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AccueilDroit européen62025CJ0133
Jurisprudence CJUE62025CJ0133

Arrêt de la Cour (huitième chambre) du 16 juillet 2026.#PV contre Commission européenne.#Pourvoi – Fonction publique – Fonctionnaires – Pension d’ancienneté – Conditions d’octroi – Statut des fonctionnaires de l’Union européenne – Article 77 – Durée minimale de service – Absences injustifiées ou irrégulières – Article 59, paragraphe 3 – Article 60 – Imputation des absences irrégulières ou injustifiées sur la durée du congé annuel – Conséquences en cas d’épuisement dudit congé – Perte du bénéfice de la rémunération pour la période correspondant aux absences irrégulières ou injustifiées – Privation de plein droit du bénéfice de l’acquisition de droits à pension d’ancienneté pour la période concernée.#Affaire C-133/25 P.

CELEX62025CJ0133
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 16 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (huitième chambre)

16 juillet 2026 (*)

« Pourvoi – Fonction publique – Fonctionnaires – Pension d’ancienneté – Conditions d’octroi – Statut des fonctionnaires de l’Union européenne – Article 77 – Durée minimale de service – Absences injustifiées ou irrégulières – Article 59, paragraphe 3 – Article 60 – Imputation des absences irrégulières ou injustifiées sur la durée du congé annuel – Conséquences en cas d’épuisement dudit congé – Perte du bénéfice de la rémunération pour la période correspondant aux absences irrégulières ou injustifiées – Privation de plein droit du bénéfice de l’acquisition de droits à pension d’ancienneté pour la période concernée »

Dans l’affaire C‑133/25 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 10 février 2025,

PV, représenté par Me D. Birkenmaier, Rechtsanwalt,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Commission européenne, représentée par MM. T. S. Bohr et L. Vernier, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (huitième chambre),

composée de M. S. Rodin, faisant fonction de président de chambre, MM. N. Piçarra et N. Fenger (rapporteur), juges,

avocat général : M. J. Richard de la Tour,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1 Par son pourvoi, PV demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑78/21, ci‑après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:403), par lequel celui-ci a rejeté les recours formés par PV tendant, d’une part, à l’annulation, premièrement, de la décision de la Commission du 20 juillet 2020 rejetant sa demande de pension d’ancienneté anticipée au 1er novembre 2019, deuxièmement, de la décision de rejet de la réclamation R/137/21, du 1er juillet 2021, et, troisièmement, de 56 décisions administratives ainsi que de la décision de rejet de la réclamation enregistrée sous la référence R/512/20, du 26 février 2021 et, d’autre part, à la réparation des préjudices moraux et matériels qu’il aurait subis du fait de ces décisions.

Le cadre juridique

2 L’article 12 bis, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, dans sa version applicable aux faits de l’espèce (ci-après le « statut »), prévoit :

« Le fonctionnaire victime de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution. Le fonctionnaire ayant fourni des preuves de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution, pour autant qu’il ait agi de bonne foi. »

3 L’article 35 du statut dispose :

« Tout fonctionnaire est placé dans une des positions suivantes :

a) L’activité,

b) Le détachement,

c) Le congé de convenance personnelle,

d) La disponibilité,

e) Le congé pour services militaires,

f) Le congé parental ou le congé familial,

g) Le congé dans l’intérêt du service. »

4 L’article 59 du statut est libellé comme suit :

« 1. Le fonctionnaire qui justifie être empêché d’exercer ses fonctions par suite de maladie ou d’accident bénéficie de plein droit d’un congé de maladie.

[...]

Le fonctionnaire en congé de maladie peut, à tout moment, être soumis à un contrôle médical organisé par l’institution. Si ce contrôle ne peut avoir lieu pour des raisons imputables à l’intéressé, son absence est considérée comme injustifiée à compter du jour où le contrôle était prévu.

Si le contrôle médical révèle que le fonctionnaire est en mesure d’exercer ses fonctions, son absence, sous réserve de l’alinéa ci-après, est considérée comme injustifiée à compter du jour du contrôle.

Si le fonctionnaire estime que les conclusions du contrôle médical organisé par l’autorité investie du pouvoir de nomination sont médicalement injustifiées, le fonctionnaire ou un médecin agissant en son nom peut, dans les deux jours, saisir l’institution d’une demande d’arbitrage par un médecin indépendant.

[...]

3. Sans préjudice de l’application des dispositions relatives aux procédures disciplinaires, le cas échéant, toute absence considérée comme injustifiée au titre des paragraphes 1 et 2 est imputée sur la durée du congé annuel de l’intéressé. En cas d’épuisement de ce congé, le fonctionnaire perd le bénéfice de sa rémunération pour la période correspondante.

[...] »

5 Aux termes de l’article 60 du statut :

« Sauf en cas de maladie ou d’accident, le fonctionnaire ne peut s’absenter sans y avoir été préalablement autorisé par son supérieur hiérarchique. Sans préjudice de l’application éventuelle des dispositions prévues en matière disciplinaire, toute absence irrégulière dûment constatée est imputée sur la durée du congé annuel de l’intéressé. En cas d’épuisement de ce congé, le fonctionnaire perd le bénéfice de sa rémunération pour la période correspondante.

[...] »

6 L’article 77 du statut dispose :

« Le fonctionnaire qui a accompli au moins dix années de service a droit à une pension d’ancienneté. Toutefois, il a droit à cette pension sans condition de durée de service s’il a dépassé l’âge de la retraite, s’il n’a pu être réintégré au cours d’une période de disponibilité, ou en cas de retrait d’emploi dans l’intérêt du service.

[...] »

7 L’article 83, paragraphe 2, du statut prévoit :

« Les fonctionnaires contribuent pour un tiers au financement [du] régime de pensions. Cette contribution est fixée à [...] du traitement de base de l’intéressé, compte non tenu des coefficients correcteurs prévus à l’article 64. Cette contribution est déduite mensuellement du traitement de l’intéressé. [...] »

8 L’article 85, premier alinéa, du statut se lit comme suit :

« Toute somme indûment perçue donne lieu à répétition si le bénéficiaire a eu connaissance de l’irrégularité du versement ou si celle‑ci était si évidente qu’il ne pouvait manquer d’en avoir connaissance. »

9 L’article 86, paragraphe 1, du statut énonce :

« Tout manquement aux obligations auxquelles le fonctionnaire ou l’ancien fonctionnaire est tenu, au titre du présent statut, commis volontairement ou par négligence, l’expose à une sanction disciplinaire. »

10 Aux termes de l’article 2 de l’annexe VIII du statut, intitulée « Modalités du régime de pensions » :

« La pension d’ancienneté est liquidée sur la base du nombre total d’annuités acquises par le fonctionnaire. Chaque année prise en compte dans les conditions fixées à l’article 3 ci-dessous donne droit au bénéfice d’une annuité, chaque mois entier au douzième d’une annuité.

[...] »

11 L’article 3 de cette annexe VIII dispose :

« Sous réserve que les services suivants aient donné lieu de la part de l’agent au versement des contributions au régime de pension prévues au titre de la durée des services concernés sont prises en compte pour le calcul des annuités, au sens de l’article 2 :

a) la durée des services accomplis en qualité de fonctionnaire d’une des institutions dans l’une des positions visées à l’article 35, points a), b), c), e) et f), du statut. [...]

[...] »

12 L’article 9, sous b), de l’annexe VIII du statut prévoit :

« Le fonctionnaire cessant ses fonctions avant l’âge de la retraite peut demander que la jouissance de sa pension d’ancienneté soit :

[...]

b) immédiate, sous réserve qu’il ait atteint au moins l’âge de 58 ans. Dans ce cas, la pension d’ancienneté est réduite en fonction de l’âge de l’intéressé au moment de l’entrée en jouissance de sa pension. »

Les antécédents du litige

13 Les antécédents du litige sont exposés aux points 2 à 26 de l’arrêt attaqué. Ils peuvent, pour les besoins de la présente procédure, être résumés comme suit.

