Arrêt du Tribunal (première chambre) du 9 septembre 2026.#Modus AE contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne figurative papyros by Modus – Enregistrement international de la marque verbale antérieure PAPYRUS – Cause de nullité relative – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), et article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-608/25.
| CELEX | 62025TJ0608 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne figurative papyros by Modus – Enregistrement international de la marque verbale antérieure PAPYRUS – Cause de nullité relative – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), et article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑608/25,
Modus AE, établie à Moschato (Grèce), représentée par Me M. Kosmopoulos, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. R. Raponi, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
ISIS Papyrus Europe AG, établie à Brunn am Gebirge (Autriche), représentée par Me W. Mosing, avocat,
LE TRIBUNAL (première chambre),
composé de MM. E. Buttigieg, président, J. Schwarcz (rapporteur) et Mme M. Kancheva, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Modus AE, demande l’annulation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 9 juillet 2025 (affaires R 1548/2024-1 et R 1628/2024-1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 21 novembre 2023, l’intervenante, ISIS Papyrus Europe AG, a présenté à l’EUIPO une demande en nullité de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée le 3 mars 2020, sous le numéro 18144822, à la suite d’une demande déposée le 31 octobre 2019 pour le signe figuratif suivant :
3 Les produits et les services couverts par la marque contestée pour lesquels la nullité était demandée relevaient, notamment, après la limitation intervenue au cours de la procédure devant l’EUIPO, des classes 9 et 42 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 9 : « Logiciels de commande de procédés ; logiciels pour l’automatisation de documents ; logiciels de gestion de contenus ; logiciels de flux de travail ; logiciels de gestion de procédés commerciaux ; logiciels destinés à la gestion de documents ; plates-formes de logiciels de gestion de collaboration ; logiciels de systèmes de gestion du flux de travail ; tous les services précités uniquement en relation avec les logiciels de gestion du flux de travail des documents commerciaux » ;
– classe 42 : « Mise à niveau de logiciels ; élaboration [conception] de logiciels ; développement de logiciels ; installation de logiciels ; création de logiciels ; maintenance de logiciels ; mise à jour de logiciels ; logiciels en tant que service [SaaS] ; location de logiciels ; location de logiciels d’application ; services de génie logiciel ; écriture de logiciels informatiques ; configuration de logiciels ; maintenance et réparation de logiciels ; essais de logiciels ; recherche en matière de logiciels ; contrôle de la qualité de logiciels ; services de programmation de logiciels ; conception de logiciels pour smartphones ; mise à jour de logiciels pour smartphones ; conception et développement de logiciels de récupération de données ; conception et développement de logiciels pour le traitement de données ; conception et développement de logiciels de traitement des images ; services d’authentification d’utilisateur au moyen de la technologie d’authentification unique pour applications logicielles en ligne ; programmation de logiciels pour des portails Internet, des salons de discussion [chat], des lignes de discussion et des forums Internet ; conception et développement de logiciels d’évaluation et de calcul de données ; programmation de logiciels de lecture, de transmission et d’organisation de données ; conception et développement de logiciels dans le domaine des applications mobiles ; conception et développement de logiciels pour messagerie instantanée ; conception et développement de logiciels de commande de processus ; conception et développement de logiciels pour l’importation et la gestion de données ; tous les services précités uniquement en relation avec les logiciels de gestion du flux de travail des documents commerciaux ».
4 La demande en nullité était fondée sur l’enregistrement international désignant l’Union européenne no 591669 de la marque verbale PAPYRUS pour les produits relevant de la classe 9 et correspondant à la description suivante : « Appareils de traitement de données, ordinateurs ».
5 La cause invoquée à l’appui de la demande en nullité était celle visée à l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), lu en combinaison avec l’article 8, paragraphe 1, sous b) du même règlement.
6 Le 13 juin 2024, la division d’annulation a fait droit à la demande en nullité pour l’ensemble des produits et des services désignés par la marque contestée, à l’exception des services de « contrôle de la qualité de logiciels ; déblocage de logiciels pour le compte de tiers » appartenant à la classe 42.
7 Le 1er août 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation, en ce qu’elle avait déclaré nulle la marque contestée pour certains des produits et services qu’elle couvrait.
8 Le 13 août 2024, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation, en ce qu’elle avait rejeté la demande en nullité s’agissant des services de « contrôle de la qualité de logiciels ; déblocage de logiciels pour le compte de tiers » appartenant à la classe 42.
9 Par la décision attaquée, la chambre de recours, statuant sur chacun des recours, a, en premier lieu, accueilli le recours de l’intervenante, en annulant partiellement la décision de la division d’annulation en ce qu’elle rejetait la demande en nullité pour les services de « contrôle de la qualité de logiciels ; tous les services précités uniquement en relation avec les logiciels de gestion du flux de travail des documents commerciaux », et a, par conséquent, déclaré la nullité de la marque contestée également pour ces services. Elle a, en second lieu, rejeté le recours de la requérante visant à l’annulation de la décision de la division d’annulation en ce qu’elle déclarait nulle la marque contestée. La chambre de recours s’est fondée sur le motif qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et que la preuve de la coexistence paisible des marques en conflit sur le marché n’avait pas été apportée.
Conclusions des parties
10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– ordonner à l’EUIPO de maintenir l’enregistrement de la marque contestée pour l’ensemble des produits et services couverts par celle-ci ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens, y compris ceux exposés devant la chambre de recours.
11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.
