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AccueilDroit européen62026TO0024
Jurisprudence CJUE62026TO0024

Ordonnance du Tribunal (dixième chambre) du 17 juillet 2026.#Alfio Cerami contre Commission européenne.#Fonction publique – Article 76, sous d), du règlement de procédure – Méconnaissance des exigences de forme – Recours manifestement irrecevable – Demande d’aide juridictionnelle.#Affaire T-24/26.

CELEX62026TO0024
TypeJurisprudence CJUE
Datevendredi 17 juillet 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU TRIBUNAL (dixième chambre)

17 juillet 2026 (*)

« Fonction publique – Article 76, sous d), du règlement de procédure – Méconnaissance des exigences de forme – Recours manifestement irrecevable – Demande d’aide juridictionnelle »

Dans l’affaire T‑24/26,

Alfio Cerami, demeurant à Catane (Italie), représenté par Me C. Longhitano, avocat,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par MM. S. Romoli et A. Sipos, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (dixième chambre),

composé de MM. S. L. Kalėda, président, M. Jaeger (rapporteur) et H. Kanninen, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

rend la présente

Ordonnance

1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE, le requérant, M. Alfio Cerami, demande, en substance, d’une part, l’annulation de la décision du 31 juillet 2025 (ci-après la « décision attaquée »), par laquelle la Commission européenne l’a exclu du concours général EPSO/AD/403/23-1 – Administrateurs (AD 7) dans le domaine de la gestion de crises (ci-après le « concours en cause »), ainsi que, en tant que de besoin, de la décision du 7 octobre 2025 rejetant sa réclamation (ci‑après la « décision de rejet de la réclamation ») et, d’autre part, sa réinscription sur la liste des lauréats, voire à titre subsidiaire sur la liste de réserve du concours en cause.

Antécédents du litige

2 Le 27 juillet 2023, la Commission a publié l’avis pour le concours en cause au Journal officiel de l’Union européenne (JO 2023, C 264 A/1, ci-après l’« avis de concours »). Selon l’avis de concours, les épreuves comprenaient des tests de raisonnement verbal, numérique et abstrait, un test de type « questionnaire à choix multiples » et une étude de cas.

3 Le 4 juin 2024, le requérant a déposé son acte de candidature au concours en cause.

4 Le 8 janvier 2025, le requérant a passé en ligne les épreuves du concours en cause.

5 Par la décision attaquée, la Commission a informé le requérant qu’il n’avait pas obtenu les notes minimales requises aux tests de raisonnement verbal, numérique et abstrait et que, dès lors, conformément à l’avis de concours, les résultats du test de type « questionnaire à choix multiples » ainsi que de l’étude de cas ne seraient pas examinés. Elle lui a précisé que, premièrement, s’agissant du raisonnement verbal, il avait obtenu une note de 5 sur 20, alors que la note minimale requise était de 10 sur 20, deuxièmement, en ce qui concernait le raisonnement numérique, il avait obtenu une note de 1 sur 10 et, troisièmement, pour le raisonnement abstrait, il avait obtenu une note de 3 sur 10. Ainsi, la note globale obtenue par le requérant aux tests de raisonnement numérique et abstrait, soit 4 sur 20, était inférieure à la note minimale requise de 10 sur 20.

6 Le même jour, le requérant a introduit une réclamation contre la décision attaquée sur le fondement de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne.

7 Par la décision de rejet de la réclamation, la Commission a rejeté la réclamation introduite par le requérant comme étant irrecevable, dans la mesure où elle n’exposait aucun argument juridique de manière suffisamment claire, compréhensible et cohérente.

Conclusions des parties

8 Le requérant conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée et, en tant que de besoin, la décision de rejet de la réclamation ;

– ordonner sa réinscription sur la liste des lauréats, voire à titre subsidiaire sur la liste de réserve du concours.

9 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 27 mars 2026, la Commission a soulevé une exception d’irrecevabilité, sur le fondement de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, dans laquelle elle conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme étant manifestement irrecevable ;

– condamner le requérant aux dépens.

10 Le requérant n’a pas déposé d’observations sur l’exception d’irrecevabilité soulevée par la Commission dans le délai qui lui avait été imparti par le greffe du Tribunal.

En droit

Sur l’objet du recours

11 Le requérant soulève un moyen unique par lequel il demande, en substance, l’annulation de la décision attaquée et, pour autant que de besoin, de la décision de rejet de la réclamation en raison d’un défaut de motivation.

12 S’agissant de la demande d’annulation de la décision de rejet de la réclamation, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans le cas où la décision de rejet de la réclamation est dépourvue de contenu autonome, des conclusions formellement dirigées contre cette décision ont pour effet de saisir le Tribunal de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée (arrêts du 6 avril 2006, Camós Grau/Commission, T‑309/03, EU:T:2006:110, point 43, et du 13 juillet 2018, Curto/Parlement, T‑275/17, EU:T:2018:479, point 63).

