Arrêt du Tribunal (neuvième chambre) du 9 septembre 2026.#Nord Est Asset Management SA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale NEA – Marque de l’Union européenne figurative antérieure NEAM – Motifs relatifs de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Absence d’usage sérieux de la marque antérieure – Article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001.#Affaire T-351/25.
| CELEX | 62025TJ0351 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (neuvième chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale NEA – Marque de l’Union européenne figurative antérieure NEAM – Motifs relatifs de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Absence d’usage sérieux de la marque antérieure – Article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑351/25,
Nord Est Asset Management SA, établie à Luxembourg (Luxembourg), représentée par Mes J. Graffer, A. Ottolini et F. Chierichetti, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. T. Klee, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
New Enterprise Associates, Inc., établie à Timonium, Maryland (États-Unis), représentée par Me P. Olson, avocat,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre),
composé de Mmes S. Kingston (rapporteure), présidente, A. Marcoulli et M. J. Hettne, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Nord Est Asset Management SA, demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 28 mars 2025 (affaire R 970/2024‑5) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 18 octobre 2022, l’intervenante, New Enterprise Associates, Inc., a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal NEA.
3 La marque demandée désignait les services relevant notamment, après la limitation intervenue au cours de la procédure devant l’EUIPO, de la classe 36 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Investissements de fonds pour des tiers ; toutes les activités précitées étant de la nature du capital-risque ou liées à celui-ci, et aucune des activités précitées n’étant liées à l’octroi de facilités de crédit de garantie ».
4 Le 16 février 2023, la requérante a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les services visés au point 3 ci-dessus.
5 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne figurative antérieure, enregistrée le 12 mai 2011, et dûment renouvelée, sous le numéro 9632894, désignant les « affaires financières ; affaires monétaires » relevant de la classe 36, reproduite ci‑après :
6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
7 À la suite de la demande formulée par l’intervenante le 3 mai 2023, l’EUIPO a invité la requérante à apporter la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure invoquée à l’appui de l’opposition, conformément à l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001. Cette dernière a déféré à ladite demande dans le délai imparti.
8 Le 16 avril 2024, la division d’opposition a rejeté l’opposition au motif que la requérante n’avait pas démontré l’usage sérieux de la marque antérieure dans l’Union européenne pendant la période de cinq ans précédant la demande d’enregistrement de la marque demandée.
9 Le 9 mai 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.
10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours au motif que la requérante n’avait pas apporté la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure dans l’Union pour les services pour lesquels elle était enregistrée, conformément à l’article 18, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, étant donné que les éléments de preuve versés au dossier montraient uniquement que cette marque avait été utilisée en tant que dénomination sociale.
Conclusions des parties
11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et déclarer que les éléments de preuve produits par la requérante suffisent à démontrer que la marque antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux pour les services pertinents sur le territoire pendant la période pertinente ;
– par conséquent, renvoyer la décision sur le risque de confusion devant la chambre de recours ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.
12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours dans son intégralité ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.
13 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours de la requérante ;
– condamner la requérante aux dépens exposés par l’intervenante.
En droit
Observations liminaires sur certains chefs de conclusions de la requérante
14 En premier lieu, il convient de relever que, par la seconde branche du premier chef de conclusions de la requérante, cette dernière demande au Tribunal de déclarer que, sur la base des éléments de preuve versés au dossier, la marque antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux pour les services en cause.
15 L’EUIPO fait valoir qu’une telle demande est irrecevable.
16 À cet égard, il convient de relever que cette demande se confond, en réalité, avec la première branche du premier chef de conclusions de la requérante, visant à l’annulation de la décision attaquée. En effet, la requérante demande au Tribunal d’annuler la décision attaquée en constatant que l’usage sérieux de la marque antérieure a été établi. Il n’est donc pas nécessaire de statuer sur la seconde branche du premier chef de conclusions de la requérante [voir, en ce sens, arrêts du 15 décembre 2016, Intesa Sanpaolo/EUIPO (START UP INITIATIVE), T‑529/15, EU:T:2016:747, point 11, et du 28 septembre 2017, Bodegas Verdúguez/EUIPO (TRES TOROS 3), T‑206/16, non publié, EU:T:2017:673, points 17 et 18].
17 En second lieu, par le deuxième chef de conclusions, la requérante conclut à ce que, en conséquence de l’annulation de la décision attaquée demandée au titre du premier chef de conclusions, le Tribunal renvoie la décision sur le risque de confusion devant la chambre de recours de l’EUIPO.
