Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 9 septembre 2026.#Nutristar SpA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de déchéance – Marque de l’Union européenne figurative NUTRISTAR – Usage sérieux de la marque – Article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 – Déclaration de déchéance – Appréciation des éléments de preuve – Charge de la preuve déraisonnable ou excessive.#Affaire T-574/25.
| CELEX | 62025TJ0574 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure de déchéance – Marque de l’Union européenne figurative NUTRISTAR – Usage sérieux de la marque – Article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 – Déclaration de déchéance – Appréciation des éléments de preuve – Charge de la preuve déraisonnable ou excessive »
Dans l’affaire T‑574/25,
Nutristar SpA, établie à Reggio d’Émilie (Italie), représentée par Mes M. Gómez Calvo et E. Cebollero González, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme E. Lobotková, MM. R. Raponi et V. Ruzek, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
les autres parties à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été
Agnieszka Anielska et Bartosz Tyrawski, demeurant à Varsovie (Pologne),
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mme N. Półtorak, présidente, MM. G. Hesse et I. Dimitrakopoulos (rapporteur), juges,
greffier : M. G. Mitrev, administrateur,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 29 avril 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Nutristar SpA, demande l’annulation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 20 juin 2025 (affaire R 1846/2024-1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 4 aout 2023, Mme Agnieszka Anielska et M. Bartosz Tyrawski ont présenté à l’EUIPO une demande de déchéance de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée le 2 août 2018, à la suite d’une demande déposée par la requérante le 21 avril 2009, pour la marque figurative suivante :
3 Les produits et les services couverts par la marque contestée pour lesquels la déchéance était demandée relevaient des classes 5, 9, 31, 42 et 44 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient, notamment, pour ce qui relève du présent litige, à la description suivante :
– classe 5 : « Intégrateurs zootechniques, en particulier intégrateurs zootechniques pour l’alimentation de bovins ; intégrateurs pour l’alimentation animale, à base de protéines, acides aminés, graisses, acides gras, hydrates de carbone, vitamines, sels minéraux, nutriments minéraux ou oligoéléments, additifs pour l’alimentation animale ; intégrateurs de régime pour animaux ; intégrateurs d’aliments et produits vitaminés pour animaux, en particulier pour l’alimentation de bovins » ;
– classe 31 : « Aliments zootechniques, en particulier aliments zootechniques pour bovins ; alimentation et additifs pour alimentation (à usage non médical), alimentation en comprimés, alimentation solide, alimentation fraîche, alimentation sèche, litières, paille pour litière (longues tiges), foin, ensilage et aliments solubles dans l’eau ; alimentation composée, fourrages, alimentation pour animaux d’élevage, alimentation à base de nutriments minéraux, alimentation complémentaire et additifs pour le fourrage, alimentation complémentaire à base de nutriments minéraux pour animaux ; additifs et substances additives pour alimentation et fourrages à usage non médical, en particulier pour l’alimentation des bovins ; farines pour animaux, intégrateurs non médicinaux pour l’alimentation d’animaux ».
4 La demande en déchéance était fondée sur l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), au motif que la marque en cause n’avait pas fait l’objet d’un usage sérieux pendant une période ininterrompue de cinq ans.
5 Par décision du 24 juillet 2024, la division d’annulation a fait partiellement droit à la demande de déchéance de la marque contestée. D’une part, elle a prononcé la déchéance de ladite marque pour tous les produits et les services compris dans les classes 5, 9, 42 et 44, ainsi que pour les produits suivants relevant de la classe 31 : « Aliments zootechniques ; alimentation (à usage non médical) ; alimentation sèche ; alimentation composée ; fourrages ; alimentation pour animaux d’élevage ; alimentation à base de nutriments minéraux ; alimentation complémentaire ; alimentation complémentaire à base de nutriments minéraux pour animaux ; farines pour animaux ; tous les produits précités à l’exception de ceux destinés à l’alimentation du bétail ; additifs pour alimentation (à usage non médical) ; alimentation en comprimés, alimentation solide, alimentation fraîche ; litières ; paille pour litière (longues tiges) ; foin, ensilage et aliments solubles dans l’eau ; additifs pour le fourrage ; additifs et substances additives pour alimentation et fourrages à usage non médical, en particulier pour l’alimentation des bovins ; intégrateurs non médicinaux pour l’alimentation d’animaux ».
6 D’autre part, la division d’annulation a maintenu au registre ladite marque en ce qui concerne les produits suivants compris dans la classe 31 : « Aliments zootechniques ; alimentation (à usage non médical) ; alimentation sèche ; alimentation composée ; fourrages ; alimentation pour animaux d’élevage ; alimentation à base de nutriments minéraux ; alimentation complémentaire ; alimentation complémentaire à base de nutriments minéraux pour animaux ; farines pour animaux ; tous les produits précités destinés à l’alimentation du bétail ».
