Jurisprudence CJUE62025TJ0436

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 9 septembre 2026.#Agraya GmbH contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative Food Pass – Marque de l’Union européenne verbale antérieure FoodPLUS – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001.#Affaire T-436/25.

CELEX62025TJ0436
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)

9 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative Food Pass – Marque de l’Union européenne verbale antérieure FoodPLUS – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑436/25,

Agraya GmbH, établie à Cologne (Allemagne), représentée par Me A. Späth, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. T. Klee, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Agri Solutions, établie à Ligota Wielka (Pologne),

LE TRIBUNAL (première chambre),

composé de MM. E. Buttigieg, président, J. Schwarcz (rapporteur) et Mme E. Tichy‑Fisslberger, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu la mesure d’organisation de la procédure du 3 mars 2026 et les réponses de la requérante et de l’EUIPO, déposées au greffe du Tribunal le 19 mars 2026,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Agraya GmbH, demande l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 25 avril 2025 (affaire R 1643/2024‑2) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 20 décembre 2022, l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, Agri Solutions, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :

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3 La marque demandée désignait les services relevant des classes 42 et 44 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 42 : « consultation en matière de logiciels ; services de conseils techniques en matière d’application et d’utilisation de logiciels ; études de projets techniques dans le domaine du matériel informatique et des logiciels ; services de conseils et d’information en matière de conception, de programmation et de maintenance de logiciels ; services de conseils et d’information en matière d’infrastructure et d’architecture des technologies de l’information ; services de conseils et d’information en matière de technologies de l’information ; conseils en technologie de l’information ; services de conseils dans le domaine des applications et des réseaux d’informatique dans le nuage [cloud computing] ; services d’hébergement et logiciel en tant que service, et location de logiciel ; logiciels en tant que service [SaaS] ; fourniture de logiciels non téléchargeables en ligne ; location de matériel informatique et de logiciels ; location de logiciels d’application ; mise à disposition de services d’utilisation limitée dans le temps de logiciels en ligne non téléchargeables » ;

– classe 44 : « services de conseils en matière de culture de plantes ; consultation professionnelle en matière d’agriculture ; services de conseils en matière d’agriculture, d’horticulture et de sylviculture ; services de conseillers en agriculture ; mise à disposition d’informations en ligne concernant l’agriculture, l’horticulture et la sylviculture ; conseil en agriculture ; services de conseils en cultures dans le domaine de l’agriculture ; services d’informations liées à l’utilisation de produits chimiques destinés à l’agriculture ; services d’informations liées à l’utilisation d’engrais destinés à l’agriculture ; services d’informations liées à l’utilisation de fumiers destinés à l’agriculture ; services d’information dans le domaine agricole ».

4 Le 14 mars 2023, la requérante a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les services visés au point 3 ci-dessus.

5 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure FoodPLUS, déposée le 15 mars 2010 et enregistrée le 4 octobre 2017 sous le numéro 8 952 731, désignant les services relevant des classes 35, 41 et 42 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 35 : « publicité ; services de gestion d’affaires ; administration commerciale ; travaux de bureau ; établissement d’actes officiels et de certificats (travaux de bureau) ; création d’expertises en affaires ; expertises dans le domaine des affaires commerciales ; conseils en organisation en matière d’affaires commerciales et conseils en gestion du personnel ; représentation d’intérêts économiques de tiers vis-à-vis de décisionnaires politiques et autres personnes ; organisation de foires et d’expositions à des fins commerciales ou publicitaires » ;

– classe 41 : « éducation ; formation ; divertissement ; activités sportives et culturelles ; organisation de séminaires de formation et de formation complémentaire ; organisation de congrès et de séminaires économiques ; organisation d’expositions à but culturel ou éducatif » ;

– classe 42 : « services scientifiques et technologiques ainsi que services de recherches et de conception y relatifs ; services d’analyses et de recherches industrielles ; conception et développement d’ordinateurs et de logiciels ; certification de systèmes de gestion de la qualité ; expertises techniques et scientifiques ».

