Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 2 septembre 2026.#Olymp Bezner KG contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne consistant en la combinaison des trois couleurs blanc, bleu foncé et bleu – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94 du règlement 2017/1001 – Égalité de traitement.#Affaire T-834/25.
| CELEX | 62025TJ0834 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 2 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
2 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne consistant en la combinaison des trois couleurs blanc, bleu foncé et bleu – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94 du règlement 2017/1001 – Égalité de traitement »
Dans l’affaire T‑834/25,
Olymp Bezner KG, établie à Bietigheim-Bissingen (Allemagne), représentée par Mes N. Gregor, T. Fröhlich et K. Jägers, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. T. Klee, D. Hanf et Mme E. Nicolás Gómez, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mme N. Półtorak, présidente, M. G. Hesse et Mme G. Steinfatt (rapporteure), juges,
greffière : Mme S. Jund, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 18 juin 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Olymp Bezner KG, demande l’annulation et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 22 septembre 2025 (affaire R 764/2025-1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 28 novembre 2024, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe de couleur suivant :
3 La marque demandée désignait notamment les produits relevant des classes 18 et 25 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 18 : « Sacs à dos ; sacs à main ; sacs à bandoulière ; sacs de voyage ; portefeuilles ; porte-monnaie ; étuis pour cartes de crédit ; étuis pour clés » ;
– classe 25 : « Chemises ; pantalons ; vestes ; gilets ; sweatshirts ; pull-overs à capuche ; T-shirts ; poloshirts ; pull-overs ; chaussettes ; bonnets ; ceintures ; foulards ; gants ; sneakers (chaussures) ».
4 Dans sa demande d’enregistrement, la requérante a décrit la marque demandée comme étant une marque de couleur en tant que telle et a revendiqué les couleurs « RAL : 9003 », « RAL : 5011 » et « RAL : 5000 ». La demande d’enregistrement décrit la marque demandée de la manière suivante : « Les couleurs sont disposées sous la forme de trois bandes horizontales; superposées et directement adjacentes les unes aux autres ; [d]e haut en bas, l’ordre des couleurs est le suivant : blanc de sécurité, bleu acier, bleu violet ; [l]a longueur des bandes de couleur équivaut à plusieurs fois leur hauteur ; [l]a hauteur totale se subdivise comme suit entre les différentes couleurs : blanc de sécurité 7/17, bleu acier 3/17, bleu violet 7/17 ».
5 Par décision du 7 mars 2025, l’examinateur a rejeté, en tant qu’elle visait les produits mentionnés au point 3 ci-dessus, la demande d’enregistrement de ladite marque, sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
6 Le 25 avril 2025, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de l’examinateur.
7 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours, au motif que la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
Conclusions des parties
8 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et, le cas échéant, la réformer ;
– condamner l’EUIPO aux dépens, y compris ceux exposés devant la chambre de recours.
9 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de tenue d’une audience.