7 Le 19 septembre 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation, demandant l’annulation de cette dernière en ce qu’elle avait prononcé la déchéance partielle de la marque contestée. Le 22 janvier 2025, Mme Anielska et M. Tyrawski ont formé un recours incident, demandant l’annulation de la décision de la division d’annulation en ce qui concerne les produits relevant de la classe 31 pour lesquels la marque contestée avait été maintenue au registre, dans la mesure où la demande en déchéance avait été rejetée.
8 Par la décision attaquée, la première chambre de recours a rejeté le recours et a accueilli le recours incident, en considérant qu’aucun usage sérieux de la marque contestée n’avait été établi. Elle a donc conclu que la marque contestée devrait être déclarée déchue pour l’ensemble des produits et des services en cause.
Conclusions des parties
9 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens ;
– condamner Mme Anielska et M. Tyrawski aux dépens de la procédure devant l’EUIPO.
10 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.
En droit
Sur l’objet du recours
11 Alors même que le premier chef de conclusions de la requérante est libellé comme une demande d’annulation de la décision attaquée dans son ensemble, il ressort de la requête, et cela a également été expressément confirmé par la requérante lors de l’audience, que cette dernière vise, en réalité, uniquement une annulation partielle de ladite décision, en ce que celle‑ci accueille la demande en déchéance pour les produits relevant des classes 5 et 31 de la marque contestée mentionnés au point 3 ci‑dessus (ci-après les « produits contestés ») [voir, en ce sens, arrêt du 8 mai 2024, Sta Grupa/EUIPO – Axis (VAPIX), T‑207/23, non publié, EU:T:2024:290, point 15].
12 Partant, les conclusions en annulation que formule la requérante dans son recours doivent être lues comme étant dirigées contre la décision attaquée uniquement en ce qui concerne les produits susmentionnés relevant des classes 5 et 31.
Sur le fond
13 À l’appui de son recours, la requérante soulève, en substance, un moyen, tiré d’une violation de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001.
14 Dans le cadre dudit moyen, la requérante invoque plusieurs griefs. Plus particulièrement, elle fait valoir, en premier lieu, que l’EUIPO a ignoré de nombreux documents qu’elle avait produits à l’appui de son recours, en deuxième lieu, que l’EUIPO a mal apprécié la nature des usages faits de la marque contestée en qualifiant à tort l’usage de la marque de simple dénomination sociale plutôt que de marque, en troisième lieu, que la chambre de recours a mal interprété la nature et la classification des produits contestés, en quatrième lieu, que l’EUIPO a ignoré l’usage promotionnel qui a été fait de la marque contestée dans les foires, en cinquième lieu, que l’EUIPO a eu tort de considérer que les photographies qu’elle avait produites avaient une faible valeur probante et, en dernier lieu, que la chambre de recours a commis des erreurs manifestes dans le cadre de son analyse concernant les gammes de produits Vetibed et Nutrimilk de la requérante.
15 À cet égard, il y a lieu de relever que, aux termes de l’article 18, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement 2017/1001 et de l’article 58, paragraphe 1, sous a), du même règlement, le titulaire d’une marque de l’Union européenne est déclaré déchu de ses droits, sur demande présentée auprès de l’EUIPO, si, pendant une période ininterrompue de cinq ans, la marque n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux dans l’Union européenne pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée et qu’il n’existe pas de justes motifs pour son non-usage.
16 Selon une jurisprudence constante, une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle, qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, afin de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque [arrêt du 21 novembre 2013, Recaro/OHMI – Certino Mode (RECARO), T‑524/12, non publié, EU:T:2013:604, point 19 ; voir également, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43, et ordonnance du 27 janvier 2004, La Mer Technology, C‑259/02, EU:C:2004:50, point 27]. Un usage sérieux s’oppose donc à tout usage minimal et insuffisant pour considérer qu’une marque est réellement et effectivement utilisée sur un marché déterminé. Ainsi, même si le titulaire a l’intention d’utiliser de façon réelle et effective sa marque, si cette dernière n’est pas objectivement présente sur le marché d’une façon effective et stable dans la configuration du signe, de sorte qu’elle ne peut pas être perçue par les consommateurs comme étant une indication de l’origine des produits ou des services en cause, il n’y a pas usage sérieux de la marque [voir arrêt du 29 juin 2017, Martín Osete/EUIPO – Rey (AN IDEAL WIFE e.a.), T‑427/16 à T‑429/16, non publié, EU:T:2017:455, point 43 et jurisprudence citée].
