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AccueilDroit européen62025TJ0350
Jurisprudence CJUE62025TJ0350

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 8 juillet 2026.#Aguirre y Compañía, SA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale BLUE PADEL – Marques de l’Union européenne figuratives antérieures BULLPADEL – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Interdépendance des facteurs – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-350/25.

CELEX62025TJ0350
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 8 juillet 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)

8 juillet 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale BLUE PADEL – Marques de l’Union européenne figuratives antérieures BULLPADEL – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Interdépendance des facteurs – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑350/25,

Aguirre y Compañía, SA, établie à Madrid (Espagne), représentée par Mes J. Vicente Martínez, M. López Camba et E. Mourisco Ayuso, avocats,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. D. Gája, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Maria Margarida Moreira de Almeida Santos, demeurant à Lisbonne (Portugal), représentée par Me R. Dinis Lucas, avocate,

LE TRIBUNAL (première chambre),

composé de MM. E. Buttigieg (rapporteur), président, J. Schwarcz et Mme E. Tichy‑Fisslberger, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Aguirre y Compañía, SA, demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 26 mars 2025 (affaire R 1081/2024-5) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 18 novembre 2022, l’intervenante, Mme Maria Margarida Moreira de Almeida Santos, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal BLUE PADEL.

3 La marque demandée désignait les produits relevant notamment, après la limitation intervenue au cours de la procédure devant l’EUIPO, de la classe 25 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Jerseys [vêtements] ».

4 Le 28 mars 2023, la requérante a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était fondée sur les marques de l’Union européenne antérieures suivantes :

– la marque de l’Union européenne figurative reproduite ci-après, déposée le 14 août 2020 et enregistrée le 23 janvier 2021 sous le numéro 18 289 451, désignant les produits relevant des classes 18, 25 et 28 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations cuir ; malles et valises ; parapluies et parasols ; cannes ; portefeuilles, porte-monnaie, porte-cartes [portefeuilles] ; sacs à dos, sacs à main, sacs, sacs de sport » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie ; visières ; visières de casquettes ; articles vestimentaires de sport ; chemises, chemisettes, chemises polos, hauts [vêtements], pantalons et shorts, pantalons, jupes, sweat-shirts, justaucorps longs, vestes, coupe-vents, chaussettes, survêtements, manchettes [habillement] et bandeaux pour la tête [habillement] ; chaussures de sport ; baskets ; chapeaux, casquettes, foulards » ;

– classe 28 : « Autres articles de sport ; raquettes de padel, raquettes ; rubans antidérapants pour raquettes et battes, bandes de protection pour cadres de raquettes ; tubes pour ramasser et conserver des balles ; balles ; housses pour raquettes ».

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– la marque de l’Union européenne figurative reproduite ci-après, déposée le 6 octobre 2016 et enregistrée le 8 mars 2017 sous le numéro 15 896 855, désignant les produits relevant des classes 18, 25 et 35 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations cuir ; peaux d’animaux ; malles et valises ; parapluies et parasols ; cannes ; fouets et sellerie ; sacs à dos, portefeuilles, bourses, porte-cartes (portefeuilles) et sacs de sport » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie ; visières, visières de casquettes » ;

– classe 35 : « Vente en gros, au détail et par des réseaux informatiques mondiaux de cuir et cuir d’imitation, peaux d’animaux, malles et valises, parapluie et parasols, cannes, cravaches et articles de sellerie, sacs à dos et porte-billets, porte-monnaie, porte-cartes (portefeuilles), sacs de sport, articles vestimentaires, chaussures, articles de chapellerie, visières, visières pour casquettes, articles de sport, raquettes et raquettes de padel ».

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– la marque de l’Union européenne figurative reproduite ci-après, déposée le 19 décembre 2008 et enregistrée le 6 mai 2010 sous le numéro 7 480 767, désignant les produits relevant des classes 18, 25 et 28 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations du cuir, produits en ces matières non compris dans d’autres classes ; peaux d’animaux ; malles et valises ; parapluies, parasols et cannes ; fouets et sellerie ; tous les produits précités destinés uniquement au domaine des sports » ;

– classe 25 : « Vêtements de sport, chaussures de sport, chapellerie de sport » ;

– classe 28 : « Jeux, jouets ; articles de gymnastique et de sport non compris dans d’autres classes ; décorations pour sapins de Noël ; housses spécialement conçues pour skis et planches de surf ; housses spécialement conçues pour skis et planches de surf ».

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6 Les motifs invoqués à l’appui de l’opposition étaient ceux visés à l’article 8, paragraphe 1, sous b), et paragraphe 5, du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Le 26 mars 2024, la division d’opposition a rejeté l’opposition pour l’ensemble des produits en cause.

8 Le 24 mai 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.

9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours. Elle a considéré que, en l’espèce, il n’existait pas de risque de confusion dans l’esprit du public pertinent compte tenu de son niveau d’attention moyen, d’une faible similitude des produits visés par les marques en conflit, d’une faible similitude visuelle et conceptuelle et d’une similitude phonétique moyenne des signes en conflit, ainsi que du caractère distinctif normal des marques antérieures. Elle a également conclu à l’absence de renommée des marques antérieures dans la mesure où, selon elle, ces dernières ne bénéficiaient pas d’un caractère distinctif accru par l’usage, les éléments de preuve présentés à cet égard étant insuffisants, et aucun lien avec lesdites marques ne serait établi par le public pertinent en cas de confrontation avec les produits visés par la marque demandée.

