Jurisprudence CJUE62026TO0131

Ordonnance du Tribunal (cinquième chambre) du 4 septembre 2026.#Europark Estonia OÜ contre Maksu- ja Tolliamet.#Renvoi préjudiciel – Article 226 du règlement de procédure du Tribunal – Réponse pouvant être clairement déduite de la jurisprudence – Fiscalité – Système commun de TVA – Champ d’application – Opérations imposables – Prestations de services à titre onéreux – Article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE – Activités accomplies par une société de droit privé – Exploitation de parcs de stationnement sur des terrains privés – Pénalités contractuelles perçues par cette société en cas de non-respect des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement – Qualification – Caractère punitif de tout ou partie du montant des pénalités contractuelles.#Affaire T-131/26.

CELEX62026TO0131
TypeJurisprudence CJUE
Datevendredi 4 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU TRIBUNAL (cinquième chambre)

4 septembre 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – Article 226 du règlement de procédure du Tribunal – Réponse pouvant être clairement déduite de la jurisprudence – Fiscalité – Système commun de TVA – Champ d’application – Opérations imposables – Prestations de services à titre onéreux – Article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE – Activités accomplies par une société de droit privé – Exploitation de parcs de stationnement sur des terrains privés – Pénalités contractuelles perçues par cette société en cas de non-respect des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement – Qualification – Caractère punitif de tout ou partie du montant des pénalités contractuelles »

Dans l’affaire T‑131/26,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Tallinna Halduskohus (tribunal administratif de Tallinn, Estonie), par décision du 29 janvier 2026, parvenue à la Cour le 29 janvier 2026, dans la procédure

Europark Estonia OÜ

contre

Maksu- ja Tolliamet,

en présence de :

Rahandusministeerium,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre),

composé de MM. M. Sampol Pucurull (rapporteur), président, J. Laitenberger et Mme M. Stancu, juges,

avocat général : M. J. Martín y Pérez de Nanclares,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la transmission par la Cour de la demande préjudicielle au Tribunal le 23 février 2026, en application de l’article 50 ter, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne,

vu la matière visée à l’article 50 ter, premier alinéa, sous a), du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’absence de question indépendante d’interprétation au sens de l’article 50 ter, deuxième alinéa, dudit statut,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 226 du règlement de procédure du Tribunal,

rend la présente

Ordonnance

1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée (JO 2006, L 347, p. 1, ci-après la « directive TVA »).

2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant Europark Estonia OÜ (ci-après « Europark ») à la Maksu- ja Tolliamet (administration fiscale et douanière, Estonie, ci-après la « MTA ») au sujet de la soumission à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des pénalités contractuelles perçues par cette société en cas de non-respect, par les automobilistes, des conditions générales d’utilisation de parcs de stationnement.

Cadre juridique

Droit de l’Union

3 L’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA prévoit que sont soumises à la TVA « les prestations de services, effectuées à titre onéreux sur le territoire d’un État membre par un assujetti agissant en tant que tel ».

4 L’article 9, paragraphe 1, de la directive TVA dispose :

« Est considéré comme “assujetti” quiconque exerce, d’une façon indépendante et quel qu’en soit le lieu, une activité économique, quels que soient les buts ou les résultats de cette activité.

Est considérée comme “activité économique” toute activité de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est en particulier considérée comme activité économique, l’exploitation d’un bien corporel ou incorporel en vue d’en tirer des recettes ayant un caractère de permanence. »

Droit estonien

Loi relative à la TVA

5 L’article 3, paragraphe 4, point 1, de la käibemaksuseadus (loi relative à la TVA), du 10 décembre 2003 (RT I 2003, 82, 554), telle que modifiée, dispose :

« Le contribuable doit facturer la TVA au titre des opérations et activités visées à l’article 1er, paragraphe 1, de la présente loi, et, s’agissant du chiffre d’affaires visé à l’article 1er, paragraphe 1, point 1, de la présente loi, il doit payer la TVA :

1) sur son chiffre d’affaires imposable ».

