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AccueilDroit européen62025TJ0381
Jurisprudence CJUE62025TJ0381

Arrêt du Tribunal (cinquième chambre élargie) du 8 juillet 2026.#P. sp. z o.o. contre Dyrektor Izby Administracji Skarbowej w Łodzi.#Renvoi préjudiciel – Fiscalité – Droits d’accise – Harmonisation des structures des droits d’accises sur l’alcool et les boissons alcooliques – Alcool éthylique – Exonérations – Article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83/CEE – Notion de “produits non destinés à la consommation humaine” – Critères d’appréciation.#Affaire T-381/25.

CELEX62025TJ0381
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 8 juillet 2026

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges)

8 juillet 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – Fiscalité – Droits d’accise – Harmonisation des structures des droits d’accises sur l’alcool et les boissons alcooliques – Alcool éthylique – Exonérations – Article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83/CEE – Notion de “produits non destinés à la consommation humaine” – Critères d’appréciation »

Dans l’affaire T‑381/25,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Naczelny Sąd Administracyjny (Cour suprême administrative, Pologne), par décision du 29 janvier 2025, parvenue à la Cour le 27 mai 2025, dans la procédure

P. sp. z o.o.

contre

Dyrektor Izby Administracji Skarbowej w Łodzi,

en présence de

Prokurator Krajowy,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges),

composé de M. M. Sampol Pucurull, président, Mme T. Pynnä, M. J. Laitenberger (rapporteur), Mme M. Stancu et M. W. Valasidis, juges,

avocat général : M. J. Martín y Pérez de Nanclares,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la transmission par la Cour de la demande préjudicielle au Tribunal le 13 juin 2025, en application de l’article 50 ter, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne,

vu la matière visée à l’article 50 ter, premier alinéa, sous b), du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’absence de question indépendante d’interprétation au sens de l’article 50 ter, deuxième alinéa, dudit statut,

vu la phase écrite de la procédure,

considérant les observations présentées :

– pour P., par Me M. Brończyk, radca prawny,

– pour le Dyrektor Izby Administracji Skarbowej w Łodzi, par Mme E. Białas-Giejbatow, en qualité d’agente,

– pour le gouvernement polonais, par M. B. Majczyna, en qualité d’agent,

– pour la Commission européenne, par M. M. Björkland et Mme B. Sasinowska, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83/CEE du Conseil, du 19 octobre 1992, concernant l’harmonisation des structures des droits d’accises sur l’alcool et les boissons alcooliques (JO 1992, L 316, p. 21).

2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant P. sp. z o.o., une société de droit polonais, au Dyrektor Izby Administracji Skarbowej w Łodzi (directeur de l’administration fiscale de Łódź, Pologne) au sujet de l’exigibilité de l’accise harmonisée en ce qui concerne deux types de diluants alcooliques produits par cette société entre le mois de janvier et le mois d’avril 2014.

Cadre juridique

Droit de l’Union

Directive 92/83

3 Selon l’article 19, paragraphe 1, de la directive 92/83 :

« Les États membres appliquent une accise à l’alcool éthylique conformément à la présente directive. »

4 L’article 20 de la directive 92/83 dispose :

« Aux fins de la présente directive, on entend par alcool éthylique :

– tous les produits qui ont un titre alcoométrique acquis excédant 1,2 % vol et qui relèvent des codes NC‑2207 et 2208, même lorsque ces produits font partie d’un produit relevant d’un autre chapitre de la nomenclature combinée,

[...] »

5 L’article 27, paragraphe 1, de la directive 92/83 est libellé comme suit :

« Les États membres exonèrent les produits couverts par la présente directive de l’accise harmonisée dans les conditions qu’ils fixent en vue d’assurer l’application correcte et directe de ces exonérations et d’éviter toute fraude, évasion ou abus, lorsqu’ils sont :

[...]

b) à la fois dénaturés conformément aux prescriptions d’un État membre et utilisés pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine ;

c) utilisés pour la production de vinaigre relevant du code NC‑2209 ;

[...] »

NC

6 Le chapitre 22 de la nomenclature combinée (ci-après la « NC ») figurant à l’annexe I du règlement (CEE) no 2658/87 du Conseil, du 23 juillet 1987, relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun (JO 1987, L 256, p. 1), dans sa version résultant du règlement d’exécution (UE) no 1101/2014 de la Commission, du 16 octobre 2014 (JO 2014, L 312, p. 1), intitulé « Boissons, liquides alcooliques et vinaigres », comprend notamment la position 2207, qui est libellée comme suit :

Code NC

Désignation des marchandises

2207

Alcool éthylique non dénaturé d’un titre alcoométrique volumique de 80 % vol ou plus ; alcool éthylique et eaux-de-vie dénaturés de tous titres

[...]