17 Dans le cadre d’une procédure de déchéance d’une marque, c’est au titulaire de cette dernière qu’il incombe, en principe, d’établir l’usage sérieux de ladite marque (voir arrêt du 23 janvier 2019, Klement/EUIPO, C‑698/17 P, non publié, EU:C:2019:48, point 57 et jurisprudence citée).
18 En ce qui concerne les critères d’appréciation de l’usage sérieux, l’article 10, paragraphe 3, du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001, et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1), relatif à la preuve de l’usage, est applicable mutatis mutandis aux procédures de déchéance, en vertu de l’article 19, paragraphe 1, de ce même règlement. L’article 10, paragraphe 3, dudit règlement délégué prévoit que la preuve de l’usage doit établir le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage qui a été fait de la marque contestée.
19 S’agissant des critères d’appréciation mentionnés au point 18 ci-dessus, il convient de rappeler qu’une telle appréciation doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de la marque contestée, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché et l’importance et la fréquence de l’usage de la marque [voir arrêt du 15 juillet 2015, Deutsche Rockwool Mineralwoll/OHMI – Recticel (λ), T‑215/13, non publié, EU:T:2015:518, point 22 et jurisprudence citée].
20 En outre, en vertu de l’article 10, paragraphe 4, du règlement délégué 2018/625, la preuve de l’usage se limite à la production de pièces justificatives, telles que des emballages, des étiquettes, des barèmes de prix, des catalogues, des factures, des photographies et des annonces dans les journaux, ainsi qu’aux déclarations écrites visées à l’article 97, paragraphe 1, sous f), du règlement 2017/1001.
21 L’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné. Dès lors, il convient de procéder à une appréciation globale qui tient compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce et qui implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte [voir arrêt du 8 juillet 2020, Euroapotheca/EUIPO – General Nutrition Investment (GNC LIVE WELL), T‑686/19, non publié, EU:T:2020:320, point 35 et jurisprudence citée].
22 Il n’est pas requis que chaque élément de preuve contienne des informations sur chacun des quatre éléments sur lesquels doit porter la preuve de l’usage sérieux, à savoir le lieu, la durée, la nature et l’importance de l’usage. Un faisceau d’éléments de preuve peut permettre d’établir les faits à démontrer, alors même que chacun de ces éléments, pris isolément, serait impuissant à rapporter la preuve de l’exactitude de ces faits. En outre, la question de savoir si une marque a fait l’objet d’un usage sérieux doit être appréciée globalement, en prenant en compte l’ensemble des éléments disponibles. Il ne s’agit donc pas d’analyser chacune des preuves de façon isolée, mais de les analyser conjointement, afin d’en identifier le sens le plus probable et cohérent [voir arrêt du 19 novembre 2025, Gürok/EUIPO – Olav (Làv), T‑563/24, EU:T:2025:1048, point 45 et jurisprudence citée].
23 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner les griefs de la requérante.
24 En l’espèce, il convient de rappeler que, en vue d’apporter la preuve de l’usage sérieux de la marque contestée, la requérante a notamment fourni, au cours de la procédure administrative, les éléments de preuve suivants, d’abord devant la division d’annulation (les annexes qui lui sont présentées sont identifiées par la séquence « CD » précédant le numéro de chaque annexe) et, ensuite, devant la chambre de recours (lesdites annexes sont identifiées par la séquence « SoG » devant le numéro de chaque annexe) :
– une sélection de factures couvrant la période 2018‑2023 concernant différents types de produits et de services de la requérante émises aux clients dans l’Union, ainsi que relatives aux activités réalisées par des techniciens de la requérante (annexes CD1, CD8, SoG4, SoG7, SoG8, SoG16, SoG17, SoG20, SoG22, SoG27 et SoG29) ;
– des lettres de voiture internationales (annexe CD2) ;
– une sélection de photographies non datées des marchandises emballées et de photographies montrant des produits d’alimentation fraîche de la requérante (annexes CD3, SoG18, SoG23 et SoG26) ;
– des communications entre la requérante et des distributeurs ou des clients dans l’Union (annexes CD4 et SoG28) ;
– une sélection de catalogues et de brochures distribués à différents clients dans l’Union, notamment en 2019 et en 2023 (annexes CD5, SoG6, SoG9, SoG19, SoG21, SoG24 et SoG25) ;
– des fiches techniques de certains produits de la requérante (annexe CD6) ;
– des contrats de conseil professionnel entre la requérante et des professionnels spécialisés dans le conseil zootechnique (annexe CD7) ;
– des captures d’écran d’un programme informatique développé pour la requérante (annexe CD9) ;
– un diagramme du chiffre d’affaires de la requérante pendant la période 2011‑2022 (annexe CD10) ;
– des extraits de l’annuaire en ligne Whois et de la base de données en ligne Way Back Machine montrant la création du site Internet « nutristar.it » en 1997 et l’intensité de l’activité sur ce site Internet, notamment depuis 2017, ainsi que des extraits du site Internet de la requérante (annexes CD11 et SoG30) ;
– des documents mettant en évidence la participation de la requérante à des foires nationales et internationales, notamment en Italie en 2019 et en 2023 (annexe CD12) ;
– des captures d’écran de pages Internet des réseaux sociaux de la requérante (annexes CD13 et SoG34) ;
– des vidéos du site Internet YouTube publiées sur le compte YouTube de la requérante, relatives à Rumilab, le laboratoire technique de la requérante, et montrant un discours du directeur général de cette dernière (annexes SoG11, SoG31, SoG32, SoG33 et SoG37) ;
– une sélection d’étiquettes de produits de la requérante (annexes SoG5, SoG10 et SoG15) ;
– des publications dans des magazines concernant les activités de la requérante et dans une revue concernant l’alimentation animale (annexes SoG12, SoG13 et SoG14) ;
– des déclarations de réception d’un service de la part de clients de la requérante concernant des services d’analyse et de conseil (annexe SoG35);
– des documents relatifs à des réunions, des conférences et des cours sur l’élevage, l’agriculture et l’exploitation agricole, notamment en 2018, en 2020, en 2022 et en 2023 (annexe SoG36).