6 Aux termes de l’article 4, paragraphe 1, point 1, de la loi relative à la TVA, telle que modifiée :

« Le chiffre d’affaires correspond à la vente de marchandises et à la prestation de services dans le cadre d’une entreprise ».

Loi relative au droit des obligations

7 L’article 158, paragraphes 1 à 3, de la võlaõigusseadus (loi relative au droit des obligations), du 26 septembre 2001 (RT I 2001, 81, 487), telle que modifiée, prévoit :

« (1) On entend par “pénalité contractuelle” une clause contractuelle prévoyant que la partie contractante qui a violé le contrat est tenue de verser à la partie lésée une somme d’argent prévue par le contrat.

(2) Les dispositions relatives aux pénalités contractuelles s’appliquent également aux actes que la partie défaillante doit accomplir au profit de la partie lésée.

(3) Les dispositions de la présente section s’appliquent à l’avenant dans les cas où les cocontractants ont préalablement convenu du montant des dommages-intérêts à verser par la partie contractante qui a manqué à ses obligations. »

8 En vertu de l’article 159, paragraphes 1 et 2, de la loi relative au droit des obligations, telle que modifiée :

« (1) Si une pénalité contractuelle a été convenue en cas d’inexécution d’une obligation, la partie lésée peut exiger l’exécution de l’obligation en plus du paiement de la pénalité contractuelle. L’exécution de l’obligation ne saurait être exigée en plus de la pénalité contractuelle si cette dernière a été convenue non pas pour faire exécuter l’obligation, mais pour remplacer son exécution.

(2) La partie lésée n’a plus le droit d’exiger le paiement de la pénalité contractuelle si elle ne fait pas savoir à son cocontractant, dans un délai raisonnable après avoir constaté l’inexécution de l’obligation, qu’elle exige le paiement de cette pénalité. »

9 L’article 161, paragraphes 1 et 2, de la loi relative au droit des obligations, telle que modifiée, dispose :

« (1) En cas d’inexécution du contrat, la partie lésée peut exiger une pénalité contractuelle indépendamment du préjudice réel.

(2) Si la partie lésée a le droit d’exiger la réparation du préjudice causé par l’inexécution du contrat, cette réparation doit correspondre à la part du préjudice non couverte par la pénalité contractuelle. »

Litige au principal et questions préjudicielles

10 Europark, société de droit privé estonien, a pour activité l’exploitation de parcs de stationnement privés en Estonie depuis 2002.

11 Dans le cadre de son activité, Europark détermine les conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement dont elle assure la gérance, y compris les pénalités contractuelles applicables en cas de non-respect des règles de stationnement qu’elle fixe.

12 Ces conditions générales d’utilisation stipulent que des pénalités contractuelles sont dues en cas de violation du contrat de stationnement à concurrence d’un montant forfaitaire de 60 ou de 100 euros selon le cas et que, en cas de poursuite de la violation, ces pénalités peuvent être imposées à nouveau à des intervalles d’au moins 24 heures. Il y est également précisé que « le paiement de la pénalité contractuelle ne saurait remplacer le paiement de la redevance de stationnement ».

13 Il est constant qu’Europark exerce une activité économique, au sens de l’article 9, paragraphe 1, second alinéa, de la directive TVA, et qu’elle est assujettie à la TVA au titre des redevances de stationnement perçues conformément à ces conditions générales d’utilisation.

14 Le 20 janvier 2022, la Cour a rendu l’arrêt Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37), dans lequel elle a dit pour droit que l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA devait être interprété en ce sens que les frais de contrôle perçus par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par les automobilistes, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement devaient être considérés comme étant la contrepartie d’une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, et soumise en tant que telle à la TVA.

15 À la suite de l’arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37), la MTA a modifié sa pratique administrative afin d’inclure, aux fins du calcul et du paiement de la TVA, l’ensemble des montants perçus dans le cadre de la fourniture de services de stationnement, y compris ceux correspondant aux pénalités contractuelles.