14 Le 16 juillet 2007, PV est devenu fonctionnaire de la Commission européenne. PV a d’abord été affecté à la direction générale (DG) « Emploi, affaires sociales et inclusion » de la Commission jusqu’au 30 septembre 2009, puis à la DG « Budget » de cette institution du 1er octobre 2009 au 31 mars 2013 et, enfin, à la DG « Interprétation » de ladite institution, au sein de l’unité « Gestion budgétaire et financière » de celle-ci, à partir du 1er avril 2013.

15 Entre le 8 mai 2014 et le 31 juillet 2016, alléguant être en incapacité de travail en raison de faits de harcèlement moral, PV ne s’est pas présenté au travail et a envoyé des certificats médicaux délivrés par son médecin traitant. Les 27 juin et 10 octobre 2014, les médecins-conseils de la Commission ont émis des avis médicaux indiquant que PV était apte à reprendre le travail. Par la suite, PV a été convoqué à des visites médicales de contrôle, auxquelles il ne s’est pas présenté.

16 Considérant que les absences de PV étaient irrégulières, la Commission a adopté plusieurs décisions de retenue sur son salaire.

17 Le 10 juillet 2015, l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») a décidé d’ouvrir une procédure disciplinaire contre PV en raison, notamment, de ses absences injustifiées répétées depuis le mois de juin 2014.

18 Par décision de l’AIPN du 26 juillet 2016, à la suite des conclusions de cette procédure disciplinaire, PV a été révoqué de ses fonctions avec effet au 1er août 2016 sans réduction de ses droits à pension d’ancienneté (ci-après la « première décision de révocation »).

19 À la suite d’une demande de PV de réexamen de cette décision, l’AIPN a, par décision du 24 juillet 2017, retiré la première décision de révocation (ci-après la « décision de retrait ») et lui a fait part de sa réintégration à compter du 16 septembre 2017. PV a été informé, par note du directeur général de la DG « Ressources humaines et sécurité » de la Commission, qu’il serait réaffecté le 18 septembre 2017 au sein de l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de cette institution.

20 Par une note du 12 septembre 2017, le directeur de l’Office de gestion et de liquidation des droits individuels (PMO) a procédé à une compensation entre les montants dus à PV pour la période pendant laquelle il avait été révoqué de ses fonctions et les dettes de celui-ci à l’égard de la Commission, qui s’est traduite par le versement d’une somme d’un montant de 9 550 euros au profit de PV.

21 Le 13 octobre 2017, le directeur général de la DG « Interprétation » de la Commission a informé PV qu’il était considéré en absence irrégulière depuis le 18 septembre 2017, que les dix jours de congés auxquels il avait droit avaient été utilisés pour couvrir ces absences pour la période allant du 18 au 29 septembre 2017 et que son salaire serait suspendu à partir du 1er octobre 2017, et ce tant que cette situation d’absence irrégulière perdurerait.

22 À la suite de l’enquête administrative menée par l’Office d’investigation et de discipline (IDOC), portant sur des allégations de comportements inappropriés, d’insubordination, d’absences irrégulières à partir de l’année 2013 ainsi que d’absences irrégulières constatées à partir du 18 septembre 2017, l’AIPN a décidé d’ouvrir la procédure disciplinaire CMS 17/025 (ci-après la « procédure disciplinaire CMS 17/025 »).

23 Par décision du 21 octobre 2019, adoptée à la suite de la clôture de la procédure disciplinaire CMS 17/025, l’AIPN a révoqué PV de ses fonctions (ci-après la « seconde décision de révocation »). Cette révocation est entrée en vigueur le 1er novembre 2019.

24 Par l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17), le Tribunal a rejeté les deux recours introduits par PV, tendant à l’annulation de plusieurs actes adoptés à son égard entre l’année 2014 et l’année 2018 ainsi qu’à la réparation des préjudices moral et matériel prétendument subis du fait de ces actes.

25 Le 24 mars 2020, PV a introduit une demande au titre de l’article 90, paragraphe 1, du statut, tendant à obtenir le versement d’une pension d’ancienneté anticipée à partir du 1er novembre 2019.

26 Par décision du 20 juillet 2020, le chef de l’unité « Pension d’ancienneté » du PMO a refusé l’octroi d’une pension d’ancienneté anticipée (ci-après la « décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée »), en estimant que PV avait accompli une période de travail auprès des institutions de l’Union européenne de 9 ans, 3 mois et 22 jours et qu’il n’avait donc pas accompli les dix ans de service requis permettant de bénéficier d’une telle pension.

27 Le 30 septembre 2020, PV a introduit une réclamation, enregistrée sous la référence R/458/20, visant à contester le calcul de ses droits à pension d’ancienneté ainsi que cette décision. Par décision du 29 janvier 2021, l’AIPN a rejeté cette réclamation.

28 Le 5 novembre 2020, PV a introduit une réclamation, enregistrée sous la référence R/512/20, visant l’annulation de 56 décisions prises par l’AIPN entre le 23 octobre 2014 et le 13 juillet 2020. Par décision du 26 février 2021, l’AIPN a rejeté cette réclamation (ci-après la « décision de rejet de la réclamation R/512/20 »).

29 Le 27 février 2021, PV a introduit une réclamation, enregistrée sous la référence R/137/21, par laquelle il visait le remboursement de 105 218,08 euros au titre d’une prétendue dette factice et d’arriérés de salaires supposés, le remboursement du salaire du mois de juillet 2016 pour un montant de 3 197,29 euros ainsi que la correction de la période de contribution pour la pension d’ancienneté. Par décision du 1er juillet 2021, l’AIPN a rejeté cette réclamation (ci-après la « décision de rejet de la réclamation R/137/21 »).

30 La demande de révision de l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17), introduite par PV a été rejetée par l’ordonnance du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52). Le pourvoi formé par PV contre ledit arrêt a été rejeté par la Cour par l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232).

La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

31 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 24 août 2021, PV a introduit un recours tendant, d’une part, à l’annulation, premièrement, de la décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée, deuxièmement, de la décision de rejet de la réclamation R/137/21 et, troisièmement, de 56 décisions administratives ainsi que de la décision de rejet de la réclamation R/512/20, et, d’autre part, à la condamnation de la Commission au paiement de 100 000 euros et de 47 221,02 euros en réparation, respectivement, des préjudices moral et matériel prétendument subis.

32 À l’appui de ce recours, PV a invoqué dix moyens tirés, en substance, de la violation, premièrement, de l’article 12 bis du statut et de l’article 9, sous b), de l’annexe VIII du statut, deuxièmement, du principe fraus omnia corrumpit et de l’article 41, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), troisièmement, de ce principe, quatrièmement, du principe de légalité, de l’article 59, paragraphe 3, et de l’article 60 du statut ainsi que de la violation du principe de légalité des délits et des peines, cinquièmement, de l’article 34 de la Charte et de l’article 77 du statut, sixièmement, du principe ne bis in idem, septièmement, du droit d’être entendu, huitièmement, du principe de proportionnalité, neuvièmement, d’un détournement de pouvoir et, dixièmement, du principe d’égalité de traitement.

33 Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté le recours introduit par PV.

34 Le Tribunal a, en premier lieu, aux points 44 à 90 de l’arrêt attaqué, rejeté comme étant irrecevables les deuxième et troisième chefs de conclusions de PV tendant à l’annulation de la décision de rejet de la réclamation R/137/21 et de 56 décisions administratives ainsi que de la décision de rejet de la réclamation R/512/20.

