Jurisprudence CJUE62025TC0702

Conclusions de l'avocat général M. J. Martín y Pérez de Nanclares, présentées le 9 septembre 2026.###

CELEX62025TC0702
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

Édition provisoire

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL

M. José MARTÍN y PÉREZ DE NANCLARES

présentées le 9 septembre 2026 (1)

Affaire T702/25

Metsä Board Sverige AB

contre

Naturvårdsverket

[demande de décision préjudicielle formée par le Nacka tingsrätt - Mark- och miljödomstolen (tribunal de première instance de Nacka, section des affaires immobilières et environnementales, Suède)]

« Renvoi préjudiciel – Environnement – Pollution atmosphérique – Directive 2003/87/CE – Système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre – Article 3, sous e), de la directive 2003/87 – Notion d’“installation” – Notion d’“unité technique fixe” – Critères d’appréciation – Notions de “lien technique”, de “site” et d’“exploitant” »






I. Introduction

1. Il est communément admis que in claris non fit interpretatio (« l’interprétation cesse lorsque les choses sont claires »). Par conséquent, si une norme contient une définition claire d’un élément, sa compréhension ne devrait pas poser de difficulté majeure à l’opérateur juridique. Cependant, la réalité est bien différente et la pratique judiciaire donne souvent raison à Hart qui, dans le chapitre VII de son célèbre ouvrage Le concept de droit, explique à l’aide d’exemples très parlants que toutes les règles juridiques ont un coût sous forme d’incertitude. Ainsi, face à la réalité, nous nous rendons compte que le monde dans lequel nous vivons n’est pas constitué d’un nombre fini de caractéristiques pouvant se combiner de manière parfaitement prévisible. Au contraire, il arrive parfois que même des définitions apparemment claires posent des difficultés d’interprétation (2).

2. C’est, en un certain sens, ce que nous pouvons constater dans la présente affaire, qui est aussi importante que curieuse. Elle soulève la question de l’interprétation de la portée d’une notion essentielle pour le fonctionnement du système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ci-après le « SEQE »), à savoir celle d’« installation ». D’aucuns pourraient penser que l’application de cette notion ne devrait pas poser de problèmes majeurs, notamment puisqu’elle fait l’objet d’une définition légale à l’article 3, sous e), de la directive 2003/87/CE (3). Hélas, il n’en est rien, car, ainsi que nous le verrons, la définition comporte elle-même des termes dont les contours ne présentent pas le degré de précision attendu d’une réglementation en essence technique. En particulier, au vu de l’obligation de comptabiliser les émissions rejetées au sein des installations, l’identification de leur périmètre revêt une importance primordiale.

3. La définition de la notion d’« installation » comporte, à mon sens, deux volets. Le premier vise les installations dans lesquelles se déroulent une ou plusieurs activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87. Le second détermine, en substance, dans quelle mesure une activité industrielle ne relevant pas de cette annexe fait néanmoins partie d’une installation soumise aux obligations du SEQE. Seul ce second volet a déjà été interprété par la Cour.

4. Or, pour la présente affaire, c’est le premier volet de la définition qui est pertinent, dès lors que, dans le cadre de celle-ci, s’opposent une entreprise et une autorité nationale au sujet de la question de savoir si l’activité de production de carton de ladite entreprise fait partie de l’installation d’une autre entreprise, fabriquant de la pâte à papier. Si les deux activités relèvent de l’annexe I de la directive 2003/87, l’incertitude demeure quant aux critères à retenir afin de déterminer leur appartenance ou non à une installation unique.

II. Cadre juridique

A. Directive 96/61

5. En vertu de l’article 2, point 3, de la directive 96/61/CE (4), une « installation », était « une unité technique fixe dans laquelle [intervenaient] une ou plusieurs des activités figurant à l’annexe I ainsi que toute autre activité s’y rapportant directement qui [était] liée techniquement aux activités exercées sur le site et qui [était] susceptible d’avoir des incidences sur les émissions et la pollution ».

B. Directive 2003/87

6. La directive 2003/87, telle que modifiée par le règlement 2024/795 (ci-après la « directive 2003/87 »), établit le SEQE dans l’Union européenne. En vertu de son article 2, paragraphe 1, elle s’applique aux activités indiquées à ses annexes I et III, ainsi qu’aux gaz à effet de serre énumérés à son annexe II.

7. Cette directive comporte, à son article 3, des définitions, dont, sous b), celle de la notion d’« émissions », qui doit être comprise comme « le rejet de gaz à effet de serre, à partir de sources situées dans une installation ».

8. Cet article, sous e), dispose qu’une « installation » est « une unité technique fixe où se déroulent une ou plusieurs des activités indiquées à l’annexe I ainsi que toute autre activité s’y rapportant directement qui est liée techniquement aux activités exercées sur le site et qui est susceptible d’avoir des incidences sur les émissions et la pollution ».

9. Ledit article, sous f), définit la notion d’« exploitant ». Il s’agit de « toute personne qui exploite ou contrôle une installation ou, lorsque la législation nationale le prévoit, toute personne à qui un pouvoir économique déterminant sur le fonctionnement technique de l’installation a été délégué ».

10. En vertu de l’annexe I, point 1, seconde phrase, de la directive 2003/87, les installations dans lesquelles, au cours d’une période de référence, les émissions issues de la combustion de biomasse contribuent à plus de 95 % en moyenne aux émissions totales moyennes de gaz à effet de serre ne sont pas visées par ladite directive.

C. Règlement délégué 2019/331

11. L’article 2, point 17, du règlement délégué (UE) 2019/331 (5) dispose que la notion de « fusion » vise « la fusion de deux ou plusieurs installations détenant déjà des autorisations d’émettre des gaz à effet de serre, pour autant que ces installations soient techniquement liées, qu’elles soient exploitées sur le même site et que l’installation résultante soit couverte par une autorisation d’émettre des gaz à effet de serre ».

12. Aux termes du même article, point 18, la notion de « scission » désigne « la division d’une installation en deux ou plusieurs installations couvertes par des autorisations distinctes d’émettre des gaz à effet de serre et exploitées par des exploitants différents ».

III. Faits à l’origine du litige et demande de décision préjudicielle

13. Le 6 novembre 2024, le Naturvårdsverket (agence de protection de l’environnement, Suède) a pris la décision de retirer, avec effet au 31 décembre 2025, l’autorisation d’émettre des émissions de gaz à effet de serre dont bénéficiait l’usine de carton exploitée par Metsä Board Sverige AB (ci-après « Metsä Board ») à Husum (Suède). Cette décision était fondée sur la réglementation suédoise transposant la directive 2003/87, dont, notamment, son article 3, sous e), et son annexe I, point 1.

14. En particulier, l’agence de protection de l’environnement considérait que l’usine de carton ainsi que l’usine de pâte à papier, sise sur le même terrain et exploitée par Husum Pulp AB, faisaient partie d’une « installation » unique, au sens de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. Aux fins de sa conclusion, cette agence s’est appuyée sur les liens techniques et juridiques entre les entreprises. D’une part, les deux usines sont connectées par des conduits, permettant à Metsä Board d’utiliser de la pâte à papier, de la chaleur et de l’électricité produites par Husum Pulp. D’autre part, cette dernière est une filiale de la première entreprise, qui en détient une participation de 70 %.

15. En conséquence, l’agence de protection de l’environnement a comptabilisé conjointement les émissions de CO2 provenant des deux usines. Elle a ainsi constaté que, au cours des années 2019 à 2023, ces émissions provenaient à plus de 95 % de la combustion de biomasse, de sorte que, conformément à l’annexe I, point 1, seconde phrase, de la directive 2003/87, celle-ci devenait inapplicable à l’installation unique.

16. Saisie du recours contre la décision de l’agence de protection de l’environnement, le Nacka tingsrätt - Mark- och miljödomstolen (tribunal de première instance de Nacka, section des affaires immobilières et environnementales, Suède) s’interroge sur le point de savoir si les usines de carton et de pâte à papier appartiennent effectivement à une seule installation. Cette juridiction note que, selon la définition consacrée à l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, une installation est une unité technique fixe dans laquelle se déroulent une ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive. Les activités qui ne relèvent pas de cette annexe peuvent également faire partie d’une installation, sous réserve de certaines conditions. Celles-ci ont été analysées par la Cour. Elle n’aurait, en revanche, jamais examiné la question de l’appartenance de plusieurs activités relevant de ladite annexe à une installation unique.

17. Dans ces conditions, le Nacka tingsrätt - Mark- och miljödomstolen (tribunal de première instance de Nacka, section des affaires immobilières et environnementales) a décidé de surseoir à statuer et de poser, dans le cadre de la procédure prévue à l’article 267 TFUE, les questions préjudicielles suivantes :

« 1) [...] il ressort des arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne que les critères suivants ont été décisifs pour déterminer quand une unité (qui n’est pas désignée à l’annexe I [de la directive 2003/87]) fait partie d’une installation en vertu de la seconde partie de l’article 3, sous e)[, de cette directive] :

– en cas d’arrêt des activités de l’installation, l’unité exerce son activité de production de manière autonome,

– l’unité influence les émissions totales de l’installation et peut ainsi, du point de vue de l’installation, augmenter ou diminuer de manière autonome les émissions de celle-ci, et

– une partie de la production de l’installation s’effectue afin de satisfaire aux besoins de l’unité.

