jeudi 7 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-20MA00468 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | OSBORNE CLARKE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler la délibération du 27 novembre 2017 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Mandrier a approuvé le plan local d'urbanisme.
Par un jugement n° 1801919 du 3 décembre 2019, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 3 février, 12 juin et 16 juillet 2020, M. A, représenté par Me Le Mière, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Toulon du 3 décembre 2019 ;
2°) d'annuler la délibération du 27 novembre 2017 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Mandrier a approuvé le plan local d'urbanisme ;
3°) à titre subsidiaire d'annuler la délibération du 27 novembre 2017 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Mandrier a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe la partie habitable de sa parcelle en zone naturelle ;
4°) d'enjoindre à l'administration de classer sa parcelle dans la même zone que les parcelles contiguës et voisines, ou à titre subsidiaire de classer la partie habitable de la parcelle dans la même zone que les parcelles contiguës et voisines ;
5°) de mettre à la charge de la Métropole Toulon Provence Méditerranée la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- le jugement est irrégulier dès lors que le tribunal a méconnu le principe du contradictoire et le principe de la jonction et motivé " ultra petita " son jugement ;
- le jugement est irrégulier dès lors que le tribunal a insuffisamment motivé la réponse au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation concernant la configuration de la parcelle et les arguments avancés ;
- le jugement est irrégulier en ce que le tribunal a omis de statuer sur le moyen relatif à l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la partie habitable de sa parcelle ;
- le jugement est entaché d'une erreur ou dénaturation des faits et d'erreurs de droit ;
- le classement est entaché de détournement de pouvoir et méconnait son droit de propriété.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mai, 30 juin et 3 août 2020, la Métropole Toulon Provence Méditerranée, représentée par Me Marchesini, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit prononcé seulement une annulation partielle, et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens d'appel sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la Cour a désigné M. d'Izarn de Villefort pour présider la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baizet,
- les conclusions de Mme Gougot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marchesini représentant la Métropole Toulon Provence Méditerranée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A relève appel du jugement du 3 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du 27 novembre 2017 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Mandrier a approuvé le plan local d'urbanisme.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, le rapporteur public choisit librement les affaires sur lesquelles il entend prononcer des conclusions communes, ce choix n'ayant aucune incidence sur la jonction des affaires par la formation de jugement. Le requérant n'est donc pas fondé à critiquer la circonstance que le rapporteur public ait prononcé des conclusions communes sur plusieurs affaires dont la sienne. En outre, la formation de jugement n'ayant pour sa part pas joint les dossiers, M. A ne peut utilement critiquer une quelconque irrégularité dans une jonction inexistante. Enfin, si M. A soutient que les conclusions ne lui ont pas été communiquées, d'une part il ressort des pièces du dossier de première instance que le sens des conclusions lui a été régulièrement communiqué, d'autre part aucune règle ni aucun principe n'impose au rapporteur public de transmettre l'intégralité de ses conclusions aux parties.
3. En deuxième lieu, il relève de l'office du juge, pour apprécier si le classement d'une parcelle est entaché d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste d'appréciation, de vérifier le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan d'urbanisme. Le tribunal pouvait ainsi, sans méconnaitre le principe du contradictoire, se référer aux axes définis par le projet d'aménagement et de développement durables dès lors que, si les parties ne se référaient pas explicitement à ce document, la commune avait produit en première instance l'intégralité du rapport de présentation, lequel reprenait, en pages 162 et suivantes, les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. En outre et au surplus, il n'est pas établi ni même allégué que les documents du plan local d'urbanisme, de nature réglementaire, n'auraient pas fait l'objet d'une publicité suffisante et n'auraient pas été accessibles au requérant sur internet.
4. En troisième lieu, les premiers juges ont suffisamment motivé leur réponse au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle de M. A en zone Npr, en se référant aux caractéristiques de la parcelle et au parti d'aménagement. La circonstance que les premiers juges auraient, selon le requérant, analysé de manière erronée ses arguments ou les plans et extraits cadastraux concernant la configuration de la parcelle relève du bienfondé du jugement et non de sa régularité.
5. En quatrième lieu, si M. A soutient que les premiers juges ont omis de statuer sur le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la " partie habitable " de la parcelle, d'une part, il ressort des écritures de première instance que le seul moyen invoqué était l'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement de la parcelle, d'autre part, le juge n'est pas tenu de répondre à tous les arguments avancés au soutien d'un moyen.
Sur le bien-fondé du jugement :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages ". Aux termes de l'article R. 121-4 du même code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : 1° Les dunes, les landes côtières, les plages et les lidos, les estrans, les falaises et les abords de celles-ci () 7° Les parties naturelles des sites inscrits ou classés en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement, des parcs nationaux créés en application de l'article L. 331-1 du code de l'environnement et des réserves naturelles instituées en application de l'article L. 332-1 du code de l'environnement ; () ".
