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AccueilDroit européen62025CO0272
Ordonnance CJUE62025CO0272

Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 18 décembre 2025.#Maud Tea & Seed Co. Ltd contre Commission européenne.#Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives clothianidine et thiaméthoxame – Détermination des limites maximales applicables aux résidus des substances actives en cause présents dans ou sur certains produits – Règlement (CE) no 396/2005 – Conditions de recevabilité du recours – Affectation directe – Éléments de preuve.#Affaire C-272/25 P.

CELEX62025CO0272
TypeOrdonnance CJUE
Datejeudi 18 décembre 2025

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour de justice de l'Union européenne (neuvième chambre) rejette le pourvoi formé par Maud Tea & Seed Co. Ltd contre la Commission européenne, concernant la détermination des limites maximales de résidus (LMR) pour la clothianidine et le thiaméthoxame dans les produits phytopharmaceutiques. La Cour confirme que le recours en annulation de la société était irrecevable en première instance, faute pour celle-ci de démontrer son affectation directe par le règlement contesté, condition essentielle de la recevabilité. Cette décision rappelle la rigueur avec laquelle la Cour apprécie la qualité pour agir des requérants non privilégiés en matière de réglementation des pesticides.

Texte intégral

ORDONNANCE DE LA COUR (neuvième chambre)

18 décembre 2025 (*)

« Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives clothianidine et thiaméthoxame – Détermination des limites maximales applicables aux résidus des substances actives en cause présents dans ou sur certains produits – Règlement (CE) no 396/2005 – Conditions de recevabilité du recours – Affectation directe – Éléments de preuve »

Dans l’affaire C‑272/25 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 9 avril 2025,

Maud Tea & Seed Co. Ltd, établie à Kolkata (Inde), représentée par Mes D. Waelbroeck et I. Antypas, avocats,

partie requérante,

l’autre partie à la procédure étant :

Commission européenne,

partie défenderesse en première instance,

LA COUR (neuvième chambre),

composée de M. M. Condinanzi, président de chambre, MM. N. Jääskinen et A. Kornezov (rapporteur), juges,

avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,

greffier : M. A. Calot Escobar,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son pourvoi, Maud Tea & Seed Co. Ltd demande l’annulation de l’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne du 30 janvier 2025, Maud Tea & Seed/Commission (T‑247/23, ci-après l’« ordonnance attaquée », EU:T:2025:126), par laquelle celui-ci a rejeté comme étant irrecevable son recours tendant à l’annulation, à titre principal, du règlement (UE) 2023/334 de la Commission, du 2 février 2023, modifiant les annexes II et V du règlement (CE) no 396/2005 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les limites maximales applicables aux résidus de clothianidine et de thiaméthoxame présents dans ou sur certains produits (JO 2023, L 47, p. 29, et rectificatif JO 2023, L 96, p. 89, ci-après le « règlement litigieux »), dans son intégralité ou, à titre subsidiaire, en ce qui concerne lesdites limites applicables aux thés.

Les antécédents du litige

2 Les antécédents du litige sont exposés comme suit, aux points 2 à 15 de l’ordonnance attaquée :

« 2 La requérante est une société établie en Inde dont les activités comprennent la production et la commercialisation de thé.

3 La clothianidine et le thiaméthoxame (ci-après les “substances litigieuses”) sont des substances actives appartenant à la famille des néonicotinoïdes, qui sont utilisées en tant qu’insecticides dans l’agriculture en vue de l’enrobage des semences.

4 La clothianidine et le thiaméthoxame ont été inscrits à l’annexe I de la directive 91/414/CEE du Conseil, du 15 juillet 1991, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (JO 1991, L 230, p. 1), respectivement depuis le 1er août 2006 et le 1er février 2007 par les directives 2006/41/CE de la Commission, du 7 juillet 2006, modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil en vue d’y inscrire les substances actives clothianidine et pethoxamide (JO 2006, L 187, p. 24), et 2007/6/CE de la Commission, du 14 février 2007, modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil afin d’y inscrire les substances actives metrafenone, Bacillus subtilis, spinosad et thiamethoxam (JO 2007, L 43, p. 13).

5 Les substances actives figurant à l’annexe I de la directive 91/414 sont réputées approuvées en vertu du règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 21 octobre 2009, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414 (JO 2009, L 309, p. 1), et sont inscrites dans la partie A de l’annexe du règlement d’exécution (UE) no 540/2011 de la Commission, du 25 mai 2011, portant application du règlement no 1107/2009 en ce qui concerne la liste des substances actives approuvées (JO 2011, L 153, p.1).