16 Dans ce contexte, la MTA a procédé à un contrôle de la TVA acquittée par Europark au titre des pénalités imposées aux contrevenants aux règles de stationnement pour la période allant du mois de février 2023 au mois d’avril 2024. Elle a constaté que cette dernière n’avait pas déclaré le chiffre d’affaires de 1 573 233,65 euros correspondant à ces pénalités, pour lequel la TVA était due à concurrence de 322 525,08 euros.

17 Par un avis d’imposition du 5 novembre 2024, la MTA a mis à la charge d’Europark un montant total de 322 525,11 euros au titre de la TVA afférente aux pénalités contractuelles.

18 Le recours gracieux introduit par Europark contre cet avis d’imposition a été rejeté par décision de la MTA du 16 décembre 2024.

19 Le 14 janvier 2025, cette décision ainsi que l’avis d’imposition du 5 novembre 2024 ont fait l’objet d’un recours devant le Tallinna Halduskohus (tribunal administratif de Tallinn, Estonie), qui est la juridiction de renvoi.

20 Devant la juridiction de renvoi, Europark soutient, en substance, que les pénalités contractuelles prévues dans les conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement dont elle assure la gérance ne constituent pas la contrepartie du service de stationnement, mais présentent le caractère d’une sanction. Dans la mesure où ces conditions générales d’utilisation prévoient que le montant facturé au titre de ces pénalités contractuelles est un montant forfaitaire, imposé toutes les 24 heures en cas de poursuite de la violation, et qu’il ne remplace pas le paiement de la redevance de stationnement, l’application des pénalités contractuelles remplirait une fonction de dissuasion, sans lien avec l’utilisation du service de stationnement.

21 La MTA fait valoir, au contraire, que le fait que le montant dû en cas de violation des conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement soit qualifié de pénalité contractuelle en vertu du droit national n’exclut pas que cette pénalité puisse également constituer la contrepartie d’une prestation de services de stationnement. En imposant le versement de la pénalité contractuelle en cas de violation des conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement, Europark permettrait à l’automobiliste contrevenant de continuer à bénéficier du service de stationnement. Il existerait ainsi, selon la MTA, un lien direct entre l’occupation de l’emplacement de stationnement et la pénalité contractuelle, celle-ci constituant en outre une source de revenus habituelle pour Europark, au même titre que les redevances de stationnement.

22 Europark et la MTA s’opposent sur l’interprétation de l’arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37). Europark estime que la Cour ne s’est pas prononcée sur la qualification de la composante de la pénalité contractuelle ayant le caractère d’une sanction, propre, selon elle, au système juridique estonien. La MTA considère au contraire que la Cour a jugé, de façon générale, que les frais applicables aux automobilistes contrevenant aux conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement constituent la contrepartie de l’usage, même excessif, d’un emplacement de stationnement.

23 La juridiction de renvoi expose, à cet égard, que, dans l’arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37), la Cour a indiqué que l’existence d’un lien direct entre le service rendu et la contrepartie reçue ne s’opposait pas à ce que le montant des frais de contrôle dus en cas de stationnement irrégulier soit prédéterminé et sans lien économique concret avec la valeur du service de stationnement fourni et qu’il soit constitutif, dans le droit de l’État membre, d’une pénalité.

24 La juridiction de renvoi souligne néanmoins que, dans le droit national, la pénalité contractuelle n’est pas destinée, dans son ensemble, à réparer le préjudice causé par la violation du contrat ou à remplacer l’exécution de l’obligation contractuelle, mais peut être exigée de manière complémentaire en sus de ce préjudice. Ainsi, il y aurait lieu de vérifier au cas par cas l’objet d’une telle pénalité.

