| CELEX | 62025CJ0169 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 16 juillet 2026 |
ARRÊT DE LA COUR (huitième chambre)
16 juillet 2026 (*)
« Pourvoi – Fonction publique – Fonctionnaires – Procédure disciplinaire – Révocation – Retrait de la décision de révocation pour vice de procédure – Nouvelle révocation – Composition du Tribunal de l’Union européenne – Prétendue absence d’impartialité – Offres de preuves – Actes frauduleux – Effets du retrait d’une décision – Réintégration du fonctionnaire sans son consentement – Composition de l’autorité investie du pouvoir de nomination – Prétendue absence d’impartialité »
Dans l’affaire C‑169/25 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 26 février 2025,
PV, représenté par Me D. Birkenmaier, Rechtsanwalt,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant :
Commission européenne, représentée par MM. A. Sauka et L. Vernier, en qualité d’agents,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (huitième chambre),
composée de M. S. Rodin, faisant fonction de président de chambre, MM. N. Piçarra et N. Fenger (rapporteur), juges,
avocat général : M. J. Richard de la Tour,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 Par son pourvoi, PV demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑89/20, ci‑après l’« arrêt attaqué », EU:T:2024:402), par lequel celui-ci a rejeté son recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision du 12 décembre 2019 par laquelle l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») a rejeté sa demande d’assistance enregistrée sous la référence D/456/19, de la décision de sa révocation, du 21 octobre 2019, de onze décisions relatives à ses absences injustifiées et de la décision de rejet de la réclamation enregistrée sous la référence R/519/19, du 22 janvier 2020, de la lettre du 21 septembre 2016 relative au décompte de sa dette résultant de ses absences irrégulières et de la décision de rejet de la réclamation enregistrée sous la référence R/537/19, du 29 janvier 2020, de la décision de rejet de la réclamation enregistrée sous la référence R/630/19, du 25 mars 2020, et de la décision de rejet de la réclamation enregistrée sous la référence R/71/20, du 20 mai 2020, ainsi que, d’autre part, à la réparation des préjudices qu’il aurait subis du fait de ces décisions.
Le cadre juridique
2 L’article 1er sexies, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, dans sa version applicable aux faits de l’espèce (ci‑après le « statut »), est ainsi rédigé :
« Les fonctionnaires en activité bénéficient de conditions de travail qui respectent les normes de santé et de sécurité appropriées, au moins équivalentes aux prescriptions minimales applicables en vertu des mesures arrêtées dans ces domaines en application des traités. »
3 L’article 3 du statut dispose :
« L’acte de nomination du fonctionnaire précise la date à laquelle cette nomination prend effet ; en aucun cas cette date ne peut être antérieure à celle de l’entrée en fonctions de l’intéressé. »
4 L’article 11 bis, paragraphe 1, du statut prévoit :
« Dans l’exercice de ses fonctions, le fonctionnaire ne traite aucune affaire dans laquelle il a, directement ou indirectement, un intérêt personnel, notamment familial ou financier, de nature à compromettre son indépendance, sous réserve du paragraphe. »
5 Aux termes de l’article 12 bis, paragraphe 2, du statut :
« Le fonctionnaire victime de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution. Le fonctionnaire ayant fourni des preuves de harcèlement moral ou sexuel ne subit aucun préjudice de la part de l’institution, pour autant qu’il ait agi de bonne foi. »
6 L’article 23, premier alinéa, du statut dispose :
« Les privilèges et immunités dont bénéficient les fonctionnaires sont conférés exclusivement dans l’intérêt de l’Union [européenne]. Sous réserve des dispositions du protocole sur les privilèges et immunités, les intéressés ne sont pas dispensés de s’acquitter de leurs obligations privées, ni d’observer les lois et les règlements de police en vigueur. »
7 L’article 25, deuxième alinéa, du statut prévoit :
« Toute décision individuelle prise en application du présent statut doit être communiquée par écrit, sans délai, au fonctionnaire intéressé. Toute décision faisant grief doit être motivée. »
8 L’article 59 du statut régit le congé de maladie.
9 L’article 60 du statut concerne l’absence irrégulière.
10 L’article 77 du statut dispose :
« Le fonctionnaire qui a accompli au moins dix années de service a droit à une pension d’ancienneté. [...] »
11 L’article 86 du statut est libellé comme suit :
« 1. Tout manquement aux obligations auxquelles le fonctionnaire ou l’ancien fonctionnaire est tenu, au titre du présent statut, commis volontairement ou par négligence, l’expose à une sanction disciplinaire.
2. L’[AIPN] ou l’Office européen de lutte antifraude [(OLAF)] peuvent ouvrir une enquête administrative, en vue de vérifier l’existence d’un manquement au sens du paragraphe 1, lorsque des éléments de preuve laissant présumer l’existence d’un manquement ont été portés à leur connaissance.
3. Les règles, procédures et sanctions disciplinaires, ainsi que les règles et procédures régissant les enquêtes administratives, sont établies à l’annexe IX. »
12 L’article 9, sous b), de l’annexe VIII du statut prévoit :
« Le fonctionnaire cessant ses fonctions avant l’âge de la retraite peut demander que la jouissance de sa pension d’ancienneté soit :
[...]
b) immédiate, sous réserve qu’il ait atteint au moins l’âge de 58 ans. Dans ce cas, la pension d’ancienneté est réduite en fonction de l’âge de l’intéressé au moment de l’entrée en jouissance de sa pension. »
13 L’annexe IX du statut, intitulée « Procédure disciplinaire », comporte l’article 9, paragraphe 1, sous h), de celle-ci, qui dispose :
« 1. L’[AIPN] peut appliquer une des sanctions suivantes :
[...]
h) la révocation avec, le cas échéant, la réduction pro tempore de la pension ou une retenue, pour une durée déterminée, sur le montant de l’allocation d’invalidité, sans que les effets de cette sanction puissent s’étendre aux ayants droit du fonctionnaire. [...] »
Les antécédents du litige
14 Les antécédents du litige sont exposés aux points 2 à 39 de l’arrêt attaqué. Ils peuvent, pour les besoins de la présente procédure, être résumés comme suit.
15 Le 16 juillet 2007, PV est devenu fonctionnaire de la Commission européenne.
16 PV a d’abord été affecté à la direction générale (DG) « Emploi, affaires sociales et inclusion » de la Commission jusqu’au 30 septembre 2009, puis à la DG « Budget » de cette institution du 1er octobre 2009 au 31 mars 2013 et, enfin, à la DG « Interprétation » de ladite institution, au sein de l’unité « Gestion budgétaire et financière » de celle-ci, à partir du 1er avril 2013.
17 Le 12 novembre 2013, la cheffe de cette unité a déposé une plainte disciplinaire contre PV en faisant état de problèmes comportementaux, de la non-application des procédures en vigueur et d’un manque de performance.
18 Entre le 8 mai 2014 et le 31 juillet 2016, alléguant être en incapacité de travail en raison de faits de harcèlement moral, PV ne s’est pas présenté au travail et a envoyé des certificats médicaux délivrés par son médecin traitant.
19 Les 27 juin et 10 octobre 2014, les médecins-conseils de la Commission ont émis des avis médicaux indiquant que PV était apte à reprendre le travail. Par la suite, PV a été convoqué à des visites médicales de contrôle, auxquelles il ne s’est pas présenté.
20 Considérant que les absences de PV étaient irrégulières, la Commission a adopté plusieurs décisions de retenue sur son salaire.
21 Le 10 juillet 2015, l’AIPN a ouvert contre PV, sans enquête administrative préalable, la procédure disciplinaire CMS 13/087 pour insubordination répétée dans l’exercice de ses fonctions, pour son comportement inapproprié au cours de l’année 2013 et pour 89 jours d’absences injustifiées en 2014 (ci-après la « procédure disciplinaire CMS 13/087 »).
22 Par décision de l’AIPN du 26 juillet 2016, à la suite des conclusions de la procédure disciplinaire CMS 13/087, PV a été révoqué de ses fonctions avec effet au 1er août 2016 sans réduction de ses droits à pension d’ancienneté (ci-après la « première décision de révocation »).
23 Par une note du 31 juillet 2016, la directrice générale de la DG « Interprétation » de la Commission a communiqué à PV son intention de considérer comme étant irrégulières ses absences pour la période allant du 2 juin au 31 juillet 2016 et d’opérer les déductions correspondantes sur son salaire, telles qu’elles sont prévues à l’article 60 du statut. Cette directrice générale a confirmé sa décision le 15 septembre 2016, en considérant les absences irrégulières de PV comme étant injustifiées et en opérant les déductions correspondantes sur son salaire (ci-après la « décision du 15 septembre 2016 »). PV a introduit une réclamation, enregistrée sous la référence R/556/16 (ci‑après la « réclamation R/556/16 »), contre, notamment, cette décision, laquelle a été rejetée par une décision du 17 janvier 2017.
24 Par lettre du 21 septembre 2016, l’Office de gestion et de liquidation des droits individuels (PMO) a informé PV qu’il était redevable d’une dette envers la Commission s’élevant à 42 704,74 euros, correspondant à ses absences irrégulières (ci-après la « lettre du 21 septembre 2016 »).
25 Par un courrier du 20 avril 2017, qui fait suite à l’arrêt du 14 février 2017, Kerstens/Commission (T‑270/16 P, EU:T:2017:74), PV a demandé le réexamen de la première décision de révocation. Dans cet arrêt, le Tribunal avait jugé qu’une procédure disciplinaire diligentée par l’AIPN devait être considérée comme étant substantiellement viciée dès lors que cette procédure avait été ouverte sans qu’une enquête administrative préalable ait été menée, sans que PV ait été préalablement entendu et sans qu’un rapport d’enquête ait été dûment établi à l’issue d’une telle enquête.
26 Le 24 juillet 2017, l’AIPN a retiré la première décision de révocation (ci-après la « décision de retrait ») et lui a fait part de sa réintégration à compter du 16 septembre 2017. Le 9 août 2017, PV a été informé, par une lettre de la DG « Ressources humaines et sécurité » de la Commission, qu’il serait réaffecté le 18 septembre 2017 au sein de l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de cette institution.
27 Le 20 août 2017, PV a fait part de son refus de rejoindre sa nouvelle affectation.
28 Le 14 septembre 2017, PV a introduit une réclamation enregistrée sous la référence R/413/17 contre la décision de retrait. En particulier, il a contesté sa réintégration au sein de la DG « Interprétation » de la Commission, dans l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » et non dans l’unité « Gestion budgétaire et financière » de celle-ci, où il exerçait ses fonctions auparavant, « à la suite du harcèlement subi et pour cause d’un autre engagement de travail depuis [le mois de] juillet 2017, pour échapper au chômage provoqué par la Commission ». Cette réclamation a été rejetée par décision de l’AIPN du 15 janvier 2018.