Expiration de l’approbation des substances litigieuses

6 En raison des risques encourus par les abeilles résultant de l’utilisation des substances litigieuses, la Commission européenne a progressivement restreint les conditions d’approbation desdites substances.

7 D’une part, le 24 mai 2013, la Commission a adopté le règlement d’exécution (UE) no 485/2013 modifiant le règlement d’exécution no 540/2011 en ce qui concerne les conditions d’approbation des substances actives clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride et interdisant l’utilisation et la vente de semences traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant ces substances actives (JO 2013, L 139, p. 12).

8 D’autre part, le 29 mai 2018, la Commission a adopté le règlement d’exécution (UE) 2018/784 modifiant le règlement d’exécution no 540/2011 en ce qui concerne les conditions d’approbation de la substance active “clothianidine” (JO 2018, L 132, p. 35) et le règlement d’exécution (UE) 2018/785 modifiant le règlement d’exécution no 540/2011 en ce qui concerne les conditions d’approbation de la substance active “thiaméthoxame” (JO 2018, L 132, p. 40). Par ces deux règlements d’exécution, la Commission a notamment restreint l’approbation des substances litigieuses aux seules utilisations en serre permanente et sous réserve que les cultures obtenues restent dans une serre permanente tout au long de leur cycle de vie.

9 Les approbations de la clothianidine et du thiaméthoxame ont respectivement expiré le 31 janvier 2019 et le 30 avril 2019 et n’ont pas été renouvelées, de sorte que l’utilisation des substances litigieuses est désormais interdite au sein de l’Union européenne.

Modification des limites maximales applicables aux résidus des substances litigieuses

10 Le règlement (CE) no 396/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 23 février 2005, concernant les limites maximales applicables aux résidus de pesticides présents dans ou sur les denrées alimentaires et les aliments pour animaux d’origine végétale et animale et modifiant la directive 91/414 (JO 2005, L 70, p. 1), établit des dispositions relatives aux limites maximales applicables aux résidus (ci-après les “LMR”) de pesticides présents dans ou sur les produits d’origine végétale ou animale, couverts par son annexe I et destinés à être utilisés comme denrées alimentaires ou aliments pour animaux frais, transformés et/ou composites (ci-après les “produits pertinents”).

11 En ce qui concerne les LMR des substances litigieuses applicables aux thés, celles-ci sont fixées, pour la clothianidine, à 0,7 mg/kg et, pour le thiaméthoxame, à 20 mg/kg.

12 En raison des préoccupations croissantes à l’échelle internationale liées au déclin des pollinisateurs, d’une part, et de l’expiration de l’approbation des substances litigieuses mentionnée au point 9 ci-dessus, d’autre part, la Commission a adopté, le 2 février 2023, le règlement [litigieux]. En vertu de ce règlement, les LMR des substances litigieuses présents dans ou sur les produits pertinents ont été abaissées à la limite de détermination, cette dernière étant définie par l’article 3, paragraphe 2, sous f), du règlement no 396/2005 comme la concentration la plus faible en résidus validée et pouvant être mesurée et enregistrée par une surveillance de routine à l’aide de méthodes validées.

13 À cet effet, l’annexe du règlement [litigieux] prévoit, d’une part, la suppression des colonnes relatives aux substances litigieuses à l’annexe II du règlement no 396/2005 et, d’autre part, l’ajout de colonnes relatives à ces substances à l’annexe V de ce règlement.

14 En application du règlement [litigieux], les LMR des substances litigieuses applicables aux thés ont été abaissées à la valeur de 0,05 mg/kg.

15 Le règlement [litigieux] indique qu’il est applicable à partir du 7 mars 2026, étant précisé que les anciennes LMR des substances litigieuses continuent de s’appliquer aux produits fabriqués ou importés dans l’Union avant cette date. »

La procédure devant le Tribunal et l’ordonnance attaquée

3 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 10 mai 2023, la requérante a introduit un recours tendant à l’annulation, à titre principal, du règlement litigieux dans son intégralité ou, à titre subsidiaire, du règlement litigieux en ce qui concerne les LMR de clothianidine et de thiaméthoxame présents dans ou sur des thés.