25 La juridiction de renvoi émet des doutes quant au point de savoir si la composante punitive de la pénalité contractuelle, infligée à titre complémentaire, indépendamment de la réparation du préjudice causé par la violation du contrat et de l’exécution de l’obligation contractuelle, doit être considérée comme étant la contrepartie d’une prestation de services soumise, en tant que telle, à la TVA. À cet égard, elle estime que la Cour s’est uniquement prononcée, dans l’arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37), sur les composantes de la pénalité servant à réparer ce préjudice et à couvrir le coût d’exploitation plus élevé des parcs de stationnement du fait d’un stationnement, par l’automobiliste contrevenant, qui ne satisfait pas aux conditions normales d’utilisation du service offert.

26 Dans ces conditions, le Tallinna Halduskohus (tribunal administratif de Tallinn) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) L’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive [TVA] doit-il être interprété en ce sens que, dans le cas d’une pénalité contractuelle perçue par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par un automobiliste, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement, il convient de distinguer, en se fondant sur la réalité économique et commerciale de cette pénalité, la composante qui constitue la contrepartie d’une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, et soumise en tant que telle à la [TVA], de la composante qui n’est pas destinée à remplacer l’exécution de l’obligation ou à réparer le préjudice et qui, présentant donc uniquement le caractère d’une sanction, n’est pas soumise, en tant que telle, à la [TVA] ?

2) L’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive [TVA] doit-il être interprété en ce sens qu’une pénalité contractuelle perçue par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par un automobiliste, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement, pour ce qui concerne sa composante qui n’est pas destinée à remplacer l’exécution de l’obligation ou à réparer le préjudice, mais présente le caractère d’une sanction, doit être considérée comme faisant partie intégrante du montant total de la prestation de services effectuée et donc comme étant, sur le fondement de la réalité économique et commerciale de cette pénalité, une contrepartie, soumise en tant que telle à la [TVA] ? »

Procédure devant le Tribunal

27 Par une lettre du 16 mars 2026, le greffe du Tribunal a communiqué l’arrêt du 11 février 2026, Credidam (T‑643/24, EU:T:2026:112), à la juridiction de renvoi et l’a invitée à lui indiquer si, à la lumière de celui-ci, elle souhaitait maintenir sa demande de décision préjudicielle.

28 Par une lettre du 13 avril 2026, cette juridiction a informé le Tribunal qu’elle entendait maintenir sa demande de décision préjudicielle.

Sur les questions préjudicielles

29 En vertu de l’article 226 de son règlement de procédure, le Tribunal peut à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de statuer par voie d’ordonnance motivée lorsque la réponse à une question posée à titre préjudiciel peut être clairement déduite de la jurisprudence.

30 Par ses deux questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que les pénalités contractuelles perçues par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par les automobilistes, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement constituent la contrepartie d’une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, et sont, en tant que telles, soumises à la TVA, y compris la partie de ces pénalités contractuelles présentant, en vertu du droit national, un caractère punitif.

31 En l’occurrence, malgré les doutes exprimés par la juridiction de renvoi, le Tribunal estime que l’interprétation du droit de l’Union sollicitée par cette juridiction peut être clairement déduite des arrêts du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37), et du 11 février 2026, Credidam (T‑643/24, EU:T:2026:112). Il y a donc lieu de faire application de l’article 226 du règlement de procédure dans la présente affaire.

32 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, conformément à l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA, qui définit le champ d’application de la TVA, sont soumises à cette taxe les prestations de services effectuées à titre onéreux sur le territoire d’un État membre par un assujetti agissant en tant que tel.

33 À cet égard, la Cour a notamment jugé dans l’arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark (C‑90/20, EU:C:2022:37) :

« 27 Une prestation de services n’est effectuée “à titre onéreux”, au sens de cette disposition, que s’il existe entre le prestataire et le bénéficiaire un rapport juridique dans le cadre duquel des prestations réciproques sont échangées, la rétribution perçue par le prestataire constituant la contre-valeur effective d’un service individualisable fourni au bénéficiaire. Tel est le cas s’il existe un lien direct entre le service rendu et la contre-valeur reçue (arrêt du 16 septembre 2021, Balgarska natsionalna televizia, C‑21/20, EU:C:2021:743, point 31 et jurisprudence citée).

