Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 2 septembre 2026.#Olymp Bezner KG contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne figurative représentant la combinaison des trois couleurs blanc, bleu foncé et bleu – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94 du règlement 2017/1001 – Égalité de traitement.#Affaire T-835/25.
| CELEX | 62025TJ0835 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 2 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)
2 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne figurative représentant la combinaison des trois couleurs blanc, bleu foncé et bleu – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Obligation de motivation – Article 94 du règlement 2017/1001 – Égalité de traitement »
Dans l’affaire T‑835/25,
Olymp Bezner KG, établie à Bietigheim-Bissingen (Allemagne), représentée par Mes N. Gregor, T. Fröhlich et K. Jägers, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. T. Klee, D. Hanf et Mme E. Nicolás Gómez, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre),
composé de Mme N. Półtorak, présidente, M. G. Hesse et Mme G. Steinfatt (rapporteure), juges,
greffière : Mme S. Jund, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 18 juin 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Olymp Bezner KG, demande l’annulation et la réformation de la décision de la première chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 22 septembre 2025 (affaire R 713/2025-1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 3 décembre 2024, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :
3 La marque demandée désignait les produits relevant de la classe 25 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant à la description suivante : « Vêtements, en particulier chemises, chemisiers, jupes, robes, tailleurs, pantalons, vestes, sweat-shirts, tee-shirts, polos, chandails, costumes, manteaux, parkas, chaussettes, bas, tricots [vêtements] ; articles de chapellerie ; sous-vêtements ; vêtements de nuit ; vêtements de bain ; peignoirs de bain ; ceintures ; écharpes, fichus, foulards, châles, pochettes [habillement] ; cravates ; gants [habillement] ; chaussures et bottes ; tous les produits précités pour femmes, hommes ou enfants ».
4 Par décision du 7 mars 2025, l’examinateur a rejeté la demande d’enregistrement de ladite marque, sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
5 Le 22 avril 2025, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de l’examinateur.
6 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours au motif que la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 pour l’ensemble des produits qu’elle couvrait.
Conclusions des parties
7 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et, le cas échéant, la réformer ;
– condamner l’EUIPO aux dépens, y compris ceux exposés devant la chambre de recours.
8 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de tenue d’une audience.
En droit
9 La requérante invoque, en substance, trois moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, le deuxième, de la violation de l’article 94 du même règlement et, le troisième, de la violation du principe d’égalité de traitement.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001
10 Aux points 12 et 21 à 32 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que la marque demandée était dépourvue de tout caractère distinctif pour l’ensemble des produits qu’elle visait. Selon la chambre de recours, ces produits s’adressaient au grand public, qui ferait preuve d’un niveau d’attention moyen, et cette marque serait perçue de la même manière dans toute l’Union européenne. Ayant relevé que, dans le secteur de l’habillement, l’utilisation de différentes couleurs, y compris de bandes de plusieurs couleurs, était largement répandue, la chambre de recours a estimé que la marque demandée était perçue exclusivement comme un élément décoratif de ces produits, qu’elle soit apposée sur ceux-ci ou sur leur emballage sous forme d’une petite étiquette ou qu’elle y figure en grand format. Le fait que des signes similaires fussent présents sur le marché et fussent perçus par les consommateurs comme une indication de l’origine des produits qu’ils visaient n’y changeait rien.
11 Par son premier moyen, la requérante soutient que la chambre de recours a fait une appréciation erronée du caractère distinctif de la marque demandée, en violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En premier lieu, elle reproche à la chambre de recours de ne pas avoir examiné si les nuances des couleurs utilisées par la marque demandée, leur ordre et le rapport entre la largeur des trois bandes composant ladite marque conféraient à celle-ci une aptitude suffisante à indiquer l’origine des produits qu’elle couvrait. En deuxième lieu, la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir suffisamment tenu compte du fait que, dans le secteur de l’habillement, le public pertinent est fréquemment confronté à des combinaisons de couleurs et de ne pas en avoir déduit qu’il percevrait celles-ci comme des indications d’origine. En troisième lieu, selon la requérante, la chambre de recours n’a pas tenu compte de la jurisprudence selon laquelle un minimum de caractère distinctif suffit pour écarter le motif absolu de refus défini à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
12 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
13 Aux termes de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sont refusées à l’enregistrement les marques qui sont dépourvues de caractère distinctif.