En droit
10 La requérante invoque, en substance, trois moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, le deuxième, d’une violation de l’article 94 du même règlement et, le troisième, d’une violation du principe d’égalité de traitement.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001
11 Aux points 12 à 30 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que la marque demandée était dépourvue de tout caractère distinctif pour l’ensemble des produits qu’elle visait. Selon la chambre de recours, les produits couverts par ladite marque s’adressaient au grand public, qui ferait preuve d’un niveau d’attention moyen, et cette marque était perçue de la même manière dans toute l’Union européenne. Ayant relevé que, dans le secteur de l’habillement, auquel appartenaient les produits relevant des classes 18 et 25 que couvre la marque en question, l’utilisation de différentes couleurs, y compris de bandes de plusieurs couleurs, était largement répandue, la chambre de recours a estimé que la marque demandée était perçue exclusivement comme un élément décoratif de ces produits, qu’elle soit apposée sur ceux-ci ou sur leur emballage sous forme d’une petite étiquette ou qu’elle y figure en grand format. Le fait que des signes similaires fussent présents sur le marché et fussent perçus par les consommateurs comme une indication de l’origine des produits qu’ils visaient n’y changerait rien. S’agissant de la jurisprudence selon laquelle, dans le cas d’une couleur en elle-même ou d’une combinaison de couleurs, l’existence d’un caractère distinctif avant tout usage ne peut se concevoir que dans des circonstances exceptionnelles, notamment lorsque le nombre des produits ou des services pour lesquels la marque est demandée est très limité et que le marché pertinent est très spécifique, la chambre de recours a considéré, d’une part, que le fait que la marque demandée ne couvre qu’un petit nombre de produits identifiés avec précision n’aboutissait pas automatiquement au caractère enregistrable de ladite marque et, d’autre part, que, si le secteur de l’habillement était un marché spécial auquel participaient de nombreux concurrents, il n’était cependant pas un marché très spécifique que seuls quelques concurrents se partageaient. Enfin, de l’avis de la chambre de recours, la combinaison de couleurs en cause n’était pas particulièrement prégnante et ces couleurs étaient courantes dans le secteur de l’habillement. Quant au fait que la longueur des bandes de couleur soit un multiple de leur hauteur, il s’agirait d’une caractéristique inhérente à une marque de couleur.
12 Au soutien de son premier moyen, la requérante avance que la chambre de recours a erronément réduit la demande d’enregistrement à un motif quelconque à rayures bleu, bleu clair et blanc, sans apprécier les restrictions de l’étendue de la protection définies dans la demande d’enregistrement de la marque demandée. Pourtant, ces éléments étayeraient précisément le caractère distinctif, à tout le moins faible, de ladite marque. La marque demandée remplirait toutes les conditions pour être enregistrée en tant que marque de couleur de l’Union européenne et serait notamment propre à distinguer les produits et services demandés de ceux d’autres entreprises. La chambre de recours aurait, à tout le moins, apprécié de manière erronée, premièrement, le fait qu’il s’agit en l’espèce d’une demande d’enregistrement de marque de couleur clairement définie par les codes « RAL : 9003 », « RAL : 5011 » et « RAL : 5000 », deuxièmement, la séquence précise des couleurs, c’est-à-dire l’ordre des couleurs dans une orientation spatiale fixe de haut en bas, troisièmement, la disposition spécifique des couleurs individuelles sous la forme de trois bandes horizontales superposées et directement adjacentes les unes aux autres, quatrièmement, les proportions internes spécifiques des différentes couleurs les unes par rapport aux autres et, cinquièmement, la proportion externe spécifique du motif de couleurs. Ces précisions limiteraient le domaine de protection de la marque d’une manière qui laisse les concurrents libres d’utiliser une multitude de variantes de conceptions différentes et préserverait ainsi l’intérêt général à la libre disponibilité des couleurs. La caractéristique selon laquelle la longueur du motif de couleurs est un multiple de sa hauteur ne serait pas inhérente à une marque de couleur. Par ailleurs, l’étendue de la protection de la marque consistant en une combinaison de couleurs faisant l’objet de la demande d’enregistrement de la marque demandée serait même plus restreinte que celle d’une marque figurative identique à la reproduction de la marque. Enfin, la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir suffisamment tenu compte du fait que, dans le secteur de l’habillement, le public pertinent est fréquemment confronté à des combinaisons de couleurs et de ne pas en avoir déduit que ledit public percevrait celles-ci comme des indications d’origine.
13 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
14 Aux termes de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sont refusées à l’enregistrement les marques qui sont dépourvues de caractère distinctif.
15 Le caractère distinctif d’une marque au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 signifie que cette marque permet d’identifier le produit ou le service pour lequel l’enregistrement est demandé comme provenant d’une entreprise déterminée et donc de distinguer ce produit ou ce service de ceux d’autres entreprises (voir arrêt du 21 janvier 2010, Audi/OHMI, C‑398/08 P, EU:C:2010:29, point 33 et jurisprudence citée).
