Jurisprudence CJUE62025TJ0799

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 2 septembre 2026.#Galina Evgenyevna Pumpyanskaya contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Liste des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques – Maintien du nom du requérant sur la liste – Notion d’“avantage tiré d’un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie” – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement (UE) no 269/2014 – Erreur d’appréciation.#Affaire T-799/25.

CELEX62025TJ0799
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 2 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)

2 septembre 2026 (*)

« Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Liste des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques – Maintien du nom du requérant sur la liste – Notion d’“avantage tiré d’un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie” – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement (UE) no 269/2014 – Erreur d’appréciation »

Dans l’affaire T‑799/25,

Galina Evgenyevna Pumpyanskaya, demeurant à Dubaï (Émirats arabes unis), représentée par Mes A. Saccucci et F. Ciancio, avocats,

partie requérante,

contre

Conseil de l’Union européenne, représenté par Mmes S. Van Overmeire et D. Yovanof, en qualité d’agentes, assistées de Me B. Maingain, avocat,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (huitième chambre),

composé de MM. I. Gâlea, président, T. Tóth (rapporteur) et Mme L. Spangsberg Grønfeldt, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Mme Galina Evgenyevna Pumpyanskaya, demande l’annulation, d’une part, de la décision (PESC) 2025/1895 du Conseil, du 12 septembre 2025, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1895), et du règlement d’exécution (UE) 2025/1894 du Conseil, du 12 septembre 2025, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1894), et, d’autre part, de la décision (PESC) 2026/696 du Conseil, du 14 mars 2026, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2026/696), et du règlement d’exécution (UE) 2026/695 du Conseil, du 14 mars 2026, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2026/695), en tant que ces actes (ci-après, pris ensemble, les « actes attaqués ») maintiennent son nom sur les listes annexées auxdits actes.

Antécédents du litige et faits postérieurs à l’introduction du recours

2 La présente affaire s’inscrit dans le contexte des mesures restrictives décidées par l’Union européenne eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.

3 La requérante est une citoyenne de nationalité russe.

4 Le 17 mars 2014, le Conseil de l’Union européenne a adopté, sur le fondement de l’article 29 TUE, la décision 2014/145/PESC, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 16). À la même date, il a adopté, sur le fondement de l’article 215, paragraphe 2, TFUE, le règlement (UE) no 269/2014, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 6).

5 Par la décision (PESC) 2022/397 du Conseil, du 9 mars 2022, modifiant la décision 2014/145 (JO 2022, L 80, p. 31), et le règlement d’exécution (UE) 2022/396 du Conseil, du 9 mars 2022, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 (JO 2022, L 80, p. 1), le nom de la requérante a été ajouté, respectivement, à la liste annexée à la décision 2014/145 et à celle figurant à l’annexe I du règlement no 269/2014 (ci-après les « listes en cause »).

6 Les 14 septembre 2022, 13 mars 2023, 13 septembre 2023, 12 mars 2024, 12 septembre 2024 et 14 mars 2025, le Conseil a décidé de maintenir le nom de la requérante sur les listes en cause, respectivement jusqu’aux 15 mars 2023, 15 septembre 2023, 15 mars 2024, 15 septembre 2024, 15 mars 2025 et 15 septembre 2025.

7 L’article 2 de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision (PESC) 2023/1094, du 5 juin 2023 (JO 2023, L 146, p. 20), prévoit ce qui suit :

«1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant :

[...]

« g) à des femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie et aux membres de leur famille proche ou à d’autres personnes physiques, qui en tirent avantage, ou à des femmes et hommes d’affaires, des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine [...] »

8 Par arrêt du 6 septembre 2023, Pumpyanskaya/Conseil (T‑272/22, non publié, EU:T:2023:491), le Tribunal a rejeté le recours visant les actes mentionnés au point 5 ci-dessus.

9 Par arrêt du 26 juin 2024, Pumpyanskaya/Conseil (T‑737/22, non publié, EU:T:2024:417), le Tribunal a annulé les actes du 14 septembre 2022 et du 13 mars 2023, pour autant que ceux-ci concernaient la requérante.

10 Par arrêt du 2 avril 2025, Pumpyanskaya/Conseil (T‑1108/23, non publié, EU:T:2025:348), le Tribunal a annulé les actes des 13 septembre 2023, 12 mars 2024 et 12 septembre 2024, pour autant que ceux-ci concernaient la requérante.