14 Le caractère distinctif d’une marque au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 signifie que cette marque permet d’identifier le produit pour lequel l’enregistrement est demandé comme provenant d’une entreprise déterminée et donc de distinguer ce produit de ceux d’autres entreprises (voir arrêt du 21 janvier 2010, Audi/OHMI, C‑398/08 P, EU:C:2010:29, point 33 et jurisprudence citée).
15 Il doit être apprécié, d’une part, par rapport aux produits ou aux services pour lesquels l’enregistrement est demandé et, d’autre part, par rapport à la perception qu’en a le public pertinent (voir arrêt du 29 avril 2004, Henkel/OHMI, C‑456/01 P et C‑457/01 P, EU:C:2004:258, point 35 et jurisprudence citée).
16 Un minimum de caractère distinctif suffit, toutefois, pour que le motif absolu de refus figurant à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 ne soit pas applicable [arrêt du 9 septembre 2020, Glaxo Group/EUIPO (Nuance de couleur pourpre), T‑187/19, non publié, EU:T:2020:405, point 30].
17 En l’espèce, il n’y a pas lieu de remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le public pertinent est le grand public qui fait preuve d’un niveau d’attention moyen, au demeurant non contestée par la requérante.
18 En premier lieu, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir examiné si les nuances des couleurs utilisées par la marque demandée, leur ordre et le rapport entre la largeur des trois bandes composant ladite marque conféraient à celle-ci une aptitude suffisante à indiquer l’origine des produits qu’elle couvrait.
19 À cet égard, la requérante souligne que les couleurs utilisées (blanc de sécurité, bleu acier et bleu violet) sont très spécifiques, que la bande centrale est plus que moitié moins large (3/17) que chacune des autres bandes (7/17) et que la marque demandée a une forme rectangulaire.
20 Or, premièrement, contrairement à ce que prétend la requérante, loin de s’appuyer uniquement sur la circonstance que l’utilisation de couleurs différentes est largement répandue dans le secteur de l’habillement, la chambre de recours a effectué un examen concret des différents éléments composant la marque demandée. En effet, au point 28 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que la marque demandée consistait en une combinaison de trois couleurs, à savoir blanc, bleu et bleu foncé, que la bande blanche et la bande bleue étaient d’une largeur à peu près égale et qu’elles étaient séparées par une bande bleu foncé, d’une largeur approximativement égale à la moitié de celle des autres bandes.
21 Deuxièmement, en ce qui concerne les couleurs utilisées par la marque demandée, il y a lieu de rappeler que, si les couleurs sont propres à susciter certaines associations d’idées et à générer des sentiments, en revanche, de par leur nature, elles sont peu aptes à véhiculer des informations précises. Elles le sont d’autant moins qu’elles sont habituellement et largement utilisées dans la publicité et dans la commercialisation des produits et des services pour leur pouvoir attractif, en dehors de tout message précis (voir, par analogie, arrêt du 6 mai 2003, Libertel, C‑104/01, EU:C:2003:244, point 40).
22 Selon la jurisprudence, les couleurs et leurs combinaisons abstraites ne peuvent ainsi se voir reconnaître un caractère distinctif intrinsèque que dans des circonstances exceptionnelles, étant donné qu’elles se confondent avec l’aspect des produits désignés et qu’elles ne sont pas, en principe, utilisées comme moyens d’identification d’origine commerciale (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 6 mai 2003, Libertel, C‑104/01, EU:C:2003:244, points 65 et 66, et du 24 juin 2004, Heidelberger Bauchemie, C‑49/02, EU:C:2004:384, point 39).
