Jurisprudence CJUE62025TJ0420

Arrêt du Tribunal (neuvième chambre) du 9 septembre 2026.#CFL Australia Pty Ltd contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Enregistrement international désignant l’Union européenne – Marque verbale GOTCHA – Marque de l’Union européenne verbale antérieure GONG CHA – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-420/25.

CELEX62025TJ0420
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (neuvième chambre)

9 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Enregistrement international désignant l’Union européenne – Marque verbale GOTCHA – Marque de l’Union européenne verbale antérieure GONG CHA – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑420/25,

CFL Australia Pty Ltd, établie à Melbourne (Australie), représentée par Me P. Fibich, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme E. Nicolás Gómez, en qualité d’agente,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Gong cha Global Ltd, établie à Londres (Royaume-Uni), représentée par Me M. Borucka, avocate,

LE TRIBUNAL (neuvième chambre),

composé de Mmes S. Kingston (rapporteure), présidente, A. Marcoulli et M. P. Zilgalvis, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, CFL Australia Pty Ltd, demande l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 12 mai 2025 (affaire R 2191/2024-2) (ci‑après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 12 septembre 2022, la requérante a désigné l’Union européenne dans le cadre d’une procédure d’enregistrement international du signe verbal GOTCHA.

3 La marque demandée désignait les produits et les services relevant des classes 30, 32 et 43 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 30 : « Thé aromatisé à la pomme ; thés aromatiques [à usage non médicinal] ; succédanés de thé ; boissons à base de thé ; boissons à base de thé ; chai [thé] ; produits à base de cacao ; glace ; boissons glacées à base de chocolat ; boissons glacées à base de cacao ; boissons glacées à base de café ; crèmes glacées ; café glacé (boissons à base de café) ; thés aromatisés aux fruits [autres que médicinaux] ; infusions non médicinales ; infusions aux fruits ; thé glacé ; thé soluble [autre qu’à usage médicinal] ; thé au jasmin ; boissons à base de thé ; boissons à base de thé ; extraits de thé ; produits à base de thé [à usage non médicinal] ; thé rooibos [à usage non médicinal] ; thé en sachet à usage non médicinal ; préparations pour boissons à base de thé ; préparations à base de thé ; thé kombucha ; infusions non médicinales ; boissons à base de thé ; café synthétique ; boissons à base de café ; café ; boissons à base de café ; café au lait ; boissons à base de café ; arômes de café ; boissons à base de café ; préparations pour boissons à base de chocolat ; préparations pour boissons à base de chocolat ; préparations pour boissons à base de cacao ; préparations pour boissons à base de café ; préparations à base de café ; boissons à base de chocolat ; chocolat au lait [boisson] ; boissons à base de chocolat ; poudre instantanée pour boissons aromatisées à base de café, de thé ou de cacao » ;

– classe 32 : « Boissons sans alcool aromatisées au thé ; boissons sans alcool aromatisées au café » ;

– classe 43 : « Services de préparation de nourriture et de boissons ; services de snack-bars [mise à disposition d’aliments et de boissons] ; services d’aliments et de boissons à emporter ; services de traiteurs ; mise à disposition d’aliments et de boissons ; services de cafés ; cafés ; services de coffee shops ; services de traiteurs ; services de restauration ambulante ; services de cafétérias ; services de coffee bar et coffee house [mise à disposition d’aliments et de boissons] ; services d’hospitalité [nourriture et boissons] ».

4 Le 28 avril 2023, l’intervenante, Gong cha Global Ltd, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits et les services visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était fondée notamment sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure GONG CHA, désignant les produits et les services relevant des classes 30, 32, 35 et 43 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 30 : « Thé ; boissons à base de thé ; sachets de thé ; thés aromatiques [à usage non médicinal] ; infusions aux fruits ; thé à la roselle ; thé longane ; thé (non médicinal) contenant du lait ; tisane autre qu’à usage médical ; thé à base de riz brun ; café ; boissons à base de café ; cacao ; boissons à base de cacao ; chocolat ; cacao soluble ; crèmes glacées ; glace à rafraîchir ; desserts glacés ; fructose pour l’alimentation ; sucre ; miel » ;

– classe 32 : « Boissons sans alcool ; sorbets [boissons] ; boissons rafraîchissantes sans alcool ; boissons aromatisées aux fruits ; extraits de fruits sans alcool ; boissons à base de jus de fruits sans alcool ; sodas ; jus végétaux [boissons] ; moûts ; jus d’orange ; jus de tomates [boissons] ; boissons sans alcool à base de fruits aromatisées au thé ; boissons sans alcool aromatisées au thé ; jus ; boissons isotoniques ; préparations pour faire des boissons ; poudres pour boissons gazeuses » ;