11 Le 13 mai 2025, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2025/904, modifiant la décision 2014/145 (JO L, 2025/904), et le règlement (UE) 2025/903, modifiant le règlement no 269/2014 (JO L, 2025/903), afin notamment d’amender les critères en application desquels des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes pouvaient être visés par les mesures restrictives en cause.

12 L’article 2 ter de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2025/904, prévoit ce qui suit :

« Les femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie inscrits sur la liste figurant à l’annexe au titre de l’article 1er, paragraphe 1, point e), et de l’article 2, paragraphe 1, point g), qui prétendent avoir transféré la propriété, le contrôle ou l’avantage économique de leurs intérêts commerciaux le 24 février 2022 ou après cette date continuent d’être considérés comme des femmes et hommes d’affaires influents et de figurer sur la liste de l’annexe, à moins que des informations suffisantes, récentes et fiables ne démontrent qu’ils ne remplissent plus les critères énoncés à l’article 1er, paragraphe 1, point e), et à l’article 2, paragraphe 1, point g). »

13 Le 12 septembre 2025, le Conseil a adopté les septièmes actes de maintien, c’est-à-dire la décision 2025/1895 et le règlement d’exécution 2025/1894, qui ont prolongé les mesures restrictives prises à l’encontre de la requérante jusqu’au 15 mars 2026 pour les motifs suivants :

« [La requérante] est l’épouse de [M.] Dmitry [Alexandrovich] Pumpyanskiy, homme d’affaires russe influent et président de l’Union régionale des industriels et des entrepreneurs de Sverdlovsk (SOSPP).

Son époux est coprésident de la commission de la politique industrielle et de la réglementation technique de la RSPP, aujourd’hui dénommée commission de la réglementation technique. Il est également ancien président du conseil d’administration de [TMK], ainsi qu’ancien président et membre du conseil d’administration du groupe Sinara. Les deux entreprises soutiennent les autorités de la Fédération de Russie et des entreprises d’État, notamment les chemins de fer russes, Gazprom et Rosneft, et tirent avantage d’une coopération avec celles-ci.

En dépit de ses affirmations selon lesquelles elle “s’est retirée inconditionnellement et irrévocablement” de ses activités caritatives au sein de la Fondation caritative Sinara en janvier 2023, [la requérante] a continué de se présenter comme la présidente du conseil de direction de la Fondation bien au-delà de cette date, maintenant ainsi une exposition aux activités publiques et commerciales.

[La requérante] est donc un membre de la famille proche de son époux, [M.] Dmitry [Alexandrovich] Pumpyanskiy, dont elle tire avantage. »

14 Par arrêt du 15 octobre 2025, Pumpyanskaya/Conseil (T‑235/25, non publié, EU:T:2025:957), le Tribunal a annulé les actes du 14 mars 2025, pour autant que ceux-ci concernaient la requérante.

15 Le 14 mars 2026, le Conseil a adopté les huitièmes actes de maintien, c’est-à-dire la décision 2026/696 et le règlement d’exécution 2026/695, qui ont prolongé les mesures restrictives prises à l’encontre de la requérante jusqu’au 15 septembre 2026, sans apporter de modification aux motifs d’inscription du nom de celle-ci sur les listes en cause par rapport à ceux figurant dans les septièmes actes de maintien mentionnés au point 13 ci-dessus.

Conclusions des parties

16 À la suite de l’adaptation de la requête, la requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– déclarer l’inapplicabilité, en ce qui concerne le mari de la requérante, premièrement, de l’article 2, paragraphe 1, sous f), de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2022/329, du 25 février 2022 (JO 2022, L 50, p. 1), et de l’article 3, paragraphe 1, sous f), du règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2022/330, du 25 février 2022 (JO 2022, L 51, p. 1), deuxièmement, des premier et troisième volets de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2023/1094, et de l’article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2023/1089, du 5 juin 2023 (JO 2023, L 146, p. 1), et, troisièmement, de l’article 2 ter de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2025/904, et de l’article 3, paragraphe 1 ter, du règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2025/903 ;

– déclarer l’inapplicabilité, en ce qui concerne la requérante, du deuxième volet de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2023/1094, et de l’article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2023/1089 ;

– annuler les actes attaqués, en ce qu’ils la visent ;

– condamner le Conseil aux dépens.