35 Le Tribunal a, en deuxième lieu, aux points 95 à 321 de cet arrêt, rejeté tous les moyens du recours.

36 À cette fin, le Tribunal a, en particulier, considéré, au point 141 dudit arrêt, que le PMO, en adoptant la décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée, n’avait fait que tirer les conséquences, en matière de droits à la pension d’ancienneté, de l’ensemble des décisions antérieures à cette décision relatives aux absences du requérant, et qu’il ne saurait dès lors être reproché au PMO d’avoir constaté que PV ne satisfaisait pas à la condition de durée de service prévue à l’article 77 du statut.

37 Au point 198 du même arrêt, le Tribunal a jugé que le PMO était en droit de déduire les périodes d’absence injustifiée ou irrégulière de PV de ses années de service pour le calcul de ses droits à pension d’ancienneté.

38 Aux points 210 à 218 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a écarté la violation du principe ne bis in idem alléguée par PV en considérant notamment que ni la perte du bénéfice de sa rémunération, à la suite d’une absence irrégulière ou injustifiée dûment constatée, ni la suppression de ses droits à pension d’ancienneté ne constituaient une sanction disciplinaire ou une mesure équivalente. Le Tribunal en a déduit que la sanction de révocation adoptée contre PV par la seconde décision de révocation constituait la seule sanction disciplinaire de ses absences injustifiées ou irrégulières.

39 Aux points 220 à 250 de cet arrêt, le Tribunal a, d’une part, considéré qu’il n’existait pas de faits nouveaux et substantiels permettant de réexaminer les décisions administratives définitives constatant l’absence de harcèlement moral et, d’autre part, constaté que les faits de harcèlement moral allégués par PV n’avaient pas été établis à suffisance. En particulier, le Tribunal a écarté l’allégation de PV selon laquelle le refus par le PMO de lui octroyer des droits à pension d’ancienneté pour la période correspondant à ses absences injustifiées et irrégulières constituait une violation de l’article 12 bis, paragraphe 2, du statut et de l’article 9, sous b), de l’annexe VIII du statut.

40 Aux points 271 à 273 dudit arrêt, le Tribunal a constaté que PV n’avait pas démontré à suffisance de droit que les décisions définitives constatant ses absences injustifiées ainsi que celles fixant le montant de sa dette envers la Commission et procédant à son recouvrement étaient le résultat d’une fraude, de sorte qu’il pouvait encore les contester.

41 Au point 311 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que l’existence d’un détournement de pouvoir commis par le PMO par l’adoption de la décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée n’avait pas été prouvée.

42 Le Tribunal a, en troisième lieu, aux points 322 à 330 de cet arrêt, rejeté les conclusions indemnitaires de PV, eu égard au lien étroit de celles-ci avec les conclusions en annulation, elles-mêmes rejetées.

Les conclusions des parties

43 Par son pourvoi, PV demande à la Cour :

– d’annuler l’arrêt attaqué ;

– de statuer sur le litige, et

– de condamner la Commission aux dépens des deux instances.

44 La Commission demande à la Cour :

– de rejeter le pourvoi et

– de condamner PV aux dépens.

Sur le pourvoi

45 PV invoque douze moyens au soutien de son pourvoi.

Sur le premier moyen

Argumentation des parties

46 Par son premier moyen, PV fait valoir, en premier lieu, que le Tribunal a omis de faire état, aux points 2 à 26 de l’arrêt attaqué, de la nouvelle relation de travail de PV avec un autre employeur à partir du 26 juin 2017 ainsi que de sa décision du 14 septembre 2017 de ne pas réintégrer l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de la Commission. En outre, le Tribunal n’aurait pas pu accorder un effet ex nunc à la décision de retrait. Par ailleurs, PV évoque une violation du principe de protection de la confiance légitime. Ainsi, la procédure disciplinaire CMS 17/025 aurait dû être annulée et, par conséquent, le Tribunal aurait dû, dans l’arrêt attaqué, annuler la décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée.

47 En deuxième lieu, PV considère que, du fait de la décision de retrait, les conséquences financières quant aux 217 jours d’absence auraient dû être annulées et que ces jours auraient dû être pris en compte aux fins de l’examen du respect des conditions posées à l’article 77 du statut.

48 En troisième lieu, le Tribunal se serait fondé, aux points 279 à 287 de l’arrêt attaqué, sur des considérations d’ordre général, sans tenir compte de la situation personnelle de PV.

49 La Commission estime que le premier moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

50 S’agissant, premièrement, de l’argumentation de PV selon laquelle la procédure disciplinaire CMS 17/025 aurait dû être annulée, il y a lieu de rappeler que, selon l’article 170, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour, le pourvoi ne peut modifier l’objet du litige devant le Tribunal.

51 Or, la légalité de cette procédure est l’objet du recours devant le Tribunal non pas dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt attaqué, mais dans celle ayant donné lieu à l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402), dont le pourvoi a été rejeté par la Cour dans l’arrêt de ce jour dans l’affaire C-169/25 P.

52 Par conséquent, cette argumentation est irrecevable.

53 Deuxièmement, il ressort du point 207 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), que le caractère irrégulier ou injustifié des absences reprochées à PV ne constituait pas l’un des effets de la première décision de révocation. Dès lors, contrairement à ce que soutient PV, le retrait de cette décision ne pouvait avoir pour effet que les jours correspondant à ces absences soient pris en compte aux fins de l’examen du respect des conditions de l’article 77 du statut.

54 Troisièmement, s’agissant de l’argumentation de PV relative à l’erreur de droit qu’aurait commise le Tribunal aux points 279 à 287 de l’arrêt attaqué, il importe de rappeler qu’il résulte de l’article 256 TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, de l’article 168, paragraphe 1, sous d), et de l’article 169 du règlement de procédure de la Cour qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande, sous peine d’irrecevabilité du pourvoi ou du moyen concerné (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 199).

55 Ainsi, ne répond pas à ces exigences et doit être déclaré irrecevable un moyen dont l’argumentation n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de légalité, notamment parce que les éléments essentiels sur lesquels le moyen s’appuie ne ressortent pas de façon suffisamment cohérente et compréhensible du texte de ce pourvoi, qui est formulé de manière obscure et ambiguë à cet égard (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 200).

56 La Cour a également itérativement jugé que la seule énonciation abstraite des moyens dans la requête ne répond pas aux exigences fixées à l’article 21 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et à l’article 169 du règlement de procédure de la Cour (ordonnance du 5 février 2025, Dakem/Commission, C‑308/24 P, EU:C:2025:55, point 43 et jurisprudence citée).

57 Il importe aussi de rappeler qu’il résulte de l’article 256 TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le pourvoi est limité aux questions de droit. Le Tribunal est, dès lors, seul compétent pour constater et apprécier les faits pertinents ainsi que pour apprécier les éléments de preuve. L’appréciation de ces faits et de ces éléments de preuve ne constitue donc pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans le cadre d’un pourvoi (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 77).

58 Une telle dénaturation existe lorsque, sans avoir recours à de nouveaux éléments de preuve, l’appréciation des éléments de preuve existants apparaît manifestement erronée. Toutefois, cette dénaturation doit ressortir de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves. Par ailleurs, lorsqu’un requérant allègue une dénaturation d’éléments de preuve par le Tribunal, il doit indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 78).

59 Force est de constater que l’argumentation relative à l’erreur de droit qu’aurait commise le Tribunal aux points 279 à 287 de l’arrêt attaqué n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de légalité, notamment parce que les éléments essentiels sur lesquels le moyen s’appuie ne ressortent pas de façon suffisamment cohérente et compréhensible du texte de cette argumentation, qui est formulé de manière obscure et ambiguë à cet égard.

60 Partant, cette argumentation est irrecevable.

61 Il s’ensuit que le premier moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.

Sur le deuxième moyen

Argumentation des parties

62 Par son deuxième moyen, PV soutient que le Tribunal a commis des dénaturations des faits et des erreurs de droit en ce qu’il a omis de constater que la Commission n’avait pas d’intérêt à ouvrir la procédure disciplinaire CMS 17/025 et que, par conséquent, cette procédure aurait dû être annulée.