29 Le 13 octobre 2017, le directeur général de la DG « Interprétation » de la Commission a informé PV qu’il était considéré en absence irrégulière depuis le 18 septembre 2017, que les dix jours de congés auxquels il avait droit avaient été utilisés pour couvrir ces absences pour la période allant du 18 au 29 septembre 2017 et que son salaire serait suspendu à partir du 1er octobre 2017, et ce tant que perdurerait cette situation d’absence irrégulière.
30 À la suite de l’enquête administrative menée par l’Office d’investigation et de discipline (IDOC), portant sur des allégations de comportements inappropriés, d’insubordination, d’absences irrégulières à partir de l’année 2013 ainsi que d’absences irrégulières constatées à partir du 18 septembre 2017, l’AIPN a, le 18 juillet 2018, décidé d’ouvrir la procédure disciplinaire CMS 17/025 (ci-après la « procédure disciplinaire CMS 17/025 »).
31 Le 12 août 2019, PV a introduit une demande d’assistance enregistrée sous la référence D/456/19, pour des faits de harcèlement moral entre le mois de juillet 2013 et le mois de mai 2014 de la part de sa cheffe d’unité et de l’adjointe de cette dernière. Le 12 décembre 2019, cette demande a été rejetée par l’AIPN. Le 12 février 2020, PV a introduit une réclamation enregistrée sous la référence R/71/20 (ci-après la « réclamation R/71/20 ») contre la décision de rejet de sa demande d’assistance enregistrée sous la référence D/456/19. Le 20 mai 2020, l’AIPN a rejeté cette réclamation.
32 Le 23 septembre 2019, PV a déposé une réclamation enregistrée sous la référence R/519/19 contre onze décisions de retenues sur salaire adoptées entre le mois de mai 2015 et le mois de juillet 2016, en arguant de l’apposition d’une fausse signature sur la décision du 15 septembre 2016. Par décision du 22 janvier 2020, l’AIPN a rejeté cette réclamation (ci-après la « décision de rejet de la réclamation R/519/19 »).
33 Le 30 septembre 2019, PV a déposé une réclamation enregistrée sous la référence R/537/19 (ci-après la « réclamation R/537/19 ») concernant le refus, d’une part, de lui transmettre trois lettres de dettes pour un montant de 21 593,64 euros et, d’autre part, de justifier des prélèvements de cotisations au régime de pension des institutions de l’Union européenne (RPIUE) et au régime d’assurance maladie commun aux institutions des Communautés européennes (RCAM). Par décision du 29 janvier 2020, l’AIPN a rejeté cette réclamation (ci-après la « décision de rejet de la réclamation R/537/19 »).
34 Le 21 octobre 2019, l’AIPN a révoqué PV de ses fonctions, sans réduction pro tempore de ses droits à pension d’ancienneté en application de l’article 9, paragraphe 1, sous h), de l’annexe IX du statut (ci-après la « seconde décision de révocation »). Cette décision, adoptée à la suite de la procédure disciplinaire CMS 17/025 et de l’avis motivé du conseil de discipline rendu le 28 mai 2019, est entrée en vigueur le 1er novembre 2019.
35 Le 25 novembre 2019, PV a déposé une réclamation enregistrée sous la référence R/630/19 (ci-après la « réclamation R/630/19 ») contre la seconde décision de révocation. Le 25 mars 2020, l’AIPN a rejeté cette réclamation.
36 Par arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17), le Tribunal a rejeté les deux recours introduits au titre de l’article 270 TFUE par PV, tendant à l’annulation de plusieurs actes adoptés à son égard entre l’année 2014 et l’année 2018 et à la réparation des préjudices moral et matériel prétendument subis du fait de ces actes. La demande de révision de cet arrêt introduite par PV a été rejetée par l’ordonnance du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52). Le pourvoi contre ledit arrêt a été rejeté par la Cour par l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232).
La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué
37 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 21 décembre 2020, PV a introduit un recours tendant, d’une part, à l’annulation des décisions visées au point 1 du présent arrêt et, d’autre part, à la condamnation de la Commission au paiement de la somme de 146 000 euros et de la somme de 359 481,29 euros en réparation, respectivement, des préjudices moral et matériel prétendument subis.
38 À l’appui de ce recours, PV a invoqué dix moyens tirés, en substance, premièrement, de la violation de plusieurs articles de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte ») ainsi que de l’article 1er sexies et de l’article 12 bis du statut, deuxièmement, de la violation de l’article 50 de la Charte, de l’article 9, paragraphe 3, de l’annexe IX du statut et du principe ne bis in idem, troisièmement, de la violation du principe de l’exception d’inexécution et du principe de légalité, quatrièmement, de la violation de l’article 48, paragraphe 1, de la Charte, de l’article 3, paragraphe 2, de la décision C(2019) 4231 final de la Commission, du 12 juin 2019, portant fixation des dispositions générales d’exécution concernant la conduite des enquêtes administratives et des procédures disciplinaires, ainsi que de la violation du principe de présomption d’innocence et de ses droits de la défense, cinquièmement, de l’absence d’établissement des faits dans le cadre de la procédure disciplinaire résultant de la « saisie pénale » du dossier disciplinaire, sixièmement, de la violation de l’article 15 de la Charte, septièmement, de la violation de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte, du principe d’impartialité et du principe d’égalité des armes, huitièmement, de la violation de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte en raison d’un dépassement du délai raisonnable de la procédure disciplinaire, neuvièmement, de la violation du principe fraus omnia corrumpit, de l’article 41, paragraphe 1, de la Charte et du principe de bonne administration, ainsi que, dixièmement, de la violation du principe fraus omina corrumpit, du principe de légalité et du principe de sécurité juridique. Au stade de la réplique, PV a soulevé un moyen tiré de la violation des principes de non-rétroactivité des décisions administratives et de sécurité juridique.
39 Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté ledit recours.
40 Le Tribunal a, en premier lieu, aux points 42 à 58 de cet arrêt, rejeté comme étant irrecevable, au titre des articles 84 et 85 du règlement de procédure du Tribunal, le document complémentaire déposé par PV le 30 juillet 2021, visant à communiquer au Tribunal un rapport d’expertise graphologique portant sur l’authenticité de la signature de la directrice générale de la DG « Interprétation » de la Commission apposée sur la décision du 15 septembre 2016 (ci-après le « document complémentaire »). Le Tribunal a en effet considéré que les arguments et les nouvelles conclusions indemnitaires présentés dans ce document complémentaire ainsi que la nouvelle offre de preuve que constituait le rapport d’expertise graphologique étaient tardifs, puisqu’ils étaient produits après le second échange de mémoires.
41 Le Tribunal a, en deuxième lieu, aux points 64 à 119 de cet arrêt, rejeté comme étant irrecevables les conclusions visant l’annulation de onze décisions relatives aux absences injustifiées, de la décision de rejet de la réclamation R/519/19, de la lettre du 21 septembre 2016 ainsi que de la décision de rejet de la réclamation R/537/19.
42 Le Tribunal a, en troisième lieu, aux points 124 à 423 dudit arrêt, rejeté les moyens du recours.
43 À cette fin, le Tribunal a, en particulier, considéré, au point 122 du même arrêt, qu’il n’y avait pas lieu d’examiner le dixième moyen, dès lors que celui-ci a été invoqué à l’appui d’un chef de conclusions déclaré irrecevable.
44 Le Tribunal a, au point 143 de l’arrêt attaqué, rejeté le deuxième moyen tiré d’une violation du principe ne bis in idem, après avoir constaté, au point 139 de cet arrêt, que la seconde décision de révocation ne s’était pas ajoutée à la première décision de révocation.
45 Aux points 166 à 181 dudit arrêt, le Tribunal a considéré que l’opinion exprimée par l’AIPN sur la culpabilité de PV dans son rapport au conseil de discipline ne permettait pas de constater une violation du principe de présomption d’innocence invoqué dans le cadre du quatrième moyen.
46 Aux points 201 à 234 du même arrêt, le Tribunal a jugé que la seconde décision de révocation n’était pas entachée d’un défaut d’impartialité du fait de la composition de l’AIPN ayant adopté cette décision.
47 Aux points 250 à 283 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a constaté que la procédure disciplinaire CMS 17/025 ne s’était pas déroulée dans des délais déraisonnables et que le huitième moyen devait être écarté.
48 Aux points 293 et 296 de cet arrêt, le Tribunal a jugé, d’une part, que la décision de retrait ne violait ni le principe de protection de la confiance légitime ni le principe de sécurité juridique et, d’autre part, que l’AIPN n’avait pas commis d’erreur de droit en constatant que PV se trouvait en situation d’absence irrégulière à partir du 18 septembre 2017.
49 Au point 360 dudit arrêt, le Tribunal a constaté que les faits de harcèlement moral allégués par PV n’avaient pas été établis à suffisance.
50 S’agissant du sixième moyen, le Tribunal a jugé, en substance, aux points 411 et 412 du même arrêt, que la réintégration de PV à la suite de la décision de retrait n’avait fait que le rétablir dans ses droits et ses attributions, de sorte qu’elle ne pouvait être qualifiée de nouvelle relation de travail. Contrairement à ce que PV soutenait, l’expression de son consentement à cette relation de travail, au titre de l’article 15 de la Charte, n’était dès lors pas requise.
51 Le Tribunal a, en quatrième lieu, aux points 428 à 437 de l’arrêt attaqué, rejeté les conclusions indemnitaires de PV. Le Tribunal a jugé, d’une part, que ces conclusions devaient être rejetées car étroitement liées aux conclusions en annulation, elles-mêmes rejetées. D’autre part, le Tribunal a rejeté la demande indemnitaire portant sur le préjudice causé par la violation du règlement (CE) no 45/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 18 décembre 2000, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les institutions et organes communautaires et à la libre circulation de ces données (JO 2001, L 8, p. 1), en jugeant que les conditions d’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union n’étaient pas réunies.
Les conclusions des parties
52 Par son pourvoi, PV demande à la Cour :
– d’annuler l’arrêt attaqué ;
– de statuer sur le litige, et
– de condamner la Commission aux dépens des deux instances.
53 La Commission demande à la Cour :
– de rejeter le pourvoi et
– de condamner PV aux dépens.
Sur le pourvoi
54 PV invoque douze moyens au soutien de son pourvoi.
Sur le premier moyen
Argumentation des parties
55 Par son premier moyen, PV avance, en premier lieu, que le Tribunal a omis de faire état, aux points 2 à 14 de l’arrêt attaqué, de sa nouvelle relation de travail avec un autre employeur à partir du 26 juin 2017 ainsi que de relever sa décision du 14 septembre 2017 de ne pas réintégrer l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de la DG « Interprétation » de la Commission. En effet, selon PV, aucun manquement aux obligations statutaires ne pouvait lui être reproché dans le cadre de la procédure disciplinaire CMS 17/025, dès lors qu’il n’était plus en relation de travail avec la Commission. En outre, la décision de retrait indiquait qu’elle prenait effet à compter du 16 septembre 2017.
