Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 9 septembre 2026.#Barth GmbH contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Dessin ou modèle de l’Union européenne – Expiration de la protection du dessin ou modèle de l’Union européenne – Requête en restitutio in integrum – Article 67, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 6/2002 – Devoir de vigilance – Article 59, paragraphe 2, du règlement n° 6/2002.#Affaire T-745/25.
| CELEX | 62025TJ0745 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Dessin ou modèle de l’Union européenne – Expiration de la protection du dessin ou modèle de l’Union européenne – Requête en restitutio in integrum – Article 67, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 6/2002 – Devoir de vigilance – Article 59, paragraphe 2, du règlement n° 6/2002 »
Dans l’affaire T‑745/25,
Barth GmbH, établie à Schlierbach (Allemagne), représentée par Me I. Dragobetski, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. M. Eberl, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (huitième chambre),
composé de MM. I. Gâlea, président, T. Tóth et Mme B. Ricziová (rapporteure), juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Barth GmbH, demande l’annulation et la réformation de la décision de la troisième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 21 août 2025 (affaire R 651/2025-3) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 17 juin 2019, le dessin ou modèle de l’Union européenne n° 6477709-0001 a été enregistré en faveur de la requérante avec l’indication de produit « Boîtes isolantes [ménage] ».
3 Par lettre du 20 novembre 2023, l’EUIPO a fait savoir à la requérante que la protection du dessin ou modèle en cause expirerait le 17 juin 2024 et que la demande de renouvellement et les taxes correspondantes devaient lui parvenir au plus tard le 1er juillet 2024, une demande tardive, moyennant une taxe supplémentaire, étant possible dans un délai supplémentaire de six mois. L’EUIPO n’a reçu ni réponse ni taxe de renouvellement à la suite de cette notification.
4 Le 11 janvier 2025, l’EUIPO a informé la requérante que la protection du dessin ou modèle en cause avait expiré le 17 juin 2024.
5 Le 30 janvier 2025, sur le fondement de l’article 67 du règlement (CE) n° 6/2002 du Conseil, du 12 décembre 2001, sur les dessins ou modèles de l’Union européenne (JO 2002, L 3, p. 1), dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement (UE) 2024/2822 du Parlement européen et du Conseil, du 23 octobre 2024 (JO L, 2024/2822), la requérante a adressé à l’EUIPO une requête en restitutio in integrum dans le délai de paiement de la taxe de renouvellement. Elle a acquitté la taxe de restitutio in integrum ainsi que la taxe de renouvellement.
6 Par décision du 17 février 2025, l’EUIPO a rejeté cette requête et a ordonné le remboursement de la taxe de renouvellement.
7 Le 11 avril 2025, la requérante a formé un recours contre cette décision.
8 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté ce recours en considérant que la requérante n’avait pas démontré d’une manière suffisante qu’elle avait fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances au sens de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002.
Conclusions des parties
9 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– annuler la décision de l’EUIPO du 17 février 2025 ;
– ordonner la restitutio in integrum, dans le délai pour le paiement de la taxe de renouvellement ou pour la prorogation de la protection du dessin ou modèle en cause arrivée à expiration le 17 juin 2024 ou, à titre subsidiaire, renvoyer l’affaire devant l’EUIPO et lui donner les instructions appropriées ;
– condamner l’EUIPO à supporter les dépens de la procédure, y compris de celle devant la chambre de recours.
10 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– dans l’hypothèse où une audience serait organisée, condamner la requérante aux dépens exposés par l’EUIPO.
En droit
11 À titre liminaire, il y a lieu de considérer que le deuxième chef de conclusions de la requérante visant à ce que le Tribunal annule la décision de l’EUIPO du 17 février 2025, ainsi que la première branche du troisième chef de conclusions visant à ce que le Tribunal ordonne la restitutio in integrum, constituent, en réalité, une demande de réformation, par laquelle la requérante demande au Tribunal de prendre la décision que, selon elle, la chambre de recours aurait dû prendre.