6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Le 4 juillet 2024, la division d’opposition a rejeté l’opposition.

8 Le 15 août 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.

9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours au motif que, en substance, il n’existe pas de risque de confusion pour le public pertinent au sens de l’article 8, paragraphe 1, du règlement 2017/1001. À cet égard, elle a relevé, notamment, que, nonobstant la présence de l’élément commun « food » dans les signes en conflit, qui était faiblement distinctif, les différences entre lesdits signes revêtaient une incidence plus importante dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion. La chambre de recours a également conclu, en tenant compte de ses appréciations relatives au caractère faiblement distinctif de l’élément « food », que la marque antérieure ne disposait que d’un caractère distinctif intrinsèque « minimal ».

Conclusions des parties

10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens.

11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens dans l’hypothèse où une audience serait organisée.

En droit

12 À l’appui de son recours, la requérante invoque un moyen unique tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, en ce que la chambre de recours aurait conclu, à tort, à l’absence de risque de confusion dans la présente affaire.

13 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

14 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

15 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].

16 En l’espèce, tout d’abord, la chambre de recours a considéré que les services en cause s’adressaient au grand public et aux professionnels, que le niveau d’attention du public pertinent varierait de moyen à élevé et que le territoire pertinent était celui de l’Union européenne.

17 Ensuite, la chambre de recours a considéré, concernant la comparaison des services en cause, que, pour des raisons d’économie de procédure, il convenait d’examiner l’opposition comme si tous les services désignés par la marque demandée étaient identiques à ceux couverts par la marque antérieure, au motif qu’il s’agissait de l’angle d’approche le plus favorable à la requérante aux fins de l’examen de l’opposition.

18 Enfin, s’agissant de la comparaison des signes en conflit, la chambre de recours a conclu, après avoir examiné le caractère distinctif des différents éléments composant ces signes et avoir notamment constaté le caractère distinctif faible de l’élément commun « food », que ces signes présentaient une similitude visuelle et phonétique inférieure à la moyenne et qu’ils étaient différents sur le plan conceptuel.

19 En ce qui concerne la comparaison des signes, contestée par la requérante, il est de jurisprudence constante que l’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

20 L’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 41 et jurisprudence citée).

21 En l’espèce, les signes à comparer sont les suivants :


FoodPLUS

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Marque antérieure

Marque demandée

22 S’agissant des éléments distinctifs des signes en conflit, la requérante fait valoir que, même si l’on confirme la signification de la marque antérieure FoodPLUS retenue par la chambre de recours, à savoir, « plus que de la nourriture », ou des « aliments auxquels on a ajouté quelque chose », voire de « l’excellente nourriture », il n’en reste pas moins que cette marque n’est pas directement descriptive des services en cause. En ce sens, selon la requérante, la marque antérieure ne couvre pas de services alimentaires, de sorte que, en substance, le terme « food », commun aux signes en conflit, ne serait pas descriptif des services en cause. Ainsi, la chambre de recours aurait conclu erronément à l’affaiblissement du caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure, ce qui implique qu’elle ait préalablement conclu à tort au caractère distinctif faible des éléments « food » et « plus » qui composent la marque antérieure.

23 L’EUIPO soutient que la chambre de recours a d’abord déterminé aux points 30 à 32 de la décision attaquée la signification des éléments « food » et « plus », avant de conclure au point 33 de ladite décision que le public pertinent attribuerait à la marque antérieure la signification de « plus que de la nourriture », « aliments auxquels on a ajouté quelque chose », voire de « l’excellente nourriture ».

24 Aux fins de l’appréciation du caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’examiner l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée, et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 3 septembre 2010, Companhia Muller de Bebidas/OHMI – Missiato Industria e Comercio (61 A NOSSA ALEGRIA), T‑472/08, EU:T:2010:347, point 47 et jurisprudence citée].