18 L’EUIPO conclut à l’irrecevabilité du deuxième chef de conclusions de la requérante.
19 Il convient de relever qu’un tel renvoi serait la conséquence de l’annulation de la décision attaquée visée au premier chef de conclusions, dans l’hypothèse où le Tribunal ferait droit à celui-ci. À cet égard, il suffit de rappeler que, dans le cadre d’un recours introduit devant le juge de l’Union contre la décision d’une chambre de recours de l’EUIPO, ce dernier est tenu, conformément à l’article 72, paragraphe 6, du règlement 2017/1001, de prendre les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt du juge de l’Union. Il incombe dès lors à l’EUIPO de tirer les conséquences du dispositif et des motifs des arrêts du juge de l’Union [voir arrêt du 31 janvier 2019, Pear Technologies/EUIPO – Apple (PEAR), T‑215/17, non publié, EU:T:2019:45, point 81 et jurisprudence citée].
20 Partant, le deuxième chef de conclusions n’a pas d’objet propre en ce qu’il ne vise qu’une conséquence de l’accueil du premier chef de conclusions, tendant à l’annulation de la décision attaquée. Ainsi, il n’y a pas lieu de statuer sur ce chef de conclusions.
Sur le fond
21 À l’appui de son recours, la requérante invoque un moyen unique, tiré, en substance, de ce que la chambre de recours aurait conclu à tort à l’absence d’usage sérieux de la marque antérieure, en violation de l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 10, paragraphe 2, du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001 et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1).
22 Aux termes de l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, sur requête du demandeur, le titulaire d’une marque de l’Union européenne antérieure qui a formé opposition apporte la preuve que, au cours des cinq années qui précèdent la date de dépôt ou la date de priorité de la demande de marque de l’Union européenne, la marque de l’Union européenne antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux dans l’Union pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée et sur lesquels l’opposition est fondée, ou qu’il existe de justes motifs pour le non-usage, pour autant que, à cette date, la marque antérieure soit enregistrée depuis cinq ans au moins. À défaut d’une telle preuve, l’opposition est rejetée.
23 Il ressort de l’article 10, paragraphe 3, du règlement délégué 2018/625 que la preuve de l’usage doit établir le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage qui a été fait de la marque antérieure pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée et sur lesquels l’opposition se fonde.
24 Aux fins de l’interprétation de la notion d’« usage sérieux », il convient de prendre en compte le fait que la ratio legis de l’exigence selon laquelle la marque antérieure doit avoir fait l’objet d’un usage sérieux pour être opposable à une demande de marque de l’Union européenne consiste à limiter les conflits entre deux marques, à moins qu’il n’existe un juste motif économique à l’absence d’usage sérieux de la marque antérieure découlant d’une fonction effective de celle-ci sur le marché. En revanche, lesdites dispositions rappelées aux points 21 à 23 ci-dessus ne visent ni à évaluer la réussite commerciale ni à contrôler la stratégie économique d’une entreprise ou encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes [arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, point 38].
25 Une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque (voir, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43). De plus, la condition relative à l’usage sérieux de la marque exige que celle-ci, telle qu’elle est protégée sur le territoire pertinent, soit utilisée publiquement et vers l’extérieur [arrêt du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 39 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 37].
26 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque [arrêts du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 34, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 40 ; voir également, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43].
27 L’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné [arrêts du 12 décembre 2002, Kabushiki Kaisha Fernandes/OHMI – Harrison (HIWATT), T‑39/01, EU:T:2002:316, point 47, et du 6 octobre 2004, Vitakraft-Werke Wührmann/OHMI – Krafft (VITAKRAFT), T‑356/02, EU:T:2004:292, point 28].
28 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’évaluer si la chambre de recours a violé l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 10, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625, en estimant que les éléments de preuve produits par la requérante devant la division d’opposition et la chambre de recours ne démontraient pas un usage sérieux de la marque antérieure pour les services en cause. Il y a lieu d’observer que, dans la décision attaquée, la chambre de recours a effectué son examen des preuves produites par la requérante par rapport à la nature de l’usage de la marque antérieure. Il convient, par conséquent, d’examiner, à la lumière des arguments de la requérante, si la chambre de recours a commis une erreur dans cette appréciation.
29 En l’espèce, la marque antérieure ayant été enregistrée en 2011, plus de cinq ans avant la date de dépôt de la demande de la marque de l’Union en cause, à savoir le 18 octobre 2022, la période pertinente aux fins de l’appréciation de la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure s’étend, conformément à l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, du 18 octobre 2017 au 17 octobre 2022 inclus (ci-après la « période pertinente »), ainsi que l’a relevé, à juste titre, la chambre de recours au point 30 de la décision attaquée, sans que la requérante le conteste.
