Ordonnance du Tribunal (septième chambre) du 4 septembre 2026.#TourCom contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Marque de l’Union européenne figurative TOURCOMPASS – Marques de l’Union européenne verbale antérieure TourCom et figurative antérieure TOURCOM – Recours incident – Absence d’intérêt à agir – Irrecevabilité.#Affaire T-741/25.
| CELEX | 62025TO0741 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | vendredi 4 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (septième chambre)
4 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Marque de l’Union européenne figurative TOURCOMPASS – Marques de l’Union européenne verbale antérieure TourCom et figurative antérieure TOURCOM – Recours incident – Absence d’intérêt à agir – Irrecevabilité
Dans l’affaire T‑741/25,
TourCom, établie à Paris (France), représentée par Mes B. Moreau-Margotin et A. Lassabe, avocates,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. V. Ruzek, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Aclass A/S, établie à Viby (Danemark), représentée par Mes A. Skovfoged Melgaard et C. Barrett Christiansen, avocats,
LE TRIBUNAL (septième chambre),
composé de MM. K. Kecsmár, président, P. Nihoul (rapporteur) et L. Truchot, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure, notamment :
– le recours incident de l’intervenante déposé au greffe du Tribunal le 18 décembre 2025,
– l’exception d’irrecevabilité relative au recours incident soulevée par l’EUIPO par acte déposé au greffe du Tribunal le 11 mars 2026,
– le mémoire en réponse de la requérante au recours incident déposé au greffe du Tribunal le 27 mars 2026,
– les observations de l’intervenante sur l’exception d’irrecevabilité déposées au greffe du Tribunal le 2 juin 2026,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, TourCom, demande l’annulation et la réformation de la décision de la quatrième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 14 août 2025 (affaire R 591/2025-4) (ci-après la « décision attaquée »).
2 Par son recours incident fondé sur l’article 182 du règlement de procédure du Tribunal, l’intervenante, Aclass A/S, demande, en substance, l’annulation ou la réformation de la décision attaquée dans le cas où le Tribunal accueillerait le recours principal.
Antécédents du litige
3 Le 29 mars 2023, l’intervenante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant :
4 La marque demandée désignait les services relevant des classes 39 et 43 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 39 : « Organisation de voyages, agences de voyages, y compris l’organisation de vacances ; organisation de la location de tous les moyens de transport » ;
– classe 43 : « Agences de voyages pour l’organisation, l’attribution et la réservation d’hébergements temporaires et de logements temporaires dans des hôtels, motels, pensions et maisons de tourisme ; organisation, attribution et réservation d’emplacements de camping et location de tentes ».
5 Le 2 juin 2023, la requérante a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour les services visés au point 4 ci-dessus.
6 L’opposition était fondée sur les marques antérieures suivantes :
– la marque de l’Union européenne verbale TourCom, déposée le 4 avril 2006 et enregistrée le 29 mars 2007 sous le numéro 4995742, désignant, notamment, des services relevant des classes 39 et 43 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 39 : « Organisation de voyages ; réservation de places pour les voyages ; organisation du transport de personnes » ;
– classe 43 : « Réservation d’hôtels et d’hébergements temporaires ; services hôteliers » ;
– la marque de l’Union européenne figurative, reproduite ci-dessous, déposée le 25 novembre 2020 et enregistrée le 26 mars 2021 sous le numéro 18344317, désignant, notamment, des services relevant des classes 39 et 43 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 39 : « Transport ; visites touristiques ; organisation et réservation de voyages et de vacances ; expédition de fret ; transport et accompagnement de voyageurs ; organisation de croisières et de visites touristiques ; réservation de sièges (voyages) ; réservation de billets ; location de véhicules, d’embarcations et d’aéronefs ; livraison de journaux ; informations touristiques (transport) ; service de chauffeurs » ;
– classe 43 : « Réservation et location d’hôtels et d’hébergements temporaires ; services hôteliers ; services de fourniture de repas ; services de bars ; cafés, restaurants et cafétérias ; restaurants en libre-service ; location de chaises, tables, linge de table, verrerie ; location de salles de réunion ; services de snack-bars ; services de traiteurs ; services de bureaux d’hébergement [hôtels, pensions] ; fourniture d’infrastructures de campings ; services de camps de vacances [hébergement] ; services de maisons de retraite pour personnes âgées ; hébergement temporaire ; services de motels ; services de pensions ; services de réservation de pensions » :
7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
8 À la suite de la demande formulée par l’intervenante, l’EUIPO a invité la requérante à apporter la preuve de l’usage sérieux de la marque de l’Union européenne verbale antérieure invoquée à l’appui de l’opposition. La requérante a déféré à ladite demande dans le délai imparti.
