comme étant irrecevable et, en tout état de cause, comme étant non fondée.

b) Sur la première branche du troisième moyen

1) Argumentation des parties

74 Par la première branche de son troisième moyen, le requérant soutient que le Tribunal a dénaturé des éléments de preuve en considérant, à tort, notamment au point 59 de l’arrêt attaqué, que Dana Astra et Dana Holdings faisaient partie de BK Group et que cette dernière constituait une entité juridique.

75 Le requérant fait valoir que les éléments de preuve retenus par le Tribunal au point 60 de l’arrêt attaqué, à savoir quatre articles de presse en ligne, feraient référence à BK Group de manière vague et contradictoire, comporteraient des déclarations faussement attribuées au requérant et à son frère et ne mentionneraient, de manière incidente, soit que les frères Karić, soit que BK Group. De tels éléments ne sauraient suffire, selon le requérant, pour conclure que BK Group constitue une entité juridique.

76 À cet égard, le requérant soutient, premièrement, que la pièce n° 1 du document WK 5817/2022 INIT ne mentionnerait à aucun moment BK Group, mais se référerait, de manière vague, à la « company Karić Brothers » (société Karić Brothers), et, deuxièmement, que la pièce no 3 du document WK 5817/2022 INIT ne mentionnerait pas davantage BK Group et ne contiendrait qu’une référence vague à « the business of the developers of Mayak Minsk and Minsk-Mir, the Karić brothers » (la société des promoteurs de Mayak Minsk et Minsk-Mir, les frères Karić). L’article contenu dans cette pièce n° 3 ferait cependant spécifiquement référence aux noms de sociétés effectivement existantes, telles que Zoomex Investment, Dana Astra et Dana Holdings, dans lesquelles le requérant ne serait pas impliqué. Troisièmement, la pièce n° 4 du document WK 5817/2022 INIT ne citerait « BK Group » qu’en relation avec les activités commerciales exercées par le requérant en Serbie en 1997, et ce dans le cadre de propos prétendument tenus par le frère de celui-ci évoquant des « corporations such as BK Group » (sociétés telles que BK Group). Quatrièmement, la pièce no 4 du document WK 5817/2022 ADD 1, mentionnée au point 60 de l’arrêt attaqué, se référerait une seule fois à « BK Group », en la qualifiant de « international corporation » (société internationale).

77 Le requérant rappelle avoir soutenu, devant le Tribunal, ainsi qu’il ressortirait du point 47 de cet arrêt, que BK Group constituait non pas une personne morale, mais une abréviation du syntagme « Braca Karić », signifiant en serbe les « frères Karić », utilisée par les médias et certains membres de sa famille pour désigner l’ensemble des activités commerciales exercées par un membre de la famille Karić. Afin d’écarter cet argument, le Tribunal se serait appuyé, aux points 62 et 63 dudit arrêt, sur deux déclarations datant de 2017 et de 2020, rapportées en ligne, attribuées au requérant et à son frère, dans lesquelles il serait fait référence à des « sociétés telles que BK Group », à « BK Group “Dana Holdings” » ou à la « société commerciale internationale Karić Brothers ». Or, selon le requérant, ces deux déclarations isolées, qui lui auraient été faussement attribuées ainsi qu’à son frère, ne sauraient suffire pour conclure, comme l’a fait le Tribunal au point 62 de ce même arrêt, que le requérant aurait lui-même déclaré que BK Group constitue une société.

78 En outre, le requérant fait valoir que le Tribunal aurait omis de prendre en considération les nombreuses preuves qu’il avait produites et qui démontreraient que BK Group n’existe pas et que Dana Astra ainsi que Dana Holdings ne pouvaient, dès lors, en faire partie. Le requérant aurait, notamment, soumis à cet égard plusieurs éléments de preuve relatifs à la chaîne de propriété de Dana Astra et de Dana Holdings, tant avant qu’après 2020, parmi lesquels figuraient des extraits de registres de sociétés non contestés et des certificats officiels. Il ressortirait clairement de ces éléments que Dana Astra, en tant qu’entité détenue indirectement par Dana Holdings avant le 4 décembre 2020 et désormais détenue indirectement par la société Entreprise Development Holdings Limited, dans laquelle le requérant ne jouerait aucun rôle et ne détiendrait aucun intérêt, ne faisait pas partie de BK Group. Par ailleurs, il ressortirait des pièces versées au dossier du Tribunal que les actionnaires de Dana Holdings étaient des personnes physiques, notamment le fils du requérant, qui en serait le propriétaire ultime, et que cette société ne faisait partie ni d’une holding ni d’une autre entité juridique.