Conclusions des parties

10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens exposés.

11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours dans son intégralité ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

12 L’intervenante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours dans son intégralité ;

– condamner la requérante à supporter les frais exposés dans le cadre de la procédure d’opposition, de la procédure de recours et du présent recours.

En droit

13 La requérante invoque deux moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et, le second, de la violation de l’article 8, paragraphe 5, du même règlement.

Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001

14 Par le premier moyen, la requérante soutient que la chambre de recours a erronément conclu à l’absence de risque de confusion dans l’esprit du public pertinent. La requérante considère que la chambre de recours a commis des erreurs d’appréciation concernant le niveau d’attention dudit public, la similitude des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, le caractère distinctif des marques antérieures ainsi que l’appréciation globale du risque de confusion.

15 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

16 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].

17 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

18 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si, en l’espèce, la chambre de recours a conclu, à juste titre, à l’absence de risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

19 La chambre de recours ayant commencé l’examen du risque de confusion à l’égard de la marque de l’Union européenne figurative antérieure n° 18 289 451 (ci-après la « marque antérieure »), il y a lieu d’analyser, tout d’abord, les appréciations afférentes à ladite marque.

Sur le public pertinent et son niveau d’attention

20 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

21 En l’espèce, la chambre de recours a constaté que le public pertinent était le grand public de l’Union européenne disposant, eu égard aux produits visés par les marques en conflit, d’un niveau d’attention moyen. Elle a également estimé pertinent, au point 20 de la décision attaquée, compte tenu desdites marques et desdits produits, de se concentrer en particulier sur le public de l’Union qui pratiquait le padel.

22 La requérante fait valoir que la chambre de recours n’aurait pas dû estimer pertinent de se concentrer sur le public de l’Union qui pratique le padel dans la mesure où, s’agissant des produits visés par les marques en conflit relevant de la classe 25, il convient de considérer que le public pertinent est composé des consommateurs moyens de vêtements en général, et non seulement de vêtements pour la pratique de sports. Elle ajoute que, ces produits étant des biens de consommation courante destinés au grand public, peu coûteux et ne présentant pas de propriétés techniques nécessitant un niveau d’attention moyen, le niveau d’attention dudit public doit être considéré comme étant « inférieur à la moyenne ».

23 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

24 Le public pertinent pour l’appréciation du risque de confusion est constitué des utilisateurs susceptibles d’utiliser tant les produits ou les services visés par la marque antérieure que ceux visés par la marque demandée. Ainsi, en règle générale, lorsque les produits ou les services de l’une des marques en conflit sont inclus dans la désignation plus large visée par l’autre marque, le public pertinent est défini par référence au libellé le plus spécifique [voir arrêt du 24 mai 2011, ancotel/OHMI – Acotel (ancotel.), T‑408/09, non publié, EU:T:2011:241, points 38 et 39 et jurisprudence citée].

25 À cet égard, il convient de relever que les produits visés par la marque demandée consistent en des « jerseys [vêtements] » relevant de la classe 25. Ces produits ne se limitent pas, en tant que tels, ainsi que le relève la requérante, à des produits destinés à la pratique du sport. Toutefois, il y a lieu de constater, à l’instar de l’EUIPO, que la chambre de recours n’a aucunement limité son appréciation de l’existence d’un risque de confusion à la partie du public pertinent qui pratiquait le padel, ainsi que cela ressort du point 83 de la décision attaquée, mais en a tenu compte aux fins de son appréciation de la similitude des produits et des signes en conflit. Cet argument de la requérante manque donc en fait.

26 Pour autant que la requérante fait valoir que le niveau d’attention du public pertinent pour les vêtements visés par la marque demandée relevant de la classe 25 est « inférieur à la moyenne », il y a lieu de constater, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, qu’il ressort de la jurisprudence que les vêtements relevant de la classe 25 sont considérés comme étant des produits de consommation courante destinés au grand public, qui fera preuve d’un niveau d’attention moyen lors de leur achat [voir arrêt du 29 novembre 2023, Beauty Boutique/EUIPO – Lightningbolt Europe (Représentation d’un éclair), T‑12/23, non publié, EU:T:2023:768, point 26 et jurisprudence citée].

27 Il résulte de ce qui précède que les arguments de la requérante ne sont pas susceptibles de remettre en cause les constatations de la chambre de recours concernant le public pertinent et son niveau d’attention.

Sur la comparaison des produits

28 S’agissant de la comparaison des produits, premièrement, la chambre de recours a considéré que, dans la mesure où les produits visés par la marque demandée étaient inclus dans la catégorie générale des vêtements relevant de la classe 25 et visés par la marque antérieure et qu’ils se chevauchaient avec la catégorie des articles vestimentaires de sport de la même classe, lesdits produits pouvaient être considérés comme identiques, tel que cela a été conclu par la division d’opposition et n’a pas été contesté par les parties.