56 En second lieu, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en considérant que la décision de retrait avait produit un effet ex tunc, alors que la nouvelle relation de travail de PV avec un autre employeur était effective à partir du 26 juin 2017. PV n’aurait plus été en relation de travail avec la Commission en l’absence d’un acte signé entre les parties à la date du 16 septembre 2017 ainsi que l’exigerait l’article 3 du statut.
57 En outre, le Tribunal aurait commis une violation des principes de protection de la confiance légitime, de sécurité juridique et de non‑rétroactivité des décisions administratives. L’absence de compensation de tous les effets négatifs de la première décision de révocation serait constitutive d’une violation de ces deux premiers principes, et le Tribunal aurait cité, au point 287 de l’arrêt attaqué, une jurisprudence non pertinente. Le Tribunal aurait ainsi procédé à une « dénaturation par transformation » au point 289 de cet arrêt et omis d’expliquer, au point 292 dudit arrêt, pourquoi la décision de retrait lui était favorable.
58 PV considère que, du fait de la décision de retrait, les conséquences financières quant aux 217 jours d’absence auraient dû être annulées. À cet égard, il soutient que le Tribunal a commis une « dénaturation par transformation » au point 18 de l’arrêt attaqué.
59 La Commission estime que le premier moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
60 En premier lieu, il ressort des points 19 et 284 de l’arrêt attaqué que le Tribunal n’a pas omis de considérer que PV avait contesté sa réintégration au sein de la DG « Interprétation » de la Commission, dans l’unité « Systèmes informatiques et de conférence » de celle-ci, ainsi que l’existence de sa nouvelle relation de travail avec un autre employeur à partir du 26 juin 2017. Les dénaturations alléguées par PV s’agissant de ces points sont donc non fondées.
61 En second lieu, pour autant que le premier moyen vise à faire constater que le Tribunal aurait dû annuler la seconde décision de révocation en raison de l’absence de relation de travail entre PV et la Commission à la date d’adoption de cette décision, force est de constater que, à la date d’ouverture de la procédure disciplinaire CMS 17/025 par l’AIPN et à celle de l’adoption de la seconde décision de révocation, PV était fonctionnaire de la Commission.
62 Or, ainsi que la Cour l’a déjà précisé au point 216 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), dès lors que le retrait d’un acte implique la disparition des effets de cet acte, c’est à bon droit que le Tribunal a pu considérer que, à la suite du retrait de la première décision de révocation, PV était « un fonctionnaire à part entière avec les droits et les obligations inhérentes à ce statut ».
63 En outre, ainsi que la Cour l’a déjà jugé au point 207 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), le caractère irrégulier des absences reprochées à PV ne constituait pas l’un des effets de la première décision de révocation, laquelle a été retirée le 24 juillet 2017. Dès lors, contrairement à ce que soutient PV, le retrait de cette décision ne saurait avoir pour effet de justifier ces absences.
64 Partant, contrairement à ce que PV allègue et ainsi que le Tribunal l’a relevé aux points 412 à 414 de l’arrêt attaqué, la réintégration de PV a rétabli celui-ci dans ses droits et ses attributions. Le Tribunal a donc, à bon droit, considéré que cette réintégration ne pouvait pas être qualifiée de nouvelle relation de travail et que PV n’était pas tenu d’exprimer son consentement à la reprise de sa relation de travail avec la Commission.
65 Ces considérations ne sont aucunement en contradiction avec les principes de protection de la confiance légitime, de sécurité juridique et de non-rétroactivité. Par ailleurs, PV n’avance pas, dans le cadre du premier moyen, d’argumentation juridique permettant de remettre en cause les points 292 et 293 de l’arrêt attaqué. En particulier, ayant notamment constaté, au point 291 de cet arrêt, que la première décision de révocation constituait un acte administratif faisant grief à PV et, au point 292 dudit arrêt, que PV avait lui-même sollicité le retrait de cette décision, PV ne saurait exiger que le Tribunal motive davantage l’affirmation selon laquelle la décision de réintégration lui est plus favorable que la décision retirée.
66 Il s’ensuit que les arguments avancés par PV ne permettent pas de remettre en cause l’affirmation par le Tribunal que, à la suite de la décision de retrait, PV était encore un « fonctionnaire à part entière » ni, partant, de démontrer que la Commission n’avait pas un intérêt à agir en ouvrant la procédure disciplinaire CMS 17/025.
67 Le premier moyen doit donc être écarté comme étant non fondé.
Sur le deuxième moyen
Argumentation des parties
68 Par son deuxième moyen, PV soutient, en premier lieu, que Tribunal a, aux points 6 et 7 de l’arrêt attaqué, commis des « dénaturations par omission » en s’abstenant de relever que PV avait refusé un changement d’affectation et avait justifié ses absences, qui auraient été, selon lui, liées au harcèlement moral qu’il aurait subi sur son lieu de travail.
69 En deuxième lieu, le Tribunal aurait commis des erreurs de droits dans l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17).
70 En troisième lieu, PV conteste le point 396 de l’arrêt attaqué, en invoquant en particulier la dénaturation d’un procès-verbal dont il s’est prévalu devant le Tribunal. En effet, le Tribunal aurait considéré à ce point 396 que la preuve de la « saisie pénale » du dossier disciplinaire relevant de la procédure disciplinaire CMS 17/025 par un juge d’instruction belge était une copie d’un procès-verbal d’audition de PV qui retranscrivait ses propres déclarations à l’occasion de la remise volontaire des documents, qui n’était donc pas de nature à démontrer l’existence d’une condamnation pénale pour faux en écritures devant les juridictions belges. Or, selon PV, il ressort de ce procès-verbal que le juge d’instruction belge aurait « saisi pénalement » ce dossier disciplinaire.
71 En quatrième lieu, PV considère que, en cas de maladie attestée par des certificats médicaux, il convient d’appliquer l’article 59 du statut, et non l’article 60 de celui-ci. PV affirme à cet égard avoir remis à la Commission seize certificats d’incapacité de travail, ce que cette institution n’aurait jamais contesté.
72 La Commission estime que le deuxième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
73 Il convient de rappeler qu’il résulte de l’article 256 TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le pourvoi est limité aux questions de droit. Le Tribunal est, dès lors, seul compétent pour constater et apprécier les faits pertinents ainsi que pour apprécier les éléments de preuve. L’appréciation de ces faits et de ces éléments de preuve ne constitue donc pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans le cadre d’un pourvoi (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 77).
74 Une telle dénaturation existe lorsque, sans avoir recours à de nouveaux éléments de preuve, l’appréciation des éléments de preuve existants apparaît manifestement erronée. Toutefois, cette dénaturation doit ressortir de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves. Par ailleurs, lorsqu’un requérant allègue une dénaturation d’éléments de preuve par le Tribunal, il doit indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 78).
75 En outre, il résulte de l’article 256 TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, de l’article 168, paragraphe 1, sous d), et de l’article 169 du règlement de procédure de la Cour qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de l’arrêt dont l’annulation est demandée ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande, sous peine d’irrecevabilité du pourvoi ou du moyen concerné (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 199).
76 Ainsi, ne répond pas à ces exigences et doit être déclaré irrecevable un moyen dont l’argumentation n’est pas suffisamment claire et précise pour permettre à la Cour d’exercer son contrôle de légalité, notamment parce que les éléments essentiels sur lesquels le moyen s’appuie ne ressortent pas de façon suffisamment cohérente et compréhensible du texte de ce pourvoi, qui est formulé de manière obscure et ambiguë à cet égard (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 200).
77 S’agissant, premièrement, des arguments de PV relatifs aux dénaturations commises par le Tribunal aux points 6 et 7 de l’arrêt attaqué, au manque d’indépendance du service médical de la Commission et au déni de harcèlement moral, il y a lieu de relever qu’ils visent en réalité à ce que la Cour procède à une nouvelle appréciation des faits et qu’ils doivent donc être écartés comme étant irrecevables.
78 En ce qui concerne, deuxièmement, les arguments visant l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17), il y a lieu de relever que le présent pourvoi ne porte pas sur cet arrêt et que celui-ci a fait l’objet d’un pourvoi rejeté par l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232). En outre, PV n’explique pas en quoi ces arguments seraient pertinents dans le cadre du présent pourvoi, y compris en ce qui concerne les points 373 à 380 de l’arrêt attaqué ayant trait à des allégations de PV avancées en première instance relatives à l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17). Lesdits arguments sont, par conséquent, irrecevables.
79 Troisièmement, quant à l’argumentation de PV relative à la dénaturation du procès-verbal dont il s’était prévalu devant le Tribunal, il y a lieu de considérer qu’elle est irrecevable dès lors que PV ne démontre pas en quoi une telle dénaturation aurait une incidence sur le raisonnement tenu par le Tribunal et serait susceptible d’emporter l’annulation de l’arrêt attaqué.
80 Quatrièmement, l’argument relatif à l’applicabilité de l’article 60 du statut doit être considéré comme étant irrecevable conformément à la jurisprudence rappelée aux points 75 et 76 du présent arrêt, PV ne précisant pas les motifs de l’arrêt attaqué qu’il conteste avec la précision et la clarté nécessaires à leur contrôle juridictionnel.
81 Il s’ensuit que le deuxième moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.
Sur le troisième moyen
Argumentation des parties
82 Par son troisième moyen, PV avance, en premier lieu, que le Tribunal a, au point 304 de l’arrêt attaqué, violé l’article 41, paragraphe 2, de la Charte, en ne prenant pas en considération le point 36 de l’arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI (C‑173/22 P, EU:C:2023:932), alors que, s’il avait été entendu, le résultat de la réclamation R/630/19 et celui de la réclamation R/71/20 eûrent pu être différents.
83 En deuxième lieu, PV allègue avoir subi un harcèlement moral.
84 Premièrement, le Tribunal aurait commis une « dénaturation par omission » en ne relevant pas la mise à la retraite anticipée d’une personne prétendument impliquée dans son harcèlement moral, alors que ce fait démontrerait le bien-fondé de sa plainte pour harcèlement moral.
85 Deuxièmement, le Tribunal aurait omis de relever, aux points 326 et 327 de l’arrêt attaqué, que le harcèlement moral avait été confirmé le 30 septembre 2011 par un médecin interne à la Commission, ainsi qu’il ressort de la requête introductive d’instance ayant donné lieu à l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17), et que les appréciations d’experts médicaux étaient basées sur un test effectué par le service médical de la Commission.
86 Troisièmement, PV conteste les points 332 à 341 de l’arrêt attaqué en ce que le médecin interne à la Commission n’était pas indépendant.