– classe 35 : « Services d’agences d’import-export ; administration commerciale de licences de produits et de services de tiers ; services de vente au détail ou services de vente en gros de boissons gazeuses (boissons rafraîchissantes) et de boissons non alcooliques contenant du jus de fruits ; services de vente au détail et services de vente en gros de boissons à base de café et boissons à base de cacao ; services de vente au détail ou services de vente en gros d’aliments transformés ; services de vente au détail ou services de vente en gros de produits laitiers ; services de vente au détail ou services de vente en gros de desserts ; services de vente au détail ou services de vente en gros de thé ; publicité en ligne sur un réseau informatique » ;

– classe 43 : « Fourniture de boissons ; fourniture de desserts ; salons de thé ; restaurants de fondue chinoise ; services de cafés ; services de bars ; restaurants à service rapide et permanent [snack‑bars] ; services de cafés mobiles pour la restauration (alimentation) ; services de restaurants ambulants ; services de restauration (alimentation) ; services de restauration rapide ; fourniture de petits-déjeuners ; mise à disposition d’aliments et de boissons ; services de plats à emporter [préparation de repas] ».

6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était, notamment, celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Le 12 septembre 2024, la division d’opposition a rejeté l’opposition.

8 Le 12 novembre 2024, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.

9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a accueilli le recours sur le fondement de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. Premièrement, elle a considéré que les produits et les services visés par la demande de la requérante étaient destinés au grand public ainsi qu’aux professionnels, dont le niveau d’attention varierait, respectivement, de moyen à élevé. Deuxièmement, elle a décidé de concentrer son analyse sur les consommateurs de l’Union de langue polonaise. Troisièmement, elle a estimé que les produits et les services visés par la marque demandée étaient tantôt identiques à ceux couverts par la marque antérieure, s’agissant des produits et des services compris dans les classes 32 et 43, tantôt identiques ou très similaires à ceux de la marque antérieure, s’agissant des produits compris dans la classe 30. Quatrièmement, elle a considéré que les éléments composant les signes en conflit revêtaient un caractère distinctif normal et que ces signes présentaient un degré moyen de similitude sur le plan visuel et un degré élevé de similitude phonétique. S’agissant de la comparaison conceptuelle, la chambre de recours a estimé qu’elle était neutre ou que les signes n’étaient pas similaires. Cinquièmement, s’agissant de l’appréciation globale du risque de confusion, elle a constaté que les différences conceptuelles entre les signes en conflit n’étaient pas suffisantes pour neutraliser les similitudes visuelles et phonétiques. Ainsi, la chambre de recours en a conclu qu’il pouvait exister un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent quant à l’origine commerciale des produits désignés par les deux marques en conflit.

Conclusions des parties

10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens.

11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

12 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– en substance, rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

13 Au soutien de son recours, la requérante invoque cinq moyens, tirés, le premier, d’une erreur de droit dans l’application du principe de neutralisation, le deuxième, d’une violation d’une forme substantielle du fait de l’insuffisance de motivation relative à l’admission de preuves tardives, le troisième, d’une erreur d’appréciation dans l’analyse de la similitude entre les produits relevant de la classe 30 et les services relevant de la classe 43, le quatrième, de l’introduction illégale d’un nouveau critère pour l’appréciation de la neutralisation des similitudes et, le cinquième, d’une violation due à une modification non justifiée et non motivée de la définition du public pertinent.

14 Le Tribunal estime nécessaire de requalifier les moyens soulevés dans la requête de sorte qu’il y a lieu de considérer que la requérante invoque, en substance, deux moyens, tirés, le premier, d’une violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil sur la marque de l’Union européenne, et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1), et, le second, d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

Sur le premier moyen, tiré d’une violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625

15 La requérante soutient que la chambre de recours a violé une exigence procédurale essentielle en admettant des éléments de preuve produits tardivement, sans motiver de manière suffisante sa décision à cet égard, en méconnaissance de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625.

16 En effet, selon la requérante, la chambre de recours aurait accepté de nouveaux éléments de preuve produits par l’intervenante au soutien de son opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sans toutefois démontrer de manière explicite l’exercice du pouvoir discrétionnaire qui lui est conféré par l’article 95, paragraphe 2, dudit règlement, ni exposer les motifs justifiant l’admission de ces éléments nouveaux.

17 L’EUIPO, soutenu par l’intervenante, fait valoir que ce moyen est inopérant, dès lors que la décision attaquée porte exclusivement sur l’appréciation du risque de confusion fondée sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure, sans faire référence aux éléments de preuve apportés par l’intervenante en vue d’établir la renommée et le caractère distinctif accru de cette marque.

18 L’intervenante ajoute que, en tout état de cause, ce moyen n’est pas fondé.

19 À cet égard, il convient de rappeler que l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 prévoit que les décisions de l’EUIPO sont motivées. En outre, aux termes de l’article 95, paragraphe 2, du même règlement, l’EUIPO peut ne pas tenir compte des faits que les parties n’ont pas invoqués ou des preuves qu’elles n’ont pas produites en temps utile.