17 À la suite des observations sur l’adaptation de la requête, le Conseil conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter comme irrecevable l’exception d’illégalité soulevée par la requérante concernant, respectivement, l’article 2, paragraphe 1, sous f), de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2022/329, les premier et troisième volets de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2023/1094, et de l’article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement no 269/2014, dans sa version modifiée par le règlement 2023/1089 ainsi que l’article 2 ter de la décision 2014/145, dans sa version modifiée par la décision 2025/904 ;

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens ;

– à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où le Tribunal annulerait les actes attaqués dans la mesure où le nom de la requérante a été inscrit sur la liste en cause figurant à l’annexe I de la décision 2014/145 modifiée, ordonner, en substance, que les effets de la décision 2025/1895 ainsi que de la décision 2026/696 soient maintenus en ce qui concerne la requérante jusqu’à ce que l’annulation partielle du règlement d’exécution 2025/1894 et du règlement d’exécution 2026/695 prenne effet.

En droit

18 À l’appui de son recours, la requérante soulève, en substance, cinq moyens, tirés, le premier, d’une erreur d’appréciation, le deuxième, d’une violation des droits de la défense et du droit à une protection juridictionnelle effective, le troisième, d’une violation de l’obligation de motivation, le quatrième, d’une violation des droits fondamentaux et, le cinquième, de l’illégalité, au titre de l’article 277 TFUE, des critères d’inscription retenus dans les actes attaqués.

19 Le Tribunal estime qu’il convient d’examiner d’abord le premier moyen, tiré d’une erreur d’appréciation.

Sur le premier moyen, tiré dune erreur dappréciation

20 En substance, la requérante soutient que, dans les actes attaqués, le Conseil a commis une erreur manifeste d’appréciation en ce que l’inscription de son nom sur les listes en cause a été maintenue sur le fondement du critère désignant les personnes qui tirent avantage d’une femme ou d’un homme d’affaires influents exerçant des activités en Russie, prévu dans le deuxième volet de l’article 1er, paragraphe 1, sous e), et de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145, telle que modifiée par la décision 2023/1094 [ci-après le « deuxième volet du critère g) modifié »].

Considérations liminaires

21 Il importe de relever que le premier moyen doit être considéré comme étant tiré d’une erreur d’appréciation et non d’une erreur manifeste d’appréciation. En effet, s’il est certes vrai que le Conseil dispose d’un certain pouvoir d’appréciation pour déterminer, au cas par cas, si les critères juridiques sur lesquels se fondent les mesures restrictives en cause sont remplis, il n’en reste pas moins que les juridictions de l’Union doivent assurer un contrôle, en principe complet, de la légalité de l’ensemble des actes de l’Union (voir, en ce sens, arrêts du 3 juillet 2014, National Iranian Tanker Company/Conseil, T‑565/12, EU:T:2014:608, points 54 et 55, et du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 61 et jurisprudence citée).

22 L’effectivité du contrôle juridictionnel garanti par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne exige, notamment, que le juge de l’Union s’assure que la décision par laquelle des mesures restrictives ont été adoptées ou maintenues, qui revêt une portée individuelle pour la personne ou l’entité concernée, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vérification des faits allégués dans l’exposé des motifs qui sous-tend ladite décision, de sorte que le contrôle juridictionnel ne soit pas limité à l’appréciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoqués, mais porte sur la question de savoir si ces motifs ou, à tout le moins, l’un d’eux considéré comme étant suffisant en soi pour soutenir cette même décision sont étayés (voir, en ce sens, arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 119, et du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 62).

23 Une telle appréciation doit être effectuée en examinant les éléments de preuve et d’information non de manière isolée, mais dans le contexte dans lequel ils s’insèrent. En effet, le Conseil satisfait à la charge de la preuve qui lui incombe s’il fait état devant le juge de l’Union d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants permettant d’établir l’existence d’un lien suffisant entre la personne ou l’entité sujette à une mesure de gel de ses fonds et le régime ou, en général, les situations combattues (voir arrêt du 20 juillet 2017, Badica et Kardiam/Conseil, T‑619/15, EU:T:2017:532, point 99 et jurisprudence citée ; voir, en ce sens, arrêt du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, points 63 et 66).