12 En ce qui concerne la seconde branche du troisième chef de conclusions, soulevée à titre subsidiaire, il y a lieu de relever que celle-ci tend à ce que le Tribunal renvoie l’affaire devant l’EUIPO et lui donne les instructions appropriées. À cet égard, il suffit de rappeler que, dans le cadre du contrôle de légalité fondé sur l’article 263 TFUE, le Tribunal n’a pas compétence pour prononcer des injonctions à l’encontre des institutions, des organes et des organismes de l’Union (voir ordonnance du 26 octobre 1995, Pevasa et Inpesca/Commission, C‑199/94 P et C‑200/94 P, EU:C:1995:360, point 24 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 25 septembre 2018, Suède/Commission, T‑260/16, EU:T:2018:597, point 104 et jurisprudence citée). Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter la seconde branche du troisième chef de conclusions, dans la mesure où la requérante demande que des instructions soient adressées à l’EUIPO, pour cause d’incompétence.
Sur le fond
13 La requérante invoque, en substance, deux moyens tirés, le premier, de la violation de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002 et, le second, de la violation de l’article 59, paragraphe 2, du même règlement dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002
14 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours en considérant que la requérante n’avait pas démontré d’une manière suffisante qu’elle avait fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances au sens de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002. Selon elle, la restitutio in integrum ne peut être accordée que dans des circonstances exceptionnelles, qui ne peuvent donc être prédites compte tenu de l’expérience.
15 À cet égard, la chambre de recours a constaté, en premier lieu, que, selon la requérante, le non-respect du délai pour présenter la demande de renouvellement et payer la taxe de renouvellement était dû à des erreurs commises par les employés de son représentant. L’employée F, responsable du suivi des délais et du déclenchement du paiement n’aurait demandé le paiement que pour le renouvellement de l’enregistrement au Royaume-Uni, mais non pour le renouvellement en tant que dessin ou modèle de l’Union européenne. L’employée Z, chargée quant à elle de l’exécution des paiements, n’aurait pas remarqué que le paiement n’avait pas été déclenché et aurait pourtant supprimé le délai dans le calendrier des échéances. À cet égard, la chambre de recours a considéré que les événements décrits reposaient uniquement sur des erreurs humaines commises par des collaboratrices, qui ne constituaient pas des circonstances exceptionnelles et imprévisibles au regard de l’expérience, même si le représentant de la requérante avait formé, ordonné et supervisé ces collaboratrices en conséquence. La question de savoir si l’omission résultait d’une erreur humaine isolée ou d’un enchaînement de telles erreurs ne saurait donc être déterminante, la déficience du contrôle effectué par la deuxième collaboratrice constituant également une erreur humaine et donc une circonstance prévisible compte tenu de l’expérience.
16 En second lieu, la chambre de recours a estimé que la procédure suivie au sein du cabinet du représentant de la requérante ne constituait pas un système de contrôle des délais suffisamment sûr, au sens de la jurisprudence, pour exclure généralement le non-respect involontaire de ceux-ci. À cet égard, elle a relevé, d’une part, que le principe de double contrôle invoqué par la requérante était déjà sujet à caution, car l’étendue du contrôle, exercé par la collaboratrice Z, des paiements effectués par la collaboratrice F restait floue et, d’autre part, qu’aucun contrôle systématique des actes de la collaboratrice Z n’avait été effectué. La déclaration du représentant de la requérante selon laquelle celui-ci ne vérifiait les paiements que de manière aléatoire, et s’était par ailleurs fié à l’expérience de ses collaboratrices et au principe de double contrôle, ne serait pas suffisante à cet égard. Selon la chambre de recours, les processus décrits ne constituaient donc pas un système conçu pour contrôler les délais afin d’en garantir le respect, mais une simple répartition des tâches, notamment en ce que la vérification des paiements effectuée par la collaboratrice Z servait principalement à la comptabilité et au contrôle d’éventuelles créances, mais non au contrôle des délais. En outre, les contrôles occasionnels effectués par le représentant de la requérante ne sauraient non plus établir un système sûr de contrôle des délais qui serait de nature à détecter et corriger les erreurs prévisibles. En particulier, un tel contrôle par échantillonnage ne permettrait pas d’établir de manière fiable si tous les paiements ont effectivement été réalisés, car il s’agirait davantage d’une mesure de contrôle général des collaboratrices.