20 En particulier, aux termes de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625, la chambre de recours peut accepter des faits invoqués ou des preuves produites pour la première fois devant elle uniquement si ces faits ou ces preuves semblent, à première vue, pertinents pour l’issue de l’affaire et s’ils n’ont pas été présentés en temps utile pour des raisons valables, en particulier lorsqu’ils viennent uniquement compléter des faits et des preuves pertinents qui avaient déjà été soumis en temps utile, ou sont déposés pour contester les conclusions tirées ou examinées d’office par la première instance dans la décision objet du recours.

21 En l’espèce, il ressort, certes, des points 13 à 17 de la décision attaquée que, au cours de la procédure devant la chambre de recours, l’intervenante a produit pour la première fois des éléments de preuve que la chambre de recours a jugé acceptables sur le fondement de l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 et de l’article 27, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625.

22 Toutefois, il ressort des points 18 à 74 de la décision attaquée que, dans le cadre de son examen du motif de refus tiré de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, la chambre de recours ne s’est référée à aucun de ces éléments de preuve. Au demeurant, ainsi que l’EUIPO le fait valoir devant le Tribunal et ainsi qu’il ressort du recours présenté devant la chambre de recours par l’intervenante, cette dernière avait produit ces éléments de preuve au soutien de son argumentation tirée du caractère distinctif accru de la marque antérieure et de la renommée de cette marque. Or, force est de constater que, dans la décision attaquée, la chambre de recours n’a pas examiné cette argumentation, mais a fondé son appréciation sur le seul caractère distinctif intrinsèque de ladite marque, ainsi qu’il ressort du point 61 de la décision attaquée.

23 Or, selon la jurisprudence, des moyens qui ne visent pas à contester les motifs pour lesquels la chambre de recours a rejeté le recours formé devant elle doivent être considérés comme inopérants [voir arrêt du 27 avril 2022, Group Nivelles/EUIPO – Easy Sanitary Solutions (Caniveau d’évacuation de douche), T‑327/20, EU:T:2022:263, point 101 et jurisprudence citée].

24 Partant, dès lors que, dans la décision attaquée, la chambre de recours ne s’est pas appuyée sur les éléments de preuve dont l’acceptation est contestée par la requérante, le premier moyen doit être écarté comme étant inopérant, la question de savoir si cette décision est suffisamment motivée et, le cas échéant, fondée à cet égard étant dépourvue d’incidence sur sa légalité.

25 En tout état de cause, il convient de relever que, au point 17 de la décision attaquée, la chambre de recours a expressément indiqué que ces éléments de preuve complétaient des faits et des preuves pertinents qui avaient été soumis en temps utile et que ces éléments de preuve étaient déposés pour contester les conclusions tirées ou examinées d’office par la division d’opposition, ce qui correspond aux hypothèses prévues à l’article 27, paragraphe 4, sous b), du règlement délégué 2018/625. Ainsi, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation à cet égard.

26 Dans ces conditions, le premier moyen doit être rejeté.

Sur le second moyen, tiré d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001

27 La requérante invoque, en substance, quatre branches, tirées, la première, d’un défaut de motivation, d’un vice de procédure et d’erreurs de droit résultant de la modification par la chambre de recours de la définition du public pertinent, la deuxième, d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dans la comparaison entre les produits relevant de la classe 30 et les services relevant de la classe 43, la troisième, d’une erreur manifeste d’appréciation entachant la comparaison conceptuelle des signes en conflit et, la quatrième, d’erreurs de droit entachant l’application du principe de neutralisation lors de l’appréciation globale du risque de confusion.

28 À titre liminaire, il convient de préciser que, aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

29 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].

Sur le public pertinent

30 Dans le cadre de la première branche du second moyen, la requérante invoque une méconnaissance des principes établis en matière de définition du public pertinent dans les affaires de marques ainsi qu’une violation de l’article 27, paragraphes 2 et 4, sous b), et de l’article 72, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, un défaut de motivation et un vice de procédure au motif que la chambre de recours s’est écartée, sans justification ni motivation, des appréciations de la division d’opposition relatives au public pertinent.

31 La requérante rappelle que la division d’opposition avait expressément désigné le consommateur de langue portugaise comme constituant le public pertinent en vue de l’appréciation du risque de confusion et que ce choix, fondé sur la portée linguistique et territoriale de la marque antérieure, n’avait fait l’objet d’aucune contestation de la part des parties à la procédure d’opposition. Ainsi, c’est de manière unilatérale que la chambre de recours a substitué à ce choix celui du consommateur de langue polonaise, sans motiver ce changement ni se prononcer sur les motifs retenus par la division d’opposition.

32 En particulier, la requérante reproche à la chambre de recours de s’être abstenue d’exposer les motifs pour lesquels le consommateur de langue polonaise devrait être considéré comme le public pertinent, et non le public de langue portugaise ou le consommateur anglophone d’Irlande ou de Malte, alors même que, d’une part, le marché intérieur se caractérise par sa dimension multilingue et multinationale et que, d’autre part, le litige porte sur une marque composée de termes appartenant à la langue anglaise.