79 En ce qui concerne Dana Holdings, le requérant indique qu’il s’agit d’une société enregistrée à Chypre, directement détenue par ses enfants, ainsi que cela ressortirait clairement du certificat officiel attestant de l’actionnariat de Dana Holdings Ltd (Chypre), délivré le 23 novembre 2020. À la suite de la vente, après le mois de décembre 2020, de ses filiales opérationnelles, une restructuration de l’entreprise serait intervenue, à l’issue de laquelle seul le fils du requérant serait resté propriétaire ultime de Dana Holdings. Il ressortirait ainsi clairement des pièces versées au dossier du Tribunal que les actionnaires de Dana Holdings étaient des personnes physiques et que cette société ne faisait, dès lors, partie ni d’une holding ni d’une autre entité juridique. Partant, en constatant, au point 59 de l’arrêt attaqué, que Dana Holdings faisait partie de BK Group, le Tribunal aurait dénaturé les éléments de preuve.

80 S’agissant de Dana Astra, le requérant précise qu’elle était détenue en totalité, jusqu’au 4 décembre 2020, par sa société mère, Dana Holdings, par l’intermédiaire de deux sociétés chypriotes, Rodrick Limited et Triworst Limited, comme le démontreraient plusieurs documents relatifs à l’inscription au registre des sociétés biélorusses de la société étrangère à responsabilité limitée Dana Astra – dont il ressortirait que les deux actionnaires de cette société étaient Rodrick Limited et Triworst Limited – et à l’actionnariat de ces deux dernières sociétés.

81 Le requérant soutient que, le 4 décembre 2020, Dana Holdings aurait cédé l’intégralité des actions de l’ensemble de ses filiales chypriotes, y compris celles de Rodrick Limited et de Triworst Limited. Ces sociétés seraient désormais entièrement détenues par Entreprise Development Holding Limited, société dans laquelle le requérant ne jouerait aucun rôle et ne détiendrait aucun intérêt.

82 Le Conseil estime que la première branche du troisième moyen doit être écartée.

2) Appréciation de la Cour

83 Il convient de constater que, par la première branche du troisième moyen, le requérant conteste les appréciations du Tribunal l’ayant conduit à conclure que Dana Astra et Dana Holdings faisaient partie de BK Group et que cette dernière constituait une entité juridique. Or, au point 64 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a indiqué que, à supposer même que BK Group ne constitue pas une entité juridique en tant que telle, une telle circonstance n’est pas de nature à remettre en cause l’existence d’intérêts économiques communs liant le requérant à Dana Astra et à Dana Holdings, considération qui n’est, au demeurant, pas entachée d’erreur de droit, ainsi qu’il ressort de l’examen de la deuxième branche du troisième moyen.

84 Par conséquent, la première branche du troisième moyen doit être rejetée comme étant inopérante.

c) Sur la troisième branche du troisième moyen

1) Argumentation des parties

85 Par la troisième branche de son troisième moyen, le requérant conteste avoir entretenu un réseau de contacts avec le président Lukashenko ainsi qu’avec son entourage et soutient, en tout état de cause, qu’il n’existerait aucune succession dans le temps ni continuité des faits à cet égard.

86 Il fait valoir que le Tribunal aurait dénaturé les éléments de preuve et qualifié de manière erronée, aux points 85, 86, 114 et 115 de l’arrêt attaqué, sa relation avec le président Lukashenko de relation impliquant des relations/liens étroit(e)s ou de relation privilégiée.

87 Le requérant relève que les seuls éléments pris en considération par le Tribunal seraient, aux points 86, 88, 90 et 91 de cet arrêt, des articles de presse, un rapport ainsi qu’une publication sur le site Internet du président Lukashenko, mentionnant, premièrement, des rencontres auxquelles le frère du requérant aurait participé, sans que celles-ci soient pertinentes afin d’établir l’existence de liens entre le requérant et le président Lukashenko, deuxièmement, une rencontre unique intervenue en 2015 entre lui‑même et le président Lukashenko ainsi que leur participation à un même événement en 2017 et, troisièmement, la prétendue implication de la belle-fille du président Lukashenko, Mme Lilia Lukashenko, au sein de la société Dana Astra.

88 Plus précisément, le requérant soutient que, aux points 86 et 90 de l’arrêt attaqué, le Tribunal s’est fondé sur un article de presse, extrait du site Internet occrp.org, faisant vaguement référence au fait que les frères Karić ont tiré profit de leur relation avec le président Lukashenko et affirmant que les membres de la famille Karić auraient noué des liens avec ce dernier après que des adversaires politiques, dans leur pays d’origine, eurent commencé à enquêter sur leurs entreprises au milieu des années 2000. Cela étant, afin d’étayer ces allégations, cet article se limiterait à mentionner deux occasions au cours desquelles le frère du requérant aurait rencontré le président Lukashenko, en 2015 et en 2019, ainsi que la prétendue implication de la belle-fille du président Lukashenko dans Dana Astra, société dans laquelle le requérant ne serait pas impliqué et ne l’aurait, en tout état de cause, pas été à la date de l’adoption des actes litigieux.