28 En l’occurrence, il y a lieu de relever que le stationnement sur un emplacement déterminé, situé dans l’un des parcs de stationnement dont Apcoa assure la gérance, fait naître un rapport juridique entre cette société, en tant que prestataire de services et gérant du parc de stationnement concerné, et l’automobiliste ayant utilisé cet emplacement.

29 À cet égard, il ressort du dossier dont dispose la Cour que, dans le cadre de ce rapport juridique, les parties bénéficient de droits et assument des obligations, conformément aux conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement concernés, parmi lesquels figurent, en particulier, la mise à disposition, par Apcoa, d’un emplacement de stationnement et l’obligation pour l’automobiliste concerné de payer, outre les redevances de stationnement, le cas échéant, en cas de non-respect de ces conditions générales, le montant correspondant aux frais de contrôle de stationnement irrégulier, indiqué sur les panneaux de signalisation mentionnés au point 11 du présent arrêt.

30 Dès lors, dans ce contexte, en ce qui concerne, d’une part, la condition tenant à l’existence de prestations réciproques, au sens de la jurisprudence citée au point 27 du présent arrêt, il apparaît que cette condition est satisfaite. En effet, le paiement des redevances de stationnement, ainsi que, le cas échéant, du montant correspondant aux frais de contrôle de stationnement irrégulier, constitue la contrepartie de la mise à disposition d’un emplacement de stationnement.

31 S’agissant, d’autre part, de la condition qui exige que la rétribution perçue par le prestataire de services constitue la contre-valeur effective du service fourni au bénéficiaire, au sens de la jurisprudence citée au point 27 du présent arrêt, il y a lieu de relever, à l’instar de M. l’avocat général au point 51 de ses conclusions, que l’automobiliste qui paye ces frais de contrôle a bénéficié d’un emplacement ou d’une zone de stationnement et que le montant desdits frais de contrôle résulte du fait que les conditions acceptées par l’automobiliste concerné sont réunies.

32 Dès lors, le montant total des sommes que les automobilistes se sont engagés à payer en contrepartie du service de stationnement fourni par Apcoa, y compris, le cas échéant, les frais de contrôle de stationnement irrégulier, représente les conditions dans lesquelles ceux-ci ont effectivement bénéficié d’un emplacement de stationnement, et cela même s’ils ont choisi d’en faire un usage excessif, en dépassant le temps de stationnement autorisé, en ne justifiant pas correctement de leur droit de stationnement ou encore en stationnant sur un espace réservé, non désigné ou gênant, contrairement aux conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement concernés.

33 Il apparaît par conséquent que ces frais de contrôle peuvent avoir un lien direct avec le service de stationnement et, partant, qu’ils peuvent être considérés comme faisant partie intégrante du montant total que ces automobilistes se sont engagés à payer à Apcoa, en décidant de stationner leur véhicule dans l’un des parcs de stationnement dont cette société assure la gérance. »

34 Il résulte de la jurisprudence citée au point 33 ci-dessus que le stationnement d’un véhicule sur un emplacement déterminé, situé dans un parc de stationnement géré par un opérateur privé, fait naître un rapport juridique entre cet opérateur, en tant que prestataire de services, et l’automobiliste, dans le cadre duquel les droits et obligations des parties sont définis par les conditions générales d’utilisation.

35 Dans ce cadre, le paiement d’une redevance de stationnement ainsi que, le cas échéant, d’une pénalité contractuelle prévue en cas de non-respect de ces conditions, constitue la contrepartie de la mise à disposition d’un emplacement de stationnement. La condition relative à l’existence de prestations réciproques doit, dès lors, être regardée comme remplie.