33 La requérante souligne, par ailleurs, que le choix de la chambre de recours de modifier le public pertinent est d’autant plus problématique qu’aucun caractère distinctif accru de la marque antérieure n’avait été constaté dans la décision de la division d’opposition, de sorte que, en l’absence d’un tel caractère, les signes auraient dû être appréciés au regard de leur signification intrinsèque. Ainsi, selon la requérante, pour le public portugais, les termes « gong » et « cha » renvoient, respectivement, à un instrument de musique et à une danse ou à une expression informelle, si bien qu’ils sont susceptibles de revêtir une signification conceptuelle de nature à justifier l’application du principe de neutralisation. La requérante se réfère également à l’argument selon lequel le terme « gotcha » comporte en anglais une signification spécifique et informelle.

34 Enfin, la requérante reproche également à la chambre de recours de ne pas avoir expliqué pourquoi le principe de neutralisation n’était pas susceptible de s’appliquer au public lusophone ou anglophone.

35 L’EUIPO, soutenu par l’intervenante, fait valoir que cette argumentation est inopérante et, en tout état de cause, non fondée.

36 En l’espèce, il ressort des points 25 et 26 de la décision attaquée que la chambre de recours a estimé que les produits et les services concernés par les marques en conflit s’adressaient au grand public et aux professionnels du territoire de l’Union, dont le niveau d’attention variait de moyen (pour le grand public) à élevé (pour les professionnels). En outre, il résulte du point 28 de la décision attaquée que ladite chambre a concentré son analyse sur les consommateurs de l’Union de langue polonaise.

37 Toutefois, la requérante ne conteste pas les motifs de la décision attaquée selon lesquels les produits et les services visés par sa demande étaient destinés au grand public et aux professionnels dont le niveau d’attention serait, pour l’un, moyen, et pour les autres, élevé. Elle fait uniquement grief à la chambre de recours d’avoir défini le public pertinent aux fins de son analyse comme étant constitué par les consommateurs de l’Union de langue polonaise.

38 À cet égard, il convient de rappeler que, lorsque la protection de la marque antérieure s’étend à l’ensemble de l’Union, il y a lieu de prendre en compte la perception des marques en conflit par le consommateur des produits et des services en cause sur ce territoire. Toutefois, il convient de rappeler que, pour refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, il suffit qu’un motif relatif de refus au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 existe dans une partie de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 76 et jurisprudence citée].

39 En effet, selon une jurisprudence bien établie, dans le cas où, comme en l’espèce, l’une des marques antérieures invoquées à l’appui d’une opposition est une marque de l’Union européenne, l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 n’exige pas, pour que l’enregistrement de la marque demandée soit refusé, que le risque de confusion existe dans tous les États membres et dans toutes les zones linguistiques de l’Union. En effet, le caractère unitaire de la marque de l’Union européenne implique qu’une marque de l’Union européenne antérieure est opposable à toute demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne qui porterait atteinte à la protection de la première marque, ne fût-ce que par rapport à la perception des consommateurs d’une partie du territoire de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 18 septembre 2008, Armacell/OHMI, C‑514/06 P, non publié, EU:C:2008:511, point 57, et arrêt du 16 janvier 2018, Sun Media/EUIPO – Meta4 Spain (METAPORN), T‑273/16, EU:T:2018:2, point 86 (non publié) et jurisprudence citée].

40 Or, il y a lieu de relever que l’approche suivie en l’espèce par la chambre de recours est conforme à la jurisprudence qui est citée au point 39 ci-dessus et que la chambre de recours a rappelée au point 27 de la décision attaquée.

41 En outre, en ce qui concerne la prétendue insuffisance de motivation à cet égard, s’il est vrai que la chambre de recours n’a pas, au point 28 de la décision attaquée, précisé les raisons pour lesquelles elle a défini le public pertinent comme étant constitué par les consommateurs de l’Union de langue polonaise, il peut être compris, à la lecture dudit point combinée à celle du point précédent, que ce choix a été fait pour permettre à cette chambre d’examiner la perception des consommateurs d’une partie du territoire de l’Union dans l’esprit desquels il peut exister un risque de confusion.

42 Au demeurant, en ce qui concerne l’argument de la requérante selon lequel la division d’opposition avait désigné les consommateurs de langue portugaise comme constituant le public pertinent en vue de l’appréciation du risque de confusion en l’espèce, il suffit de relever qu’il ressort, au contraire, de la décision de la division d’opposition que cette dernière, ainsi que la chambre de recours l’a indiqué au point 6, quatorzième à seizième tirets, de la décision attaquée, a concentré son analyse du risque de confusion sur la partie du public pour laquelle l’élément verbal « cha » de la marque antérieure et la marque demandée ne revêtaient aucune signification, soit le public de l’Union non lusophone et non anglophone.