89 Le requérant allègue également que, au point 86 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a invoqué un rapport relayé par le site Internet belsat.eu, comportant un diagramme reliant prétendument la famille Karić au président Lukashenko, sans toutefois mentionner de source ou de référence spécifique à cet égard. Ce rapport comprendrait également une photo du frère du requérant avec le président Lukashenko, sans indication de la date à laquelle celle-ci aurait été prise et ferait vaguement référence à une rencontre qui s’est déroulée en 2015. Au même point de l’arrêt attaqué, le Tribunal se serait fondé sur un article de presse publié sur le site rferl.org, comprenant une photo prise lors de l’inauguration du Dana Mall Trade Center à Minsk, sur laquelle figurerait la belle-fille du président Lukashenko. En outre, au point 88 de cet arrêt, lequel renvoie aux points 63 et 66 de celui-ci, le Tribunal se serait appuyé sur une publication du site Internet du président Lukashenko, president.gov.by, relative à une rencontre qui se serait tenue en 2015. Enfin, au point 91 dudit arrêt, qui renvoie au point 71 de celui-ci, le Tribunal se serait fondé sur un document relatif à une rencontre qui aurait eu lieu entre le frère du requérant et le président Lukashenko en 2021.

90 Or, selon le requérant, ces éléments ne sauraient suffire à démontrer l’existence de liens étroits ou d’un réseau de contacts entre lui-même et le président Lukashenko.

91 Le requérant rappelle que, selon la jurisprudence du Tribunal, un lien aussi indirect que la prétendue implication de la belle-fille du président Lukashenko au sein de la société Dana Astra ne saurait suffire à établir qu’une personne tire profit du régime ou apporte un soutien à celui-ci (voir, en ce sens, arrêt du 10 avril 2024, Aven/Conseil, T‑301/22, EU:T:2024:214, points 57 à 60). Il en irait de même s’agissant de l’unique rencontre qu’il aurait eue avec le président Lukashenko en 2015 ainsi que du fait qu’il ait assisté au même événement que ce dernier en 2017 (voir, par analogie, arrêt du 20 décembre 2023, Moshkovich/Conseil, T‑283/22, EU:T:2023:849, point 42).

92 Dès lors, ce serait à tort que le Tribunal a conclu, aux points 113 à 115 et 118 de l’arrêt attaqué, que les relations étroites du requérant avec le président Lukashenko ou sa qualité d’interlocuteur privilégié de ce dernier démontreraient que le requérant tire profit du régime biélorusse et le soutient.

93 Le Conseil estime que la troisième branche du troisième moyen doit être rejetée.

2) Appréciation de la Cour

94 Il convient, d’emblée, de constater que, sous couvert d’une prétendue dénaturation des éléments de preuve, le requérant, reprenant, en substance, les mêmes arguments que ceux qu’il a déjà invoqués devant le Tribunal, cherche, en réalité, à obtenir une nouvelle appréciation de ces éléments, ce qui échappe à la compétence de la Cour dans le cadre d’un pourvoi, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 33 et 64 du présent arrêt.

95 En tout état de cause, il ressort des points 85 à 92 de l’arrêt attaqué que le Tribunal a procédé à un examen détaillé des éléments de preuve produits par le Conseil, visant à démontrer l’existence, depuis plusieurs années et de manière constante, de liens étroits entre, d’une part, le requérant et des membres de sa famille, notamment son frère, et, d’autre part, le président Lukashenko. Or, il n’apparaît pas de manière manifeste que le Tribunal a dénaturé ces éléments de preuve.

96 En outre, il ressort de l’examen du premier moyen que le Tribunal a considéré, à bon droit, que les éléments énumérés aux points 111 à 117 de l’arrêt attaqué, parmi lesquels figuraient les liens étroits entre le requérant ainsi que sa famille et le président Lukashenko, justifiaient l’inscription du requérant sur les listes en cause au motif qu’il tirait profit du régime de ce dernier et le soutenait, de sorte qu’il remplissait le critère général litigieux.

97 Par conséquent, il y a lieu d’écarter la troisième branche du troisième moyen comme étant irrecevable ainsi que, en tout état de cause, comme étant non fondée et, partant, de rejeter le troisième moyen dans son intégralité.