36 La circonstance que les pénalités contractuelles ne sont dues par les automobilistes que lorsqu’ils n’ont pas respecté les conditions générales d’utilisation des parcs de stationnement concernés, notamment en cas d’absence de paiement de la redevance de stationnement ou de stationnement sur un espace réservé sans justificatif, c’est-à-dire prévu pour certains clients ou types de véhicules, voire interdit, n’est pas de nature à exclure l’existence d’un lien direct entre le service fourni et la contrepartie perçue.

37 En effet, si, certes, la mise à disposition de l’emplacement de stationnement ne dépend pas de l’acquittement d’une pénalité contractuelle, le paiement de cette pénalité n’étant pas immédiatement exigible, ainsi que le souligne Europark, la Cour a admis qu’un lien direct existe lorsque deux prestations se conditionnent mutuellement, à savoir que l’une n’est effectuée qu’à la condition que l’autre le soit également et réciproquement (voir arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark, C‑90/20, EU :C :2022 :37, point 41 et jurisprudence citée).

38 Or, tel est le cas en l’occurrence, étant donné que la perception par Europark de pénalités contractuelles trouve son origine directe dans les conditions dans lesquelles l’automobiliste a effectivement utilisé le service de stationnement, fût-ce de manière irrégulière. Il est, à cet égard, indifférent que, ainsi que le soutient Europark devant la juridiction de renvoi, le montant des pénalités contractuelles soit forfaitaire, sans lien avec le volume ou la valeur de la prestation de services, que son paiement ne dispense pas l’automobiliste du paiement de la redevance de stationnement et que ces pénalités présentent, en vertu du droit national, au moins en partie, un caractère punitif.

39 S’agissant, en premier lieu, de l’argument d’Europark selon lequel la pénalité contractuelle a un caractère forfaitaire, il y a lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, est dénué de pertinence, à l’égard de la qualification d’une opération en tant qu’opération effectuée à titre onéreux, au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA, le montant de la contrepartie, notamment le fait que celui-ci soit égal, supérieur ou inférieur aux coûts que l’assujetti a encourus, dans le cadre de la fourniture de sa prestation. En effet, une telle circonstance n’est pas de nature à affecter le lien direct entre la prestation de services effectuée et la contrepartie reçue (voir arrêt du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark, C‑90/20, EU :C :2022 :37, point 45 et jurisprudence citée).

40 De plus, il résulte de la jurisprudence que la base d’imposition pour la prestation de services effectuée à titre onéreux est constituée par la contrepartie réellement reçue à cet effet par l’assujetti. Cette contrepartie constitue la valeur subjective, à savoir celle réellement perçue, et non une valeur estimée selon des critères objectifs. En outre, ladite contrepartie doit pouvoir être exprimée en argent (arrêt du 11 février 2026, Credidam, T‑643/24, EU :T :2026 :112, point 45).

41 S’agissant, en deuxième lieu, de l’argument d’Europark selon lequel la pénalité contractuelle ne se substitue pas à la redevance de stationnement, il y a lieu de relever que la notion de « contrepartie » à la prestation de services est interprétée par le juge de l’Union comme incluant les majorations ou les frais supplémentaires, lorsque ceux-ci résultent de l’application du cadre juridique aux rapports entre le prestataire de services et celui qui a bénéficié de ces derniers, fût-ce illégalement ou irrégulièrement, autrement dit lorsque ces majorations ou ces frais supplémentaires illustrent le lien direct entre la prestation de services et sa contrepartie (voir arrêt du 11 février 2026, Credidam, T‑643/24, EU:T:2026:112, point 47 et jurisprudence citée).

