Jurisprudence CJUE62025TJ0678

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 2 septembre 2026.#Jaime García Ávila contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne tridimensionnelle – Forme d’une bouteille bleue comportant des éléments verbaux – Marque nationale figurative antérieure 1890 ESPECIAL EXÓTICA GIN PREMIUM – Cause de nullité absolue – Absence de mauvaise foi – Article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Cause de nullité relative – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.#Affaire T-678/25.

CELEX62025TJ0678
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 2 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

2 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne tridimensionnelle – Forme d’une bouteille bleue comportant des éléments verbaux – Marque nationale figurative antérieure 1890 ESPECIAL EXÓTICA GIN PREMIUM – Cause de nullité absolue – Absence de mauvaise foi – Article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Cause de nullité relative – Absence de risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑678/25,

Jaime García Ávila, demeurant à Constantina (Espagne), représenté par Mes C. Casas Feu et M. González Rodríguez, avocates,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. J. Ivanauskas, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Rives Distillery, SA, établie à El Puerto de Santa María (Espagne), représentée par Me A. Méndez Rebollal, avocat,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de Mme N. Półtorak, présidente, MM. J. Martín y Pérez de Nanclares (rapporteur) et I. Dimitrakopoulos, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, M. Jaime García Ávila, demande l’annulation et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 4 août 2025 (affaire R 1124/2024‑1) (ci-après la « décision attaquée »).

I. Antécédents du litige

2 Le 13 mars 2023, le requérant a présenté à l’EUIPO une demande en nullité de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée le 26 janvier 2021, à la suite d’une demande déposée le 8 octobre 2020, pour le signe tridimensionnel suivant, comportant des éléments verbaux :

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3 Les produits couverts par la marque contestée pour lesquels la nullité était demandée relevaient de la classe 33 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient à la description suivante : « Boissons alcoolisées à l’exception des bières ; spiritueux ; genièvre [eau-de-vie] ; cocktails ; préparations pour faire des boissons alcoolisées ».

4 La demande en nullité, portant sur l’ensemble des produits couverts par la marque contestée, était fondée sur la marque espagnole figurative antérieure suivante :

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5 Le produit désigné par la marque antérieure relève de la classe 33 et correspond à la description suivante : « Genièvre [eau-de-vie] ».

6 Les causes invoquées à l’appui de la demande en nullité étaient celles visées à l’article 59, paragraphe 1, sous b), et à l’article 60, paragraphe 1, sous a), lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 1, sous a) et b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).

7 Le 19 avril 2024, la division d’annulation a rejeté la demande en nullité.

8 Le 31 mai 2024, le requérant a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation.

9 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours dans son intégralité. En substance, elle a considéré, en premier lieu, s’agissant des causes de nullité relatives visées à l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 1, sous a) et b), de ce règlement, que, d’une part, les signes en conflit n’étant pas identiques, l’une des conditions nécessaires à l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous a), dudit règlement n’était pas remplie. Tout en ayant relevé que les produits visés par les marques en conflit étaient en partie identiques et en partie similaires, que la marque antérieure avait acquis un caractère distinctif moyen par l’usage intensif qui en avait été fait sur le territoire pertinent, à savoir l’Espagne, et que les signes en conflit étaient similaires à un faible degré, la chambre de recours a constaté, d’autre part, qu’il n’y avait pas de risque de confusion, au titre de l’article 8, paragraphe 1, sous b), dudit règlement. À cet égard, elle a considéré, dans le cadre d’une appréciation globale, que la similitude des signes en conflit résultait de la coïncidence de leur élément commun faiblement distinctif « exótica », revêtant un caractère secondaire au sein de la marque contestée, laquelle se différenciait par d’autres éléments plus distinctifs et, en particulier, l’élément « rives », de sorte que le public pertinent, composé du grand public et des professionnels faisant preuve d’un niveau d’attention moyen, serait en mesure de distinguer lesdits signes et ne leur attribuerait pas la même origine commerciale.

10 La chambre de recours a considéré, en second lieu, s’agissant de la cause de nullité absolue visée à l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, que, au vu des litiges ayant opposé les parties au niveau national, de la proximité de leurs lieux d’établissement respectifs, de la taille, de l’expérience et de la renommée de l’intervenante dans le secteur des boissons alcoolisées ainsi que du caractère distinctif à un degré moyen acquis par l’usage de la marque antérieure qui en avait été fait en Espagne, il était peu probable que l’intervenante n’ait pas eu connaissance de l’usage de la marque antérieure. Néanmoins, elle a conclu, à l’instar de la division d’annulation, que le dépôt de la marque contestée s’inscrivait dans une logique commerciale d’expansion de la gamme de produits de l’intervenante, qui détenait déjà des marques similaires prioritaires par rapport à la marque antérieure et comportant le terme « exótica », de sorte que l’existence d’une intention malhonnête de la part de l’intervenante et, partant, d’une mauvaise foi, n’avait pas été établie.

II. Conclusions des parties

11 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– déclarer la nullité de la marque contestée ;

– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.

12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner le requérant aux dépens dans l’hypothèse où une audience serait organisée.

13 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner le requérant aux dépens.

III. En droit

A. Sur les éléments de preuve produits pour la première fois devant le Tribunal

14 L’EUIPO excipe de l’irrecevabilité de l’annexe A.5, d’une partie de l’annexe A.6 et des annexes A.7 à A.11 de la requête, au motif que celles-ci ont été produites pour la première fois devant le Tribunal. L’intervenante soutient que les annexes A.5 à A.9 sont irrecevables et, en tout état de cause, dépourvues de pertinence.

15 Selon le requérant, les annexes A.5 à A.9 de la requête visent à établir que, grâce aux investissements et aux campagnes publicitaires réalisés depuis son enregistrement, la marque antérieure a acquis une notoriété dans le secteur des « genièvres », du fait de la durée et de l’intensité de son utilisation sous la forme 1890 Exótica ou simplement Exótica, de sorte que le terme « exótica », en particulier, possède un caractère distinctif suffisant. Par ailleurs, l’annexe A.10 de la requête, qui contient des informations extraites du site Internet Wikipédia sur l’origine du genièvre et ses caractéristiques, viserait à démontrer que le genièvre n’est pas originaire de pays lointains ou tropicaux, mais des Pays-Bas et qu’il constitue une boisson traditionnelle, notamment, au Royaume-Uni. Enfin, l’annexe A.11 de la requête, comportant des captures d’écran issues de recherches sur Internet, a été produite au soutien des arguments liés aux pratiques prétendument déloyales de l’intervenante, qui commercialiserait son genièvre sous le nom Rives Exótica, en se rapprochant de la marque antérieure, afin d’atténuer le caractère distinctif de cette dernière sur le marché.