16 Il doit donc être apprécié, d’une part, par rapport aux produits ou aux services pour lesquels l’enregistrement est demandé et, d’autre part, par rapport à la perception qu’en a le public pertinent (voir arrêt du 29 avril 2004, Henkel/OHMI, C‑456/01 P et C‑457/01 P, EU:C:2004:258, point 35 et jurisprudence citée).
17 Un minimum de caractère distinctif suffit, toutefois, pour que le motif absolu de refus figurant à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 ne soit pas applicable [arrêt du 9 septembre 2020, Glaxo Group/EUIPO (Nuance de couleur pourpre), T‑187/19, non publié, EU:T:2020:405, point 30].
18 Pour apprécier le caractère distinctif qu’une couleur ou une combinaison de couleurs déterminée peut présenter en tant que marque, il est nécessaire de tenir compte de l’intérêt général à ne pas restreindre indûment la disponibilité des couleurs pour les autres opérateurs offrant des produits ou des services du type de ceux pour lesquels l’enregistrement est demandé [arrêts du 6 mai 2003, Libertel, C‑104/01, EU:C:2003:244, point 60, et du 24 juin 2004, Heidelberger Bauchemie, C‑49/02, EU:C:2004:384, point 41 ; voir arrêt du 11 juin 2025, OMV/EUIPO (Combinaison des couleurs bleu et vert), T‑38/24, non publié, EU:T:2025:578, point 28 et jurisprudence citée].
19 Les couleurs et leurs combinaisons abstraites ne peuvent se voir reconnaître un caractère distinctif intrinsèque que dans des circonstances exceptionnelles, étant donné qu’elles se confondent avec l’aspect des produits désignés et qu’elles ne sont pas, en principe, utilisées comme moyens d’identification d’origine commerciale (voir, par analogie, arrêts du 6 mai 2003, Libertel, C‑104/01, EU:C:2003:244, points 65 et 66, et du 24 juin 2004, Heidelberger Bauchemie, C‑49/02, EU:C:2004:384, point 39).
20 En l’espèce, il n’y a pas lieu de remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le public pertinent est le grand public qui fait preuve d’un niveau d’attention moyen, au demeurant non contestée par la requérante.
21 En premier lieu, l’argument par lequel la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir appliqué la jurisprudence relative aux marques consistant en une couleur unique, à savoir l’arrêt du 6 mai 2003, Libertel (C‑104/01, EU:C:2003:244), et non celle relative aux marques consistant en une combinaison de couleurs ne saurait prospérer.
22 En effet, comme le fait valoir, en substance, l’EUIPO, il ne ressort pas de la jurisprudence citée aux points 15 à 19 ci-dessus que l’appréciation du caractère distinctif d’une marque de couleur en tant que telle doive être effectuée différemment selon que cette marque consiste en une couleur unique ou en une combinaison de couleurs. En particulier, si le risque d’atteinte à l’intérêt général visant à ne pas restreindre indûment la disponibilité des couleurs varie en fonction des caractéristiques de chaque signe demandé, et à supposer que ce risque soit moins élevé pour une combinaison de couleurs dotée d’un agencement systématique que pour une couleur unique, il n’en reste pas moins que, conformément à la jurisprudence citée au point 18 ci-dessus, il est nécessaire de tenir compte dudit intérêt général pour apprécier le caractère distinctif d’un signe constitué tant d’une couleur unique que d’une combinaison de couleurs déterminée selon un agencement systématique [voir, en ce sens, arrêt du 26 mars 2025, Lotus Bakeries/EUIPO (Combinaison des couleurs rouge et blanche), T‑1096/23, non publié, EU:T:2025:330, point 57].
23 En deuxième lieu, le fait que, comme la marque demandée, un signe consiste en une combinaison de couleurs utilisées selon un agencement systématique bien précis associant lesdites couleurs de manière prédéterminée et constante ne suffit pas à permettre son enregistrement en tant que marque de l’Union européenne (voir, en ce sens, arrêts du 26 mars 2025, Combinaison des couleurs rouge et blanche, T‑1096/23, non publié, EU:T:2025:330, point 45, et du 11 juin 2025, Combinaison des couleurs bleu et vert, T‑38/24, non publié, EU:T:2025:578, point 38).
