Ordonnance du Tribunal (sixième chambre) du 3 septembre 2026.#PH contre Médiateur européen.#Recours en carence – Demande d’accès aux documents – Refus implicite d’accès – Divulgation de ces documents après l’introduction du recours – Non-lieu à statuer partiel – Incompétence manifeste partielle – Décision du Médiateur européen de ne pas ouvrir une enquête à la suite d’une plainte – Acte non susceptible de recours – Irrecevabilité manifeste partielle.#Affaire T-789/25.
| CELEX | 62025TO0789 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 3 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (sixième chambre)
3 septembre 2026 (*)
« Recours en carence – Demande d’accès aux documents – Refus implicite d’accès – Divulgation de ces documents après l’introduction du recours – Non-lieu à statuer partiel – Incompétence manifeste partielle – Décision du Médiateur européen de ne pas ouvrir une enquête à la suite d’une plainte – Acte non susceptible de recours – Irrecevabilité manifeste partielle »
Dans l’affaire T‑789/25,
PH, représenté par Me M. Vijulie, avocate,
partie requérante,
contre
Médiateur européen, représenté par MM. C. Lesauvage et L. Papadias, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (sixième chambre),
composé de Mme P. Škvařilová‑Pelzl, présidente, M. D. Kukovec (rapporteur) et Mme R. Pezzuto, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son recours fondé sur l’article 265 TFUE, le requérant, PH, demande au Tribunal de constater que le Médiateur européen s’est illégalement abstenu, d’une part, de donner suite à sa plainte du 19 mai 2025 ainsi qu’aux relances qui s’en sont ensuivies et, d’autre part, de lui transmettre les documents qu’il avait sollicités, à savoir le rapport motivé et la correspondance échangée avec la Commission européenne et le Parlement européen au regard de cette plainte, en violation du règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement et du Conseil, du 30 mai 2001, relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (JO 2001, L 145, p. 43).
Antécédents du litige
2 Le 9 janvier 2020, le requérant a déposé une plainte auprès de la Commission l’invitant à ouvrir une procédure en manquement à l’encontre de la Roumanie.
3 Cette plainte ayant été rejetée par la Commission, le requérant a, le 22 janvier 2025, formulé une nouvelle plainte auprès du Médiateur, conformément à l’article 228 TFUE et aux articles 2 à 4 du règlement (UE, Euratom) 2021/1163 du Parlement, du 24 juin 2021, fixant le statut et les conditions générales d’exercice des fonctions du Médiateur (statut du Médiateur) et abrogeant la décision 94/262/CECA, CE, Euratom (JO 2021, L 253, p. 1, ci-après le « statut du Médiateur »).
4 Le 19 février 2025, le Médiateur a rejeté cette plainte comme étant tardive, dès lors qu’elle avait été introduite au-delà du délai de deux ans à compter des faits la justifiant.
5 Le 11 mars 2025, le requérant a déposé une seconde plainte auprès de la Commission, l’invitant à nouveau à engager une procédure en manquement à l’encontre de la Roumanie.
6 Le 13 mars 2025, le requérant a déposé une nouvelle plainte auprès du Médiateur, l’invitant notamment à demander à la Commission d’enregistrer la plainte mentionnée au point 5 ci-dessus et à lui attribuer un numéro d’enregistrement CHAP ou, à défaut, à saisir la Cour de justice de l’Union européenne, pour que celle-ci enjoigne à la Commission d’engager la procédure prévue à l’article 258 TFUE à l’encontre de la Roumanie.
7 Par lettre du 2 avril 2025, le Médiateur a informé le requérant du rejet de la plainte du 13 mars 2025 comme étant irrecevable, pour autant que le délai d’un an dans lequel la Commission devait prendre sa décision n’était pas encore écoulé.
8 Le 19 mai 2025, le requérant a formé une nouvelle plainte auprès de la Commission, afin d’obtenir le numéro d’enregistrement CHAP de sa plainte du 11 mars 2025, tout en introduisant, en parallèle, une plainte auprès du Parlement, invitant ce dernier à interpeller la Commission à ce sujet.