24 C’est à l’autorité compétente de l’Union qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée, et non à cette dernière d’apporter la preuve négative de l’absence de bien-fondé desdits motifs. À cette fin, il n’est pas requis que le Conseil produise devant le juge de l’Union l’ensemble des informations et des éléments de preuve inhérents aux motifs allégués dans l’acte dont il est demandé l’annulation. Il importe que les informations ou les éléments produits étayent les motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée (arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, points 121 et 122, et du 28 novembre 2013, Conseil/Fulmen et Mahmoudian, C‑280/12 P, EU:C:2013:775, points 66 et 67 ; voir, également, arrêt du 1er juin 2022, Prigozhin/Conseil, T‑723/20, non publié, EU:T:2022:317, point 73 et jurisprudence citée).

25 Dans cette hypothèse, il incombe au juge de l’Union de vérifier l’exactitude matérielle des faits allégués au regard de ces informations ou éléments de preuve et d’apprécier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de l’espèce et à la lumière des éventuelles observations présentées, notamment, par la personne ou l’entité concernée à leur sujet (voir, en ce sens, arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 124).

26 S’agissant plus particulièrement du contrôle de légalité exercé sur les actes de maintien du nom de la personne concernée sur les listes en cause, il convient de rappeler que les mesures restrictives ont une nature conservatoire et, par définition, provisoire, dont la validité est toujours subordonnée à la perpétuation des circonstances de fait et de droit ayant présidé à leur adoption ainsi qu’à la nécessité de leur maintien en vue de la réalisation de l’objectif qui leur est associé. C’est ainsi qu’il incombe au Conseil, lors du réexamen périodique de ces mesures, de procéder à une appréciation actualisée de la situation et d’établir un bilan de l’impact de telles mesures, en vue de déterminer si elles ont permis d’atteindre les objectifs visés par l’inscription initiale des noms des personnes et des entités concernées sur la liste litigieuse ou s’il est toujours possible de tirer la même conclusion concernant lesdites personnes et entités (voir, en ce sens, arrêt du 27 avril 2022, Ilunga Luyoyo/Conseil, T‑108/21, EU:T:2022:253, point 55 et jurisprudence citée ; arrêt du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 67).

27 Il en résulte que, pour justifier le maintien du nom d’une personne sur une liste des personnes et des entités faisant l’objet de mesures restrictives, il n’est pas interdit au Conseil de se fonder sur les mêmes éléments de preuve que ceux ayant justifié l’inscription initiale, la réinscription ou le maintien précédent du nom de la partie requérante sur ladite liste, pour autant que, d’une part, les motifs d’inscription demeurent inchangés et que, d’autre part, le contexte n’ait pas évolué d’une manière telle que ces éléments de preuve seraient devenus obsolètes (voir, en ce sens, arrêt du 23 septembre 2020, Kaddour/Conseil, T‑510/18, EU:T:2020:436, point 99). À ce titre, l’évolution du contexte inclut la prise en considération, d’une part, de la situation du pays à l’égard duquel le système de mesures restrictives a été établi ainsi que de la situation particulière de la personne concernée (voir, en ce sens, arrêts du 23 septembre 2020, Kaddour/Conseil, T‑510/18, EU:T:2020:436, point 101, et du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 78) et, d’autre part, de l’ensemble des circonstances pertinentes et, notamment, de l’absence de réalisation des objectifs visés par les mesures restrictives (voir, en ce sens, arrêt du 27 avril 2022, Ilunga Luyoyo/Conseil, T‑108/21, EU:T:2022:253, point 56 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 12 février 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, points 82 à 84 et jurisprudence citée).

28 C’est donc à la lumière de ces considérations liminaires qu’il convient de vérifier si le Conseil a commis une erreur d’appréciation en décidant de maintenir, par l’adoption des actes attaqués, le nom de la requérante sur les listes en cause.

29 En l’espèce, il convient de constater que, par les actes attaqués, le Conseil a décidé de maintenir l’inscription du nom de la requérante sur les listes en cause sur le fondement du motif qu’elle serait un membre de la famille proche d’un « homme d’affaires influent » dont elle tirerait avantage, en l’occurrence son mari, M. Dmitry Alexandrovich Pumpyanskiy, ce qui correspond au deuxième volet du critère g) modifié.