12 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
Sur la compétence du Tribunal pour connaître du deuxième chef de conclusions de la requérante
13 L’EUIPO soutient que le deuxième chef de conclusions de la requérante est irrecevable dans la mesure où il n’appartient pas au Tribunal de lui adresser des injonctions.
14 Il convient de relever que, par son deuxième chef de conclusions, la requérante demande au Tribunal d’ordonner à l’EUIPO de maintenir l’enregistrement de la marque contestée pour l’ensemble des produits et services couverts par celle-ci.
15 À cet égard, il suffit de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le Tribunal n’a pas compétence pour prononcer des injonctions à l’encontre des institutions, des organes et des organismes de l’Union européenne (voir, en ce sens, ordonnance du 26 octobre 1995, Pevasa et Inpesca/Commission, C‑199/94 P et C‑200/94 P, EU:C:1995:360, point 24 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 25 septembre 2018, Suède/Commission, T‑260/16, EU:T:2018:597, point 104 et jurisprudence citée).
16 Il s’ensuit que le deuxième chef de conclusions de la requérante doit être rejeté pour cause d’incompétence.
Sur le fond
17 La requérante invoque un moyen unique, tiré de la violation de l’article 60 paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu en combinaison avec l’article 8, paragraphe 1, sous b), du même règlement. À cet égard elle soutient, en substance, qu’il n’existe pas de risque de confusion dans l’esprit du public pertinent.
18 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
19 Conformément à l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 1, sous b), du même règlement, la marque de l’Union européenne est déclarée nulle sur demande présentée auprès de l’EUIPO lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec la marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire dans lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure. Par ailleurs, en vertu de l’article 8, paragraphe 2, sous a), iv) du règlement 2017/1001, il convient d’entendre par marques antérieures les marques qui ont fait l’objet d’un enregistrement international ayant effet dans l’Union, dont la date de dépôt est antérieure à celle de la demande de marque de l’Union européenne.
20 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].
21 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].
22 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si, en l’espèce, la chambre de recours a conclu, à juste titre, à l’existence d’un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
23 À titre liminaire, il convient de relever qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause les appréciations de la chambre de recours, au demeurant non contestées par la requérante, selon lesquelles, en substance, d’une part, le public pertinent était constitué des professionnels faisant preuve d’un niveau d’attention accru et, d’autre part, le territoire pertinent était celui de l’Union.
Sur la comparaison des produits et des services
24 La requérante soutient que la chambre de recours a considéré à tort que les produits et les services en cause sont similaires à différents degrés et estime, au contraire, qu’ils sont totalement différents. À cet égard, elle considère, en substance, que les produits et les services en cause, en ce qu’il s’agit pour les uns de « produits logiciels » et pour les autres de « produits matériels » ont une nature très distincte. La requérante allègue également que les produits et les services en cause n’appartiennent pas à un secteur homogène, ne visent pas les mêmes consommateurs, n’ont pas les mêmes canaux de distribution et n’ont pas la même origine commerciale. Par ailleurs, elle fait grief à la chambre de recours de ne pas avoir tenu compte du niveau d’attention élevé du public pertinent. Enfin, la requérante fait valoir que les modalités de commercialisation des services couverts par la marque contestée, ainsi que leur coût s’opposent à tout risque de confusion.
25 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
26 Selon une jurisprudence constante, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].
27 En l’espèce, d’une part, la chambre de recours a considéré que les produits visés par la marque contestée relevant de la classe 9 étaient similaires à un degré moyen aux produits couverts par la marque antérieure relevant de la même classe. Elle a fondé cette appréciation, en substance, sur la complémentarité desdits produits, leurs coïncidences s’agissant des consommateurs ciblés et de leurs canaux de distribution, ainsi que sur le fait qu’ils pouvaient être proposés par les mêmes entreprises.
28 D’autre part, la chambre de recours a relevé que les services visés par la marque contestée relevant de la classe 42 présentaient à tout le moins un faible degré de similitude avec les produits de la marque antérieure. En ce sens, elle a considéré que les produits et les services en cause relevaient tous du domaine des technologies de l’information, de sorte qu’ils se chevauchaient s’agissant des consommateurs auxquels ils sont destinés. En outre, elle a affirmé que de nombreuses entreprises proposaient des « solutions informatiques de bout en bout », incluant les produits de la marque antérieure et les services couverts par la marque contestée. Dès lors, les services en cause seraient étroitement liés aux produits couverts par la marque antérieure, de sorte que le public pertinent pourrait les percevoir comme ayant une origine commerciale commune.
29 En premier lieu, s’agissant des arguments avancés par la requérante selon lesquels, en substance, les produits et les services couverts par la marque contestée et les produits désignés par la marque antérieure ne feraient pas partie d’un secteur homogène, ne viseraient pas les mêmes consommateurs, n’auraient pas les mêmes canaux de distribution et n’auraient pas la même origine commerciale, force est de constater que ceux-ci ne sont étayés par aucun élément concret, la requérante se bornant à contester les appréciations de la chambre de recours.
30 En deuxième lieu, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel, en substance, les produits couverts par la marque contestée, à savoir des « produits logiciels », ont une nature distincte des produits couverts par la marque antérieure, à savoir des « produits matériels », de sorte qu’ils sont différents, il convient de relever que la chambre de recours ne s’est pas fondée sur le fait que les produits en cause étaient de même nature afin de conclure à leur similitude (voir point 27 ci-dessus). Cette dernière s’est en effet fondée sur d’autres facteurs pertinents au sens de la jurisprudence citée au point 26 ci-dessus. À cet égard, elle a considéré que les produits en cause, relevant tous de la classe 9, étaient similaires à un degré moyen en raison de leur caractère complémentaire et dans la mesure où ils coïncidaient s’agissant des consommateurs ciblés et des canaux de distribution, ainsi que dans la mesure où ils pouvaient être proposés par les mêmes entreprises.