4 Par acte séparé, déposé au greffe du Tribunal le 23 octobre 2023, la Commission a soulevé une exception d’irrecevabilité sur le fondement de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, par laquelle elle a conclu à ce qu’il plaise au Tribunal rejeter le recours comme irrecevable et condamner la requérante aux dépens.

5 Par une mesure d’organisation de la procédure du 16 mai 2024, le Tribunal a adressé à la requérante des questions pour réponse écrite portant, notamment, sur la production d’éléments de preuve attestant du placement de ses produits sur le marché de l’Union, auxquelles celle-ci a répondu dans le délai imparti.

6 Par l’ordonnance attaquée, le Tribunal a accueilli la deuxième fin de non-recevoir soulevée par la Commission, tirée du défaut de qualité pour agir de la requérante et a, par conséquent, rejeté le recours comme étant irrecevable. En particulier, le Tribunal a considéré que la requérante n’avait pas établi qu’elle était directement affectée par le règlement litigieux, à défaut d’avoir rapporté la preuve que, à la date d’introduction du recours, sa production de thé était exportée vers l’Union.

Les conclusions de la requérante au pourvoi

7 La requérante demande à la Cour :

– d’annuler l’ordonnance attaquée ;

– à titre principal, de déclarer le recours en annulation recevable et de renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour qu’il statue au fond ;

– à titre subsidiaire, de renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour qu’il statue à nouveau sur la recevabilité du recours, et

– de condamner la Commission aux dépens exposés dans le cadre de la procédure de pourvoi et dans celle de première instance.

Sur le pourvoi

8 En vertu de l’article 181 du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement irrecevable ou manifestement non fondé, cette juridiction peut, à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de rejeter totalement ou partiellement ce pourvoi par voie d’ordonnance motivée.

9 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.

10 À l’appui de son pourvoi, la requérante soulève trois moyens tirés, le premier, d’une dénaturation des éléments de preuve, le deuxième, d’une erreur de droit lors de l’application du critère tenant à ce qu’elle soit directement concernée et, le troisième, d’une motivation insuffisante et obscure.

Sur le premier moyen, tiré d’une dénaturation des éléments de preuve

Argumentation de la requérante

11 Par son premier moyen, qui comporte deux branches, la requérante soutient que le Tribunal a manifestement dénaturé les éléments de preuve qu’elle a présentés, en ayant, d’une part, omis de les apprécier et de les qualifier et, d’autre part, dénié à tort toute valeur probante à la déclaration sur l’honneur de son directeur des opérations et des plantations, attestant que l’Union est un marché d’exportation clé pour elle.

12 Par la première branche de ce moyen, la requérante soutient que le Tribunal a entaché l’ordonnance attaquée d’une erreur d’appréciation en déniant toute valeur probante à cette déclaration, au seul motif qu’elle émanait de son directeur des opérations et des plantations et qu’elle comportait des données chiffrées non corroborées par d’autres pièces. Elle fait valoir qu’elle avait pourtant produit plusieurs autres éléments de preuve, destinés à étayer ladite déclaration, à savoir une facture fiscale interne, un avis juridique détaillant la nature des liens existant entre elle-même et sa société sœur, les comptes annuels de cette société sœur pour l’exercice 2022-2023 ainsi qu’une liste dressée par le Tea Board of India classant la société sœur parmi les 100 premiers exportateurs indiens de thé pour les années 2022 et 2023.

13 La requérante fait également valoir qu’elle avait produit divers rapports de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi que des données d’exportation du Tea Board of India. Elle soutient que le Tribunal a rejeté cet ensemble d’éléments de preuve au motif qu’il s’agissait de données générales portant sur les exportations de thé indien, qui ne concernaient pas spécifiquement la requérante et qui ne permettaient pas d’établir que sa production de thé était, ne serait-ce qu’en partie, exportée vers l’Union.

14 Elle en déduit que le Tribunal a manifestement dénaturé l’ensemble substantiel des éléments de preuve soumis. En particulier, alors qu’il serait tenu d’apprécier globalement ces éléments de preuve et de déterminer s’ils se renforçaient mutuellement, le Tribunal aurait procédé à une appréciation fragmentée et erronée desdits éléments, omettant de tenir compte de leur valeur cumulative et écartant isolément des pièces essentielles.