16 En l’espèce, l’annexe A.5, les pages 70 à 84 de l’annexe A.6 et les annexes A.7 à A.11 de la requête ont été produites pour la première fois devant le Tribunal. Or, le recours devant le Tribunal vise au contrôle de la légalité des décisions des chambres de recours de l’EUIPO au sens de l’article 72 du règlement 2017/1001, de sorte que la fonction du Tribunal n’est pas de réexaminer les circonstances de fait à la lumière des documents présentés pour la première fois devant lui. En outre, lesdits documents concernent des éléments de fait qu’il appartenait aux parties de fournir devant l’EUIPO.

17 Au vu de ce qui précède, il convient d’écarter les documents susvisés comme irrecevables sans qu’il soit nécessaire d’examiner leur force probante [voir arrêt du 5 mars 2025, Kapitan Navi Elżbieta Stramek i Waldemar Karpiński/EUIPO – Homann Feinkost (Matjeshappen nach « Kolberger Art »), T‑90/24, non publié, EU:T:2025:210, point 17 et jurisprudence citée].

B. Sur les moyens du recours

18 À l’appui du recours, le requérant soulève formellement trois moyens, tirés, le premier, du caractère distinctif de la marque antérieure, le deuxième, du risque de confusion ou, à tout le moins, d’association entre les marques en conflit et, le troisième, de la mauvaise foi de l’intervenante.

19 Dans la mesure où, par le premier moyen, le requérant soutient que la marque antérieure est connue sur le marché sous le nom 1890 Exótica, dont les termes « 1890 » et « Exótica » constitueraient les éléments dominants et distinctifs, il y a lieu de considérer que ce moyen a trait à la comparaison des signes effectuée par la chambre de recours sur le fondement de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et, partant, à l’existence d’un risque de confusion. Ainsi, le requérant entend invoquer, en substance, deux moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 1, sous b), dudit règlement, et, le second, de la violation de l’article 59, paragraphe 1, sous b), du même règlement.

1. Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 1, sous b), dudit règlement

20 Le requérant fait valoir que la décision attaquée doit être annulée, en ce que, en dépit des similitudes entre les signes en conflit et de l’identité ou de la similitude « manifestes » entre les produits visés, la chambre de recours a écarté l’existence d’un risque de confusion entre les marques en conflit.

21 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments du requérant.

22 Il y a lieu de rappeler que, en vertu des dispositions combinées de l’article 60, paragraphe 1, sous a), et de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, une marque de l’Union européenne est déclarée nulle lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire dans lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

23 Par ailleurs, en vertu de l’article 8, paragraphe 2, sous a), ii), du règlement 2017/1001, il convient d’entendre par marques antérieures les marques enregistrées dans un État membre dont la date de dépôt est antérieure à celle de la demande de marque de l’Union européenne.

24 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

25 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

26 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’apprécier si la chambre de recours a conclu, à juste titre, à l’absence de risque de confusion.

a) Sur la définition du public pertinent

27 En l’espèce, s’agissant de la définition du public pertinent, il n’y a pas lieu de remettre en cause les constatations de la chambre de recours, au demeurant non contestées par les parties et exemptes d’erreur. D’une part, la chambre de recours a considéré que, les produits compris dans la classe 33 – à l’exception des « préparations pour faire des boissons alcoolisées » visées par la marque contestée, qui s’adressaient tant au grand public qu’aux professionnels, ces derniers disposant d’un niveau d’attention supérieur à la moyenne – relèvent de la catégorie des « boissons alcoolisées à l’exception des bières », qui sont des produits de consommation courante et s’adressent au grand public, faisant preuve d’un niveau d’attention moyen. D’autre part, la marque antérieure étant une marque espagnole, la chambre de recours a considéré, à juste titre, qu’il convenait de tenir compte de la perception du grand public en Espagne. Par ailleurs, la chambre de recours a estimé, à bon droit, qu’aux fins de l’appréciation de l’existence d’un risque de confusion, il convenait de se fonder sur le public ayant le niveau d’attention le moins élevé, à savoir celui du consommateur moyen raisonnablement attentif et avisé, qui serait le plus susceptible de confondre les signes en conflit.

b) Sur la comparaison des produits

28 S’agissant de la comparaison des produits en cause, il y a lieu de relever que tant le requérant que l’EUIPO se rallient à l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle, premièrement, le produit « genièvre [eau-de-vie] » de la marque antérieure relevant de la catégorie plus large visée par la marque contestée des « boissons alcoolisées à l’exception des bières ; spiritueux », il est identique à celles-ci, et, deuxièmement, les « cocktails », d’une part, en tant que produits concurrents, et les « préparations pour faire des boissons alcoolisées », d’autre part, en tant que produits complémentaires et concurrents, ayant la même finalité, sont similaires au produit visé par la marque antérieure.

29 En revanche, l’intervenante conteste l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle les « cocktails » et les « préparations pour faire des boissons alcoolisées » seraient similaires au genièvre. En particulier, elle fait valoir que les « cocktails », qui sont élaborés sur commande à un moment déterminé, à la différence du genièvre qui est un produit fini, n’ont ni la même nature ni la même destination et qu’il n’a pas été prouvé que les cocktails à base de genièvre, comme le gin-tonic ou le gin fizz, étaient vendus en magasin. De plus, elle estime que les « préparations destinées à élaborer ou à mélanger des boissons alcoolisées » sont différentes du genièvre au regard de leur nature, de leur méthode d’utilisation, de leurs canaux de distribution, de leur destination ou de leur finalité et que, contrairement à ce qu’a constaté la chambre de recours, ils ne présentent pas de lien fonctionnel et commercial étroit entre eux.

30 À cet égard, la chambre de recours a admis que, certes, les produits visés par la marque contestée, tels que les « boissons alcoolisées à l’exception des bières ; spiritueux », les « cocktails » et les « préparations pour faire des boissons alcoolisées » étaient différents à certains égards du genièvre. Néanmoins, elle a constaté, s’agissant des premiers, qu’ils relevaient d’une catégorie de produits plus générale dans laquelle était inclus le genièvre, lequel avait été, au demeurant, défini par le législateur, à l’article 2 du règlement (UE) 2019/787 du Parlement européen et du Conseil, du 17 avril 2019, concernant la définition, la désignation, la présentation et l’étiquetage des boissons spiritueuses, l’utilisation des noms de boissons spiritueuses dans la présentation et l’étiquetage d’autres denrées alimentaires, la protection des indications géographiques relatives aux boissons spiritueuses, ainsi que l’utilisation de l’alcool éthylique et des distillats d’origine agricole dans les boissons alcoolisées, et abrogeant le règlement (CE) no 110/2008 (JO 2019, L 130, p. 1), ainsi qu’au point 20 de l’annexe I du même règlement, en tant que boisson spiritueuse. S’agissant des « cocktails », la chambre de recours a considéré que, bien qu’il ne s’agît pas des mêmes produits, ils présentaient des similitudes au regard de leur finalité, puisqu’ils pouvaient s’adresser aux mêmes consommateurs de cocktails à base de genièvre et qu’il pouvait s’agir de produits concurrents, disponibles dans les mêmes canaux de distribution, tels que les magasins de boissons, les restaurants ou les bars. S’agissant des « préparations pour faire des boissons alcoolisées », qui se présentent sous différentes formes, telles que des essences alcooliques, des extraits liquides concentrés de substances aromatiques ou alcooliques et des bitters, la chambre de recours a estimé, en se fondant sur sa pratique décisionnelle antérieure, qu’elles étaient similaires au produit visé par la marque antérieure au regard de leur utilisation en tant qu’ingrédients ou composés destinés à être mélangés aux boissons alcoolisées, et donc au genièvre, ou à être consommés directement, comme le genièvre, ainsi que de leur destination, à savoir l’obtention de boissons alcoolisées pour la consommation humaine, et de leurs canaux de distribution, qui étaient identiques. Elle a donc constaté à bon droit qu’il existait un lien fonctionnel et commercial entre les deux produits, que ceux-ci remplissaient une fonction auxiliaire ou complémentaire dans la création de boissons alcoolisées, voire qu’ils présentaient un caractère substituable et qu’ils étaient des produits concurrents, de sorte qu’ils présentaient un degré moyen de similitude avec le genièvre.