29 Deuxièmement, la chambre de recours a considéré que les produits visés par la marque demandée, relevant de la classe 25, et les « raquettes de padel, raquettes », relevant de la classe 28 et visées par la marque antérieure, étaient complémentaires dans la mesure où ils étaient nécessairement utilisés ensemble pour pratiquer le padel, répondaient aux mêmes besoins des utilisateurs finaux, pouvaient être produits sous licence par des entreprises tierces pour les mêmes fabricants et commercialisés sous la même marque, emprunter les mêmes circuits de distribution et être vendus dans les mêmes magasins spécialisés. Elle a toutefois conclu que, eu égard aux aspects techniques de ces produits qui étaient manifestement différents et à leur fabrication qui différait, ils présentaient un faible degré de similitude.

30 La requérante partage les appréciations de la chambre de recours figurant au point 29 ci-dessus. Elle allègue uniquement que la chambre de recours a commis une erreur manifeste d’appréciation en retenant, au point 80 de la décision attaquée, un faible degré de similitude des produits visés par la marque demandée, relevant de la classe 25, et les « raquettes de padel, raquettes », relevant de la classe 28 et visées par la marque antérieure, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion. Cette contestation visant l’appréciation globale du risque de confusion relève de l’examen effectué aux points 92 à 98 ci-après.

Sur la comparaison des signes

31 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

32 En l’espèce, les signes à comparer se présentent comme suit :

Marque antérieure

Marque demandée

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BLUE PADEL


33 La marque demandée est une marque verbale composée des éléments verbaux « blue » et « padel ».

34 La marque antérieure est une marque figurative composée de l’élément verbal « bullpadel », écrit en caractères noirs, en italique, et suivi d’un élément figuratif ovale noir qui contient la lettre majuscule « B ».

35 La requérante reproche, en substance, à la chambre de recours d’avoir conclu que, examinés dans leur ensemble, les signes en conflit étaient similaires à un faible degré, alors que, selon elle, ces signes présentent, à tout le moins, un degré moyen de similitude. À l’appui de son argumentation, la requérante soulève des erreurs dans l’appréciation du caractère distinctif de l’élément verbal « padel » ainsi que dans les comparaisons visuelle, phonétique et conceptuelle des signes en conflit.

36 À cet égard, il y a lieu de rappeler, à titre liminaire, que l’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants. Ce n’est que si tous les autres composants de la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant (arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, points 41 et 42). Tel pourrait notamment être le cas lorsque ce composant est susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque sont négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci [arrêt du 24 octobre 2019, ZPC Flis/EUIPO – Aldi Einkauf (Happy Moreno choco), T‑498/18, EU:T:2019:763, point 71].

37 Il y a lieu de considérer que les éléments verbaux « bull », compris dans la marque antérieure, et « blue », compris dans la marque demandée, doivent être regardés comme distinctifs, ainsi que cela a été constaté par la chambre de recours au point 42 de la décision attaquée et n'a pas été contesté par la requérante.

– Sur le caractère distinctif de l’élément « padel » commun aux marques en conflit

38 La chambre de recours a considéré que l’élément « padel », commun aux signes en conflit, était dépourvu de caractère distinctif. Elle a relevé que le public pertinent le percevrait directement comme indiquant que les produits relevant des classes 25 et 28 et visés par les marques en conflit étaient destinés à la pratique du padel.

39 La requérante soutient que le terme « padel » est suggestif, et non descriptif des produits en cause. Elle estime que tous les produits relevant de la classe 25 ne sont pas automatiquement destinés à la pratique du padel de sorte que le mot « padel » peut revêtir un caractère distinctif intrinsèque à l’égard de ces produits, notamment des jerseys visés par la marque demandée, dans la mesure où bien qu’ils puissent être utilisés pour jouer au padel, ils ne sont pas spécifiquement conçus à cette fin.

40 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.

41 Il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, afin d’apprécier le caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’examiner l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits et les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits et ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif à l’égard des produits et des services pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 4 février 2026, Médis/EUIPO – RGCC (WelMedis), T‑142/25, non publié, EU:T:2026:70, point 31 et jurisprudence citée].

42 Or, selon la jurisprudence, le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque demandée et à une marque antérieure est un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes [voir arrêt du 26 mars 2015, Royal County of Berkshire Polo Club/OHMI – Lifestyle Equities (Royal County of Berkshire POLO CLUB), T‑581/13, non publié, EU:T:2015:192, point 41 et jurisprudence citée].

43 En outre, il convient de relever que les éléments descriptifs, non distinctifs ou faiblement distinctifs d’une marque complexe ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important, qui ont également une faculté plus grande à dominer l’impression d’ensemble produite par cette marque (voir, en ce sens, arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 53 et jurisprudence citée).