87 Quatrièmement, les appréciations figurant aux points 342 à 346 de cet arrêt seraient également dénuées de fondement dès lors que PV aurait été en incapacité de travail du 8 mai 2014 au 31 juillet 2016. En outre, au vu de la remise de certificats d’incapacité de travail, le Tribunal aurait, au point 347 dudit arrêt, commis une erreur de droit en en jugeant correcte l’application de l’article 60 du statut.
88 Cinquièmement, le Tribunal aurait, aux points 348 à 352 du même arrêt, ignoré la remise de notes de défense, lesquelles ressortiraient du dossier de l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 30 janvier 2020, PV/Commission (T‑786/16 et T‑224/18, EU:T:2020:17).
89 Sixièmement, le Tribunal aurait, aux points 353 à 357 de l’arrêt attaqué, commis une erreur de droit en considérant que les 217 jours d’absence étaient irréguliers nonobstant le retrait de la première décision de révocation.
90 Septièmement, le Tribunal aurait, aux points 358 et 359 de cet arrêt, erronément reproché à PV un comportement inapproprié qui aurait été à l’origine de la dégradation de l’atmosphère au travail, puisque plusieurs témoignages démontreraient, au contraire, que sa plainte pour harcèlement moral était fondée. Il invoque enfin plusieurs éléments d’ordre factuel, dont un témoignage, qui démontreraient le bien-fondé de ses prétentions.
91 La Commission estime que le troisième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
92 En premier lieu, force est de constater que, dans son argumentation, PV n’apporte aucun élément tendant à démontrer une violation des droits de la défense. En effet, il n’établit pas que les considérations figurant aux points 304 à 305 de l’arrêt attaqué, par lesquelles le Tribunal relève qu’il a été entendu avant que la décision de rejet de la réclamation R/630/19 et de celle de la réclamation R/71/20 n’aient été adoptées et que ses droits de la défense ont été respectés, sont erronées en droit.
93 Partant, PV ne saurait utilement invoquer le point 36 de l’arrêt du 30 novembre 2023, MG/BEI (C‑173/22 P, EU:C:2023:932), aux termes duquel une violation des droits de la défense, en particulier du droit d’être entendu, n’entraîne l’annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l’absence de cette irrégularité, cette procédure aurait pu aboutir à un résultat différent.
94 L’argumentation tirée d’une erreur de droit commise par le Tribunal au point 304 de l’arrêt attaqué est ainsi inopérante.
95 En second lieu, quant aux arguments relatifs au harcèlement moral que PV allègue avoir subi, il convient de considérer qu’une partie d’entre eux est irrecevable au stade du pourvoi, en application de la jurisprudence rappelée aux points 73 et 74 du présent arrêt. En effet, ces arguments sont fondés sur des éléments factuels à l’égard desquels aucune dénaturation n’a été établie. Doivent dès lors être considérés comme étant irrecevables, premièrement, l’argument de PV selon lequel une personne prétendument impliquée dans son harcèlement moral aurait été mise à la retraite de manière anticipée, deuxièmement, les arguments visant les points 332 à 341 de l’arrêt attaqué et, troisièmement, ceux visant les points 358 et 359 de cet arrêt.
96 Troisièmement, les arguments visant les points 342 à 347 de l’arrêt attaqué reposent sur la prémisse non étayée selon laquelle PV était en incapacité de travail, laquelle aurait justifié ses absences.
97 Quatrièmement, l’argument visant les points 348 à 352 de cet arrêt se fonde sur des allégations avancées dans le cadre d’une autre affaire devant le Tribunal. Il ne saurait donc, en tant que tel, être considéré comme étant recevable.
98 Cinquièmement, l’argumentation visant les points 353 à 357 de l’arrêt attaqué se fonde sur la prémisse selon laquelle, à la suite de la décision de retrait, les 217 jours d’absence de PV devraient être considérés comme étant réguliers. Or, il ressort du point 63 du présent arrêt, qui s’appuie sur le point 207 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), que cette prémisse est erronée.
99 Il s’ensuit que le troisième moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable, en partie, inopérant et, en partie, non fondé.
Sur le quatrième moyen
Argumentation des parties
100 Par son quatrième moyen, PV conteste, en premier lieu, l’arrêt attaqué en ce que le Tribunal a jugé, s’agissant du document complémentaire mentionné au point 40 du présent arrêt, que l’offre de preuve d’un acte frauduleux est soumise à un délai de forclusion. Selon PV, la tardivité du dépôt de ce document est la conséquence du dysfonctionnement et de l’inactivité du parquet de Bruxelles (Belgique), et est, dès lors, justifiée au regard de l’article 85 du règlement de procédure du Tribunal. En outre, le Tribunal aurait fait abstraction de l’article 86, de l’article 91, sous e), et de l’article 96 du règlement de procédure du Tribunal.
101 En deuxième lieu, PV fait valoir que le Tribunal a commis plusieurs erreurs de droit en considérant, aux points 64 à 94 de l’arrêt attaqué, que son recours était irrecevable en tant qu’il visait la décision de rejet de la réclamation R/519/19.
102 À cet égard, PV avance, tout d’abord, que cette réclamation faisait état d’un fait nouveau et substantiel par rapport à la réclamation R/556/16, à savoir la « saisie pénale » de la décision du 15 septembre 2016 pour utilisation d’une fausse signature. Cette utilisation constituerait un acte frauduleux dont la contestation ne serait soumise à aucun délai de forclusion et qui devrait être sanctionné pénalement, de sorte que l’absence de sanction constituerait une violation des articles 21 bis et 23 du statut.
103 Ensuite, au point 78 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait commis une violation des articles 67 et 72 TUE en refusant de reconnaître que l’événement visait à ce point 78, à savoir l’audition de la directrice générale de la DG « Interprétation » de la Commission, en tant que suspect de faux en écritures publiques, était une décision définitive d’une juridiction belge quant à la nature et au bien-fondé des accusations formulées par PV. En outre, le refus d’auditionner des témoins constituerait une violation de la part de la Commission de son devoir de coopération loyale avec le Royaume de Belgique.
104 Enfin, le point 93 de cet arrêt, selon lequel PV n’a pas démontré que la décision du 15 septembre 2016 était viciée par une quelconque irrégularité, serait entaché d’une erreur de droit, dès lors que l’utilisation, dans cette décision, d’une fausse signature aurait visé à contourner les procédures internes et les règles en matière de délégation de pouvoir de l’AIPN en violation de l’article 2 du statut.
105 En troisième lieu, PV conteste les points 387 et 390 de l’arrêt attaqué et invoque plusieurs éléments d’ordre factuel afin d’établir le caractère frauduleux de l’utilisation d’une fausse signature dans la décision du 15 septembre 2016.
106 La Commission estime que le quatrième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
107 En ce qui concerne, premièrement, l’allégation de PV selon laquelle la preuve du caractère frauduleux d’un acte n’est soumise à aucun délai de forclusion, il y a lieu de rappeler que l’article 85 du règlement de procédure du Tribunal prévoit, à son paragraphe 1, une règle de forclusion assortie, à ses paragraphes 2 et 3, respectivement, d’une dérogation et d’une exception, lesquelles régissent les délais dans lesquels les parties communiquent au Tribunal et entre elles leurs preuves et offres de preuve à l’appui des thèses défendues, tout en leur permettant respectivement de préparer et de présenter des argumentations adverses (voir, en ce sens, arrêt du 23 novembre 2023, Ryanair et Airport Marketing Services, C‑758/21 P, EU:C:2023:917, points 41 à 43).
108 Or, contrairement à ce que soutient PV, le Tribunal a correctement considéré que ces dispositions sont applicables alors même que PV allègue que la décision du 15 septembre 2016 est un acte frauduleux.
109 En ce qui concerne les justifications alléguées par PV concernant la tardivité du dépôt du document complémentaire, il y a lieu de constater que PV se limite à invoquer certains événements pour justifier cette tardivité, sans toutefois établir que le Tribunal a dénaturé les constats d’ordre factuel opérés au point 55 de l’arrêt attaqué. L’argumentation de PV relative à ladite tardivité est donc irrecevable, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 73 et 74 de l’arrêt attaqué.
110 À supposer que par la référence à l’article 86, à l’article 91, sous e), et à l’article 96 du règlement de procédure du Tribunal, PV reproche à celui‑ci de n’avoir pas fait application de ces dispositions, il y a lieu de considérer, en ce qui concerne l’article 86 de ce règlement, qu’il n’est pas pertinent dès lors que PV ne fait état d’aucun remplacement ou d’aucune modification d’un acte, dont l’annulation est demandée, qui aurait justifié son application. S’agissant de l’article 91, sous e), et de l’article 96 dudit règlement, relatifs aux expertises, le Tribunal est seul juge de la nécessité éventuelle de compléter les éléments d’information dont il dispose sur les affaires dont il est saisi. Partant, PV ne saurait utilement avancer, au stade du présent pourvoi, que le Tribunal n’a pas ordonné une expertise (voir, par analogie, arrêt du 12 décembre 2024, DD/FRA, C‑680/22 P, EU:C:2024:1019, point 26). Cette argumentation n’est donc pas fondée.
111 S’agissant, deuxièmement, de l’argumentation relative à la recevabilité des conclusions visant la décision de rejet de la réclamation R/519/19, force est de constater, tout d’abord, que PV fait valoir, y compris en contestant les points 93, 387 et 390 de l’arrêt attaqué, que l’utilisation d’une fausse signature dans la décision du 15 septembre 2016 aurait certaines conséquences juridiques et poursuivrait une finalité frauduleuse, mais reste en défaut de démontrer que le Tribunal a commis une erreur de droit, aux points 92, 93 et 387 de l’arrêt attaqué, en considérant que l’existence de cette fausse signature n’était pas établie.
112 Les arguments reposant sur la prémisse qu’une telle existence est avérée sont donc inopérants.
113 Ensuite, au point 78 de l’arrêt attaqué, le Tribunal n’a pas affirmé qu’une ordonnance d’audition adoptée par une juridiction d’un État membre n’était pas une décision judiciaire. Il a seulement relevé, et ce à juste titre, qu’une telle ordonnance constituait une étape procédurale d’une instruction pénale. En outre, le Tribunal a constaté qu’il n’existait aucune décision définitive adoptée par une juridiction belge quant à la nature et au bien-fondé des accusations de faux en écritures publiques formulées par PV.
114 L’argumentation de PV qui vise ce point 78 repose ainsi sur une lecture erronée de l’arrêt attaqué et doit donc être écartée comme étant non fondée.
115 En ce qui concerne, enfin, l’argumentation avancée au soutien du grief pris de la violation du principe de coopération loyale en ce que l’ancien secrétaire général de la Commission se serait opposé à l’audition d’une personne ayant pris part à l’adoption de certains actes litigieux, il y a lieu de constater qu’elle ne comporte pas d’indications précises permettant d’identifier les points de l’arrêt attaqué qui seraient éventuellement entachés d’une erreur de droit. Elle doit, dès lors, être déclarée irrecevable conformément à la jurisprudence rappelée aux points 75 et 76 du présent arrêt.