30 Or, la requérante fait valoir, en substance, premièrement, qu’elle n’est plus un « membre de la famille proche » de son mari, au sens du deuxième volet du critère g) modifié, en raison de leur séparation et du fait qu’elle vit désormais à Dubaï (Émirats arabes unis), deuxièmement, qu’elle ne tire aucunement avantage de ce dernier, troisièmement, qu’elle est financièrement indépendante de son mari compte tenu de la vente de ses participations dans le groupe Sinara qu’elle détenait et, quatrièmement, que le Conseil aurait commis une erreur d’appréciation en considérant que son mari était un « homme d’affaires influent » au sens du deuxième volet du critère g) modifié.

31 Le Conseil conteste les arguments de la requérante. En substance, il soutient que, à supposer que celle-ci soit séparée de son mari comme elle le prétend, elle n’en demeure pas moins qu’ils sont toujours mariés et que les conditions d’application du deuxième volet du critère g) modifié sont remplies. Il ajoute, en substance, que les ressources financières sur lesquelles la requérante prétend aujourd’hui fonder son indépendance économique ne proviennent en aucune manière d’une activité indépendante mais de la vente de ses participations qu’elle détenait dans le groupe Sinara grâce à ses liens familiaux et professionnels avec son mari. Par ailleurs, le Conseil fait valoir que M. Pumpyanskiy peut être qualifié d’« homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie » au sens de ce critère et que c’est donc à juste titre qu’il a considéré que le nom de la requérante devait être maintenu sur les listes en cause.

32 En l’espèce, force est de constater qu’il ressort des motifs des actes attaqués que la base factuelle du motif retenu à l’égard de la requérante, qui se rattache au deuxième volet du critère g) modifié et qui permettrait de considérer que cette dernière tirerait avantage de son mari, se réfère uniquement, premièrement, aux fonctions actuelles ou passées de celui-ci au sein de deux organisations, à savoir l’Union russe des industriels et entrepreneurs (RSPP) et l’Union régionale des industriels et des entrepreneurs de Sverdlovsk (SOSPP), deuxièmement, aux anciennes fonctions de son mari au sein de TMK et de Sinara et, troisièmement, au fait que la requérante serait toujours présentée comme la présidente du conseil de direction de la Fondation caritative Sinara, ce qui lui permettrait de maintenir une exposition aux activités publiques et commerciales (voir point 13 ci-dessus).

33 Partant, dans la mesure où les motifs d’inscription font état d’un lien entre les fonctions de son mari mentionnées au point 32 ci-dessus et la requérante, il convient de vérifier si la base factuelle du Conseil contient des éléments tendant à démontrer que ces fonctions sont de nature à constituer un avantage tiré de son mari au sens du deuxième volet du critère g) modifié.

34 À cet égard, il convient d’indiquer que, selon la jurisprudence, la notion d’« avantage », au sens du deuxième volet du critère g) modifié, doit être interprétée en tenant compte des objectifs visés par ce critère, lesquels impliquent un accroissement du coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Dès lors, l’avantage au sens de cette disposition vise tout avantage de quelque nature que ce soit, qui n’est pas nécessairement indu, mais qui doit être quantitativement ou qualitativement non négligeable. Il peut donc s’agir d’un avantage financier ou non financier, tel qu’un don, un transfert de fonds ou de ressources économiques, une intervention en vue de favoriser l’attribution de contrats publics, une nomination ou une promotion (arrêts du 11 septembre 2024, Tokareva/Conseil, T‑744/22, EU:T:2024:608, point 142, et du 11 septembre 2024, Ezubov/Conseil, T‑741/22, non publié, EU:T:2024:605, point 185).

35 En premier lieu, s’agissant des fonctions actuelles ou passées du mari de la requérante au sein des deux organisations visées au point 32 ci-dessus ou de celles visées au sein de TMK et Sinara, il suffit de constater que celles-ci constituent un élément contextuel par lequel le Conseil tente d’étayer la qualité d’homme d’affaire influent du mari de la requérante. Néanmoins, l’indication desdites fonctions n’est pas susceptible de démontrer, à elle seule, que la requérante tire un avantage de son mari au titre du deuxième volet du critère g) modifié.