Ces critères doivent-ils s’appliquer, en tout ou en partie, lors de l’appréciation effectuée dans le cadre de la première partie de l’article 3, sous e), quant à savoir si deux activités indiquées à l’annexe I constituent une unité technique, ou bien cette appréciation doit-elle se fonder sur d’autres critères ?

2) À la lumière de la réponse apportée à la première question, quelle est la portée des circonstances suivantes pour déterminer si l’usine de carton et l’usine de pâte à papier constituent une unité technique :

– La moitié de la pâte produite dans l’usine de pâte à papier est pompée sous forme de pâte humide directement vers l’usine de carton, et représente environ 65 à 70 % des besoins en pâte à papier de l’usine de carton. Outre cela, l’usine de carton achète de la pâte à papier séchée qui est trempée à l’usine.

– L’usine de pâte à papier produit de la vapeur et de l’électricité provenant de la production de pâte à papier. L’usine de carton achète une partie de la vapeur et de l’électricité produites par l’usine de pâte à papier [...] Les besoins en vapeur de l’usine de carton sont principalement couverts par la vapeur produite par l’usine de pâte à papier. L’électricité achetée à l’usine de pâte à papier couvre la moitié des besoins en électricité de l’usine de carton, le reste étant acheté sur le marché ouvert de l’électricité.

– L’usine de carton et l’usine de pâte à papier sont situées sur le même terrain et partagent le captage d’eau brute et le traitement des eaux usées.

– En cas d’arrêt des activités de l’usine de pâte à papier, la production de carton peut être maintenue à hauteur de 80 % de la capacité actuelle en augmentant les achats externes de pâte (séchée), en louant des générateurs de vapeur mobiles et en achetant de l’électricité sur le marché ouvert [...]

3) Il est précisé à la section 2.1 des orientations de la Commission européenne relatives à l’annexe I de la directive 2003/87 que les unités appartenant à des propriétaires différents, qui sont techniquement liées entre elles, mais exploitées par un exploitant ayant un pouvoir économique déterminant sur le fonctionnement technique de ces unités constituent une installation. Dans ce contexte, comment convient-il de comprendre la notion d’installation lorsque l’une des usines est exploitée par une filiale détenue à 70 % par la société mère qui exploite l’autre usine ? »

IV. Procédure devant la Cour et le Tribunal

18. La présente demande de décision préjudicielle a été déposée au greffe de la Cour le 24 septembre 2025. En application de l’article 50 ter du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, cette demande a été transmise au Tribunal.

19. Metsä Board, les gouvernements finlandais et norvégien ainsi que la Commission européenne ont déposé des observations écrites. Metsä Board, l’agence de protection de l’environnement, le gouvernement norvégien ainsi que la Commission ont participé à l’audience de plaidoiries qui s’est tenue le 8 juillet 2026.

V. Appréciation juridique

A. Considérations liminaires

20. Avant d’entamer mon analyse, il me paraît utile d’en déterminer le point de départ. Je propose donc que l’on s’attarde, tout d’abord, sur la singularité de la présente affaire, ce qui nous permettra de mieux cerner l’objet de la demande de Metsä Board au principal (1). Ensuite, puisque la Cour a déjà procédé à l’interprétation de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, j’envisage de rappeler les traits essentiels de sa jurisprudence (2). Enfin, sur la base de ces éléments, j’esquisserai la problématique qui se trouve, à mon sens, au cœur de la présente affaire ainsi que les contours de l’examen auquel je compte procéder (3).

1. Singularité de l’affaire

21. Les activités de production de pâte à papier et de carton sont visées à l’annexe I de la directive 2003/87. Conformément à l’article 2, paragraphe 1, de cette directive, elles relèvent du SEQE, pour autant que leur exercice génère des émissions des gaz à effet de serre énumérés à l’annexe II de ladite directive (6). Ces activités se déroulent au sein des installations, au sens de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, appartenant, respectivement, à Husum Pulp et à Metsä Board.

22. En vertu de l’annexe I, point 1, seconde phrase, de la directive 2003/87, les installations dont les émissions proviennent de la combustion de biomasse à plus de 95 % ne relèvent plus du SEQE (ci-après la « règle des 95 % »). Les émissions générées par la production de pâte à papier dans l’installation de Husum Pulp excèdent, bien que de manière marginale, ce seuil, de sorte que cette installation sort du champ d’application du SEQE. En revanche, l’activité de production de carton qui se déroule au sein de l’installation de Metsä Board est loin d’atteindre ce seuil et relève donc, en principe, du champ d’application du SEQE. En revanche, si l’usine de carton de Metsä Board et l’usine de pâte à papier de Husum Pulp faisaient partie d’une installation unique, comme l’estime l’agence de protection de l’environnement, le seuil de 95 % serait dépassé. Le cas échéant, l’activité de production de carton ne serait plus soumise au SEQE.

23. La singularité de la présente affaire réside dans la volonté de Metsä Board d’éviter que son activité soit exclue du SEQE, nonobstant les obligations de surveillance, de comptabilisation des émissions de CO2 et de restitution d’un nombre de quotas d’émission correspondant que le système comporte (7). Ces obligations sont, en effet, contrebalancées par les avantages économiques que Metsä Board peut escompter si son installation demeurait incluse dans le SEQE. Je m’explique.

24. D’un point de vue technique, une partie importante de l’énergie consommée par Metsä Board provient de l’usine de pâte à papier de Husum Pulp. Cette dernière génère, dans le cadre de sa production, un surplus d’énergie, notamment sous forme de chaleur transformée en vapeur et sous forme d’électricité. Metsä Board a confirmé lors de l’audience de plaidoiries que la vapeur importée depuis l’usine de pâte à papier couvre 100 % des besoins de la production de carton. Les émissions liées à la génération de cette vapeur ne sont comptabilisées que dans le chef de Husum Pulp (8).

25. Dans la mesure où ces émissions résultent de la combustion de biomasse, leur facteur d’émission est, en principe, égal à zéro, de sorte qu’elles ne nécessitent pas d’être compensées par la restitution d’un nombre correspondant de quotas d’émission (9). En tout état de cause, comme déjà indiqué, l’usine appartenant à Husum Pulp est sortie du champ d’application du SEQE, en vertu de la règle des 95 %. Cette entreprise n’est donc pas tenue d’acquérir des quotas d’émission.

26. Corrélativement, la consommation, par Metsä Board, de la vapeur produite par Husum Pulp ne génère pas d’émissions dans son chef (10). Or, pour son activité de production de carton, Metsä Board a droit à l’allocation gratuite de quotas d’émission, dont le nombre est déterminé sur la base des « référentiels de produits ». Ces référentiels ont été établies sur la base d’une valeur moyenne des émissions liées aux besoins en chaleur de la production (11). Les émissions réelles de Metsä Board sont largement inférieures à la valeur retenue pour la production de carton, ce qu’elle a confirmé en réponse à une question posée lors de l’audience de plaidoiries. Il en résulte que l’application des référentiels génère un bénéfice pour cette entreprise, qui est en mesure de revendre l’excédent des quotas alloués à titre gratuit (12).

27. Je tiens à rappeler à cet égard que la Cour a jugé que le régime d’allocation de quotas d’émission à titre gratuit visait à inciter à l’utilisation de techniques efficaces afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le bénéfice pouvant être tiré de la vente de quotas qui ont été alloués, mais ne devront plus être restitués dès lors que l’exploitant concerné a réduit ses émissions en investissant dans des techniques innovantes, fait partie intégrante de cette incitation (13).

28. Cela étant, le législateur de l’Union a estimé que, dans certaines situations, le maintien de cet effet incitatif ne semblait plus être justifié. Il en va ainsi des installations qui brûlent presque exclusivement de la biomasse. En effet, comme nous l’avons vu au point 25 des présentes conclusions, les émissions qui en résultent ne doivent pas être compensées par la restitution de quotas d’émission. Dès lors, les installations dans lesquelles ce type d’émissions dépassait un certain seuil pouvaient réaliser des bénéfices exceptionnels en raison de l’allocation d’un nombre de quotas d’émission supérieur aux émissions soumises à l’obligation de restitution (14). C’est la raison pour laquelle le législateur de l’Union a ajouté, par l’intermédiaire de la directive 2023/959, une deuxième phrase à l’annexe I, point 1, de la directive 2003/87, établissant la règle des 95 %.

29. C’est dans ce contexte très spécifique que Metsä Board soutient que son usine constitue une installation indépendante, malgré les liens techniques et fonctionnels qui existent entre celle-ci et l’usine de pâte à papier appartenant à Husum Pulp.

2. Jurisprudence sur le second volet de la notion d’« installation »

30. Au soutien de son argumentation, Metsä Board s’appuie sur la définition de la notion d’« installation », figurant à l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. La Cour a établi que cette définition comporte deux volets (15). D’une part, une installation est constituée par une unité technique fixe où se déroulent une ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive. D’autre part, une telle installation peut comprendre des activités connexes qui, ne relevant pas de cette annexe, ne sont pas soumises au SEQE en tant que telles, pourvu que trois conditions soient réunies. Premièrement, l’activité connexe doit se rapporter directement à une activité visée à l’annexe I, deuxièmement, elle doit être techniquement liée à cette activité et, troisièmement, elle doit être susceptible d’avoir des incidences sur les émissions de celle-ci.

31. Examinant ces conditions, la Cour a précisé que le rapport direct doit se matérialiser par l’existence d’un lien technique de telle sorte que la connexion entre les activités concernées concourt à l’intégrité du processus technique global de l’activité relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 (16). Il s’ensuit, en substance, que les activités connexes doivent servir aux activités de l’unité technique fixe soumises au SEQE.