31 À cet égard, d’une part, ainsi qu’il ressort du point 29 ci-dessus, la requérante n’a pas été en mesure d’apporter des éléments permettant d’infirmer la conclusion de la chambre de recours fondée sur ces autres facteurs.
32 D’autre part, il convient de rappeler que les produits ou les services complémentaires sont ceux entre lesquels existe un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits ou de la fourniture de ces services incombe à la même entreprise (voir arrêt du 22 janvier 2009, easyHotel, T‑316/07, EU:T:2009:14, points 57 et 58 et jurisprudence citée). Or, en l’espèce, la requérante ne conteste pas l’existence d’un lien étroit entre les produits en cause. De plus, en dépit du caractère matériel ou non des produits en cause, il n’en demeure pas moins que ceux-ci peuvent être complémentaires, de sorte qu’une similitude peut être constatée entre eux.
33 En troisième lieu, s’agissant du grief fait par la requérante à la chambre de recours de ne pas avoir tiré les conséquences du niveau d’attention élevé du public pertinent, il y a lieu de constater que celui-ci ne vise pas la comparaison des produits et des services effectuée dans la décision attaquée, mais est pertinent pour l’examen du bien-fondé de l’appréciation globale du risque de confusion [voir, en ce sens, arrêt du 10 septembre 2025, JSherwood/EUIPO – INA International (JSherWood wear it with pride), T‑448/24, non publié, EU:T:2025:855, point 39]. Cet argument sera, dès lors, examiné dans ce cadre (voir point 100 ci-après).
34 En quatrième lieu, la requérante soutient que le coût et les modalités spécifiques de commercialisation des produits et des services couverts par la marque contestée rendraient impossible tout risque de confusion avec les produits couverts par la marque antérieure. À cet égard, il convient de relever que, aux termes de la jurisprudence, les modalités de commercialisation particulières des produits ou services désignés par les marques pouvant varier dans le temps et suivant la volonté des titulaires de ces marques, l’analyse prospective du risque de confusion entre deux marques ne saurait dépendre des intentions commerciales, réalisées ou non, et par nature subjectives, des titulaires des marques [arrêts du 15 mars 2007, T.I.M.E. ART/OHMI, C‑171/06 P, non publié, EU:C:2007:171, point 59, et du 9 septembre 2008, Honda Motor Europe/OHMI – Seat (MAGIC SEAT), T‑363/06, EU:T:2008:319, point 63].
35 Les conclusions qui précèdent ne sauraient être infirmées par la référence de la requérante aux directives de l’EUIPO. En effet, celles-ci ne constituent pas des actes juridiques contraignants pour l’interprétation des dispositions du droit de l’Union (arrêt du 19 décembre 2012, Leno Merken, C‑149/11, EU:C:2012:816, point 48). En outre, en l’espèce, contrairement à ce que sous-tend l’allégation formulée par la requérante au point 14 de la requête, la chambre de recours n’a pas considéré que les logiciels de l’une des marques en cause étaient automatiquement similaires aux produits et/ou services qui utilisaient des logiciels pour fonctionner, dans la mesure où, ainsi que cela ressort des points 34 à 39 de la décision attaquée, celle-ci a procédé à l’examen des différents facteurs pertinents et, notamment, de la complémentarité des produits et des services en cause. Dans le même sens, contrairement à ce qu’invoque la requérante, toujours au point 14 de la requête, il ressort de la présente affaire que la comparaison des produits en cause ne porte pas sur des produits qui sont, pour les uns, des logiciels très spécifiques et, pour les autres, un autre type de logiciels très spécifiques, dans la mesure où, ainsi que cela ressort du point 4 ci-dessus, la marque antérieure ne couvre pas de logiciels.
36 Eu égard à ce qui précède, l’argumentation de la requérante ne permet pas de remettre en cause les appréciations de la chambre de recours relatives à la comparaison des produits et des services couverts par les marques en conflit.
Sur la comparaison des signes
37 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
38 En l’espèce, avant de traiter la question de la similitude des marques en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel, il y a lieu d’examiner l’appréciation des éléments distinctifs et dominants de la marque contestée effectuée par la chambre de recours.
– Sur les éléments distinctifs et dominants de la marque contestée
39 D’une part, s’agissant du caractère distinctif des éléments constituant la marque contestée, la requérante soutient, tout d’abord, que l’élément « papyros » est dépourvu de signification en anglais, de sorte que cet élément possède un caractère distinctif moyen à élevé. Ensuite, elle allègue que l’élément verbal « by modus » possède un caractère distinctif élevé à très élevé, dans la mesure où celui-ci indiquerait que les services proviennent d’une origine ou d’une personne spécifique, à savoir la requérante, et non d’une autre entreprise. En outre, la requérante conteste que cet élément puisse être dépourvu de signification pour le public pertinent ou bien qu’il soit associé à une locution latine. Enfin, la requérante soutient que l’élément figuratif orange représentant un papyrus exprime la signification du mot « papyrus ».
40 D’autre part, s’agissant des éléments dominants de la marque contestée, la requérante estime que l’élément figuratif et l’élément verbal « papyros » qui composent cette marque sont codominants.
41 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.