25 Il convient de rappeler, tout d’abord, que, au point 42 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré à bon droit que la période pour laquelle la requérante devait démontrer l’usage sérieux de la marque contestée correspondait en l’espèce aux cinq années précédant l’introduction de la demande en déchéance, à savoir du 4 août 2018 au 3 août 2023 inclus.
26 En outre, aux points 46 à 51 de la décision attaquée, la chambre de recours a examiné, dans une section distincte de ladite décision, intitulée « Remarques générales concernant certains éléments de preuve », la valeur probante de certaines annexes produites par la requérante lors de la procédure administrative. Dans ce cadre, la chambre de recours a expliqué les raisons pour lesquelles elle a conclu que certains éléments de preuve, notamment les annexes CD8 (factures pour des activités réalisées par des techniciens de la requérante), CD10 (diagramme du chiffre d’affaires de la requérante), CD11 (extraits de l’annuaire en ligne Whois et de la base de données en ligne Way Back Machine) et CD12 (documents mettant en évidence la participation de la requérante à des foires), n’étaient pas pertinents ou de nature à contribuer à l’établissement de l’usage sérieux de la marque contestée. Dans ce cadre, aux points 50 et 51 de la décision attaquée, la chambre de recours a précisé qu’elle n’a pas pu établir de lien entre les codes des produits figurant dans les factures présentées par la requérante et ceux indiqués dans les fiches techniques et les offres produites. En outre, la chambre de recours a remarqué que les photographies produites par la requérante n’étaient pas datées et que la requérante n’avait pas fait référence à une ligne de produits spécifique dans les factures qu’elle avait produites à titre de preuve.
27 En ce qui concerne l’appréciation visant à déterminer si la marque contestée avait fait l’objet d’un usage sérieux pour les produits contestés, la chambre de recours a procédé à cette analyse aux points 56 à 63 de la décision attaquée. Elle a conclu que la requérante n’avait établi l’usage sérieux de la marque contestée à l’égard d’aucun des produits relevant des classes 5 et 31.
28 Plus précisément, au point 56 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que la plupart des photographies produites par la requérante n’étaient pas datées et présentaient donc, selon elle, une valeur probante faible, en citant l’annexe SoG21 à titre d’exemple, soutenant qu’elle portait même sur une période précédant la période mentionnée au point 25 ci-dessus.
29 Ensuite, aux points 57 à 59 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que, après avoir examiné des preuves apportées par la requérante, il demeurait incertain si les gammes de ses produits concernaient des compléments, classés en classe 5, ou des fourrages, à classer en classe 31. Elle a noté à cet égard que cette imprécision entraînait une ambiguïté en ce qui concerne la propre classification de chaque produit dans une classe ou dans une autre au sens de la classification mentionnée au point 3 ci-dessus.
30 Au point 60 de la décision attaquée, la chambre de recours a conclu que la marque contestée n’avait jamais été utilisée conjointement avec la gamme de produits de la requérante Nutrimilk (qui sont des aliments solubles), après avoir examiné notamment les annexes SoG24, SoG25 et SoG27, qui contenaient des factures. Selon la chambre de recours, la marque contestée apparaissait, tant dans les factures que dans une brochure de la requérante, uniquement comme dénomination sociale et non comme un signe distinctif.
31 Par ailleurs, au point 61 de la décision attaquée, la chambre de recours a noté que de nombreuses autres gammes de produits étaient mentionnées dans les preuves produites par la requérante (en citant les annexes SoG9 et SoG10 à titre d’exemple), mais qu’elle n’avait réussi à les relier à aucune facture.