3. Sur le deuxième moyen

a) Argumentation des parties

98 Par son deuxième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit en omettant de distinguer, dans l’ensemble de l’arrêt attaqué, entre les deux aspects du critère général litigieux, à savoir, d’une part, le profit prétendument tiré du régime du président Lukashenko et, d’autre part, le soutien prétendument apporté à celui-ci.

99 En effet, il ressortirait de la jurisprudence du Tribunal relative à ce critère que les notions de « soutien » et de « profit » constituent deux critères distincts (voir, en ce sens, arrêt du 27 septembre 2017, BelTechExport/Conseil, T‑765/15, EU:T:2017:669, point 92). Or, selon le requérant, le Tribunal aurait méconnu cette jurisprudence en mentionnant, notamment aux points 29, 48, 121, 127 et 128 de l’arrêt attaqué, le profit tiré du régime ou le soutien apporté à celui-ci, sans distinguer entre les actes de profit et ceux de soutien.

100 Le requérant fait valoir que, même si le Tribunal a expressément fait référence, au point 37 de cet arrêt, à un prétendu soutien qu’il aurait apporté au président Lukashenko, son raisonnement à cet égard serait contradictoire dans la mesure où les déclarations émanant du président Lukashenko lui-même, dont le Tribunal fait état, démontreraient uniquement le soutien apporté par ce dernier au développement du projet Minsk World et l’importance que ce projet présenterait à ses yeux. Or, ce prétendu acte de soutien ne constituerait pas un acte de soutien du requérant en faveur du président Lukashenko.

101 Par ailleurs, selon le requérant, la référence faite par le Tribunal aux points 99 et 102 de l’arrêt attaqué, au soutien apporté par le régime du président Lukashenko aux entreprises liées au requérant et impliquées dans le développement du projet Minsk World ainsi qu’à l’appui dont auraient bénéficié, de la part de ce régime, les sociétés Dana Holdings et Dana Astra, appartenant à BK Group, ne saurait démontrer l’existence d’un soutien apporté par le requérant audit régime.

102 Le Conseil considère que le deuxième moyen doit être rejeté.

b) Appréciation de la Cour

103 Il convient de relever que l’argumentation du requérant repose sur une lecture erronée de l’arrêt attaqué.

104 Contrairement à ce qu’allègue le requérant, le Tribunal n’a pas omis de distinguer entre, d’une part, le profit tiré du régime et, d’autre part, le soutien apporté à celui-ci, mais il a considéré, notamment au regard du contexte biélorusse et dans le cas spécifique du requérant, que les éléments de preuve produits par le Conseil constituaient un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants permettant de conclure que le requérant remplissait les deux aspects du critère général litigieux, à savoir le profit tiré du régime du président Lukashenko ainsi que le soutien apporté à celui-ci.

105 En tout état de cause, il ressort d’une jurisprudence constante que, si le juge de l’Union considère que, à tout le moins, l’un des motifs mentionnés dans l’acte attaqué est suffisamment précis et concret, qu’il est étayé et qu’il constitue en soi une base suffisante pour soutenir cette décision, la circonstance que d’autres de ces motifs ne le seraient pas ne saurait justifier l’annulation de cet acte (voir, en ce sens, arrêt du 29 novembre 2018, Bank Tejarat/Conseil, C‑248/17 P, EU:C:2018:967, point 60 et jurisprudence citée). Ainsi, à supposer même que le Tribunal aurait considéré, en définitive, qu’un seul des aspects du critère général litigieux, relatifs au profit tiré du régime du président Lukashenko ou au soutien apporté à celui-ci, était rempli en l’espèce, une telle circonstance ne serait pas susceptible d’entraîner l’annulation des actes litigieux.

106 Par conséquent, le deuxième moyen doit être rejeté comme étant non fondé.

4. Sur le quatrième moyen

a) Argumentation des parties

107 Par son quatrième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir méconnu la portée de son contrôle juridictionnel, d’avoir violé l’article 263 TFUE, les formes substantielles ainsi que l’obligation de motivation prévue à l’article 296 TFUE et à l’article 36 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, en motivant l’arrêt attaqué de manière insuffisante et contradictoire.

108 Le requérant rappelle que, selon une jurisprudence constante, la Cour et le Tribunal ne peuvent substituer leur propre motivation à celle de l’auteur de l’acte attaqué (voir, en ce sens, arrêts du 28 février 2013, Portugal/Commission, C‑246/11 P, EU:C:2013:118, point 85, ainsi que du 6 octobre 2021, World Duty Free Group et Espagne/Commission, C‑51/19 P et C‑64/19 P, EU:C:2021:793, point 70). Le Tribunal ne saurait donc ajouter ou modifier des éléments de la motivation des actes dont la légalité est contestée devant lui, notamment lorsqu’il est allégué que ces actes ne satisfont pas aux exigences de la motivation (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 4 juin 2020, Hongrie/Commission, C‑456/18 P, EU:C:2020:421, points 71 à 73).

