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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00283

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00283

jeudi 6 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00283
TypeDécision
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantLLC & ASSOCIES LAWTEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière (SCI) du Rouy a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler la décision du 14 novembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Montauroux a accordé un permis de construire à la SCI 4 Bis, pour la construction de deux villas avec garages et piscines sur un terrain situé boulevard du Belvédère et cadastré section I 3121 sur le territoire communal.

Par un jugement n° 2000143 du 29 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulon a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er février, le 31 juillet et le 11 septembre 2023, la SCI du Rouy, représentée par Me Sordet, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Toulon du 29 novembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2019 du maire de la commune de Montauroux ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Montauroux et de la SCI 4 Bis la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il se limite à répondre au moyen tiré de l'absence d'étude géotechnique approfondie sans se prononcer sur le risque de mouvement de terrains résultant de l'implantation des constructions litigieuses ;

- le signataire de l'arrêté attaqué, 1er adjoint au maire délégué à l'urbanisme, ne disposait pas d'une délégation à cette fin ;

- le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions des articles DP-U et AU1 et DP-U et AU2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Montauroux applicable en zone UCa ainsi que l'annexe 2 audit PLU et les règles nationales d'urbanisme interdisant les constructions incompatibles avec la sécurité et la salubrité publiques, en particulier au regard des risques d'inondation et de déversement des eaux pluviales, alors que l'ensemble du territoire de la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle, en raison des inondations et des coulées de boue survenues du 23 au 24 novembre 2019, par un arrêté du 28 novembre 2019, et l'a déjà été auparavant, en 2003, 2007, 2009 et 2011 ; une étude du cabinet GAÏA, ainsi qu'une note de synthèse du cabinet TERRE et AM.ECMO démontrent le risque d'inondation et de ruissellement pluvial qu'engendre le projet litigieux ; le dimensionnement du bassin de rétention prévu par le projet litigieux est insuffisant et le maire de la commune aurait dû assortir la délivrance du permis de construire litigieux de prescriptions plus strictes en application de l'article DG5 du règlement du PLU pour l'écoulement des eaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juin et le 26 août 2023, la SCI 4 Bis, représentée par Me Zago, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI du Rouy en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société appelante ne justifie pas avoir notifié sa requête d'appel à la commune de Montauroux en application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Montauroux qui n'a pas produit d'écritures.

La présidente de la Cour a désigné M. d'Izarn de Villefort, président assesseur, pour présider la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claudé-Mougel,

- les conclusions de M. Quenette, rapporteur public ;

- et les observations de Me Larbre, représentant la SCI 4 Bis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 novembre 2019, le premier adjoint au maire de la commune de Montauroux, délégué à l'urbanisme, a délivré à la société civile immobilière (SCI) 4 Bis un permis de construire deux villas avec garages et piscines sur un terrain situé 692, boulevard du Belvédère, au lieudit les Adrets du Puits, et cadastré section I n° 3121 sur le territoire communal. La SCI du Rouy, propriétaire de parcelles attenantes cadastrées section I n° 2898 et 682, relève appel du jugement du tribunal administratif de Toulon du 29 novembre 2022 qui a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. "

3. Dans ses écritures de première instance, la SCI du Rouy soutenait qu'une étude géotechnique approfondie relative au projet litigieux aurait dû être réalisée dès lors que le terrain sur lequel doit se réaliser le projet litigieux était situé en zone UCa du plan local d'urbanisme, et non, comme elle le laisse entendre dans ses écritures d'appel, que ce risque était avéré. Le tribunal administratif de Marseille a suffisamment répondu, dans le point n° 24 du jugement attaqué, au moyen tiré de l'absence d'étude géotechnique approfondie relative au projet litigieux, en relevant d'ailleurs que la SCI du Rouy avait fini par reconnaître, dans le dernier état de ses écritures, que cette étude était approfondie. Le moyen tiré de l'irrégularité du jugement ne peut ainsi qu'être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article A. 424-1 du même code : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire, d'aménager ou de démolir ou sur une déclaration préalable prend la forme d'un arrêté. () ". L'article A. 424-2 dispose : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 () mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, premier adjoint au maire de Montauroux délégué notamment à l'urbanisme, qui a signé l'arrêté litigieux, disposait d'une délégation de fonction, par un arrêté du maire de la commune n° 2014-078 du 31 mars 2014, certifié exécutoire par son auteur, pour les questions liées à l'instruction et à la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'utilisation des sols en étant habilité à signer notamment les permis de construire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque donc en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article DP-U et AU1 du règlement du PLU de la commune de Montauroux approuvé par une délibération du conseil municipal du 19 décembre 2018 alors applicable : " Sont interdits dans l'ensemble des zones U : 1- les occupations et utilisations du sol qui par leur destination, leur importance ou leur aspect sont incompatibles avec la salubrité, la tranquillité ou la sécurité du quartier () ". Aux termes de l'article DP-U et AU2 de ce règlement relatif à la protection des personnes et des biens face à l'exposition à des risques naturels, technologiques ou aux nuisances : " Dans les secteurs soumis à des risques et nuisances délimités au plan de zonage ou en annexe du plan local d'urbanisme, les occupations et utilisations du sol peuvent être interdites conformément à la réglementation en vigueur aux fins de protéger les biens et les personnes contre les risques ". Enfin, l'annexe 2 audit PLU relative à la gestion des eaux pluviales et leur régulation indique que : " D'une façon générale, l'implantation des réseaux et ouvrages doit prendre en compte les spécificités environnementales locales, à savoir : () ne pas perturber l'écoulement naturel des eaux susceptibles d'aggraver le risque d'inondation à l'aval comme à l'amont () ".