116 Le quatrième moyen doit donc être écarté comme étant, en partie, non fondé, en partie, inopérant et, en partie, irrecevable.
Sur le cinquième moyen
Argumentation des parties
117 Par son cinquième moyen, PV critique les points 95 à 119 de l’arrêt attaqué relatifs à la recevabilité du chef de conclusion tendant à l’annulation de la lettre du 21 septembre 2016 et de la décision de rejet de la réclamation R/537/19.
118 En premier lieu, le Tribunal aurait commis, au point 99 de l’arrêt attaqué, une « dénaturation par transformation » de cette décision en considérant que l’objet de la réclamation R/537/19 est double, alors que ce double objet ne ressort pas de la décision de rejet de la réclamation R/537/19. En outre, PV fait valoir, en renvoyant aux arguments exposés dans le cadre de son quatrième moyen, que la lettre du 21 septembre 2016 constitue une violation du principe fraus omnia corrompit dans la mesure où elle se fonde sur la décision du 15 septembre 2016 qui comporte une fausse signature. Selon lui, aucun délai de forclusion ne peut être opposé aux réclamations faisant suite à des actions frauduleuses, dès lors que des actes entachés de fraude devraient être considérés comme étant inexistants.
119 En deuxième lieu, PV avance que la réclamation R/537/19 faisait état du même fait nouveau et substantiel qu’il avait invoqué dans le cadre du quatrième moyen s’agissant de la réclamation enregistrée sous la référence R/519/19.
120 En troisième lieu, PV soutient que le Tribunal a à tort considéré, aux points 113 à 119 de l’arrêt attaqué, que la réclamation R/537/19 était en partie prématurée et dès lors irrecevable en vertu de l’article 91, paragraphe 2, du statut. En effet, la lettre du 21 septembre 2016 comportait un décompte duquel il ressortait que la condition de dix années de service prévue à l’article 77 du statut n’était pas remplie.
121 En quatrième lieu, PV relève que plusieurs éléments démontrent que la suppression de la pension d’ancienneté était la conséquence de « malversations dolosives » de la part de la Commission. En particulier, le Tribunal aurait violé l’article 25, paragraphe 2, du statut, et aurait erronément refusé, au point 91 de l’arrêt attaqué, d’appliquer l’arrêt du 6 février 2018, Altun e.a. (C‑359/16, EU:C:2018:63).
122 En cinquième lieu, le Tribunal aurait écarté le dixième moyen du recours sans aucune motivation.
123 La Commission soutient que le cinquième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
124 Premièrement, l’allégation de PV relative au point 99 de l’arrêt attaqué est inopérante, dès lors que le fait que le Tribunal ait constaté que la réclamation R/537/19 avait un double objet, en ce qu’elle portait, d’une part, sur la lettre du 21 septembre 2016 et, d’autre part, sur le calcul des droits à pension d’ancienneté de PV par le PMO, alors que la décision de rejet de la réclamation R/537/19 n’aurait pas opéré de distinction quant à l’objet de cette réclamation, n’est aucunement susceptible d’entrainer l’annulation de cet arrêt.
125 Il en va de même de l’allégation selon laquelle la lettre du 21 septembre 2016 constitue une violation du principe fraus omnia corrompit, dès lors que cette allégation se fonde sur l’existence prétendue d’une fausse signature apposée sur la décision du 15 septembre 2016, comme relevé au point 111 du présent arrêt, qui n’a pas été prouvée.
126 Deuxièmement, PV se borne à affirmer que la réclamation R/537/19 contenait un fait nouveau et substantiel, sans toutefois démontrer que le Tribunal a, à tort, aux points 109 à 112 de l’arrêt attaqué, jugé que l’existence d’un fait nouveau et substantiel permettant de justifier la présentation d’une nouvelle réclamation tendant au réexamen de la décision de rejet de la réclamation R/556/16 devenue définitive n’avait pas été prouvée par PV. Cette allégation est donc non fondée.
127 Troisièmement, il convient de rappeler que, ne répond pas à l’exigence rappelée au point 75 du présent arrêt, le pourvoi qui, sans même comporter une argumentation visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont seraient entachés l’arrêt ou l’ordonnance attaqués, se limite à reproduire les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant le Tribunal. En effet, un tel pourvoi constitue en réalité une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour (voir, en ce sens, arrêts du 4 juillet 2000, Bergaderm et Goupil/Commission, C‑352/98 P, EU:C:2000:361, point 35, ainsi que du 5 septembre 2024, SE/Commission, C‑309/23 P, EU:C:2024:693, point 65).
128 Or, PV n’allègue pas que le Tribunal a, à tort, considéré, au point 99 de l’arrêt attaqué, que la réclamation R/537/19 visait, en partie, à contester le calcul de ses droits à pension d’ancienneté. Il ne démontre pas non plus que, contrairement à ce que le Tribunal a considéré au point 117 de cet arrêt, une décision sur ce calcul avait été déjà prise au moment de l’introduction de cette réclamation. Partant, tout en avançant des arguments visant à remettre en cause les points 113 à 119 de l’arrêt attaqué, ces arguments ne se rapportent spécifiquement à aucun des motifs ayant amené le Tribunal à considérer que les conclusions visant la décision de rejet de la réclamation R/537/19, en ce qu’elle a pour objet le calcul des droits à pension d’ancienneté de PV, étaient irrecevables. Lesdits arguments, qui visent en réalité à ce que la Cour procède à un réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, sont donc irrecevables.
129 Quatrièmement, l’argumentation de PV par laquelle celui-ci soutient que plusieurs éléments démontrent que la suppression de la pension d’ancienneté était la conséquence de « malversations dolosives » de la part de la Commission se fonde sur la prémisse qu’une telle suppression a eu lieu, sans qu’elle ait été démontrée. Partant, cette argumentation est inopérante.
130 Cinquièmement, le Tribunal a, au point 122 de l’arrêt attaqué, jugé que, étant donné que l’argumentation soutenant le dixième moyen tendait exclusivement à l’annulation de la décision de rejet de la réclamation R/537/19, il n’y avait pas lieu de l’examiner, dans la mesure où les conclusions dirigées contre cette décision ont été déclarées irrecevables, ainsi que cela ressort des points 101 à 119 de cet arrêt.
131 Par conséquent, l’allégation selon laquelle le Tribunal aurait écarté le dixième moyen sans aucune motivation est non fondée, dès lors que le Tribunal n’avait aucune obligation de répondre sur le fond à un moyen déclaré irrecevable.
132 Il s’ensuit que le cinquième moyen doit être écarté.
Sur le sixième moyen
Argumentation des parties
133 Par son sixième moyen, PV soutient que le Tribunal a commis plusieurs erreurs en rejetant, aux points 124 à 143 de l’arrêt attaqué, son argumentation relative à la violation du principe ne bis in idem.
134 En premier lieu, le Tribunal aurait commis une erreur de droit, au point 134 de cet arrêt, en constatant que la sanction de révocation résultant de la procédure disciplinaire CMS 13/087 avait disparu de l’ordre juridique, alors que la première décision de révocation a été exécutée avant son retrait. Le Tribunal ne pouvait pas considérer que la décision de retrait produisait un effet ex tunc, dès lors que cette décision prévoyait qu’elle prenait effet à compter du 16 septembre 2017. En outre, la survenance de certains événements avant l’adoption de la décision de retrait, comme le commencement d’une nouvelle relation de travail, ne permettrait pas de conférer à cette décision un effet ex tunc sans violation des principes de protection de la confiance légitime, de sécurité juridique et de non-rétroactivité des décisions administratives.
135 En deuxième lieu, le Tribunal aurait également commis une erreur de droit aux points 137 et 140 de l’arrêt attaqué, puisque l’AIPN aurait déjà statué au fond dans le cadre de la première décision de révocation et que les griefs invoqués dans le cadre des procédures disciplinaires CMS 13/087 et CMS 17/025 seraient les mêmes. La condition, mentionnée au point 136 de l’arrêt attaqué, selon laquelle une décision doit avoir déjà statué sur la matérialité de l’infraction serait ainsi remplie. En revanche, l’ordonnance du 22 janvier 2019, Kerstens/Commission (C‑577/18 P, EU:C:2019:129), ne serait pas applicable en l’absence d’annulation d’une telle décision.
136 PV soutient, en troisième lieu, que, à la sanction de révocation prévue dans la première décision de révocation, s’ajouterait celle, occulte et non écrite, de la suppression de droits à pension d’ancienneté correspondant à 25 mois de cotisations. En conséquence, PV considère avoir été sanctionné deux fois en raison principalement de ses absences qualifiées d’irrégulières au cours de la période qui s’étend du 30 juin 2014 au 31 mai 2015.
137 La Commission estime que le sixième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
138 Premièrement, en ce qui concerne l’erreur de droit que le Tribunal aurait commise au point 134 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever que la Cour a déjà précisé, au point 216 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), que le retrait d’un acte impliquant la disparition des effets de cet acte, PV était, à la suite du retrait de la première décision de révocation, un « fonctionnaire à part entière avec les droits et les obligations inhérentes à ce statut ».
139 Partant, alors même que la première décision de révocation avait été mise en œuvre avant d’être retirée par la décision de retrait, la Cour a considéré dans cet arrêt que cette décision de retrait avait eu pour effet de faire disparaître de l’ordre juridique la sanction prévue par cette première décision.
140 Le fait que la décision de retrait indiquait qu’elle prenait effet le 16 septembre 2017 ne saurait remettre en cause le constat, au point 134 de l’arrêt attaqué, de la disparition des effets juridiques de la première décision de révocation.
141 Enfin, PV ayant lui-même sollicité l’annulation de la première décision de révocation, c’est à bon droit que le Tribunal a, aux points 292 et 293 de l’arrêt attaqué, estimé que les principes de protection de la confiance légitime et de sécurité juridique avaient été respectés.
142 Partant, l’argumentation de PV relative à l’erreur de droit qu’aurait commise le Tribunal au point 134 de l’arrêt attaqué doit être écartée comme étant non fondée.
143 Deuxièmement, n’ayant pas établi l’erreur de droit qu’aurait commise le Tribunal à ce point, PV ne saurait soutenir que l’ordonnance du 22 janvier 2019, Kerstens/Commission (C‑577/18 P, EU:C:2019:129, point 39), n’est pas pertinente au motif que la décision de retrait n’entraînerait pas l’annulation de la première décision de révocation.