30 De plus, la marque antérieure ayant été enregistrée auprès de l’Union, c’est au regard de ce territoire que doit être examiné l’usage sérieux de la marque antérieure dont se prévaut la requérante en l’espèce.
31 À cet égard, il convient de relever, ainsi qu’il ressort des points 5, 6 et 8 de la décision attaquée, que les éléments de preuve fournis par la requérante, dans un premier temps, devant la division d’opposition (comprenant les annexes 1 à 14 au mémoire en réplique présenté devant la division d’opposition) (ci-après les annexes « devant la division d'opposition »), et dans un second temps, devant la chambre de recours (comprenant, notamment, les annexes C à F au mémoire exposant les motifs du recours devant la chambre de recours) (ci-après les annexes « devant la chambre de recours »), au soutien de la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure, étaient les suivants :
– une présentation interne de la société de la requérante expliquant son organisation et détaillant la structure interne de la société, les fonctions déléguées de celle-ci ainsi que les différentes entreprises avec lesquelles elle travaille (annexe 1 devant la division d’opposition) ;
– un extrait du site Web WHOIS DNS Luxembourg pour le nom de domaine « http://neam.lu » datant du 21 septembre 2023 (annexe 2 devant la division d’opposition) ;
– quinze captures d’écrans de la page d’accueil du site Internet « http://neam.lu », capturées avec le site Internet Wayback machine, datant d’une période comprise entre le 5 juin 2015 et le 18 septembre 2023 (annexe 3 devant la division d’opposition) ;
– les états financiers audités de la requérante pour l’exercice de comptabilité des années 2017 à 2022, effectués par plusieurs sociétés d’audit indépendantes (annexe 4 devant la division d’opposition) ;
– l’accord de distribution entre la requérante et une banque italienne, datant de 2018 (annexe 5 devant la division d’opposition) ;
– un communiqué de presse, datant du 5 juin 2018, publié sur le site Internet « www.la-francaise.com » (annexes 6 et 12 devant la division d’opposition) ;
– le procès-verbal de l’approbation émis par le comité chargé de l’approbation des nouveaux investisseurs de la requérante, pour l’ouverture du compte de Clearstream Banking S.A., datant du 12 mai 2020 (annexe 7 devant la division d’opposition) ;
– un document interne sur la « Politique de transparence relative aux risques en matière de développement durable conformément au règlement (UE) 2019/2088 » de la requérante (annexe 8 devant la division d’opposition) ;
– plusieurs extraits du site Internet « www.nef.lu » portant sur certains prix accordés à la requérante (annexes 9 et 13 devant la division d’opposition) ;
– les copies de deux accords conclus, d’une part, entre la requérante et une banque en Italie, concernant la participation de la banque à des évènements d’information en 2018 et, d’autre part, entre la requérante et une autre société, concernant un partenariat de marketing pour l’année 2022 (annexe 10 devant la division d’opposition) ;
– plusieurs articles relatifs à diverses initiatives de solidarité, y compris des documents internes à la société de la requérante, intitulés « NEF Notizie », comprenant les actualités de la société et dans lesquels sont décrites plusieurs initiatives solidaires datant de juillet 2018 et de mai 2019 (annexe 11 devant la division d’opposition) ;
– un communiqué de presse publié sur le site Internet « www.nef.lu » au sujet d’un don de 50 000 euros versé par la requérante à une organisation non gouvernementale (ONG) en Ukraine en 2022 (annexe 14 devant la division d’opposition) ;
– six captures d’écran du site Internet de la requérante, présentées par le site Internet Wayback Machine, datant d’une période comprise entre 2017 et 2020 (annexe C devant la chambre de recours) ;
– la déclaration fiscale au Luxembourg de la requérante pour les années 2016 et 2020 (annexes D et E devant la chambre de recours) ;
– un communiqué de presse relatif à la certification des fonds NEF par la requérante publié par une société de publicité et de marketing (annexe F devant la chambre de recours).
32 À l’appui de son moyen unique, en premier lieu, la requérante rappelle qu’il n’est pas exclu, selon la jurisprudence, que la dénomination sociale ou le nom commercial d’une entreprise puisse être utilisé en tant que marque pour désigner des produits ou des services, et qu’en l’espèce, l’acronyme de la dénomination sociale de la requérante coïncide avec la marque antérieure. Or, la requérante constate que la chambre de recours n’a pas tenu compte du fait que sa société exerçait ses activités sous la dénomination « NEAM » depuis 1999 et comptait parmi ses clients des investisseurs institutionnels tels que des fonds de pension, des compagnies d’assurance et des banques. En outre, elle aurait fourni plusieurs services financiers, dont la gestion de 18 fonds d’investissement appelés « NEF », qui constituerait une marque distincte.