17 La requérante soutient, en premier lieu, que la chambre de recours a appliqué de manière excessivement sévère les exigences découlant de la notion de « vigilance nécessitée par les circonstances ». À cet égard, la requérante fait valoir, en substance, que son représentant a mis en place un système de surveillance des délais reposant sur un principe de double contrôle, lequel devrait être considéré comme constituant un mécanisme suffisant de contrôle, de détection et de correction des erreurs éventuelles. Elle soutient que, eu égard à l’expérience des collaboratrices F et Z et à la formation de cette dernière, le fait que ces collaboratrices aient commis une erreur au sein de la même chaîne de traitement n’était pas prévisible, mais devait, au contraire, être considéré comme un cas exceptionnel. L’existence de risques résiduels liés à l’action humaine ne saurait, à elle seule, justifier le rejet de la demande, car il n’existerait sinon aucun système de sécurité satisfaisant aux exigences de la notion de « vigilance nécessitée par les circonstances ».
18 En second lieu, la requérante fait valoir que l’interprétation de l’exigence de vigilance nécessitée par les circonstances, retenue par la chambre de recours, selon laquelle cette exigence ne saurait, par principe, être considérée comme respectée en présence d’une erreur humaine au motif que de telles erreurs seraient toujours des circonstances prévisibles, conduirait à restreindre indûment l’application de la restitutio in integrum aux seuls cas de force majeure. La requérante soutient, à cet égard, que, si le législateur avait entendu limiter la restitutio in integrum à de telles situations, il aurait formulé l’article 67, paragraphe 1, du règlement n° 6/2002 en ce sens. Or, selon la requérante, le législateur a manifestement reconnu que des erreurs humaines peuvent survenir même en faisant preuve de la vigilance nécessaire.
19 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
20 Aux termes de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002, le demandeur ou le titulaire d’un dessin ou modèle de l’Union européenne enregistré ou toute autre partie à une procédure devant l’EUIPO qui, bien qu’ayant fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances, n’a pas été en mesure d’observer un délai à l’égard de l’EUIPO est, sur requête, rétabli dans ses droits si l’empêchement a eu pour conséquence directe, en vertu dudit règlement, la perte d’un droit ou celle d’un moyen de recours.
21 Il ressort de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002 que la restitutio in integrum est subordonnée à deux conditions, la première étant que la partie ait agi avec toute la vigilance nécessaire au regard des circonstances et, la seconde, que l’empêchement de la partie ait eu pour conséquence directe la perte d’un droit ou celle d’un moyen de recours [arrêt du 23 février 2016, Pirelli Tyre/OHMI (Semelles de pneus e.a.), T‑279/15 à T‑282/15, non publié, EU:T:2016:92, point 15].
22 Il ressort également de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002 que le devoir de vigilance incombe d’abord au demandeur ou au titulaire d’un dessin ou modèle de l’Union européenne ou à toute autre partie à une procédure devant l’EUIPO. Toutefois, si ces personnes se font représenter, le représentant est, tout autant que ces personnes, soumis au devoir de vigilance. En effet, le représentant agissant au nom et pour le compte du demandeur ou du titulaire d’un dessin ou modèle de l’Union européenne ou de toute autre partie à une procédure devant l’EUIPO, ses actes doivent être considérés comme étant ceux de ces personnes [voir, en ce sens, arrêt du 20 septembre 2023, Breville/EUIPO (Dispositifs de cuisson), T‑616/22, non publié, EU:T:2023:576, point 29 et jurisprudence citée].
23 Selon la jurisprudence, l’expression « toute la vigilance nécessitée par les circonstances », figurant à l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002, requiert la mise en place d’un système de contrôle et de surveillance interne des délais qui exclut généralement le non-respect involontaire de ceux-ci. Il s’ensuit que seuls des événements à caractère exceptionnel et, partant, imprévisibles selon l’expérience peuvent donner lieu à une restitutio in integrum [voir arrêt du 31 janvier 2019, Thun/EUIPO (Poisson), T‑604/17, non publié, EU:T:2019:42, point 31 et jurisprudence citée].