24 En troisième lieu, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir tenu compte du fait que la marque demandée n’est pas une marque de couleur unique, sans délimitation dans l’espace, mais une marque consistant en une combinaison de couleurs, disposées selon un agencement précis, ou d’en avoir tenu compte insuffisamment ou de manière erronée, et d’avoir ainsi, de fait, étendu l’objet de la protection revendiquée dans la demande d’enregistrement.
25 En effet, ayant relevé, au point 23 de la décision attaquée, que l’utilisation de bandes de couleurs était largement répandue dans le secteur de l’habillement, la chambre de recours a constaté, au point 28 de ladite décision, que les couleurs blanc de sécurité, bleu acier et bleu violet de la marque demandée étaient, tout comme leur combinaison, courantes dans ce secteur et que les deux bandes de largeur égale composant ladite marque étaient séparées par une bande environ moitié moins large. Si la chambre de recours a également constaté, audit point 28, que le fait que la longueur des bandes fût un multiple de leur largeur était un facteur inhérent aux marques de couleur, il convient de relever que l’article 3, paragraphe 3, sous f), ii), du règlement d’exécution (UE) 2018/626 de la Commission, du 5 mars 2018, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du règlement 2017/1001 et abrogeant le règlement d’exécution (UE) 2017/1431 (JO 2018, L 104, p. 37), dispose que, dans le cas d’une marque de couleur, lorsque la marque consiste exclusivement en une combinaison de couleurs sans contours, elle est représentée par la soumission d’une reproduction montrant l’agencement systématique de la combinaison de couleurs de façon uniforme et prédéterminée.
26 En outre, les couleurs revendiquées ne sont pas, en tant que telles, à ce point exceptionnelles qu’elles seraient facilement mémorisées dans le secteur en cause et seraient perçues comme indiquant l’origine commerciale des produits en cause, conformément à la jurisprudence citée au point 19 ci-dessus.
27 En quatrième lieu, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir suffisamment tenu compte du fait que, dans le secteur de l’habillement, le public pertinent est fréquemment confronté à des combinaisons de couleurs et de ne pas en avoir déduit que ledit public percevrait celles-ci comme des indications d’origine.
28 À cet égard, au point 23 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que l’utilisation de combinaisons de couleurs, y compris de bandes de couleurs différentes, était largement répandue dans le secteur de l’habillement.
29 En principe, pour qu’une combinaison de couleurs telle que celle en cause puisse remplir une fonction d’identification des produits concernés, il faut qu’elle comporte des éléments aptes à l’individualiser par rapport à d’autres combinaisons de couleurs et à retenir l’attention du consommateur [arrêts du 20 juillet 2017, Basic Net/EUIPO (Représentation de trois bandes verticales), T‑612/15, non publié, EU:T:2017:537, point 51, et du 26 mars 2025, Combinaison des couleurs rouge et blanche, T‑1096/23, non publié, EU:T:2025:330, point 36].
30 Cette appréciation est renforcée par le fait que le public pertinent n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différents signes, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il a gardée en mémoire (arrêt du 20 juillet 2017, Représentation de trois bandes verticales, T‑612/15, non publié, EU:T:2017:537, point 56).
31 Or, en l’espèce, la requérante ne soutient pas que la marque demandée se distingue d’autres combinaisons de couleurs similaires et qu’elle diverge de la norme ou des habitudes du secteur par certains de ses éléments. En outre, le fait que le public pertinent soit habitué à l’utilisation de combinaisons de couleurs dans le secteur concerné ne démontre pas qu’il les perçoive comme indiquant l’origine commerciale des produits.