144 En effet, cette ordonnance, aux termes de laquelle le principe ne bis in idem ne s’oppose pas à ce qu’une nouvelle décision soit adoptée pour les mêmes faits lorsqu’une décision antérieure a été annulée en raison de vices de forme sans qu’il ait été statué au fond sur les faits reprochés, est transposable à une situation dans laquelle une décision a été retirée pour cette raison et que cette décision a, à la suite de ce retrait, disparu de l’ordre juridique. Dans ces situations, ni la décision d’annulation ni la décision de retrait ne vaut « acquittement » ou « condamnation », au sens donné à ces termes dans les matières répressives, empêchant ainsi qu’une nouvelle décision soit adoptée concernant les mêmes faits.
145 C’est donc sans commettre d’erreur de droit que le Tribunal a conclu, au point 138 de l’arrêt attaqué, que, dans la mesure où la première décision de révocation a été retirée pour un motif de pure forme, à savoir l’absence de procédure d’enquête administrative préalable, la décision de retrait ne vaut pas acquittement de PV.
146 Dans ce contexte, contrairement à ce que soutient PV, les termes « sans qu’il ait été statué au fond sur les faits reprochés », figurant au point 137 de cet arrêt, renvoient non pas au contenu de la décision annulée, mais à la décision d’annulation. L’allégation selon laquelle l’AIPN aurait statué au fond dans la première décision de révocation repose ainsi sur une lecture erronée de l’arrêt attaqué.
147 Il s’ensuit que PV ne parvient pas à démontrer que le Tribunal a, au point 139 de l’arrêt attaqué, commis une erreur de droit en considérant que la seconde décision de révocation ne s’est pas ajoutée à la première décision de révocation.
148 Le Tribunal ayant ainsi, à juste titre, aux points 131 à 139 de l’arrêt attaqué, considéré qu’une des deux conditions cumulatives d’application du principe ne bis in idem n’était pas remplie, les considérations figurant au point 140 de l’arrêt attaqué doivent être considérées comme étant des motifs surabondants. Partant, le grief visant ces considérations est inopérant, conformément à la jurisprudence rappelée au point 191 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232).
149 Troisièmement, il y a lieu de constater que, tout en soutenant que la sanction prévue dans la première décision de révocation s’est ajoutée à celle de la suppression de droits à pension d’ancienneté, PV ne précise pas les motifs de l’arrêt attaqué qui seraient entachés d’une erreur de droit. Cet argument doit donc être écarté comme étant irrecevable, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 75 et 76 du présent arrêt.
Sur le septième moyen
Argumentation des parties
150 Par son septième moyen, PV soutient que le Tribunal a violé le principe d’impartialité, dans ses dimensions subjective et objective.
151 Quant au non-respect de l’exigence d’impartialité subjective, PV allègue, d’une part, que la directrice générale de la DG « Ressources humaines et sécurité » de la Commission a ouvert la procédure disciplinaire CMS 17/025 dans un esprit hostile et vindicatif à son égard, à la suite de la décision des juges d’instruction belges d’organiser son audition. De même, l’hostilité de la directrice générale de la DG « Interprétation » de cette institution aurait résulté de la contestation de l’authenticité de sa signature apposée sur la décision du 15 septembre 2016. D’autre part, la conclusion du rapport de l’AIPN au conseil de discipline, rédigée par la directrice générale de la DG « Ressources humaines et sécurité » de ladite institution, ferait état d’un préjugé le concernant, puisqu’il y serait indiqué que « [l]e comportement global [de PV] s’inscri[vai]t dans la durée et [que] la gravité des manquements constatés [étai]t de nature à rompre de manière irréparable le lien de confiance qui doit exister à tout moment entre l’institution et les membres de son personnel ».
152 En ce qui concerne, en second lieu, le respect de l’exigence d’impartialité objective, PV soutient que le Tribunal a commis des erreurs de droit aux points 216 à 234 de l’arrêt attaqué.
153 À cet égard, PV avance tout d’abord que les enquêtes de l’IDOC dans le cadre des procédures disciplinaires CMS 13/087 et CMS 17/025 ont été diligentées par les mêmes enquêteurs et les mêmes supérieurs hiérarchiques.
154 Ensuite, le Tribunal aurait erronément considéré que le principe d’impartialité était en l’espèce respecté alors que deux des trois membres de l’AIPN qui ont adopté la seconde décision de révocation ont participé à l’adoption de la première décision de révocation. En particulier, au point 219 de l’arrêt attaqué, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en jugeant que les règles de composition de l’AIPN tripartite avaient été respectées, alors que, selon la hiérarchie des normes, le droit primaire prévaudrait sur le statut et les décisions internes de la Commission.
155 Enfin, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en ne considérant pas qu’une violation du principe d’impartialité résultait du fait que, à la suite d’un dépôt de plainte pénale par PV, l’audition de deux des trois membres de l’AIPN avait été ordonnée par des juges d’instruction belges.
156 La Commission estime que le septième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
157 S’agissant, en premier lieu, de l’allégation relative au non-respect de l’exigence d’impartialité subjective, il convient de constater qu’elle repose, en substance, sur la répétition des mêmes arguments déjà soumis au Tribunal, qui les a examinés aux points 211 à 215 de l’arrêt attaqué. En effet, PV se borne à réaffirmer son point de vue quant à la partialité subjective de deux membres de l’AIPN ayant adopté la seconde décision de révocation, sans critiquer ni l’exactitude des appréciations du Tribunal ni l’interprétation ou l’application du droit de l’Union à ces points, sur le fondement desquelles le Tribunal a rejeté ces arguments.
158 Cette allégation de PV doit donc être écartée comme étant irrecevable, conformément à la jurisprudence rappelée au point 127 du présent arrêt.
159 En ce qui concerne, en second lieu, l’argumentation de PV relative au non-respect de l’exigence d’impartialité objective, il convient de rappeler, que, dans le cadre d’un pourvoi, le contrôle de la Cour est limité à l’appréciation de la solution légale qui a été donnée aux moyens et aux arguments débattus devant le Tribunal. Dès lors, une partie ne saurait soulever pour la première fois devant la Cour des moyens ou des arguments qu’elle n’a pas invoqués devant celui-ci (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232 point 84).
160 En l’espèce, PV s’est prévalu, devant le Tribunal, d’une violation du principe d’impartialité uniquement à l’appui de son argumentation critiquant la composition de l’AIPN, de telle sorte que le grief pris de la méconnaissance de ce principe s’agissant des enquêtes de l’IDOC doit être considéré comme étant irrecevable.
161 Quant au fond de l’argumentation de PV relative au non-respect de l’exigence d’impartialité objective s’agissant de la composition de l’AIPN ayant adoptée la seconde décision de révocation, il convient de rappeler que les institutions, les organes et les organismes de l’Union sont tenus de respecter les droits fondamentaux garantis par le droit de l’Union, parmi lesquels figure le droit à une bonne administration, consacré à l’article 41 de la Charte (arrêt du 11 janvier 2024, Hamers/Cedefop, C‑111/22 P, EU:C:2024:5, point 44 et jurisprudence citée).
162 L’article 41, paragraphe 1, de la Charte énonce notamment que toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement par les institutions, les organes et les organismes de l’Union.
163 L’exigence d’impartialité qui s’impose ainsi aux institutions, aux organes et aux organismes de l’Union dans l’accomplissement de leurs missions vise notamment à éviter des situations de conflits d’intérêts éventuels dans le chef de fonctionnaires et d’agents agissant pour le compte des institutions, des organes et des organismes. Compte tenu de l’importance fondamentale de la garantie d’indépendance et d’intégrité en ce qui concerne tant le fonctionnement interne que l’image extérieure des institutions, des organes et des organismes de l’Union, l’exigence d’impartialité couvre toutes circonstances que le fonctionnaire ou l’agent amené à se prononcer sur une affaire doit raisonnablement comprendre comme étant de nature à apparaître, aux yeux des tiers, comme étant susceptibles d’affecter son indépendance en la matière (voir, en ce sens, arrêt du 11 janvier 2024, Hamers/Cedefop, C‑111/22 P, EU:C:2024:5, point 46 et jurisprudence citée).
164 Il incombe à ces institutions, organes et organismes de se conformer à l’exigence d’impartialité, dans ses deux composantes que sont, d’une part, l’impartialité subjective, en vertu de laquelle aucun membre de l’institution concernée ne doit manifester de parti pris ou de préjugé personnel, et, d’autre part, l’impartialité objective, conformément à laquelle cette institution doit offrir des garanties suffisantes pour exclure tout doute légitime quant à un éventuel préjugé. Afin de démontrer que l’organisation de la procédure administrative n’offre pas des garanties suffisantes pour exclure tout doute légitime quant à un éventuel préjugé, il n’est pas requis d’établir l’existence d’un manque d’impartialité. Il suffit qu’un doute légitime à cet égard existe et ne puisse pas être dissipé (voir, en ce sens, arrêt du 11 janvier 2024, Hamers/Cedefop, C‑111/22 P, EU:C:2024:5, point 47 et jurisprudence citée).
165 Or, il y a lieu de relever, premièrement, que c’est sans exclure l’application du principe d’impartialité tel qu’il est consacré à l’article 41 de la Charte, dont le contenu a été rappelé notamment aux points 201 à 205 de l’arrêt attaqué, que le Tribunal a examiné, au point 219 de l’arrêt attaqué, si les règles déterminant la composition de l’AIPN compétente pour adopter la seconde décision de révocation avaient été respectées.
166 Deuxièmement, en ce qui concerne l’argumentation de PV relative à la présence de deux des trois membres de l’AIPN ayant pris la seconde décision de révocation parmi les membres ayant adopté la première décision de révocation, il y a lieu de rappeler, ainsi qu’il ressort du point 222 de l’arrêt attaqué, qu’une connaissance préalable des faits par ceux qui sont appelés à participer à l’adoption d’une décision judiciaire ou administrative ne constitue pas, à elle seule, une circonstance susceptible d’entacher cette décision d’un vice de procédure revêtant la forme d’un défaut d’impartialité. En effet, une telle connaissance préalable se révèle parfois inévitable compte tenu d’une activité professionnelle exercée antérieurement ou en parallèle par les personnes concernées (arrêt du 11 janvier 2024, Hamers/Cedefop, C‑111/22 P, EU:C:2024:5, point 48 et jurisprudence citée).
167 En outre, la Cour a jugé qu’il n’existe pas d’obligation à caractère général selon laquelle une affaire doit être renvoyée devant une formation de jugement composée de manière totalement distincte de celle qui a eu à connaître du premier examen de l’affaire. D’ailleurs, la Cour a déjà relevé que, selon la Cour européenne des droits de l’homme, il ne saurait être posé en principe général découlant du devoir d’impartialité qu’une juridiction annulant une décision administrative a l’obligation de renvoyer l’affaire à un organe autrement constitué de cette autorité (voir, en ce sens, arrêt du 1er juillet 2008, Chronopost et La Poste/UFEX e.a., C‑341/06 P et C‑342/06 P, EU:C:2008:375, points 57 et 58 ainsi que jurisprudence citée).