109 Or, le requérant soutient que, en l’espèce, le Tribunal aurait substitué, à tort, ses propres motifs à ceux du Conseil, selon lesquels il serait étroitement lié à Dana Holdings et à Dana Astra, et ce au moyen d’une motivation contradictoire. En effet, en raison d’une confusion entre le critère général litigieux et le critère, à l’époque inexistant, d’association avec des personnes tirant profit du régime biélorusse ou le soutenant, le Tribunal aurait cherché, dans l’arrêt attaqué, à établir l’existence d’intérêts économiques communs entre le requérant et les sociétés Dana Holdings et Dana Astra afin de démontrer l’existence d’une association étroite entre celui-ci et ces sociétés, telle qu’alléguée dans les motifs des actes litigieux.

110 Le requérant avance que le Tribunal aurait ainsi constaté, premièrement, aux points 59 à 63 de l’arrêt attaqué, que Dana Astra et Dana Holdings appartiendraient à BK Group, dont il serait le fondateur et le principal propriétaire et, deuxièmement, aux points 70 à 76 de cet arrêt, que lui-même et les membres de sa famille exerceraient un contrôle de fait sur ces sociétés, y compris après leur vente à un tiers à la fin de l’année 2020. Ce faisant, le Tribunal se serait écarté de la motivation du Conseil en fondant son appréciation non pas sur l’existence d’une association entre le requérant et les deux sociétés, mais sur la prétendue qualité de celui-ci d’actionnaire indirect et de dirigeant de fait de ces sociétés.

111 Le Conseil estime qu’il convient de rejeter le quatrième moyen.

b) Appréciation de la Cour

112 Il convient de rappeler qu’il ressort de l’examen du premier moyen que le Tribunal n’a pas opéré de confusion entre le critère général litigieux, tenant au fait de tirer profit du régime du président Lukashenko ou de soutenir celui-ci, et le critère tenant à l’association avec des personnes tirant profit de ce régime ou le soutenant.

113 En outre, il importe de relever que, dans les motifs des actes litigieux, le Conseil n’a pas fondé l’inscription du nom du requérant ni le maintien de celui-ci sur les listes en cause uniquement sur l’existence d’un lien étroit existant entre le requérant et Dana Holdings ainsi que Dana Astra. Le Conseil s’est appuyé sur un ensemble d’éléments tenant, premièrement, à la qualité d’homme d’affaires et d’homme politique serbe du requérant, deuxièmement, au fait qu’il aurait, avec des membres de sa famille, développé un réseau de sociétés immobilières en Biélorussie et entretenu un réseau de contacts avec la famille du président Lukashenko, troisièmement, au fait qu’il aurait représenté les sociétés Dana Holdings et Dana Astra lors de rencontres avec le président Lukashenko, quatrièmement, à l’existence de relations étroites entre le requérant, le président Lukashenko et son entourage, cinquièmement, au fait que le projet Minsk World, développé par une société associée au requérant, aurait été présenté par le président Lukashenko comme étant un exemple de coopération du monde slave, ainsi que, sixièmement, à la circonstance que, grâce à ces relations étroites avec le président Lukashenko et son entourage, Dana Holdings et Dana Astra, qui sont associées au requérant, auraient bénéficié d’un traitement préférentiel de la part du régime du président Lukashenko.

114 Il s’ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le Tribunal ne s’est pas écarté de la motivation retenue par le Conseil et n’a pas substitué ses propres motifs à ceux de ce dernier lorsqu’il a examiné si les éléments factuels invoqués permettaient de justifier l’inscription puis le maintien du nom du requérant sur les listes en cause au motif qu’il tirait profit du régime du président Lukashenko et le soutenait, de sorte qu’il remplissait le critère général litigieux.

115 Partant, le quatrième moyen doit être écarté comme étant non fondé.

5. Sur le cinquième moyen

a) Argumentation des parties

116 Par son cinquième moyen, le requérant fait grief au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit en omettant, aux points 119 à 125 de l’arrêt attaqué, de tenir compte, d’une part, de la jurisprudence relative à l’écoulement du temps et, d’autre part, de la nécessité d’identifier un comportement pertinent sur le plan temporel afin de justifier l’adoption et le maintien de mesures restrictives à l’égard de la personne concernée.