63 La Commission estime que le deuxième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

64 Comme il a déjà été mentionné au point 50 du présent arrêt, l’article 170, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour dispose que le pourvoi ne peut modifier l’objet du litige devant le Tribunal.

65 Par son deuxième moyen, PV conteste la légalité de la procédure disciplinaire CMS 17/025, alors que, ainsi qu’il ressort du point 51 du présent arrêt, la légalité de cette procédure n’était pas l’objet du recours devant le Tribunal qui a donné lieu à l’arrêt attaqué.

66 Le deuxième moyen doit donc être écarté comme étant irrecevable.

Sur le troisième moyen

Argumentation des parties

67 Par son troisième moyen, PV soutient, en premier lieu, que le Tribunal a omis, aux points 6 et 7 de l’arrêt attaqué, de relever que la DG « Ressources humaines et sécurité » de la Commission avait décidé le 17 juillet 2014 un changement d’affectation de PV, à la suite du harcèlement moral subi par celui-ci, que la DG « Interprétation » de cette institution aurait refusé. En outre, PV explicite les raisons pour lesquelles ses absences considérées comme étant injustifiées ou irrégulières étaient en réalité justifiées. Enfin, il invoque le manque d’indépendance du service médical de contrôle de la Commission ainsi que le déni systématique des situations de harcèlement moral.

68 En second lieu, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en jugeant, au point 191 de l’arrêt attaqué, que les conséquences des absences injustifiées et des absences irrégulières, visées respectivement à l’article 59 et à l’article 60 du statut, sont identiques. Contrairement à ce que le Tribunal aurait jugé, cette dernière disposition serait inapplicable lorsqu’une maladie est attestée par un certificat d’incapacité de travail. En ce qui le concerne, la Commission n’aurait jamais contesté la remise de seize certificats d’incapacité de travail. À la différence des absences irrégulières, les absences injustifiées seraient régies par une décision interne de la Commission du 6 juillet 2014.

69 En outre, le Tribunal aurait commis des erreurs de droit aux points 179, 197 et 198 de l’arrêt attaqué. Selon PV, l’article 59, paragraphe 3, du statut dispose que, en cas d’absences injustifiées, le fonctionnaire perd le bénéfice de sa rémunération pour la période correspondante, sans prévoir la perte de droits à pension d’ancienneté. PV indique qu’une décision interne de la Commission, du 6 juillet 2014, prévoit que, en cas d’épuisement des jours de congés annuels, la somme retenue sur la rémunération est égale au nombre de jours d’absence multiplié par le traitement mensuel net divisé par trente. PV en déduit que les contributions au régime d’assurance maladie commun aux institutions des Communautés européennes (RCAM) ainsi que pour les pensions et les impôts sont retenues à la source même en cas d’absences injustifiées et que l’indu salarial sera répété, selon l’article 85 du statut, sur base du salaire net. Il en serait de même en cas d’absences irrégulières, au sens de l’article 60 du statut. Selon PV, les jours d’absence injustifiée devraient donc être comptabilisés pour le calcul de ses droits à la pension d’ancienneté, puisque ses cotisations sociales ont été retenues à la source.

70 Sur la base de ces considérations, PV avance que la suppression de ses droits à pension d’ancienneté pour la période allant du 30 octobre 2014 au 31 juillet 2016 a été opérée en l’absence de base juridique. Pour justifier une telle suppression, le Tribunal se serait borné à considérer, au point 179 de l’arrêt attaqué, que PV ne se trouvait pas dans une des situations décrites à l’article 35 du statut. Le point 197 de l’arrêt attaqué constituerait donc une « dénaturation par transformation » en sous‑entendant que PV n’a pas contribué au régime de pension des institutions de l’Union européenne (RPIUE), alors que des cotisations ont été retenues sur sa rémunération.

71 Dans sa réplique, PV relève que les points 189 à 193 de l’arrêt attaqué ne sont pas suffisamment motivés quant au rejet de l’application de la décision interne de la Commission du 6 juillet 2014.

72 La Commission estime que le troisième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

73 En ce qui concerne, en premier lieu, l’argumentation résumée au point 67 du présent arrêt, il y a lieu de constater qu’elle se fonde essentiellement sur des éléments d’ordre factuel et que, par celle-ci, PV demande en réalité à la Cour de procéder à une nouvelle appréciation des faits sans indiquer de façon précise les éléments de fait que le Tribunal aurait dénaturés ni démontrer les erreurs d’analyse du Tribunal.

74 Or, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 57 et 58 du présent arrêt, la Cour n’est pas compétente pour procéder à une telle appréciation. De plus, pour autant que cette argumentation soit comprise comme visant à contester le caractère irrégulier ou injustifié de ses absences, il y a lieu de relever que PV remet en cause des décisions définitives les concernant sans indiquer les motifs pour lesquels l’examen effectué par le Tribunal, tel qu’exposé aux points 258 à 262 de l’arrêt attaqué, serait erroné. Partant, ladite argumentation est irrecevable au stade du pourvoi.

75 En second lieu, en ce qui concerne l’allégation de PV selon laquelle les points 189 à 193 de l’arrêt attaqué ne seraient pas suffisamment motivés, il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence constante de la Cour, le Tribunal satisfait à l’obligation de motivation lorsque la motivation d’un arrêt ou d’une ordonnance fait apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement du Tribunal, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la décision prise et à la Cour d’exercer son contrôle juridictionnel. L’obligation de motivation qui s’impose au Tribunal n’oblige cependant pas celui-ci à fournir un exposé qui suivrait, de manière exhaustive et un par un, tous les raisonnements articulés par les parties au litige et cette motivation peut dès lors être implicite à condition qu’elle permette aux intéressés de connaître les raisons pour lesquelles le Tribunal n’a pas fait droit à leurs arguments et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle (arrêt du 18 janvier 2024, Jenkinson/Conseil e.a., C‑46/22 P, EU:C:2024:50, point 131 ainsi que jurisprudence citée).

76 Aux points 189 à 193 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a analysé les conséquences de l’application des articles 59 et 60 du statut sur l’acquisition des droits à pension d’ancienneté. En particulier, au point 191 de cet arrêt, le Tribunal a jugé qu’il ressort de ces deux articles que, lorsque le fonctionnaire en activité se trouve en situation d’absence injustifiée, au sens de l’article 59 du statut, ou d’absence irrégulière, au sens de l’article 60 du statut, ces absences sont imputées en priorité sur la durée de son congé annuel et que, en cas d’épuisement de ce congé, le fonctionnaire perd le bénéfice de sa rémunération pour la période correspondante. Ainsi, sur la base des éléments rappelés aux points 178 à 187 dudit arrêt, il a conclu qu’un fonctionnaire en situation d’absence injustifiée ou d’absence irrégulière ayant épuisé son congé annuel ne peut plus contribuer au RPIUE ni acquérir de nouveaux droits à pension d’ancienneté.

77 Il ressort de l’ensemble de ces points de l’arrêt attaqué que le Tribunal a satisfait à son obligation de motivation aux points 189 à 193 de cet arrêt, quand bien même il ne s’est pas référé, à ces points 189 à 193, à la décision interne de la Commission du 6 juillet 2014.

78 Quant au fond, il y a lieu, d’une part, de constater, ainsi qu’il est mentionné au point 76 du présent arrêt, que, ainsi que le Tribunal l’a jugé au point 191 de l’arrêt attaqué, les mêmes conséquences sont prévues à l’article 59, paragraphe 3, et à l’article 60 du statut en cas, respectivement, d’absence injustifiée et d’absence irrégulière dûment constatées.