9 Le même jour, le requérant a adressé au Médiateur une demande d’accès aux documents, conformément au règlement no 1049/2001, assortie d’une plainte, au titre de l’article 1er du statut du Médiateur. En particulier, il l’a invité à lui fournir, d’une part, le rapport motivé concernant les résultats de ses enquêtes effectuées conformément à l’article 228 TFUE et à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et, d’autre part, la correspondance échangée avec la Commission ainsi qu’avec le Parlement sur ce sujet. Par cette même lettre, le requérant a invité le Médiateur, d’abord, à demander à la Commission de lui communiquer la date et le numéro d’enregistrement CHAP de sa plainte du 11 mars 2025 ainsi que de lui transmettre les documents échangés avec les autorités roumaines, ensuite, à demander au Parlement de lui communiquer le numéro d’enregistrement des plaintes introduites auprès de lui et, enfin, à saisir le juge de l’Union européenne à ce sujet.
10 Le 20 août 2025, faisant référence à sa plainte et à sa demande d’accès aux documents du 19 mai 2025, le requérant a adressé au Médiateur une demande confirmative, en application de l’article 7, paragraphe 4, du règlement no 1049/2001, l’invitant à lui fournir, d’une part, le rapport motivé concernant les résultats de ses enquêtes et, d’autre part, sa correspondance intégrale échangée avec la Commission et le Parlement.
11 Le 13 novembre 2025, le requérant a réitéré sa demande au Médiateur.
12 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 19 novembre 2025, le requérant a introduit le présent recours.
Faits postérieurs à l’introduction du recours
13 Le 11 février 2026, le Médiateur a fait droit à la demande d’accès aux documents du requérant du 19 mai 2025.
14 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 2 avril 2026, le Médiateur a introduit une demande de non-lieu à statuer, au motif que, postérieurement à l’introduction du présent recours, il avait divulgué au requérant les documents auxquels celui-ci avait demandé l’accès, de sorte que le recours était devenu sans objet.
15 Cette demande a été notifiée au requérant le 13 avril 2026.
Conclusions des parties
16 Dans la requête, le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– constater que le Médiateur est resté inactif, au sens de l’article 265 TFUE, en ce qui concerne le traitement de sa plainte et que, en outre, il a violé le règlement no 1049/2001, dans la mesure où il ne lui a pas transmis les documents qu’il avait sollicités ;
– ordonner au Médiateur de prendre une position explicite sur sa demande du 20 août 2025 dans un délai qui sera fixé par le Tribunal ;
– ordonner la communication de la décision par envoi à son adresse électronique ;
– condamner le Médiateur aux dépens.
17 Dans la demande de non-lieu à statuer, le Médiateur conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– constater que le présent recours est devenu sans objet et qu’il n’y a plus lieu de statuer sur celui-ci;
– statuer sur les dépens.
18 Dans ses observations sur la demande de non-lieu à statuer, le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter la demande de non-lieu à statuer comme étant non fondée ;
– constater que le recours conserve son objet, dans la mesure où il conserverait un intérêt légitime à obtenir une décision sur l’illégalité de la carence ;
– poursuivre l’examen au fond de l’affaire ;
– condamner le Médiateur aux dépens.
En droit
19 En vertu de l’article 130, paragraphes 2 et 7, du règlement de procédure du Tribunal, si une partie le demande, le Tribunal peut, par voie d’ordonnance, constater que le recours est devenu sans objet et qu’il n’y a plus lieu de statuer.
20 En outre, en vertu de l’article 126 du règlement de procédure, lorsque le Tribunal est manifestement incompétent pour connaître d’un recours ou lorsque celui-ci est manifestement irrecevable, le Tribunal peut, sur proposition du juge rapporteur, à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
21 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et décide, en application de l’article 126 et de l’article 130, paragraphes 2 et 7, du règlement de procédure, de statuer par voie d’ordonnance motivée et sans poursuivre la procédure.
22 Il convient de commencer par l’examen des deuxième et troisième chefs de conclusions du requérant.
Sur la compétence du Tribunal pour connaître des deuxième et troisième chefs de conclusions du requérant
23 Par ses deuxième et troisième chefs de conclusions, le requérant demande au Tribunal d’ordonner au Médiateur de prendre position sur sa demande dans un délai imparti et d’ordonner à ce dernier de communiquer la décision à intervenir par envoi à son adresse électronique.