31 En effet, s’agissant de l’argument de l’intervenante selon lequel la circonstance que les « préparations pour faire des boissons alcoolisées » seraient destinées à obtenir des boissons alcoolisées pour la consommation humaine ne permet pas d’affirmer que ces préparations partagent la même finalité que le genièvre, il suffit de rappeler que, ainsi que l’a relevé la chambre de recours, leur destination coïncide avec celle du genièvre en ce qu’elles s’adressent au même public cible que celui-ci, à savoir les professionnels et le grand public, qui peut acheter ces produits pour préparer des cocktails à titre privé, et que les canaux de distribution sont les mêmes, ces produits se trouvant dans les mêmes points de vente [voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 28 avril 2021, West End Drinks/EUIPO – Pernod Ricard (The King of SOHO), T‑31/20, non publié, EU:T:2021:217, point 68 et jurisprudence citée]. De plus, la vocation de ces produits étant précisément d’être mélangés à des boissons alcoolisées et, notamment, au genièvre, il ne saurait être contesté qu’ils présentent un lien étroit, et donc qu’il existe un rapport de complémentarité entre eux.

32 Par conséquent, il y a lieu de constater que la chambre de recours a estimé, à bon droit, que les produits visés par les marques en conflit étaient en partie identiques et en partie similaires.

c) Sur la comparaison des signes en conflit

33 S’agissant de la comparaison des signes en conflit, le requérant soutient, en substance, que la circonstance que l’élément le plus distinctif et dominant de la marque antérieure, à savoir l’élément verbal « exótica », ait été incorporé dans la marque contestée, au même emplacement central, est de nature à engendrer une similitude sur les plans visuel, phonétique et conceptuel et à susciter un risque de confusion ou, à tout le moins, d’association entre les marques en conflit dans l’esprit du public pertinent.

34 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments du requérant.

35 En l’espèce, la chambre de recours a constaté, après avoir identifié les éléments dominants et distinctifs des signes en conflit comme étant les éléments « 1890 » et « exótica », pour la marque antérieure, et l’élément « rives », pour la marque contestée, qu’ils étaient similaires à un très faible degré sur le plan visuel et à un faible degré sur les plans phonétique et conceptuel.

36 Il convient de rappeler, à cet égard, que, selon la jurisprudence, deux marques sont similaires lorsque, du point de vue du public pertinent, il existe entre elles une égalité au moins partielle en ce qui concerne un ou plusieurs aspects pertinents, à savoir les aspects visuel, phonétique et conceptuel [arrêts du 23 octobre 2002, Matratzen Concord/OHMI – Hukla Germany (MATRATZEN), T‑6/01, EU:T:2002:261, point 30, et du 10 septembre 2008, Boston Scientific/OHMI – Terumo (CAPIO), T‑325/06, non publié, EU:T:2008:338, point 89].

37 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

38 Ainsi, l’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 41 et jurisprudence citée). Ce n’est que si tous les autres composants de la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant (arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 42). Tel pourrait notamment être le cas lorsque ce composant est susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque sont négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci (arrêt du 20 septembre 2007, Nestlé/OHMI, C‑193/06 P, non publié, EU:C:2007:539, point 43).

39 Par suite, il convient d’examiner la légalité de la décision attaquée en ce qu’elle porte sur la comparaison des signes en conflit effectuée par la chambre de recours, contestée par le requérant, en se penchant, dans un premier temps, sur l’appréciation des éléments distinctifs et dominants desdits signes.

1) Sur les éléments distinctifs et dominants des signes en conflit

40 Selon la jurisprudence, afin d’apprécier le caractère distinctif d’un élément d’une marque, il y a lieu d’examiner l’aptitude plus ou moins grande de cet élément à contribuer à identifier les produits pour lesquels la marque a été enregistrée comme provenant d’une entreprise déterminée, et donc à distinguer ces produits de ceux d’autres entreprises. Lors de cette appréciation, il convient de prendre en considération, notamment, les qualités intrinsèques de l’élément en cause au regard de la question de savoir si celui-ci est ou non dénué de tout caractère descriptif des produits pour lesquels la marque a été enregistrée [voir arrêt du 3 septembre 2010, Companhia Muller de Bebidas/OHMI – Missiato Industria e Comercio (61 A NOSSA ALEGRIA), T‑472/08, EU:T:2010:347, point 47 et jurisprudence citée].

41 Plus particulièrement, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers sont, en principe, plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence au produit en cause en citant le nom qu’en décrivant l’élément figuratif de la marque [voir arrêt du 20 septembre 2019, The Logistical Approach/EUIPO – Idea Groupe (Idealogistic Compass Greatest care in getting it there), T‑716/18, EU:T:2019:642, point 48 (non publié) et jurisprudence citée].

42 Quant à l’appréciation du caractère dominant d’un ou de plusieurs composants déterminés d’une marque complexe, il convient de prendre en compte, notamment, les qualités intrinsèques de chacun de ces composants en les comparant à celles des autres composants. En outre, et de manière accessoire, peut être prise en compte la position relative des différents composants dans la configuration de la marque complexe [arrêts du 23 octobre 2002, MATRATZEN, T‑6/01, EU:T:2002:261, point 35, et du 8 février 2007, Quelle/OHMI – Nars Cosmetics (NARS), T‑88/05, non publié, EU:T:2007:45, point 58].