33 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
34 À cet égard, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, lorsqu’une marque constitue également une dénomination sociale, il n’est pas exclu que la dénomination sociale soit utilisée en tant que marque [voir, en ce sens, arrêts du 27 septembre 2007, LA MER Technology/OHMI – Laboratoires Goëmar (LA MER), T‑418/03, non publié, EU:T:2007:299, point 74, et du 15 juillet 2015, Cactus/OHMI – Del Rio Rodríguez (CACTUS OF PEACE CACTUS DE LA PAZ), T‑24/13, non publié, EU:T:2015:494, point 62 et jurisprudence citée].
35 Cependant, l’usage d’un signe exclusivement en tant que dénomination sociale ne constitue pas un usage en tant que marque, ainsi que l’a correctement observé la chambre de recours au point 34 de la décision attaquée. En effet, il ressort de la jurisprudence que l’usage d’un signe en tant que dénomination sociale, raison sociale ou dénomination commerciale peut être considéré comme un usage en tant que marque, à condition que les produits ou services concernés soient eux-mêmes identifiés et proposés sur le marché sous ce signe [voir arrêt du 16 octobre 2024, Fractal Analytics/EUIPO – Fractalia Remote Systems (FRACTALIA), T‑194/23, non publié, EU:T:2024:696, point 101 et jurisprudence citée].
36 Ainsi, une dénomination sociale, un nom commercial ou une enseigne n’a pas, en soi, pour finalité de distinguer des produits ou des services. Une dénomination sociale a pour objet d’identifier une société, tandis qu’un nom commercial ou une enseigne a pour objet de signaler un fonds de commerce. Dès lors, lorsque l’usage d’une dénomination sociale, d’un nom commercial ou d’une enseigne se limite à identifier une société ou à signaler un fonds de commerce, il ne saurait être considéré comme étant fait « pour des produits ou des services » (voir, par analogie, arrêt du 11 septembre 2007, Céline, C‑17/06, EU:C:2007:497, point 21).
37 En revanche, il y a usage « pour des produits » lorsque le titulaire de la marque appose le signe constituant sa dénomination sociale, son nom commercial ou son enseigne sur les produits qu’il commercialise. En outre, même en l’absence d’apposition, il y a usage « pour des produits ou des services » lorsque le signe est utilisé de telle façon qu’il s’établit un lien entre le signe constituant la dénomination sociale, le nom commercial ou l’enseigne et les produits commercialisés ou les services fournis (voir, par analogie, arrêt du 11 septembre 2007, Céline, C‑17/06, EU:C:2007:497, point 22).
38 En l’espèce, la marque antérieure est une marque figurative constituée du terme « neam » et d’un élément figuratif. Afin de constituer un indice de l’usage sérieux de la marque antérieure, encore faut-il que le terme « neam », qui constitue, en l’espèce, l’acronyme de la dénomination sociale de la requérante, « Nord Est Asset Management SA », ait été utilisé de façon à établir un lien entre la marque antérieure et les services en cause.
39 À cet égard, il ressort de la jurisprudence citée au point 25 ci-dessus qu’une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée conformément à sa fonction essentielle, qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée. En outre, il incombe à la requérante, sur laquelle pèse la charge de la preuve, d’apporter des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné en lien avec les services en cause (voir arrêts du 12 décembre 2002, HIWATT, T‑39/01, EU:T:2002:316, point 47, et du 6 octobre 2004, VITAKRAFT, T‑356/02, EU:T:2004:292, point 28). Ainsi, si l’usage d’un signe en tant que dénomination sociale peut être considéré comme un usage en tant que marque, c’est-à-dire en tant que signe identifiant l’origine commerciale des produits et des services désignés, encore faut-il que le titulaire utilise le signe de telle façon qu’il s’établit un lien entre le signe constituant la dénomination sociale et les produits commercialisés ou les services fournis (voir jurisprudence citée aux points 35 à 37 ci-dessus).
40 Toutefois, il y a lieu d’observer, à l’instar de l’EUIPO, qu’en vertu de la jurisprudence rappelée au point 35 ci-dessus, la seule circonstance que la requérante a exercé ses activités sous la dénomination NEAM depuis 1999 ne suffit pas pour démontrer l’usage sérieux de la marque antérieure en tant que marque. En effet, ainsi qu’il sera illustré aux points 41 à 61 ci-après, les éléments de preuve présentés par la requérante n’établissent pas de lien entre la marque antérieure avec les services en cause, de façon à garantir l’origine commerciale de ces derniers.