15 Le Tribunal aurait, en outre, omis de prendre en compte certaines informations figurant sur le site Internet de la société sœur de la requérante, auxquelles elle aurait fait référence dans ses observations écrites. Ces informations feraient ressortir que cette société est titulaire de plusieurs certifications, telles que Naturland, une institution de certification établie en Allemagne, et BioSuisse, certification principalement associée aux importations en Suisse, révélant, selon elle, des exportations vers l’Union ou, à tout le moins, vers une région européenne plus vaste.

16 Par la seconde branche du premier moyen, la requérante fait valoir que le Tribunal a méconnu la jurisprudence constante selon laquelle une déclaration établie dans l’intérêt de son auteur peut avoir une valeur probante lorsqu’elle est corroborée par d’autres éléments de preuve. En refusant toute portée à la déclaration sur l’honneur émanant de son directeur des opérations et des plantations, le Tribunal aurait omis de reconnaître – et, par suite, d’examiner – les éléments de preuve susceptibles d’en confirmer le contenu.

Appréciation de la Cour

17 Selon une jurisprudence constante, lorsqu’il allègue une dénaturation d’éléments de preuve par le Tribunal, le requérant doit, en application de l’article 256 TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure de la Cour, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation. Par ailleurs, il est de jurisprudence constante qu’une dénaturation doit ressortir de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves (arrêt du 10 décembre 2020, Comune di Milano/Commission, C‑160/19 P, EU:C:2020:1012, point 84).

18 En l’occurrence, tout d’abord, il ne ressort aucunement de l’argumentation développée devant la Cour que l’un quelconque des éléments de preuve évoqués par la requérante et visés aux points 12 et 13 de la présente ordonnance serait de nature à démontrer qu’elle-même ou sa société sœur aurait effectivement procédé à une exportation de thé vers l’Union à la date d’introduction du recours. En effet, il ne ressort manifestement ni de cette argumentation ni d’ailleurs de ces éléments de preuve que, contrairement à ce qu’a retenu le Tribunal, l’un au moins d’entre eux viserait spécifiquement des exportations, par la requérante ou par sa société sœur, de thé vers l’Union.

19 Il s’ensuit que l’argumentation résumée aux points 12 à 14 de la présente ordonnance ne fait nullement apparaître les erreurs d’analyse qui auraient conduit le Tribunal à une dénaturation et ne permet pas d’établir qu’une dénaturation des éléments de preuve ressortirait de façon manifeste des pièces du dossier.

20 En particulier, par l’argumentation résumée au point 14 de la présente ordonnance, la requérante sollicite, en réalité, une nouvelle appréciation des éléments de preuve, sans indiquer de manière suffisamment précise la dénaturation qu’elle reproche au Tribunal ni démontrer les erreurs d’analyse qui auraient conduit celui-ci à la commettre. Une telle argumentation est, dès lors, irrecevable au stade du pourvoi (voir, en ce sens, arrêt du 21 novembre 2024, Harley-Davidson Europe et Neovia Logistics Services International/Commission, C‑297/23 P, EU:C:2024:971, point 80 ainsi que jurisprudence citée).

21 Ensuite, dans la mesure où la requérante invoque des certifications allemandes et suisses, il ressort du dossier soumis au Tribunal que de telles certifications n’avaient été produites ni même mentionnées dans les écritures de la requérante devant cette juridiction, de sorte que cette argumentation doit être regardée comme étant soulevée pour la première fois devant la Cour. Par conséquent, conformément à une jurisprudence constante, une telle argumentation ne peut qu’être déclarée irrecevable (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2024, thyssenkrupp/Commission, C‑581/22 P, EU:C:2024:821, point 123 et jurisprudence citée).

22 Enfin, aux points 107 à 113 de l’ordonnance attaquée, le Tribunal a rappelé que, conformément à sa jurisprudence, une déclaration telle que celle établie sur l’honneur par le directeur des opérations et des plantations de la requérante ne peut se voir attribuer une valeur probante qu’à la condition d’être corroborée par d’autres éléments de preuve.

23 Or, d’une part, aux points 101, 104 et 119 de cette ordonnance, le Tribunal a relevé que cette déclaration n’était corroborée par aucun autre élément de preuve, alors même que, ainsi qu’il a été relevé au point 5 de la présente ordonnance, la requérante avait été invitée à produire de tels éléments.