32. En revanche, la Cour ne s’est jamais prononcée sur l’interprétation du premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, qui établit les critères permettant de considérer que plusieurs activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87, telles que les activités de production de pâte à papier et de carton, font partie d’une unité technique fixe et, par conséquent d’une seule installation.

3. Divergences d’interprétation du premier volet de la notion d’« installation »

33. L’identification des critères du premier volet de la notion d’« installation », évoqués au point précédent, est complexe, ce que confirment les observations écrites soumises au Tribunal, qui ne permettent guère de dissiper le brouillard entourant la question. La requérante au principal, le gouvernement finlandais et la Commission estiment que l’existence de liens techniques constitue un critère pertinent, par analogie au second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. En revanche, leurs positions divergent quant à l’intensité de ces liens. Le gouvernement norvégien, en revanche, soutient qu’il n’est pas nécessaire que deux ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive soient liées techniquement afin de pouvoir conclure à leur appartenance à une seule installation. Si cette circonstance pouvait être prise en compte, le critère déterminant serait toutefois leur exploitation commune par un seul exploitant, au sens de l’article 3, sous f), de ladite directive. La Commission partage l’appréciation selon laquelle le contrôle opérationnel par l’exploitant est décisif. Il permettrait de déterminer si des activités techniquement liées font partie d’une installation unique. Le gouvernement finlandais considère, au contraire, que la personne de l’exploitant n’a pas d’importance. Lors de l’audience de plaidoiries, l’agence de protection de l’environnement a appuyé la position du gouvernement finlandais, tandis que la Commission s’est expressément ralliée au gouvernement norvégien. Ce faisant, cette institution a nuancé ses écritures, soutenant qu’un lien technique n’est pas indispensable afin de conclure que plusieurs activités font partie de la même installation.

34. Compte tenu de l’importance de la notion d’« installation » pour le fonctionnement du SEQE, on peut s’étonner du flou qui l’entoure et de la place laissée aux différentes interprétations. Il ressort, à cet égard, d’un document explicatif de la Commission, ainsi que de ses observations écrites et orales, que la définition de cette notion laisserait une large marge d’appréciation aux États membres qui pourraient ainsi légitimement adopter des pratiques hétérogènes en ce qui concerne le regroupement de plusieurs activités au sein d’une seul installation (17). J’estime que cette affirmation devrait être nuancée.

35. En effet, la directive 2003/87 définit elle-même la notion d’« installation » et ne confère pas aux États membres le soin d’en préciser la portée. En particulier, son article 3, sous e), ne renvoie pas au droit des États membres, mais utilise des notions autonomes du droit de l’Union, qui doivent recevoir une interprétation uniforme. En outre, à mon sens, l’exigence d’égalité de traitement des opérateurs soumis au SEQE s’oppose à ce qu’une notion aussi centrale pour le fonctionnement du SEQE ou ses éléments constitutifs fassent l’objet d’interprétations divergentes, au gré des États membres (18). En revanche, il ne saurait être exclu que l’application des différentes notions exige des appréciations au cas par cas de la part des autorités compétentes, ce qui leur conférerait, en fonction de la complexité de l’analyse requise, une certaine marge d’appréciation.

36. Dans mes conclusions, il m’incombera de préciser les contours de la notion d’« installation », ce que je propose de faire en recourant notamment aux méthodes d’interprétation habituelles. Pour rappel, selon la jurisprudence constante, aux fins de l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union, il y a lieu de tenir compte non seulement des termes de celle-ci, mais également de son contexte et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elle fait partie, sans méconnaître son libellé (19).

37. À l’aune de ces principes, je propose de clarifier la question de savoir si le premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 doit être distingué du second. Dans ce cadre, je chercherai à établir si les conditions s’appliquant à l’inclusion, dans la notion d’« installation », des activités non visées à l’annexe I de cette directive, sont également pertinentes lorsqu’il s’agit de déterminer si plusieurs activités figurant dans cette annexe forment une installation (B). Cet examen sera suivi d’une analyse centrée sur le premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. Elle impliquera, d’une part, l’examen de la notion d’« unité technique fixe » en tant qu’élément central de la définition de la notion d’« installation » (C) ainsi que, d’autre part, l’appréciation des facteurs susceptibles de restreindre sa portée (D).

38. L’approche ainsi esquissée me permettra de répondre conjointement à l’ensemble des trois questions préjudicielles, dont l’objet se résume, à mon avis, en la détermination de la portée du premier volet de la définition de la notion d’« installation » et des critères inhérents à celle-ci.

B. Autonomie du premier volet de la notion d’« installation »

39. Ainsi que je l’ai indiqué tant au point 3 qu’au point 30 des présentes conclusions, je considère que l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 comporte deux volets distincts.

40. En particulier, selon moi, les différentes versions linguistiques de la définition de la notion d’« installation » permettent de comprendre que les trois conditions du second volet, à savoir le rapport direct entre l’activité connexe et l’activité visée à l’annexe I de la directive 2003/87, le lien technique entre elles et les effets de l’activité connexe sur les émissions, ne visent pas à encadrer le cas de figure faisant l’objet du premier volet (20).

41. En ce sens, le premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 est axé sur la notion d’« unité technique fixe » au sein de laquelle se déroulent deux ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive. Autrement dit, pour que ces activités puissent faire partie d’une installation, elles doivent avoir lieu au sein d’une telle unité.

42. Le contexte normatif dans lequel s’insère l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 révèle que la distinction de ses deux volets correspond à la logique du SEQE. En effet, la référence aux activités visées à l’annexe I de cette directive, aux fins du premier volet de la définition de la notion d’« installation », est le résultat direct de la délimitation du champ d’application de la directive en vertu de son article 2 (21). Ce premier volet a, en conséquence, pour objet la détermination du périmètre des installations qui regroupent des activités soumises au SEQE en tant que telles.

43. En revanche, le second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 prévoit l’extension du SEQE aux activités non visées à son annexe I. Alors que celles-ci ne relèvent pas du champ d’application de cette directive, elles peuvent néanmoins contribuer à la génération d’émissions de gaz à effet de serre. Partant, dans l’hypothèse où elles sont liées à une unité technique fixe dans laquelle s’exercent des activités incluses dans l’annexe I, leur inclusion dans le SEQE est justifiée (22). Il s’agit là d’une exception limitée à la règle générale établie à l’article 2 de la directive 2003/87, ce qui explique qu’elle soit soumise à la réunion des trois conditions énumérées au titre du second volet de l’article 3, sous e), de cette directive.

44. Il s’ensuit, à mon avis, qu’une installation au sens de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 est, avant tout, une unité technique fixe au sein de laquelle se déroulent des activités visées à son annexe I. Ce n’est qu’accessoirement que d’autres activités peuvent également être incluses dans cette unité et, par conséquent, dans la même installation.

45. La genèse de cette disposition confirme que les conditions de son second volet sont étrangères à la définition de la notion d’« installation » suivant son premier volet. Au début du processus législatif, la Commission proposait de considérer simplement que relèvent d’une installation les « unités techniques fixes où se déroulent une ou plusieurs des activités indiquées à l’annexe I » (23), sans prévoir de conditions supplémentaires. L’inclusion d’activités accessoires n’était donc pas envisagée.

46. Le processus législatif ultérieur montre que le cœur de la définition de la notion d’« installation », telle que proposée initialement, n’a pas été modifié. Cette définition a simplement été complétée d’un second volet distinct. En effet, sur la base de la position commune du Conseil (24), une incise a été ajoutée à la proposition de la Commission, afin qu’elle englobe également « toute autre activité s’y rapportant directement qui est liée techniquement aux activités exercées sur le site et qui est susceptible d’avoir des incidences sur les émissions et la pollution ». Cet ajout reprenait à l’identique le libellé de l’article 2, point 3, de la directive 96/61. Il visait, selon la Commission, à permettre « d’appliquer l’échange de droits d’émission aux activités se rapportant directement aux activités énumérées à l’annexe I de la directive » (25).

47. Dans ces conditions, je considère que, afin de déterminer, en application de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, si les activités de production de pâte à papier et de carton en cause au principal ont lieu au sein d’une seule installation, il convient de vérifier, conformément au premier volet de la définition prévue à cette disposition, si, ensemble, elles font partie d’une unité technique fixe.

C. Portée de la notion d’« unité technique fixe »

48. La détermination de la portée de la notion d’« unité technique fixe » ne va pas de soi. Aux fins de son interprétation, je propose d’identifier les exigences qui découlent effectivement de cette notion en ce qui concerne l’existence éventuelle d’un lien unissant les activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 (1). Puis, j’envisage de préciser leur portée (2).

1. Exigence implicite d’un lien technique

49. Ainsi qu’il ressort des éléments déjà exposés, en particulier aux points 40 à 43 des présentes conclusions, selon moi, le premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 ne pose pas les mêmes conditions que le second volet de cette disposition.

50. Il me semble toutefois que ce constat doit être relativisé aussitôt en ce qui concerne la troisième condition du second volet, selon laquelle une activité non visée à l’annexe I de la directive 2003/87 doit être susceptible d’avoir des incidences sur les émissions. Celle-ci présente une certaine pertinence pour le premier volet, dans la mesure où, en réalité, elle reflète les limites du champ d’application de cette directive, tel que défini à son article 2. Comme indiqué au point 21 des présentes conclusions, il ressort de cet article que, en l’absence d’émissions au sens de l’article 3, sous b), de la même directive, une activité, fût-elle visée à son annexe I, ne saurait relever du SEQE.