42 S’agissant, en troisième lieu, de l’argument d’Europark selon lequel la pénalité contractuelle est constitutive, en vertu du droit national, au moins en partie, d’une sanction, il suffit de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’appréciation du point de savoir si le paiement d’une rémunération intervient en contrepartie d’une prestation de services est une question de droit de l’Union qu’il convient de trancher indépendamment de l’appréciation portée dans le droit national (arrêts du 22 novembre 2018, MEO – Serviços de Comunicações e Multimédia, C‑295/17, EU:C:2018:942, point 69, et du 20 janvier 2022, Apcoa Parking Danmark, C‑90/20, EU:C:2022:37, point 46). Ainsi, il importe peu de savoir si le droit national qualifie les sommes à verser au prestataire d’un service de rémunération, d’indemnité ou de pénalité.

43 Certes, selon la juridiction de renvoi, la pénalité contractuelle remplirait une fonction différente de celle consistant, d’une part, à récupérer les coûts associés à la prestation fournie par Europark du fait du stationnement irrégulier et, d’autre part, à couvrir le coût plus élevé des parcs de stationnement. La pénalité contractuelle se distinguerait, par son caractère punitif, de ces deux objectifs et aurait pour objectif spécifique de dissuader les automobilistes de contrevenir aux règles de stationnement.

44 Toutefois, il y a lieu de rappeler que l’objectif poursuivi par un paiement n’est pas déterminant pour apprécier l’existence d’une contrepartie, celle-ci dépendant de l’existence d’un rapport juridique dans le cadre duquel des prestations réciproques sont échangées (voir, en ce sens, arrêt du 3 mars 1994, Tolsma, C‑16/93, EU:C:1994:80, points 13 à 19). Or, au vu des éléments qui précèdent, l’existence d’un tel rapport juridique en l’occurrence ne peut être contestée.

45 Dès lors, il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent qu’il n’y a pas lieu de distinguer, au sein des pénalités contractuelles en litige au principal, une composante qui échapperait à la TVA au motif qu’elle présenterait un caractère punitif ou de sanction. Ces pénalités constituent une contrepartie indivisible résultant de l’application des conditions générales d’utilisation du service de stationnement, avec lequel elles présentent, dans leur ensemble, un lien direct.

46 Dans ces conditions, il convient de répondre aux questions posées que l’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que les pénalités contractuelles perçues par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par les automobilistes, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement constituent la contrepartie d’une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, et sont, en tant que telles, soumises à la TVA, y compris la partie de ces pénalités contractuelles présentant, en vertu du droit national, un caractère punitif.

Sur les dépens

47 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre)

dit pour droit :

L’article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée,

doit être interprété en ce sens que :

les pénalités contractuelles perçues par une société de droit privé chargée de l’exploitation de parcs de stationnement privés en cas de non-respect, par les automobilistes, des conditions générales d’utilisation de ces parcs de stationnement constituent la contrepartie d’une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, et sont, en tant que telles, soumises à la taxe sur la valeur ajoutée, y compris la partie de ces pénalités contractuelles présentant, en vertu du droit national, un caractère punitif.

Fait à Luxembourg, le 4 septembre 2026.

Le greffier

Le président

V. Di Bucci

M. Sampol Pucurull


* Langue de procédure : l’estonien.

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Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#UC contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-381/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0330(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#TH contre Commission européenne.#Référé – Marchés publics – Exclusion des procédures d’attribution de marchés encadrées par le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union – Publication d’informations – Demande de sursis à exécution – Fumus boni juris – Urgence – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-330/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0305(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#SNF Group contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no°528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de tétrakis(hydroxyméthyl)phosphonium (2:1) pour les types de produits 6, 11 et 12 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-305/26 R.

14/09/2026

Jurisprudence CJUE62026TO0359(01)

Ordonnance du président du Tribunal du 14 septembre 2026.#YOU Solutions Germany GmbH contre Agence européenne des produits chimiques.#Référé – Produits biocides – Liste des substances actives et de leurs fournisseurs prévue à l’article 95 du règlement (UE) no 528/2012 – Inscription d’une société sur la liste en tant que fournisseur autorisé de la substance active sulfate de N‑(3‑aminopropyl)‑N‑dodécylpropane‑1,3‑diamine pour les types de produits 2 à 4 – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-359/26 R.

14/09/2026