44 En l’espèce, il convient de constater, à l’instar de la chambre de recours que le terme « padel », commun aux marques en conflit, sera immédiatement perçu par le public pertinent comme non distinctif pour les produits désignés par lesdites marques dans la mesure où, d’une part, les produits visés par la marque antérieure sont, entre autres, des raquettes de padel et des articles vestimentaires de sport et, d’autre part, les produits visés par la marque demandée sont des jerseys, lesquels peuvent notamment être commercialisés ou utilisés pour la pratique du padel.

45 Par conséquent, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré que l’élément « padel », compris dans les marques en conflit, n’était pas distinctif pour les produits en cause.

– Sur la similitude visuelle

46 La chambre de recours a relevé que les signes en conflit comportaient un terme commun « padel », ne coïncidaient que par la lettre initiale « b », ainsi que par les lettres « u » et « l » dans leur premier élément, lesquelles se trouvaient toutefois à des positions différentes, mais que ces signes différaient par la dernière lettre de leur premier élément verbal, ainsi que par l’élément figuratif présent dans le signe antérieur. Eu égard, notamment, à l’absence de caractère distinctif de l’élément commun aux marques en conflit, la chambre de recours a conclu que ceux-ci présentaient un faible degré de similitude visuelle.

47 La requérante estime que les signes en conflit présentent à tout le moins un degré moyen de similitude visuelle dès lors que, en substance, ils sont composés d’un élément verbal commun « padel », qui, bien qu’ayant un caractère distinctif limité, joue un rôle important dans la perception d’ensemble de ces signes et peut attirer l’attention du public pertinent en raison de sa longueur et de sa position dans lesdits signes. Elle ajoute que les signes en conflit coïncident par la lettre « b », placée au début des éléments verbaux les composant, et par les lettres « u » et « l », bien que placées à des positions différentes au sein desdits signes. La requérante fait également valoir, s’agissant de l’élément figuratif présent dans le signe antérieur, que ce dernier joue un rôle secondaire dans l’impression globale produite par ce signe. Elle avance enfin que les différences entre les signes en conflit ne sont pas de nature à neutraliser les similitudes existantes entre ces derniers.

48 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

49 En l’espèce, force est de constater que les deux marques en conflit ont une longueur identique de huit lettres et ont en commun l’élément verbal « padel », qu’elles commencent toutes les deux par la lettre « b », mais diffèrent par leurs deuxième à quatrième lettres (à savoir les suites de lettres « ull » pour la marque antérieure et « lue » pour la marque demandée).

50 À l’instar de la chambre de recours, il importe de relever que le terme « padel », commun aux marques en conflit, n’est pas distinctif au regard des produits visés par lesdites marques, ainsi qu’il ressort du point 48 ci-dessus.

51 En revanche, les signes en conflit présentent des différences résultant de la présence des éléments « bull » et « blue », lesquels sont pourvus de caractère distinctif. Par ailleurs, il convient de relever que la marque antérieure contient également un élément figuratif, à savoir la lettre « b » à l’intérieur d’un ovale noir, qui la distingue de la marque demandée. Cet élément contribue à créer une impression d’ensemble de la marque antérieure différente de celle produite par la marque demandée.

52 À la lumière de ce qui précède, il y a lieu de constater, à l’instar de la chambre de recours, que les signes en conflit sont similaires à un faible degré sur le plan visuel.

– Sur la similitude phonétique

53 La chambre de recours a relevé que les signes en conflit coïncidaient dans la prononciation de la séquence de lettres « padel » et différaient dans la prononciation de l’élément « bull » pour la marque antérieure et « blue » pour la marque demandée. Elle a conclu que, eu égard à l’absence de caractère distinctif de l’élément « padel », les marques en conflit présentaient un degré moyen de similitude phonétique.

54 En se fondant sur la prononciation en espagnol des signes en conflit, lesquels se prononceraient « bulpadèl » pour la marque antérieure et « blou padèl » pour la marque demandée, la requérante partage la conclusion de la chambre de recours selon laquelle lesdits signes présenteraient un degré moyen de similitude sur le plan phonétique. Cependant, la requérante fait valoir que compte tenu du fait que le mot « blue » appartient au vocabulaire anglais de base, celui-ci sera prononcé selon les règles de prononciation anglaises y compris par le consommateur moyen espagnol. La marque demandée serait ainsi prononcée « blou padèl » et le degré de similitude phonétique serait élevé. Elle ajoute enfin que les signes en conflit se prononcent selon un rythme similaire et que la prononciation de deux des trois syllabes qui les composent est identique.

55 Il y a lieu de constater que les signes en conflit coïncident par l’élément « padel », lequel n’est cependant pas distinctif pour les produits relevant des classes 25 et 28 visés par les marques en conflit, ainsi qu’il ressort du point 48 ci-dessus.

56 En revanche, les signes en conflit diffèrent dans la prononciation des termes « blue » et « bull », lesquels seront respectivement prononcés « blou » ou « blu-é », notamment par le consommateur hispanophone, et « boul ».

57 Par conséquent, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a conclu que les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude phonétique.