43 En l’espèce, s’agissant de la marque contestée, la chambre de recours a tout d’abord relevé que celle-ci était une marque tridimensionnelle, composée d’une bouteille en verre bleu avec une finition métallique brillante et un bouchon en métal argenté avec des bandes horizontales décoratives, sur laquelle étaient apposées deux étiquettes rectangulaires à fond blanc avec une bordure argentée, qui contenaient à la fois des éléments figuratifs et des éléments verbaux, l’étiquette du haut étant plus grande que celle du bas. Par ailleurs, elle a précisé que, sur l’étiquette supérieure, figurait l’élément verbal « rives », en lettres majuscules de grande taille et de couleur bleue, suivi, sur une ligne inférieure, des termes « sweet spirit » et « exótica », également inscrits en lettres majuscules de couleur bleue, mais dans une police de caractères moins stylisée et de plus petite taille. Entre ces deux derniers éléments verbaux étaient disposés, sur une ligne horizontale, quatre éléments figuratifs représentant des fruits ou des ingrédients botaniques (probablement des fruits rouges, des agrumes et/ou des épices), dans une teinte bleue plus claire.

44 La chambre de recours a ensuite relevé que, le dernier élément verbal figurant sur la plus grande étiquette, « exótica », eu égard à sa définition issue du dictionnaire de l’Académie royale espagnole, à savoir « étranger ou provenant d’un pays ou d’un lieu lointain et perçu comme très différent du sien » ou « étrange, choquant, extravagant », ferait allusion, dans l’esprit du public pertinent, à des ingrédients uniques ou à un goût inhabituel et sortant de l’ordinaire, d’inspiration tropicale ou s’inspirant de cultures éloignées. Ainsi, son caractère distinctif serait faible par rapport aux produits revendiqués.

45 La chambre de recours a enfin constaté, sans que cela soit contesté par le requérant, que les autres éléments verbaux figurant sur l’étiquette inférieure et plus petite du signe contesté, à savoir « gin » et « berries & cinnamon infusion », seraient, en principe, compris comme décrivant la nature des produits, leur saveur ou leurs ingrédients, et seraient à ce titre dépourvus de caractère distinctif, au même titre que les autres éléments secondaires « 70 cl » et « 37,5 % vol. », faisant référence, respectivement, au volume et à la teneur alcoolique. Dans l’hypothèse où l’élément « berries & cinnamon » ne serait pas compris par le public hispanophone, il revêtirait un caractère distinctif normal.

46 Ainsi que l’a constaté à bon droit la chambre de recours, les éléments dominants de la marque contestée sont à la fois l’élément verbal « rives », compte tenu de sa taille et de sa position supérieure et centrale sur l’étiquette, en lettres majuscules stylisées, en gras et dans une taille plus grande que les autres éléments verbaux, l’étiquette blanche correspondante et la bouteille bleue. Or, l’élément « rives » n’ayant aucune signification par rapport aux produits visés, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré qu’il possédait un caractère distinctif normal, voire moyen, et qu’il serait perçu comme une indication de l’origine commerciale des produits visés, à la différence de la bouteille bleue, des étiquettes et du bouchon, qui seraient immédiatement perçus comme faisant référence à leur emballage, et non comme une indication de leur origine commerciale.

47 Contrairement à ce que fait valoir le requérant, tel n’est pas le cas de l’élément verbal évocateur et allusif « exótica », compris dans la marque contestée, dont le caractère distinctif est faible, ce que, d’ailleurs, lui-même reconnaît. Par conséquent, c’est à bon droit que la chambre de recours ne l’a pas qualifié de dominant au sein de la marque contestée, au même titre que l’élément « rives ».

48 Quant aux autres éléments composant le signe contesté qui figurent sur l’étiquette la plus grande, à savoir « sweet » et « spirit », de nature secondaire, la chambre de recours a constaté, à juste titre, qu’ils seraient compris par une partie conséquente ou non négligeable du public pertinent comme faisant référence à une boisson spiritueuse sucrée et, partant, décriraient les caractéristiques des produits et qu’ils seraient, à ce titre, dépourvus de tout caractère distinctif. De même, les éléments figuratifs, de plus petite taille, pourraient être perçus comme des icônes faisant référence aux ingrédients et aux caractéristiques des produits visés, de sorte que leur caractère distinctif serait faible, appréciation que le requérant ne remet pas en cause.

49 S’agissant de la marque antérieure, la chambre de recours a relevé que celle-ci comportait à la fois des éléments verbaux en lettres majuscules et des éléments figuratifs disposés verticalement et de manière centrale, en bleu foncé, avec une police de caractères stylisés à un degré normal. Elle a indiqué que, dans la partie supérieure de ladite marque, le nombre 1890, qui pourrait faire référence à une année de production ou au début de l’activité commerciale et dont le caractère distinctif serait donc faible, était représenté dans une police de caractères stylisée de manière à ce que les caractères soient interconnectés et que les chiffres « 8 » et « 0 » se superposent partiellement aux autres. Par ailleurs, en dessous de ce nombre, figuraient quatre éléments verbaux, à savoir le terme « especial », dans une police de caractères plus simple et de taille inférieure, encadré d’une étoile de chaque côté ; dans la partie centrale, le terme « exótica », en lettres majuscules légèrement élargies vers les extrémités, créant ainsi un effet visuel en arc ; puis, le mot « gin », flanqué de deux lignes ornementales incurvées ; et, enfin, dans la partie inférieure, le terme « premium », accompagné de trois étoiles décoratives et symétriques de chaque côté, de différentes tailles.

50 Ainsi que l’a constaté à bon droit la chambre de recours, les éléments « 1890 » et « exótica » constituent, indépendamment de leur faible caractère distinctif, les éléments codominants de la marque antérieure, dans la mesure où ils sont tous les deux susceptibles d’attirer l’attention du public pertinent de manière égale et de contribuer conjointement à l’impression d’ensemble produite par le signe. En effet, les autres éléments verbaux, à savoir « especial » et « premium », possèdent un caractère laudatif, glorifiant une qualité du produit, tandis que l’élément « gin », dont le public est familier, sera compris comme le diminutif du synonyme « genièvre », de sorte qu’ils sont tous dépourvus de caractère distinctif.

51 Le requérant affirme que les éléments caractéristiques et distinctifs de sa marque sont les éléments « 1890 » et « exótica », alors que les autres éléments verbaux, à savoir « especial », « gin » et « premium », sont descriptifs. Toutefois, il estime que la marque contestée sera perçue comme renvoyant à une même origine commerciale, dans la mesure où elle inclut l’un de ces éléments, dont le caractère faiblement distinctif a été reconnu par la chambre de recours.

52 À cet égard, il convient de relever que, ainsi que le soutient l’intervenante, le requérant part d’une prémisse erronée en considérant que la seule présence de l’élément commun « exótica » dans les signes en conflit, du fait du caractère prétendument dominant et distinctif de ce dernier, permettrait d’assimiler cette hypothèse aux situations visées par la jurisprudence ainsi que par la pratique décisionnelle antérieure de l’EUIPO, selon lesquelles la marque antérieure est intégralement reproduite dans la marque contestée, et de constater, sur ce fondement, une similitude sur les plans visuel, phonétique et conceptuel ainsi que, partant, l’existence d’un risque de confusion. Or, il suffit de relever que la marque contestée, composée de neuf éléments verbaux, ne contient que deux des cinq éléments composant la marque antérieure, à savoir les termes « exótica » et « gin », dont le premier est faiblement distinctif et le second descriptif des produits visés.