7. Les articles L. 131-4 et L. 131-7 du code de l'urbanisme alors applicables prévoyaient, d'une part, que les plans locaux d'urbanisme doivent être compatibles avec les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et d'autre part, qu'en l'absence de SCOT, ils doivent notamment être compatibles, s'il y a lieu, avec les dispositions particulières au littoral prévues à l'article L. 121-23 précité. L'article L. 131-1 prévoit que les SCOT doivent être compatibles, s'il y a lieu, avec ces mêmes dispositions. S'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, il résulte des dispositions précitées, que, s'agissant d'un plan local d'urbanisme, il appartient à ses auteurs de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de sa compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral. Dans le cas où le territoire concerné est couvert par un SCOT, cette compatibilité s'apprécie en tenant compte des dispositions de ce document relatives à l'application des dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, sans pouvoir en exclure certaines au motif qu'elles seraient insuffisamment précises, sous la seule réserve de leur propre compatibilité avec ces dernières.
8. En l'espèce, il est constant que le territoire de la commune de Saint-Mandrier est couvert par le SCOT Provence Méditerranée. Le document d'orientation générale (DOG) du SCOT Provence Méditerranée approuvé le 16 octobre 2009 et alors applicable, accessible tant au juge qu'aux parties sur internet, rappelle que l'ancien article L. 146-6 du code de l'urbanisme assigne l'obligation de préserver certains espaces ou milieux littoraux, présentant un intérêt particulier en termes de paysage, de patrimoine naturel ou culturel ou de maintien des équilibres biologiques. Le DOG identifie parmi les espaces remarquables caractéristiques du littoral notamment les falaises de Marégaux sur la presqu'île de Saint-Mandrier, concourant, avec les espaces naturels boisés du massif du Lazaret et de la Renardière, de la pointe Saint-Georges et du cap Cépet, et le bois de Sainte-Asile, " à l'aération du tissu urbain autour de la Rade et de la baie des Sablettes et participant au cadrage naturel de la rade de Toulon. Ces espaces constituent des espaces de fonctionnalités écologiques en dehors des espaces nécessaires aux activités militaires ". En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation, lequel se réfère au projet d'aménagement et de développement durables, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont décidé de " transmettre un environnement littoral de qualité, notamment en sauvegardant les sites et paysages remarquables du patrimoine naturel et culturel du littoral ". Le rapport de présentation rappelle que la commune est concernée par le site inscrit de la plage de Marégau à Saint-Mandrier défini par arrêté du 12 juillet 1978, et reconnaît comme espace naturel remarquable les parties naturelles du site inscrit du Marégau.
9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle de M. A est pour l'essentiel à l'état naturel et supporte une ancienne maison de 80 m² dans un état médiocre, un ancien casernement, deux ateliers, un promontoire et un fortin en ruine. Cette parcelle, située en bordure immédiate du littoral et des falaises du Marégau, est classée sur une majeure partie en espace boisé classé et présente une qualité paysagère certaine. Cette parcelle à l'état essentiellement naturel et en bordure immédiate du littoral constitue, y compris en sa partie nord supportant les anciennes constructions, un espace remarquable en ce qu'elle forme une unité paysagère avec les falaises de Marégaux et leurs abords, et en ce qu'elle forme une unité paysagère avec les parties naturelles du site inscrit du Marégaux, qui constituent l'intégralité du pourtour sud du site inscrit du Marégau en bordure immédiate du littoral. Si la parcelle jouxte au nord une partie urbanisée, elle s'en détache en raison de sa position avancée sur le littoral et de son caractère naturel et n'est pas située à l'intérieur de la zone urbaine attenante. Enfin, les circonstances que la parcelle serait desservie par les réseaux ou que d'autres parcelles sur la commune seraient situées " près " des falaises et classées en zone urbaine, notamment des anciennes zones naturelles affectées à la défense nationale, sont sans incidence sur la qualification d'espace remarquable. Dans ces conditions, le classement de la parcelle de M. A en zone Npr, même en sa partie nord dénommée " partie habitable " par M. A, n'est pas entaché d'erreur d'appréciation.
10. En second lieu, le classement de la parcelle de M. A étant justifié par des considérations d'urbanisme et par la nécessité de protéger les espaces remarquables du littoral comme il vient d'être dit, M. A n'est pas fondé à soutenir que le classement en litige serait entaché de détournement de pouvoir ou porterait une atteinte injustifiée à son droit de propriété. M. A n'établit pas comme il l'allègue que la commune aurait pour seule ambition de réduire la valeur vénale de sa parcelle pour l'acquérir et, en toute hypothèse, le zonage Npr affecte la quasi-totalité de la bande côtière du site inscrit du Marégau et non pas seulement la propriété du requérant.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement en litige, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa requête.
Sur les frais liés au litige :
12. La Métropole Toulon Provence Méditerranée n'étant pas partie perdante à la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros à verser à la Métropole Toulon Provence Méditerranée sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera la somme de 2 000 euros à la Métropole Toulon Provence Méditerranée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et à la Métropole Toulon Provence Méditerranée.
Copie en sera adressée à la commune de Saint-Mandrier-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2022 où siégeaient :
- M. d'Izarn de Villefort, président assesseur, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- M. Quenette, premier conseiller,
- Mme Baizet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2022.
hw
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-23MA02934
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