Affaire T-428/26: Recours introduit le 8. juillet 2026 – Česká televize/Commission
| CELEX | 62026TN0428 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 8 juillet 2026 |
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/4504 | 31.8.2026 |
Recours introduit le 8. juillet 2026 – Česká televize/Commission
(Affaire T-428/26)
(C/2026/4504)
Langue de procédure: le tchèque
Parties
Partie requérante: Česká televize (Prague, République tchèque) (représentant: M. Janoušek, avocat)
Partie défenderesse: Commission européenne,
Conclusions
La partie requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal:
| — | annuler, dans son intégralité, la décision (UE) 2026/962 de la Commission, du 22 décembre 2025, concernant la mesure SA.64153 (2022/C) (ex 2021/N) mise à exécution par la République tchèque concernant l’octroi d’une aide en faveur de la télévision terrestre en DVB-T2/HEVC, notifiée sous le numéro C(2025) 8837 (ci-après la «décision attaquée»); et |
| — | condamner la Commission européenne aux dépens de la requérante. |
Moyens et principaux arguments
À l’appui du recours, la partie requérante invoque six moyens.
| 1. | Premier moyen, tiré d’une base juridique erronée aux fins de l’appréciation de la compatibilité de l’aide. La Commission a apprécié la compensation accordée à la requérante de manière forfaitaire, conjointement avec les opérateurs privés, au titre de l’article 107, paragraphe 3, sous c), TFUE. La requérante fait valoir que la base juridique appropriée est l’article 106, paragraphe 2, TFUE, lu en combinaison avec le protocole no 29, dans la mesure où elle est un radiodiffuseur public établi par la loi, chargé de la fourniture de services d’intérêt économique général (article 2 et article 3, paragraphe 1, de la loi sur la télévision tchèque). La Commission a constaté ce statut au point 297 de la décision attaquée, mais n’en a tiré aucune conséquence juridique. Or, la propre pratique décisionnelle de la Commission reconnaît un régime distinct pour les radiodiffuseurs de service public (affaires SA.32619 et SA.51080). La requérante remplit les trois conditions cumulatives de l’article 106, paragraphe 2, TFUE: une mission de service public clairement définie, le caractère nécessaire de la mesure pour l’accomplissement de la mission de service d’intérêt économique général et le caractère proportionné de la compensation par rapport aux coûts nets. |
| 2. | Deuxième moyen, tiré d’une appréciation erronée de l’effet incitatif de la compensation. Au point 297 de la décision attaquée, la Commission a conclu à l’absence d’effet incitatif en comparant les coûts du réseau de transition au budget total de la requérante. Cette méthodologie est erronée: le critère de l’effet incitatif vise à déterminer si, en l’absence de compensation, le bénéficiaire serait en mesure d’accomplir les missions de service public dans des conditions économiquement acceptables. La Commission a négligé le caractère non commercial de l’activité de la requérante; le critère pertinent est celui des coûts nets de l’obligation légale, et non la capacité budgétaire globale. L’absence de compensation conduit inévitablement à une limitation de l’exécution d’autres missions de service public. |
| 3. | Troisième moyen, tiré d’une appréciation juridique erronée de la question de la nécessité et de la défaillance du marché. Aux points 323 à 329 de la décision attaquée, la Commission a appliqué le critère de défaillance du marché conçu pour les opérateurs commerciaux. La requérante exploite un multiplex de service public en vertu d’une obligation légale et ne peut pas faire face aux surcoûts par une stratégie commerciale. La comparaison avec un autre opérateur concerné n’est pas pertinente, car cet opérateur agissait sur une base différente et la requérante ne pouvait pas recourir à un réseau alternatif en raison de son obligation légale d’utiliser des fréquences réservées. Les alternatives proposées par la Commission (imposition d’une obligation, campagne d’information, aide aux ménages) relèvent de la sphère de compétence de l’État, et non du bénéficiaire de la compensation, et ne remplacent pas l’obligation légale de diffusion simultanée. |
| 4. | Quatrième moyen, tiré d’une erreur d’appréciation du caractère proportionnel. La Commission a conclu au caractère disproportionné en se référant à des amortissements excessifs et à des avantages commerciaux (points 367 à 378 de la décision attaquée). La méthode d’amortissement est inapplicable, car la requérante n’a acquis aucun actif d’investissement: l’exploitation du réseau de transition lui a été fournie à titre de service et l’ensemble des coûts revêtent le caractère de dépenses d’exploitation. L’indication, au point 373, des amortissements excessifs à hauteur de 16 % est factuellement inexacte dans le cas de la requérante. D’un point de vue conceptuel, le critère du bénéfice commercial est exclu: le financement de la requérante ne dépend pas de l’audience, la requérante ne possède pas d’équipements et les fréquences lui sont réservées par la loi. Le critère approprié consiste à comparer la compensation avec les coûts nets du service public, conformément à l’article 106, paragraphe 2, TFUE. |
| 5. | Cinquième moyen, tiré de la violation de l’obligation de motivation prévue à l’article 296, deuxième alinéa, TFUE. La décision attaquée présente un défaut de motivation à deux égards. Premièrement, le point 395 ne contient pas d’appréciation au fond du caractère applicable de l’article 106, paragraphe 2, TFUE, lu en combinaison avec le protocole no 29, alors que la Commission a elle-même constaté le statut de droit public de la requérante (point 297) et que l’argument relatif au lien avec l’exécution d’un service public a été expressément soulevé au cours de la procédure (point 250). Deuxièmement, la conclusion relative à l’absence d’effet incitatif n’est motivée, au point 297, que par une référence au montant du budget, sans tenir compte de la corrélation légale entre le budget et les missions de service public, de l’absence d’infrastructure propre et de la nature juridique distincte de la compensation. |
| 6. | Sixième moyen, tiré du fait que la mesure ne constitue pas un avantage économique au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE. À titre subsidiaire, la requérante fait valoir que la compensation ne constitue pas un avantage économique au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE. Selon la jurisprudence de la Cour de justice (arrêts du 23 mars 2006, Enirisorse, C-237/04, EU:C:2006:197 et du 26 octobre 2016, Orange/Commission, C-211/15 P, EU:C:2016:798), une mesure qui se borne à éviter d’imposer au budget une charge qui n’existerait pas dans des circonstances normales ne constitue pas un avantage. Une charge exceptionnelle – l’exploitation d’un réseau de transition selon une double norme – a été imposée à la requérante, charge qui ne lui a généré aucun revenu. La compensation ne fait que replacer la requérante dans la situation dans laquelle elle se serait trouvée en l’absence de l’intervention réglementaire de l’État. |
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/4504/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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