43 Dans ces conditions, la première branche doit être rejetée comme non fondée.

Sur la comparaison entre les produits relevant de la classe 30 et les services relevant de la classe 43

44 À cet égard, il convient de rappeler que, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].

45 En l’espèce, dans le cadre de la deuxième branche du second moyen, la requérante soutient que l’analyse de la chambre de recours quant à la similitude entre les produits relevant de la classe 30, couverts par la marque antérieure, et les services relevant de la classe 43, visés par sa demande, est entachée d’une erreur d’appréciation et, par voie de conséquence, d’une violation de l’article 72, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 et des principes juridiques applicables à la comparaison des produits et des services. En effet, elle conteste l’existence d’une similitude entre les produits relevant de la classe 30, couverts par la marque antérieure, et les services visés par sa demande, relevant de la classe 43.

46 Ce faisant, la chambre de recours aurait écarté tout examen plus approfondi de la similitude entre les produits et les services concernés, alors que la division d’opposition n’avait pas statué de manière définitive sur cette question, et aurait méconnu son obligation d’examiner l’ensemble des faits et des arguments pertinents invoqués par les parties.

47 L’EUIPO, soutenu par l’intervenante, fait valoir que cette argumentation est inopérante et, en tout état de cause, non fondée.

48 En l’espèce, dans la décision attaquée, la chambre de recours, en faisant siennes les appréciations contenues dans la décision de la division d’opposition, a considéré, en substance, que les produits relevant de la classe 30 visés par la marque demandée étaient identiques ou très similaires à ceux de la même classe couverts par la marque antérieure, que les produits relevant de la classe 32 visés par la marque demandée étaient identiques à ceux de la même classe couverts par la marque antérieure et que les services relevant de la classe 43 visés par la marque demandée étaient identiques aux services de la même classe couverts par la marque antérieure.

49 Dans ce cadre, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir commis des erreurs dans l’examen de la similitude entre les services visés par la marque demandée, relevant de la classe 43, et les produits couverts par la marque antérieure, relevant de la classe 30. Or, force est de constater que ce grief n’est pas fondé. En effet, ainsi qu’il ressort du point 31 de la décision attaquée, la chambre de recours a d’abord constaté que la division d’opposition avait considéré, en substance, que les produits et les services compris dans les classes 30, 32 et 43 visés par la marque demandée étaient identiques ou très similaires aux produits et aux services compris dans les mêmes classes et couverts par la marque antérieure. Puis, la chambre de recours a indiqué n’avoir aucune raison de s’écarter de l’analyse de la division d’opposition sur cette question et, par conséquent, elle a expressément souscrit aux conclusions de ladite division. Partant, dès lors que la chambre de recours n’a opéré aucune comparaison entre les services relevant de la classe 43 visés par la marque demandée et les produits relevant de la classe 30 couverts par la marque antérieure, elle ne saurait avoir commis aucune erreur d’appréciation à cet égard.

50 En tout état de cause, la question de savoir si les produits couverts par la marque antérieure compris dans la classe 30 sont similaires aux services compris dans la classe 43 visés par la marque demandée ne revêt aucune incidence sur la conclusion de la chambre de recours selon laquelle ces services sont identiques aux services de mise à disposition d’aliments et de boissons de la même classe couverts par la marque antérieure. En effet, dès lors que la chambre de recours a constaté l’identité entre les services relevant de la classe 43 visés par les marques en conflit, il ne lui était aucunement nécessaire de s’interroger sur la question d’une éventuelle similitude entre les produits couverts par la marque antérieure compris dans la classe 30 et les services visés par la marque demandée compris dans la classe 43, de sorte que cette question est inopérante.

51 Enfin, si la chambre de recours a effectivement porté une appréciation différente de celle de la division d’opposition quant à la similitude des produits visés par les marques en conflit, cette différence d’appréciation concernait uniquement le degré de similitude de certains produits visés par la marque demandée, compris dans la classe 30, dont la chambre de recours a considéré qu’ils étaient très semblables aux thés, boissons à base de thé et boissons à base de café couverts par la marque antérieure et relevant de la même classe, contrairement au degré de similitude plus faible retenu par la division d’opposition. Ainsi, cette appréciation différente, que la requérante n’a pas contestée, ne concernait pas les services visés par la marque demandée relevant de la classe 43.

52 Dans ces conditions, la deuxième branche doit être rejetée comme non fondée.

Sur la comparaison des signes

53 À cet égard, il y a lieu de rappeler que l’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

54 En l’espèce, la chambre de recours a considéré que les éléments composant les signes en conflit revêtaient un caractère distinctif normal et que ces signes présentaient un degré moyen de similitude sur le plan visuel et un degré élevé de similitude phonétique. S’agissant de la comparaison conceptuelle, la chambre de recours a estimé qu’elle était neutre ou que les signes n’étaient pas similaires.