32 À cet égard, la requérante fait également valoir, en substance, que c’est en raison de certains usages qui en sont faits que les combinaisons de trois couleurs, sous forme de bandes, sont généralement perçues non comme de simples éléments décoratifs, mais comme des indications d’origine. Selon la requérante, tel est le cas, notamment, lorsque ces combinaisons de couleurs sont utilisées sous formes d’écussons, de broderies ou d’étiquettes en tissu et positionnées à l’arrière du col des vestes et des gilets, au niveau de la taille des vestes et des gilets, ou sur le côté de la poitrine des T-shirts et des polos. Tel serait également le cas lorsque les combinaisons de couleurs en question seraient placées sur le côté des sneakers, en diagonale, ou encore lorsqu’elles seraient appliquées sur des fermetures éclair ou des boutons.
33 Certes, selon la jurisprudence, le caractère distinctif d’un signe dont l’enregistrement est demandé doit être examiné en prenant en considération tous les faits et circonstances pertinents, y compris l’ensemble des modes d’usage probables de la marque demandée, c’est-à-dire ceux qui sont, au regard des habitudes du secteur économique concerné, susceptibles d’être significatifs en pratique [voir, par analogie, arrêt du 12 septembre 2019, Deutsches Patent- und Markenamt (#darferdas?), C‑541/18, EU:C:2019:725, point 33].
34 Cependant, la simple apposition du signe demandé sur un produit, sur une étiquette ou sur un moyen de présentation n’emporte pas pour conséquence automatique que le public pertinent perçoive ledit signe comme une indication de l’origine commerciale de ce produit. Admettre le contraire reviendrait nécessairement à permettre à tout demandeur d’une marque de l’Union européenne de contourner le motif absolu de refus prévu à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 en se contentant d’invoquer, pour la marque demandée, un mode d’apposition significatif dans le secteur concerné [arrêts du 21 avril 2021, Robert Klingel/EUIPO (MEN+), T‑345/20, non publié, EU:T:2021:209, point 56, et du 15 mars 2023, FA World Entertainment/EUIPO (FUCKING AWESOME), T‑178/22, non publié, EU:T:2023:131, point 57].
35 Or, la requérante n’a pas démontré que l’apposition de la marque demandée sur le côté de sneakers, en diagonale, ou sous forme de broderie sur le côté gauche de la poitrine d’un T-shirt ou d’un polo ou un quelconque autre mode d’apposition de ladite marque modifierait sa perception par le public pertinent et aurait pour conséquence que cette marque serait perçue non comme un simple élément de décoration, mais comme une indication d’origine.
36 Partant, c’est à juste titre que, au point 24 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que la marque demandée serait perçue exclusivement comme un élément décoratif, qu’elle soit apposée sur les produits ou sur leur emballage sous forme d’une petite étiquette ou qu’elle y figure en grand format, d’autant plus que l’acquisition des produits visés par la marque demandée s’effectue dans une large mesure en raison de leurs couleurs, ces dernières influençant l’apparence extérieure de la personne qui les porte.
37 C’est également à juste titre que la chambre de recours a relevé, aux points 25 et 26 de la décision attaquée, que le fait que des signes similaires soient présents depuis longtemps sur le marché et soient perçus par les consommateurs comme une indication de l’origine n’y changeait rien, étant donné qu’une couleur ou une combinaison de couleurs en tant que telle peut, pour les produits et services pour lesquels l’enregistrement est demandé, acquérir, conformément à l’article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, un caractère distinctif par l’usage qui en a été fait. Certes, s’agissant de la couleur en elle-même, l’existence d’un caractère distinctif avant tout usage peut également se concevoir dans des circonstances exceptionnelles, et notamment lorsque le nombre des produits ou des services pour lesquels la marque est demandée est très limité et le marché pertinent très spécifique [voir arrêt du 28 janvier 2015, Enercon/OHMI (Dégradé de cinq nuances de la couleur verte), T‑655/13, non publié, EU:T:2015:49, point 26 et jurisprudence citée]. Or, de telles circonstances exceptionnelles font défaut en l’espèce. Le marché de la mode n’est notamment pas un marché très spécifique au sens de cette jurisprudence.