[...]

2207 20 00

– Alcool éthylique et eaux-de-vie dénaturés de tous titres


7 Le chapitre 38 de la NC, dans la version applicable au litige au principal, intitulé « Produits divers des industries chimiques », comprend notamment la position 3814, qui est libellée comme suit :

Code NC

Désignation des marchandises

3814 00

Solvants et diluants organiques composites, non dénommés ni compris ailleurs ; préparations conçues pour enlever les peintures ou les vernis

3814 00 10

– à base d’acétate de butyle

3814 00 90

– autres

Droit polonais

8 L’article 32, paragraphe 4, de l’Ustawa o podatku akcyzowym (loi sur les droits d’accise), du 6 décembre 2008 (Dz. U. de 2011, no 108, position 626), telle que modifiée (ci-après la « loi sur les droits d’accise »), prévoit :

« [...]

4. Sont également exonérés de l’accise en raison de leur destination :

[...]

2) l’alcool éthylique dénaturé par des agents dénaturants que le ministre chargé des finances publiques a inscrits sur la liste des agents autorisés pour la dénaturation de l’alcool éthylique en vertu de la réglementation arrêtée sur le fondement de la loi du 2 mars 2001 relative à la production d’alcool éthylique et à la fabrication de produits du tabac (Dz. U. de 2001, no 31, position 353), telle que modifiée, et utilisé pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine, uniquement dans les cas visés au paragraphe 3, points 1 ou 8, si les conditions énoncées aux paragraphes 5 à 13 sont réunies ; dans le cas de l’utilisateur, l’exonération de l’accise porte sur des quantités n’excédant pas les limites d’utilisation autorisées visées à l’article 85, paragraphe 1, point 2, sous b), et paragraphe 2, point 1, sous b). »

Litige au principal et questions préjudicielles

9 À la suite d’un contrôle fiscal visant P. pour la période allant du mois de janvier au mois d’avril 2014, le Naczelnik Drugiego Urzędu Skarbowego L. (directeur du deuxième centre des impôts L., Pologne) (ci-après l’« autorité fiscale de première instance ») a constaté que les produits fabriqués par P. et désignés comme étant des diluants sous les noms « RRK 5 » et « RRK 12 », résultant de l’addition de 1 % de propylène glycol en masse à de l’alcool partiellement dénaturé, constituaient de l’alcool dénaturé et, partant, auraient dû être classés dans la position 2207 20 00 de la NC. L’autorité fiscale de première instance a donc estimé que P. avait commis une erreur en classant ces produits dans la position 3814 00 90 de la NC et en considérant qu’ils n’étaient pas destinés à la consommation humaine. Cette autorité a par ailleurs considéré que, lorsqu’une personne redevable de l’accise harmonisée déclarait que l’alcool éthylique partiellement dénaturé en question était utilisé afin de fabriquer des produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine, alors que, en réalité, l’alcool était utilisé pour fabriquer un produit qui restait de l’alcool éthylique, ainsi que cela ressortirait de la NC, cette circonstance portait atteinte à l’objectif de l’exonération prévue à l’article 32, paragraphe 4, point 2, de la loi sur les droits d’accise.

10 En outre, l’autorité fiscale de première instance a constaté que seuls trois cocontractants de P. avaient utilisé eux-mêmes le produit RRK 12 et en avaient indiqué la destination. Les six autres cocontractants avaient, quant à eux, revendu le produit d’une manière rendant impossible l’identification des destinataires au moyen de tickets de caisse. Dans ces conditions, ladite autorité a, par décision du 26 août 2019, fixé l’accise dont P. était redevable au titre des mois de janvier à avril 2014.

11 À la suite de la réclamation introduite par P., le directeur de l’administration fiscale de Łódź a, par décision du 22 novembre 2019, confirmé la décision de l’autorité fiscale de première instance. P. a introduit un recours contre cette décision.

12 Par jugement du 25 février 2021, le Wojewódzki Sąd Administracyjny w Łodzi (tribunal administratif de voïvodie de Łódź, Pologne) a rejeté ce recours.