41 En second lieu, la requérante fait valoir que la chambre de recours a commis plusieurs erreurs d’appréciation en concluant à l’absence d’usage sérieux de la marque antérieure en relation avec les services de la classe 36 en cause, à savoir les « affaires financières ; affaires monétaires ». Selon elle, les annexes figurant dans le dossier démontrent, à suffisance de droit, l’usage sérieux de la marque pour les services pour lesquels elle était enregistrée.
42 À cet égard, la requérante fait valoir, premièrement, que la présentation de sa société et la page principale de son site Internet, figurant à l’annexe 1 devant la division d’opposition, décrivent les activités de cette société dans le domaine financier et démontrent la gestion d’actifs financiers pour laquelle elle est responsable sous la marque antérieure. La chambre de recours aurait ignoré le lien établi par ce document entre la requérante, la marque antérieure, et les services fournis. De même, les annexes 2 et 3 devant la division d’opposition et l’annexe C devant la chambre de recours, qui contiennent des extraits du site Internet de la requérante, datant de 2016 à 2023, démontreraient que le site Internet et le nom de domaine correspondant « neam.lu » existent et sont actifs depuis au moins 2016. Ainsi, lesdites annexes démontreraient comment la requérante avait utilisé la marque antérieure pendant toute la période pertinente sur la page d’accueil de son site Internet. Le fait que des produits financiers ne soient pas vendus directement sur ce site ne permettrait pas de déduire que la marque antérieure ne faisait pas l’objet d’un usage sérieux dans le domaine financier.
43 S’agissant de la présentation interne de la société de la requérante ressortant de l’annexe 1 devant la division d’opposition, il y a lieu de constater, d’une part, que l’objectif dudit document est de démontrer l’organisation de la société de la requérante, ainsi que le relève la chambre de recours au point 39 de la décision attaquée. Sur chaque page de cette présentation (sur l’en‑tête ou dans le coin inférieur gauche), apparaissent le signe NEAM dans sa forme figurative, comme le souligne à juste titre la requérante, ainsi que les termes « asset management » placés en dessous dudit signe.
44 D’autre part, selon la page 10 de la présentation interne de la société de la requérante, intitulée « Organisation interne », les services financiers qui y sont mentionnés, en ce compris « la gestion d’actifs » et « les investissements », sont sous la gestion d’autres sociétés tierces et sont sous-traités à d’autres entreprises. En outre, à la page 11 de ladite présentation, il est indiqué que les « fonctions déléguées » à d’autres entreprises incluent « l’administration », « la distribution » et « la gestion d’actifs ».
45 Ainsi, l’annexe 1 devant la division d’opposition n’est pas de nature à établir un lien entre le signe en cause et les services en cause, de façon à garantir l’origine commerciale de ces derniers, au sens de la jurisprudence citée au point 25 ci-dessus.
46 S’agissant de l’annexe 2 devant la division d’opposition, comportant un extrait du site Web WHOIS DNS Luxembourg, indiquant le nom de domaine « http://neam.lu », ainsi que de l’annexe 3 devant la division d’opposition et de l’annexe C devant la chambre de recours, contenant des extraits du site Internet de la requérante, il suffit de constater que ces preuves ne démontrent aucun lien entre la dénomination NEAM et les services en cause. En effet, ainsi que la chambre de recours l’a observé à juste titre au point 40 de la décision attaquée, la clause de non-responsabilité figurant dans les captures d’écran du site Internet de la requérante se réfère aux « produits proposés par le fonds NEF domicilié au Luxembourg » indiquant que les fonds et sous-fonds mentionnés sont liés au signe distinct NEF. Il est d’ailleurs indiqué, sur l’extrait du site Internet de la requérante daté du 16 juillet 2018 (annexe C devant la chambre de recours), que « NEAM ne gère pas directement les actifs des sous-fonds NEF, car elle a choisi de confier cette tâche à des sociétés de gestion d’actifs de premier plan », ce qui tend plutôt à établir que les services monétaires et financiers ne sont pas proposés par la requérante sous la marque antérieure.
47 Ces éléments de preuve indiquent donc plutôt que les représentations de la marque antérieure figurant aux annexes 2 et 3 devant la division d’opposition et à l’annexe C devant la chambre de recours servent à identifier la dénomination sociale de la requérante dans ce contexte et n’ont pas pour objet d’identifier l’origine commerciale des services en cause. Il s’ensuit que la chambre de recours a considéré à juste titre que les extraits du site Internet de la requérante et la présentation interne de sa société (annexes 1 à 3 et C) ne comportaient aucune information pertinente permettant d’établir un lien entre la dénomination sociale de la requérante, ou le signe NEAM, et les services en cause.