55 Dans le cadre de la troisième branche du second moyen, la requérante fait valoir, en substance, que la chambre de recours a commis une erreur manifeste d’appréciation lors de l’examen de la similitude conceptuelle, dès lors, d’une part, qu’elle n’a pas tenu compte de la documentation qu’elle avait soumise et qui établissait que le mot « gotcha » est couramment compris par le public anglophone comme une contraction informelle de l’expression « got you », à savoir « je t’ai eu », de sorte qu’il revêt une signification claire et précise pour le consommateur anglophone moyen, ainsi que pour le consommateur polonais disposant au moins d’un niveau d’anglais intermédiaire et, d’autre part, que ladite chambre avait reconnu, dans sa décision du 11 novembre 2023 relative à l’affaire R 2539/2022-2, ecobell (fig.)/Ecobull, que le niveau de maîtrise de la langue anglaise en Pologne était élevé.

56 L’EUIPO, soutenu par l’intervenante, fait valoir que cette argumentation n’est pas fondée.

57 Tout d’abord, il convient de constater que la requérante ne conteste pas l’analyse de la chambre de recours selon laquelle les éléments verbaux constituant les signes en conflit revêtent un caractère distinctif normal et ces signes présentent une similitude moyenne sur le plan visuel et élevée sur le plan phonétique. En revanche, elle fait grief à la chambre de recours, lors de l’examen de la similitude conceptuelle des signes en conflit, de ne pas avoir constaté que, en raison du niveau de maîtrise de la langue anglaise par le public pertinent, de langue polonaise, le signe GOTCHA serait compris, de manière claire et précise, comme une contraction informelle de l’expression « got you », à savoir « je t’ai eu », de sorte qu’il revêt une signification claire et précise pour le consommateur anglophone moyen, ainsi que pour le consommateur de langue polonaise qui dispose, à tout le moins, d’un niveau d’anglais intermédiaire.

58 À cet égard, il convient de rappeler que, lorsqu’aucun des signes en cause pris dans leur ensemble n’a de signification, il doit être constaté que la comparaison sur le plan conceptuel n’est pas possible [voir, en ce sens, arrêts du 21 septembre 2017, Novartis/EUIPO – Meda (Zymara), T‑214/15, non publié, EU:T:2017:637, point 149, et du 5 octobre 2017, Forest Pharma/EUIPO – Ipsen Pharma (COLINEB), T‑36/17, non publié, EU:T:2017:690, point 96].

59 En revanche, lorsque l’une des marques en conflit présente une signification aux yeux du public pertinent et que l’autre marque en est dépourvue, il doit être constaté que les marques en cause présentent des différences sur le plan conceptuel [voir, en ce sens, arrêt du 19 septembre 2017, RP Technik/EUIPO – Tecnomarmi (RP ROYAL PALLADIUM), T‑768/15, non publié, EU:T:2017:630, points 88 et 89].

60 En l’espèce, la chambre de recours a considéré, en prenant en compte comme public pertinent le consommateur de langue polonaise, d’une part, que la marque demandée était dépourvue de signification et, d’autre part, que la marque antérieure dans son ensemble pouvait être regardée comme dépourvue de signification par une partie du public pertinent dès lors que les éléments verbaux qui composent le signe GONG CHA sont dénués de pertinence pour les produits et les services concernés et que, lorsqu’ils sont assemblés, ils créent une combinaison dénuée de sens, de sorte que cette partie du public pertinent perçoit le signe antérieur comme une composition totalement abstraite. Ainsi, la chambre de recours a conclu que, pour une partie du public pertinent, la comparaison conceptuelle était neutre et ne pouvait être effectuée et que, s’agissant de la partie du public pertinent en mesure d’associer la marque antérieure au nom d’un instrument de musique et à une expression de langue polonaise utilisée pour imiter le rire d’une personne (« cha »), les marques en conflit devaient être regardées comme n’étant pas similaires sur le plan conceptuel.

61 S’agissant de l’argumentation de la requérante selon laquelle le public de langue polonaise maîtrise suffisamment la langue anglaise pour identifier le sens du mot « gotcha », il convient de rappeler que la connaissance d’une langue étrangère ne peut pas, en général, être présumée [voir arrêt du 13 septembre 2010, Inditex/OHMI – Marín Díaz de Cerio (OFTEN), T‑292/08, EU:T:2010:399, point 83 et jurisprudence citée ; arrêt du 26 mars 2020, Armani/EUIPO – Asunción (GIORGIO ARMANI le Sac 11), T‑653/18, non publié, EU:T:2020:121, point 85].

62 Ainsi, il ressort de la jurisprudence qu’une grande partie des consommateurs dans l’Union connaît le vocabulaire de base de l’anglais, mais pas d’autres termes anglais ou l’une de leurs significations qui ne peuvent pas être considérés comme faisant partie de ce vocabulaire de base [voir arrêt du 8 juillet 2020, Pablosky/EUIPO – docPrice (mediFLEX easySTEP), T‑21/19, EU:T:2020:310, point 71 (non publié) et jurisprudence citée].