53 À cet égard, ainsi que cela a été rappelé au point 38 ci-dessus, à moins qu’un élément d’une marque complexe ne soit susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque soient négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci, l’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque.

54 Or, si la chambre de recours a considéré que l’élément commun « exótica » était codominant dans l’impression produite par la marque antérieure, au même titre que l’élément figuratif représentant le nombre 1890 et surplombant ce dernier, cette considération n’est pas valable s’agissant de la marque contestée. En effet, ainsi que cela a été constaté au point 46 ci-dessus, c’est l’élément verbal « rives » qui dominera l’impression d’ensemble.

55 Il y a lieu d’observer, à cet égard, que le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque contestée et à une marque antérieure est l’un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes [voir, en ce sens, arrêt du 26 mars 2015, Royal County of Berkshire Polo Club/OHMI – Lifestyle Equities (Royal County of Berkshire POLO CLUB), T‑581/13, non publié, EU:T:2015:192, point 41 et jurisprudence citée].

56 En effet, les éléments descriptifs, non distinctifs ou faiblement distinctifs d’une marque complexe ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important, qui ont également une faculté plus grande de dominer l’impression d’ensemble produite par cette marque (voir arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 53 et jurisprudence citée).

57 C’est en tenant compte de ces considérations qu’il convient d’apprécier la légalité de la décision attaquée en ce que la chambre de recours a conclu à la faible similitude des signes en conflit.

2) Sur la similitude des signes en conflit

58 Afin d’apprécier le degré de similitude existant entre les marques concernées, il faut déterminer leur degré de similitude visuelle, phonétique et conceptuelle et, le cas échéant, évaluer l’importance qu’il convient d’attacher à ces différents éléments, en tenant compte de la catégorie de produits ou de services en cause et des conditions dans lesquelles ils sont commercialisés (voir, en ce sens, arrêt du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 27).

i) Sur le plan visuel

59 En l’espèce, sur le plan visuel, la chambre de recours a considéré que les signes en conflit présentaient un très faible degré de similitude, dès lors qu’ils coïncidaient uniquement par leurs éléments verbaux « exótica » et « gin », lesquels se différenciaient par leur emplacement, leur stylisation, leurs couleurs et leurs proportions respectives. S’agissant, en particulier, du terme « exótica », elle a rappelé que celui-ci jouait un rôle secondaire dans la marque contestée, alors que, dans la marque antérieure, il était codominant, et elle a, par ailleurs, relevé que son incidence sur le plan visuel serait réduite en raison de son faible caractère distinctif. Elle a ajouté que les signes étaient globalement différents du fait de la présence d’autres éléments verbaux, la marque contestée étant composée de neuf éléments verbaux, alors que la marque antérieure l’était de cinq, et qu’ils se distinguaient par leurs stylisations et couleurs respectives, ainsi que par les éléments figuratifs de la marque contestée, de sorte que, dans leur ensemble, ils produiraient une impression différente.

60 Selon le requérant, bien que la marque contestée soit une marque tridimensionnelle, de nombreuses marques de boissons et, notamment, de genièvre utilisent une bouteille bleue pour la commercialisation de ce produit. Le requérant soutient, en particulier, que les signes en conflit sont similaires sur le plan visuel en raison de l’emplacement de l’élément verbal distinctif « exótica » au centre de leur représentation graphique, dans une taille aisément perceptible, de sorte que le public pensera qu’il existe un lien commercial entre les marques.

61 D’emblée, il importe de relever que, ainsi que le fait valoir l’intervenante, en affirmant que la marque antérieure est incluse dans la marque contestée et en se fondant essentiellement sur la circonstance que la marque contestée comporte l’un des éléments verbaux compris dans sa marque pour en déduire qu’elles sont similaires visuellement, le requérant entend comparer des marques différentes de celles enregistrées. Or, une telle argumentation ne saurait prospérer au regard de la jurisprudence selon laquelle la comparaison doit être effectuée entre les signes tels qu’ils ont été enregistrés ou tels qu’ils apparaissent dans la demande de marque, qu’ils soient utilisés seuls ou conjointement avec d’autres marques ou mentions [voir ordonnance du 18 octobre 2016, Laboratoire de la mer/EUIPO – Boehringer Ingelheim Pharma (RESPIMER), T‑109/16, non publiée, EU:T:2016:627, point 46 et jurisprudence citée].

62 Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que les modalités concrètes d’application des marques sur les produits en cause sont dépourvues de pertinence pour l’appréciation de la similitude visuelle, laquelle appréciation s’opère sur la base des signes tels qu’enregistrés [arrêt du 29 février 2012, Azienda Agricola Colsaliz di Faganello Antonio/OHMI – Weinkellerei Lenz Moser (SERVO SUO), T‑525/10, non publié, EU:T:2012:96, point 37].

63 Ainsi que le fait valoir l’intervenante et que l’a constaté à bon droit la chambre de recours, dans leur ensemble, les signes en conflit produisent une impression différente, du fait de la stylisation, des couleurs, des proportions et des rôles différents de leurs éléments communs, à savoir « exótica » et « gin », et de la présence d’autres éléments verbaux, plus distinctifs, ainsi que d’éléments figuratifs dans la marque contestée, qui sont absents de la marque antérieure. En effet, comme cela a déjà été relevé au point 46 ci-dessus, la marque contestée, qui est, au demeurant, une marque tridimensionnelle, comporte l’élément « rives », lequel est distinctif au regard des produits visés et prédomine visuellement l’impression d’ensemble, du fait de sa taille plus importante et de ses caractères stylisés.

64 Dans ces conditions, c’est sans commettre d’erreur que la chambre de recours a considéré que la coïncidence de l’élément « exótica » ne pouvait donner lieu qu’à un très faible degré de similitude entre les marques en conflit sur le plan visuel.

ii) Sur le plan phonétique

65 S’agissant de la comparaison sur le plan phonétique, la chambre de recours a constaté que les signes en conflit présentaient un faible degré de similitude. À cet égard, nonobstant le fait que les termes communs auxdits signes, à savoir « exótica » et « gin », seraient prononcés de la même manière, la chambre de recours a relevé que la marque contestée comportait neuf éléments, alors que la marque antérieure en comportait cinq, et qu’il était probable que ces éléments ne soient pas prononcés dans leur intégralité, eu égard à la tendance du consommateur moyen à abréger ou à simplifier les marques longues ou complexes, en ne retenant que leurs éléments verbaux dominants ou ceux qu’il comprend, tout en faisant abstraction des éléments ayant une importance secondaire, du fait de leur plus petite taille, de leur positionnement ou de leur caractère descriptif, tels que les éléments « gin », « berries & cinnamon infusion », « sweet spirit », « 70 cl » et « 37,5 % vol. ». Partant, la chambre de recours a conclu que la marque contestée serait prononcée « rives exótica » ou simplement « rives » et la marque antérieure « 1890 exótica ».