36 En deuxième lieu, s’agissant du motif selon lequel la requérante a continué de se présenter comme la présidente du conseil de direction de la Fondation caritative Sinara, ce qui lui permettrait de maintenir une exposition aux activités publiques et commerciales, il ressort du dossier portant la référence WK 9180/2025 INIT que, au mois de juillet 2024, à l’occasion d’une visite d’une haute fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Musée national du tapis de Bakou (Azerbaïdjan), celle-ci a été accueillie, entre autres, par la requérante, présentée par le site dudit musée (pièces nos 2 et 3) et le compte Instagram de celui-ci (pièce no 1) comme étant la présidente du conseil de direction de la Fondation caritative Sinara.

37 Or, d’une part, une telle circonstance ne saurait aucunement constituer une exposition aux activités commerciales, telle qu’indiquée dans l’exposé des motifs. D’autre part, il y a lieu de constater qu’une seule présence publique de la requérante, dans un contexte culturel, n’est pas de nature à démontrer que cette dernière tire un avantage quantitativement ou qualitativement non négligeable de son mari, au sens du deuxième volet du critère g) modifié.

38 À cet égard ne saurait prospérer l’argument du Conseil selon lequel le fait que la requérante continuerait d’être présentée comme la présidente du conseil de direction de la Fondation caritative Sinara contribuerait à maintenir aux yeux des tiers l’association de la requérante avec une structure étroitement liée aux activités économiques de son mari.

39 En effet, premièrement, force est de constater que le nom de la requérante a été maintenu sur les listes en cause sur le fondement du deuxième volet du critère g) modifié permettant l’inscription sur ces listes des noms des membres de la famille proche ou d’autres personnes qui tirent avantage d’une femme ou d’un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie et non sur le fondement du critère d’association. Deuxièmement, le Conseil ne saurait valablement sous-entendre que la requérante est liée aux activités économiques de son mari par le groupe Sinara alors qu’il ressort des motifs que le Conseil estime que le mari de la requérante n’occupe plus ses fonctions au sein du groupe Sinara. Enfin, troisièmement et en tout état de cause, il y a lieu de souligner que, à supposer même que le fait d’être présentée, au mois de juillet 2024, comme la présidente du conseil de direction de la Fondation caritative Sinara ait dû être considéré comme constituant un avantage tiré de son mari, encore aurait-il fallu que le Conseil démontre qu’un tel avantage demeurait au moment de l’adoption des actes attaqués.

40 Ainsi, eu égard aux considérations qui précèdent, c’est à juste titre que la requérante soutient que la base factuelle du Conseil n’était pas suffisante pour démontrer que, lors de l’adoption des actes attaqués, elle tirait un avantage au titre des fonctions actuelles ou passées de son mari au sens du deuxième volet du critère g) modifié.

41 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par les arguments du Conseil selon lesquels, d’une part, bien qu’elle prétende vivre à Dubaï, elle est toujours mariée à M. Pumpyanskiy et, d’autre part, les ressources financières sur lesquelles la requérante prétend aujourd’hui fonder son indépendance économique ne proviennent en aucune manière d’une activité indépendante mais de la vente des participations qu’elle détenait dans le groupe Sinara grâce à ses liens familiaux et professionnels avec son mari.

42 En effet, indépendamment de la circonstance que la requérante vive ou non à Dubaï, ou encore qu’elle et M. Pumpyanskiy soient toujours mariés, force est de relever que le fait que ses ressources financières proviennent de la vente des participations qu’elle détenait dans le groupe Sinara grâce à ses liens familiaux et professionnels avec son mari, n’est pas mentionné dans les motifs d’inscription des actes attaqués. Dès lors, sauf à admettre une substitution de motifs, il ne saurait être admis que le Conseil se prévale de ce fait pour justifier le bien-fondé desdits actes.

43 Il résulte de ce qui précède que le Conseil n’a pas satisfait à la charge de la preuve qui lui incombe d’établir que la requérante tirait avantage d’un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie, au sens du deuxième volet du critère g) modifié, au titre des fonctions exercées par son mari telles que mentionnées dans les motifs des actes attaqués.

44 Il y a donc lieu d’accueillir le premier moyen et d’annuler les actes attaqués pour autant qu’ils concernent la requérante, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres moyens d’annulation soulevés à l’appui du recours ni les premier et deuxième chefs de conclusions.