79 Ce constat ne saurait être remis en cause par la circonstance que la Commission aurait adopté une décision interne uniquement en ce qui concerne la première de ces dispositions. En outre, PV conteste l’applicabilité de l’article 60 du statut en s’appuyant sur l’existence de certificats d’incapacité de travail. Toutefois, dès lors que, en l’occurrence, seules les conséquences des absences irrégulières ou injustifiées étaient en cause et que PV se limite à alléguer que l’article 59 du statut serait applicable en présence de ces certificats, il y a lieu de considérer que, ce faisant, PV ne parvient pas à démontrer que l’application de l’article 59 du statut au lieu de celle de l’article 60 du statut aurait conduit le Tribunal à adopter une solution différente.

80 En ce qui concerne, d’autre part, la critique du point 179 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever que, contrairement à ce que soutient PV, à ce point 179, le Tribunal s’est borné à rappeler le libellé de l’article 3, sous a), de l’annexe VIII du statut, intitulée « Modalités du régime de pensions », et n’a pas considéré, audit point 179, que PV ne relevait d’aucune des positions décrites à l’article 35 du statut.

81 S’agissant de l’argument de PV selon lequel il a contribué au RPIUE, il y a lieu de relever qu’il ressort des points 194 à 200 de l’arrêt attaqué que le PMO a fait une correcte application du cadre juridique pertinent à la situation de PV en déduisant les périodes d’absences injustifiées ou irrégulières de ses années de service pour le calcul de ses droits à la pension d’ancienneté. En substance, le Tribunal a considéré, à ces points 194 à 200, que PV était, à l’exception d’une période de congé de convenance personnelle, en activité, de sorte que, conformément à l’article 3, sous a), de l’annexe VIII du statut, seule la durée des services accomplis en qualité de fonctionnaire en activité pouvait être prise en compte pour le calcul des annuités aux fins de la liquidation de sa pension d’ancienneté, pour autant que ces services aient donné lieu au versement de contributions au RPIUE.

82 Or, le fait que PV ait reçu une rémunération de laquelle a été déduite la contribution au RPIUE pour des jours pour lesquels il a été ultérieurement constaté qu’il était en absence injustifiée ou irrégulière ne permet pas de considérer que le Tribunal a commis une erreur de droit en considérant que, pour ces jours, PV ne pouvait pas être considéré comme ayant contribué, au sens de l’article 3, sous a), de l’annexe VIII du statut.

83 Certes, dans la mesure où le caractère irrégulier ou injustifié des absences de PV a été constaté postérieurement au paiement de sa rémunération, celui-ci a, dans un premier temps, perçu une rémunération pour ces jours d’absence irrégulière ou injustifiée, de laquelle ont été déduites les cotisations versées au RPIUE. Cependant, après que ces absences ont été dûment constatées, la Commission a déduit ces cotisations du traitement brut, lors du calcul du traitement net que PV devait rembourser.

84 Ainsi que le Tribunal l’a, en substance, relevé aux points 268 à 270 de l’arrêt attaqué, cette manière de procéder ne signifie pas que lesdites cotisations ont été versées au RPIUE, au sens de l’article 3, sous a), de l’annexe VIII du statut.

85 En effet, étant donné que l’article 83, paragraphe 2, du statut prévoit que la contribution du fonctionnaire au financement du RPIUE est déduite mensuellement du traitement de l’intéressé, lorsque la constatation des absences injustifiées ou irrégulières du fonctionnaire est effectuée postérieurement au paiement de ce traitement, le fonctionnaire concerné, dans le cas où son congé annuel est épuisé, ne doit rembourser que le traitement net correspondant au nombre de jours d’absence.

86 Partant, l’élément décisif pour le calcul des annuités ouvrant droit à la pension d’ancienneté, au sens de l’article 3, sous a), de l’annexe VIII du statut, est le fait non pas que des cotisations aient temporairement été versées au RPIUE, mais que la rémunération de laquelle elles ont été déduites soit réellement due. Si cette rémunération n’est pas due, les cotisations au RPIUE ne peuvent pas être retenues à la source ni être versées à ce régime. Par conséquent, aucune cotisation ne devant être versée au RPIUE pour des périodes d’absences injustifiées ou irrégulières, aucun droit à pension d’ancienneté n’a pu être acquis au titre de ces périodes. Ainsi, contrairement à ce que PV avance, la Commission n’a pas opéré une « suppression » de droits à pension d’ancienneté que PV aurait légalement acquis.

87 Il ressort de tout ce qui précède que le Tribunal n’a commis aucune erreur de droit en considérant que le PMO était en droit de déduire les périodes d’absence injustifiée ou irrégulière de PV de ses années de service pour le calcul de ses droits à pension d’ancienneté.

88 Il s’ensuit que le troisième moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.

Sur le quatrième moyen

Argumentations des parties

89 Par son quatrième moyen, PV soutient que le Tribunal a commis plusieurs erreurs de droit aux points 121 à 142 de l’arrêt attaqué.

90 Il invoque, tout d’abord, une violation du principe nullum crimen nulla poena sine lege, en faisant valoir que la faculté de « supprimer » les droits à pension d’ancienneté ne figure dans aucun texte de droit.

91 Ensuite, le point 137 de l’arrêt attaqué serait entaché d’une erreur de droit dès lors que, ainsi qu’il ressortirait de la décision C(2013) 3288 final de la Commission, du 4 juin 2013, relative à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut des fonctionnaires à l’autorité investie du pouvoir de nomination (AIPN) et par le régime applicable aux autres agents (RAA) à l’autorité habilitée à conclure les contrats d’engagement (AHCC), le directeur général de la DG « Interprétation » de la Commission n’a pas la compétence pour supprimer les droits à pension d’ancienneté.

92 Enfin, le point 141 de cet arrêt serait entaché d’une erreur de droit, puisque l’AIPN n’aurait jamais pris de décisions de suppression de droits à pension d’ancienneté. Ainsi, la décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée constituerait en réalité une sanction non écrite adoptée par le PMO en violation de l’ordre public. L’affirmation que l’AIPN aurait pris plusieurs décisions de suppression des droits à pension d’ancienneté serait erronée, puisque ces décisions auraient été adoptées à l’initiative du PMO.

93 La Commission estime que le quatrième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

94 Aux points 137 et 141 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a rappelé, d’une part, que le directeur général de la DG de la Commission dont relevait PV avait effectivement constaté ses absences injustifiées et irrégulières et avait décidé qu’il serait mis fin au versement de sa rémunération correspondant aux jours d’absence dès lors que son congé annuel était épuisé, et, d’autre part, que le PMO, par sa décision de refus d’une pension d’ancienneté anticipée, n’avait fait que tirer les conséquences quant à ses droits à pension d’ancienneté de l’ensemble des décisions antérieures relatives à ces absences.

95 Eu égard à la jurisprudence rappelée aux points 54 à 56 du présent arrêt, force est de constater que, par ses allégations visant les points 137 et 141 de l’arrêt attaqué ainsi que par celle relative à la violation du principe nullum crimen nulla poena sine lege, PV se borne à avancer des arguments d’ordre général et factuel sans les mettre en relation avec le raisonnement tenu par le Tribunal dans cet arrêt. Ainsi, lesdites allégations ne permettent pas de comprendre quelles sont les critiques adressées par PV au raisonnement tenu par le Tribunal dans ledit arrêt.

96 Pour autant que PV reproche au Tribunal d’avoir considéré que le PMO disposait de la compétence pour « supprimer » ses droits à pension d’ancienneté, il suffit de constater, ainsi qu’il a déjà été mentionné au point 87 du présent arrêt, qu’aucune suppression de droits à pension d’ancienneté que PV aurait légalement acquis n’a eu lieu.

97 Le quatrième moyen doit donc être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.

Sur le cinquième moyen

Argumentation des parties

98 Par son cinquième moyen, PV fait valoir que le Tribunal a, au point 115 de l’arrêt attaqué, violé l’article 41, paragraphe 2, de la Charte, en ne prenant pas en considération le point 36 de l’arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI (C‑173/22 P, EU:C:2023:932), alors que, s’il avait été entendu, le résultat de plusieurs de ses réclamations eût pu être différent.