51. De même, j’ai tendance à considérer que la deuxième condition du second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, tenant à l’existence d’un lien technique entre une activité visée à l’annexe I de cette directive et l’activité connexe, fait écho à une condition plus large, inhérente à la notion d’« unité technique fixe ». Désignant la structure dans laquelle doivent se dérouler les activités qui font partie d’une installation, celle-ci comporte en soi l’exigence d’un certain lien technique entre ces activités.

52. À mon sens, cette dernière conclusion peut être fondée sur l’interprétation littérale, téléologique et systématique de la notion d’« unité technique fixe ».

53. Dans le sens habituel du langage courant, une « unité » peut désigner un ensemble d’éléments liés, tels que les membres du corps humain, un élément faisant partie d’un tout homogène, tel qu’un produit fabriqué en série, ou une structure technique permettant de réaliser une opération, telle qu’une unité de production (26). Aucune de ces définitions linguistiques ne me paraît satisfaisante dans le contexte de la directive 2003/87. Elles nous fournissent néanmoins des indices utiles (27).

54. En outre, l’un des adjectifs qui accompagne le terme « unité » semble définir la nature du lien requis, exigeant une connexion « technique ». L’autre adjectif précise que l’unité doit être « fixe », vraisemblablement par opposition aux activités mobiles ou ambulantes.

55. Il convient également de tenir compte du fait que le terme « unité » est utilisé aux fins de la définition de la notion d’« installation » et que les activités d’une installation ne sont pas nécessairement homogènes. En tout état de cause, une telle exigence ne ressort pas de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. Au contraire, une unité technique fixe, au sens de cette disposition, peut comprendre différents types d’activités visées à l’annexe I de cette directive.

56. Il s’ensuit, à mon avis, que la notion d’« unité technique fixe » désigne des activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87 qui présentent des liens techniques entre elles, sans qu’il soit nécessaire qu’elles poursuivent une production commune. Il va de soi qu’un tel lien n’est pas exigé lorsque, au sein d’une installation, n’a lieu qu’une seule activité.

57. Cette interprétation du premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 est confirmée par l’article 2, point 17, du règlement délégué 2019/331, dont il découle que la fusion de deux ou plusieurs installations est subordonnée à trois conditions. Conformément à l’une de ces conditions, les installations concernées doivent être techniquement liées. L’application de cette disposition du règlement délégué 2019/331 suppose, dès lors, une connexion technique entre les unités techniques à fusionner et, partant, entre les activités qui composeront la future installation commune.

58. Compte tenu des considérations qui précèdent, je considère que tant le premier que le second volets de la définition de la notion d’« installation » exigent l’existence d’un lien technique entre les activités qui composent une telle installation, peu importe s’il s’agit uniquement des activités qui relèvent de l’annexe I de la directive 2003/87 ou s’il y a lieu d’inclure des activités qui n’y sont pas visées. Autrement dit, une installation ne peut comprendre que des activités techniquement liées.

2. Niveau d’exigence associé à l’existence d’un lien technique

59. Le niveau d’exigence requis afin de pouvoir conclure à l’existence d’un lien technique appelle des précisions complémentaires. En particulier, je propose d’examiner si cette exigence, inhérente à la notion d’« unité technique fixe », se confond avec la condition expresse prévue pour l’inclusion des activités connexes ne relevant pas de l’annexe I de la directive 2003/87.

a) Considérations générales sur le niveau d’exigence requis

60. J’estime que, en principe, la notion d’« unité technique fixe » peut faire l’objet d’une interprétation relativement souple, dans la mesure où ses contours ne sont pas déterminés par des critères précis (28). Il me paraît toutefois que notre marge interprétative est limitée par les indices qui découlent de la systématique inhérente à l’article 3, sous e), de la directive 2003/87.

61. En effet, ainsi que je l’ai établi au point 58 des présentes conclusions, les activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87 font partie d’une « unité technique fixe » lorsqu’elles présentent un lien technique entre elles. Toutefois, cette condition du premier volet de la définition de la notion d’« installation » est seulement implicite, alors qu’une telle condition est expressément prévue au titre du second volet de la définition. L’analyse que j’ai effectuée aux points 39 à 47 des présentes conclusions confirme qu’il s’agit de conditions distinctes, qui, à mon sens, ne sauraient avoir la même portée. Ainsi, l’interprétation de la première de ces conditions ne devrait pas être de nature à priver la seconde de sa portée autonome.

62. En outre, il ressort des points 43 et 44 des présentes conclusions que, selon l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, le regroupement d’une activité non visée à l’annexe I de cette directive avec une autre qui en relève implique que les deux se déroulent au sein d’une seule unité technique fixe. Le législateur de l’Union a toutefois précisé, par l’ajout d’une condition expresse, que l’inclusion, dans une installation, des activités non visées à l’annexe I est subordonnée à l’existence d’un lien technique. Cette circonstance témoigne, selon moi, de la volonté d’imposer un lien qualifié au titre du second volet de l’article 3, sous e). Le niveau d’exigence associé à ce lien qualifié devrait être plus élevé que celui s’appliquant au lien établi seulement implicitement à travers la notion d’« unité technique fixe ».

63. J’estime qu’il découle, par ailleurs, de la systématique de la directive 2003/87 en tant que telle, que l’exigence d’un lien entre les activités qui relèvent du champ d’application de cette directive ne saurait être aussi contraignante que l’exigence similaire prévue pour l’inclusion, dans une installation, des activités qui, autrement, ne relèveraient pas de ce champ d’application (29).

64. En revanche, je ne crois pas que l’objectif principal du SEQE, à savoir la réduction des émissions, puisse fournir des éléments utiles à la détermination du niveau d’exigence requis par la notion d’« unité technique fixe ». L’obligation de réunir plusieurs activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 au sein d’une seule installation ne semble pas présenter d’avantages directs pour le SEQE et, plus précisément, pour l’objectif de réduire les émissions de CO2. En effet, l’obligation de comptabiliser les émissions générées par une telle activité demeure inchangée lorsqu’elle est exercée au sein d’une installation distincte. La circonstance qu’une définition large du périmètre d’une installation pourrait simplifier l’application des règles du SEQE lorsque plusieurs activités sont techniquement liées, notamment par des transferts de chaleur, ne me semble pas pertinente (30).

65. De même, à l’instar de tous les participants à l’audience de plaidoiries, je considère qu’aucun indice ne saurait être tiré de la règle des 95 %, prévue à l’annexe I, point 1, seconde phrase, de la directive 2003/87. Comme déjà relevé à titre liminaire (31), en vertu de celle-ci, ne relèvent plus du champ d’application du SEQE les installations dont les émissions issues de la combustion de biomasse dépassent, au cours d’une période de référence, le seuil de 95 % des émissions totales. Cette règle ne saurait militer en faveur ou contre une interprétation large de la notion d’« unité technique fixe ».

66. En effet, le regroupement de deux activités, dont l’une, prise isolément, sort du champ d’application de la directive 2003/87, conformément à la règle des 95 %, peut aboutir à des résultats diamétralement opposés. Soit le seuil de 95 % continue à être franchi, comme c’est le cas dans notre affaire, soit ce seuil n’est plus dépassé. Dans le second cas de figure, l’installation commune demeure soumise au SEQE, ce qui est susceptible d’entraîner une surcompensation de la première des deux activités lors de l’allocation des quotas à titre gratuit. Le cas échéant, l’incitation de réduire les émissions de la seconde activité serait atténuée (32).

67. Compte tenu des considérations qui précèdent, j’estime que l’exigence d’un lien technique, découlant implicitement de la notion d’« unité technique fixe », doit recevoir une interprétation plus souple que la condition expresse tenant à l’existence d’un lien technique, consacrée au titre du second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87.

b) Concrétisation du niveau d’exigence requis

68. Afin de déterminer concrètement le niveau d’exigence requis pour établir le lien technique visé implicitement au premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87, je propose de prendre comme point de départ la jurisprudence relative à l’interprétation du second volet.

69. Il ressort des points 42 à 48 de l’arrêt Granarolo (33) que l’existence d’une connexion entre différentes activités aux fins de la fourniture d’énergie ne suffit à constituer un lien technique que si elle présente une forme d’intégration spécifique et distinctive au sein du processus technique propre à l’activité principale. Il en va ainsi lorsque cette connexion concourt à l’intégrité du processus technique global de cette dernière activité. Le même arrêt permet de comprendre qu’un tel degré d’intégration est atteint lorsque l’activité connexe génère un produit qui est un intrant indispensable pour l’exercice de l’activité principale, de sorte que, en cas d’interruption de fourniture, cette dernière ne pourrait plus être poursuivie (34).

70. Par l’interprétation du second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 ainsi retenue, la Cour semble avoir fusionné deux conditions distinctes de ce volet, à savoir d’une part, celle tenant au rapport direct de l’activité connexe à l’activité principale, et d’autre part, celle relative au lien technique entre ces activités. En particulier, le caractère indispensable de l’activité connexe pour l’exercice de l’activité principale semble plutôt témoigner d’un rapport direct que d’un lien technique, ce qui ressort, à mon sens, des arrêts Elektriciteits Produktiemaatschappij Zuid-Nederland EPZ (35) et Granarolo (36).