13 En l’espèce, il convient de constater que la décision de rejet de la réclamation est dépourvue de contenu autonome. En effet, elle ne fait que confirmer, en substance, la décision attaquée.

14 Dès lors, le recours doit être regardé comme étant dirigé contre la décision attaquée, dont la légalité doit être examinée en prenant également en considération la motivation figurant dans la décision de rejet de la réclamation (voir, en ce sens, arrêt du 23 mars 2022, OT/Parlement, T‑757/20, EU:T:2022:156, point 52 et jurisprudence citée).

Sur la recevabilité du recours

15 Aux termes de l’article 126 du règlement de procédure, lorsqu’un recours est manifestement irrecevable ou manifestement dépourvu de tout fondement en droit, le Tribunal peut, sur proposition du juge rapporteur, à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.

16 En l’espèce, le Tribunal, s’estimant suffisamment éclairé par les pièces du dossier, décide de statuer sans poursuivre la procédure.

17 Il convient de relever que, conformément à l’article 21 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal en vertu de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la requête introductive d’instance doit indiquer l’objet du litige, les moyens et arguments invoqués ainsi qu’un exposé sommaire desdits moyens. Selon la jurisprudence, cette indication doit être suffisamment claire et précise pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal d’exercer son contrôle, le cas échéant, sans autre information à l’appui (arrêt du 7 mars 2017, United Parcel Service/Commission, T‑194/13, EU:T:2017:144, point 191).

18 En outre, il est nécessaire, selon la jurisprudence, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels le recours se fonde ressortent d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête, afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice (voir arrêt du 2 avril 2019, Fleig/SEAE, T‑492/17, EU:T:2019:211, point 42 et jurisprudence citée).

19 En particulier, la partie requérante est tenue d’exposer d’une manière suffisamment systématique les développements relatifs à chaque moyen qu’elle présente, sans que le Tribunal puisse être contraint, du fait du manque de structure de la requête ou de rigueur de cette partie, de reconstituer l’articulation juridique censée soutenir un moyen en rassemblant divers éléments épars de la requête, au risque de reconstruire ce moyen en lui donnant une portée qu’il n’avait pas dans l’esprit de ladite partie. En décider autrement serait contraire, à la fois, à une bonne administration de la justice, au principe dispositif ainsi qu’aux droits de la défense de la partie défenderesse [voir arrêt du 16 juin 2021, Lucaccioni/Commission, T‑316/19, EU:T:2021:367, point 85 (non publié) et jurisprudence citée].

20 Ainsi, s’il est vrai que le corps de la requête peut être étayé et complété, sur des points spécifiques, par des renvois à des passages déterminés de pièces qui y sont annexées, un renvoi global à d’autres écrits, même annexés à la requête, ne saurait pallier l’absence des éléments essentiels de l’argumentation en droit qui doivent figurer dans la requête (voir arrêt du 11 septembre 2014, MasterCard e.a./Commission, C‑382/12 P, EU:C:2014:2201, point 40 et jurisprudence citée). En effet, il n’appartient pas au Tribunal de rechercher et d’identifier, dans les annexes, les moyens et les arguments qu’il pourrait considérer comme constituant le fondement du recours, les annexes ayant une fonction purement probatoire et instrumentale (arrêt du 10 juin 2020, Sammut/Parlement, T‑608/18, EU:T:2020:249, point 25).

21 Il ressort également de la jurisprudence que lorsque la requête ne satisfait pas aux exigences de forme prévues par l’article 76, sous d), du règlement de procédure, le Tribunal est fondé à déclarer comme étant manifestement irrecevable le recours dans son ensemble (ordonnance du 30 septembre 2021, González Calvet/CRU, C‑27/21 P, non publiée, EU:C:2021:789, point 27 ; voir, également, ordonnance du 6 juin 2024, Lucaccioni/Commission, T‑516/23, non publiée, EU:T:2024:386, point 19 et jurisprudence citée).

22 En l’espèce, premièrement, au point 13 de la requête, le requérant se borne à faire valoir que, dans la décision attaquée, la Commission a indiqué les notes qu’il avait obtenues dans le cadre du concours en cause, mais n’a fourni aucune explication concernant le raisonnement juridique qui l’avait conduite à lui octroyer lesdites notes.

23 Il s’ensuit que le requérant n’explique ni les raisons pour lesquelles, selon lui, la communication de ses notes par la décision attaquée ne constitue pas une motivation suffisante ni en quoi la Commission aurait été tenue d’exposer le raisonnement l’ayant conduite à l’écarter du concours. Ce défaut d’explication est d’autant plus significatif que, selon une jurisprudence constante, eu égard au secret entourant les travaux du jury, la communication des notes obtenues aux différentes épreuves d’un concours constitue une motivation suffisante des décisions du jury, ce dernier n’étant pas tenu de préciser les réponses des candidats qui ont été jugées insuffisantes ou d’expliquer pourquoi ces réponses ont été jugées insuffisantes (voir en ce sens, arrêts du 4 juillet 1996, Parlement/Innamorati, C‑254/95 P, EU:C:1996:276, points 31 et 32, du 1er décembre 2021, JR/Commission, T‑265/20, EU:T:2021:850, point 128, et du 15 décembre 2021, OI/Commission, T‑705/20, non publié, EU:T:2021:896, point 47).