38 En cinquième lieu, il convient d’écarter l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours n’a pas tenu compte de la jurisprudence, pourtant rappelée au point 14 de la décision attaquée, selon laquelle un minimum de caractère distinctif suffit pour écarter le motif absolu de refus défini à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En effet, la chambre de recours n’a pas exigé plus que l’existence d’un caractère distinctif minimal, étant donné que, au point 12 de la décision attaquée, elle a constaté que la marque demandée était dépourvue de tout caractère distinctif.
39 Partant, il convient d’écarter le premier moyen, sans qu’il soit nécessaire d’examiner si, comme le prétend l’EUIPO, les captures d’écran figurant dans le corps de la requête et dans ses annexes A.9 et A.10 ont été produites pour la première fois devant le Tribunal et sont donc irrecevables.
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation de l’article 94 du règlement 2017/1001
40 Par son deuxième moyen, la requérante soutient que, en ne tenant pas suffisamment compte des arguments et des preuves qu’elle a présentés concernant l’utilisation de combinaisons de couleurs dans le secteur de l’habillement et leur perception en tant qu’indications d’origine, la chambre de recours n’a pas suffisamment motivé la décision attaquée, en violation de l’article 94 du règlement 2017/1001.
41 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
42 Aux termes de l’article 94, paragraphe 1, première phrase, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO doivent être motivées. Cette obligation a la même portée que celle découlant de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, lequel exige que la motivation fasse apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte, sans qu’il soit nécessaire que cette motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait auxdites exigences devant cependant être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (voir arrêt du 28 juin 2018, EUIPO/Puma, C‑564/16 P, EU:C:2018:509, point 65 et jurisprudence citée).
43 L’obligation de motiver des décisions constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé des motifs, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux. En effet, la motivation d’une décision consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels repose cette décision. Si ces motifs sont entachés d’erreurs, celles-ci entachent la légalité au fond de la décision, mais non la motivation de celle-ci, qui peut être suffisante tout en exprimant des motifs erronés [voir arrêt du 20 février 2013, Langguth Erben/OHMI (MEDINET), T‑378/11, EU:T:2013:83, point 15 et jurisprudence citée].
44 Or, en l’espèce, les critiques formulées par la requérante au soutien de la violation de l’article 94 du règlement 2017/1001 se confondent avec ses critiques sur le bien-fondé de l’appréciation par la chambre de recours du caractère distinctif de la marque demandée, en ce qui concerne l’utilisation de combinaisons de couleurs dans le secteur de l’habillement et leur perception en tant qu’indications d’origine. Aucune violation de l’obligation de motivation ne saurait donc être constatée à cet égard [voir, par analogie, arrêt du 12 février 2025, Biif/EUIPO – Eddies Pizza (Caprizza), T‑187/24, non publié, EU:T:2025:147, point 83].
45 En tout état de cause, le point 25 de la décision attaquée, où la chambre de recours a constaté que le fait que des signes similaires soient présents depuis longtemps sur le marché et soient perçus par les consommateurs comme des indications d’origine ne changeait rien au fait que la marque demandée serait perçue exclusivement comme un élément décoratif, doit être lu en combinaison avec les points 23 et 24 de cette décision. À ce point 23, la chambre de recours a notamment relevé que la requérante ne contestait pas que l’utilisation de combinaisons de couleurs, y compris de bandes de couleurs, fût largement répandue dans le secteur de l’habillement. Au point 24 de cette décision, la chambre de recours a dûment pris en compte différents usages possibles de la marque demandée, à savoir son apposition, sous forme de petite étiquette, sur un produit en cause ou son emballage, ou son placement direct, en grand format, sur ce produit ou son emballage, pour conclure, en substance, qu’ils étaient sans incidence sur la perception exclusive de ladite marque comme un élément décoratif. Il s’ensuit que la chambre de recours a suffisamment motivé le rejet de l’argument de la requérante résumé au point 40 ci-dessus.
