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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00793

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00793

jeudi 23 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00793
TypeDécision
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantDL AVOCATS - ME DUCROUX;GONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière (SCI) Les Brusquets a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme révisé, en tant qu'elle classe une partie de ses parcelles dans la liste des unités de paysage à protéger, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Par un jugement n° 1904611 du 1er février 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, la SCI Les Brusquets, représentée par Me Guigon-Bigazzi, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 1er février 2023 ;

2°) d'annuler la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme révisé, en tant qu'elle classe une partie de ses parcelles dans la liste des unités de paysage à protéger, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 3 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'application aux parcelles litigieuses de la protection prévue par l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme est disproportionnée ;

- les auteurs du PLU ont commis une erreur de droit au regard de ces dispositions dès lors que les parcelles concernées sont bâties.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, la commune d'Antibes, représentée par Me Mouakil, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Les Brusquets au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Les Brusquets ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la SCI Les Brusquets a été enregistré le 24 avril 2024 et non communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort,

- les conclusions de M. Quenette, rapporteur public,

- et les observations de Me Mouakil, représentant la commune d'Antibes.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Brusquets relève appel du jugement du 1er février 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme révisé, en tant qu'elle classe une partie de ses parcelles dans la liste des unités de paysage à protéger, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les quartiers, îlots, immeubles, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation ". Aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation () Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ".

3. Les articles L. 151-19 et L. 151-23, issus de l'ancien article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, instituer un cône de vue ou identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce cône de vue ou de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

4. L'article 9 du titre I du règlement du plan local d'urbanisme révisé d'Antibes, relatif aux dispositions générales, dispose : " () 9.1. Patrimoine paysager () 2. Le PLU / A l'article L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme, les éléments de paysage et les immeubles à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d'ordre culturel, historique ou écologique ont été inventoriés afin d'en assurer la pérennité. / Ainsi, les unités de paysage, figurant sur les documents graphiques du règlement, doivent être préservées de tout aménagement et de toute construction en sur-sol (volume au-dessus du terrain naturel) et en sous- sol (volume en dessous du terrain naturel). / Seuls sont autorisés : / ' l'aménagement paysager, / ' les coupes et abattages d'arbres pour assurer la sécurité des biens et des personnes, éviter les risques sanitaires (allergie par exemple), garantir la qualité phytosanitaire des arbres et enfin réaliser des accès aux impacts paysagers extrêmement limités, / ' les aménagements de surface ne compromettant pas le caractère naturel, paysager et historique des lieux (allées, bassins d'agrément, murets en pierres sèches, escaliers), / ' les bassins de rétention enterrés ou les bassins à ciel ouvert non maçonnés, / ' les dispositifs d'assainissement autonome. (). ".

5. La liste des unités de paysage à protéger mentionnée à l'article 9 du titre I du règlement du plan local d'urbanisme révisé d'Antibes, relatif aux dispositions générales identifie, au nombre des unités relevant du paysage rural traditionnel, l'unité n° 209 dénommée " restanques en milieu rural " d'une surface de 30887 m² recouvrant un tènement de parcelles appartenant à la SCI Les Brusquets et situées 201 à 327 chemin de Roubion, 140 à 230 chemin des Vieux Brusquets. Ces parcelles sont classées en secteur UDg n° 2. Le rapport de présentation du PLU mentionne que ce secteur, situé dans le quartier de Saint-Maymes, se caractérise par un habitat pavillonnaire diffus, dans un paysage rural (présence de serres agricoles, de restanques) et naturel (présence de grandes masses boisées). La forme urbaine n'a pas vocation à évoluer et l'organisation paysagère de la " ville-parc " est préservée. Il comporte des espaces boisés classés et plusieurs espaces libres non bâtis situés entre les villas et la protection de restanques. Il résulte également des mentions du rapport que l'identification des éléments de paysage énoncés à l'article 9 des dispositions générales du PLU répond aux objectifs du PADD visant à promouvoir la nature en ville en confortant et ajustant l'équilibre entre bâti et végétal, pour dessiner la " ville-parc ", protéger et préserver les espaces, sites naturels, paysagers et écologiques, les espaces boisés ou naturels et les coupures d'urbanisation qui constituent l'écrin naturel à préserver, les parcs et jardins caractéristiques, préserver et remettre en bon état des continuités écologiques constitutives de la trame verte à partir des corridors permettant de relier les réservoirs de biodiversité et lutter contre l'imperméabilisation des sols.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'espace compris dans l'unité de paysage à protéger n° 209 n'est pas bâti, à l'exception de quelques structures de serres horticoles, la villa érigée sur l'une des parcelles concernées n'étant pas incluse dans cet espace. Il correspond à une large bande de terrain aménagée en restanques, comportant quelques arbres, s'intercalant dans un secteur d'habitat pavillonnaire diffus, qui assure une continuité écologique avec le vaste espace boisé ou resté à l'état naturel, classé en zone Na, qui l'entoure au nord et à l'est. Il est d'ailleurs inclus à ce titre dans la trame verte et bleue du PLU, déterminée par application de l'article L. 371-1 du code de l'environnement. Alors même que ce même espace serait classé en zone bleue du PPRI et que les espaces proches seraient classés en zone rouge et que l'article 13.2 du règlement du PLU applicable à la zone UD dispose que les unités foncières doivent être aménagées en espaces libres à raison de 80 % de leur surface dans le secteur UDg, la délimitation de cet élément de paysage, sa surface et les prescriptions qui s'y appliquent ne sont pas disproportionnées par rapport aux objectifs recherchés par les auteurs du PLU. Par suite, ces derniers n'ont pas méconnu sur ce point les dispositions des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme et n'ont pas davantage commis une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Les Brusquets n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort, que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Antibes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SCI Les Brusquets, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Les Brusquets une somme de 2 000 euros au titre des frais de même nature exposés par la commune d'Antibes.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Les Brusquets est rejetée.

Article 2 : La SCI Les Brusquets versera à la commune d'Antibes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société civile immobilière Les Brusquets et à la commune d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, où siégeaient :

- M. Portail, président,

- M. d'Izarn de Villefort, président assesseur,

- M. Claudé-Mougel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

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