– Sur la similitude conceptuelle

58 La chambre de recours a conclu que les signes en conflit étaient faiblement similaires sur le plan conceptuel dans la mesure où ils ne partageaient que la notion relative au terme « padel », lequel n’était pas distinctif, ou au mieux faiblement distinctif, pour les produits en cause et n’avait donc qu’un faible impact sur la comparaison conceptuelle. Selon la chambre de recours, le public pertinent comprendra la signification du mot « blue » dans le signe demandé, ce qui créerait davantage de différences conceptuelles entre les signes en conflit. Elle ajoute que lesdits signes diffèrent d’autant plus si la notion de « taureau », ressortant de l’élément « bull » composant le signe antérieur, est comprise par le public pertinent.

59 La requérante fait valoir que les signes en conflit sont « au moins partiellement similaires » sur le plan conceptuel dans la mesure où, contrairement à ce qu’a retenu la chambre de recours, la concordance du concept véhiculé par l’élément verbal commun « padel » n’est pas dépourvue de pertinence. En outre, selon la requérante, on ne saurait s’attendre à ce que le public espagnol comprenne le terme « bull » comme se référant à la notion de « toro » en espagnol ni que le terme « blue » soit compris par le public pertinent. Elle ajoute que compte tenu de la rapidité avec laquelle les transactions commerciales sont effectuées, il ne peut être exclu que le consommateur confonde « bull » avec « blue ».

60 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

61 À titre liminaire, il y a lieu de préciser que la chambre de recours a conclu, d’une part, au point 64 de la décision attaquée, à une absence de similitude conceptuelle et, d’autre part, au point 80 de ladite décision, à une faible similitude conceptuelle. Si, certes, la chambre de recours a constaté, dans un premier temps, une absence de similitude conceptuelle, elle a toutefois pris en compte une faible similitude conceptuelle au stade de l’appréciation globale du risque de confusion, laquelle doit être retenue en l’espèce, une telle approche étant favorable à la requérante.

62 Sur le plan conceptuel, il y a lieu de relever que les marques en conflit évoquent toutes les deux le concept du « sport de padel » du fait de la présence de l’élément commun « padel » dans les signes en conflit. Ce dernier n’est cependant pas distinctif pour les produits visés par lesdites marques relevant des classes 25 et 28, ainsi qu’il ressort des points 45 à 49 ci-dessus.

63 Dans la mesure où le contenu sémantique du terme anglais « blue » sera compris par une partie significative du public pertinent, la marque demandée renvoie également à l’idée d’une couleur et donc à un concept très différent de celui évoqué par la marque antérieure. En effet, l’élément « bull », compris dans la marque antérieure, sera perçu, quant à lui, soit comme dépourvu de signification pour la partie du public pertinent ne comprenant pas le terme anglais « bull » soit comme renvoyant à l’idée de « taureau ».

64 Partant, eu égard au fait que la coïncidence entre les signes en conflit est liée au concept véhiculé par l’élément commun non distinctif « padel » et eu égard aux différences conceptuelles ressortant des autres éléments composant lesdits signes, à savoir « bull » pour la marque antérieure et « blue » pour la marque demandée, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu à une faible similitude conceptuelle entre ces signes.

65 Par conséquent, et au vu de ce qui précède, il y a lieu de conclure que l’appréciation de la chambre de recours, s’agissant de la similitude entre les signes en conflit, n’est pas entachée d’erreur.

Sur le caractère distinctif de la marque antérieure

66 La chambre de recours a constaté, aux points 70 à 76 de la décision attaquée, que, pris dans leur intégralité, les éléments de preuve produits par la requérante ne permettaient pas de conclure au caractère distinctif accru acquis par l’usage ou à la renommée de la marque antérieure à la date de dépôt de la marque demandée, à savoir le 18 novembre 2022, pour l’un quelconque des produits pour lesquels elle est enregistrée. Selon la chambre de recours, bien que les éléments de preuve produits démontrent que la marque antérieure a été utilisée pendant une période assez longue sur le marché en Espagne pour des raquettes de padel relevant de la classe 28, aucun élément direct ni aucun indice indirect ne permet de conclure à la reconnaissance de ladite marque auprès du public pertinent.

67 La chambre de recours a également relevé que la marque antérieure disposait d’un caractère distinctif intrinsèque normal.

68 La requérante allègue que la marque antérieure jouit d’un caractère distinctif accru en raison de son usage ou de sa renommée, à tout le moins en Espagne, en ce qui concerne les raquettes de padel. Elle rappelle avoir présenté, au cours de la procédure devant l’EUIPO, des éléments de preuve qui permettent de confirmer qu’elle s’est taillé une place dans le secteur du sport de padel, du moins en Espagne, dans la mesure, notamment, où ses produits ont été associés à des joueurs de padel célèbres et où elle a reçu plusieurs prix décernés par des institutions renommées et prestigieuses.

69 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

70 À titre liminaire, il y a lieu de constater que la requérante ne conteste pas la conclusion de la chambre de recours selon laquelle la marque antérieure disposerait d’un caractère distinctif intrinsèque normal.