66 Selon le requérant, bien que la marque contestée soit composée des éléments « rives », « sweet spirit » et « exótica » et que la marque antérieure soit composée des éléments « 1890 », « especial », « exótica », « gin » et « premium », les deux signes partagent l’élément distinctif « exótica », ce qui serait de nature à créer un risque de confusion ou d’association.

67 Ainsi que l’a relevé à juste titre la chambre de recours, sans que cela ait été contesté utilement par le requérant, étant donné que la similitude phonétique des signes en conflit résultera du seul élément identique « exótica », susceptible d’être prononcé par le public hispanophone pour désigner la variété du produit, indépendamment de son caractère distinctif faible, il y a lieu de constater que les signes sont similaires à un faible degré sur le plan phonétique.

iii) Sur le plan conceptuel

68 Sur le plan conceptuel, la chambre de recours a estimé que les signes en conflit présentaient un faible, voire très faible, degré de similitude, tenant compte, d’une part, de la charge sémantique de leurs éléments concordants, à savoir « exótica » et « gin », et, d’autre part, des éléments supplémentaires qui seraient de nature à les différencier. Ainsi, elle a considéré que la similitude conceptuelle résultant de leur élément commun « exótica » aurait une incidence très réduite sur l’impression globale qu’ils produiraient et que le public identifierait les éléments « 1890 » et « rives » en raison de leur absence de signification par rapport aux produits visés et de leur position au sein des signes.

69 Le requérant conteste l’interprétation selon laquelle le terme « exótica » ferait allusion à des ingrédients uniques ou au goût inhabituel, sortant de l’ordinaire, d’inspiration tropicale ou s’inspirant de cultures éloignées. Il soutient que le fait que ce terme soit un adjectif ne signifie pas qu’il se rapporte au genièvre ou à ses caractéristiques. Enfin, il estime que les signes présentent une étroite similitude conceptuelle dès lors qu’ils partagent ce terme original et distinctif.

70 Ainsi que l’a relevé la chambre de recours, à supposer que le terme « exótica », présent dans les deux signes, renvoie à un concept, il existe une faible, voire très faible, similitude sur le plan conceptuel entre les signes en conflit. Toutefois, dès lors que ce terme évoque les caractéristiques des produits, en décrivant un type de genièvre dans l’élaboration duquel des baies de genévrier sont combinées à des épices, des herbes et des fruits afin d’obtenir un goût original, ainsi que le soutient l’intervenante, et compte tenu de la présence d’autres éléments plus distinctifs différenciant les signes, cette référence commune sera négligeable en raison de son caractère distinctif faible pour les produits visés [voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 2011, Winzer Pharma/OHMI – Alcon (OFTAL CUSI), T‑160/09, non publié, EU:T:2011:379, point 88].

71 Partant, c’est à bon droit que la chambre de recours a constaté, en l’espèce, que les signes en conflit présentaient un faible, voire très faible, degré de similitude, puisque cette similitude résultait de la coïncidence d’un élément commun revêtant un faible caractère distinctif, et qu’ils se distinguaient par la présence d’autres éléments plus distinctifs.

d) Sur l’appréciation globale du risque de confusion

72 Il convient de rappeler que l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].

73 Ainsi qu’il découle du considérant 11 du règlement 2017/1001, l’appréciation du risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance qu’a le public de la marque sur le marché en cause. Comme le risque de confusion est d’autant plus étendu que le caractère distinctif de la marque antérieure s’avère important, les marques qui ont un caractère distinctif élevé, soit intrinsèquement, soit en raison de la connaissance qu’en a le public, jouissent d’une protection plus étendue que celles dont le caractère distinctif est moindre (voir, par analogie, arrêts du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24 ; du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 18, et du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 20).

74 Il convient de rappeler, en outre, que les aspects visuel, phonétique ou conceptuel des signes en conflit n’ont pas toujours le même poids et qu’il importe, dans le cadre de cette appréciation globale, de tenir compte de la nature des produits en cause ainsi que d’analyser les conditions objectives dans lesquelles les marques peuvent se présenter sur le marché [voir arrêt du 26 juin 2008, SHS Polar Sistemas Informáticos/OHMI – Polaris Software Lab (POLARIS), T‑79/07, non publié, EU:T:2008:230, point 49 et jurisprudence citée].

75 En l’espèce, la chambre de recours a considéré que, le faible, voire très faible, degré de similitude entre les signes résultant de la présence de l’élément commun allusif « exótica », lequel avait un faible caractère distinctif, la similitude globale desdits signes serait encore plus réduite et l’impact de cette similitude sur l’appréciation globale du risque de confusion serait également faible. Elle a ajouté que la marque contestée se démarquait par le terme distinctif « rives », lequel, associé aux autres éléments verbaux et figuratifs de cette marque, différenciait les signes en conflit, de sorte que ce terme serait immédiatement perçu par le public pertinent comme identifiant l’origine commerciale des produits visés par la marque contestée. En outre, elle a relevé que la marque antérieure possédait un faible degré de caractère distinctif intrinsèque, mais que, en raison de l’usage intensif qui en avait été fait en Espagne, elle possédait un degré moyen de caractère distinctif acquis. La chambre de recours en a néanmoins déduit, compte tenu de l’interdépendance des facteurs pertinents, que ledit public serait en mesure de distinguer les marques en conflit, ne confondrait pas les produits visés et leur attribuerait une origine commerciale différente et que, par conséquent, il n’y avait pas de risque de confusion.

76 S’agissant, en premier lieu, de l’argument du requérant selon lequel une plus grande importance devrait être accordée à l’élément verbal commun aux signes, qui sera prononcé, et, partant, à la similitude phonétique en résultant, dès lors que les boissons alcoolisées sont généralement commandées à l’oral dans leurs points de vente habituels, tels que les bars, cafés, restaurants, pubs ou discothèques, qui sont tous des lieux bruyants, il y a lieu de relever que le requérant n’a fourni aucun élément probant de nature à démontrer que les produits en cause sont commandés essentiellement à l’oral. Aucun élément ne permet de considérer que le public pertinent achètera lesdits produits dans des conditions telles que la similitude phonétique entre les signes en conflit aurait plus de poids que la similitude visuelle ou conceptuelle dans l’appréciation globale du risque de confusion. Au contraire, si le public pertinent est amené à les commander oralement dans des bars et des restaurants, il le fera généralement après avoir vu leur nom sur une carte ou un menu, ou pourra examiner le produit qui lui sera servi, de sorte qu’il pourra percevoir visuellement la marque avant d’exprimer qu’il désire acquérir le produit qu’elle couvre.