9 Le 3 février 2025, la division d’opposition a rejeté l’opposition.
10 Le 2 avril 2025, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition.
11 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours au motif qu’il n’existait pas de risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En particulier, elle a considéré que, même compte tenu de l’identité des services et du niveau d’attention moyen du public pertinent, tout risque de confusion était exclu eu égard à la similitude tout au plus faible entre les signes en conflit, ainsi qu’au vu du caractère distinctif tout au plus normal de la marque de l’Union européenne verbale antérieure. Dans ces circonstances, la chambre de recours a estimé qu’il n’était pas nécessaire d’examiner l’usage sérieux de cette marque, dont elle avait présumé qu’il avait été prouvé. Enfin, la chambre de recours a conclu que tout risque de confusion était a fortiori exclu à l’égard de la marque de l’Union européenne figurative antérieure, laquelle était encore moins similaire à la marque demandée.
Conclusions des parties
12 Dans le recours incident, l’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler ou réformer la décision attaquée en tant qu’elle procède comme si l’usage sérieux de la marque de l’Union européenne verbale antérieure avait été prouvé pour tous les services en cause ;
– condamner la requérante aux dépens.
13 Dans son exception d’irrecevabilité, l’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours incident comme irrecevable ;
– condamner l’intervenante aux dépens du recours incident.
14 Dans son mémoire en réponse au recours incident, la requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– réformer la décision attaquée en accueillant l’opposition ;
– à titre subsidiaire, annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
15 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, l’intervenante indique maintenir son recours incident sans formuler d’arguments supplémentaires à cet égard.
En droit
16 Dans le contentieux relatif aux droits de la propriété intellectuelle, conformément à l’article 173, paragraphe 3, du règlement de procédure, l’intervenant dispose des mêmes droits procéduraux que les parties principales.
17 En l’espèce, l’intervenante a présenté un recours incident demandant l’annulation ou la réformation de la décision attaquée dans le cas où le Tribunal accueillerait le recours principal, en ce que, dans cette décision, la chambre de recours a procédé comme si l’usage sérieux de la marque de l’Union européenne verbale antérieure avait été prouvé.
18 En vertu de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure, si le défendeur le demande, le Tribunal peut statuer sur l’exception d’irrecevabilité sans engager le débat au fond. Il résulte de l’article 130, paragraphe 6, de ce même règlement que le Tribunal peut décider d’ouvrir la phase orale de la procédure.
19 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et décide de statuer sans ouvrir la phase orale de la procédure.
20 Par son exception d’irrecevabilité, l’EUIPO fait valoir, premièrement, que l’intervenante ne dispose d’aucun intérêt à former un recours incident, dès lors que la décision attaquée a fait droit à ses prétentions. Deuxièmement, le recours incident serait conditionnel, de sorte qu’aucun intérêt à agir n’existait à la date d’introduction du recours incident.
21 Dans son mémoire en réponse au recours incident, la requérante se borne à répéter en substance les chefs de conclusions qu’elle avait formulés dans le cadre du recours principal, sans répondre explicitement au recours incident.
22 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, l’intervenante, sans contester formellement l’exception d’irrecevabilité ou faire valoir d’arguments à son égard, indique maintenir son recours incident.
23 À cet égard, en premier lieu, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 72, paragraphe 4, du règlement 2017/1001, le recours devant le Tribunal contre une décision d’une chambre de recours est ouvert à « toute partie à la procédure devant la chambre de recours pour autant que la décision de celle-ci n’a pas fait droit à ses prétentions ».
24 Une décision d’une chambre de recours doit être considérée comme ayant fait droit aux prétentions de l’une des parties devant cette chambre lorsqu’elle accueille la demande de cette partie sur la base d’un des motifs de refus d’enregistrement d’une marque ou, plus généralement, d’une partie seulement de l’argumentation présentée par ladite partie, quand bien même elle omettrait d’examiner ou elle rejetterait les autres motifs ou arguments invoqués par cette même partie [voir arrêt du 25 septembre 2015, Copernicus-Trademarks/OHMI – Bolloré (BLUECO), T‑684/13, EU:T:2015:699, point 28 et jurisprudence citée].