71. L’approche de la Cour explique non seulement l’interprétation restrictive de la notion de « lien technique », mais constitue, à mon avis, une confirmation supplémentaire que cette interprétation ne saurait être directement pertinente afin de déterminer la portée de la notion d’« unité technique fixe ». En effet, la condition tenant au rapport direct entre l’activité connexe et l’activité principale est étrangère au premier volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. En particulier, il ne me paraît pas possible de considérer qu’elle ressorte, implicitement, de la notion d’« unité technique fixe ». En outre, cette condition fait partie de celles régissant spécifiquement l’inclusion des activités non visées à l’annexe I de cette directive. Elle traduit donc un niveau d’exigence plus élevé que celui requis pour le regroupement des activités relevant de cette annexe (37).

72. Dans ces conditions, et compte tenu également des considérations exposées aux points 59 à 67 des présentes conclusions, je considère que l’existence d’une unité technique fixe constituée par deux activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 suppose que l’une contribue au fonctionnement de l’autre et que cette contribution se matérialise par une quelconque connexion technique entre les deux.

73. En ce qui concerne l’objet ou la nature de la contribution, j’ai tendance à considérer qu’il convient de se référer, par analogie, à la jurisprudence relative à la deuxième condition du second volet de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. Le cas échéant, il devrait être requis, au minimum, que l’une des activités concourt au processus technique global de l’autre. En revanche, le degré d’intensité ou l’ampleur de la contribution est nécessairement moindre que celle requise pour l’inclusion des activités non visées à l’annexe I de la directive 2003/87, en raison précisément de la circonstance que l’on est en présence d’activités relevant toutes deux de cette annexe. Il me semble par conséquent qu’il n’est pas nécessaire qu’elle soit qualifiée, voire indispensable. En ce sens, constitue une contribution la fourniture d’un intrant généré par l’une des activités à l’autre. Cela peut être, à titre d’exemple, l’apport d’un surplus en énergie ou le transfert d’un autre produit, utilisés aux fins de l’exercice de l’activité liée. En revanche, l’utilisation, en commun, de certaines infrastructures qui ne concourent pas au processus de production, telles qu’un bâtiment ou un système de drainage des eaux de pluie, ne devrait pas être pertinente (38).

74. Quant à la nature de la connexion technique, j’estime, également par analogie à la jurisprudence, qu’il convient de tenir compte de l’organisation matérielle du site sur lequel les activités concernées ont lieu, dont notamment la mise en place de conduits ou d’autres dispositifs permettant le transfert, entre les activités concernées, de leurs produits. Les stipulations contractuelles liant deux entreprises ne me paraissent pas déterminantes à cet égard (39).

D. Limites de la notion d’« unité technique fixe »

75. La portée du premier volet de la définition de la notion d’« installation » que je viens d’esquisser est très large. Elle permet de regrouper des activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 du simple fait qu’il existe une connexion technique entre elles, indépendamment de la proximité entre les usines où ces activités ont lieu ou l’identité de leurs propriétaires. Une telle acception est susceptible de soulever des difficultés pratiques, dans la mesure où le transfert de la chaleur produite de manière accessoire dans une usine vers une autre usine, qui l’utilise aux fins de sa propre production, se révèle être une stratégie importante pour la réduction des émissions (40).

76. Cependant, le premier volet de cette définition est, à mon sens, soumis à deux limites, l’une tenant à l’emplacement des usines dans lesquelles se déroulent des activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 (1) et l’autre tenant à la personne de l’exploitant (2).

1. Limite tenant à l’emplacement des usines

77. Je suis d’avis qu’il découle du libellé de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 que les activités d’une unité technique fixe, qu’elles relèvent ou non de l’annexe I de cette directive, doivent avoir lieu sur le même site (41). D’une part, une telle exigence se retrouve dans la formulation de la deuxième condition du second volet de cette disposition, en ce qu’elle requiert un lien technique entre les activités non visées à l’annexe I et les « activités exercées sur le site ».

78. D’autre part, cette interprétation littérale de l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 est corroborée par l’article 2, point 17, du règlement délégué 2019/331. Comme déjà indiqué, il en ressort que la fusion de deux ou plusieurs installations est subordonnée à trois conditions (42). Outre l’existence d’un lien technique, ce point exige notamment que l’exploitation des installations à fusionner ait lieu sur le même site.

79. La notion de « site » n’étant définie ni dans la directive 2003/87, ni dans le règlement délégué 2019/331, il convient, avant tout, de déterminer sa portée en fonction du sens habituel de ce terme, étant précisé que certaines versions linguistiques de la directive 2003/87 emploient des notions plus génériques, se référant aux activités exercées sur le même lieu. Dans le contexte qui est le nôtre, ces notions semblent désigner, tout comme le terme « site », soit l’emplacement d’une industrie, à savoir le lieu où est implantée une usine, soit un espace plus vaste, tel qu’un parc industriel, destiné à l’accueil d’usines, d’industries ou d’entreprises (43).

80. Sauf erreur de ma part, ni la directive 2003/87, ni le règlement délégué 2019/331 ne comportent de précisions explicites qui permettraient de circonscrire davantage la portée de la notion de « site ». Pour autant, ainsi que je l’ai déjà relevé (44), je ne considère pas que l’emploi d’une notion qui nécessite d’être définie devrait, à défaut de renvoi aux droits nationaux, conférer une marge d’appréciation aux États membres en ce qui concerne sa définition. Au contraire, l’interprétation uniforme de la notion s’impose, notamment afin d’assurer l’égalité de traitement des opérateurs. Dès lors, la portée de la notion de « site » doit être déterminée en fonction du contexte dans lequel elle est utilisée et des objectifs poursuivis par le SEQE.

81. Si l’objectif de réduction des émissions ne devrait pas influer sur l’interprétation de la notion d’« installation » (45), l’intégration des activités non visées à l’annexe I de la directive 2003/87 dans le SEQE pourrait toutefois militer en faveur de l’interprétation large de la notion de « site ».

82. Par ailleurs, je relève que, dans un document explicatif (46), la Commission indique que l’existence d’un lien géographique étroit entre les activités ou leur connexion par des routes de transport non publiques serait un indice de leur exploitation sur un même site. Constituerait également un tel indice l’existence d’une connexion technique entre différents terrains ou zones, même si la distance entre eux est longue.

83. Malgré ces indices, les limites géographiques du site d’une installation demeurent floues, ce qui, en l’occurrence, n’est pas problématique, puisque l’appartenance des usines de production de pâte à papier et de carton au même site ne semble pas être litigieuse. Certes, lors de l’audience de plaidoiries, Metsä Board a signalé que les deux usines se situent sur des terrains appartenant à des propriétaires différents. Elle a toutefois clarifié, en réponse à une question, qu’il s’agit d’un même site. Les deux unités de production s’y trouvent en proximité directe et présentent des connexions physiques, de sorte que, vu de l’extérieur, il est difficile de distinguer les lieux où se déroulent les différentes activités. Partant, aux fins des présentes conclusions, il n’est pas nécessaire de préciser davantage les limites géographiques inhérentes à la notion de « site ».

84. Dans ces conditions, je propose de retenir que la notion de « site » est susceptible de désigner un espace, tel qu’un parc industriel, destiné à l’accueil d’usines, d’industries ou d’entreprises.

2. Limite tenant à l’exploitant

85. Je considère que, bien que les conditions du premier volet de la définition de la notion d’« installation » soient remplies, à savoir que plusieurs activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87 sont liées techniquement et se déroulent sur un même site, ces activités ne forment pas nécessairement une unité technique fixe. Plus particulièrement, j’estime qu’il y a plusieurs motifs juridiques dont il découle que de telles activités ne font partie d’une telle unité et, par conséquent, d’une installation que lorsqu’elles sont soumises au contrôle d’un seul exploitant, au sens de l’article 3, sous f), de cette directive.

a) Identification de la personne de l’exploitant

86. Avant d’examiner les motifs justifiant la prise en compte de l’exploitant aux fins de la détermination du périmètre d’une installation, il me paraît judicieux de déterminer la ou les personnes pouvant être qualifiées comme tel et de déterminer leur rôle au sein du SEQE.

87. Il ressort de l’article 3, sous f), de la directive 2003/87 que la définition de la notion comporte trois cas de figure. Ainsi, est qualifiée d’exploitant une personne qui exploite une installation ou qui la contrôle ou, si les États membres le permettent, une personne à qui un pouvoir économique déterminant sur le fonctionnement technique de l’installation a été délégué. La réglementation suédoise semble avoir transposé les trois cas de figure. À mon avis, ils se confondent largement puisqu’ils partagent la même essence.

88. La jurisprudence ne confirme pas explicitement cette dernière affirmation. Il ressort toutefois de l’arrêt Granarolo qu’une personne ne saurait être l’exploitant d’une installation que si elle a la maîtrise effective sur le fonctionnement de celle-ci et, dès lors, sur le rejet des émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas nécessairement du propriétaire. Certes, la maîtrise sur le fonctionnement d’une installation peut être le résultat de l’exercice, par le propriétaire de l’installation, de ses droits. Cependant, il lui est loisible de prévoir, contractuellement, qu’une autre personne est en charge de l’exploitation, lui conférant notamment le droit de déterminer le niveau de production. Un tel contrat peut s’analyser comme une délégation du pouvoir économique déterminant sur le fonctionnement de l’installation (47).