13 Le 12 mai 2021, P. s’est pourvue en cassation contre ce jugement devant le Naczelny Sąd Administracyjny (Cour suprême administrative, Pologne), à savoir la juridiction de renvoi.

14 D’une part, la juridiction de renvoi estime que la jurisprudence existante de la Cour de justice de l’Union européenne ne permet pas de répondre de manière univoque à la question de savoir s’il est possible d’interpréter l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 en ce sens que, s’agissant de la condition d’exonération relative à l’utilisation du produit en cause pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine, ladite fabrication doit être confirmée par le classement de ces produits sous un code tarifaire autre que la position 2207 de la NC, de sorte que l’absence de classement du produit sous un tel code suffit pour refuser l’application de l’exonération visée par cette disposition.

15 D’autre part, si tel n’était pas le cas, la juridiction de renvoi s’interroge, en substance, sur la question de savoir si le refus d’exonérer de l’accise harmonisée les produits qui, selon le fabricant, ne sont pas destinés à la consommation humaine peut dépendre des circonstances entourant la vente de ces produits, en particulier la diligence de ce fabricant dans le cadre de ses activités.

16 Dans ces conditions, le Naczelny Sąd Administracyjny (Cour suprême administrative) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) La circonstance qu’un produit soumis à accise qui se présente sous la forme d’un alcool éthylique dénaturé par du propylène glycol soit classé sous le code tarifaire 2207 20 suffit-elle pour refuser d’appliquer l’exonération visée à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la [directive 92/83] ?

2) En cas de réponse négative à la première question, le refus d’appliquer cette exonération requiert-il de l’autorité fiscale qu’elle démontre que l’opérateur économique redevable de l’accise et fabriquant des produits soumis à accise qui ne sont pas destinés à la consommation humaine sait que ces produits sont utilisés pour une telle consommation, ou suffit-il que cette autorité établisse l’existence d’éléments lui permettant de considérer que cet opérateur devrait le savoir ? »

Sur les questions préjudicielles

Sur la première question

17 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à la subordination de l’exonération des droits d’accises sur l’alcool éthylique dénaturé et entrant dans la composition de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine notamment au fait que la destination de ces produits ait été établie par leur classement dans une position de la NC autre que la position 2207.

18 Il convient de rappeler que, pour l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union, telle que l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, il y a lieu de tenir compte non seulement de ses termes, mais également de son contexte et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elle fait partie [voir arrêt du 17 juin 2010, British American Tobacco (Germany), C‑550/08, EU:C:2010:349, point 35 et jurisprudence citée].

19 En premier lieu, il ressort du libellé de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 que l’exonération prévue audit article dépend du respect de deux conditions cumulatives, à savoir, d’une part, que l’alcool soit dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre et, d’autre part, qu’il soit utilisé pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine.

20 À cet égard, la question du classement du produit en cause sous un code NC donné n’est pas mentionnée dans le libellé de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, de sorte qu’il n’est pas possible de déduire de ce dernier que le législateur de l’Union a entendu définir le classement sous un code NC donné comme étant en lui-même un critère pour l’application de l’exonération en question.

21 En deuxième lieu, s’agissant du contexte dans lequel s’insère l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, il convient de relever qu’il fait partie d’une série d’exonérations obligatoires applicables à l’alcool et aux boissons alcooliques appartenant à certaines catégories particulières faisant l’objet d’usages spécifiques.

22 La Cour a déjà jugé, à cet égard, que l’exonération des produits qui sont visés par l’article 27, paragraphe 1, sous a) et b), de la directive 92/83 est le principe et son refus l’exception. Par ailleurs, la faculté reconnue aux États membres par l’article 27, paragraphe 1, de la directive 92/83 d’arrêter les conditions de cette exonération « en vue d’assurer l’application correcte et directe de ces exonérations et d’éviter toute fraude, évasion ou abus » ne saurait mettre en cause le caractère inconditionnel de l’obligation d’exonération prévue par cette disposition (voir arrêt du 7 décembre 2000, Italie/Commission, C‑482/98, EU:C:2000:672, point 50 et jurisprudence citée).

23 Plus particulièrement, la Cour a déjà jugé que l’alcool éthylique contenu dans un produit qui n’est pas destiné à la consommation humaine et qui a été dénaturé selon une méthode approuvée dans un État membre bénéficie de l’exonération prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 (voir arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 21 et jurisprudence citée).