24 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence, dans le cadre d’un recours en carence fondé sur l’article 265 TFUE, le Tribunal n’est pas compétent pour prononcer des injonctions à l’encontre des institutions, des organes et des organismes de l’Union. Il a uniquement la possibilité de constater l’existence d’une carence. Puis, il incombe auxdites institutions, auxdits organes et auxdits organismes de prendre les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt du Tribunal (voir ordonnance du 19 octobre 2022, Associazione « Terra Mia Amici No Tap »/BEI, T‑514/21, non publiée, EU:T:2022:669, point 21 et jurisprudence citée).
25 Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter les deuxième et troisième chefs de conclusions pour cause d’incompétence manifeste du Tribunal pour en connaître.
Sur la recevabilité de la première partie du premier chef de conclusions du requérant
26 Il ressort de l’argumentation de la requête que, par la première partie du premier chef de conclusions, le requérant vise, en substance, à faire constater que le Médiateur s’est illégalement abstenu de donner suite à sa plainte du 19 mai 2025 et aux relances ultérieures, en n’ouvrant pas d’enquête, en n’établissant pas de rapport motivé et en n’intervenant pas auprès du Parlement, de la Commission et de la Cour de justice de l’Union européenne.
27 À cet égard, il importe de rappeler que, aux termes de l’article 265, troisième alinéa, TFUE, toute personne physique ou morale peut former un recours en carence lorsqu’une institution, un organe ou un organisme de l’Union a manqué de lui adresser un acte autre qu’une recommandation ou un avis.
28 Les recours en carence visent à sanctionner l’illégalité de l’absence d’un acte juridiquement contraignant (arrêt du 10 avril 2002, Lamberts/Médiateur, T‑209/00, EU:T:2002:94, point 58).
29 Or, selon les articles 2 et 4 du statut du Médiateur, à l’issue de l’examen d’une plainte, le Médiateur se limite à informer le plaignant de la suite donnée à sa plainte, sans pouvoir prendre des mesures contraignantes. En particulier, le rapport qu’il transmet à l’institution, à l’organe ou à l’organisme concerné lorsqu’il décèle un cas de mauvaise administration se limite à constater l’existence d’un tel cas et, le cas échéant, à formuler des recommandations. Ainsi, ledit rapport ne produit, par définition, aucun effet juridique à l’égard des tiers et ne lie pas non plus l’institution, l’organe ou l’organisme concerné, qui est libre de décider de la suite à y donner (voir ordonnance du 17 juin 2025, Asociación de ciudadanos contra la corrupción y para la defensa del estado de derecho/Médiateur, T‑615/24, EU:T:2025:625, points 9 et 10 et jurisprudence citée).
30 Il s’ensuit que le Médiateur ne prend pas de mesures contraignantes à l’égard du plaignant, ni d’ailleurs de l’institution, de l’organe ou de l’organisme concerné, de sorte que des actes tels que l’omission d’ouvrir une enquête, voire d’adresser un rapport ainsi que des recommandations aux institutions, ne sont pas susceptibles de faire l’objet d’un recours en carence au titre de l’article 265, troisième alinéa, TFUE (ordonnance du 17 juin 2025, Asociación de ciudadanos contra la corrupción y para la defensa del estado de derecho/Médiateur, T‑615/24, EU:T:2025:625, point 14).
31 Par conséquent, il y a lieu de rejeter, comme étant manifestement irrecevable, la première partie du premier chef de conclusions pour autant qu’elle vise, en substance, à faire constater que le Médiateur s’est illégalement abstenu de donner suite à sa plainte du 19 mai 2025, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur la demande de mesures d'instruction présentée par la requérante.
Sur la demande de non-lieu à statuer sur la seconde partie du premier chef de conclusions du requérant
32 Par la seconde partie de son premier chef de conclusions, le requérant vise à faire constater que le Médiateur s’est illégalement abstenu de donner suite à sa demande d’accès aux documents formulée le 19 mai 2025.