42 Au point 44 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que la marque contestée était composée, d’une part, des éléments verbaux « papyros » et « by modus », de couleur bleue, ce dernier élément étant placé au-dessus des dernières lettres de l’élément « papyros », dans une taille nettement plus petite, et d’autre part, sur le côté gauche, d’un élément figuratif rouge, représentant un papyrus stylisé.
43 À titre liminaire, il convient de relever que, au point 29 de la requête, la requérante fait valoir que l’élément figuratif qui compose la marque contestée est orange. Toutefois, il ressort du formulaire de demande d’enregistrement de ladite marque, ainsi que de la décision attaquée, que celle-ci a été enregistrée comme étant bleue et rouge. Dès lors, même si cette nuance n’a pas d’incidence substantielle sur la décision attaquée, c’est à juste titre que la chambre de recours s’est référée, dans cette décision, à la couleur rouge de l’élément figuratif de la marque contestée.
44 En premier lieu, s’agissant des éléments distinctifs de la marque contestée, la chambre de recours a conclu, tout d’abord, que l’élément verbal « papyros » serait compris dans l’ensemble de l’Union comme une référence à la plante papyrus ou bien au matériel d’écriture fabriqué à partir de ladite plante. La chambre de recours a considéré qu’il n’existait aucun rapport apparent entre l’élément verbal « papyros » et les produits et les services couverts par la marque contestée. Ainsi, elle a estimé que cet élément possédait un caractère distinctif moyen.
45 Ensuite, s’agissant de l’élément figuratif représenté dans la marque contestée, la chambre de recours a considéré que celui-ci serait perçu comme une simple illustration du mot « papyrus ».
46 Enfin, s’agissant de l’élément verbal « by modus », la chambre de recours a considéré qu’il serait perçu à l’échelle de l’Union comme une référence à un nom commercial, de sorte qu’il possédait un caractère distinctif moyen. Cependant, la chambre de recours a ajouté qu’en raison de la taille de cet élément, et de sa position, celui-ci ne jouait qu’un rôle secondaire dans l’impression d’ensemble du signe contesté.
47 En second lieu, la chambre de recours ne s’est pas explicitement prononcée sur l’existence d’un élément dominant dans la marque contestée. Toutefois, elle a relevé que les consommateurs concentraient généralement leur attention sur les éléments verbaux d’une marque complexe plutôt que sur ses éléments figuratifs, de sorte qu’ils accorderont le plus d’attention à l’élément verbal « papyros ». Partant, il ressort, en substance, de ce qui précède que la chambre de recours a considéré que l’élément dominant de la marque contestée était l’élément verbal « papyros ».
48 Selon la jurisprudence, pour déterminer le caractère distinctif d’un élément composant une marque, il y a lieu d’apprécier l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits ou les services pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée et donc à distinguer ces produits ou ces services de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération notamment les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits ou des services pour lesquels la marque a été enregistrée [ordonnance du 3 mai 2018, Siberian Vodka/EUIPO – Schwarze und Schlichte (DIAMOND ICE), T‑234/17, non publiée, EU:T:2018:259, point 38].
49 Aux fins d’apprécier le caractère dominant d’un ou de plusieurs composants déterminés d’une marque complexe, il convient de prendre en compte, notamment, les qualités intrinsèques de chacun de ses composants en les comparant à celles des autres composants. En outre, et de manière accessoire, peut être prise en compte la position relative des différents composants dans la configuration de la marque complexe [arrêts du 23 octobre 2002, Matratzen Concord/OHMI – Hukla Germany (MATRATZEN), T‑6/01, EU:T:2002:261, point 35, et du 8 février 2007, Quelle/OHMI – Nars Cosmetics (NARS), T‑88/05, non publié, EU:T:2007:45, point 58].
50 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’apprécier l’existence éventuelle d’éléments distinctifs et dominants dans la marque contestée.
51 En l’espèce, s’agissant en premier lieu de l’élément verbal « papyros », il convient de constater qu’il sera compris comme l’étymologie du mot d’origine grecque « papyrus » et qu’il se rapporte donc directement à celui-ci. Il sera donc compris dans l’ensemble de l’Union, ainsi que cela a été constaté à juste titre par la chambre de recours, à l’instar de la division d’annulation, comme une référence à la plante nommée papyrus ou bien au matériel d’écriture fabriqué à partir de ladite plante et portant le même nom. Partant, l’argument de la requérante selon lequel l’élément « papyros » n’a pas de signification en anglais n’est pas de nature à remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours et doit être rejeté.
52 Il convient également de confirmer l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle l’élément « papyros », au regard de sa signification, telle qu’elle ressort du point 51 ci-dessus, n’a pas de rapport direct avec les produits et les services couverts par la marque contestée, qui consistent, en substance, en des logiciels de gestion du flux de travail de documents commerciaux. À cet égard, il ne saurait être affirmé qu’une référence à l’élément « papyros », ou à sa signification en tant qu’elle se rapporte au mot « papyrus », puisse d’une quelconque manière permettre de décrire les produits et les services couverts par la marque contestée ou faire allusion à une de leurs caractéristiques.
53 Il s’ensuit que c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré que l’élément verbal « papyros » était doté d’un caractère distinctif moyen.