117 En particulier, le requérant reproche au Tribunal de s’être appuyé uniquement sur l’arrêt du 12 février 2020, Boshab/Conseil (T‑171/18, EU:T:2020:55, point 84), afin de justifier sa décision d’adopter des mesures restrictives à son égard sur le fondement d’événements passés, alors même que cet arrêt ne serait pas transposable à la situation en cause en l’espèce. En effet, l’affaire ayant donné lieu audit arrêt concernait un régime de mesures restrictives distinct et ne portait pas sur le critère général litigieux. En outre, la personne sanctionnée appartenait au « premier cercle » des personnes physiques auxquelles sont adressées les mesures restrictives, tel que catégorisé au point 40 des conclusions de l’avocat général Mengozzi dans l’affaire Tay Za/Conseil, (C‑376/10 P, EU:C:2011:786), en sa qualité d’ancien vice‑Premier ministre, disposant ainsi d’un réel pouvoir de décision et représentant le plus haut degré de responsabilité politique dans la situation contre laquelle l’Union entendait lutter. Or, tel ne serait pas le cas du requérant en l’espèce. Par ailleurs, dans ce même arrêt, la personne sanctionnée l’avait été sur le fondement de violations des droits de l’homme commises sous sa responsabilité dans le passé, ce qui ne remettrait toutefois pas en cause le fait que, selon une jurisprudence constante du Tribunal, les actes allégués doivent s’être produits à la date de l’inscription sur les listes en cause, en particulier en ce qui concerne le critère général litigieux (voir, en ce sens, arrêt du 10 avril 2024, Aven/Conseil, T‑301/22, EU:T:2024:214, point 80), notamment lorsqu’il s’agit de sanctionner la personne concernée sur le fondement des liens qu’elle entretiendrait avec une société ou sur l’existence de prétendus intérêts communs (voir, en ce sens, arrêts du 10 juillet 2024, Rashevsky/Conseil, T‑309/22 et T‑739/22, EU:T:2024:455, ainsi que du 11 septembre 2024, Tokareva/Conseil, T‑744/22, EU:T:2024:608, point 77).

118 En tout état de cause, le requérant soutient que, selon la jurisprudence de la Cour, il incombe au Conseil de démontrer la persistance de la raison ayant justifié l’inscription initiale sur la liste en cause (voir, en ce sens, arrêt du 20 avril 2023, Conseil/El-Qaddafi, C‑413/21 P, EU:C:2023:306, point 75). L’examen de la situation de fait impliquerait, dès lors, de tenir compte non seulement de la situation générale du pays concerné, mais également de la situation spécifique de la personne concernée.

119 Or, en l’espèce, le Tribunal n’aurait pas pris en considération la situation spécifique du requérant, en ce qui concerne tant le prétendu réseau de contacts avec le président Lukashenko que les liens supposés l’unissant à Dana Holdings et à Dana Astra. Le Tribunal n’aurait mentionné aucun événement récent de nature à démontrer la persistance, depuis plusieurs années, de tels contacts. Les éléments factuels sur lesquels le Tribunal se serait fondé pour conclure à l’existence d’intérêts économiques communs entre le requérant et ces deux sociétés, à savoir une rencontre qui s’est tenue en 2015, une prétendue déclaration en 2019, une publication sur Instagram antérieure à cette même année ainsi qu’une prétendue déclaration à la presse faite par l’épouse du requérant en 2021, seraient devenus obsolètes dès lors que les éléments de preuve figurant au dossier, notamment les extraits de registres des sociétés chypriotes et biélorusses, démontreraient que, depuis l’année 2020, le requérant ne jouait plus aucun rôle au sein desdites sociétés.

120 Par ailleurs, selon le requérant, le fait que son fils soit resté le propriétaire ultime de Dana Holdings ne saurait démontrer l’existence d’un intérêt commun entre lui-même et cette société ni remettre en cause le changement de propriétaire intervenu en décembre 2020. Le requérant conteste, à cet égard, avoir prétendu que Dana Holdings avait été cédée, faisant valoir qu’il a constamment indiqué que seules les filiales de cette société avaient été cédées et qu’il était, dès lors, naturel que son fils conserve la qualité de propriétaire ultime de Dana Holdings.

121 Le requérant ajoute que, en concluant, au point 122 de l’arrêt attaqué, que le Conseil pouvait s’appuyer exclusivement sur les allégations factuelles relatives à une période précédant l’adoption des actes litigieux, le Tribunal aurait méconnu la jurisprudence selon laquelle, en se fondant sur des déclarations faites dans le passé, sans que le Conseil ait précisé en quoi ces éléments avaient encore été d’actualité lors de l’adoption des actes attaqués, le Conseil n’avait pas étayé l’inscription du nom de la personne concernée sur la liste en cause (arrêts du 20 mars 2024, Mazepin/Conseil, T‑743/22, EU:T:2024:180 ; du 29 mai 2024, Akhmedov/Conseil, T‑363/22, EU:T:2024:326, ainsi que du 11 septembre 2024, Ezubov/Conseil, T‑741/22, EU:T:2024:605 et Tokareva/Conseil, T‑744/22, EU:T:2024:608).