24 En outre, les conditions d’application de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002 doivent être interprétées de façon stricte. En effet, le respect des délais est d’ordre public et la restitutio in integrum dans un délai après son expiration est susceptible de nuire à la sécurité juridique (voir, en ce sens, arrêt du 31 janvier 2019, Poisson, T‑604/17, non publié, EU:T:2019:42, point 33 et jurisprudence citée).
25 C’est à la lumière des considérations exposées aux points 20 à 24 ci-dessus qu’il convient d’examiner si la chambre de recours a, à juste titre, considéré que la requérante n’avait pas démontré d’une manière suffisante qu’elle avait fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances au sens de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002.
26 D’emblée, il convient de relever que la requérante ne conteste pas que les collaboratrices de son représentant aient commis des erreurs, qu’il se soit agi d’erreurs humaines et que l’exécution des paiements de la taxe de renouvellement n’ait été vérifiée, par le conseil en propriété industrielle, que de manière aléatoire. La requérante indique, à cet égard, ce qui suit :
– la collaboratrice F a initié, après réception du paiement de la requérante, le paiement de la taxe de renouvellement uniquement pour l’enregistrement au Royaume-Uni, mais non, par erreur, pour le renouvellement en tant que dessin ou modèle de l’Union européenne;
– ensuite, la collaboratrice Z, qui était chargée de vérifier, lors de la comptabilisation du montant reçu du client, que la collaboratrice F, responsable du suivi des délais, avait effectivement procédé au déclenchement du paiement de la taxe de renouvellement, n’a pas remarqué que la collaboratrice F n’avait pas initié ledit paiement au profit de l’EUIPO ;
– en conséquence, la collaboratrice Z, qui était également responsable de la suppression du délai en cours relatif au paiement de cette taxe, ainsi que de l’inscription du nouveau délai et des rappels pour la taxe de renouvellement suivante dans le calendrier des échéances, a supprimé de ce calendrier le délai de renouvellement en cause, alors même que le paiement à l’EUIPO n’avait pas été effectué, et a procédé à l’inscription des nouveaux délais et rappels pour la taxe de renouvellement suivante ;
– par la suite, le conseil en propriété industrielle contrôlait ce calendrier et vérifiait que tous les délais y avaient été dûment marqués comme exécutés ;
– toutefois, l’exécution des paiements de la taxe de renouvellement elle-même n’était vérifiée que de manière aléatoire, autrement dit, elle ne l’était pas systématiquement dans chaque dossier ;
– étant donné que le délai en cause de paiement de la taxe de renouvellement a été supprimé du calendrier et que le délai et les rappels pour la taxe de renouvellement suivante ont été inscrits, le conseil en propriété industrielle ne pouvait pas soupçonner qu’une série d’erreurs avait été commise par deux collaboratrices à la fois.
27 Toutefois, la requérante fait valoir, en substance, que son représentant a mis en place un système de surveillance des délais reposant sur un principe de double contrôle, lequel devrait être considéré comme constituant un mécanisme suffisant de contrôle, de détection et de correction des erreurs éventuelles.
28 À cet égard, il y a lieu de relever que le Tribunal a déjà jugé que des erreurs humaines de saisie d’information ne pouvaient être considérées comme étant des événements à caractère exceptionnel ou imprévisible selon l’expérience, même dans le cas où les employés feraient l’objet d’une formation adéquate et seraient soumis à des instructions et à une supervision adéquates [voir arrêt du 21 avril 2021, Lee/EUIPO (Couteaux, fourchettes et cuillères de table), T‑382/20, non publié, EU:T:2021:210, point 28 et jurisprudence citée]. Dès lors, la chambre de recours a retenu à juste titre que les erreurs commises par les deux collaboratrices du représentant de la requérante, reposant uniquement sur des erreurs humaines, ne constituaient pas des circonstances exceptionnelles et imprévisibles au regard de l’expérience. En effet, l’incapacité à traiter correctement des tâches manuelles dans le système de gestion des renouvellements était un événement prévisible [ voir, en ce sens, ordonnance du 9 décembre 2022, AMO Development/EUIPO (Instruments médicaux), T‑311/22, non publiée, EU:T:2022:822, point 32].