25 De plus, selon une jurisprudence constante, l’intérêt à agir suppose que le recours soit susceptible, par son résultat, de procurer un bénéfice à la partie qui l’a intenté. Il s’ensuit que, selon la jurisprudence, pour autant qu’une décision d’une chambre de recours fait entièrement droit aux prétentions d’une partie concernée, cette dernière n’a pas la qualité pour former un recours devant le Tribunal [voir arrêt du 5 février 2020, Globalia Corporación Empresarial/EUIPO – Touring Club Italiano (TC Touring Club), T‑44/19, non publié, EU:T:2020:31, point 27 et jurisprudence citée].
26 En l’espèce, il y a lieu d’observer que, devant la chambre de recours, l’intervenante a conclu au rejet du recours formé par la requérante contre la décision de la division d’opposition, par laquelle celle-ci avait rejeté l’opposition. Or, force est de constater que, dans la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours de la requérante, conformément aux prétentions de l’intervenante. Par conséquent, il y a lieu de relever que la décision attaquée a fait droit aux prétentions de cette dernière au sens de la jurisprudence citée au point 24 ci-dessus.
27 À cet égard, il importe peu que la chambre de recours n’ait pas statué, pour rejeter le recours de la requérante, sur la preuve de l’usage sérieux de la marque de l’Union européenne verbale antérieure comme l’y avait invité l’intervenante. En effet, nonobstant le fait que l’intervenante ne partage pas l’ensemble des considérations de la chambre de recours, cette dernière a entièrement fait droit à ses prétentions en rejetant l’opposition à l’enregistrement de sa marque [voir, en ce sens et par analogie, ordonnance du 21 juin 2023, Delta Sport Handelskontor/EUIPO – Lego (Élément de construction d’une boîte de jeu de construction), T‑537/22, non publiée, EU:T:2023:357, point 35].
28 En second lieu, il ressort d’une jurisprudence constante qu’un recours en annulation intenté par une personne physique ou morale n’est recevable que dans la mesure où le requérant a un intérêt à voir annuler l’acte attaqué. Cet intérêt doit être né et actuel et s’apprécie au jour où le recours est formé. Si l’intérêt dont se prévaut une partie requérante concerne une situation juridique future, celle-ci doit établir que l’atteinte à cette situation se révèle d’ores et déjà certaine. Dès lors, la partie qui a intenté un recours ne saurait invoquer des situations futures et incertaines pour justifier son intérêt à agir [voir, en ce sens, ordonnance du 16 septembre 2021, H&H/EUIPO – Giuliani (Swisse), T‑486/20, non publiée, EU:T:2021:619, point 35 et jurisprudence citée].
29 En l’espèce, l’intervenante demande l’annulation ou la réformation de la décision attaquée dans le cas où le recours principal de la requérante serait accueilli (voir point 17 ci-dessus). Or, un tel accueil du recours principal constitue une situation juridique future et incertaine. En effet, la réformation ou l’annulation de la décision attaquée, demandée par la requérante, n’existait pas au moment de l’introduction du recours incident et dépend de la décision à venir du Tribunal sur le bien-fondé du recours principal [voir, en ce sens, ordonnance du 25 janvier 2023, SC Ha Ha Ha Production/EUIPO – The Smiley Company (SMILEY), T‑785/21, non publiée, EU:T:2023:44, point 27].
30 Il découle de ce qui précède que l’intervenante n’a pas établi son intérêt à agir à l’encontre de la décision attaquée au sens de la jurisprudence visée aux points 25 et 28 ci-dessus.
31 Partant, il convient d’accueillir l’exception d’irrecevabilité soulevée par l’EUIPO et de rejeter le recours incident de l’intervenante comme irrecevable.
Sur les dépens
32 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
33 L’intervenante ayant succombé en ses conclusions figurant dans le recours incident, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par l’EUIPO dans le cadre de cette procédure, conformément aux conclusions de ce dernier.
34 La requérante a demandé au Tribunal de condamner l’EUIPO aux dépens. Toutefois, l’EUIPO n’a pas succombé en ses conclusions relatives au recours incident. Par conséquent, la requérante est condamnée à supporter ses propres dépens afférents à la présente procédure.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (septième chambre)
ordonne :
1) Le recours incident est rejeté comme irrecevable.
2) Aclass A/S supportera ses propres dépens et ceux de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) afférents à la procédure relative au recours incident.
3) TourCom supportera ses propres dépens afférents à la procédure relative au recours incident.
Fait à Luxembourg, le 4 septembre 2026.
| Le greffier | Le président |
| V. Di Bucci | K. Kecsmár |
* Langue de procédure : l’anglais.
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