99 La Commission estime que le cinquième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

100 Force est de constater que, dans son argumentation, PV n’apporte aucun élément tendant à démontrer une violation des droits de la défense. En effet, il n’établit pas que les considérations figurant aux points 115 à 119 de l’arrêt attaqué, par lesquelles le Tribunal relève qu’il a été entendu avant que la décision de refus de pension d’ancienneté anticipée n’ait été adoptée et que ses droits de la défense ont été respectés, sont erronées en droit.

101 Partant, PV ne saurait utilement invoquer le point 36 de l’arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI (C‑173/22 P, EU:C:2023:932), aux termes duquel une violation des droits de la défense, en particulier du droit d’être entendu, n’entraîne l’annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l’absence de cette irrégularité, cette procédure aurait pu aboutir à un résultat différent.

102 Il s’ensuit que le cinquième moyen doit être écarté comme étant inopérant.

Sur le sixième moyen

Argumentation des parties

103 Par son sixième moyen, PV avance, tout d’abord, que le Tribunal n’a pas relevé, au point 156 de l’arrêt attaqué, que la fausse signature dans la décision de retenue sur salaire en raison des absences de PV, du 15 septembre 2016, visait à contourner la procédure relative à la délégation des pouvoirs de l’AIPN. Ensuite, le Tribunal aurait, au point 157 de l’arrêt attaqué, commis une « dénaturation par transformation » en jugeant qu’aucun faisceau concordant d’indices ne permettait d’établir l’existence d’un acte frauduleux en la forme d’une fausse signature ou d’une intention frauduleuse consistant au moins en la connaissance de l’utilisation d’un document falsifié. PV relève, en particulier, que l’élément objectif de la fraude est attesté par le rapport d’une expertise judiciaire et que son élément subjectif ressort notamment d’une ordonnance d’un juge d’instruction belge. En outre, PV relève que rien n’empêchait le Tribunal de diligenter une nouvelle expertise conformément notamment à l’article 100 du règlement de procédure du Tribunal. Il serait incompréhensible que, aux points 164 à 169 de l’arrêt attaqué, le Tribunal ait accepté que la Commission ait pu utiliser une fausse signature.

104 La Commission estime que le sixième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

105 En ce qui concerne l’argumentation de PV ayant trait à la prétendue violation du principe fraus omnia corrumpit, force est de constater qu’elle se borne, en mobilisant plusieurs éléments factuels dont l’existence d’une expertise graphologique en vue de démontrer l’existence d’une fausse signature, à remettre en cause l’appréciation des faits effectuée par le Tribunal au point 157 de l’arrêt attaqué, dans lequel le Tribunal a relevé, s’agissant de la décision du 15 septembre 2016 mentionnée au point 103 du présent arrêt, qu’aucun faisceau concordant d’indices ne permettait d’établir l’existence d’un acte frauduleux ou la forme d’une fausse signature ni d’une intention frauduleuse consistant au moins en la connaissance de l’utilisation d’un document falsifié.

106 PV ne démontrant aucunement que ces éléments factuels auraient été dénaturés, son argumentation doit être rejetée comme étant irrecevable, au regard des exigences rappelées aux points 57 et 58 du présent arrêt.

107 En outre, le Tribunal étant seul juge de la nécessité de compléter les éléments d’information dont il dispose sur les affaires dont il est saisi, PV ne saurait utilement avancer, au stade du présent pourvoi, que le Tribunal n’a pas ordonné une expertise (voir, par analogie, arrêt du 12 décembre 2024, DD/FRA, C‑680/22 P, EU:C:2024:1019, point 26).

108 En ce qui concerne les critiques visant les points 164 à 169 de l’arrêt attaqué, PV n’avance aucun argument de nature à remettre en cause l’affirmation du Tribunal, figurant aux points 168 et 169 de l’arrêt attaqué, selon laquelle son argument tiré de la violation du principe de bonne administration était irrecevable en vertu de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal en raison de son manque de clarté. Ces critiques sont donc inopérantes.

109 Le sixième moyen doit donc être écarté comme étant, en partie, irrecevable, en partie, inopérant et, en partie, non fondé.

Sur le septième moyen

Argumentation des parties

110 Par son septième moyen, PV invoque une violation de l’article 77 du statut en ce que le Tribunal n’a pas tenu compte des cas de dol imputables à l’administration dans le cadre de l’adoption par celle-ci de la décision de supprimer totalement sa pension d’ancienneté.

111 Tout d’abord, aux points 255 à 258 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait dénaturé l’objet des réclamations que PV a introduites. Ensuite, il n’aurait pas motivé à suffisance de droit le rejet des sept éléments constitutifs de cas de dol qu’il avait invoqués dans sa requête devant le Tribunal. PV soutient également que les points 264 à 272 de cet arrêt sont contradictoires. Enfin, PV conteste les points 260 et 267 dudit arrêt, selon lesquels il n’aurait pas établi la présence des éléments constitutifs d’une fraude, et renvoie à « ses arguments précédents », notamment à ceux se rapportant à l’attitude vindicative de sa hiérarchie et de l’AIPN.

112 La Commission estime que le septième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

113 S’agissant, premièrement, de la dénaturation que le Tribunal aurait commise aux points 255 à 258 de l’arrêt attaqué, PV se borne à rappeler l’objet des réclamations qu’il a introduites sans toutefois indiquer de manière précise les éléments de ces réclamations que le Tribunal aurait dénaturés, de sorte que l’argumentation tirée de cette erreur de droit est irrecevable conformément à la jurisprudence rappelée aux points 54 à 56 du présent arrêt.

114 Deuxièmement, il y a lieu de constater que le Tribunal, aux points 259 à 272 de l’arrêt attaqué, a analysé si une fraude pouvait être constatée en l’espèce, en examinant les éléments avancés par PV, pour conclure qu’aucun indice ne permettait de relever l’existence d’une fraude. Partant, l’argumentation de PV selon laquelle ces points 259 à 272 ne seraient pas suffisamment motivés doit être rejetée.

115 En outre, le point 267 de l’arrêt attaqué concerne le calcul du montant de la perte du bénéfice de la rémunération du fonctionnaire en cas d’absence injustifiée ou irrégulière de celui-ci, tandis que le point 268 de cet arrêt concerne le calcul des cotisations au RPIUE, de sorte que PV ne saurait soutenir que ces points 267 et 268 sont contradictoires.

116 Troisièmement, quant à l’erreur de droit que le Tribunal aurait commise aux points 260 et 267 de l’arrêt attaqué, PV n’avance que des éléments d’ordre factuel, sans toutefois parvenir à démontrer que ceux sur lesquels le Tribunal s’est fondé pour considérer, à ces points 260 à 267, que PV n’avait pas prouvé l’existence d’une fraude ont été dénaturés par le Tribunal.

117 Par conséquent, le septième moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.

Sur le huitième moyen

Argumentations des parties

118 Par son huitième moyen, PV soutient que, en n’admettant pas une violation, par la Commission, du principe ne bis in idem, en ce qu’il aurait fait l’objet de deux procédures de révocation pour les mêmes motifs, le Tribunal aurait commis une erreur de droit. En effet, contrairement à ce que le Tribunal a jugé dans l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402), la première décision de révocation n’aurait pas été retirée avec effet ex tunc. En outre, toutes les conséquences de la décision de retrait n’auraient pas été tirées, en particulier, s’agissant de la rémunération des 217 jours d’absence de PV et de leur prise en compte aux fins de l’examen du respect des exigences prévues à l’article 77 du statut. Contrairement à ce qui ressort des points 214 et 215 de l’arrêt attaqué, l’absence de prise en compte de ces jours aux fins de cet examen, l’absence de versement des retenues sur les salaires nets correspondants auxdits jours, ainsi que le refus d’octroyer à PV une pension d’ancienneté anticipée constitueraient des sanctions supplémentaires à sa révocation.