29 En outre, le système de contrôle et de surveillance interne des délais, au sens de la jurisprudence mentionnée au point 23 ci-dessus, devait permettre de détecter et de corriger toute erreur prévisible dans l’exécution des tâches des employés [voir, en ce sens, ordonnance du 13 septembre 2011, ara/OHMI – Allrounder (A), T‑397/10, non publiée, EU:T:2011:464, point 28 et jurisprudence citée].
30 À cet égard, premièrement, il ressort de la jurisprudence qu’un système de contrôle et de surveillance interne des délais qui, pour l’essentiel, repose sur une personne contrôlant le travail de l’autre ne peut généralement exclure le non-respect involontaire des délais (arrêt du 21 avril 2021, Couteaux, fourchettes et cuillères de table, T‑382/20, non publié, EU:T:2021:210, point 31). Or, le système de contrôle chez le représentant de la requérante reposait précisément sur le contrôle de la collaboratrice F par la collaboratrice Z, afin de vérifier si les paiements de la taxe de renouvellement avaient bien été initiés.
31 Deuxièmement, il convient de rappeler qu’il découle du point 26 ci-dessus qu’il n’y avait aucun contrôle systématique des actes de la collaboratrice Z, laquelle était seule chargée de la suppression du délai relatif au paiement de la taxe de renouvellement initié, ainsi que de l’inscription des nouveaux délais et rappels pour la taxe de renouvellement suivante dans le calendrier des échéances. En effet, la requérante a admis que le conseil en propriété industrielle ne vérifiait l’exécution des paiements que de manière aléatoire.
32 Par conséquent, en l’espèce, la procédure de contrôle et de surveillance interne des délais s’est avérée inefficace et insuffisante. En revanche, des mesures systématiques de suivi, telles que des demandes du reçu de paiement, ou encore la vérification a posteriori de l’inscription du renouvellement dans le registre, auraient permis de déceler l’erreur en cause.
33 Partant, la chambre de recours a conclu, à juste titre, que la procédure suivie au sein du cabinet du représentant de la requérante ne constituait pas un système de contrôle des délais suffisamment sûr, et, par conséquent, que la requérante n’avait pas démontré d’une manière suffisante qu’elle avait fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances au sens de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002.
34 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par l’argument de la requérante selon lequel l’interprétation de l’exigence de vigilance nécessitée par les circonstances, retenue par la chambre de recours, restreindrait la restitutio in integrum aux seuls cas de force majeure. À cet égard, il suffit d’observer que, ainsi qu’il ressort des développements contenus aux points 29 à 33 ci-dessus, la chambre de recours a conclu, à juste titre, que la procédure suivie au sein du cabinet du représentant de la requérante ne constituait pas un système de contrôle des délais suffisamment sûr pour satisfaire au devoir de vigilance prévu à l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002. Dès lors, l’argument de la requérante est inopérant.
35 Il ressort de ce qui précède que le premier moyen doit être rejeté.
Sur le second moyen, tiré de la violation de l’article 59, paragraphe 2, du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822
36 La requérante fait valoir que l’article 59, paragraphe 2, du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822 implique pour la chambre de recours l’obligation d’analyser précisément les faits exposés et, le cas échéant, en cas d’ambiguïté ou d’informations incomplètes, de donner aux parties la possibilité de présenter leurs observations. À cet égard, la requérante soutient que la chambre de recours se fonde sur le fait que la collaboratrice Z n’avait que des fonctions de comptable. Cette conclusion serait erronée et reposerait à l’évidence sur une analyse insuffisamment précise des arguments du recours. Selon la requérante, elle avait en effet précisé que cette collaboratrice était une assistante juridique qualifiée, et non une simple comptable, et que sa mission au sein du système consistait expressément à surveiller le respect des délais de renouvellement, à contrôler que le paiement des taxes de renouvellement avait bien été initié et à supprimer les délais après leur exécution. Ladite collaboratrice aurait donc fait explicitement partie intégrante du système de contrôle. La requérante avance que, si la chambre de recours avait estimé que d’autres preuves étaient nécessaires, elle aurait dû lui accorder un délai pour présenter des observations conformément à l’article 59, paragraphe 2, du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822.