24 D’autre part, contrairement à ce que soutient la requérante devant la Cour, il résulte des points 18 à 21 de la présente ordonnance qu’elle n’a nullement établi qu’elle avait fourni au Tribunal des éléments de preuves propres à corroborer la déclaration sur l’honneur de son directeur des opérations et des plantations, attestant que l’Union constituerait pour elle un marché d’exportation.

25 Dans ces conditions, l’argumentation de la requérante tirée d’une erreur de droit prétendument commise par le Tribunal lors de l’appréciation de la valeur probante de cette déclaration doit être écartée comme étant manifestement non fondée.

26 Eu égard aux considérations qui précèdent, le premier moyen doit être écarté comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

Sur le deuxième moyen, tiré d’une erreur de droit lors de l’application du critère de l’affectation directe

Argumentation de la requérante

27 Par son deuxième moyen, lequel comporte trois branches, la requérante soutient que le Tribunal, en s’étant fondé sur une interprétation excessivement restrictive de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, a jugé à tort qu’elle n’était pas directement concernée par le règlement litigieux. Elle fait valoir, en substance, que le Tribunal a omis de prendre en compte le point de vue plus large d’un exportateur opérant à l’échelle mondiale et l’incidence opérationnelle du règlement litigieux sur ses activités commerciales, et qu’il a, ce faisant, méconnu son droit à un recours juridictionnel effectif.

28 Par la première branche de ce moyen, la requérante fait valoir que le Tribunal a commis une erreur de droit en exigeant, au point 120 de l’ordonnance attaquée, qu’elle établisse l’existence d’exportations effectives de thé vers l’Union à la date de l’introduction du recours, alors qu’il lui appartenait, selon elle, de retenir la perspective plus large d’un exportateur opérant à l’échelle mondiale. En effet, le Tribunal aurait dû tenir dûment compte du caractère dynamique et fluide du commerce international et de l’intérêt légitime des exportateurs mondiaux de thé, tels que la requérante, à maintenir en permanence un accès au marché de l’Union. Elle estime que, en interprétant de manière particulièrement restrictive la condition tenant à ce que la requérante soit directement concernée, le Tribunal a méconnu les réalités du commerce international.

29 Elle soutient, en outre, que les conditions de recevabilité prévues à l’article 263 TFUE doivent être interprétées à la lumière du droit fondamental à une protection juridictionnelle effective. Partant, même à supposer que le Tribunal ait pu considérer, sur la base des éléments qui lui avaient été soumis, que la requérante n’exportait pas de thé vers l’Union à la date de l’introduction du recours (quod non), la condition tenant à ce qu’elle soit directement concernée ne saurait être interprétée de manière à ce point restrictive qu’elle priverait la requérante de la possibilité de contester la légalité du règlement litigieux, dès lors que celui-ci aurait pour effet manifeste de l’empêcher, à l’avenir, d’exporter vers l’Union du thé contenant des résidus supérieurs aux nouvelles LMR pour la clothianidine et le thiaméthoxame.

30 Par la deuxième branche du deuxième moyen, la requérante fait valoir que le Tribunal a commis une erreur de droit en considérant, aux points 121 à 123 de l’ordonnance attaquée, que l’incidence opérationnelle importante et immédiate du règlement litigieux sur ses activités commerciales ne permettait pas de la regarder comme étant directement concernée par ce règlement, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE.

31 Elle fait valoir avoir démontré qu’elle utilisait des produits contenant les substances visées par le règlement litigieux et que ce règlement impose, par suite, des modifications substantielles dans ses pratiques agricoles existantes, ce qui affecterait directement sa situation tant juridique qu’économique. Selon elle, l’obligation d’adapter ces pratiques agricoles en raison des nouvelles LMR a une incidence directe sur ses obligations juridiques, dès lors qu’elle ne sera plus en mesure d’accéder au marché de l’Union sans se conformer auxdites LMR, ce qui reviendrait à lui retirer l’accès légal à ce marché dont elle disposait antérieurement. En outre, la nécessité d’adapter les méthodes agricoles pourrait potentiellement entraîner une augmentation des coûts, une diminution du rendement ainsi qu’un risque accru de résistance ou de perte des récoltes, modifiant substantiellement sa situation opérationnelle.

32 Par la troisième branche du deuxième moyen, la requérante fait valoir que le Tribunal a commis une erreur de droit en la privant, par son interprétation trop stricte de la condition tenant au fait d’être directement concernée, du droit à un recours juridictionnel effectif.