25 En outre, il y a lieu de relever que, même si le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails, il n’en reste pas moins que, en percevant un signe verbal, il identifiera des éléments verbaux qui, pour lui, suggèrent une signification concrète ou ressemblent à des mots qu’il connaît [voir arrêt du 5 octobre 2020, Eugène Perma France/EUIPO – SPI Investments Group (NATURANOVE), T‑602/19, non publié, EU:T:2020:463, point 28 et jurisprudence citée].

26 Enfin, il convient de rappeler qu’un élément d’une marque est descriptif et dépourvu de tout caractère distinctif si, en au moins une de ses significations potentielles, il désigne une caractéristique des produits ou des services concernés. C’est le cas si le lien établi entre, d’une part, la teneur de cet élément et, d’autre part, les produits ou les services en cause est suffisamment concret et direct pour démontrer que cet élément permet, dans l’esprit du public pertinent, une identification immédiate de ces produits ou de ces services [voir arrêt du 7 juin 2023, Cassa Centrale/EUIPO – Bankia (BANQUÌ), T‑368/22, non publié, EU:T:2023:309, point 36 et jurisprudence citée].

27 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner la légalité de la décision attaquée, notamment en ce que la chambre de recours a conclu que le terme « food » possédait un caractère distinctif faible au regard des services couverts par la marque antérieure.

28 À ce titre, au point 30 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que le terme « food » serait compris sur l’ensemble du territoire pertinent, selon sa signification en langue anglaise, car il faisait partie du vocabulaire de base de cette langue et était passé dans le langage courant. Elle a poursuivi en considérant au point 31 de la décision attaquée que le public pertinent serait « susceptible de supposer » que l’élément « food » faisait référence à l’objet des services couverts par la marque antérieure, de sorte que cet élément posséderait un caractère distinctif faible.

29 Aux points 33 et 62 de la décision attaquée, sur la base des éléments mentionnés au point 28 ci-dessus, la chambre de recours a considéré, en substance, que la marque antérieure, qui se composait également de l’élément « plus », revêtant lui aussi un caractère distinctif faible en raison de son caractère laudatif, serait comprise comme ayant pour signification « plus que de la nourriture », ou des « aliments auxquels on a ajouté quelque chose », voire de « l’excellente nourriture ». Dès lors, selon elle, la marque antérieure ne disposerait que d’un caractère distinctif intrinsèque minimal.

30 À cet égard, il doit être rappelé que, conformément à l’article 94, paragraphe 1, première phrase, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO doivent être motivées. Cette obligation de motivation, découlant aussi de l’article 296 TFUE, a fait l’objet d’une jurisprudence constante selon laquelle la motivation doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte, de manière à permettre, d’une part, aux intéressés un exercice effectif de leur droit à demander un contrôle juridictionnel de la décision attaquée et, d’autre part, au juge de l’Union d’exercer son contrôle sur la légalité de la décision [voir arrêt du 29 juin 2017, Cipriani/EUIPO – Hotel Cipriani (CIPRIANI), T‑343/14, EU:T:2017:458, point 34 et jurisprudence citée].

31 Si la motivation de la chambre de recours peut être implicite, celle-ci doit néanmoins permettre aux intéressés de connaître les raisons pour lesquelles la décision de la chambre de recours a été adoptée et à la juridiction compétente de disposer des éléments suffisants pour exercer son contrôle [voir arrêt du 25 septembre 2014, Alma-The Soul of Italian Wine/OHMI – Miguel Torres (SOTTO IL SOLE ITALIANO SOTTO il SOLE), T‑605/13, non publié, EU:T:2014:812, point 19 et jurisprudence citée].

32 Par ailleurs, la constatation d’un défaut ou d’une insuffisance de motivation relève de la violation des formes substantielles, au sens de l’article 263 TFUE, et constitue un moyen d’ordre public qui doit être soulevé d’office par le juge de l’Union [arrêt du 15 septembre 2021, Residencial Palladium/EUIPO – Palladium Gestión (PALLADIUM HOTELS & RESORTS), T‑207/20, EU:T:2021:587, point 64 et jurisprudence citée].