119 La Commission estime que le huitième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

120 S’agissant de l’argumentation de PV relative à la violation du principe ne bis in idem du fait qu’il aurait fait l’objet de deux procédures disciplinaires pour les mêmes motifs, force est de constater qu’elle ne vise aucune partie de l’arrêt attaqué et que PV conteste des appréciations faites par le Tribunal dans l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402), lequel ne fait pas l’objet du présent pourvoi. Cette argumentation est donc irrecevable.

121 Quant à l’erreur de droit que le Tribunal aurait commise aux points 214 et 215 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever qu’il ressort de ces points 214 et 215 que le fonctionnaire en absence injustifiée ou irrégulière dûment constatée, qui a épuisé son congé annuel, et qui, en conséquence, perd sa rémunération pour ces jours d’absence, se voit priver de plein droit du bénéfice de l’acquisition de droits à pension d’ancienneté pour la période d’absence concernée, étant donné que sa contribution au RPIUE est subordonnée à la perception d’une rémunération à son profit. Le Tribunal précise qu’une telle mesure d’exécution ne saurait être considérée comme étant une sanction présentant une nature pénale, disciplinaire ou comme étant une mesure équivalente.

122 Or, la simple évocation des éléments rappelés au point 118 du présent arrêt et l’affirmation qu’il y aurait un cumul de sanctions ne permettent pas de comprendre le raisonnement juridique suivi par PV afin de critiquer les appréciations du Tribunal figurant aux points 214 et 215 de l’arrêt attaqué.

123 Eu égard à la jurisprudence rappelée aux points 54 à 56 du présent arrêt, le grief pris d’une erreur de droit que le Tribunal aurait commise aux points 214 et 215 de l’arrêt attaqué est irrecevable.

124 Il s’ensuit que le huitième moyen doit être écarté comme étant irrecevable.

Sur le neuvième moyen

Argumentation des parties

125 Par son neuvième moyen, PV fait valoir, en premier lieu, que le Tribunal a commis une dénaturation des faits en passant « sous silence » l’admission à la retraite anticipée de l’ancienne cheffe de l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de la Commission, méconnaissant ainsi les exigences découlant de l’article 12 bis, paragraphe 2, du statut et de l’article 9, sous b), de l’annexe VIII de celui-ci. Selon PV, le départ forcé de cette ancienne cheffe d’unité rend tout à fait crédible sa plainte pour harcèlement moral.

126 En deuxième lieu, PV indique que la chronologie des faits prouve que les deux témoignages, datés de l’année 2017, recueillis dans le cadre de la procédure disciplinaire CMS 17/025, qui attesteraient de l’existence de faits de harcèlement moral à la DG « Budget » de la Commission, n’ont pas pu être pris en compte par l’administration à l’époque des faits. Les points 222 et 223 de l’arrêt attaqué seraient donc dénués de tout fondement. Ces témoignages seraient des faits nouveaux devant donc être pris en considération pour tout recours postérieurs à leur transmission, le 18 juillet 2018, à PV.

127 En troisième lieu, les ordonnances d’instruction émanant des juridictions belges seraient non pas, contrairement à ce qui est affirmé au point 231 de l’arrêt attaqué, des mesures de mise en état d’un dossier, mais des décisions définitives de la justice répressive belge. Le refus de reconnaître ces décisions constituerait une violation de l’article 67, paragraphes 3 et 4, TFUE.

128 Il en irait de même s’agissant du point 232 de cet arrêt. Au vu de la chronologie des faits, le Tribunal ne pouvait considérer que les deux témoignages, datés de l’année 2017, ne pouvaient constituer des faits nouveaux et substantiels. En outre, cette affirmation constituerait une violation du principe de coopération loyale.

129 En quatrième lieu, les points 234 à 250 de l’arrêt attaqué ne « résisteraient pas à un examen factuel », dans la mesure où plusieurs éléments démontreraient qu’il a subi un harcèlement moral.

130 En cinquième lieu, PV se réfère au contenu de deux témoignages visés au point 248 de l’arrêt attaqué, qui n’auraient « rien à voir avec » la constatation faite par le Tribunal à ce point 248.

131 La Commission estime que le neuvième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

132 Premièrement, s’agissant de l’argument de PV selon lequel l’ancienne cheffe de l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de la Commission aurait été mise à la retraite de manière anticipée, ce qui attesterait de l’existence d’un comportement problématique de la part de cette cheffe d’unité, il y a lieu de constater que, par cet argument, PV demande en réalité à la Cour de procéder soit à un réexamen des faits, sans alléguer une dénaturation de ceux-ci, soit à un examen de la légalité de cette mise à la retraite anticipée, sans prouver que le Tribunal a commis une erreur de droit et sans démontrer qu’une telle erreur était pertinente en dépit de l’affirmation, au point 233 de l’arrêt attaqué, selon laquelle le grief tiré de l’existence d’un harcèlement moral continu était irrecevable. L’argument de PV ne répond donc pas aux exigences rappelées aux points 54 à 58 du présent arrêt.

133 Doivent également être considérés comme étant irrecevables au stade du pourvoi, en application de ces exigences, les arguments de PV repris aux points 128 et 129 du présent arrêt, qui sont fondés sur des éléments factuels sans que soit établie une dénaturation de ces éléments.

134 Deuxièmement, quant à l’argumentation de PV relative à l’existence de deux témoignages datant de l’année 2017, tels que mentionnés au point 126 du présent arrêt, force est de constater que les points 222 et 223 de l’arrêt attaqué ne comportent pas d’appréciations relatives à ces témoignages.

135 En ce qui concerne, troisièmement, l’argumentation de PV visant le point 231 de l’arrêt attaqué, le fait que le Tribunal n’ait pas qualifié les deux ordonnances émanant des juridictions belges de décisions définitives n’a pas d’incidence sur les conséquences que le Tribunal a tirées de leur contenu, de sorte que les arguments relatifs à ces ordonnances sont inopérants.

136 Quatrièmement, quant à la dénaturation des faits qui aurait été commise au point 248 de l’arrêt attaqué, force est de constater que l’affirmation selon laquelle des témoignages font état de relations difficiles entre PV et sa cheffe d’unité à la DG « Interprétation » de la Commission n’a pas constitué le motif au soutien duquel le Tribunal a jugé que PV n’était pas victime de harcèlement moral. Cette affirmation étant surabondante, la dénaturation alléguée à son égard doit être considérée comme étant inopérante.

137 Le neuvième moyen doit donc être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, inopérant.

Sur le dixième moyen

Argumentation des parties

138 Par son dixième moyen, PV reproche au Tribunal de ne pas avoir constaté un détournement de pouvoir de la part du PMO. Le Tribunal aurait erronément considéré que le PMO n’avait pas transformé la première décision de révocation sans réduction de pension en une décision de révocation avec perte de la pension d’ancienneté. PV avance que le Tribunal a commis une dénaturation par omission au point 311 de l’arrêt attaqué.

139 La Commission estime que le dixième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

140 Par le dixième moyen, PV se borne à réaffirmer son point de vue exprimé devant le Tribunal sans contester de manière précise le raisonnement juridique tenu par le Tribunal aux points 306 à 310 de l’arrêt attaqué, sur la base duquel il a conclu que PV n’avait fourni aucun indice permettant d’établir qu’un détournement de pouvoir avait été commis par le PMO.

141 À cet égard, il convient de rappeler que ne répond pas à l’exigence rappelée au point 54 du présent arrêt le pourvoi qui, sans même comporter une argumentation visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont seraient entachés l’arrêt ou l’ordonnance attaqués, se limite à reproduire les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant le Tribunal. En effet, un tel pourvoi constitue en réalité une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour (voir, en ce sens, arrêt du 4 juillet 2000, Bergaderm et Goupil/Commission, C‑352/98 P, EU:C:2000:361, point 35, ainsi que du 5 septembre 2024, SE/Commission, C‑309/23 P, EU:C:2024:693, point 65).