Appréciation de la Cour

33 Premièrement, il ressort d’une jurisprudence constante que, dans le cadre d’un recours en annulation fondé sur l’article 263 TFUE, la recevabilité du recours doit être appréciée au regard de la situation existant à la date du dépôt de la requête (voir, en ce sens, arrêt du 24 octobre 2013, Deutsche Post/Commission, C‑77/12 P, EU:C:2013:695, point 65 et jurisprudence citée).

34 Partant, le Tribunal n’a commis aucune erreur de droit en examinant si, à la date d’introduction du recours formé devant lui, la requérante avait démontré qu’elle exportait du thé vers l’Union, afin de déterminer si le règlement litigieux produisait directement des effets sur sa situation juridique au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE.

35 Deuxièmement, dans la mesure où la requérante invoque la nature dynamique et fluide du commerce international pour faire valoir que le règlement litigieux l’empêchera, à l’avenir, d’exporter du thé vers l’Union, force est de constater que cette argumentation est soulevée pour la première fois devant la Cour. En conséquence, conformément à la jurisprudence rappelée au point 21 de la présente ordonnance, elle doit être rejetée comme étant manifestement irrecevable.

36 Troisièmement, s’agissant des incidences du règlement litigieux sur les activités de la requérante, le Tribunal a considéré, au point 122 de l’ordonnance attaquée, que l’exportation de thé vers l’Union n’étant pas établie, les effets de ce règlement sur sa situation juridique n’étaient pas démontrés.

37 Ce n’est ainsi qu’à titre surabondant qu’il a ajouté, au point 123 de l’ordonnance attaquée, que le seul fait qu’un acte soit susceptible d’avoir une influence sur la situation matérielle d’une partie requérante, et non sur la situation juridique de cette partie, ne suffit pas pour qu’il puisse être considéré qu’il la concerne directement.

38 Or, il ressort d’une jurisprudence constante que les griefs dirigés contre des motifs surabondants d’une décision du Tribunal ne sauraient entraîner l’annulation de cette décision et sont donc inopérants (arrêt du 1er août 2025, France et Commission contre CWS Powder Coatings e.a., C‑71/23 P et C‑82/23 P, EU:C:2025:601, point 134 ainsi que jurisprudence citée).

39 Quatrièmement, dans la mesure où la requérante soutient que l’interprétation faite par le Tribunal de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, aurait porté atteinte à son droit à un recours juridictionnel effectif, il convient de rappeler que l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas pour objet de modifier le système de contrôle juridictionnel prévu par les traités, et notamment les règles relatives à la recevabilité des recours formés directement devant la juridiction de l’Union, ainsi qu’il découle également des explications afférentes à cet article 47, lesquelles doivent, conformément à l’article 6, paragraphe 1, troisième alinéa, TUE et à l’article 52, paragraphe 7, de la Charte, être prises en considération pour l’interprétation de celle-ci (arrêt du 4 juin 2015, Andechser Molkerei Scheitz/Commission, C‑682/13 P, EU:C:2015:356, point 29 et jurisprudence citée).

40 Or, ainsi que le Tribunal l’a considéré à bon droit aux points 44 à 47 de l’ordonnance attaquée, le fait qu’un requérant doit être directement concerné par l’acte contre lequel il a introduit un recours en annulation figure au nombre des conditions de recevabilité de ce recours et exige notamment que cet acte produise directement des effets sur la situation juridique du requérant. Il s’ensuit que l’article 47 de la Charte ne s’oppose pas à ce que le recours de la requérante formé en l’espèce soit déclaré irrecevable, faute pour celle-ci d’être directement concernée par le règlement litigieux (voir, en ce sens, arrêt du 4 juin 2015, Andechser Molkerei Scheitz/Commission, C‑682/13 P, EU:C:2015:356, points 30 et 31).

41 Eu égard aux considérations qui précèdent, le deuxième moyen doit être écarté comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

Sur le troisième moyen, tiré d’une motivation insuffisante et obscure

Argumentation de la requérante

42 Le troisième moyen comporte deux branches, dont la première est tirée d’un défaut de motivation quant à l’appréciation des éléments de preuve et de l’argumentation de la requérante et, la seconde, d’un manque de clarté en ce qui concerne la distinction entre les incidences matérielles et juridiques sur la situation de la requérante.