33 Toutefois, l’obligation, pour le juge de l’Union, de relever d’office un moyen d’ordre public doit être exercée à la lumière du principe du contradictoire [voir arrêt du 24 septembre 2025, Digi International/EUIPO – Teraoka Seiko (DIGI), T‑196/24, non publié, EU:T:2025:891, point 22 et jurisprudence citée].

34 En l’espèce, le Tribunal ayant décidé d’examiner d’office le respect, par la chambre de recours, de son obligation de motivation, il a invité les parties à répondre à une question posée dans le cadre de l’une des mesures d’organisation de la procédure prévues à l’article 89 du règlement de procédure du Tribunal. En particulier, les parties ont été invitées à se prononcer sur la question de savoir si la chambre de recours avait motivé la décision attaquée à suffisance de droit s’agissant du caractère faiblement distinctif de l’élément « food » composant la marque antérieure, au regard de chacun des services couverts par ladite marque.

35 À cet égard, la requérante soutient que l’examen du caractère distinctif ne doit pas être effectué de manière abstraite, mais par rapport aux services pour lesquels la marque antérieure bénéficie d’une protection. Tel ne serait pas le cas en l’espèce, car la décision attaquée ne fournirait aucune justification permettant d’étayer l’hypothèse selon laquelle l’élément « food » se rapporterait aux services protégés par la marque antérieure. En ce sens, le terme « food » désignerait des produits, et en particulier des denrées alimentaires, alors que la marque antérieure ne revendiquerait pas de protection pour de tels produits. En outre, selon la requérante, le caractère descriptif du terme « food » pourrait être admis tout au plus pour des services directement et principalement liés à la production, la transformation ou la distribution de denrées alimentaires. Or, de nouveau, la marque antérieure ne couvrirait pas de tels services.

36 L’EUIPO fait valoir que la chambre de recours a examiné le caractère distinctif de l’élément « food » de la marque antérieure aux points 30 et 31 de la décision attaquée, lus conjointement avec le point 35 de ladite décision. À cet égard, la décision attaquée établirait que l’élément « food » serait perçu par le public pertinent comme une référence à l’objet de l’ensemble des services couverts par la marque antérieure notamment dans la mesure où, en raison du libellé large des catégories de services couverts par cette marque, celles-ci engloberaient également des services pour lesquels l’élément « food » pourrait désigner l’objet desdits services pour chacune des classes couvertes par ladite marque. L’EUIPO soutient également que la motivation de la chambre de recours peut être implicite.

37 En l’espèce, force est de constater que la seule indication, au point 31 de la décision attaquée, selon laquelle l’élément « food » fait référence à l’objet des services visés par la marque antérieure, ne permet pas de comprendre comment une telle conclusion devait être tirée pour chaque service en cause. Même à considérer que l’élément « food » est perçu par le public pertinent comme faisant référence de manière générale à de la nourriture, il ne saurait être établi que celui-ci est, en soi, descriptif de l’ensemble des services désignés par la marque antérieure ou non distinctif à l’égard de ces services [voir, en ce sens, arrêt du 26 novembre 2014, Aldi Einkauf/OHMI – Alifoods (Alifoods), T‑240/13, EU:T:2014:994, point 50 (non publié)].

38 En effet, la marque antérieure couvre des services aussi divers que les « travaux de bureau » relevant de la classe 35, les services d’« activités sportives et culturelles » et d’« organisation de séminaires de formation et de formation complémentaire » relevant de la classe 41, ou encore les services de « conception et [de] développement d’ordinateurs et de logiciels » relevant de la classe 42. La chambre de recours n’a pas expliqué comment un lien suffisamment concret et direct, au sens de la jurisprudence rappelée au point 26 ci-dessus, pourrait être établi entre le terme « food » et l’objet de chacun des services couverts par la marque antérieure permettant au public pertinent d’identifier de manière immédiate ces services.