48 Deuxièmement, en ce qui concerne les états financiers audités de la requérante, produits en annexe 4 devant la division d’opposition, la requérante fait valoir que ces documents démontrent que la marque antérieure identifiait, au fil des années, les services en cause, et que le public ciblé reconnaissait les activités de sa société au moyen de la marque antérieure. La pertinence des documents financiers de la requérante pour démontrer l’usage de la marque antérieure serait également illustrée par les annexes D et E devant la chambre de recours de la requérante, qui contiennent les déclarations fiscales pour les années 2016 et 2020 sur lesquelles la marque antérieure apparaît, associée aux services pour lesquels des taxes ont été payées par elle.
49 S’agissant des états financiers figurant à l’annexe 4 devant la division d’opposition, il y a lieu d’observer qu’aucun élément ressortant de ces documents ne permet de constater que la marque antérieure a été utilisée de façon à établir un lien entre le signe NEAM et les services en cause. Il est vrai que la dénomination sociale de la requérante, Nord Est Asset Management SA, apparaît fréquemment parmi ces documents, en tant que nom de la société auditée, et qu’un certain succès commercial ressort des chiffres indiqués. Cependant, outre le fait que ces documents se réfèrent plutôt à la dénomination sociale complète de la requérante et non au signe NEAM, l’utilisation qui est faite de la dénomination sociale de la requérante sur ces documents a pour seule fonction l’identification de sa société, ne permettant pas d’identifier l’origine commerciale des services en cause. De plus, les informations relatives aux chiffres d’affaires et à la gestion d’actifs figurant dans lesdits documents se rapportent fréquemment à des opérations relatives aux fonds NEF, proposés sous le signe distinct NEF. En outre, en ce qui concerne l’argumentation de la requérante selon laquelle le public ciblé peut reconnaître les services et les activités de sa société au moyen de la marque antérieure, il convient de relever que l’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence indiquée au point 27 ci-dessus. Ainsi, cette argumentation doit être rejetée.
50 Il en va de même pour les déclarations fiscales de la requérante pour les années 2016 et 2020, figurant aux annexes D et E devant la chambre de recours, sur lesquelles apparaissent la dénomination sociale de la requérante ainsi que l’acronyme NEAM, qui ne font aucune mention des services proposés par cette dernière. Il suffit de constater, à l’instar de la chambre de recours au point 52 de la décision attaquée, que ces documents ne contiennent pas non plus d’indication que la marque antérieure ait été utilisée vers l’extérieur de manière à distinguer l’origine commerciale des services en cause, mais se limitent à désigner le nom de la requérante.
51 Troisièmement, en ce qui concerne les annexes 5, 7, 8 et 10 devant la division d’opposition, la requérante fait valoir que la marque antérieure figurait dans l’en-tête de chaque page de ces documents commerciaux. Puisque le nom complet de la requérante, Nord Est Asset Management, apparaissait dès la première page de chaque document, l’apposition de la marque antérieure de la requérante sur l’en-tête de chaque page constituerait un usage effectif de la marque antérieure. Le fait que certains de ces documents aient été signés par des clients renommés de la requérante démontrerait son intention d’utiliser la marque antérieure de manière distinctive.
52 À cet égard, il est vrai que le signe NEAM apparaît dans sa forme figurative dans l’en-tête de certains accords conclus entre la requérante et d’autres institutions bancaires (annexes 5 et 10 devant la division d’opposition), ainsi que dans la documentation relative à l’approbation d’un nouvel investisseur par la requérante (annexe 7 devant la division d’opposition), et dans le document sur sa politique de transparence relative à la durabilité (annexe 8 devant la division d’opposition).
53 Toutefois, il convient de relever que la simple apposition de la forme figurative du signe NEAM sur ces documents ne constitue pas une preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure en tant que marque.
54 En effet, l’accord indiqué à l’annexe 5 devant la division d’opposition consiste en une convention de distribution d’instruments financiers entre la requérante et une banque italienne, par laquelle il est convenu que la banque commercialisera et vendra les produits financiers de la requérante, en l’occurrence les fonds d’investissement NEF. Or, ainsi que l’a relevé à juste titre la chambre de recours au point 47 de la décision attaquée, l’accord ne contient aucune indication que le signe NEAM ait été utilisé autrement que pour indiquer le nom de la société qui a conclu un accord avec un distributeur de produits financiers commercialisés sous le signe NEF. Contrairement à ce que fait valoir la requérante, il est dépourvu de pertinence que de tels documents aient été signés par des clients renommés de la requérante.
55 En ce qui concerne l’annexe 7 devant la division d’opposition, comportant le procès-verbal de l’approbation d’un nouvel investisseur par la requérante, aussi bien que l’annexe 8 devant la division d’opposition, comprenant la politique de transparence relative à la durabilité de celle-ci, il suffit de constater que ces documents indiquent le nom de la requérante ou l’acronyme de la dénomination sociale de cette dernière, sans pour autant établir de lien avec l’un des services en cause, de manière à indiquer son origine commerciale.