63 En effet, un terme relevant du vocabulaire de base de la langue anglaise pourrait être aisément compris par la partie non anglophone du public pertinent même si celle-ci ne possède que des rudiments d’anglais. De même, lorsque des termes anglais ont un équivalent dans la langue du public non anglophone et qu’un lien peut être établi par ledit public entre ces termes et leur traduction dans la langue concernée, il est considéré que ledit public comprend leur signification [voir, en ce sens, arrêt du 19 juin 2024, Naturgy Energy Group/EUIPO – Global Power Service (gps global power service), T‑312/23, non publié, EU:T:2024:399, points 36 et 38 et jurisprudence citée].

64 En l’espèce, il y a lieu de constater que la requérante n’a pas démontré que le mot « gotcha » fait partie du vocabulaire de base de la langue anglaise qu’un consommateur non anglophone de l’Union est censé connaître.

65 Certes, la requérante se prévaut du point 51 de la décision de la chambre de recours du 11 novembre 2023 relative à l’affaire R 2539/2022-2, ecobell (fig.)/Ecobull, aux termes duquel ladite chambre a constaté qu’une étude fournie par l’une des parties en cause dans cette affaire qualifiait le niveau général de maîtrise de la langue anglaise en Pologne de « très bon ».

66 Or, il ne saurait être déduit de cette décision isolée, dont la requérante, au demeurant, ne s’est pas prévalue devant la chambre de recours, que le niveau de maîtrise de l’anglais par le consommateur moyen de langue polonaise serait suffisamment élevé pour qu’il puisse être regardé comme comprenant la signification du terme « gotcha ».

67 En effet, il ressort de la définition produite par la requérante dans ses observations devant la division d’opposition et la chambre de recours et issue du dictionnaire Collins COBUILD Advanced Learner’s Dictionary, qui est destiné, selon son titre, à des étudiants de niveau avancé, que le terme « gotcha » constitue la transcription des termes « got you » lorsqu’ils sont prononcés de manière informelle et qu’il a une fréquence d’utilisation très faible.

68 En outre, dans le cadre de ses observations tant devant la division d’opposition que devant la chambre de recours, la requérante a indiqué que le terme « gotcha » serait compris comme la forme abrégée de l’expression « got you » dans les pays de l’Union « dans lesquels la langue anglaise est comprise, à savoir Malte et l’Irlande », et s’est abstenue d’indiquer si ce terme devait être considéré comme faisant partie du vocabulaire de base de la langue anglaise, de sorte que la population d’États membres non anglophones tels que la Pologne serait en mesure de connaître sa signification.

69 Ainsi, les éléments produits par la requérante ne sont pas de nature à établir ni que le terme « gotcha », qui se caractérise par un usage peu fréquent, fait partie du vocabulaire de base de la langue anglaise ni qu’une partie non négligeable du public pertinent, de langue polonaise, dispose d’un niveau de maîtrise de la langue anglaise suffisant pour connaître le sens de ce terme.

70 Il s’ensuit que la requérante n’est pas fondée à soutenir que la chambre de recours a entaché la décision attaquée d’une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la marque demandée était dépourvue de signification et que, partant, ses arguments ne sont pas de nature à remettre en cause la comparaison conceptuelle des signes en conflit effectuée par la chambre de recours et rappelée au point 54 ci-dessus.

71 Dans ces conditions, la troisième branche doit être rejetée comme non fondée.

Sur le risque de confusion

72 Selon une jurisprudence constante de la Cour, l’existence d’un risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance de la marque sur le marché, de l’association qui peut en être faite avec le signe utilisé ou enregistré et du degré de similitude entre la marque et le signe et entre les produits ou les services désignés. Le risque de confusion doit donc être apprécié globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce (voir arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 41 et jurisprudence citée).

73 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, VENADO avec cadre e.a., T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74).

74 La chambre de recours a considéré que, compte tenu du fait que les éléments composant les signes en conflit présentaient un degré moyen de similitude visuelle et un degré élevé de similitude phonétique et que les produits couverts par les marques en conflit étaient identiques ou très similaires, il pouvait exister un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent. En particulier, contrairement à la division d’opposition, elle a estimé que les différences conceptuelles entre les signes en conflit n’étaient pas suffisantes pour neutraliser leurs similitudes visuelles et phonétiques dans la mesure où, en l’espèce, le signe antérieur GONG CHA combine deux mots qui, réunis, ne véhiculent aucune signification claire et évidente.

75 Dans le cadre de la quatrième branche du second moyen, tout d’abord, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit en raison d’une application du principe de neutralisation qui méconnaît l’article 8, paragraphe 1, sous b), et l’article 72, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, tels qu’interprétés par la jurisprudence. En particulier, elle revendique l’application de l’arrêt du 15 mars 2007, T.I.M.E. ART/OHMI (C‑171/06 P, non publié, EU:C:2007:171), au motif que le signe demandé GOTCHA a, dans l’esprit du public pertinent anglophone ou ayant une connaissance suffisante de la langue anglaise, une signification claire et déterminée, de sorte que ce public est susceptible de saisir immédiatement une distinction conceptuelle de nature à neutraliser les similitudes visuelles et phonétiques entre les marques en conflit.