32 Enfin, au point 62 de la décision attaquée, la chambre de recours a examiné si des produits de litière avaient été mis sur le marché sous la marque contestée, conjointement avec une autre marque (Vetibed), et elle a conclu que ni les factures produites par la requérante ni la photographie présentée en tant qu’annexe SoG23 ne pouvaient établir un usage sérieux de la marque à cet égard.
33 Par son premier grief, la requérante fait valoir, en substance, que la chambre de recours a examiné de manière partielle ou sélective les éléments de preuve qu’elle a présentés devant elle. Plus précisément, la requérante soutient que la chambre de recours a omis d’examiner certaines pièces qu’elle avait produites sur un total de 37 annexes fournies devant ladite chambre, étant donné que le texte de la décision attaquée (et notamment son point 9) fait exclusivement référence aux annexes SoG14 à SoG37 et non aux autres éléments de preuve qu’elle avait présentés devant la chambre de recours. Elle fait donc valoir que l’appréciation de l’usage sérieux par la chambre de recours était fondée sur des éléments de preuve incomplets et tronqués de manière sélective, ce qui a vicié le fondement juridique de la décision attaquée. Lors de l’audience, la requérante a précisé que ce grief concernait le bien-fondé et non la motivation de la décision attaquée.
34 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante. Selon ce dernier, la chambre de recours a procédé à une appréciation des éléments de preuve dans leur ensemble, laquelle incluait nécessairement les annexes 1 à 13, comme cela est confirmé par les points 32 et 33 de la décision attaquée. L’EUIPO fait valoir qu’il ressort clairement des points 32, 33, 47 à 51, 56 à 63 et 75 de la décision attaquée que la chambre de recours a procédé à une appréciation globale des éléments de preuve produits par la requérante lors de la procédure administrative.
35 En l’espèce, il convient d’observer qu’il ressort du dossier que la requérante avait produit devant la chambre de recours au total 37 éléments de preuve (annexes SoG1 à SoG37) avec son mémoire exposant les motifs du recours.
36 À cet égard, force est de constater que le point 9 de la décision attaquée ne fait effectivement aucune référence aux annexes SoG1 à SoG13. Dans ce point, la chambre de recours est censée énumérer les éléments de preuve qui ont été soumis par la requérante avec son mémoire exposant les motifs du recours. Toutefois, ce point énonce une liste ne contenant que les annexes SoG14 à SoG37, sans faire mention des treize autres documents qui avaient également été présentés par la requérante devant la chambre de recours.
37 Par ailleurs, il convient d’observer que le reste du texte de la décision attaquée ne fait référence qu’à deux de ces treize documents. Plus précisément, dans le cadre de son appréciation visant à déterminer si la marque contestée avait fait l’objet d’un usage sérieux pour les produits contestés, la chambre de recours a fait référence aux annexes SoG9 et SoG10, au point 61 de la décision attaquée.
38 Il résulte des considérations qui précèdent qu’il ne ressort pas de la décision attaquée que la chambre de recours ait effectivement procédé à une appréciation globale complète en prenant en compte l’ensemble des éléments disponibles, y compris les annexes SoG1 à SoG8 et SoG11 à SoG13, contrairement aux principes énoncés par la jurisprudence mentionnée au point 22 ci-dessus. Par conséquent, le premier grief de la requérante est bien fondé.
39 En outre, la requérante fait valoir que la chambre de recours a mal apprécié les arguments et les éléments de preuve qu’elle avait présentés en ce qui concerne le caractère sérieux de l’usage de la marque contestée.
40 Plus spécifiquement, par son deuxième grief, la requérante conteste essentiellement la constatation faite par la chambre de recours au point 60 de la décision attaquée, selon laquelle « la marque contestée apparaît, tant dans les factures que dans la brochure, uniquement comme dénomination sociale et non comme un signe distinctif permettant de distinguer l’origine commerciale d’un produit de celle d’une autre entreprise ». Dans ce cadre, l’argument principal de la requérante est que les éléments de preuve qu’elle a produits lors de la procédure administrative montrent que la marque contestée est utilisée comme une « marque ombrelle », à savoir comme une indication pour désigner l’origine commerciale de l’ensemble de ses produits. Elle note, en se référant à plusieurs exemples tirés du dossier, que plusieurs éléments de preuve démontrent l’usage de la marque contestée en association avec une gamme de produits donnée ou avec un produit particulier d’une gamme donnée.
41 De plus, par son troisième grief, la requérante conteste principalement la constatation faite par la chambre de recours au point 59 de la décision attaquée, selon laquelle « il demeure incertain si [l]es gammes de produits [contestés] concernent des compléments, classés en classe 5, ou des fourrages, à classer en classe 31 ». Dans ce cadre, la requérante avance qu’elle avait expliqué à plusieurs reprises, tant devant la division d’annulation que devant la chambre de recours, la nature des produits relevant des classes 5 et 31 à laquelle les preuves déposées se rapportaient.