46 Il convient donc d’écarter le deuxième moyen.
Sur le troisième moyen, tiré de la violation du principe d’égalité de traitement
47 Aux points 31 à 36 de la décision attaquée, la chambre de recours, ayant rappelé la jurisprudence applicable, a relevé qu’elle ignorait si et pour quelles raisons les marques énumérées à l’annexe 2 avaient été enregistrées et qu’elle n’avait pas non plus connaissance des raisons pour lesquelles la marque allemande répertoriée sous le numéro 302024110760 avait été enregistrée.
48 Par son troisième moyen, la requérante soutient que la chambre de recours a violé le principe d’égalité de traitement, premièrement, en ne faisant aucune référence à la marque de l’Union européenne enregistrée sous le numéro 018526913, pourtant mentionnée dans l’exposé des motifs de recours et, deuxièmement, en se contentant d’une brève référence aux marques énumérées à l’annexe 2 et à la marque allemande enregistrée sous le numéro 302024110760. Troisièmement, la requérante mentionne l’existence des marques de l’Union européenne enregistrées sous les numéros 018178473, 002467876 et 008289738, qui consistent en des combinaisons de trois couleurs et couvrent, notamment, des produits relevant de la classe 25.
49 Par ailleurs, la requérante fait valoir qu’ont été enregistrées en tant que marques de l’Union européenne des couleurs ou des combinaisons de couleurs dont la description jointe à la demande d’enregistrement soit ne décrit pas les proportions externes, soit indique un agencement des différentes couleurs selon une forme carrée.
50 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
51 Selon une jurisprudence constante, les décisions que l’EUIPO est conduit à prendre en vertu du règlement 2017/1001 concernant l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base de ce règlement, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur la base d’une pratique administrative antérieure à celles-ci (voir arrêt du 26 avril 2007, Alcon/OHMI, C‑412/05 P, EU:C:2007:252, point 65 et jurisprudence citée).
52 Certes, l’EUIPO est tenu d’exercer ses compétences en conformité avec les principes généraux du droit de l’Union, y compris les principes d’égalité de traitement et de bonne administration (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 73). Eu égard auxdits principes, l’EUIPO doit prendre en considération les décisions qu’il a déjà adoptées sur des demandes similaires et s’interroger avec une attention particulière sur la question de savoir s’il y a lieu ou non de décider dans le même sens, l’application de ces principes devant toutefois être conciliée avec le respect du principe de légalité. Par conséquent, la personne qui demande l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne ne saurait invoquer à son profit une illégalité éventuelle commise en faveur d’autrui afin d’obtenir une décision identique. Au demeurant, pour des raisons de sécurité juridique et, précisément, de bonne administration, l’examen de toute demande d’enregistrement doit être strict et complet afin d’éviter que des marques ne soient enregistrées de manière indue. Cet examen doit avoir lieu dans chaque cas concret. En effet, l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne dépend de critères spécifiques, applicables dans le cadre des circonstances factuelles du cas d’espèce, destinés à vérifier si le signe en cause ne relève pas d’un motif de refus (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, points 74 à 77).
53 Il ressort des points 34 et 35 de la décision attaquée que la chambre de recours a tenu compte des arguments de la requérante ainsi que des exemples présentés par celle-ci, mais qu’elle a néanmoins conclu, pour des raisons qu’elle a également exposées dans la décision attaquée, que, en l’espèce, la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif. Ainsi, il ne saurait lui être reproché une violation du principe d’égalité de traitement.
54 Il convient donc d’écarter le troisième moyen et, partant, la demande en annulation dans son intégralité.
55 Il s’ensuit que doit également être rejeté le chef de conclusions de la requérante qui tend à la réformation de la décision attaquée.
56 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
57 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
58 Une audience ayant eu lieu et la requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Olymp Bezner KG est condamnée aux dépens.
| Półtorak | Hesse | Steinfatt |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’allemand.
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