24 Ainsi, dans le cas où l’alcool est déjà incorporé dans un produit non destiné à la consommation humaine, l’octroi ou le refus de l’exonération au titre de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 dépend de la méthode de dénaturation (voir, en ce sens, arrêt du 7 décembre 2000, Italie/Commission, C‑482/98, EU:C:2000:672, points 40 et 41).

25 Enfin, la Cour a estimé qu’il était contraire à la directive 92/83 de refuser l’exonération d’un produit qui satisfaisait aux conditions prévues à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de celle-ci au seul motif qu’il avait été constaté que sa destination réelle ne correspondait pas à la dénomination que lui avait donnée l’opérateur (voir arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 22 et jurisprudence citée).

26 Il ressort donc de la jurisprudence de la Cour que celle-ci s’oppose à l’application de critères ou de conditions qui ne ressortent pas, en eux-mêmes, du libellé de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83. Il doit, au contraire, être recherché, sur la base d’éléments concrets, si la condition relative à l’utilisation de l’alcool éthylique pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine est objectivement remplie, sans que cet examen puisse se limiter à la seule constatation d’un classement sous un code NC donné.

27 Par ailleurs, une telle interprétation trouve également appui dans le libellé de l’article 20, premier tiret, de la directive 92/83. Cet article, qui fournit une définition de la notion d’« alcool éthylique » aux fins de l’application de la directive 92/83, dispose que relèvent de cette notion, notamment, tous les produits relevant de la position 2207 de la NC et qui ont un titre alcoométrique supérieur à 1,2 % vol, « même lorsque ces produits font partie d’un produit relevant d’un autre chapitre de la NC ». Or, si le fait que l’alcool éthylique soit incorporé dans un produit relevant d’un autre chapitre de la NC ne fait pas obstacle à ce qu’il soit qualifié d’alcool éthylique au sens de l’article 20, premier tiret, de la directive 92/83, cela ne saurait signifier, pour autant, que le classement de ce produit dans un autre chapitre de la NC constitue une condition à cet égard. Ainsi, tel qu’il est formulé, l’article 20, premier tiret, de la directive 92/83 n’exclut pas que, aux fins de l’application de cette directive, l’alcool éthylique puisse être incorporé dans un produit classé dans le même chapitre de la NC, voire dans la même position de la NC, à savoir la position 2207.

28 En outre, cette interprétation est corroborée par l’économie de l’article 27, paragraphe 1, de la directive 92/83. L’article 27, paragraphe 1, sous c), de la directive 93/82 prévoit en effet, quant à lui, l’exonération de l’alcool éthylique utilisé « pour la production de vinaigre relevant du code NC 2209 ». Si le législateur avait voulu ajouter, pour l’exonération des produits dénaturés conformément aux prescriptions d’un État membre et utilisés pour la fabrication de produits non destinés à la consommation humaine, une condition relative à l’exclusion d’un code tarifaire donné, il l’aurait fait de manière explicite à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de ladite directive.

29 En troisième lieu, s’agissant des objectifs poursuivis par la directive 92/83, les exonérations prévues par cette dernière visent, notamment, à neutraliser l’incidence des accises sur l’alcool en tant que produit intermédiaire entrant dans la composition d’autres produits commerciaux ou industriels (voir arrêt du 22 décembre 2022, Quadrant Amroq Beverages, C‑332/21, EU:C:2022:1031, point 47 et jurisprudence citée).

30 Ainsi, il résulte de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, lu en combinaison avec le vingtième considérant de celle-ci, que la mise en œuvre de l’exonération prévue à cette disposition par un État membre dépend de l’utilisation finale des produits concernés (voir, par analogie, arrêt du 9 décembre 2010, Repertoire Culinaire, C‑163/09, EU:C:2010:752, point 49).

31 Or, l’interprétation selon laquelle il conviendrait de refuser l’application de l’exonération visée à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 à de l’alcool éthylique dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre et utilisé pour la fabrication de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine au seul motif que les produits pour la fabrication desquels il a été utilisé relèvent d’un code NC donné est susceptible de porter atteinte à l’objectif de neutralisation de l’incidence des droits d’accises sur l’alcool éthylique en tant que produit intermédiaire entrant dans la composition d’autres produits commerciaux ou industriels. En effet, dans la mesure où les produits non destinés à la consommation humaine sont vendus à des personnes en vue d’une utilisation à des fins excluant toute consommation humaine, l’alcool éthylique dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre entrant dans la composition desdits produits serait soumis aux droits d’accise, alors même qu’il est effectivement utilisé à de telles fins.