39 Contrairement à ce que soutient l’EUIPO, le fait d’apprécier la motivation de la décision attaquée à la lumière du point 35 de ladite décision ne permet pas de saisir clairement le raisonnement opéré par la chambre de recours s’agissant du caractère distinctif de l’élément « food » au regard des services visés par la marque antérieure.

40 En effet, premièrement, il convient de relever que le raisonnement au point 35 de la décision attaquée porte sur l’appréciation du caractère distinctif de l’élément « food » au regard des services visés par la marque demandée. Or, les marques en conflit ne désignent pas les mêmes services. La chambre de recours a simplement présumé leur identité pour des raisons d’économie de procédure (voir point 17 ci-dessus).

41 Deuxièmement, même à supposer, d’une part, que la chambre de recours ait, implicitement mais nécessairement, entendu appliquer par analogie au lien entre l’élément « food » et les services couverts par la marque antérieure le même raisonnement que celui appliqué à la marque demandée, il convient de relever que, contrairement à ce qui est avancé par l’EUIPO, la chambre de recours n’a pas considéré, au point 35 de la décision attaquée, que l’élément « food » était susceptible d’être perçu comme l’objet de l’ensemble des services visés par la marque demandée, en raison de leur libellé large. La chambre de recours a indiqué uniquement que cet élément pourrait être ainsi perçu pour certains services formulés en des termes larges, puis a ajouté qu’il pourrait encore être perçu comme la destination ou la nature des services en cause, en ce sens que, parmi ces services, certains auraient vocation à être fournis pour cultiver des plantes destinées à la consommation humaine.

42 D’autre part, même à supposer que la chambre de recours ait considéré implicitement que le libellé des catégories des services visés par la marque antérieure était aussi large qu’il englobait nécessairement les services ayant pour objet la nourriture, force est de constater, que, ainsi qu’il ressort du point 37 ci-dessus, il ne saurait être admis que l’élément « food » puisse, en toute circonstance, être automatiquement lié, d’une manière ou d’une autre, à des services, ou en l’occurrence, aux services couverts par la marque antérieure. Ainsi que le fait valoir, en substance, la requérante, admettre une motivation aussi générale conduirait à considérer que le terme « food » est susceptible de désigner l’objet de n’importe quel service.

43 En tout état de cause, s’il est vrai que la motivation de la chambre de recours dans le cadre de l’examen d’un motif de refus peut être globale, une telle faculté ne s’étend qu’à des produits et des services présentant entre eux un lien suffisamment direct et concret, au point qu’ils forment une catégorie ou un groupe de produits ou de services d’une homogénéité suffisante [voir, en ce sens, arrêts du 17 octobre 2013, Isdin/Bial-Portela, C‑597/12 P, EU:C:2013:672, point 27 et jurisprudence citée, et du 23 octobre 2024, Vinatis/EUIPO – Global Rambla Restauración (VINATIS), T‑605/23, non publié, EU:T:2024:717, point 20 et jurisprudence citée]. Or, il ne découle pas de la décision attaquée que les services en cause en l’espèce présentent un tel lien.

44 Il ressort de ce qui précède que la motivation lacunaire et imprécise fournie en l’espèce par la chambre de recours en ce qui concerne le caractère faiblement distinctif de l’élément « food » de la marque antérieure par rapport aux services couverts par celle-ci ne permet ni à la requérante de contester utilement cette conclusion ni au Tribunal d’exercer son contrôle sur les aspects qui revêtent une importance essentielle dans l’économie de la décision attaquée. Ainsi, la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation et doit être annulée.

Sur les dépens

45 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

46 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (première chambre)

déclare et arrête :

1) La décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 25 avril 2025 (affaire R 1643/20242) est annulée.

2) L’EUIPO est condamné aux dépens.

Buttigieg

Schwarcz

Tichy-Fisslberger

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’allemand.

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