42 L’EUIPO conteste le bien-fondé de ces griefs. Selon celui-ci, les éléments de preuve produits par la requérante ne confirment pas l’affirmation de cette dernière selon laquelle la marque contestée fonctionne elle-même comme une garantie d’origine, dès lors que le public ne la percevrait pas comme désignant la société responsable des produits. L’EUIPO souligne que le mot « Nutristar » était utilisé dans un contexte professionnel, sans être utilisé de manière autonome pour distinguer des produits, et que la structure Nutristar SpA identifie une entité juridique et non une marque de produit. Il ajoute que l’affirmation de la requérante selon laquelle la marque a été utilisée en tant que « marque ombrelle » n’est pas étayée. Selon l’EUIPO, les photographies d’emballages invoquées par la requérante sont de qualité insuffisante, de sorte qu’il est impossible de confirmer que la marque contestée apparaît sur les produits. De plus, certaines photographies montrent que plusieurs gammes de produits identifient d’autres fabricants que la requérante, ce qui remet en cause l’affirmation selon laquelle la marque contestée fonctionne elle-même comme une garantie d’origine. Il ajoute que la simple mention de la phrase « élaboré par Nutristar » sur les emballages des produits ne suffit pas à démontrer l’usage du signe en tant que marque. S’agissant des arguments de la requérante concernant la nature de l’usage et la classification des produits, l’EUIPO fait valoir que le raisonnement de la chambre de recours ne reposait pas sur une erreur formelle de classification des produits, mais sur des insuffisances fondamentales communes à l’ensemble des éléments de preuve, qui ne démontraient pas un usage sérieux de la marque pour ces produits.
43 Il convient d’aborder ces deux griefs conjointement.
44 Il y a lieu, à cet égard, de rappeler qu’il ressort d’une jurisprudence constante qu’il n’existe aucune règle en matière de marque de l’Union européenne obligeant son titulaire à prouver l’usage de sa marque de manière isolée, indépendamment de toute autre marque ou de tout autre signe. Dès lors, il est possible que deux ou plusieurs marques fassent l’objet d’un usage conjoint et autonome avec ou sans le nom de la société du fabricant [voir arrêts du 6 novembre 2014, Popp et Zech/OHMI – Müller-Boré & Partner (MB), T‑463/12, non publié, EU:T:2014:935, point 43 et jurisprudence citée, et du 14 juillet 2021, Fashioneast et AM.VI./EUIPO – Moschillo (RICH JOHN RICHMOND), T‑297/20, non publié, EU:T:2021:432, point 39 et jurisprudence citée].
45 Ainsi, l’emploi conjoint d’une autre marque avec la marque contestée ne saurait, par lui-même, porter atteinte à la fonction d’identification remplie par cette autre marque à l’égard des produits concernés [voir arrêt du 8 juin 2022, Apple/EUIPO – Swatch (THINK DIFFERENT), T‑26/21 à T‑28/21, non publié, EU:T:2022:350, point 87 et jurisprudence citée]. En outre, la condition d’usage sérieux d’une marque peut être remplie lorsqu’une marque est utilisée conjointement avec une autre marque, pour autant que la première marque continue d’être perçue comme une indication de l’origine du produit en cause [voir arrêts du 23 septembre 2020, CEDC International/EUIPO – Underberg (Forme d’un brin d’herbe dans une bouteille), T‑796/16, EU:T:2020:439, point 142 et jurisprudence citée, et du 2 juillet 2025, Ferrari/EUIPO – Hesse (TESTAROSSA), T‑1103/23, EU:T:2025:659, point 54 et jurisprudence citée].
46 Une telle pratique consistant à désigner des produits tant par une marque « maison » ou « ombrelle » que par une sous-marque identifiant une ligne de produits précise n’est pas inhabituelle dans le monde des affaires (voir, pour des exemples de ce type de pratique, arrêts du 11 novembre 2020, EUIPO/John Mills, C‑809/18 P, EU:C:2020:902, point 23, et du 8 mai 2024, VAPIX, T‑207/23, non publié, EU:T:2024:290, point 57).
47 En l’espèce, il convient de relever que, comme indiqué au point 24 ci‑dessus, afin de prouver l’usage sérieux de la marque contestée, la requérante avait présenté, lors de la procédure administrative, un nombre considérable d’éléments de preuve, parmi lesquels figurent plusieurs exemples montrant ladite marque de manière visible sur ses produits comme marque « maison » ou « ombrelle », accompagnée d’une sous-marque identifiant une ligne de produits précise.