76 En outre, la requérante soutient que la chambre de recours a commis une erreur de droit en introduisant, pour l’application du principe de neutralisation, un critère nouveau et dépourvu de fondement, selon lequel les différences conceptuelles devraient atteindre un certain niveau, non défini, de « suffisance » pour neutraliser les similitudes visuelles et phonétiques. Ce faisant, la chambre de recours aurait violé l’article 8, paragraphe 1, sous b), et l’article 72, paragraphe 2, du règlement 2017/1001.

77 Plus précisément, la requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir estimé que les différences conceptuelles entre les signes en cause ne suffisaient pas à compenser les similitudes visuelles et phonétiques constatées, alors que la jurisprudence n’exige aucun seuil à cet effet et que, au contraire, la neutralisation trouve en principe à s’appliquer lorsque l’un des signes présente une signification claire et spécifique susceptible d’être immédiatement comprise par le public pertinent.

78 La chambre de recours aurait ainsi excédé les limites de son pouvoir d’appréciation et porté atteinte aux principes de sécurité juridique et d’égalité de traitement, la requérante ne pouvant raisonnablement prévoir qu’un seuil plus élevé et non défini serait désormais appliqué à la neutralisation conceptuelle.

79 L’EUIPO, soutenu par l’intervenante, fait valoir que cette argumentation n’est pas fondée.

80 À cet égard, il résulte de la jurisprudence que l’appréciation globale du risque de confusion implique que les différences conceptuelles entre deux signes peuvent neutraliser des similitudes phonétiques et visuelles entre eux, pour autant qu’au moins l’un de ces signes ait, dans la perspective du public pertinent, une signification claire et déterminée, de sorte que ce public est susceptible de la saisir directement [arrêts du 18 décembre 2008, Les Éditions Albert René/OHMI, C‑16/06 P, EU:C:2008:739, point 98, et du 14 octobre 2003, Phillips-Van Heusen/OHMI – Pash Textilvertrieb und Einzelhandel (BASS), T‑292/01, EU:T:2003:264, point 54].

81 En l’espèce, la chambre de recours a estimé qu’elle ne pouvait pas faire application des principes jurisprudentiels mentionnés au point 80 ci‑dessus, aux motifs que, d’une part, la marque demandée était dépourvue de signification et que, d’autre part, les éléments verbaux « gong cha » ne véhiculaient aucune signification claire et évidente. En effet, elle a indiqué qu’il s’agissait d’une combinaison de deux mots qui, réunis, n’avaient aucun sens, de sorte que la marque antérieure ne revêtait pas une signification claire et déterminée susceptible d’être comprise directement par le public pertinent.

82 Or, d’une part, il résulte des points 43 et 70 ci-dessus que, en concentrant son analyse sur les consommateurs de l’Union de langue polonaise et en considérant que, pour au moins une partie non négligeable de ce public pertinent, la marque demandée était dépourvue de signification, la chambre de recours n’a pas entaché la décision attaquée d’illégalité.

83 Par conséquent, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le terme « gotcha » devrait se voir reconnaître une signification claire, déterminée et directement saisissable pour le public pertinent, au sens et pour l’application de la jurisprudence citée au point 80 ci-dessus.

84 D’autre part, la requérante n’a pas établi ni même allégué que la chambre de recours aurait dû reconnaître à la marque antérieure GONG CHA une signification claire, déterminée et directement saisissable pour le public pertinent, au sens et pour l’application de la jurisprudence citée au point 80 ci-dessus.

85 Enfin, il ne ressort pas du point 70 de la décision attaquée que la chambre de recours ait défini un seuil à partir duquel un signe pourrait se voir reconnaître une signification claire, déterminée et directement saisissable pour le public pertinent. En effet, en indiquant que les différences conceptuelles n’étaient pas suffisantes pour neutraliser les similitudes visuelles et phonétiques des signes en conflit, la chambre de recours s’est limitée à tirer les conséquences du constat selon lequel, d’une part, la marque demandée était dépourvue de toute signification et, d’autre part, la marque antérieure ne comportait pas une signification claire, déterminée et directement saisissable pour le public pertinent.

86 Dans ces conditions, les arguments de la requérante ne sont pas de nature à remettre en cause l’appréciation globale du risque de confusion effectuée par la chambre de recours telle que rappelée aux points 74 et 81 ci-dessus, de sorte que la quatrième branche doit être rejetée comme non fondée.

87 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, aucun des moyens invoqués par la requérante au soutien de ses conclusions ne devant être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours.

Sur les dépens

88 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

89 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation à l’audience, il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (neuvième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) CFL Australia Pty Ltd est condamnée à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Gong cha Global Ltd.

3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.

Kingston

Marcoulli

Zilgalvis

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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