77 Même si les bars et les restaurants sont des filières de vente non négligeables pour les boissons alcoolisées, il est constant que le consommateur pourra percevoir visuellement les marques en cause dans ces lieux, notamment en examinant la bouteille qui lui sera servie ou par le biais d’autres supports, tels qu’un menu ou une carte des boissons, avant de passer la commande oralement. De surcroît, les bars et les restaurants ne sont pas les seules filières de vente des produits concernés. En effet, ces produits sont également vendus dans des supermarchés ou d’autres points de vente au détail, où le consommateur choisit lui-même le produit et doit, dès lors, se fier principalement à l’image de la marque appliquée sur ce produit. Force est alors de constater que, lors des achats qui y sont effectués, les consommateurs pourront percevoir les marques de manière visuelle, les boissons étant présentées sur des rayons [voir arrêt du 23 février 2022, Ancor Group/EUIPO – Cody’s Drinks International (CODE-X), T‑198/21, EU:T:2022:83, point 61 et jurisprudence citée].

78 En tout état de cause, compte tenu du fait que la similitude phonétique repose exclusivement sur des éléments verbaux qui sont dépourvus de caractère distinctif, les nettes différences que les signes en conflit présentent sur le plan visuel revêtent une incidence plus importante dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion.

79 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, lorsque la marque antérieure et le signe dont l’enregistrement est contesté coïncident dans un élément de caractère faiblement distinctif au regard des produits en cause, l’appréciation globale du risque de confusion, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, n’aboutit fréquemment pas au constat de l’existence de ce risque (voir, en ce sens, arrêt du 18 juin 2020, Primart/EUIPO, C‑702/18 P, EU:C:2020:489, point 53 et jurisprudence citée).

80 S’agissant, en second lieu, de l’argument du requérant selon lequel la marque contestée sera perçue comme une sous-marque ou une variante de la marque antérieure, compte tenu des modifications insignifiantes par lesquelles elle tenterait de se différencier, ce qui pourrait amener le public à établir un lien entre les marques et l’induire en erreur, il y a lieu de rappeler que le risque d’association constitue un cas spécifique du risque de confusion, qui est caractérisé par la circonstance que les marques en cause, tout en n’étant pas susceptibles d’être confondues directement par le public pertinent, pourraient être perçues comme étant deux marques du même titulaire. Tel peut être le cas, notamment, lorsque les deux marques apparaissent comme appartenant à une série de marques formées sur la base d’un tronc commun ou lorsque la marque antérieure est également le nom de l’entreprise qui en est titulaire [voir arrêt du 19 avril 2023, Gerhard Grund Gerüste/EUIPO – Josef-Grund-Gerüstbau (Josef Grund Gerüstbau), T‑749/21, non publié, EU:T:2023:200, point 63 et jurisprudence citée].

81 Par ailleurs, selon la jurisprudence, le facteur de la série ou de la famille de marques n’est pertinent pour apprécier l’existence du risque de confusion lié au risque d’association de la marque contestée à cette série que si l’élément commun des marques en conflit est distinctif. Si cet élément est descriptif, il n’est pas apte à créer un risque de confusion [arrêts du 6 juillet 2004, Grupo El Prado Cervera/OHMI – Héritiers Debuschewitz (CHUFAFIT), T‑117/02, EU:T:2004:208, point 59, et du 13 juillet 2012, Caixa Geral de Depósitos/OHMI – Caixa d’Estalvis i Pensions de Barcelona (la Caixa), T‑255/09, non publié, EU:T:2012:383, point 81].

82 En l’espèce, il suffit de relever qu’aucun élément ne permet de constater que la seule existence de la marque antérieure est susceptible d’avoir créé une association dans l’esprit du public pertinent, de sorte que toute nouvelle marque constituée par le terme « exótica », d’usage commercial courant dans le secteur des genièvres, combiné avec un autre terme risquerait d’être perçue comme une variante de la marque antérieure.

83 Quant aux arguments de l’intervenante par lesquels elle reproche à la chambre de recours d’avoir commis des erreurs d’appréciation en estimant que la marque antérieure aurait obtenu, grâce aux efforts promotionnels importants et soutenus dans le temps, la première place des ventes de genièvre en Espagne, ce qui l’aurait conduite à conclure, à tort, que la marque dans son ensemble aurait acquis un caractère distinctif par l’usage à un degré moyen, il y a lieu de rappeler que, si le caractère distinctif acquis par l’usage plus ou moins important d’une marque figurative est, certes, un élément qui peut être pris en compte pour apprécier si la similitude entre les signes ou entre les produits et les services est suffisante pour donner lieu à un risque de confusion [voir, en ce sens, arrêt du 18 décembre 2008, Torres/OHMI – Bodegas Peñalba López (Torre Albéniz), T‑287/06, EU:T:2008:602, point 75], il n’est, en revanche, dans le cas d’espèce et en tout état de cause, pas suffisant pour contrebalancer les différences entre les marques en conflit.

84 En effet, même en considérant que la marque antérieure possède un caractère distinctif acquis par l’usage et bénéficie, ce faisant, d’une protection plus étendue, comme l’a considéré la chambre de recours, il n’en demeure pas moins que, compte tenu de l’interdépendance des autres facteurs pris en considération, c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu à l’absence de risque de confusion.

85 Au vu de tout ce qui précède, il convient de rejeter le premier moyen.

2. Sur le second moyen, tiré d’une violation de l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001

86 Selon le requérant, la circonstance que la marque contestée comprend des éléments similaires à ceux de la marque antérieure, à savoir une étiquette qui comporterait les mêmes couleurs et mettrait en évidence le terme « exótica » ainsi qu’une bouteille dont la couleur serait très proche de celle qu’il utilise, démontrerait que l’intervenante aurait tenté d’inclure l’élément distinctif de la marque antérieure dans son nouveau signe, en y ajoutant le terme « rives », afin d’affaiblir la marque antérieure, connue sous la forme 1890 Exótica, et d’atténuer son caractère distinctif sur le marché, ne faisant ainsi preuve d’aucune loyauté commerciale. Elle ajoute qu’une simple recherche sur Internet serait révélatrice de la volonté de l’intervenante de présenter son genièvre sous le nom Rives Exótica, en se rapprochant de la marque antérieure.

87 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments du requérant.

88 Il y a lieu de rappeler que la cause de nullité absolue visée à l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 s’applique lorsqu’il ressort d’indices pertinents et concordants que le titulaire d’une marque de l’Union européenne a introduit la demande d’enregistrement de cette marque non pas dans le but de participer de manière loyale au jeu de la concurrence, mais avec l’intention de porter atteinte, d’une manière non conforme aux usages honnêtes, aux intérêts de tiers, ou avec l’intention d’obtenir, sans même viser un tiers en particulier, un droit exclusif à des fins autres que celles relevant des fonctions d’une marque, notamment de la fonction essentielle d’indication d’origine (arrêt du 12 septembre 2019, Koton Mağazacilik Tekstil Sanayi ve Ticaret/EUIPO, C‑104/18 P, EU:C:2019:724, point 46).