56 Quatrièmement, en ce qui concerne les communiqués de presse de la requérante figurant aux annexes 6 et 9 (et leurs traductions correspondantes, reprises aux annexes 12 et 13) devant la division d’opposition, ainsi que les articles de presse concernant certaines initiatives de solidarité de la requérante, figurant aux annexes 11 et 14 devant la division d’opposition et à l’annexe F devant la chambre de recours, la requérante fait valoir que ces documents fournissent la preuve de l’excellence des services financiers qu’elle a fournis et des récompenses qu’elle a reçues pour son travail, ce qui démontrerait que la marque antérieure a fait preuve d’un usage sérieux vers l’extérieur.
57 S’agissant de l’annexe 9 (et sa traduction figurant à l’annexe 13) devant la division d’opposition, comportant la documentation relative à plusieurs prix remportés par la requérante, il y a lieu de constater qu’il ressort de cette annexe que les prix en cause ont été remis aux fonds et aux sous-fonds NEF et que la requérante est mentionnée, via l’acronyme de sa dénomination sociale, en tant que société de gestion administrative de ces fonds d’investissement. Par conséquent, ces éléments démontrent le succès particulier des fonds NEF et ne font que mentionner de manière limitée l’acronyme de la dénomination sociale de la requérante. En outre, plusieurs des captures d’écran figurant à ladite annexe proviennent du site Internet « www.nef.lu » ou montrent le signe NEF en tant que logo. Il ne ressort aucunement de cette même annexe que la dénomination sociale de la requérante a été utilisée vers l’extérieur en tant que marque dans la commercialisation et la publicité de fonds NEF.
58 Il en va de même pour les communiqués de presse produits par la requérante, relatifs au transfert de la gestion d’un fond NEF à la société La Française (annexe 6 et sa traduction figurant à l’annexe 12 devant la division d’opposition), à un don de 50 000 euros à une ONG en Ukraine en 2022 (annexe 14 devant la division d’opposition), ainsi qu’à la certification d’un fond NEF (annexe F devant la chambre de recours), dans lesquels l’acronyme de la dénomination sociale de la requérante est uniquement mentionné en tant que nom de la société de gestion des fonds NEF, ainsi que l’a observé la chambre de recours aux points 49 et 53 de la décision attaquée.
59 De plus, dans la documentation démontrant diverses initiatives solidaires de la requérante, reprises à l’annexe 11 devant la division d’opposition, il est fait référence à la dénomination NEAM en tant que nom de la requérante dans une lettre relative à la fondation Save the Children, sans indication des services et des produits financiers qu’elle revendique, et le bulletin d’informations « Actualités de NEF » ne fait aucunement mention ni de la marque antérieure ni de la requérante, constituant, en tout état de cause, un document purement interne.
60 Or, les documents mentionnés aux points 57 à 59 ne contiennent aucune indication démontrant que la marque antérieure était utilisée comme indicateur de l’origine commerciale de l’un des services en cause.
61 Partant, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en concluant que les éléments de preuve versés au dossier montrent uniquement que la marque antérieure a été utilisée en tant qu’acronyme de la dénomination sociale de la requérante, sans prouver l’usage sérieux de la marque antérieure en tant que marque pour les services pour lesquels elle est enregistrée. Les seuls faits que la requérante exerce ses activités sous la dénomination NEAM depuis 1999, assure la gestion des fonds d’investissement sous un signe distinct NEF et compte, parmi ses clients, diverses institutions d’investissement ne parviennent pas à remettre cette conclusion en cause. L’usage de l’acronyme de la dénomination sociale NEAM ne pouvait être considéré comme un usage de la marque antérieure, en l’absence de preuve que les services en cause étaient identifiés et proposés sur le marché sous ce signe, conformément à la jurisprudence citée aux points 35 à 37 ci‑dessus.
62 Il y a lieu de constater que cette appréciation de la chambre de recours n’est pas remise en cause par les autres arguments de la requérante.
63 Premièrement, la requérante considère que la décision attaquée est contradictoire. D’une part, la chambre de recours reconnaîtrait de manière paradoxale, au point 57 de ladite décision, que la marque antérieure a été utilisée en tant que dénomination sociale par la requérante, tout en concluant que l’usage sérieux de cette dernière, en tant que marque, n’a pas été démontré. D’autre part, la requérante revendique que la chambre de recours a reconnu son succès commercial, mais a omis de reconnaître le caractère distinctif du signe avec lequel ce succès a été obtenu.