23 Or, à cet égard, la requérante se contente de faire valoir que les couleurs en question sont « très spécifiques ». Cependant, ces couleurs, prises individuellement comme en combinaison, ne sont pas, en tant que telles, à ce point exceptionnelles qu’elles seraient facilement mémorisées dans le secteur en cause.
24 Troisièmement, en ce qui concerne la forme rectangulaire de la marque demandée, il importe de rappeler que, selon une jurisprudence constante, un signe d’une simplicité excessive et constitué d’une figure géométrique de base, telle qu’un cercle, une ligne, un rectangle ou un pentagone conventionnel, n’est pas susceptible, en tant que tel, de transmettre un message dont les consommateurs peuvent se souvenir, de sorte que ces derniers ne le considéreront pas comme une marque, à moins qu’il ait acquis un caractère distinctif par l’usage [voir arrêt du 12 septembre 2007, Cain Cellars/OHMI (Représentation d’un pentagone), T‑304/05, non publié, EU:T:2007:271, point 22 et jurisprudence citée].
25 La représentation d’un rectangle ne peut dès lors remplir une fonction d’identification que si elle comporte des éléments aptes à l’individualiser par rapport à d’autres représentations de rectangles et à retenir l’attention du public pertinent [voir, en ce sens, arrêt du 13 avril 2011, Air France/OHMI (Forme de parallélogramme), T‑159/10, non publié, EU:T:2011:176, point 24 et jurisprudence citée].
26 En l’espèce, la figure rectangulaire en cause ne comporte pas de tels éléments. En particulier, le fait qu’elle soit formée de la juxtaposition de trois bandes rectangulaires parallèles, ou que deux de ces bandes soient approximativement deux fois plus larges que la troisième, ne rend pas la marque demandée distinctive et donc capable d’exercer une fonction d’identification de l’origine commerciale des produits qu’elle désigne.
27 En deuxième lieu, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir suffisamment tenu compte du fait que, dans le secteur de l’habillement, le public pertinent est fréquemment confronté à des combinaisons de couleurs et de ne pas en avoir déduit qu’il percevrait celles-ci comme des indications d’origine.
28 En effet, au point 29 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que l’utilisation de combinaisons de couleurs, y compris de bandes de couleurs différentes, était largement répandue dans le secteur de l’habillement.
29 En principe, pour qu’une combinaison de couleurs telle que celle en cause puisse remplir une fonction d’identification des produits concernés, il faut qu’elle comporte des éléments aptes à l’individualiser par rapport à d’autres combinaisons de couleurs et à retenir l’attention du consommateur [arrêts du 20 juillet 2017, Basic Net/EUIPO (Représentation de trois bandes verticales), T‑612/15, non publié, EU:T:2017:537, point 51, et du 26 mars 2025, Lotus Bakeries/EUIPO (Combinaison des couleurs rouge et blanche), T‑1096/23, non publié, EU:T:2025:330, point 36].
30 Cette appréciation est renforcée par le fait que le public pertinent n’a que rarement la possibilité de procéder à une comparaison directe des différents signes, mais doit se fier à l’image imparfaite qu’il a gardée en mémoire (arrêt du 20 juillet 2017, Représentation de trois bandes verticales, T‑612/15, non publié, EU:T:2017:537, point 56).
31 Or, en l’espèce, comme cela est indiqué au point 23 ci-dessus, la requérante se contente d’affirmer que les couleurs de la marque demandée sont « très spécifiques », sans soutenir ni, à plus forte raison, démontrer que leur combinaison se distingue d’autres combinaisons de couleurs similaires et qu’elle diverge de la norme ou des habitudes du secteur par certains de ses éléments.