71 S’agissant du caractère distinctif accru acquis par l’usage allégué par la requérante, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’existence d’un caractère distinctif supérieur à la normale, en raison de la connaissance qu’a le public d’une marque sur le marché, suppose nécessairement que cette marque soit connue d’au moins une partie significative du public concerné, sans qu’elle doive nécessairement posséder une renommée, au sens de l’article 8, paragraphe 5, du règlement 2017/1001. Il ne saurait être établi d’une façon générale, par exemple en recourant à des pourcentages déterminés relatifs au degré de connaissance qu’a le public de la marque dans les milieux concernés, qu’une marque a un caractère distinctif accru en raison de la connaissance qu’en a le public. Néanmoins, il y a lieu de reconnaître une certaine interdépendance entre la connaissance qu’a le public d’une marque et le caractère distinctif de celle-ci, en ce sens que, plus la marque est connue du public ciblé, plus le caractère distinctif de cette marque est renforcé. Pour examiner si une marque jouit d’un caractère distinctif accru en raison de la connaissance qu’en a le public, il convient de prendre en considération tous les éléments pertinents de la cause, à savoir, notamment, la part de marché détenue par la marque, l’intensité, l’étendue géographique et la durée de son usage, l’importance des investissements réalisés par l’entreprise pour la promouvoir, la proportion des milieux intéressés qui identifie les produits ou les services concernés comme provenant d’une entreprise déterminée grâce à cette marque ainsi que les déclarations des chambres de commerce et d’industrie ou d’autres associations professionnelles [voir, en ce sens, arrêt du 12 juillet 2006, Vitakraft-Werke Wührmann/OHMI – Johnson’s Veterinary Products (VITACOAT), T‑277/04, EU:T:2006:202, points 34 et 35 et jurisprudence citée].

72 En l’espèce, afin de démontrer que la marque antérieure jouissait d’une renommée et qu’elle a acquis un caractère distinctif accru par son usage, la requérante a produit, dans le cadre de la procédure administrative, les éléments de preuve suivants :

– des extraits de son site Internet et de ses réseaux sociaux contenant des informations sur l’histoire et le parcours de la marque antérieure, ainsi que des photos de vêtements de sport et de raquettes, sacs, chaussures de padel portant la marque antérieure (annexe 1) ;

– des factures émises entre 2017 et 2023 par elle à des clients en Espagne, Irlande, Finlande, Italie, Suède, Portugal, Danemark, Belgique et Pays-Bas, ainsi qu’à des clients en dehors de l’Union, lesquelles mentionnent des articles d’habillement, des chaussures, des couvre-chefs et des raquettes de padel (annexe 2) ;

– un dossier intitulé « Dossier prensa 2021 » comprenant des extraits de publications espagnoles et italiennes contenant des articles sur les produits de padel commercialisés par elle, des classements de raquettes de padel, des photos montrant le port, par des joueurs de padel et lors de compétitions, de vêtements chaussures et raquettes sur lesquels figure la marque antérieure (annexe 3) ;

– un rapport intitulé « Informe MK Online 2018-2021 » contenant des analyses du trafic Internet de son site réparti par utilisateurs, visiteurs récurrents / nouveaux visiteurs, pays, âge et sexe (annexe 4) ;

– un document émanant d’elle contenant un tableau des montants budgétés pour la publicité et les activités liées à la clientèle pour les années 2020 et 2021 (annexe 5) ;

– des factures, dont elle est destinataire, émises entre 2019 et 2020 par diverses sociétés et entités, portant sur du matériel publicitaire et du parrainage (annexe 6) ;

– une déclaration sur l’honneur de son directeur général en date du 5 septembre 2016 contenant les chiffres du volume total des ventes et unités vendues par an entre 2011 et 2015 sous la marque antérieure (annexe 7) ;

– des extraits de diverses publications en ligne sur des sites spécialisés faisant état des prix décernés par la Fédération espagnole de padel et les « World Padel Awards » reçus par elle pour ses raquettes de padel commercialisées sous la marque antérieure entre 2017 et 2021 (annexe 8) ;

– des extraits de sites de journaux sportifs espagnols montrant le parrainage d’évènements sportifs par elle, notamment en Espagne (annexe 9) ;

– des extraits de sites Internet fournissant des informations sur les raquettes de padel commercialisées sous la marque antérieure et sur ses parrainages (annexe 10)

– un classement des marques de padel les plus populaires sur Instagram réalisé par un cabinet de conseil et d’audit (inclus dans ses observations écrites devant l’EUIPO)

73 Premièrement, s’agissant du site Internet de la requérante présenté en annexe 1, il y a lieu de relever que la valeur probante des indications figurant sur cette page Internet doit être relativisée, dès lors qu’elle en est elle-même l’auteur [voir, en ce sens, arrêt du 16 juin 2015, Norma Lebensmittelfilialbetrieb/OHMI – Yorma’s (Yorma Eberl), T‑229/14, non publié, EU:T:2015:384, point 48].