54 En deuxième lieu, s’agissant de l’élément verbal « by modus », plusieurs éléments doivent être relevés. D’abord, contrairement à ce qu’allègue la requérante, la chambre de recours n’a pas considéré que cet élément serait compris par le public pertinent comme se rapportant à des locutions latines. Il s’agit là d’une appréciation effectuée par la division d’annulation qui n’a pas été entérinée par la chambre de recours. Ensuite, il convient de relever que tant la requérante que la chambre de recours s’accordent quant à la signification de l’élément « by modus », considérant que celui-ci serait compris par le public pertinent comme une référence à un nom commercial. Enfin, il apparait clairement que cet élément verbal n’a pas de rapport avec les produits et les services couverts par la marque contestée.
55 Par ailleurs, la requérante considère que l’élément « by modus » possède un caractère distinctif élevé, voire très élevé, en ce qu’il constitue une référence directe à l’origine commerciale des produits et des services couverts par la marque contestée. À cet égard, il convient de rappeler qu’il revient à la requérante d’expliquer pour quelle raison la chambre de recours aurait dû considérer que cet élément possédait un caractère distinctif élevé et non pas seulement moyen [voir, en ce sens, arrêt du 12 juin 2024, Google/EUIPO – EPay (GPAY), T‑78/23, non publié, EU:T:2024:378, point 59]. Or, en l’espèce, s’il est vrai que cette référence à l’origine commerciale des produits et des services confère à cet élément verbal un caractère distinctif moyen, il n’en reste pas moins que la requérante n’a avancé aucun élément permettant d’établir que cette référence à l’origine commerciale possédait un caractère distinctif élevé.
56 En troisième lieu, s’agissant des éléments dominants de la marque contestée, il doit être relevé que les parties s’accordent sur le fait que l’élément verbal « papyros » est un élément dominant dans la marque contestée. Par ailleurs, s’agissant de l’élément verbal « by modus », il est constant entre les parties que celui-ci ne présente pas un caractère dominant. En effet, il convient de constater que cet élément dispose d’une incidence secondaire dans la mesure où il est positionné en haut à droite et est de taille bien inférieure à celle de l’élément verbal « papyros » qui occupe une place centrale dans la marque contestée et à celle de l’élément figuratif qui, bien qu’excentré, dispose d’une taille non négligeable et d’une couleur différente. Dès lors, il convient de déterminer si, ainsi que le fait valoir la requérante, l’élément figuratif au sein de la marque contestée, qui représente un rouleau de papyrus stylisé rouge est également un élément dominant de celle-ci.
57 En l’espèce, l’élément figuratif présent dans la marque contestée est simple et se rapporte à un papyrus, tout comme l’élément verbal dominant « papyros ». Cet élément figuratif est d’une dimension non négligeable, mais il est excentré du signe pris dans son ensemble. De même, il est d’une couleur différente de celle du reste du signe, mais présente toutefois des contours relativement clairs. Partant, au vu de la jurisprudence citée au point 49 ci-dessus, il n’y a pas lieu de considérer que ledit élément figuratif est un élément dominant de la marque contestée.
58 Partant, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré que l’élément verbal « papyros » est l’unique élément dominant de la marque contestée.
– Sur la comparaison visuelle
59 La requérante estime que les marques en conflit ne sont pas similaires. À cet égard, elle soutient, tout d’abord, que celles-ci diffèrent clairement par leur police de caractères, leurs couleurs, leur longueur et leur structure. En ce sens, la marque contestée est composée de deux éléments verbaux « papyros » et « by modus », soit quatorze lettres en minuscules, alors que la marque antérieure est composée d’un seul élément verbal, « papyrus », composé de seulement sept lettres écrites en majuscules. Dès lors, la marque contestée serait sensiblement plus longue que la marque antérieure, ce qui aurait, selon la requérante, une incidence majeure sur la perception du public pertinent.
60 Ensuite, la requérante soutient que la marque contestée ne comprend pas la marque antérieure, mais qu’il s’agit de la transcription exacte du terme « papyrus » lorsqu’il est traduit en anglais depuis le mot grec écrit en caractères latins. Le fait que ces marques aient des lettres communes n’empêcherait pas le public pertinent de percevoir leurs différences, notamment, l’élément verbal « by modus » placé au début du signe et l’élément figuratif qui composent la marque contestée. La requérante soutient à cet égard que le début d’une marque laisse une impression plus forte sur les consommateurs, de sorte que cela viendrait contrebalancer la présence de lettres communes en l’espèce.
61 Enfin, la requérante allègue que la chambre de recours n’a pas apprécié la similitude visuelle des marques en conflit en prenant en considération la marque contestée dans son ensemble.
62 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.
63 Sur le plan visuel, aux points 48 et 49 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que les marques en conflit coïncidaient par les lettres « p », « a », « p », « y », « r » et « s » et qu’elles différaient par les lettres « o » de la marque contestée et « u » de la marque antérieure, ainsi que par l’élément verbal supplémentaire « by modus », l’élément figuratif représentant un rouleau de papyrus stylisé et les autres éléments graphiques de la marque contestée, à savoir la couleur, la police de caractères et la disposition des éléments qui la composent. La chambre de recours a ainsi considéré que les marques en conflit présentaient un degré de similitude moyen sur le plan visuel et a précisé que la marque antérieure était reprise presque à l’identique dans la marque contestée, dans laquelle elle conservait un caractère distinctif indépendant et où elle représentait l’élément auquel les consommateurs accorderaient le plus d’attention.
64 À cet égard, il convient de relever que la marque antérieure est composée du mot « papyrus », comprenant sept lettres, alors que la marque contestée est composée de l’élément verbal « papyros » comportant sept lettres bleues, de l’élément verbal composé de deux mots « by » et « Modus » comportant également sept lettres bleues ainsi que d’un élément figuratif rouge représentant un rouleau de papyrus stylisé.