32 À cet égard, la requérante fait également valoir, en substance, que c’est en raison de certains usages qui en sont faits que les combinaisons de trois couleurs, sous forme de bandes, sont généralement perçues non comme de simples éléments décoratifs, mais comme des indications d’origine. Selon la requérante, tel est le cas, notamment, lorsque ces combinaisons de couleurs sont utilisées sous formes d’écussons, de broderies ou d’étiquettes en tissu et positionnées à l’arrière du col des vestes et des gilets, au niveau de la taille des vestes et des gilets, ou sur le côté de la poitrine des T-shirts et des polos. Tel serait également le cas lorsque les combinaisons de couleur en question seraient placées sur le côté des sneakers, en diagonale, ou encore lorsqu’elles seraient appliquées sur des fermetures éclair ou des boutons.
33 En effet, selon la jurisprudence, le caractère distinctif d’un signe dont l’enregistrement est demandé doit être examiné en prenant en considération tous les faits et circonstances pertinents, y compris l’ensemble des modes d’usage probables de la marque demandée, c’est-à-dire ceux qui sont, au regard des habitudes du secteur économique concerné, susceptibles d’être significatifs en pratique [voir, par analogie, arrêt du 12 septembre 2019, Deutsches Patent- und Markenamt (#darferdas?), C‑541/18, EU:C:2019:725, point 33].
34 Cependant, la simple apposition du signe demandé sur un produit, sur une étiquette ou sur un moyen de présentation n’emporte pas pour conséquence automatique que le public pertinent perçoive ledit signe comme une indication de l’origine commerciale de ce produit. Admettre le contraire reviendrait nécessairement à permettre à tout demandeur d’une marque de l’Union européenne de contourner le motif absolu de refus prévu à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 en se contentant d’invoquer, pour la marque demandée, un mode d’apposition significatif dans le secteur concerné [arrêts du 21 avril 2021, Robert Klingel/EUIPO (MEN+), T‑345/20, non publié, EU:T:2021:209, point 56, et du 15 mars 2023, FA World Entertainment/EUIPO (FUCKING AWESOME), T‑178/22, non publié, EU:T:2023:131, point 57].
35 Or, la requérante n’a pas démontré que l’apposition de la marque demandée sur le côté de sneakers, en diagonale, ou sous forme de broderie sur le côté gauche de la poitrine d’un T-shirt ou d’un polo ou un quelconque autre mode d’apposition de ladite marque modifierait sa perception par le public pertinent et aurait pour conséquence que cette marque serait perçue non comme un simple élément de décoration, mais comme une indication d’origine.
36 Partant, c’est à juste titre que, au point 30 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que la marque demandée serait perçue exclusivement comme un élément décoratif de ces produits, qu’elle soit apposée sur ceux-ci ou sur leur emballage sous forme d’une petite étiquette ou qu’elle y figure en grand format, d’autant plus que l’acquisition des produits visés par la marque demandée s’effectue dans une large mesure en raison de leurs couleurs, ces dernières influençant l’apparence extérieure de la personne qui les porte.
37 C’est également à juste titre que la chambre de recours a relevé, au point 31 de la décision attaquée, que le fait que des signes similaires soient présents depuis longtemps sur le marché et soient perçus par les consommateurs comme une indication de l’origine n’est pas pertinent, étant donné qu’une couleur ou une combinaison de couleurs en tant que telle peut, pour les produits et services pour lesquels l’enregistrement est demandé, acquérir, conformément à l’article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, un caractère distinctif par l’usage qui en a été fait. Certes, s’agissant de la couleur en elle-même, l’existence d’un caractère distinctif avant tout usage peut se concevoir dans des circonstances exceptionnelles, et notamment lorsque le nombre des produits ou des services pour lesquels la marque est demandée est très limité et le marché pertinent très spécifique [voir arrêt du 28 janvier 2015, Enercon/OHMI (Dégradé de cinq nuances de la couleur verte), T‑655/13, non publié, EU:T:2015:49, point 26 et jurisprudence citée]. Or, de telles circonstances exceptionnelles font défaut en l’espèce. Le marché de la mode n’est notamment pas un marché très spécifique.