122 De plus, le requérant considère que, à supposer même que le Conseil puisse se fonder sur des circonstances ou des événements passés, cela ne serait possible que pour autant que ces informations ou éléments contribuent à établir que, malgré l’écoulement du temps, la personne concernée satisfait au critère d’inscription en cause (voir, en ce sens, arrêt du 13 mars 2025, Shuvalov/Conseil, C‑271/24 P, EU:C:2025:180, point 40). Or, en l’espèce, le Conseil n’aurait soumis aucun élément pertinent à cet égard.

123 Le Conseil considère qu’il y a lieu de rejeter le cinquième moyen.

b) Appréciation de la Cour

124 Il convient de relever que, aux points 119 à 124 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a examiné la pertinence des faits sur lesquels sont fondés les actes litigieux.

125 Le Tribunal a rappelé, au point 120 de cet arrêt, sa jurisprudence constante selon laquelle la référence, dans les motifs des actes litigieux, à des faits antérieurs à l’adoption de ces actes n’implique pas nécessairement l’obsolescence des mesures restrictives adoptées à l’égard du requérant. En effet, afin d’établir que celui-ci a tiré profit du régime du président Lukashenko ou soutenu celui-ci, une telle référence ne saurait, en principe, être considérée comme étant dépourvue de pertinence au seul motif que certains agissements relèvent d’un passé plus ou moins éloigné.

126 Le Tribunal a précisé, au point 121 dudit arrêt, que cette interprétation est corroborée par l’article 8 de la décision 2012/642 en vertu duquel cette décision fait l’objet d’un suivi constant et est prorogée ou modifiée, le cas échéant, lorsque le Conseil estime que ses objectifs n’ont pas été atteints, et par l’article 8 bis, paragraphe 4, du règlement no 765/2006, aux termes duquel la liste figurant à l’annexe I dudit règlement est réexaminée à intervalles réguliers et au moins tous les douze mois. Le Tribunal a considéré que, sous peine de priver ces dispositions de leur effet utile, il convenait d’admettre qu’elles permettent le maintien sur cette liste des noms de personnes et d’entités n’ayant commis aucun acte témoignant de ce qu’elles tirent profit du régime du président Lukashenko ou soutiennent celui-ci au cours de la période précédant le réexamen, dès lors qu’un tel maintien demeure justifié au regard de l’ensemble des circonstances pertinentes et, notamment, du fait que les objectifs poursuivis par les mesures restrictives n’ont pas été atteints.

127 C’est à la lumière de ces considérations que le Tribunal a constaté, au point 122 de l’arrêt attaqué, que le Conseil avait, certes, pris en compte des éléments de fait datant du milieu des années 2000, période au cours de laquelle les relations entre le requérant et son frère, d’une part, ainsi qu’entre le requérant et le président Lukashenko, d’autre part, auraient débuté, ces éléments s’inscrivaient néanmoins dans une continuité de faits attestant que le requérant était étroitement associé à Dana Holdings ainsi qu’à Dana Astra et qu’il tirait profit du régime du président Lukashenko et le soutenait au cours des périodes précédant l’adoption des actes litigieux. Le Tribunal a relevé, à ce même point de l’arrêt attaqué, que ces éléments avaient été pris en considération dans leur ensemble par le Conseil afin de justifier l’inscription puis le maintien du nom du requérant sur les listes en cause.

128 Il s’ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le Tribunal n’a commis aucune erreur de droit dans l’application des principes régissant l’écoulement du temps,.

129 Par conséquent, le cinquième moyen doit être écarté comme étant non fondé.

6. Sur le sixième moyen

a) Argumentation des parties

130 Par son sixième moyen, le requérant reproche au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit en ce qu’il aurait insuffisamment motivé l’arrêt attaqué, méconnu la portée de son contrôle juridictionnel et, partant, violé le critère général litigieux, les formes substantielles ainsi que l’obligation de motivation prévue à l’article 296 TFUE et à l’article 36 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, de même que l’article 263 TFUE.

131 Le requérant relève que, afin d’apprécier si les sociétés auxquelles il serait lié ont bénéficié d’un traitement préférentiel de la part du régime du président Lukashenko, notamment sous la forme d’allègements fiscaux et de l’attribution de terrains destinés à des projets immobiliers, le Tribunal aurait suivi, aux points 93 à 106 de l’arrêt attaqué, un raisonnement en deux temps.