33 Ayant adopté, le 11 février 2026, une décision par laquelle il a fait droit à la demande d’accès aux documents du requérant du 19 mai 2025, le Médiateur demande au Tribunal de prononcer un non-lieu à statuer étant donné que le recours tend à faire constater son abstention de donner suite à ladite demande.
34 Le requérant, en réponse à la demande de non-lieu à statuer, considère que le recours doit être maintenu dans la mesure où, d’une part, il tend également à faire constater que le Médiateur s’est illégalement abstenu de donner suite à sa plainte du 19 mai 2025 et aux relances ultérieures, en n’ouvrant pas d’enquête, en n’établissant pas de rapport motivé et en n’intervenant pas auprès de la Commission, du Parlement et de la Cour de justice et, d’autre part, il conteste l’affirmation du Médiateur contenue dans sa décision du 11 février 2026 selon laquelle il n’y a eu aucune correspondance échangée entre celui-ci et la Commission, ni le Parlement.
35 À cet égard, il convient de relever que, selon une jurisprudence constante, dans le cas où l’acte dont l’omission fait l’objet du litige a été adopté après l’introduction du recours, mais avant le prononcé de l’arrêt, une déclaration de la juridiction de l’Union constatant l’illégalité de l’abstention initiale ne peut plus conduire aux conséquences prévues par l’article 266 TFUE. Il en résulte que, dans un tel cas, l’objet du recours a disparu, de sorte qu’il n’y a plus lieu de statuer (voir ordonnance du 7 janvier 2025, Compass-Datenbank/Commission, T‑350/24, non publiée, EU:T:2025:20, point 16 et jurisprudence citée).
36 La circonstance que cette prise de position de l’institution ne donne pas satisfaction à la partie requérante est à cet égard indifférente, car l’article 265 TFUE vise la carence par abstention de statuer ou de prendre position et non l’adoption d’un acte autre que celui que cette partie aurait souhaité ou estimé nécessaire (voir, en ce sens, ordonnances du 9 septembre 2015, Alsharghawi/Conseil, T‑66/15, non publiée, EU:T:2015:716, point 19, et du 13 avril 2022, Alauzun e.a./Commission, T‑695/21, non publiée, EU:T:2022:233, point 30).
37 En l’espèce, il suffit de constater que, par sa décision du 11 février 2026, adoptée postérieurement à l’introduction du présent recours, le Médiateur a accordé au requérant un accès complet aux documents sollicités.
38 À cet égard, le fait que le requérant doute que l’ensemble des documents détenus par le Médiateur lui ait été communiqué est sans pertinence dans le cadre d’un recours en carence, conformément à la jurisprudence citée au point 36 ci-dessus.
39 Par conséquent, il y a lieu de considérer que, en ce qui concerne la seconde partie du premier chef de conclusions, tendant à faire constater l’abstention du Médiateur de donner suite à la demande d’accès aux documents du requérant, le litige a perdu son objet et que, partant, il n’y a plus lieu de statuer sur celui-ci.
Sur les dépens
40 L’article 137 du règlement de procédure prévoit que, en cas de non-lieu à statuer, le Tribunal règle librement les dépens. En outre, aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
41 En l’espèce, le Tribunal a constaté un non-lieu à statuer en ce qui concerne la seconde partie du premier chef de conclusions du requérant, relative à l’absence de réponse à une demande d’accès aux documents. En revanche, le requérant a succombé, d’une part, en la première partie de son premier chef de conclusions, relative à l’absence de suites données à sa plainte au motif que celle-ci est manifestement irrecevable et, d’autre part, s’agissant des deuxième et troisième chefs de conclusions, en ce que le Tribunal est manifestement incompétent pour en connaître.
42 Dans ces circonstances, il y a lieu de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (sixième chambre)
ordonne :
1) Il n’y a plus lieu de statuer sur la seconde partie du premier chef de conclusions de PH, tendant à faire constater que le Médiateur européen s’est illégalement abstenu de donner suite à sa demande d’accès aux documents du 19 mai 2025.
2) Le recours est rejeté pour le surplus.
3) PH et le Médiateur européen supporteront chacun leurs propres dépens.
Fait à Luxembourg, le 3 septembre 2026.
| Le greffier | La présidente |
| V. Di Bucci | P. Škvařilová-Pelzl |
* Langue de procédure : le roumain.
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