38 En troisième lieu, il convient d’écarter l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours n’a pas tenu compte de la jurisprudence, pourtant rappelée au point 22 de la décision attaquée, selon laquelle un minimum de caractère distinctif suffit pour écarter le motif absolu de refus défini à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En effet, la chambre de recours n’a pas exigé plus que l’existence d’un caractère distinctif minimal, étant donné que, au point 12 de la décision attaquée, elle a constaté que la marque demandée était dépourvue de tout caractère distinctif.
39 Partant, il convient d’écarter le premier moyen, sans qu’il soit nécessaire d’examiner si, comme le prétend l’EUIPO, les captures d’écran figurant dans le corps de la requête et à ses annexes A.8 et A.9 ont été produites pour la première fois devant le Tribunal et sont donc irrecevables.
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation de l’article 94 du règlement 2017/1001
40 Par son deuxième moyen, la requérante soutient que, en ne tenant pas suffisamment compte des arguments et des preuves qu’elle a présentés concernant l’utilisation de combinaisons de couleurs dans le secteur de l’habillement et leur perception en tant qu’indications d’origine, la chambre de recours n’a pas suffisamment motivé la décision attaquée, en violation de l’article 94 du règlement 2017/1001.
41 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
42 Aux termes de l’article 94, paragraphe 1, première phrase, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO doivent être motivées. Cette obligation a la même portée que celle découlant de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, lequel exige que la motivation fasse apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte, sans qu’il soit nécessaire que cette motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait auxdites exigences devant cependant être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (voir arrêt du 28 juin 2018, EUIPO/Puma, C‑564/16 P, EU:C:2018:509, point 65 et jurisprudence citée).
43 L’obligation de motiver des décisions constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé des motifs, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux. En effet, la motivation d’une décision consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels repose cette décision. Si ces motifs sont entachés d’erreurs, celles-ci entachent la légalité au fond de la décision, mais non la motivation de celle-ci, qui peut être suffisante tout en exprimant des motifs erronés [voir arrêt du 20 février 2013, Langguth Erben/OHMI (MEDINET), T‑378/11, EU:T:2013:83, point 15 et jurisprudence citée].
44 Or, en l’espèce, les critiques formulées par la requérante au soutien de la violation de l’article 94 du règlement 2017/1001 se confondent avec ses critiques sur le bien-fondé de l’appréciation par la chambre de recours du caractère distinctif de la marque demandée, en ce qui concerne l’utilisation de combinaisons de couleurs dans le secteur de l’habillement et leur perception en tant qu’indications d’origine. Aucune violation de l’obligation de motivation ne saurait donc être constatée à cet égard [voir, par analogie, arrêt du 12 février 2025, Biif/EUIPO – Eddies Pizza (Caprizza), T‑187/24, non publié, EU:T:2025:147, point 83].
45 En tout état de cause, le point 31 de la décision attaquée, où la chambre de recours a constaté que le fait que des signes similaires soient présents depuis longtemps sur le marché et soient perçus par les consommateurs comme des indications d’origine ne changeait rien au fait que la marque demandée serait perçue exclusivement comme un élément décoratif, doit être lu en combinaison avec les points 29 et 30 de cette décision. À ce point 29, la chambre de recours a notamment relevé que la requérante ne contestait pas que l’utilisation de combinaisons de couleurs, y compris de bandes de couleurs, fût largement répandue dans le secteur de l’habillement. Au point 30 de cette décision, la chambre de recours a dûment pris en compte différents usages possibles de la marque demandée, à savoir son apposition, sous forme de petite étiquette, sur un produit en cause ou son emballage, ou son placement direct, en grand format, sur ce produit ou son emballage, pour conclure, en substance, qu’ils étaient sans incidence sur la perception exclusive de ladite marque comme un élément décoratif. Il s’ensuit que la chambre de recours a suffisamment motivé le rejet de l’argument de la requérante résumé au point 40 ci-dessus.