89. En ce qui concerne la présente affaire, ces considérations confirment que la circonstance que Husum Pulp est détenue majoritairement par Metsä Board ne signifie pas en soi que cette dernière est l’exploitant de l’activité de production de pâte à papier exercée par Husum Pulp.

90. Selon moi, il résulte de l’économie de la directive 2003/87 que l’exigence de maîtrise effective sur le fonctionnement de l’installation est étroitement liée aux obligations qui incombent à l’exploitant au sein du SEQE. En particulier, le législateur de l’Union semble avoir considéré que, en tant que personne responsable du rejet des émissions de l’installation qu’il gère, l’exploitant devrait être en mesure de surveiller et de déclarer ces émissions (48). Cette obligation fait partie intégrante des conditions auxquelles est subordonné l’octroi d’une autorisation d’émettre des gaz à effet de serre à l’exploitant d’une installation, conformément aux articles 4 à 6 de la directive 2003/87. En l’absence d’autorisation, l’exercice des activités visées à l’annexe I de cette directive est prohibé. C’est également à l’exploitant de l’installation qu’il incombe de restituer, le 30 septembre de chaque année au plus tard, un nombre de quotas correspondant aux émissions totales de cette installation au cours de l’année civile précédente, conformément à l’article 12, paragraphe 3, sous a), de la même directive. Cette dernière obligation est l’un des piliers du SEQE (49).

91. Par ailleurs, l’article 3, sous f), de la directive 2003/87 repose sur le principe de l’exploitant unique. Il découle de son libellé qu’une installation ne peut être exploitée que par une seule personne (50). De même, les articles 4 et 6 de cette directive se réfèrent, au singulier, à l’exploitant d’une ou de plusieurs installations. En outre, l’article 6, paragraphe 1, second alinéa, de ladite directive prévoit expressément qu’un même exploitant peut exploiter plusieurs installations. Inversement, il n’y est pas question de l’exploitation d’une installation unique par une pluralité d’exploitants.

92. Je suis d’avis que le principe de l’exploitant unique est conforme à la logique du système établi par le législateur de l’Union. Celui-ci cherchait à identifier une seule personne comme étant responsable de remplir les obligations auxquelles le SEQE subordonne l’exercice des activités rejetant des gaz à effet de serre (51). C’est d’ailleurs l’exploitant qui encourt l’amende prévue à l’article 16, paragraphe 3, de la directive 2003/87 lorsqu’il n’assure pas le respect de l’exigence de restituer suffisamment de quotas d’émission (52).

93. Il s’ensuit que, lors de l’octroi des autorisations d’émettre des gaz à effet de serre, les autorités compétentes des États membres doivent veiller à ce que la personne nommée comme exploitant d’une installation a effectivement la maîtrise sur son fonctionnement et est en mesure de respecter les obligations de surveillance et de déclaration des émissions ainsi que de restitution des quotas d’émission. Faisant écho aux arguments présentés notamment par le gouvernement norvégien, je tiens à souligner que ce n’est que dans les limites de l’examen, au cas par cas, de ces critères que les autorités nationales peuvent disposer d’une marge d’appréciation.

b) Distinction des installations en fonction de l’exploitant

94. Ayant déterminé les critères permettant d’identifier la personne de l’exploitant ainsi que ses responsabilités, j’examinerai, comme annoncé, les raisons pour lesquelles deux ou plusieurs activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87 ne forment une unité technique fixe que lorsqu’elles sont soumises au contrôle d’un seul et même exploitant.

95. À cet égard, si une telle exigence ne ressort pas expressément du libellé de l’article 3, sous f), de la directive 2003/87, au vu de la définition qui y est prévue, j’ai tendance à considérer qu’une activité ne saurait faire partie d’une installation que si l’exploitant en a la maîtrise effective. En d’autres termes, ce n’est pas le lien technique entre différentes activités relevant de l’annexe I de cette directive, mais le contrôle conféré à l’exploitant qui détermine, in fine, leur appartenance à une installation unique.

96. À mon sens, cette interprétation de l’article 3, sous e), lu en combinaison avec le même article, sous f), de la directive 2003/87, est conforme à la systématique et aux objectifs de cette directive.

97. En particulier, d’une part, il me semble que le critère du contrôle exercé par l’exploitant est un élément dont il convient de tenir compte lors de la procédure d’autorisation prévue aux articles 4 à 6 de la directive 2003/87. En vertu de ces dispositions, il incombe à l’exploitant de demander l’autorisation d’émettre des gaz à effet de serre, indiquant dans sa demande les activités qui font partie de l’installation dont il a la responsabilité. Afin de déterminer le périmètre de cette responsabilité, l’exploitant est nécessairement tenu de communiquer à l’autorité compétente les informations qui permettent de vérifier qu’il remplit les exigences réglementaires requises. Ainsi que je l’ai réitéré à plusieurs reprises, l’exploitant doit avoir la maîtrise effective sur le fonctionnement de l’installation et donc sur les activités qui la composent et il doit être en mesure de surveiller et de déclarer les émissions que leur exercice génère (53).

98. D’autre part, cette interprétation de l’article 3, sous f), de la directive 2003/87, ne remet pas en cause l’objectif de réduction des émissions. En effet, comme indiqué au point 64 des présentes conclusions, il semble que le regroupement des activités relevant de l’annexe I de cette directive en une seule installation ne comporte pas d’avantages particuliers pour la réalisation de cet objectif. Dès lors, il devrait être indifférent pour la réalisation de cet objectif que ces activités, lorsqu’elles se déroulent sur un même site et sont techniquement liées, font, par ailleurs, partie ou non d’une seule installation.

99. Je considère que cette interprétation de l’article 3, sous e), lu en combinaison avec le même article, sous f), de la directive 2003/87, est corroborée par plusieurs dispositions du règlement délégué 2019/331, qui complète les règles de la directive relatives à l’allocation des quotas d’émission à titre gratuit aux installations.

100. Tout d’abord, il ressort, selon moi, de l’article 2, points 17 et 18, de ce règlement, que l’identification d’une installation unique, menant des activités énumérées à l’annexe I de la directive 2003/87, exige la réunion de plusieurs exigences, dont celle tenant à l’exploitant commun. Ces points permettent de comprendre que deux ou plusieurs installations peuvent être couvertes par des autorisations distinctes et coexister ainsi de manière indépendante, alors même qu’elles sont techniquement liées et exploitées sur le même site. L’article 2, point 18, du règlement délégué 2019/331 précise qu’une telle coexistence nécessite l’exploitation de différentes installations par des exploitants distincts. Il s’ensuit que c’est le contrôle exercé par l’exploitant qui permet de déterminer l’existence d’une installation unique ou de plusieurs installations séparées.

101. Ensuite, l’article 2, point 17, du règlement délégué 2019/331, confirme que le regroupement de plusieurs activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87 au sein d’une installation unique est effectivement subordonné à la réunion de trois conditions cumulatives. Il faut donc un lien technique entre ces activités, leur exercice doit avoir lieu sur le même site et il est nécessaire qu’elles relèvent du contrôle d’un seul exploitant qui dispose d’une autorisation d’émettre des gaz à effet de serre correspondante.

102. Enfin, les règles spécifiques relatives à l’allocation des quotas d’émission à l’activité de production de pâte à papier sont fondées sur la prémisse selon laquelle des activités techniquement liées, telles que la production de papier et de carton, peuvent avoir lieu au sein d’installations distinctes. En effet, conformément à l’article 16, paragraphe 6, du règlement délégué 2019/331, lu en combinaison avec l’annexe IV, point 2.7, sous k), de ce règlement, le nombre de quotas à allouer gratuitement devrait être réduit si la pâte à papier n’est pas mise sur le marché, mais est transformée en papier dans la même installation ou dans des installations techniquement liées (54).

103. Ces dispositions corroborent, en outre, l’affirmation selon laquelle l’objectif de réduction des émissions ne comporte pas d’indice selon lequel la notion d’« installation » serait fondée exclusivement sur l’existence de liens techniques entre les différentes activités, sans égard à leur exploitant (55).

104. Par ailleurs, l’exigence de ne regrouper, au sein d’une installation unique, les activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87, qui sont techniquement liées, que lorsqu’elles sont exploitées par un exploitant commun remplit, à mon sens, deux fonctions étroitement liées. Elle assure, d’une part, que le SEQE respecte les modalités d’exploitation des installations conformément à la réalité économique et technique. D’autre part, je considère que cette exigence est de nature à empêcher le fractionnement artificiel des activités en méconnaissance de cette réalité (56).

105. Un tel fractionnement pourrait résulter de la scission d’activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87, qui sont si étroitement liées que leur exploitation autonome n’est, en réalité, pas possible. Il me semble, cependant, qu’une telle scission se heurterait à la notion même d’« exploitant ». Deux hypothèses concrètes me viennent à l’esprit. D’une part, dû aux aménagements techniques, l’exploitant de l’une des entités nouvellement créées continue de facto à contrôler le fonctionnement de l’autre. Il en conserverait donc la maîtrise, ce qui exclut, à mon avis, l’octroi d’une autorisation séparée à un exploitant distinct. D’autre part, l’interdépendance de deux entités pourrait permettre aux exploitants de se bloquer mutuellement, de sorte qu’aucun d’entre eux ne maîtriserait le fonctionnement de l’entité qui lui est assignée. Le cas échéant, ces exploitants ne satisferaient pas aux exigences qui découlent de l’article 3, sous f), de la directive 2003/87, ce qui entraînerait le rejet de leurs demandes d’autorisation.