7. D'une part, la circonstance que la commune de Montauroux a fait l'objet d'un arrêté portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle en date du 28 novembre 2019, à l'instar de dizaines d'autres communes des départements du Var et des Alpes-Maritimes, en raison d'inondations et de coulées de boues survenues du 23 au 24 novembre 2019, au demeurant postérieurement à la délivrance du permis de construire litigieux, ne saurait à elle seule démontrer l'existence d'un risque d'inondation et de ruissellement issu de la parcelle où doit se réaliser le projet objet de ce permis alors qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été impactée par ce phénomène, et moins encore qu'un tel risque résulterait de la réalisation de ce projet. Il en est de même, pour les mêmes motifs, de la circonstance que la commune aurait fait l'objet antérieurement d'autres arrêtés portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. D'autre part, si la SCI du Rouy produit, pour établir l'existence d'un tel risque, une " contre-étude pluviale " réalisée par un bureau d'études géologiques, cette étude ne conclut ni à un risque d'inondation sur les parcelles de la SCI qui résulterait de la réalisation du projet, ni à l'insuffisance de la capacité des bassins de rétention d'une capacité totale de 28,30 m3 dont il prévoit la réalisation, afin de stocker les eaux pluviales récoltées en bout de toiture par des gouttières et au pied des villas par des drains et caniveaux, comme le décrit la notice descriptive jointe à la demande de permis de construire déposée par la SCI 4 Bis. En outre, les deux cartes figurant en pages 6 et 7 de cette étude, relatives respectivement au niveau péziométrique/toit de la nappe et à l'hydrologie, situent la parcelle où doit se réaliser le projet au nord du boulevard du Belvédère, en dehors du lieudit les Adrets du Puits, alors qu'elle se trouve au sud de ce boulevard et au sein de ce lieudit. La seconde carte figurant en page 7 indique par ailleurs que la zone n'est pas inondable. Si ce bureau d'études a établi une contre-étude complémentaire, celle-ci est affectée des mêmes erreurs de localisation de la parcelle et mentionne également que la zone est non inondable. Si sa conclusion mentionne cette fois que la réalisation des projets conduirait au déversement du surplus d'eaux pluviales sur les terrains situés en contrebas, vers la villa implantée sur les parcelles de la SCI du Rouy, elle est affectée d'une nouvelle erreur en mentionnant que ce projet consiste en l'édification de 4 villas et 4 piscines, alors qu'il porte sur la réalisation de 2 villas avec 2 piscines. Elle ne conclut pas davantage à l'insuffisance de la capacité des bassins de rétention qu'il prévoit, ni, en tout état de cause, à un risque pour la sécurité publique. Il n'est d'ailleurs pas allégué que les caractéristiques de ces bassins ne répondent pas aux prescriptions prévues à l'article DG 5 du règlement du PLU, relatif à la réduction du ruissellement urbain, qui indique les règles de calcul du dimensionnement de ces ouvrages et dispose que " la capacité de rétention sera égale au volume d'eau ruisselant sur les surfaces imperméabilisées ". Enfin, la note de synthèse du cabinet TERRE et AM.ECMO que produit la SCI appelante, datée du 27 juin 2023, se fonde sur les contre-études du cabinet Gaïa entachées d'erreurs et dès lors dépourvues de force probante, et se limite à conclure de façon conditionnelle que la réalisation du projet peut avoir des incidences sur le sous-sol et créer des désordres en aval, et qu'il est essentiel d'identifier la topographie du bassin versant de rejet des eaux pluviales des maisons car le " vallon EP communal " " semble " être inexistant, alors que la notice descriptive du projet le situe en limite est du terrain d'assiette du projet. Si elle souligne par ailleurs l'absence d'études de perméabilité à l'appui de la demande de permis de construire, ce type d'étude n'est requis par aucun texte, ni par le règlement du PLU de la commune. Elle relève en outre, sans le démontrer, que le projet se trouve dans une zone où le risque d'inondation est avéré, alors même qu'elle s'appuie sur les contre-études du cabinet Gaïa indiquant que la zone est non-inondable et que le projet n'est pas situé dans une zone d'exposition à l'aléa inondation délimitée aux documents graphiques du PLU. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du PLU de la commune rappelées au point précédent et des règles nationales d'urbanisme interdisant les constructions incompatibles avec la sécurité et la salubrité publiques ne peut qu'être écarté, de même que celui tiré de la nécessité d'assortir le projet de prescriptions plus strictes, pour assurer l'application de l'article DG 5 du règlement du PLU.

8. En troisième lieu, à supposer que la SCI appelante ait entendu soutenir que la réalisation du projet expose à un risque de glissement de terrain, ce risque n'est, en tout état de cause, pas établi.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la SCI du Rouy n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Montauroux a accordé un permis de construire à la SCI 4 Bis.

Sur les frais liés au litige :

10. La commune de Montauroux et la SCI 4 Bis n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la SCI du Rouy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI du Rouy la somme de 1 000 euros à verser à la SCI 4 Bis sur ce même fondement.

D É C I D E

Article 1er : La requête de la SCI du Rouy est rejetée.

Article 2 : La SCI du Rouy versera à la SCI 4 Bis la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI du Rouy, à la SCI 4 Bis et à la commune de Montauroux.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, où siégeaient :

- M. d'Izarn de Villefort, président,

- M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

- M. Lombart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.

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