74 Deuxièmement, les articles de presse espagnole et italienne figurant dans les annexes 3, 8, 9 et 10 mentionnent la requérante au sujet des raquettes de padel visées par la marque antérieure. Ces articles mettent notamment en évidence les prix et les récompenses attribués à la requérante (annexes 3 et 8), font état de la marque antérieure comme « la marque la plus reconnue du marché » (annexe 10) et démontrent le parrainage d’évènements sportifs par ladite marque (annexes 1 et 9). Toutefois, la connaissance de la marque en relation avec les produits qu’elle vise doit s’apprécier au regard du public pertinent pour les produits désignés par celle-ci (voir, en ce sens, arrêt du 27 novembre 2008, Intel Corporation, C-252/07, EU:C:2008:655, point 34 et jurisprudence citée), soit, en l’occurrence, le grand public, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Dès lors, il ne saurait être tiré aucune conclusion directe de ces articles de presse en l’absence d’éléments permettant de constater objectivement l’impact de tels articles sur la notoriété effective de la marque auprès du grand public, tels qu’un sondage d’opinion ou une étude de marché [voir, en ce sens, arrêt du 8 novembre 2017, Oakley/EUIPO – Xuebo Ye (Représentation d’une ellipse discontinue), T‑754/16, non publié, EU:T:2017:786, point 105].

75 Troisièmement, il ressort des annexes 3 et 8 que la requérante a reçu des prix décernés par des institutions qu’elle décrit comme renommées et prestigieuses, ce qui montrerait la reconnaissance de la marque antérieure auprès du public. À cet égard, force est de relever, à l’instar de la chambre de recours, que la requérante n’a pas fourni d’information quant aux critères retenus pour établir lesdits classements ou décerner lesdits prix. En l’absence de telles informations, il n’est pas possible de tirer de conséquence de ces éléments de preuve s’agissant du caractère distinctif de la marque antérieure.

76 Enfin, quatrièmement, s’agissant de la déclaration sur l’honneur du directeur général de la requérante produite en annexe 7, il y a lieu de rappeler que lorsqu’une déclaration a été établie, au sens de l’article 97, paragraphe 1, sous f), du règlement 2017/1001, par l’un des cadres de la partie intéressée, il ne peut être attribué de valeur probante à ladite déclaration que si elle est corroborée par d’autres éléments de preuve. En effet, une déclaration établie dans l’intérêt de son auteur n’a qu’une valeur probante limitée et nécessite d’être étayée par des éléments de preuve supplémentaires, même si cela n’autorise toutefois pas les instances de l’EUIPO à considérer par principe qu’une telle déclaration est en soi dépourvue de toute crédibilité. La valeur probante à accorder à pareille déclaration, prise isolément ou conjointement avec d’autres éléments de preuve, est fonction, notamment, des circonstances de l’espèce [voir arrêt du 28 juin 2023, CEDC International/EUIPO – Underberg (Forme d’un brin d’herbe dans une bouteille), T‑145/22, EU:T:2023:365, point 84 et jurisprudence citée].

77 Or, la déclaration figurant dans l’annexe 7, laquelle porte sur le volume total des ventes et des unités vendues sous la marque antérieure entre 2011 et 2015, n’est étayée par aucune autre preuve objective relevant de la même période.

78 En tout état de cause, les chiffres présentés dans la déclaration figurant dans l’annexe 7 ne sauraient suffire pour démontrer la reconnaissance particulière de la marque antérieure par le public pertinent, en l’absence de toute information sur le volume total du marché pertinent.

79 En outre, l’argument de la requérante selon lequel les éléments de preuve produits doivent être appréciés au regard du secteur du padel, lequel n’est pas particulièrement important en taille, ne saurait être retenu dans la mesure où aucun élément de preuve qu’elle présente ne permet de déterminer la taille dudit secteur.

80 C’est donc sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a conclu que la requérante n’avait pas prouvé que la marque antérieure bénéficiait d’un caractère distinctif accru acquis par l’usage à la date pertinente, s’agissant des raquettes de padel relevant de la classe 28. Partant, il y a lieu de considérer que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur en fondant l’appréciation du risque de confusion sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure qu’elle a défini comme étant normal.

Sur le risque de confusion

81 Dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, la chambre de recours a considéré, aux points 80 à 83 de la décision attaquée, que compte tenu de la faible similitude des produits concernés par les marques en conflit, du caractère non distinctif de l’élément commun « padel », du faible degré de similitude visuelle et conceptuelle et du degré moyen de similitude phonétique entre les signes en conflit, du niveau d’attention moyen du public pertinent et du caractère distinctif intrinsèque normal de la marque antérieure, il n’existait de risque de confusion ni dans l’esprit du public hispanophone ni dans l’esprit de l’ensemble du public pertinent de l’Union.

82 En particulier, la chambre de recours fait valoir que cette conclusion ne saurait être différente quand bien même un caractère distinctif accru acquis par l’usage était reconnu à la marque antérieure pour les raquettes de padel relevant de la classe 28.

83 La requérante conteste ces conclusions. Elle considère qu’il existe un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent disposant d’un niveau d’attention allant de moyen à faible, compte tenu de l’identité de certains des produits visés par les marques en conflit, des similitudes visuelle, phonétique et conceptuelle entre les signes en conflit, ainsi que du caractère distinctif accru acquis par l’usage de la marque antérieure.

84 En outre, la requérante avance que la chambre de recours a commis une « erreur manifeste » en retenant, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion au point 80 de la décision attaquée, une faible similitude entre les produits visés par les marques en conflit contrairement à la conclusion figurant au point 23 de la décision attaquée.