Sur les effets de lannulation des actes attaqués

45 Le Conseil demande, en substance, que, dans l’hypothèse où le Tribunal annulerait les actes attaqués en ce qu’ils concernent la requérante, celui-ci ordonne le maintien des effets de la décision 2025/1895 et ceux de la décision 2026/696 en ce qui concerne la requérante jusqu’à ce que l’annulation partielle du règlement d’exécution 2025/1894 et du règlement d’exécution 2026/695 prenne effet.

46 À cet égard, s’agissant de la demande tendant au maintien des effets de la décision 2025/1895, il suffit de relever que la décision 2025/1895 n’a produit d’effets que jusqu’au 15 mars 2026. Par conséquent, l’annulation de celle-ci par le présent arrêt n’a pas de conséquence sur la période postérieure à cette date, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de se prononcer sur la question du maintien des effets de cette décision (voir, en ce sens, arrêt du 21 décembre 2021, Klymenko/Conseil, T‑195/21, EU:T:2021:925, point 113 et jurisprudence citée).

47 Quant à la demande présentée par le Conseil tendant au maintien des effets de la décision 2026/696 jusqu’à l’expiration du délai prévu pour l’introduction d’un pourvoi visant le présent arrêt et, en cas de pourvoi, jusqu’à la décision statuant sur celui-ci, il doit être rappelé que, s’agissant du règlement d’exécution 2026/695, en vertu de l’article 60, second alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, par dérogation à l’article 280 TFUE, les décisions du Tribunal annulant un règlement ne prennent effet qu’à compter de l’expiration du délai de pourvoi visé à l’article 56, premier alinéa, dudit statut ou, si un pourvoi a été introduit dans ce délai, à compter du rejet de celui-ci.

48 Dans ces circonstances, en l’absence de pourvoi, le Conseil dispose d’un délai de deux mois, augmenté du délai de distance de dix jours, à compter de la notification du présent arrêt pour adopter, le cas échéant, de nouvelles mesures restrictives à l’égard de la requérante.

49 En revanche, s’agissant de la décision 2026/696, il convient de constater que, en principe, son annulation devrait entraîner la disparition de l’inscription du nom de la requérante sur la liste en cause figurant à l’annexe I de la décision 2014/145 modifiée.

50 Néanmoins, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 264 TFUE, le Tribunal peut, s’il l’estime nécessaire, indiquer ceux des effets de l’acte annulé qui doivent être considérés comme définitifs.

51 En l’espèce, l’existence d’une différence entre la date d’effet de l’annulation du règlement d’exécution 2026/695, d’une part, et celle de la décision 2026/696, d’autre part, serait susceptible d’entraîner une atteinte sérieuse à la sécurité juridique, ces quatre actes imposant au requérant des mesures identiques (voir, en ce sens, arrêt du 28 septembre 2022, LAICO/Conseil, T‑627/20, non publié, EU:T:2022:590, point 106).

52 Il s’ensuit que les effets de la décision 2026/696 doivent être maintenus à l’égard de la requérante jusqu’à la date d’expiration du délai de pourvoi ou, si un pourvoi est introduit dans ce délai, jusqu’au rejet éventuel du pourvoi.

Sur les dépens

53 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

54 En l’espèce, le Conseil ayant succombé, il y a lieu de le condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux de la requérante, conformément aux conclusions de cette dernière.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (huitième chambre)

déclare et arrête :

1) La décision (PESC) 2025/1895 du Conseil, du 12 septembre 2025, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, le règlement d’exécution (UE) 2025/1894 du Conseil, du 12 septembre 2025, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, la décision (PESC) 2026/696 du Conseil, du 14 mars 2026, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine et le règlement d’exécution (UE) 2026/695 du Conseil, du 14 mars 2026, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine sont annulés, dans la mesure où le nom de Mme Galina Evgenyevna Pumpyanskaya a été maintenu sur la liste des personnes, entités et organismes auxquels s’appliquent ces mesures restrictives.

2) Les effets de la décision 2026/696 sont maintenus à l’égard de Mme Pumpyanskaya jusqu’à la date d’expiration du délai du pourvoi ou, si un pourvoi est introduit dans ce délai, jusqu’au rejet éventuel du pourvoi.

3) Le Conseil de l’Union européenne est condamné à supporter ses propres dépens ainsi que ceux de Mme Pumpyanskaya.

Gâlea

Tóth

Spangsberg Grønfeldt

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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