64 À cet égard, il suffit de constater, d’une part, ainsi qu’il a déjà été indiqué au point 61 ci‑dessus, que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur en observant, au vu de l’examen des éléments de preuve qu’elle a effectuée, que la marque antérieure a été utilisée en tant que dénomination sociale pour la requérante, mais que la preuve de son usage sérieux, en tant que marque, faisait défaut. D’autre part, en ce qui concerne les arguments tirés du succès commercial de la requérante, il suffit de constater que ces aspects sont dépourvus de pertinence dans le cadre de l’examen de l’usage sérieux d’une marque. En effet, il ressort de la jurisprudence citée au point 24 ci-dessus que les dispositions régissant l’examen de l’usage sérieux ne visent ni à évaluer la réussite commerciale ni à contrôler la stratégie économique d’une entreprise ou encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes.
65 Deuxièmement, la requérante fait valoir que la chambre de recours aurait dû reconnaître que la marque antérieure constituait une « marque ombrelle », à savoir, un signe utilisé pour identifier et englober l’identité commerciale de la requérante et son portefeuille de services, en ce que le signe NEF a été utilisé simultanément avec la dénomination sociale de la requérante. La marque antérieure serait utilisée comme nom de domaine pour le site Internet de la requérante, par lequel, notamment, des services commercialisés sous la marque distincte NEF sont promus.
66 Il suffit de constater que c’est à juste titre que la chambre de recours a écarté cette argumentation aux points 42 à 44, 46 et 51 de la décision attaquée. En effet, bien que le signe NEAM soit utilisé, entre autres, comme nom de domaine pour désigner le site Internet de la requérante, sur lequel sont présentés des services financiers commercialisés sous le signe NEF, il ressort de l’analyse effectuée aux points 41 à 61 ci-dessus qu’aucun élément de preuve ne permet de conclure que les services en cause étaient identifiés et proposés sur le marché sous le signe NEAM, de façon à établir un lien entre la marque antérieure et ces services en indiquant leur origine commerciale, de sorte qu’il serait perçu en tant que marque ombrelle pour les fonds en cause.
67 Troisièmement, il y a lieu d’écarter l’argumentation de la requérante s’appuyant sur l’arrêt du 27 septembre 2007, LA MER (T‑418/03, non publié, EU:T:2007:299), ainsi que la décision de la quatrième chambre de recours de l’EUIPO du 7 mars 2025 dans l’affaire R 1356/2024‑4, qu’elle soulève à titre de comparaison en l’espèce. D’une part, ainsi que la chambre de recours l’a observé au point 56 de la décision attaquée, l’arrêt du Tribunal précité n’est pas comparable au cas d’espèce en ce que, contrairement à la situation ressortant de cet arrêt, la requérante n’a présenté aucun élément de preuve montrant que la marque antérieure était utilisée comme indicateur de l’origine commerciale d’un service concret.
68 D’autre part, en ce qui concerne l’argumentation tirée de la décision de la quatrième chambre de recours de l’EUIPO dans l’affaire R 1356/2024‑4, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, la légalité des décisions de la chambre de recours, lesquelles relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non d’un pouvoir discrétionnaire, doit être appréciée uniquement sur le fondement du règlement 2017/1001, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur la base d’une pratique décisionnelle antérieure de l’EUIPO, laquelle ne saurait, en tout état de cause, lier le juge de l’Union [arrêts du 15 septembre 2005, BioID/OHMI, C‑37/03 P, EU:C:2005:547, point 47, et du 14 mai 2025, Karneolis/EUIPO – Match Group (KinkySwipe), T‑332/24, non publié, EU:T:2025:489, point 52]. En tout état de cause, ainsi que l’EUIPO l’observe, dans cette affaire, et contrairement au cas d’espèce, la chambre de recours disposait de multiples factures et devis pour les services en cause et sur lesquels le signe en cause avait été apposé.
69 Il résulte de ce qui précède que c’est à bon droit que la chambre de recours a conclu que les éléments de preuve versés au dossier ne démontraient pas que la marque antérieure avait été utilisée conformément à sa fonction essentielle d’identifier l’origine commerciale des services fournis par la requérante, et que, par conséquent, la requérante n’était pas parvenue à démontrer l’usage sérieux de la marque antérieure, conformément à l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 10, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625.
70 Dès lors, le moyen unique et, partant, le recours dans son ensemble doivent être rejetés.
Sur les dépens
71 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
72 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière.
73 En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas d’organisation d’une audience, il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Nord Est Asset Management SA, supportera, outre ses propres dépens, ceux exposés par New Enterprise Associates, Inc.
3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.
| Kingston | Marcoulli | Hettne |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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