142 Par les affirmations très générales de ce moyen, PV n’apporte aucun élément permettant d’établir une dénaturation des faits commise par le Tribunal. Il ne soutient pas non plus que ce dernier aurait entaché son raisonnement d’erreurs de droit.

143 Partant, l’argumentation présentée au titre du dixième moyen, qui vise en réalité à obtenir un réexamen du neuvième moyen présenté devant le Tribunal, doit être écartée comme étant irrecevable.

Sur le onzième moyen

Argumentation des parties

144 Par son onzième moyen, PV fait valoir que le Tribunal a commis plusieurs dénaturations des faits et erreurs de droit en ce qu’il a omis de constater que la suppression de ses droits à pension d’ancienneté est contraire au principe d’égalité de traitement. Selon lui, alors que les faits qui lui sont reprochés sont analogues à ceux reprochés au fonctionnaire en cause dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 3 mars 2022, WV/SEAE (C‑162/20 P, EU:C:2022:153), la sanction qui lui a été infligée, consistant en la perte de ses droits à pension d’ancienneté, est plus lourde.

145 La Commission estime que le dixième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

146 La décision litigieuse dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 3 mars 2022, WV/SEAE (C‑162/20 P, EU:C:2022:153), prévoyait la révocation du fonctionnaire concerné sans réduction des droits à pension d’ancienneté.

147 Or, dans la présente affaire, ainsi qu’il ressort des points 36, 216 et 217 de l’arrêt attaqué, qui n’ont pas été utilement remis en cause par PV dans le cadre du présent pourvoi, la seule sanction disciplinaire prise contre PV en raison de ses absences injustifiées ou irrégulières est sa révocation sans réduction pro tempore des droits à pension d’ancienneté, telle que prévue par la seconde décision de révocation, la non-acquisition de droits à pension d’ancienneté pour la période pendant laquelle PV était en absence injustifiée ou irrégulière n’étant pas constitutive d’une sanction.

148 Il s’ensuit que la sanction infligée à PV n’est pas plus lourde que celle appliquée au requérant dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 3 mars 2022, WV/SEAE (C‑162/20 P, EU:C:2022:153).

149 En conséquence, le onzième moyen doit être écarté comme étant non fondé.

Sur le douzième moyen

Argumentation des parties

150 Par son douzième moyen, PV fait valoir que le Tribunal a violé l’article 41, paragraphe 1, et l’article 47 de la Charte, l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, ainsi que l’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, en ce que les juges de la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué avaient aussi statué dans des affaires concernant PV et portant sur des aspects communs à la présente affaire, ayant conduit au prononcé des ordonnances du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52), du 22 décembre 2022, PV/Commission (T‑558/22 AJ), ainsi que de l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402).

151 La Commission estime que le douzième moyen doit être écarté.

Appréciation de la Cour

152 L’article 41 de la Charte prévoit, à son paragraphe 1, que toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, les organes et les organismes de l’Union, tandis que l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte, qui correspond à l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dispose, à sa première phrase, que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi.

153 Le douzième moyen du pourvoi portant sur l’examen d’une affaire par une juridiction de l’Union, la disposition applicable de la Charte est celle de l’article 47 de celle-ci, qui consacre le droit à une protection juridictionnelle effective (voir, par analogie, ordonnance du 1er février 2022, Macías Chávez e.a./Parlement et Espagne, C‑322/21 P, EU:C:2022:80, point 48).

154 Les garanties d’accès à un tribunal indépendant et impartial, et notamment celles qui déterminent la notion tout comme la composition de celui-ci, représentent la pierre angulaire du droit à un procès équitable (arrêts du 1er juillet 2008, Chronopost et La Poste/UFEX e.a., C‑341/06 P et C‑342/06 P, EU:C:2008:375, point 46, ainsi que du 15 janvier 2026, Anbouba/Conseil, C‑494/24 P, EU:C:2026:9, point 94).

155 L’exigence d’impartialité garantie à l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte recouvre deux aspects. D’une part, le tribunal doit être subjectivement impartial, c’est‑à-dire qu’aucun de ses membres ne doit manifester de parti pris ou de préjugé personnel, l’impartialité personnelle se présumant jusqu’à preuve du contraire. D’autre part, le tribunal doit être objectivement impartial, c’est-à-dire qu’il doit offrir des garanties suffisantes pour exclure à cet égard tout doute légitime (voir, en ce sens, arrêts du 30 janvier 2025, Frajese/Commission, C‑586/23 P, EU:C:2025:45, point 17, et du 2 octobre 2025, WV/SEAE, C‑243/24 P, EU:C:2025:742, point 54).

156 L’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, qui constitue l’expression du droit d’accès à un tribunal indépendant et impartial consacré à l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte, prévoit, à son premier alinéa, que les juges et les avocats généraux de la Cour de justice de l’Union européenne ne peuvent participer au règlement d’aucune affaire dans laquelle ils sont antérieurement intervenus comme agent, conseil ou avocat de l’une des parties, ou sur laquelle ils ont été appelés à se prononcer comme membre d’un tribunal, d’une commission d’enquête ou à tout autre titre et, à son deuxième alinéa, première phrase, que, si, pour une raison spéciale, un juge ou un avocat général estiment ne pas pouvoir participer au jugement ou à l’examen d’une affaire déterminée, ils en font part au président (arrêts du 24 mars 2022, Wagenknecht/Commission, C‑130/21 P, EU:C:2022:226, point 19, et du 2 octobre 2025, WV/SEAE, C‑243/24 P, EU:C:2025:742, point 55).

157 En l’espèce, il y a lieu de relever que PV allègue uniquement que les trois juges composant la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué ont eu à connaître d’autres affaires le concernant, qui portaient sur des aspects juridiques et factuels communs à la présente affaire, lesquelles ont donné lieu aux décisions mentionnées au point 150 du présent arrêt. Ainsi, PV n’invoque pas la partialité personnelle des membres de cette formation de jugement, mais met en cause leur impartialité objective.

158 À cet égard, il ressort de la jurisprudence de la Cour que la présence des mêmes juges dans les formations de jugement du Tribunal ayant eu à connaître de plusieurs affaires distinctes présentant un certain degré de connexité ne saurait être considérée par elle-même comme étant incompatible avec les exigences du droit à un procès équitable (arrêt du 19 février 2009, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, C‑308/07 P, EU:C:2009:103, points 43, 45 et 49). En outre, de telles circonstances ne relèvent pas des cas visés à l’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne.

159 Par conséquent, le fait que la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué était composée des mêmes membres que ceux ayant rendu l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402), et l’ordonnance du 22 décembre 2022, PV/Commission (T‑558/22 AJ), ainsi que de deux des membres de la formation de jugement ayant rendu l’ordonnance du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52), n’est pas un élément de nature à faire naître un doute quant à l’impartialité du Tribunal.

160 À titre surabondant, il convient de rappeler que l’arrêt attaqué et l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, EU:T:2024:402), ont été prononcés le même jour, de sorte qu’il ne saurait être considéré que la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué a statué sur des aspects juridiques et factuels sur lesquels elle avait déjà pu porter son examen dans le cadre de l’affaire ayant donné lieu au second arrêt.

161 PV n’alléguant aucun autre élément en vue de remettre en cause l’impartialité du Tribunal, le douzième moyen doit être écarté comme étant non fondé.

162 Il s’ensuit que le pourvoi doit être rejeté dans son ensemble.

Sur les dépens

163 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue sur les dépens.

164 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui‑ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

165 La Commission ayant conclu à la condamnation de PV et celui-ci ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de le condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission.

Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) déclare et arrête :

1) Le pourvoi est rejeté.

2) PV est condamné à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne.




Rodin

Piçarra

Fenger

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 juillet 2026.

Le greffier

Le président de chambre faisant fonction

A. Calot Escobar

S. Rodin


* Langue de procédure : le français.

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