168 Il s’ensuit qu’une obligation de modifier intégralement la composition d’une autorité administrative compétente en vue d’adopter une nouvelle décision administrative à la suite du retrait d’une première décision pour vice de forme ne saurait, en règle générale, s’imposer à cette autorité.
169 Ainsi, c’est à bon droit que le Tribunal a jugé, au point 223 de l’arrêt attaqué, que la présence de deux des trois membres de l’AIPN ayant pris la seconde décision de révocation parmi les membres ayant adopté la première décision de révocation ayant été retirée en raison d’un vice de forme par la décision de retrait n’était pas incompatible avec l’exigence d’impartialité objective.
170 Troisièmement, en ce qui concerne l’argumentation par laquelle PV soutient que le Tribunal a commis une erreur de droit en ne considérant pas que le principe d’impartialité avait été violé du fait de l’émission par des juges d’instruction d’ordonnances d’audition de deux des trois membres de l’AIPN à la suite d’un dépôt de plainte pénale par PV, il y a lieu de relever que, certes, comme il ressort implicitement du point 227 de l’arrêt attaqué, la condamnation pénale d’un fonctionnaire ou d’un agent chargé de prendre une décision à la suite de la plainte pénale déposée par le destinataire de cette décision fait naître un doute légitime quant à l’impartialité de ce fonctionnaire ou de cet agent dans l’adoption de cette décision. Toutefois, il y a lieu de relever qu’il pourrait, selon les cas, en aller de même en l’absence d’une telle condamnation.
171 En effet, le respect de l’exigence d’impartialité objective par une autorité administrative devant adopter une décision faisant grief à son destinataire s’apprécie en fonction de la capacité d’une situation donnée de faire naître un doute légitime dans le chef de ce destinataire ou de tiers quant à son impartialité, y compris en raison d’une hostilité des membres de cette autorité à l’égard dudit destinataire. Or, une plainte pénale, qu’elle soit fondée ou non, peut susciter l’hostilité de la personne visée par cette plainte à l’égard du plaignant ou, à tout le moins, faire naître un doute légitime quant à l’impartialité de cette personne.
172 Le Tribunal a donc commis une erreur de droit, au point 227 de l’arrêt attaqué, en excluant de manière générale que, en l’absence d’une condamnation pénale, un dépôt de plainte pénale ou l’existence d’ordonnances d’instruction, dans le cadre d’une instruction pénale, puissent, en tant que telles, faire naître un doute légitime quant à l’impartialité de la personne visée par cette plainte ou ces ordonnances d’instruction, sans tenir compte des circonstances pertinentes du cas d’espèce, relatives à ladite plainte ou au contexte entourant celle-ci ou les ordonnances d’instruction, desquelles il pourrait résulter que la plainte a été déposée en vue de faire échec à la procédure administrative, notamment en obtenant la récusation des personnes chargées de prendre une décision à l’égard de l’auteur de la plainte.
173 Cela étant, même si les motifs d’un arrêt du Tribunal révèlent une violation du droit de l’Union, mais que son dispositif apparaît fondé pour d’autres motifs de droit, le pourvoi doit être rejeté (arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission, C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 68 et jurisprudence citée).
174 Tel est le cas en l’espèce.
175 En effet, il ressort des allégations de PV exposées en première instance que, pendant plusieurs années, il a déposé un nombre très important de plaintes pénales pour différentes infractions pénales, telles que le harcèlement moral, la calomnie, le faux et l’utilisation de faux en écritures publiques et la violation du secret d’instruction. Ces plaintes ont été introduites contre un nombre élevé de fonctionnaires ou d’agents de la Commission, notamment des membres de l’IDOC, six membres du conseil de discipline, sa présidente et sa secrétaire ainsi que des personnes qui auraient préparé la première décision de révocation. En outre, PV se prévaut de l’existence d’ordonnances émises en vue de l’audition de plusieurs personnes dont les trois directeurs généraux qui composaient l’AIPN ayant rendu la première décision de révocation, qui ont été adoptées à la suite de demandes déposées par PV. Parmi ces personnes se trouve celle dont PV prétend que la signature a été falsifiée. Confrontée à ces allégations, la Commission n’a pas avancé que les actes de ses organes administratifs ne pouvaient pas être considérés comme étant des décisions de la Commission ou qu’ils avaient été falsifiés.
176 Dans ces conditions particulières, PV n’a pas démontré une méconnaissance de l’exigence d’impartialité objective dans le chef de l’AIPN ayant adopté la seconde décision de révocation, de nature à imposer à la Commission de s’écarter des règles rappelées aux points 219 et 229 de l’arrêt attaqué, lesquels ne sont pas contestés par PV dans le cadre du présent pourvoi.
177 Partant, l’argumentation de PV relative aux ordonnances d’audition concernant deux des trois membres de l’AIPN, prises dans le cadre de procédures d’instruction pénale à la suite d’un dépôt de plainte par PV, est inopérante.
178 Il s’ensuit que le septième moyen doit être rejeté comme étant, en partie, irrecevable, en partie, inopérant et, en partie, non fondé.
Sur le huitième moyen
Argumentation des parties
179 Par son huitième moyen, PV reproche, en premier lieu, au Tribunal de ne pas avoir motivé le rejet de certains arguments avancés dans le cadre du huitième moyen invoqué devant le Tribunal. Il se réfère en outre au délai de prescription prévu par le règlement (CE, Euratom) no 2988/95 du Conseil, du 18 décembre 1995, relatif à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes (JO 1995, L 312, p. 1).
180 En deuxième lieu, le Tribunal aurait omis, au point 266 de l’arrêt attaqué, de préciser les circonstances exceptionnelles auxquelles il se réfère. À cet égard, PV soutient que les absences irrégulières dont il est fait mention à ce point ne sauraient conférer à la présente affaire un caractère complexe.
181 En troisième lieu, le Tribunal aurait commis, au point 274 de l’arrêt attaqué, une « dénaturation par transformation », dès lors que les délais dans la présente affaire auraient été plus longs que ceux dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 10 juin 2004, François/Commission (T‑307/01, EU:T:2004:180).
182 La Commission estime que le huitième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
183 En premier lieu, s’agissant de l’argument selon lequel le règlement no 2988/95 prévoirait un délai de prescription, il suffit de constater, ainsi que le Tribunal l’a, à juste titre, rappelé au point 280 de l’arrêt attaqué, que la procédure disciplinaire à laquelle PV a été soumis n’entre pas dans le champ d’application de ce règlement.
184 En deuxième lieu, quant à l’erreur de droit que le Tribunal aurait commise au point 266 de l’arrêt attaqué, force est de constater que, à ce point 266, le Tribunal a relevé parmi les circonstances particulières caractérisant la présente affaire, la période de révocation de PV allant du 1er août 2016 au 15 septembre 2017. En outre, le Tribunal a affirmé, audit point, 266 que la constatation d’absences irrégulières implique l’ouverture d’une procédure particulière, sans toutefois considérer que ces absences elles-mêmes et à elles seules conféraient à la présente affaire un caractère complexe.
185 En troisième lieu, en ce qui concerne l’invocation par PV de l’arrêt du 10 juin 2004, François/Commission (T‑307/01, EU:T:2004:180), il y a lieu de relever qu’il n’avance aucune argumentation juridique de nature à remettre en cause la considération du Tribunal figurant au point 281 de l’arrêt attaqué, selon laquelle, ainsi qu’il ressort du point 255 de cet arrêt, dans la mesure où les circonstances de chaque affaire sont différentes et propres à celle-ci, il n’y a pas lieu de comparer la présente affaire à celle ayant donné lieu à l’arrêt du 10 juin 2004, François/Commission (T‑307/01, EU:T:2004:180). L’argumentation de PV qui s’appuie sur cet arrêt est donc inopérante.
186 Il s’ensuit que le huitième moyen doit être écarté comme étant, en partie, non fondé et, en partie, inopérant.
Sur le neuvième moyen
Argumentation des parties
187 Par son neuvième moyen, PV soutient que le rejet par le Tribunal, aux points 404 à 423 de l’arrêt attaqué, des sixième et troisième moyens invoqués en première instance, tirés, respectivement, d’une violation de l’article 15 de la Charte et d’une violation du principe de l’exception d’inexécution, repose sur une série de dénaturations des faits et d’erreurs de droit.
188 En particulier, au point 409 de cet arrêt, le Tribunal aurait erronément affirmé que la décision produisait un effet ex tunc, alors que non seulement il avait débuté une nouvelle relation de travail avec un autre employeur depuis le 26 juin 2017, mais également la décision de retrait n’aurait pas eu comme conséquence de compenser les 217 jours d’absence qui étaient considérés comme étant injustifiés.
189 En outre, au point 410 dudit arrêt, le Tribunal aurait commis une « dénaturation par transformation » en considérant que PV avait lui‑même reconnu que, par l’effet de la décision de retrait, la rupture de son lien statutaire avec la Commission n’avait jamais existé, alors qu’il aurait uniquement demandé des éclaircissements sur cette décision.
190 Une autre « dénaturation par transformation » aurait été commise par le Tribunal, au point 414 de l’arrêt attaqué, en ce qu’il a jugé que le désaccord entre la Commission et PV quant à l’affectation de ce dernier n’était pas de nature à remettre en cause la volonté de celui-ci de réintégrer l’institution en tant que fonctionnaire, alors que PV avait motivé son refus de réintégrer le service auquel il avait été affecté après la décision de retrait en invoquant une violation du principe de l’exception d’inexécution ainsi que l’existence de sa nouvelle relation de travail.
191 La Commission estime que le neuvième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
192 En ce qui concerne l’argumentation de PV relative au point 409 de l’arrêt attaqué, force est de constater qu’elle se recoupe avec les arguments déjà écartés aux points 61 à 66 du présent arrêt. Elle doit, en conséquence, être écartée pour les mêmes motifs que ceux exposés à ces points 61 à 66.
193 S’agissant de l’argumentation de PV visant à établir une dénaturation que le Tribunal aurait commise au point 410 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever que PV n’établit pas que le courriel du 6 août 2017, visé à ce point 410, a été dénaturé par le Tribunal. Cette argumentation est donc non fondée.
194 Quant à l’argumentation de PV relative à l’erreur de droit que le Tribunal aurait commise au point 414 de l’arrêt attaqué, il suffit de relever que la Cour a déjà jugé, aux points 145 et 146 de l’arrêt du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232), que le principe de l’exception d’inexécution ne s’applique pas à la relation de travail entre un fonctionnaire et son institution.
195 Il s’ensuit que le neuvième moyen doit être écarté comme étant non fondé.
Sur le dixième moyen
Argumentation des parties
196 Par son dixième moyen, PV soutient que le Tribunal a rejeté le quatrième moyen invoqué devant le Tribunal, tiré notamment d’une violation de l’article 48 de la Charte, en commettant des erreurs de droit.