24 Deuxièmement, le requérant se limite à affirmer, au point 14 de la requête, que, dans la décision de rejet de la réclamation, la Commission n’a pas réfuté de manière motivée et détaillée les griefs qu’il avait avancés dans sa réclamation, mais a simplement déclaré celle-ci irrecevable.

25 À cet égard, d’une part, il convient de relever que, aux points 10 et 11 de la requête, le requérant n’identifie pas de manière suffisamment claire, précise et étayée, au sens de la jurisprudence citée aux points 19 à 21 ci-dessus, les griefs soulevés dans sa réclamation auxquels la Commission n’aurait pas répondu de manière suffisamment motivée dans la décision de rejet de la réclamation. En effet, il se contente d’indiquer en des termes vagues et généraux, tout en renvoyant au contenu de l’annexe 3 de la requête, que ces griefs concernaient une « discrimination par le biais de l’algorithme », un « manque de transparence des critères d’évaluation », un « favoritisme institutionnel et des inégalités de traitement entre les candidats » et une « absence de supervision humaine [oversight failure] dans le processus de révision ». Or, selon la jurisprudence citée au point 20 ci-dessus, le renvoi global à une annexe ne saurait pallier l’absence des éléments essentiels de l’argumentation en droit qui doivent figurer dans la requête. D’autre part, le requérant n’explique pas la raison pour laquelle il considère que l’argumentation développée par la Commission dans la décision de rejet de la réclamation, ayant abouti à considérer sa réclamation comme étant irrecevable dès lors qu’elle n’était pas suffisamment claire, étayée et structurée et ne contenait pas les éléments essentiels de son raisonnement, ne constituait pas une motivation suffisante.

26 Troisièmement, il convient de relever que, au soutien de son moyen unique tiré d’un défaut de motivation, le requérant mentionne, au point 19 de la requête, l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui consacre le droit à une bonne administration de la justice, et l’article 15 TFUE, qui prévoit notamment que, afin de promouvoir une bonne gouvernance et d’assurer la participation de la société civile, les institutions, organes et organismes de l’Union européenne œuvrent dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture. Or, le requérant ne précise pas en quoi ni dans quelle mesure les agissements reprochés à la Commission sont constitutifs d’une violation de ces dispositions.

27 Quatrièmement, il y a lieu de constater que les références à la jurisprudence de la Cour en matière d’obligation de motivation pesant sur les institutions de l’Union figurant dans la requête sont vagues et imprécises. Tout d’abord, au point 19 de la requête, le requérant se réfère, de manière générale, à la jurisprudence de la Cour définissant la portée de l’obligation de motivation pesant sur les institutions de l’Union, mais n’indique pas dans quelle mesure les agissements reprochés à la Commission méconnaissent cette jurisprudence. Ensuite, au point 17 de la requête, le requérant ne cite pas l’arrêt relatif à l’obligation de motivation dont il reprend le contenu. Enfin, les références aux arrêts du 25 octobre 1984, Interfacultair Instituut Electronenmicroscopie der Rijksuniversiteit te Groningen (185/83, EU:C:1984:331, point 8), du 13 juillet 1988, France/Commission (102/87, EU:C:1988:391) et du 19 mars 2015, Dole Food et Dole Fresh Fruit Europe/Commission (C‑286/13 P, EU:C:2015:184, point 96) figurant au point 20 de la requête ne sont pas pertinentes en l’espèce.

28 Il résulte de ce qui précède que la requête ne répond pas aux critères de forme prévus par l’article 76, sous d), du règlement de procédure qui ont été clarifiés par la jurisprudence citée aux points 19 à 22 ci-dessus.

29 Ainsi, il y a lieu de rejeter le recours comme étant manifestement irrecevable.

Sur la demande d’aide juridictionnelle

30 Par acte déposé au greffe du Tribunal le 3 juin 2026, le requérant a demandé son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, en application de l’article 147 du règlement de procédure.

31 Or, aux termes de l’article 146, paragraphe 2, du règlement de procédure, l’aide juridictionnelle est refusée si, notamment, l’action pour laquelle l’aide est demandée apparaît manifestement irrecevable.

32 En l’espèce, le recours étant rejeté comme manifestement irrecevable, la demande d’aide juridictionnelle doit être rejetée.

Sur les dépens

33 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

34 Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la Commission.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (dixième chambre)

ordonne :

1) Le recours est rejeté comme étant manifestement irrecevable.

2) La demande d’aide juridictionnelle est rejetée.

3) M. Alfio Cerami est condamné aux dépens.

Fait à Luxembourg, le 17 juillet 2026.

Le greffier

Le président

V. Di Bucci

S. L. Kalėda


* Langue de procédure : l’italien.

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