46 Il y a donc lieu d’écarter le deuxième moyen.
Sur le troisième moyen, tiré de la violation du principe d’égalité de traitement
47 Aux points 33 à 37 de la décision attaquée, la chambre de recours, ayant rappelé la jurisprudence applicable, a indiqué qu’elle avait pris en considération tant la marque allemande enregistrée sous le numéro 302024110760 que les marques énumérées à l’annexe 2, mais qu’elle considérait que, pour les raisons indiquées précédemment, la marque demandée devait être refusée à l’enregistrement et que, par ailleurs, elle ignorait si et pour quelles raisons la marque allemande répertoriée sous le numéro 302024110760 et les marques énumérées à l’annexe 2 avaient été enregistrées.
48 Par son troisième moyen, la requérante soutient que la chambre de recours a violé le principe d’égalité de traitement en se contentant de faire référence de manière générique aux marques énumérées à l’annexe 2 et à la marque allemande enregistrée sous le numéro 302024110760. En outre, la requérante mentionne l’existence de dix marques de l’Union européenne qui consistent en des combinaisons de trois couleurs, en soulignant qu’une telle liste n’a aucunement vocation à être exhaustive.
49 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
50 Selon une jurisprudence constante, les décisions que l’EUIPO est conduit à prendre en vertu du règlement 2017/1001 concernant l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base de ce règlement, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur la base d’une pratique administrative antérieure à celles-ci (voir arrêt du 26 avril 2007, Alcon/OHMI, C‑412/05 P, EU:C:2007:252, point 65 et jurisprudence citée).
51 Certes, l’EUIPO est tenu d’exercer ses compétences en conformité avec les principes généraux du droit de l’Union, y compris les principes d’égalité de traitement et de bonne administration (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 73). Eu égard auxdits principes, l’EUIPO doit prendre en considération les décisions qu’il a déjà adoptées sur des demandes similaires et s’interroger avec une attention particulière sur la question de savoir s’il y a lieu ou non de décider dans le même sens, l’application de ces principes devant toutefois être conciliée avec le respect du principe de légalité. Par conséquent, la personne qui demande l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne ne saurait invoquer à son profit une illégalité éventuelle commise en faveur d’autrui afin d’obtenir une décision identique. Au demeurant, pour des raisons de sécurité juridique et, précisément, de bonne administration, l’examen de toute demande d’enregistrement doit être strict et complet afin d’éviter que des marques ne soient enregistrées de manière indue. Cet examen doit avoir lieu dans chaque cas concret. En effet, l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne dépend de critères spécifiques, applicables dans le cadre des circonstances factuelles du cas d’espèce, destinés à vérifier si le signe en cause ne relève pas d’un motif de refus (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, points 74 à 77).
52 Il ressort des points 36 et 37 de la décision attaquée que la chambre de recours a tenu compte des arguments de la requérante ainsi que des exemples présentés par celle-ci, mais qu’elle a néanmoins conclu, pour des raisons qu’elle a également exposées dans la décision attaquée, que, en l’espèce, la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif. Ainsi, il ne saurait lui être reproché une violation du principe d’égalité de traitement.
53 Par conséquent, le troisième moyen doit être rejeté et, partant, la demande en annulation dans son intégralité.
54 Il s’ensuit que doit également être rejeté le chef de conclusions de la requérante qui tend à la réformation de la décision attaquée.
55 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
56 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
57 Une audience ayant eu lieu et la requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Olymp Bezner KG est condamnée aux dépens.
| Półtorak | Hesse | Steinfatt |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’allemand.
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14/09/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#YOU Solutions Germany GmbH contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no 528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de N‑(3‑aminopropyl)‑N‑dodécylpropane‑1,3‑diamine pour les types de produits 2 à 4 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-359/26 R.
14/09/2026