43 Par la première branche de ce moyen, la requérante fait valoir que, aux points 124 et 125 de l’ordonnance attaquée, le Tribunal n’a pas suffisamment motivé son appréciation des éléments de preuve qu’elle avait présentés ni procédé à une analyse exhaustive de ceux-ci. Elle fait également valoir que le fait que le Tribunal n’a pas suffisamment pris en considération, aux points 121 à 123 de l’ordonnance attaquée, son argumentation juridique selon laquelle des modifications opérationnelles substantielles seraient de nature à satisfaire à la condition tenant au fait d’être directement concerné, constituerait une nouvelle erreur de droit.

44 Par la seconde branche dudit moyen, la requérante soutient que l’affirmation du Tribunal figurant aux points 121 à 123 de l’ordonnance attaquée, selon laquelle le seul fait qu’un acte soit susceptible d’avoir une influence sur la situation matérielle d’une partie requérante ne suffit pas à établir qu’il la concerne directement, n’est ni claire ni précise. Le Tribunal n’aurait pas explicité la distinction qu’il a opérée entre les incidences matérielles, qu’il a jugées insuffisantes pour établir que la requérante était directement concernée, et les incidences ayant des implications juridiques directes. Ce manque de clarté serait particulièrement problématique dans le contexte de mesures réglementaires qui imposent des changements opérationnels substantiels aux entreprises.

Appréciation de la Cour

45 Selon une jurisprudence constante, l’obligation de motivation constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé de la motivation, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux (arrêt du 18 janvier 2024, Jenkinson/Conseil e.a., C‑46/22 P, EU:C:2024:50, point 130 ainsi que jurisprudence citée).

46 Partant, le Tribunal satisfait à cette obligation lorsque la motivation d’un arrêt ou d’une ordonnance fait apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement du Tribunal, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la décision prise et à la Cour d’exercer son contrôle juridictionnel. L’obligation de motivation qui s’impose au Tribunal n’oblige cependant pas celui-ci à fournir un exposé qui suivrait, de manière exhaustive et un par un, tous les raisonnements articulés par les parties au litige et cette motivation peut, dès lors, être implicite à condition qu’elle permette aux intéressés de connaître les raisons pour lesquelles le Tribunal n’a pas fait droit à leurs arguments et à la Cour de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle (arrêt du 18 janvier 2024, Jenkinson/Conseil e.a., C‑46/22 P, EU:C:2024:50, point 131 ainsi que jurisprudence citée).

47 En l’occurrence, tout d’abord, contrairement à ce que soutient la requérante, les points 121 à 125 de l’ordonnance attaquée font apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement du Tribunal, de manière à permettre à la requérante de connaître les justifications de la décision prise et à la Cour d’exercer son contrôle juridictionnel.

48 Ensuite, ainsi qu’il résulte de la jurisprudence rappelée au point 46 de la présente ordonnance, le Tribunal n’était nullement tenu de répondre de manière exhaustive à chacun des arguments avancés par la requérante. Il ressort clairement de l’ordonnance attaquée que le Tribunal a considéré qu’aucun élément de preuve présenté par celle-ci ne venait corroborer la déclaration sur l’honneur mentionnée au point 11 ci-dessus et que, par suite, la requérante n’avait pas établi que sa situation juridique était directement concernée par le règlement litigieux.

49 Enfin, quant à l’argument tiré d’une distinction insuffisamment claire entre les incidences d’ordre matériel et juridique sur la situation de la requérante, il suffit de relever que cet argument porte sur un motif surabondant de l’ordonnance attaquée, ainsi qu’il a été constaté au point 37 de la présente ordonnance, et ne saurait, partant, prospérer, conformément à la jurisprudence rappelée au point 38 de la présente ordonnance.

50 Eu égard aux considérations qui précèdent, il convient d’écarter le troisième moyen comme étant manifestement non fondé et, par conséquent, de rejeter le pourvoi dans son ensemble comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

Sur les dépens

51 En application de l’article 137 du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 2, de ce règlement de procédure, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.

52 La présente ordonnance étant adoptée sans que le pourvoi ait été notifié à l’autre partie à la procédure et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que la requérante supportera ses propres dépens.

Par ces motifs, la Cour (neuvième chambre) ordonne :

1) Le pourvoi est rejeté comme étant, pour partie, manifestement irrecevable et, pour partie, manifestement non fondé.

2) Maud Tea & Seed Co. Ltd supporte ses propres dépens.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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18/12/2025

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