85 L’EUIPO soutient que la requérante ne soulève aucun argument autonome s’agissant de l’appréciation globale du risque de confusion et rappelle que lorsque les signes en conflit coïncident dans un élément faiblement distinctif ou descriptif, l’appréciation globale du risque de confusion n’aboutit pas nécessairement au constat de l’existence d’un risque de confusion.

86 L’EUIPO fait également valoir que le fait que la chambre de recours n’ait mentionné, au point 80 de la décision attaquée, qu’une faible similitude entre les produits visés par les marques en conflit relève d’une omission involontaire de cette dernière, laquelle n’a aucune incidence sur la décision attaquée, dans la mesure où il ressort clairement de la décision attaquée, notamment de ses points 80 à 83, que la chambre de recours a tenu compte de l’identité partielle desdits produits dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion.

87 L’intervenante avance que dans la mesure où les signes en conflit présentent un faible degré de similitude et diffèrent par la présence d’éléments figuratifs dans la marque antérieure, il ne peut être conclu à l’existence d’un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent.

88 Il convient de relever que, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion opérée aux points 80 à 84 de la décision attaquée, la chambre de recours a erronément retenu une faible similitude entre les produits visés par les marques en conflit.

89 En effet, ainsi qu’il ressort du point 23 de la décision attaquée, les produits visés par les marques en conflit relevant de la classe 25 sont identiques et les produits visés par la marque demandée et les « raquettes de padel, raquettes » relevant de la classe 28 et visées par la marque antérieure sont faiblement similaires. Or, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, la chambre de recours a uniquement pris en compte une faible similitude entre les produits en cause.

90 En outre, il convient de relever que, contrairement à ce qui est soutenu par l’EUIPO, l’appréciation faite par la chambre de recours aux points 80 à 83 de la décision attaquée ne saurait être entendue comme tenant compte des produits visés par les marques en conflit pour lesquels elle a considéré qu’ils étaient identiques, dans la mesure où le point 80 de ladite décision fait expressément et uniquement référence à un faible degré de similitude entre lesdits produits.

91 Force est de constater que cette erreur ne peut être sans conséquence sur l’appréciation globale du risque de confusion.

92 Selon une jurisprudence constante, l’existence d’un risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance de la marque sur le marché, de l’association qui peut en être faite avec le signe utilisé ou enregistré, du degré de similitude entre la marque et le signe et entre les produits ou les services désignés. Le risque de confusion doit donc être apprécié globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce (voir arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 41 et jurisprudence citée).

93 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].

94 En effet, il ne peut être exclu que, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, l’identité entre les produits visés par les marques en conflit soit susceptible de compenser, conformément à la jurisprudence rappelée au point 93 ci-dessus, la similitude faible entre les signes sur les plans visuel et conceptuel, fondée sur un élément non distinctif.

95 Par ailleurs, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient également de tenir compte d’autres facteurs pertinents, à savoir du niveau d’attention moyen du public pertinent, de la similitude moyenne des signes en conflit sur le plan phonétique et du caractère distinctif intrinsèque moyen de la marque antérieure.

96 Par conséquent, il y a lieu de constater que, compte tenu de l’interdépendance des facteurs pertinents, l’absence de prise en compte, par la chambre de recours, dans le cadre de son appréciation globale du risque de confusion, du fait que certains produits visés par les marques en conflit étaient identiques entache d’erreur d’appréciation sa conclusion relative au risque de confusion.

97 Eu égard au constat effectué au point 96 ci-dessus, il n’y a pas lieu d’examiner le risque de confusion au regard des autres marques antérieures.

98 Il ressort de l’ensemble des considérations qui précèdent qu’il y a lieu d’accueillir le premier moyen soulevé par la requérante, tiré d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, et d’annuler la décision attaquée, sans qu’il ne soit nécessaire d’examiner le second moyen présenté par la requérante.

Sur les dépens

99 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

100 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la requérante, conformément aux conclusions de cette dernière.

101 En application de l’article 138, paragraphe 3, du règlement de procédure, l’intervenante supportera ses propres dépens.

102 S’agissant de la demande de l’intervenante relative aux dépens exposés au cours des procédures devant l’EUIPO, dans les circonstances de l’espèce, il appartiendra à la chambre de recours de statuer, à la lumière du présent arrêt, sur les frais afférents à la procédure devant la division d’opposition et à la procédure devant elle [voir, en ce sens, arrêt du 29 mai 2018, Uribe-Etxebarría Jiménez/EUIPO – Núcleo de comunicaciones y control (SHERPA), T‑577/15, EU:T:2018:305, point 94 et jurisprudence citée].

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (première chambre)

déclare et arrête :

1) La décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 26 mars 2025 (affaire R 1081/2024-5) est annulée.

2) L’EUIPO supportera ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Aguirre y Compañía, SA.

3) Mme Maria Margarida Moreira de Almeida Santos supportera ses propres dépens.

Buttigieg

Schwarcz

Tichy-Fisslberger

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 8 juillet 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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17/07/2026

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