106. Si le Tribunal n’est pas compétent pour se prononcer sur l’application des règles de droit au cas d’espèce (57), il me paraît néanmoins utile de souligner, en réponse aux interrogations très concrètes de la juridiction de renvoi, que l’approvisionnement d’une installation auprès d’une autre en matières primaires ou en énergie ne permet pas en soi de conclure à l’absence d’autonomie. En particulier, cette circonstance n’implique pas que l’exploitant de l’installation importatrice n’est pas en mesure de fixer les paramètres essentiels de son fonctionnement, tels que le niveau de production (58).

107. Enfin, je considère que la séparation des activités relevant de l’annexe I de la directive 2003/87, qui sont techniquement liées, en fonction de l’exploitant s’impose également pour d’autres motifs, étrangers au SEQE.

108. Comme déjà évoqué, le regroupement de telles activités au sein d’une installation unique va de pair avec l’octroi d’une autorisation d’émission des gaz à effet de serre à un seul exploitant (59). Compte tenu de ce principe, l’exigence de regrouper des activités techniquement liées, indépendamment des propriétaires des usines dans lesquelles elles se déroulent, ne pourrait guère être conciliée avec le droit à la liberté d’entreprise. En effet, au vu du rôle de l’exploitant, qui doit avoir la maîtrise effective sur l’installation unique, une telle exigence semble être de nature à empêcher l’exercice autonome d’une activité entrepreneuriale. Ainsi que l’a relevé l’avocat général Saugmandsgaard Øe, « [la finalité du SEQE] n’est pas de limiter les transactions susceptibles d’être effectuées par les entreprises qui exploitent des installations relevant du SEQE » (60).

109. L’interprétation du premier volet de la définition de la notion d’« installation » faisant abstraction de l’exploitant soulève également des difficultés au regard du droit de la concurrence. Tel pourrait être le cas lorsque, sur un seul site, des installations techniquement liées appartiennent à des entreprises distinctes et se trouvent dans une situation de concurrence. Le cas échéant, ces installations ne sauraient être regroupées et soumises au contrôle d’un même exploitant, qui maîtriserait leur fonctionnement.

110. À toutes fins utiles, je tiens encore à préciser que, à mon sens, l’exploitant n’est pas un critère distinctif pour l’identification des installations visées au second volet de la définition figurant à l’article 3, sous e), de la directive 2003/87. En effet, tant que les critères de rattachement prévus à cette disposition sont remplis, dont celui tenant au rapport direct entre l’activité connexe et l’activité visée à l’annexe I de ladite directive, une scission de ces activités me paraît exclue. En particulier, la cession de la propriété d’une activité ne relevant pas de l’annexe I de cette directive à un autre opérateur économique ne saurait aboutir au détachement de celle-ci de l’installation à laquelle elle appartient. Le cas échéant, les deux activités continueraient à relever d’une seule installation soumise au contrôle du même exploitant. Ce n’est que lorsque les critères de rattachement ne sont plus remplis que l’installation commune cesse d’exister. L’interprétation contraire semble être incompatible avec la notion d’« installation » et avec l’objectif de réduction d’émissions, en ce qu’elle permettrait de retirer artificiellement une activité du champ d’application du SEQE (61).

111. Dans ces conditions, il me semble que des activités visées à l’annexe I de la directive 2003/87 font partie d’unités techniques fixes distinctes et donc d’installations séparées lorsque chacune fait l’objet d’une autorisation propre, signifiant qu’elles sont soumises au contrôle d’exploitants distincts.

112. Compte tenu de l’analyse exposée dans les présentes conclusions, je considère que l’article 3, sous e), de la directive 2003/87 doit être interprété en ce sens que deux ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive font partie d’une seule installation, au sens de cette disposition, à condition qu’elles présentent un lien technique entre elles, qu’elles aient lieu sur le même site et qu’elles soient exploitées par le même exploitant, de sorte qu’elles appartiennent à une seule unité technique fixe.

VI. Conclusion

113. Eu égard à ce qui précède, je propose de répondre au Nacka tingsrätt - Mark- och miljödomstolen (tribunal de première instance de Nacka, section des affaires immobilières et environnementales, Suède) de la manière suivante :

L’article 3, sous e), de la directive 2003/87/CE du Parlement européen et du Conseil, du 13 octobre 2003, établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans [l’Union] et modifiant la directive 96/61/CE, telle que modifiée par le règlement (UE) 2024/795 du Parlement européen et du Conseil, du 29 février 2024,

doit être interprété en ce sens que :

deux ou plusieurs activités visées à l’annexe I de cette directive font partie d’une seule installation, au sens de cette disposition, à condition qu’elles présentent un lien technique entre elles, qu’elles aient lieu sur le même site et qu’elles soient exploitées par le même exploitant, de sorte qu’elles appartiennent à une seule unité technique fixe.

José Martín y Pérez de Nanclares

Ainsi présentées en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.

Le greffier Le président

V. Di Bucci M. van der Woude



1 Langue originale : le français.


2 Hart, H. L. A., The Concept of Law, 2e ed., Clarendon Press, Oxford, 1994 (première édition publiée en 1961), p. 124 à 154. Voir p. 128 : « uncertainty at the borderline is the price to be paid for the use of general classifying terms [...] If the world in which we live were characterized only by a finite number of features, and these together with all the modes in which they could combine were known to us, then provision could be made in advance for every possibility ». Voir également Hart, H. L. A., El concepto del Derecho, Abeledo Perrot, Buenos Aires, 2011, ainsi que Hart, H. L. A., Le concept de droit, 2e éd., Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, Bruxelles, 2022.


3 Directive du Parlement européen et du Conseil du 13 octobre 2003 établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans [l’Union] et modifiant la directive 96/61/CE (JO 2003, L 275, p. 32), telle que modifiée, en dernier lieu, par le règlement (UE) 2024/795 du Parlement européen et du Conseil, du 29 février 2024 (JO L, 2024/795).


4 Directive du Conseil du 24 septembre 1996 relative à la prévention et à la réduction intégrées de la pollution (JO 1996, L 257, p. 26).


5 Règlement de la Commission du 19 décembre 2018 définissant des règles transitoires pour l’ensemble de l’Union concernant l’allocation harmonisée de quotas d’émission à titre gratuit conformément à l’article 10 bis de la directive 2003/87 (JO 2019, L 59, p. 8)


6 Voir, en ce sens, arrêt du 28 février 2018, Trinseo Deutschland (C‑577/16, EU:C:2018:127, points 45, 46 et 51).


7 Voir, à cet égard, arrêt du 28 juillet 2016, Vattenfall Europe Generation (C‑457/15, EU:C:2016:613, points 30 et 31).


8 En vertu de l’annexe IV, point 1, A. et point 14 du règlement d’exécution (UE) 2018/2066 de la Commission, du 19 décembre 2018, relatif à la surveillance et à la déclaration des émissions de gaz à effet de serre au titre de la directive 2003/87 (JO 2018, L 334, p. 1), les émissions issues de la combustion de combustibles au sein d’une installation lui sont attribuées, indépendamment de l’exportation de chaleur ou d’électricité vers d’autres installations.


9 Il ressort de l’article 3, points 21, 21 bis, 23 quater et 23 quinquies, ainsi qu’articles 24, 30, 38 et 43, du règlement d’exécution 2018/2066, que l’exploitant peut déduire des émissions totales de la source les émissions provenant de la biomasse dont le facteur d’émission est considéré comme égal à zéro. Voir également « MRR Guidance document no 1 », de la Commission, intitulé « The Monitoring and Reporting Regulation – General guidance for installations », version actualisée du 14 janvier 2025. Voir, sur la valeur juridique de tels documents, arrêt du 18 janvier 2018, INEOS (C‑58/17, EU:C:2018:19, point 41).


10 Voir, en ce sens, arrêt du 28 février 2018, Trinseo Deutschland (C‑577/16, EU:C:2018:127, point 58).


11 Voir article 10 bis, paragraphes 1 et 2, et article 11 de la directive 2003/87, et annexe I du règlement délégué 2019/331.


12 En réponse à une question posée lors de l’audience de plaidoiries, l’agence de protection de l’environnement a indiqué que, en 2024, plus de 93 000 quotas d’émission ont été alloués à Metsä Board pour l’installation de production de carton qui émettait environ 11 000 tonnes de CO2. Conformément à l’article 3, sous a), de la directive 2003/87, un quota permet d’émettre une tonne d’équivalent-dioxyde de carbone. À titre d’information, il ressort d’une communication de l’Agence européenne pour l’environnement, publiée le 17 décembre 2025 sur son site Internet, que le prix moyen annuel d’un quota avait atteint 65 euros en 2024.


13 Arrêt du 25 novembre 2021, Aurubis (C‑271/20, EU:C:2021:959, point 70).


14 Voir, en ce sens, considérant 70 de la directive (UE) 2023/959 du Parlement européen et du Conseil, du 10 mai 2023, modifiant la directive 2003/87 et la décision (UE) 2015/1814 (JO 2023, L 130, p. 134).


15 Voir, en ce sens, arrêts du 9 juin 2016, Elektriciteits Produktiemaatschappij Zuid-Nederland EPZ (C‑158/15, EU:C:2016:422, points 27 et 28) ainsi que du 11 novembre 2021, Energieversorgungscenter Dresden-Wilschdorf (C‑938/19, EU:C:2021:908, points 50 et 53).