32 Par ailleurs, s’il est vrai que, en vertu de l’article 27, paragraphe 1, de la directive 92/83, lu en combinaison avec le vingt-deuxième considérant de cette directive, les États membres peuvent fixer des conditions en vue d’assurer l’application correcte et directe des exonérations prévues à cette disposition ainsi que d’éviter toute fraude, évasion ou abus, il ressort de la jurisprudence que, dans le cadre de l’exercice de cette faculté, il incombe aux États membres concernés d’invoquer des éléments concrets, objectifs et vérifiables étayant l’existence d’un risque sérieux de fraude, d’évasion ou d’abus et de s’assurer que les conditions qu’ils fixent au titre de cette faculté n’aillent pas au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre ledit objectif (voir, en ce sens, arrêt du 9 décembre 2010, Repertoire Culinaire, C‑163/09, EU:C:2010:752, point 52 et jurisprudence citée). Il en résulte que les États membres ne sauraient subordonner l’application de l’exonération prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 au respect de conditions dont il n’est pas établi, sur le fondement d’éléments concrets, objectifs et vérifiables, qu’elles sont nécessaires pour assurer l’application correcte et directe de ladite exonération ainsi que pour éviter des fraudes, évasions ou abus (voir, par analogie, arrêt du 9 décembre 2010, Repertoire Culinaire, C‑163/09, EU:C:2010:752, point 53).

33 Or, il semble ressortir des informations transmises par la juridiction de renvoi que la condition prévue par les autorités fiscales nationales en cause dans le cadre du litige au principal, à savoir la confirmation de la destination du produit non destiné à la consommation humaine par son classement sous un code autre que la position 2207 de la NC, n’est nécessaire ni pour assurer l’application correcte de l’exonération prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, ni pour éviter des fraudes, des évasions ou des abus, ce qu’il incombe cependant à la juridiction de renvoi de vérifier, sur le fondement des éléments concrets, objectifs et vérifiables dont elle dispose.

34 Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre à la première question que l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à la subordination de l’exonération des droits d’accises sur l’alcool éthylique dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre et entrant dans la composition de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine au fait que la destination de ces produits ait été établie par leur classement dans une position de la NC autre que la position 2207, sauf s’il résulte d’éléments concrets, objectifs et vérifiables que cette condition est nécessaire pour assurer l’application correcte de ladite exonération ainsi que pour éviter des fraudes, des évasions ou des abus.

Sur la seconde question

35 Par sa seconde question, posée uniquement en cas de réponse négative à la première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si, afin de refuser le bénéfice de l’exonération au titre de l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83, les autorités fiscales doivent démontrer que l’assujetti fabriquant des produits non destinés à la consommation humaine contenant de l’alcool éthylique soumis à accise savait qu’ils étaient utilisés pour la consommation humaine, ou s’il leur suffit d’établir l’existence d’éléments permettant de conclure qu’il aurait dû avoir connaissance de cette utilisation.

36 Telle qu’elle est posée, la question ne vise que la circonstance spécifique de la connaissance ou de la possibilité de connaissance par l’assujetti fabriquant les produits en cause d’une éventuelle consommation ultérieure de ces produits non conforme à leur destination initiale. En revanche, elle n’évoque pas de circonstances relevant de cas de fraude, d’évasion ou d’abus justifiant l’application de l’article 27, paragraphe 5, de la directive 92/83. Cette question repose donc sur la prémisse que la connaissance ou la possibilité de connaissance par l’assujetti fabriquant les produits en cause d’une éventuelle consommation ultérieure de ces produits non conforme à leur destination initiale est un motif suffisant en tant que tel pour refuser le bénéfice de l’exonération prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83.

37 À cet égard, il convient de rappeler, ainsi que cela ressort du point 23 ci-dessus, que l’alcool éthylique contenu dans un produit qui n’est pas destiné à la consommation humaine et qui a été dénaturé selon une méthode approuvée dans un État membre bénéficie de l’exonération prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 (voir arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 21 et jurisprudence citée).

