jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-21MA00210 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS CADOZ - LACROIX - REY - VERNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société civile immobilière (SCI) Gryphon Property a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 24 août 2017 par lequel le maire du Cannet a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la régularisation d'un terrain de tennis, sur la parcelle cadastrée section AV n° 118, située 271 voie Julia au Cannet, ensemble la décision du 16 novembre 2017 portant rejet de son recours gracieux.
Par un jugement n° 1800237 du 18 novembre 2020, le tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté du 24 août 2017 et la décision du 16 novembre 2017 et enjoint au maire du Cannet d'accorder le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2021 et le 23 février 2021, la commune du Cannet, représentée par Me Lacroix, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 18 novembre 2020 ;
2°) de rejeter la demande de la SCI Gryphon Property devant le tribunal administratif de Nice ;
3°) de mettre à la charge de la SCI Gryphon Property la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme sont sans application en l'espèce ;
- l'arrêté du 24 août 2017 est suffisamment motivé, même en fait ;
- eu égard à la situation du projet en site inscrit, en espace paysager sensible identifié par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes et à l'environnement arboré naturel, le maire a fait une exacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le terrain d'assiette du projet est situé en zone rouge, zone de risque fort, du plan de prévention des risques naturels d'incendie.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 février 2021 et le 21 janvier 2023, la SCI Gryphon Property, représentée par Me Chrestia, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune du Cannet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de motivation suffisante et de notification au titre de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés par la commune du Cannet ne sont pas fondés ;
- la décision du 16 novembre 2017 est entachée de l'incompétence de son auteur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Roux, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 24 août 2017, le maire du Cannet a refusé de délivrer à la société civile immobilière (SCI) Gryphon Property un permis de construire pour la régularisation d'un terrain de tennis, sur la parcelle cadastrée section AV n° 118, située 271 voie Julia. Sur la demande de cette société, le tribunal administratif de Nice a, par un jugement du 18 novembre 2020, dont la commune du Cannet relève appel, annulé cet arrêté du 24 août 2017 et la décision du 16 novembre 2017 portant rejet du recours gracieux.
2. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Il appartient au juge d'appel, saisi d'un jugement annulant un acte intervenu en matière d'urbanisme, de se prononcer sur les différents motifs d'annulation retenus par les premiers juges, dès lors que ceux-ci sont contestés devant lui.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Aux termes de l'article A. 424-2 du même code : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : () c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; () ". Aux termes de l'article A. 424-3 de ce code : " L'arrêté indique, selon les cas : () b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; () ". Aux termes de l'article A. 424-4 : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ".
4. L'arrêté attaqué vise diverses dispositions du code de l'urbanisme dont il fait application, le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendie de forêt approuvé le 14 mars 2012, ainsi que l'ensemble des avis recueillis au cours de l'instruction de la demande de permis de construire. Il est ainsi motivé en droit. Il relève en outre la localisation du projet dans le périmètre de protection de l'oppidum du Pezou, monument inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, l'avis défavorable émis par l'architecte des bâtiments de France, en précisant que celui-ci repose sur le motif tiré de ce que le projet est de nature à altérer l'aspect du site inscrit dans lequel il se situe. Le maire du Cannet, qui doit être regardé comme s'étant approprié l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France, a ainsi suffisamment motivé en fait son arrêté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus d'autorisation unique ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient au préfet d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à cet article.
6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé dans le site inscrit de la Bande Côtière de Nice à Théoule-sur-Mer, dans un secteur naturel, largement boisé, qui s'élève à l'est de la commune du Cannet. Ce secteur fait partie à la fois des espaces naturels et des espaces paysagers sensibles identifiés par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, approuvée par le décret du 2 décembre 2003. Le projet en litige porte sur la régularisation d'un court de tennis qui s'étend sur une superficie de 600 mètres carrés et dont la construction à flanc de colline a nécessité un nivellement du terrain, un remblaiement en aval et la création de deux murs de soutènement d'une hauteur de 0,60 à 1,50 mètre. Le projet ne présente aucune visibilité ou co-visibilité avec l'Oppidum du Pezou, monument historique, tel que cela ressort de l'avis de l'architecte des bâtiments de France qui précise n'avoir aucune observation à formuler à cet égard. Les vues aériennes produites montrent que le terrain de tennis se trouve à proximité de voies de circulations serpentant dans le quartier et desservant plusieurs villas dont certaines sont particulièrement imposantes comme celle, voisine du projet, située immédiatement en contrebas de chemin de collines. La position dominante du terrain rend invisible la surface du court depuis l'extérieur de la propriété privée en cause. Si les murets qui l'entourent sont visibles, partiellement, ils ne sauraient être regardés comme portant atteinte à l'intérêt au caractère des lieux aux sites et paysages naturels de ce secteur résidentiel qui comprend une dizaine d'habitations et de piscines. Ainsi que l'a jugé le tribunal, le maire du Cannet a méconnu les dispositions de l'article R. 111-7 en refusant le permis de construire demandé.
7. En troisième lieu, la commune souligne dans sa requête que le terrain d'assiette du projet est situé en zone rouge, zone de risque fort, du plan de prévention des risques naturels d'incendie. Elle doit être regardée ainsi comme demandant à la Cour de procéder à une substitution de motifs de l'arrêté en litige.
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Il ressort des pièces du dossier que ce projet de terrain de jeu, qui forme l'annexe d'une habitation existante, ne présente, par lui-même, aucun danger particulier pour l'incendie et n'augmentera ni la vulnérabilité ni le nombre de personnes exposées à un tel risque. En se bornant à établir que le terrain est classé en zone rouge exposée à un aléa fort de feu de forêt, sans aucune autre considération ou précision, la commune ne démontre pas que son maire aurait été fondé à opposer la décision de refus de permis sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il n'y a pas lieu dans ces conditions de faire droit à la substitution de motifs demandée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la SCI Gryphon Property, la commune du Cannet n'est pas fondée à se plaindre que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté du 24 août 2017 et la décision du 16 novembre 2017.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Gryphon Property qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune du Cannet demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SCI Gryphon Property et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune du Cannet est rejetée.
Article 2 : La commune du Cannet versera à la SCI Gryphon Property une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune du Cannet et à la société civile immobilière Gryphon Property.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, où siégeaient :
- M. Portail, président,
- M. Quenette, premier conseiller ;
- M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
L'assesseur le plus ancien,
signé
M.A. QUENETTELe président-rapporteur
signé
P. ALa greffière,
Signé
N. JUAREZLa République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-23MA02934
09/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-23NC03191
02/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-23NC03228
02/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-23NC03235
02/04/2026