16 Arrêt du 11 novembre 2021, Energieversorgungscenter Dresden-Wilschdorf (C‑938/19, EU:C:2021:908, point 50).


17 Voir « EU ETS Guidance Document no 0 », de la Commission, intitulé « Guidance on Interpretation of Annex I of the EU ETS Directive (excl. aviation and maritime activities) », version actualisée du 4 décembre 2024 (ci-après le « document explicatif no 0 »), section 1.2.


18 Voir, par analogie, arrêt du 18 octobre 2011, Brüstle (C‑34/10, EU:C:2011:669, points 25 à 27 et 31).


19 Voir, en ce sens, arrêts du 20 juin 2019, ExxonMobil Production Deutschland (C‑682/17, EU:C:2019:518, point 71), du 1er octobre 2020, Entoma (C‑526/19, EU:C:2020:769, points 42 et 43) ainsi que du 25 janvier 2022, VYSOČINA WIND (C‑181/20, EU:C:2022:51, point 39).


20 Voir, à titre d’exemple, les versions en langues anglaise, danoise, espagnole, française, italienne, néerlandaise, portugaise, roumaine, suédoise et tchèque.


21 Voir arrêt du 28 février 2018, Trinseo Deutschland (C‑577/16, EU:C:2018:127, points 42 et 45). En vertu de son article 2, la directive 2003/87 s’applique également aux activités énumérées à son annexe III. Celles-ci ne sont pas visées dans le cadre de la présente affaire, puisque l’article 3, sous ae), de cette directive, dispose qu’elles sont exercées non pas au sein d’installations, mais par des entités réglementées.


22 Voir arrêt du 11 novembre 2021, Energieversorgungscenter Dresden-Wilschdorf (C‑938/19, EU:C:2021:908, point 53) ainsi que considérant 16 de la directive 2003/87, qui distingue les activités qui sont énumérées à l’annexe I de celles « qui sont incluses dans le système communautaire ».


23 Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans la Communauté et modifiant la directive 96/61, COM(2001) 581 final, du 23 octobre 2001.


24 Position commune (CE) no 28/2003, du 18 mars 2003, arrêtée par le Conseil, statuant conformément à la procédure visée à l’article 251 du traité instituant la Communauté européenne, en vue de l’adoption de la directive du Parlement européen et du Conseil établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans la Communauté et modifiant la directive 96/61 (JO 2003, C 125 E, p. 72).


25 Communication de la Commission au Parlement européen conformément à l’article 251, paragraphe 2, deuxième alinéa, du traité CE concernant la position commune arrêtée par le Conseil en vue de l’adoption de la directive du Parlement européen et du Conseil établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans la Communauté et modifiant la directive 96/61, SEC(2003) 364 final.


26 Voir Le Petit Robert de la langue française, Le Robert, 2026 (disponible en ligne), ainsi que Diccionario de la Lengua Española, Real Academia Española, 2026 (version 23.8.1, disponible en ligne).


27 Voir, en ce sens, arrêts du 27 janvier 1988, Danemark/Commission (349/85, EU:C:1988:34, point 9) et du 14 juillet 2026, NADA Austria e.a. (C‑474/24, EU:C:2026:579, point 125).


28 Voir, en ce sens, conclusions de l’avocate générale Kokott dans l’affaire Elektriciteits Produktiemaatschappij Zuid-Nederland EPZ (C‑158/15, EU:C:2016:139, point 27). Voir également mes observations aux points 32 à 36 des présentes conclusions.


29 Voir points 42 et 43 des présentes conclusions.


30 Cette possibilité a été évoquée dans la section 2.1 du document explicatif no 0.


31 Voir points 22, 25 et 28 des présentes conclusions.


32 Contrairement à l’objectif fixé par la règle des 95 % (voir considérant 70 de la directive 2023/959).


33 Arrêt du 29 avril 2021 (C‑617/19, EU:C:2021:338).


34 Voir, en ce sens, arrêt du 29 avril 2021, Granarolo (C‑617/19, EU:C:2021:338, points 47 et 48).


35 Arrêt du 9 juin 2016 (C‑158/15, EU:C:2016:422, point 30).


36 Arrêt du 29 avril 2021 (C‑617/19, EU:C:2021:338, point 42). L’avocat général Saugmandsgaard Øe proposait cette fusion au point 57 de ses conclusions dans l’affaire Granarolo (C‑617/19, EU:C:2020:1016).


37 Voir déjà en ce sens points 62 et 63 des présentes conclusions.


38 Voir, par analogie, arrêt du 29 avril 2021, Granarolo (C‑617/19, EU:C:2021:338, points 45 à 48).


39 Voir, par analogie, arrêts du 9 juin 2016, Elektriciteits Produktiemaatschappij Zuid-Nederland EPZ (C‑158/15, EU:C:2016:422, point 31), et du 29 avril 2021, Granarolo (C‑617/19, EU:C:2021:338, point 40).


40 Chinese, D., Meneghetti, A., Cortella, G., Giordano, L., Tomasinsig, E., et Benedetti, M., « Environmental and economic assessment of industrial excess heat recovery collaborations through 4th generation district heating systems », Energy, 2024, 307.


41 Cette exigence est évoquée dans la section 2.1 du document explicatif no 0.


42 Voir point 57 des présentes conclusions.


43 Voir Le Petit Robert de la langue française, Le Robert, 2026 (disponible en ligne), ainsi que Diccionario de la Lengua Española, Real Academia Española, 2026 (version 23.8.1, disponible en ligne). Voir également jurisprudence constante citée à la note en bas de page 27 des présentes conclusions.


44 Voir point 35 des présentes conclusions.


45 Voir point 64 des présentes conclusions.


46 « Guidance Document no 10 on the harmonised free allocation methodology for the EU ETS post 2020 », de la Commission, intitulé « Guidance on allocation for mergers and splits », version du 21 juin 2019, annexe.


47 Voir, en ce sens, arrêt du 29 avril 2021 (C‑617/19, EU:C:2021:338, points 51 à 56). Voir également la section 2.1 du document explicatif no 0, dont il ressort que le droit de propriété n’est pas déterminant en soi et qu’il conviendrait d’identifier la personne qui exploite effectivement les activités concernées.


48 Cela me paraît pouvoir être déduit des points 85, 88 et 93 des conclusions de l’avocat général Saugmandsgaard Øe dans l’affaire Granarolo (C‑617/19, EU:C:2020:1016).


49 Arrêt du 29 avril 2015, Nordzucker (C‑148/14, EU:C:2015:287, point 29).


50 Il ressort de la section 2.1. du document explicatif no 0 que la Commission part du même principe, ce qu’elle a confirmé lors de l’audience de plaidoiries.


51 Voir conclusions de l’avocat général Saugmandsgaard Øe dans l’affaire Granarolo (C‑617/19, EU:C:2020:1016, point 85, note en bas de page 26), qui évoque la nécessité de pouvoir rattacher l’autorisation d’émettre des gaz à effet de serre à la personne capable de surveiller et de déclarer les émissions.


52 Voir, à cet égard, arrêt du 17 octobre 2013, Billerud Karlsborg et Billerud Skärblacka (C‑203/12, EU:C:2013:664, point 28).


53 Voir points 88, 90, 93 et 95 des présentes conclusions.


54 Voir, en ce sens : « Guidance Document no 6 on the harmonised free allocation methodology for the EUETS », de la Commission, intitulé « Cross-Boundary Heat Flows », version actualisée du 28 mars 2024.


55 Voir également points 64 et 98 des présentes conclusions.


56 Cet objectif semble correspondre à l’interdiction des abus de droit, à savoir des montages purement artificiels, dépourvus de réalité économique [voir arrêt du 29 avril 2021, Granarolo (C‑617/19, EU:C:2021:338, points 63 et 64)].


57 Voir, en ce sens, mes conclusions dans l’affaire Digipolis Antwerpen et District09 (T‑575/24, EU:T:2025:973, point 46, et jurisprudence citée).


58 Voir à cet égard les considérations relatives à la maîtrise effective de l’installation par l’exploitant au point 88 des présentes conclusions.


59 Voir points 91, 92, 100 et 101 des présentes conclusions, relatifs au principe de l’exploitant unique.


60 Conclusions dans l’affaire Granarolo (C‑617/19, EU:C:2020:1016, point 82). Voir, pour un exemple de règles du SEQE qui n’entravent pas cette liberté, arrêt du 26 septembre 2014, DK Recycling und Roheisen/Commission (T‑630/13, non publié, EU:T:2014:833, point 58).


61 Dans l’arrêt du 29 avril 2021, Granarolo (C‑617/19, EU:C:2021:338, points 48, 57 et 60), la Cour a constaté la conformité de la cession d’une activité non visée à l’annexe I de la directive 2003/87, au motif qu’elle n’avait pas de rapport direct avec l’activité relevant de cette annexe.

Documents similaires

Jurisprudence CJUE62026TO0381(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#UC contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-381/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0330(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#TH contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-330/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0305(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#SNF Group contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no°528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de tétrakis(hydroxyméthyl)phosphonium (2:1) pour les types de produits 6, 11 et 12 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-305/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0359(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#YOU Solutions Germany GmbH contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no 528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de N‑(3‑aminopropyl)‑N‑dodécylpropane‑1,3‑diamine pour les types de produits 2 à 4 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-359/26 R.

14/09/2026