38 Il ressort en outre du point 25 ci-dessus qu’il est contraire à la directive 92/83 de refuser l’exonération d’un produit qui satisfait aux conditions prévues à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de celle-ci au seul motif que sa destination réelle ne correspond pas à la dénomination que lui a donnée l’opérateur (voir arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 22 et jurisprudence citée).

39 Il découle de ce qui précède que l’alcool éthylique dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre, contenu dans des produits présentés comme étant des diluants et, dès lors, comme étant des produits non destinés à la consommation humaine, ne saurait être privé de l’exonération de l’accise harmonisée prévue à l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 au motif que ces produits sont, à tout le moins partiellement, utilisés à des fins de consommation humaine (voir, en ce sens, arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 23).

40 En l’occurrence, si la juridiction de renvoi indique, en substance, que la circonstance que P. a fait preuve d’un manque de diligence lors de la vente des produits qu’elle fabriquait a pu entraîner l’utilisation de ces produits à des fins de consommation humaine, il ressort également de la demande de décision préjudicielle que lesdits produits, vendus par P. sous les noms « RRK 5 » et « RRK 12 », étaient vendus en tant que diluants. Par ailleurs, sous réserve de vérification par la juridiction de renvoi, rien ne semble indiquer que les personnes qui les achetaient, le cas échéant, à des fins de consommation humaine ne savaient pas qu’elles achetaient des produits commercialisés en tant que diluants.

41 Ainsi, les mesures prises par P. dans le cadre de la commercialisation des produits en cause dans le litige au principal ne semblent pas avoir empêché que ceux-ci soient présentés comme des diluants non destinés à la consommation humaine, ce qu’il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier.

42 Or, sous réserve des cas de fraude, d’évasion ou d’abus justifiant l’application de l’article 27, paragraphe 5, de la directive 92/83, les éventuelles mesures prises par le fabricant des produits en cause en ce qui concerne leur commercialisation, tant qu’elles n’empêchent pas leur présentation comme des produits non destinés à la consommation humaine, ne sauraient priver ce fabricant du bénéfice de l’exonération prévue au paragraphe 1, sous b), du même article (voir, en ce sens, arrêt du 28 février 2019, Bene Factum, C‑567/17, EU:C:2019:158, point 30). En effet, ce sont les dispositions relatives aux cas de fraude, d’évasion ou d’abus qui permettent de faire face à des situations dans lesquelles la destination réelle des produits en cause diverge de leur destination prévue.

43 Il s’ensuit que l’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83 doit être interprété en ce sens que le bénéfice de l’exonération de l’accise harmonisée qu’il prévoit ne saurait être refusé à un assujetti fabriquant des produits non destinés à la consommation humaine contenant de l’alcool éthylique soumis à accise, tels que des diluants, au seul motif que cet assujetti savait ou aurait dû savoir que lesdits produits étaient utilisés à des fins de consommation humaine.

Sur les dépens

44 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations au Tribunal, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges)

dit pour droit :

1) L’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83/CEE du Conseil, du 19 octobre 1992, concernant l’harmonisation des structures des droits d’accises sur l’alcool et les boissons alcooliques,

doit être interprété en ce sens que :

il s’oppose à la subordination de l’exonération des droits d’accises sur l’alcool éthylique dénaturé conformément aux prescriptions d’un État membre et entrant dans la composition de produits qui ne sont pas destinés à la consommation humaine au fait que la destination de ces produits ait été établie par leur classement dans une position de la nomenclature combinée figurant à l’annexe I du règlement (CEE) no 2658/87 du Conseil, du 23 juillet 1987, relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun, autre que la position 2207, sauf s’il résulte d’éléments concrets, objectifs et vérifiables que cette condition est nécessaire pour assurer l’application correcte de ladite exonération ainsi que pour éviter des fraudes, des évasions ou des abus.

2) L’article 27, paragraphe 1, sous b), de la directive 92/83

doit être interprété en ce sens que :

le bénéfice de l’exonération de l’accise harmonisée qu’il prévoit ne saurait être refusé à un assujetti fabriquant des produits non destinés à la consommation humaine contenant de l’alcool éthylique soumis à accise, tels que des diluants, au seul motif que cet assujetti savait ou aurait dû savoir que lesdits produits étaient utilisés à des fins de consommation humaine.

Sampol Pucurull

Pynnä

Laitenberger

Stancu

Valasidis

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 8 juillet 2026.

Signatures


* Langue de procédure : le polonais.

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17/07/2026

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