65 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, conformément à la jurisprudence, lorsqu’une marque figurative comportant des éléments verbaux est comparée, sur le plan visuel, à une marque verbale, les marques sont jugées similaires sur ce plan si elles ont en commun un nombre significatif de lettres dans la même position et si l’élément verbal du signe figuratif n’est pas hautement stylisé, nonobstant la représentation graphique des lettres dans des polices de caractères différentes, en italiques ou en caractères gras, en minuscules ou en majuscules, ou encore en couleur [voir arrêt du 17 mai 2023, Panicongelados-Massas Congeladas/EUIPO – Seder (panidor), T‑480/22, non publié, EU:T:2023:266, point 39 et jurisprudence citée].
66 En l’espèce, il convient de relever que les termes « papyrus » et « papyros » coïncident dans la quasi-totalité des lettres qui les composent, à l’exception des lettres « o » et « u ». De plus, les lettres qui coïncident apparaissent dans le même ordre dans les deux marques, ce qui revêt une certaine importance dans l’appréciation du degré de similitude entre les marques en conflit. Force est en effet de constater que l’élément verbal « papyros » présent dans la marque contestée est presque identique à la marque antérieure PAPYRUS, de sorte que les marques en conflit revêtent une similitude évidente quant à ces éléments. Il convient également d’ajouter que l’élément verbal « papyros » de la marque contestée est l’élément dominant de cette marque, de sorte qu’il s’agit de l’élément qui attire le plus l’attention du public pertinent, ainsi que cela ressort du point 56 ci-dessus.
67 Cela étant, force est de constater que la marque contestée se compose également d’un élément figuratif qui doit être pris en considération s’agissant de l’impression visuelle de la marque contestée pour le public pertinent.
68 Dans le même sens, les marques en conflit sont de longueur différente, à savoir respectivement sept et quatorze lettres, en raison de la présence dans la marque contestée de l’élément verbal « by modus », qui dispose, ainsi que cela ressort du point 56 ci-dessus, d’une incidence secondaire sur l’impression d’ensemble créée par ladite marque.
69 Il résulte de ce qui précède que c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré que le niveau de similitude visuelle entre les marques en conflit était moyen.
– Sur la comparaison phonétique
70 La requérante estime que l’élément verbal « by modus » a une incidence significative sur la sonorité globale de la prononciation des marques. En effet, la marque antérieure PAPYRUS ne comporterait que trois syllabes, alors que la marque contestée papyros by modus en comprendrait sept, de sorte qu’il existerait des différences phonétiques importantes et que les marques en conflit ne présenteraient qu’un faible degré de similitude sur le plan phonétique.
71 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.
72 Sur le plan phonétique, au point 50 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que les marques en conflit présentaient un degré de similitude, en substance, élevé. En ce sens, la prononciation de la marque antérieure et celle de l’élément verbal « papyros » dans la marque contestée seraient très similaires car, d’une part, les lettres « p », « a », « p », « y », « r » et « s » seraient prononcées de manière identique et, d’autre part, les lettres « o » et « u », qui diffèrent entre les marques en conflit, auraient un son similaire. S’agissant de l’élément verbal « by modus » de la marque contestée, la chambre de recours a considéré, en substance, que, en raison de son rôle secondaire sur le plan visuel, cet élément qui n’a pas d’équivalent dans la marque antérieure n’avait qu’une incidence limitée sur le plan phonétique.
73 À titre liminaire, il convient de relever que la requérante reconnaît elle-même que la prononciation du mot « papyrus », qui constitue la marque antérieure, et celle de l’élément verbal « papyros », présent dans la marque contestée, sont identiques.
74 En outre, selon la jurisprudence, lorsqu’un signe complexe se compose de plusieurs éléments verbaux, il n’est pas exclu que certains d’entre eux soient susceptibles, par exemple à cause de leur taille, de leur couleur ou de leur position, d’attirer davantage l’attention du consommateur, de sorte que ce dernier, devant indiquer oralement le signe, sera amené à prononcer uniquement ces éléments et à négliger les autres. L’impression visuelle induite par les particularités graphiques des éléments verbaux d’un signe complexe est donc susceptible d’influencer la représentation sonore du signe [voir, en ce sens, arrêt du 25 mai 2005, Creative Technology/OHMI – Vila Ortiz (PC WORKS), T‑352/02, EU:T:2005:176, point 44].
75 Par ailleurs, il convient de relever que les consommateurs ont une tendance naturelle à abréger les signes longs et à ne pas prononcer l’ensemble des éléments verbaux les composant [voir, en ce sens, arrêt du 2 février 2022, Canisius/EUIPO – Beiersdorf (CCLABELLE VIENNA), T‑694/20, non publié, EU:T:2022:45, point 76 et jurisprudence citée].
76 Or, il ressort du point 56 ci-dessus que l’élément verbal « by modus » occupe une place secondaire dans l’impression d’ensemble produite par la marque contestée, de sorte qu’il est probable que cet élément ne soit pas prononcé par une partie significative du public pertinent, qui ne prononcera que le premier mot que la marque contestée comporte, à savoir « papyros ».
77 Il découle de ce qui précède que, à tout le moins pour une partie significative du public pertinent, les marques en conflit sont similaires à un degré élevé sur le plan phonétique.