197 D’une part, le Tribunal aurait commis une « dénaturation par omission » au point 163 de l’arrêt attaqué, aux termes duquel l’argument de PV selon lequel l’enquête administrative aurait été menée exclusivement à charge manquait en fait, dès lors qu’il résulterait des faits décrits par PV une violation flagrante de la présomption d’innocence dès l’ouverture de l’enquête administrative. À cet égard, PV soutient notamment que, dans le cadre de la procédure disciplinaire CMS 13/087, ont été utilisés des documents antidatés en violation de l’article 3 de l’annexe IX du statut.
198 D’autre part, le Tribunal aurait commis une « dénaturation par transformation » aux points 175 et 176 de l’arrêt attaqué. Il aurait dû juger que l’affirmation figurant au premier de ces points, selon laquelle l’AIPN a considéré que, en adoptant un comportement systématiquement négatif et inapproprié, PV avait rompu de manière irréparable le lien de confiance qui doit exister entre un fonctionnaire et son institution, constituait une demande d’appliquer la sanction de révocation.
199 La Commission estime que le dixième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
200 S’agissant de l’allégation selon laquelle le Tribunal aurait commis une « dénaturation par omission » au point 163 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de considérer qu’elle est irrecevable, et ce conformément à la jurisprudence rappelée aux points 73 et 74 du présent arrêt, dès lors que PV se réfère à plusieurs faits sans indiquer en quoi ils contrediraient les constatations faites par le Tribunal à ce point 163 et que, en procédant ainsi, il vise en réalité à ce que la Cour procède à une nouvelle appréciation des faits, ce qui ne relève pas de sa compétence dans le cadre d’un pourvoi.
201 Quant à l’allégation de PV selon laquelle des documents antidatés ont été utilisés dans le cadre de la procédure disciplinaire CMS 13/087, force est de constater que cette procédure ne constitue pas l’objet du recours ayant donné lieu à l’arrêt attaqué et que PV n’établit pas de lien entre cette allégation et cet objet. Ladite allégation est donc irrecevable.
202 En ce qui concerne l’argumentation de PV relative à l’erreur de droit qu’aurait commise le Tribunal aux points 175 et 176 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever que PV demande exclusivement à la Cour de procéder au contrôle de la qualification juridique de la phrase reproduite à ce point 175, sans remettre en cause la considération du Tribunal exposée aux points 170 à 172 et 176 de l’arrêt attaqué, selon laquelle il incombait à l’AIPN de qualifier les manquements aux obligations reprochés à PV.
203 Ainsi, il y a lieu de considérer que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que, par cette phrase, l’AIPN avait seulement qualifié le comportement de PV, mais n’avait pas décidé, dès le début de la procédure disciplinaire, de lui infliger, en tout état de cause, une sanction.
204 Il s’ensuit que le dixième moyen doit être écarté comme étant, en partie, irrecevable et, en partie, non fondé.
Sur le onzième moyen
Argumentation des parties
205 Par son onzième moyen, PV soutient que le Tribunal a commis des dénaturations des faits et des erreurs de droit en ne prenant pas en compte de prétendues violations de l’article 6 de la décision C(2004) 1588 de la Commission, du 28 avril 2004, portant fixation des dispositions générales d’exécution concernant la conduite des enquêtes administratives et des procédures disciplinaires ainsi que de l’exigence d’impartialité objective, en ce que le représentant de l’AIPN devant le conseil de discipline qui avait été désigné dans le cadre de la procédure disciplinaire CMS 17/025 n’était ni le directeur de l’IDOC ni son suppléant.
206 La Commission estime que le onzième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
207 L’argumentation de PV avancée dans le cadre du onzième moyen ne permet pas de comprendre quelle partie des motifs de l’arrêt attaqué il entend critiquer. En outre, PV ne reproche pas au Tribunal d’avoir omis de statuer sur l’une de ses prétentions avancées devant le Tribunal. En conséquence, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 75 et 76 du présent arrêt, ce moyen doit être écarté comme étant irrecevable.
Sur le douzième moyen
Argumentation des parties
208 Par son douzième moyen, PV fait valoir que le Tribunal a violé l’article 41, paragraphe 1, et l’article 47 de la Charte, l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, ainsi que l’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, en ce que les juges de la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué avaient aussi statué dans des affaires concernant PV et portant sur des aspects communs à la présente affaire, ayant conduit au prononcé des ordonnances du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52), du 22 décembre 2022, PV/Commission (T‑558/22 AJ), ainsi que de l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑78/21, EU:T:2024:403).
209 Dans son mémoire en réplique, PV ajoute que l’apparence d’impartialité objective du Tribunal serait altérée, puisqu’une agente du service juridique de la Commission qui a signé les mémoires de cette institution qui ont été déposés devant le Tribunal aurait été référendaire au Tribunal du mois de janvier 2018 au mois d’octobre 2019 et aurait ainsi très certainement conservé des contacts avec le Tribunal.
210 La Commission estime que le douzième moyen doit être écarté.
Appréciation de la Cour
211 L’article 41 de la Charte prévoit, à son paragraphe 1, que toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, les organes et les organismes de l’Union, tandis que l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte, qui correspond à l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dispose, à sa première phrase, que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi.
212 Le douzième moyen du pourvoi portant sur l’examen d’une affaire par une juridiction de l’Union, la disposition applicable de la Charte est celle de l’article 47 de celle-ci, qui consacre le droit à une protection juridictionnelle effective (voir, par analogie, ordonnance du 1er février 2022, Macías Chávez e.a./Parlement et Espagne, C‑322/21 P, EU:C:2022:80, point 48).
213 Les garanties d’accès à un tribunal indépendant et impartial, et notamment celles qui déterminent la notion tout comme la composition de celui-ci, représentent la pierre angulaire du droit à un procès équitable (arrêts du 1er juillet 2008, Chronopost et La Poste/UFEX e.a., C‑341/06 P et C‑342/06 P, EU:C:2008:375, point 46, ainsi que du 15 janvier 2026, Anbouba/Conseil, C‑494/24 P, EU:C:2026:9, point 94).
214 L’exigence d’impartialité garantie à l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte recouvre deux aspects. D’une part, le tribunal doit être subjectivement impartial, c’est‑à-dire qu’aucun de ses membres ne doit manifester de parti pris ou de préjugé personnel, l’impartialité personnelle se présumant jusqu’à preuve du contraire. D’autre part, le tribunal doit être objectivement impartial, c’est-à-dire qu’il doit offrir des garanties suffisantes pour exclure à cet égard tout doute légitime (voir, en ce sens, arrêts du 30 janvier 2025, Frajese/Commission, C‑586/23 P, EU:C:2025:45, point 17, et du 2 octobre 2025, WV/SEAE, C‑243/24 P, EU:C:2025:742, point 54).
215 L’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, qui constitue l’expression du droit d’accès à un tribunal indépendant et impartial consacré à l’article 47, deuxième alinéa, de la Charte, prévoit, à son premier alinéa, que les juges et les avocats généraux de la Cour de justice de l’Union européenne ne peuvent participer au règlement d’aucune affaire dans laquelle ils sont antérieurement intervenus comme agent, conseil ou avocat de l’une des parties, ou sur laquelle ils ont été appelés à se prononcer comme membre d’un tribunal, d’une commission d’enquête ou à tout autre titre et, à son deuxième alinéa, première phrase, que, si, pour une raison spéciale, un juge ou un avocat général estiment ne pas pouvoir participer au jugement ou à l’examen d’une affaire déterminée, ils en font part au président (arrêts du 24 mars 2022, Wagenknecht/Commission, C‑130/21 P, EU:C:2022:226, point 19, et du 2 octobre 2025, WV/SEAE, C‑243/24 P, EU:C:2025:742, point 55).
216 En premier lieu, il y a lieu de relever que PV allègue uniquement que les trois juges composant la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué ont eu à connaître d’autres affaires le concernant, qui portaient sur des aspects juridiques et factuels communs à la présente affaire, lesquelles ont donné lieu aux décisions mentionnées au point 208 du présent arrêt. Ainsi, PV n’invoque pas la partialité personnelle des membres de cette formation de jugement, mais met en cause leur impartialité objective.
217 À cet égard, il ressort de la jurisprudence de la Cour que la présence des mêmes juges dans les formations de jugement du Tribunal ayant eu à connaître de plusieurs affaires distinctes présentant un certain degré de connexité ne saurait être considérée par elle-même comme étant incompatible avec les exigences du droit à un procès équitable (arrêt du 19 février 2009, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, C‑308/07 P, EU:C:2009:103, points 43, 45 et 49). En outre, de telles circonstances ne relèvent pas des cas visés à l’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne.
218 Par conséquent, le fait que la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué était composée des mêmes membres que ceux ayant rendu l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑78/21, EU:T:2024:403), et l’ordonnance du 22 décembre 2022, PV/Commission (T‑558/22 AJ), ainsi que de deux des membres de la formation ayant rendu l’ordonnance du 4 février 2022, PV/Commission (T‑786/16 REV, EU:T:2022:52), n’est pas un élément de nature à faire naître un doute quant à l’impartialité du Tribunal.
219 À titre surabondant, il convient de rappeler que l’arrêt attaqué et l’arrêt du 19 juin 2024, PV/Commission (T‑78/21, EU:T:2024:403), ont été prononcés le même jour, de sorte qu’il ne saurait être considéré que la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué a statué sur des aspects juridiques et factuels sur lesquels elle avait déjà pu porter son examen dans le cadre de l’affaire ayant donné lieu au second arrêt.
220 En second lieu, l’allégation de PV selon laquelle une agente de la Commission ayant signé les mémoires déposés en première instance avait, plus d’un an avant l’introduction de la requête dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt attaqué, exercé les fonctions de référendaire au Tribunal, ce qui démontrerait l’existence de liens entre elle et le Tribunal, à la supposer établie, ne permet pas d’établir l’existence d’un lien entre cette ancienne référendaire et la formation de jugement ayant rendu l’arrêt attaqué, susceptible de mettre en doute l’impartialité objective de cette formation. En effet, l’exercice des fonctions de référendaire par cette agente antérieurement à l’introduction de cette requête ne suffit pas à établir, en tant que tel, un tel lien.
221 PV n’alléguant aucun autre élément en vue de remettre en cause l’impartialité du Tribunal, le douzième moyen doit être écarté comme étant non fondé.
222 Il s’ensuit que le pourvoi doit être rejeté dans son ensemble.
Sur les dépens
223 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue sur les dépens.
224 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui‑ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
225 La Commission ayant conclu à la condamnation de PV et celui-ci ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de le condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission.
Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) déclare et arrête :
1) Le pourvoi est rejeté.
2) PV est condamné à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne.
| Rodin | Piçarra | Fenger |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 juillet 2026.
| Le greffier | Le président de chambre faisant fonction |
| A. Calot Escobar | S. Rodin |
* Langue de procédure : le français.
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
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