48 En effet, en premier lieu, la requérante a produit de nombreuses factures relatives à ses produits, sur lesquelles la marque contestée est visible, en tant que signe figuratif, dans l’en-tête de chaque page (annexes CD1, SoG4, SoG7, SoG8, SoG16, SoG17, SoG20, SoG22 et SoG27). En deuxième lieu, elle a mis à disposition des photographies de produits ou des emballages de produits (annexes CD3 et SoG26) montrant l’usage conjoint de la marque contestée avec les noms des gammes de produits spécifiques (par exemple, les noms des gammes DETIC, LACTA et JUNIA). En troisième lieu, elle a fourni des étiquettes de produits mentionnant la marque NUTRISTAR, accompagnée du nom d’un produit spécifique ou d’une gamme de produits (annexe SoG15). En quatrième lieu, elle a présenté des brochures, des catalogues et des listes de prix, qui font également apparaître la marque contestée de manière visible comme marque « ombrelle », accompagnée chaque fois d’une sous‑marque identifiant une ligne de produits (annexes CD5, SoG19 et SoG21). En cinquième lieu, elle a produit certains articles de presse faisant référence aux produits NUTRISTAR (annexes SoG12 et SoG19).
49 En ce qui concerne spécifiquement les factures présentées par la requérante, il convient d’observer que la marque contestée est entièrement visible sur ces dernières, dans un emplacement prééminent, sous la forme du signe figuratif contesté. Il ne s’agit pas d’une simple référence textuelle à la dénomination sociale de l’entreprise Nutristar SpA , contrairement à ce que fait valoir la chambre de recours au point 60 de la décision attaquée. Les marques secondaires ou le détail des produits commercialisés figurent, quant à eux, de manière adjacente au prix facturé. Une telle configuration confirme que l’utilisation qui est faite du signe NUTRISTAR va au-delà de la seule identification de la société et indique en sus, en tant que marque, l’origine commerciale des produits en cause, créant un lien additionnel, clairement perceptible, entre la marque contestée et les produits en cause [voir, par analogie, arrêt du 3 octobre 2019, 6Minutes Media/EUIPO – ad pepper media International (ad pepper), T‑666/18, non publié, EU:T:2019:720, points 82 et 83].
50 À cet égard, il y a lieu de rappeler, à l’instar de la requérante, que le fait que le nom commercial ou la dénomination sociale d’une société puisse coïncider avec la marque contestée n’implique pas qu’il ne puisse pas y avoir d’usage sérieux de cette dernière, en particulier lorsque le signe constituant la dénomination sociale est apposé sur les produits ou lorsque le tiers utilise ledit signe de telle façon qu’il s’établit un lien entre le signe constituant la dénomination sociale et les produits commercialisés [voir, en ce sens, arrêts du 27 septembre 2007, La Mer Technology/OHMI – Laboratoires Goëmar (LA MER), T‑418/03, non publié, EU:T:2007:299, point 74, et du 26 avril 2023, Rochem Group/EUIPO – Rochem Marine (R.T.S. ROCHEM Technical Services), T‑546/21, non publié, EU:T:2023:221, point 61].
51 En outre, contrairement à ce que fait valoir la chambre de recours au point 59 de la décision attaquée, la requérante avait présenté, lors de la procédure administrative, des arguments et des preuves concernant le type de produits qu’elle commercialisait et la classe à laquelle lesdits produits appartenaient.
52 En effet, premièrement, la requérante avait indiqué dans ses observations devant la chambre de recours, à titre d’exemple, que la facture no 7035/IT, produite en tant qu’annexe SoG4, se référait clairement à son produit Modular Oriente, compris dans la classe 5. Dans ses observations devant la chambre de recours, la requérante avait signalé que la description des produits figurant sur cette facture mentionnait des « aliments minéraux » ou des « compléments alimentaires minéraux », qui sont des compléments alimentaires, et avait expliqué de manière précise que ce produit était composé des éléments décrits dans la classe 5. En outre, le nom du produit Modular Oriente figure également en lettres majuscules et en gras, juste à côté du signe figuratif de la requérante, en haut à gauche de la fiche technique dudit produit, présentée par celle-ci en tant qu’annexe SoG5 devant la chambre de recours.