132 En effet, après avoir rappelé, aux points 95 à 98 de cet arrêt, l’importance supposée du projet Minsk World pour le régime du président Lukashenko, le Tribunal aurait invoqué, d’une part, aux points 101 et 102 dudit arrêt, deux déclarations publiques de celui-ci datant de 2015 et de 2019, lesquelles attesteraient de l’appui dont les sociétés Dana Holdings et Dana Astra, appartenant à BK Group, auraient bénéficié de la part de ce régime, et, d’autre part, aux points 103 à 106 du même arrêt, un prétendu traitement préférentiel sur le plan fiscal. Or, selon le requérant, ces deux déclarations seraient à la fois obsolètes et isolées, dès lors que le Tribunal n’aurait pas établi qu’elles aient été suivies d’effets. Il soutient que de simples déclarations de cette nature ne sauraient suffire à démontrer l’existence d’avantages qualitativement ou quantitativement importants au sens du critère général litigieux, sauf à étendre illégalement la portée de ce critère. En tout état de cause, le Tribunal aurait violé ledit critère et son obligation de motivation dans la mesure où il n’aurait pas démontré que ces déclarations avaient continué de produire leurs effets à la date de l’adoption par le Conseil des actes litigieux.

133 S’agissant du prétendu traitement fiscal préférentiel, le requérant rappelle que, conformément à l’article 263 TFUE et à une jurisprudence constante du Tribunal, la légalité des actes litigieux ne saurait être appréciée qu’au regard des éléments de fait et de droit sur le fondement desquels ils ont été adoptés (voir, en ce sens, arrêt du 6 septembre 2013, Bateni/Conseil, T‑42/12 et T‑181/12, EU:T:2013:409, point 51). La charge de la preuve incombant au Conseil, il n’appartiendrait pas au requérant d’établir de manière incontestable l’inexactitude des allégations formulées à son égard. En cas de doute, il incomberait au Tribunal de constater que l’allégation en cause n’a pas été suffisamment étayée par le Conseil (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 28 avril 2021, Sharif/Conseil, T‑540/19, EU:T:2021:220, points 120 à 122), le Tribunal ne pouvant pallier, à cet égard, les éventuelles lacunes du dossier présenté par le Conseil.

134 Le requérant fait valoir que, en l’espèce, la motivation de l’arrêt attaqué, selon laquelle les sociétés qui lui seraient liées auraient bénéficié d’un traitement préférentiel de la part des autorités biélorusses, reposerait principalement sur des éléments absents du dossier du Conseil, le Tribunal se bornant à renvoyer à cet égard au point 105 de l’arrêt du 28 juin 2023, Dana Astra/Conseil (T‑239/21, EU:T:2023:364), lequel serait postérieur à la date de l’adoption des actes litigieux dans la présente affaire. Le Tribunal aurait ainsi méconnu la portée de son contrôle, celui-ci devant être limité aux seuls éléments figurant dans le dossier du Conseil. Le requérant considère que cette conclusion s’imposerait d’autant plus que les éléments de preuve sur lesquels le Tribunal s’est fondé dans cet arrêt, à savoir un décret présidentiel relatif à la mise en œuvre du projet Minsk City et un communiqué de presse publié sur le site Internet du président Lukashenko, ne figuraient pas dans le dossier du Conseil dans la présente affaire. Or, le Tribunal ne saurait se fonder sur des éléments de preuve externes au dossier, y compris lorsqu’ils relèvent du domaine public.

135 Le Conseil estime que le sixième moyen doit être rejeté.

b) Appréciation de la Cour

136 Il convient de relever que, par son argumentation tirée d’une prétendue erreur de droit commise par le Tribunal en ce qu’il aurait méconnu le critère général litigieux et l’obligation de motivation, le requérant vise, en réalité, à remettre en cause l’appréciation des faits et des éléments de preuve à laquelle le Tribunal s’est livré dans l’arrêt attaqué. Or, selon une jurisprudence constante rappelée au point 64 du présent arrêt, l’appréciation des faits ne constitue pas, sous réserve du cas de la dénaturation des éléments de preuve produits devant le Tribunal, laquelle n’est pas invoquée par le requérant en l’espèce, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour.

137 Par conséquent, le sixième moyen doit être écarté comme étant irrecevable.

138 Aucun des moyens du pourvoi n’ayant été accueilli, il y a lieu de rejeter celui-ci dans son intégralité.

VI. Sur les dépens

139 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour, rendu applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

140 En l’espèce, le Conseil ayant conclu à la condamnation du requérant et ce dernier ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de le condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par le Conseil.

Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) déclare et arrête :

1) Le pourvoi est rejeté.

2) M. Bogoljub Karić est condamné à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par le Conseil de l’Union européenne.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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