– Sur la comparaison conceptuelle
78 La requérante fait valoir, d’une part, que la décision attaquée ne tient pas compte de la différence créée par l’élément verbal « by modus », lequel ne jouerait pas un rôle secondaire mais spécifierait l’entreprise qui fournit les produits et les services. Cette référence à une entreprise donnée exclurait d’emblée le risque de confusion. D’autre part, la requérante soutient que l’élément commun aux marques en conflit, à savoir l’élément « papyrus », serait faiblement distinctif, de sorte que celui-ci aurait un rôle limité dans leur comparaison conceptuelle. Ce facteur, combiné au caractère inhabituel de l’élément « papyros » en langue anglaise et à l’élément verbal « by modus », conduirait à un faible degré de similitude conceptuelle.
79 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.
80 Au point 51 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que les marques en conflit présentaient un degré élevé de similitude sur le plan conceptuel car elles faisaient, toutes deux, référence à la plante nommée papyrus ou au matériel d’écriture qui en est issu. Elle a ajouté que l’élément verbal « by modus » ne modifiait pas le concept véhiculé par la marque contestée dans la mesure où il ne formait pas d’unité conceptuelle avec l’élément verbal « papyros ». En ce sens, l’élément « by modus » serait plutôt perçu comme un nom commercial indiquant l’entreprise ou le nom de la personne qui produit ou propose les produits et les services en cause.
81 En l’espèce, il convient de relever que, dans la marque contestée, l’élément verbal « papyros » sera compris comme faisant référence au mot « papyrus », qui désigne une plante ou un matériel d’écriture issu de celle-ci (voir point 51 ci-dessus). Par conséquent, cet élément ne peut pas être considéré comme étant faiblement distinctif, contrairement à ce que soutient la requérante, car il ne décrit aucune caractéristique des produits et des services en cause.
82 De plus, l’élément figuratif de la marque contestée représente un papyrus stylisé, de sorte qu’il renforce de manière claire la signification de la marque contestée comme faisant référence au mot « papyrus » écrit sur la droite dudit élément, de sorte qu’en lisant de gauche à droite, le consommateur verra d’abord la représentation graphique d’un papyrus, puis sa représentation verbale, chacune de ces représentations renforçant l’autre.
83 S’agissant de l’élément verbal « by modus », celui-ci sera compris comme une référence à un nom commercial, ainsi que cela a été constaté à juste titre par la chambre de recours au point 51 de la décision attaquée. Or, cette constatation n’est pas de nature à affecter la signification de l’élément verbal « papyros » et de l’élément figuratif qui composent la marque contestée, qui se rapporte au mot « papyrus ». Même si l’expression « by modus » peut être perçue comme faisant référence au fournisseur des produits et services en cause, le concept véhiculé par la marque contestée est, en tout état de cause, celui véhiculé par le mot « papyrus », et ce que les produits et services en cause soient fournis par une entreprise identifiée ou non. Ainsi, l’élément verbal « by modus » n’est pas de nature à donner une impression conceptuelle de la marque contestée différente de la marque antérieure, celle-ci étant, pour rappel, uniquement composée du mot « papyrus » et s’y rapportant donc explicitement d’un point de vue conceptuel.
84 Eu égard à ce qui précède, les marques en conflit sont similaires à un degré élevé sur le plan conceptuel.
Sur le caractère distinctif de la marque antérieure
85 La requérante fait valoir que le terme « papyrus », qui compose la marque antérieure, possède une signification descriptive claire et devrait être considéré comme non distinctif lorsqu’il est en relation avec les produits et les services en cause. À cet égard, la requérante soutient qu’un nombre élevé de marques de l’Union européenne ou d’enregistrements internationaux désignant l’Union consistent en des marques contenant l’élément « papyrus » pour des produits et des services relevant des classes 9 et 42. Elle précise que la présence de cet élément est effective sur le marché des produits et des services en cause et qu’elle ne se limite pas à des registres ou des bases de données.
86 L’EUIPO et l’intervenante contestent cette argumentation.
87 Il convient de rappeler que le degré du caractère distinctif de la marque antérieure, qui détermine l’étendue de la protection conférée par celle-ci, figure parmi les facteurs pertinents pour l’appréciation de l’existence d’un risque de confusion. Plus le caractère distinctif de la marque antérieure est important, plus le risque de confusion est élevé. Cela étant, l’existence d’un risque de confusion n’est pas exclue lorsque le caractère distinctif de la marque antérieure est faible (voir arrêt du 5 mars 2020, Foundation for the Protection of the Traditional Cheese of Cyprus named Halloumi/EUIPO, C‑766/18 P, EU:C:2020:170, point 70 et jurisprudence citée).
88 Au point 52 de la décision attaquée, la chambre de recours a retenu que la marque antérieure jouissait d’un caractère distinctif normal, dès lors que le terme « papyrus » qui la compose ne serait ni descriptif ni allusif car il n’existerait pas de lien direct et immédiat entre, d’une part, la signification dudit terme, et d’autre part, les produits et les services en cause. La chambre de recours a estimé que la requérante n’avait pas expliqué quelles caractéristiques des produits et des services en cause pourraient être décrites par le terme « papyrus » ni de quelle manière celui-ci pourrait faire allusion à ces caractéristiques.
89 À cet égard, il convient de constater que la requérante n’a apporté aucun élément de nature à démontrer que les caractéristiques des produits couverts par la marque antérieure, à savoir des appareils de traitement de données et des ordinateurs, pouvaient être décrites par référence au mot « papyrus » ni que celui-ci pouvait, d’une quelconque manière, faire allusion à ces caractéristiques. Dès lors, cet argument doit être rejeté.
90 Par ailleurs, s’agissant de l’argument selon lequel de nombreuses marques, effectivement présentes sur le marché des produits et des services en cause, contiendraient l’élément « papyrus », il y a lieu de relever ce qui suit.