53 À cela s’ajoute, deuxièmement, un autre exemple similaire évoqué par la requérante devant la chambre de recours, concernant son produit Floga, également compris dans la classe 5. En effet, ce nom de produit est clairement indiqué dans la facture no 41/ES produite en tant qu’annexe CD1 devant la division d’annulation, ainsi que dans les factures produites en tant qu’annexe SoG7 devant la chambre de recours, qui concernent notamment des ventes d’échantillons de ce produit. Le nom dudit produit figure également dans les fiches techniques que la requérante avait produites en tant qu’annexe CD6 devant la division d’annulation. Cette fiche technique inclut également la marque contestée, en tant que signe figuratif, au bas de chaque page. Il convient d’observer que le nom du produit Floga, ainsi que son code de produit, à savoir SZ N0, figure également sur la liste de prix produite en tant qu’annexe CD5 (qui contient la liste de prix des produits de la requérante pour l’année 2022 en Espagne), ainsi que la brochure produite en tant qu’annexe SoG6, qui, bien qu’elle ne soit pas datée, pouvait être examinée comme un élément de preuve supplémentaire et corroborant à cet égard (voir, en ce sens, arrêt du 19 novembre 2025, Làv, T‑563/24, EU:T:2025:1048, point 57). Dans ses observations devant la chambre de recours, la requérante avait expliqué de manière détaillée que la description du produit Floga figurant sur les factures susmentionnées contenait l’expression « aliment complémentaire », ce qui correspond à des « compléments » ou, en d’autres termes, à des « intégrateurs », compris dans la classe 5.
54 Troisièmement, la requérante avait fourni un autre exemple, concernant son produit Ferment XP, compris dans la classe 31. Ce produit est clairement indiqué dans la facture no 31/ES produite en tant qu’annexe CD1 devant la division d’annulation, ainsi que dans la fiche technique produite en tant qu’annexe SoG15 devant la chambre de recours. Dans ses observations devant la chambre de recours, la requérante avait expliqué de manière claire et détaillée que ledit produit était un additif alimentaire compris dans la classe 31.
55 Quatrièmement, en ce qui concerne le produit de la requérante Atpure Evo, celui‑ci figure dans plusieurs factures présentées en tant qu’annexe SoG17 devant la chambre de recours. Le nom dudit produit figure également dans la liste de prix des produits de la requérante pour les années 2021 et 2022 en Espagne, présentée en tant qu’annexe CD5 (dans laquelle figure également le code dudit produit, à savoir NL 70), ainsi que dans des photographies produites en tant qu’annexe SoG18.
56 Il ressort des considérations qui précèdent que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en considérant, au point 59 de la décision attaquée, que la requérante n’avait pas présenté d’arguments suffisamment clairs concernant les types de produits commercialisés sous la marque contestée et leur lien avec les preuves fournies.
57 Par ailleurs, il y a lieu de noter que les factures produites par la requérante lors de la procédure administrative et mentionnées aux points 52 à 55 ci-dessus semblent attester de la vente de quantités importantes de produits de la requérante (des centaines de kilogrammes), relevant des classes 5 et 31, en cause en l’espèce, pendant une période significative au cours de la période concernée, dans différents pays de l’Union. Partant, c’est à tort que la chambre de recours a écarté comme dépourvus de pertinence les nombreux éléments de preuve démontrant l’usage de la marque contestée en tant que marque « ombrelle » apposée directement sur les produits de la requérante, notamment sur des factures, des fiches techniques, des listes de prix et des brochures.
58 Par conséquent, il convient de conclure que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en écartant ces éléments comme non pertinents afin de démontrer l’usage sérieux de la marque contestée. À cela s’ajoute le fait que, ainsi qu’il a déjà été relevé au point 38 ci-dessus, il ne ressort pas de la décision attaquée que la chambre de recours ait effectivement pris en compte l’ensemble des éléments disponibles. Par conséquent, c’est à tort que la chambre de recours a conclu, aux points 63 et 76 de la décision attaquée, que la requérante n’avait établi l’usage sérieux de la marque contestée à l’égard d’aucun des produits relevant des classes 5 et 31.
59 Eu égard aux considérations qui précèdent, il convient d’accueillir le moyen unique de la requérante et, dès lors, d’annuler la décision attaquée en ce qui concerne les produits contestés indiqués au point 11 ci-dessus, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres griefs et arguments soulevés par les parties.
Sur les dépens
60 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
61 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.
62 En outre, la requérante a conclu à la condamnation de Mme Anielska et de M. Tyrawski aux dépens qu’elle a exposés devant l’EUIPO. À cet égard, il suffit de relever qu’il appartiendra à la chambre de recours de statuer, à la lumière du présent arrêt, sur les frais afférents à la procédure devant elle [voir, en ce sens, arrêt du 29 mai 2018, Uribe-Etxebarría Jiménez/EUIPO – Núcleo de comunicaciones y control (SHERPA), T‑577/15, EU:T:2018:305, point 94].
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) La décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 20 juin 2025 (affaire R 1846/2024-1) est annulée en ce qui concerne les produits couverts par la marque contestée relevant des classes 5 et 31.
2) L’EUIPO supportera ses propres dépens ainsi que les dépens de Nutristar SpA.
| Półtorak | Hesse | Dimitrakopoulos |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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