37 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
38 Aux termes de l’article 59, paragraphe 2 du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822, au cours de l’examen du recours, la chambre de recours invite les parties, aussi souvent qu’il est nécessaire, à présenter, dans le délai qu’elle leur impartit, leurs observations sur les communications qui émanent des autres parties ou qu’elle leur a adressées.
39 Premièrement, le présent moyen de la requérante repose sur l’hypothèse selon laquelle la chambre de recours, dans la décision attaquée, s’est fondée sur le fait que la collaboratrice Z n’avait que des fonctions de comptable.
40 Or, la chambre de recours a indiqué, au point 21 de la décision attaquée, que les processus au sein du cabinet du représentant de la requérante n’apparaissaient pas comme un système conçu pour contrôler les délais afin d’en garantir le respect, mais comme une simple répartition des tâches, cela résultant notamment du fait que la vérification des paiements effectuée par la collaboratrice Z avait pour but de contrôler les éventuelles créances entre ce représentant et ses clients, et servait donc principalement à la comptabilité et au contrôle d’éventuelles créances, et non au contrôle des délais. L’utilisation du terme « principalement » montre clairement que l’hypothèse de la requérante est erronée. Cette affirmation est étayée par le fait qu’au point 20 de la décision attaquée, la chambre de recours a indiqué qu’il était apparemment prévu que les paiements effectués par la collaboratrice F soient vérifiés par la collaboratrice Z, mais que l’étendue de ce contrôle restait floue.
41 Deuxièmement, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, une chambre de recours n’est pas tenue de faire usage de la possibilité prévue par l’article 59, paragraphe 2, du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822. En effet, cette disposition n’impose pas à la chambre de recours l’obligation d’inviter les parties à compléter leurs propres écritures et pièces devant elle [voir, en ce sens, arrêt du 3 février 2011, Gühring/OHMI (Combinaison de jaune genêt et de gris argent), T‑299/09 et T‑300/09, non publié, EU:T:2011:28, point 34 et jurisprudence citée]. Il s’ensuit que, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours n’était pas tenue de lui donner la possibilité de présenter des observations supplémentaires sur ses propres écritures et pièces concernant les fonctions de la collaboratrice Z au sein du cabinet de son représentant.
42 Troisièmement, en tout état de cause, il convient de rappeler que, afin de conclure à l’absence, au sein du cabinet du représentant de la requérante, d’un système de surveillance des délais suffisamment sûr, la chambre de recours s’est également appuyée sur l’absence de contrôle systématique des actes de la collaboratrice Z. Dès lors, la chambre de recours était en mesure, sur la base des informations déjà disponibles et sans avoir besoin d’autres observations conformément à l’article 59, paragraphe 2, du règlement no 6/2002 dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement 2024/2822, de se prononcer sur la question de savoir si la requérante avait démontré d’une manière suffisante qu’elle avait fait preuve de toute la vigilance nécessitée par les circonstances au sens de l’article 67, paragraphe 1, du règlement no 6/2002.
43 Il ressort de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter le second moyen et, par voie de conséquence, le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
44 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
45 Bien que la requérante ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens qu’en cas d’organisation d’une audience. En l’absence d’organisation d’une audience, il convient de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (huitième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Barth GmbH supportera ses propres dépens.
3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.
| Gâlea | Tóth | Ricziová |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’allemand.
Documents similaires
Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#UC contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-381/26 R.
14/09/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#TH contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-330/26 R.
14/09/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#SNF Group contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no°528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de tétrakis(hydroxyméthyl)phosphonium (2:1) pour les types de produits 6, 11 et 12 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-305/26 R.
14/09/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#YOU Solutions Germany GmbH contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no 528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de N‑(3‑aminopropyl)‑N‑dodécylpropane‑1,3‑diamine pour les types de produits 2 à 4 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-359/26 R.
14/09/2026