91 Le facteur pertinent aux fins de contester le caractère distinctif d’un élément consiste dans sa présence effective sur le marché et non dans des registres ou des bases de données [voir arrêt du 20 juin 2019, Nonnemacher/EUIPO – Ingram (WKU), T‑389/18, non publié, EU:T:2019:438, point 83 et jurisprudence citée].
92 En l’espèce, la requérante s’est bornée à produire, d’une part, une base de données relatives aux marques contenant le mot « papyrus » et, d’autre part, des extraits de sites Internet faisant référence à des marques qui n’ont pas pour territoire pertinent l’Union, de sorte que ces éléments ne sauraient constituer une preuve de la présence effective et répandue du terme « papyrus » sur le marché pertinent. Seul un élément de preuve soumis par la requérante devant les instances de l’EUIPO, ainsi que devant le Tribunal, se rapporte au territoire de l’Union. Or, même à supposer que celui-ci se réfère à une marque et non à une dénomination sociale, cela ne suffit pas à établir que l’élément « papyrus » présenterait un caractère répandu sur le marché pertinent.
93 Partant, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré que la marque antérieure possédait un caractère distinctif intrinsèque moyen.
Sur le risque de confusion
94 La requérante soutient que la chambre de recours s’est fondée, à tort, sur une comparaison directe des marques en conflit. La chambre de recours n’aurait, dès lors, pas pris en considération le caractère faiblement distinctif de l’élément commun « papyrus », ainsi que la présence d’éléments dominants et distinctifs, à savoir l’élément figuratif et l’élément verbal « by modus ». Selon la requérante, les marques en conflit produiraient des impressions d’ensemble différentes et, en raison de l’utilisation fréquente de l’élément « papyrus » sur le marché, les produits et les services en cause ne seraient pas présumés provenir de la même entreprise ou d’entreprises économiquement liées. La requérante réitère ses arguments quant à la comparaison des produits et des services, ainsi que ceux relatifs à la comparaison des marques en conflit et estime qu’il existe des motifs suffisants pour exclure l’existence d’un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent.
95 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.
96 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].
97 En l’espèce, au point 55 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que, compte tenu du degré moyen de similitude visuelle, du degré de similitude phonétique supérieur à la moyenne, du degré élevé de similitude conceptuelle des marques en conflit, ainsi que du degré de similitude à tout le moins faible des produits et services en cause, et du caractère distinctif normal de la marque antérieure, il existait un risque de confusion, même pour les professionnels dont le niveau d’attention est accru. La chambre de recours a ajouté, d’une part, que les coïncidences entre les marques en conflit ne se limitaient pas à des éléments non ou faiblement distinctifs, au contraire la marque antérieure étant reprise presque à l’identique dans la marque contestée. D’autre part, elle a considéré, au point 56 de la décision attaquée, que la requérante n’avait pas prouvé que les marques en conflit coexistaient paisiblement.
98 En l’espèce, il convient de tenir compte du degré de similitude moyen entre les produits de la marque contestée relevant de la classe 9 et les produits couverts par la marque antérieure relevant de la même classe (voir points 27 et 36 ci-dessus), du degré de similitude à tout le moins faible entre les services visés par la marque contestée relevant de la classe 42 et les produits de la marque antérieure (voir point 28 et 36 ci-dessus), du degré moyen de similitude sur le plan visuel des marques en conflit (voir point 69 ci-dessus), de leur degré de similitude élevé sur les plans phonétique et conceptuel (voir points 77 et 84 ci-dessus) ainsi que du caractère distinctif intrinsèque moyen de la marque antérieure (voir point 93 ci-dessus).
99 Dans la mesure où le consommateur garde en mémoire une image imparfaite des marques, il est très probable que, eu égard à la position et la signification de l’élément « papyros », ainsi qu’à la présence de l’élément figuratif se rapportant à cet élément, le public pertinent, même s’il fait preuve d’un niveau d’attention élevé lors de l’achat des produits et des services en cause, puisse être amené à croire que ces derniers proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement.
100 En effet, le principe jurisprudentiel selon lequel le consommateur n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différentes marques en cause, mais doit se fier à l’image imparfaite de celles-ci qu’il garde en mémoire est également applicable à un public faisant preuve d’un degré d’attention élevé [voir, en ce sens, arrêts du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 26 ; du 16 décembre 2010, Longevity Health Products/OHMI – Gruppo Lepetit (RESVEROL), T‑363/09, non publié, EU:T:2010:538, point 33, et du 20 février 2018, Kwang Yang Motor/EUIPO – Schmidt (CK1), T‑45/17, non publié, EU:T:2018:85, point 57].
101 Partant, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré qu’il existait un risque de confusion, conformément à la jurisprudence citée au point 96 ci-dessus, de sorte qu’il convient de rejeter l’argumentation de la requérante comme étant non fondée.
102 C’est donc à bon droit que la chambre de recours a prononcé la nullité de la marque contestée à l’égard de tous les produits et services qu’elle désignait.
103 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, le moyen unique de la requérante ne devant pas être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
104 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
105 Dès lors que la requérante a succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante au cours de la présente procédure, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation à une audience, il convient, en l’absence d’une telle convocation, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (première chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Modus AE supportera, outre ses propres dépens, ceux exposés par ISIS Papyrus Europe AG.
3) L’EUIPO supportera ses propres dépens.
| Buttigieg | Schwarcz | Kancheva |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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