89 C’est au demandeur en nullité qui entend se fonder sur l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 qu’il incombe d’établir les circonstances qui permettent de conclure qu’une demande d’enregistrement d’une marque de l’Union européenne a été déposée de mauvaise foi, la bonne foi du déposant étant présumée jusqu’à preuve du contraire. À cet égard, si, en tant qu’elle caractérise l’intention du demandeur au moment du dépôt de la demande d’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, la notion de « mauvaise foi », au sens de l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, constitue un élément subjectif, elle doit être déterminée par rapport aux circonstances objectives du cas d’espèce [voir arrêt du 23 mai 2019, Holzer y Cia/EUIPO – Annco (ANN TAYLOR et AT ANN TAYLOR), T‑3/18 et T‑4/18, EU:T:2019:357, points 34 et 35 et jurisprudence citée].

90 En l’espèce, la chambre de recours a constaté, contrairement à la division d’annulation, que des circonstances objectives démontraient que l’intervenante avait connaissance de l’usage de la marque antérieure par le requérant. En particulier, premièrement, elle a considéré que l’intervenante avait agi de manière répétée à l’encontre du requérant en formant opposition, sur le fondement de sa marque RIVES 1880, auprès de l’Oficina Española de Patentes y Marcas (OEPM, Office espagnol des brevets et des marques) à deux reprises, à savoir en 2015, à l’encontre de la marque antérieure, ainsi qu’en 2016, à l’encontre d’une demande de marque tridimensionnelle déposée le 28 avril 2016 par le requérant. Deuxièmement, la chambre de recours a constaté que la distance de 200 kilomètres (km) séparant le siège social de l’intervenante, situé à El Puerto de Santa María (Espagne), du domicile du requérant situé à Constantina, dans la province de Séville (Espagne), d’une part, et la taille, l’expérience dans le secteur des boissons alcoolisées et la renommée de l’intervenante, d’autre part, étaient de nature à renforcer la connaissance objective de la marque antérieure du requérant, qui opérait dans le même secteur commercial. Troisièmement, la chambre de recours a estimé qu’il ressortait des éléments de preuve versés au dossier que la marque antérieure possédait un caractère distinctif moyen acquis par l’usage qui en avait été fait en Espagne.

91 Pour autant, la chambre de recours a conclu, à l’instar de la division d’annulation, que le dépôt de la marque contestée s’inscrivait dans une logique commerciale légitime et cohérente d’élargissement de la gamme de produits de l’intervenante, à savoir celle des boissons commercialisées sous la dénomination distinctive « rives ». En effet, celle-ci détenait déjà des marques similaires qui comprenaient parmi leurs éléments verbaux le terme « exótica », dans une taille et une position secondaires, et dont les produits qu’elles couvraient se présentaient dans des bouteilles de différentes nuances de bleu, au sein desquelles le signe RIVES occupait une position proéminente. Ainsi, le terme « exótica » ferait référence à un type de boisson de cette marque dont les ingrédients et le goût sortent de l’ordinaire.

92 En outre, la chambre de recours a relevé que le requérant avait fait valoir, de manière non étayée, que l’ajout du terme « exótica » à côté du signe RIVES dans la marque contestée avait pour but d’atténuer le caractère distinctif dudit terme et a constaté que ce terme figurait déjà dans certaines marques de l’intervenante avec une date de priorité antérieure. Enfin, elle a ajouté que le fait que l’intervenante s’était opposée aux demandes de marques mixtes et tridimensionnelles du requérant qui comprenaient également le terme « exótica » et dont les produits qu’elles couvraient se présentaient dans une bouteille bleue avec un bouchon argenté, puis qu’elle avait commercialisé un produit similaire en juin 2020 dont elle avait demandé l’enregistrement en octobre de la même année ne constituait pas un indice de mauvaise foi ni une intention de diluer le caractère distinctif, mais répondait à une stratégie commerciale prudente.

93 Force est de relever que les arguments invoqués par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision attaquée, au demeurant exempte d’erreur, en ce que la chambre de recours a conclu à l’absence d’intention malhonnête de la part de l’intervenante. En effet, sans remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le dépôt de la marque contestée s’inscrivait dans une logique commerciale cohérente, le requérant se contente d’affirmer que l’intention malhonnête de l’intervenante résulte de l’inclusion du terme « exótica » dans la marque contestée, ayant pour but de diluer le caractère distinctif de la marque antérieure.

94 À cet égard, si la circonstance que l’usage d’un signe dont l’enregistrement est demandé permettrait au demandeur de tirer indûment profit de la renommée d’une marque ou d’un signe antérieur peut être de nature à établir la mauvaise foi du demandeur [voir arrêt du 6 novembre 2024, ChiCom Marketing/EUIPO – China Faw Group (Hongqi), T‑533/23, non publié, EU:T:2024:786, point 25 et jurisprudence citée], il y a lieu de constater que, ainsi que l’a fait valoir l’intervenante, il n’a pas été établi que la marque antérieure, et a fortiori le terme « exótica », qui constitue l’un de ses éléments, dont l’usage commercial est courant dans le secteur des genièvres et qui est faiblement distinctif, jouissait d’une renommée. Or, la circonstance que la marque antérieure ait acquis un caractère distinctif dans son ensemble, ou à tout le moins sous sa forme 1890 Exótica, supérieur à la moyenne, du fait de son usage intensif en Espagne, ne permet pas de considérer que l’intervenante, en incluant le terme « exótica » dans la marque contestée, aurait tenté d’exploiter sa prétendue renommée de manière parasitaire ou d’en tirer avantage de manière indue.

95 De même, dans la mesure où le requérant invoque un « risque de dilution », notion selon laquelle le préjudice porté au caractère distinctif de la marque antérieure aurait pour effet que celle-ci ne serait plus en mesure de susciter une association immédiate avec les produits pour lesquels elle est enregistrée et employée [voir, en ce sens, arrêt du 15 septembre 2016, Arrom Conseil/EUIPO – Puig France (Roméo has a Gun by Romano Ricci), T‑358/15, non publié, EU:T:2016:490, point 58 et jurisprudence citée], force est de constater qu’un tel risque relève du domaine d’application de l’article 8, paragraphe 5, du règlement 2017/1001, qui vise les marques jouissant d’une renommée.

96 Par conséquent, il convient de rejeter le second moyen et, partant, le recours dans son intégralité. L’ensemble des moyens invoqués au soutien des conclusions en annulation ayant été rejetés, il n’y a pas lieu d’accéder à la demande du requérant de réformer la décision attaquée.

IV. Sur les dépens

97 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

98 Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation du requérant aux dépens que dans l’hypothèse où une audience serait organisée, il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) M. Jaime García Ávila est condamné à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Rives Distillery, SA.

3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.

Półtorak

Martín y Pérez de Nanclares

Dimitrakopoulos

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’espagnol.

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